Dans lequel il sera question de rentrer au bercail et de se donner la main. Bonne lecture !


Elle relâcha son étreinte pour s'étirer. Puis elle s'interrompit en plein mouvement, se figeant comme une proie détectant son prédateur au dernier moment. Elle regarda Izuku, puis son torse qui lui servait d'oreiller, et à nouveau Izuku. Son visage prit la coloration d'une tomate bien mûre. Elle venait seulement de comprendre la situation. Ils se fixèrent en chien de faïence l'espace d'un instant, attendant que l'autre fasse le premier mouvement. En réalité, ils n'avaient guère envie de quitter cette position plus confortable qu'il n'y paraissait, mais il allait falloir le faire un jour ou l'autre. Soudain, ils bougèrent tous les deux en même temps. Izuku se redressa tandis qu'Ochako se glissait sur le côté, si bien qu'ils se donnèrent un coup de tête parfaitement involontaire dans le processus. Une nouvelle fois, le jeune homme sentit une violente envie de disparaître de cette dimension sans laisser de trace derrière lui.

« Désolé, bredouilla-t-il en baissant les yeux.

— Non ! C'est… c'est moi qui t'ai grimpé dessus en dormant ! D'habitude je fais ça à mon polochon…

— Bah, pas que je m'en plaigne, finalement… avoua témérairement le jeune homme en regardant son futon. »

Il regretta instantanément ces mots, car Ochako rougit encore un peu plus – ce qu'il n'aurait pas cru possible sans le voir.

« Putain mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?! Pourquoi est-ce que je dis toujours de la merde comme ça quand je suis avec elle ?! J'ai envie de mourir ! Pourquoi est-ce que je suis un tel déchet ?! Bordel ! »

Une fois la situation de crise désamorcée, ils sortirent de la chambre pour prendre le petit-déjeuner.

« Bien dormi, les jeunes ? demanda bruyamment Mugetsu quand il les vit entrer dans le salon. »

Assis derrière la table basse, il dévorait goulument un vaste bol de riz orné d'un œuf – qui disparut subitement dans sa bouche édentée.

« Euh… oui, c'était… pas mal, je suppose… bredouilla Izuku, qui ne savait vraiment pas quoi dire. »

Il échangea un regard avec Ochako, la suppliant en silence de le soutenir.

« C'est très confortable, de dormir dans un futon, ajouta-t-elle.

— N'est-ce pas ? C'est bon pour le dos ! répliqua le vieil homme.

— Tais-toi et laisse-les déjeuner, rétorqua Tsukiyo en arrivant dans la pièce avec deux gros bols de riz garnis qui ne manquèrent pas d'attirer l'attention des deux convives.

Une fois le petit-déjeuner terminé, Izuku ne put y couper et fut réquisitionné par Mugetsu, malgré les protestations énergiques de sa femme (et celles un peu plus discrètes d'Ochako).

« Les femmes ne comprennent pas ce genre de choses, marmonna Mugetsu en fouillant dans la réserve à la recherche d'outils. Elles ne comprennent pas les moments solennels et virils qui unissent les hommes tels que nous.

— Euh… Si vous le dites…

— Bien sûr que j'le dis, gamin ! Comment une femme pourrait-elle comprendre la franche camaraderie qui unit deux hommes après un effort physique mutuel ? Ce sont des vipères entre elles ! »

Izuku se concentra. A part la rivalité flamboyante entre Mt. Lady et Midnight, il manquait d'exemples pour corroborer l'hypothèse de son hôte, aussi ne dit-il rien.

« Je suis sûr que ta petite amie se crêpe le chignon avec les autres filles.

— Eh bien à vrai dire, les filles de la classe sont très soudées entre elles, alors ce n'est pas vraiment le cas…

— Ah ouais ? Ben les nouvelles générations, décidément… »

Le vieil homme trouva finalement ce qu'il lui fallait, après de longues minutes de recherches tenant tant de l'archéologie que du secourisme en zone effondrée, et brandit glorieusement sa trouvaille au soleil. Deux vieilles faucilles au long manche fendillé par endroits, et une pierre à aiguiser.

« Sais-tu aiguiser une faucille, p'tit ?

— Non, je n'ai jamais…

— Alors regarde et apprends ! »

D'un geste expert, Mugetsu empoigna la pierre à aiguiser et la fit courir d'un geste souple et habile sur le fil de la lame.

« Comme ça, regarde. Tu gardes bien la pierre selon cet angle et tu répètes le mouvement. »

Il tendit la pierre à Izuku, qui la prit et s'essaya à l'art de l'aiguisage.

« Hmm, tu te débrouilles vraiment pas mal, pour un p'tit citadin, admit le vieil homme. Bon, t'es quand même un petit-fils à Jirô, t'as ça dans le sang. »

Il vérifia la qualité du travail de son élève d'un jour, puis décréta qu'il était suffisamment bon pour aller travailler.

L'aire à défricher était un ancien champ, à proximité du chemin qui menait à l'entrée du domaine Yoshizawa. Il y avait par endroit des herbes folles plus hautes qu'Izuku, qui contemplait avec découragement les environs.

« On doit vraiment…

— Je suis sûr qu'une graine de héros comme toi peut y arriver les doigts dans le nez ! lui lança Mugetsu, en s'asseyant contre la pierre gravée qui marquait l'entrée du champ. »

Assez contrarié, il le regarda sortir de sa manche l'étui de son kiseru et le garnir de tabac.

« Je vais finir par croire que vous m'exploitez, menaça-t-il en toisant du regard les plus hautes touffes d'herbes folles. Je croyais que vous nous offriez le séjour !

— Je n'allais pas prendre de l'argent au rejeton d'Hisashi ! Un peu d'huile de coude, cependant, c'est une autre histoire… »

Izuku soupira et leva sa faucille, tandis qu'il se penchait entre les tiges.

« Te bile pas pour les racines, je les arracherai moi-même. Contente-toi de me couper ça bien à ras de terre ! »

Le jeune homme fut surpris de constater la vitesse à laquelle son travail avançait. En une heure seulement, il avait défriché près d'un tiers du terrain, qui faisait pourtant presque quarante ares.

« C'est comme avec les bûchettes hier ! » se dit Izuku, stimulé à l'idée d'un nouvel entraînement improvisé.

De son côté, Ochako tournait en rond. Elle voulait aller Izuku – pas tant par bonté d'âme qu'afin d'avoir un prétexte pour être près de lui – mais Tsukiyo avait refusé de la laisser partir, prétendait qu'elles « seraient mieux entre elles » et qu'elles n'avaient pas besoin de ces « stupides hommes ». Alors, vers dix heures du matin, elle se décida à faire les valises.

« Deku sera content de trouver toutes les affaires rangées et emballées en rentrant ! » se dit-elle comme pour se motiver.

Elle se fit alors la réflexion qu'elle avait pensé en femme au foyer et non en future héroïne, ce qui la troubla un instant – elle chassa ce trouble d'un tournemain et retourna dans la chambre, sûre de son programme. Qu'y avait-il de mal à rendre service à celui qu'elle aimait, après tout ?

« Si je veux être une bonne héroïne secouriste, je dois être extrêmement organisée. »

Heureusement, il n'y avait pas grand-chose à ranger. Elle prépara des habits pour leur retour au monde moderne, puis rangea le reste dans le sac, et rangea ensuite la chambre. Une fois que tout cela fut terminé, elle décida de se changer et de reprendre son uniforme d'étudiante de Yūei. Puis elle s'assit et commença à s'ennuyer. Si Izuku avait été là, ils auraient parlé, ri, bref, se seraient amusés ensemble. Mais il n'était pas là, et Tsukiyo était absorbée par son œuvre de calligraphie. Alors, elle s'assit au milieu de la pièce et commença à s'ennuyer.

Jusqu'à ce qu'une terrible curiosité s'empare d'elle.

« Non, je ne dois pas… »

Mais elle parvenait à peine à lutter. Une fois qu'elle se fut convaincue qu'elle ne regarderait que quelques secondes, juste le temps de voir quelques informations, elle se leva et alla machinalement chercher le téléphone d'Izuku dans le sac à dos. Les mains tremblantes, elle le prit et le déverrouilla. Le mot de passe était toujours « All Might », et le fond d'écran était toujours…

Une photo d'elle. La première fois qu'elle avait regardé le téléphone d'Izuku, elle n'avait pas fait attention à cause de la masse d'icônes et de widgets affichés sur l'écran d'accueil. Mais là, n'ayant rien de particulier à vérifier, elle reconnut instantanément une photo d'elle, tout sourire, qu'elle lui avait envoyée il y a quelques mois, légendée ainsi : « bon courage Deku ! ». Son cœur s'interrompit pendant une fraction de seconde, le temps que l'information ne soit calculée par ses cellules grises. Lorsque ce fut fait, elle se rappela que son propre fond d'écran était une photo d'Izuku, également issue de leur conversation électronique. Mais tout de même, c'était une révélation pour laquelle elle n'était pas prête. Les mains encore plus tremblantes et le cœur toujours plus affolé, elle décida de continuer son investigation. La liste des contacts lui permit d'apprendre que nombre d'amis d'Izuku s'étaient vu affubler un emoji après leur nom de contact. Ainsi, Tenya avait celui d'un tas de livre, Katsuki une explosion, Mineta une paire d'yeux, All Might de nombreuses étoiles… Deux filles seulement avaient reçu une marque distinctive : Inko, sa mère, avait reçu un signe « attention ! », probablement une mesure d'Izuku pour s'assurer que son attention soit captée en cas d'appel.

Et puis il y avait son propre nom, qui était suivi d'une étoile et d'un cœur doré. Ochako était une personne de peu d'emojis, et qui par conséquent n'était guère douée pour leur interprétation. Qu'est-ce qu'un cœur doré pouvait bien signifier ? Pour elle, un cœur, indistinctement de sa couleur, était une marque d'amour romantique – et dans son propre répertoire, Izuku s'était vu gratifier d'un cœur rose – mais elle se souvenait de plusieurs occasions où elle avait entendu Momo et Kyōka débattre de la signification de chaque couleur. Elle commençait à comprendre d'où elles avaient bien pu recevoir ces cœurs de la discorde, mais ça n'était pas le sujet de sa recherche et cette considération quitta bien vite son esprit. Incapable de résister à la curiosité qui la dévorait, elle ouvrit la galerie d'images et y découvrit plusieurs banals dossiers : appareil photo, téléchargements, All Might (plusieurs autres héros d'envergure avaient également leur propre répertoire), divers réseaux sociaux…

Ce fut presque sans surprise qu'elle découvrit un dossier intitulé « Uravity ». Elle fut cependant un peu plus surprise – et presque déçue – de n'y voir que des photos de l'héroïne, et pas de la camarade de classe. Tout y était, cependant : ses photos officielles, ses apparitions dans les magazines de super-héros ainsi qu'à la télévision… Mais rien sur elle-même.

Jusqu'à ce qu'elle ne trouve le dossier. Tout en bas de la liste, trônait un dossier commençant par la lettre Z pour tromper l'indexeur et ne pas le révéler à première vue. C'était le dossier qui était consacré à Ochako Uraraka. Devrais, devrais pas ? Il lui fallut plusieurs secondes, qui lui semblèrent autant d'éternités, pour se décider. Puis son doigt s'abattit sur l'icône. Elle découvrit alors la collection exhaustive de toutes les photos d'elle qu'elle lui ait envoyées, ainsi qu'une bonne partie de celles qu'elle publiait sur ses réseaux sociaux. Tout d'abord choquée par sa trouvaille, elle se rappela au bout de plusieurs minutes qu'il ne s'agissait pas de Minoru mais bel et bien d'Izuku, c'est-à-dire le camarade de classe qui la faisait languir. Et accessoirement, qui était sujet d'un dossier similaire sur son téléphone portable à elle. Il y avait là une bonne cinquantaine d'images, y compris les quelques clichés, que d'aucuns auraient qualifié d'osés, qu'elle lui avait envoyés – et qu'elle aurait préféré oublier. En y repensant, elle se demanda comment avait-elle pu trouver le courage de les envoyer, bien qu'elle n'ait pas du tout été mal intentionnée ces fois-là. Les mains tremblantes, tellement qu'elle n'arrivait presque plus à tenir le téléphone, elle décida d'interrompre là son investigation. Elle se sentit horriblement coupable et voulut pleurer, mais n'y arriva pas. Quand elle se prit la tête dans les mains, elle ne vit derrière ses paupières que le sourire, que d'aucuns auraient qualifié de niais, d'Izuku. Alors, pour se changer les idées, elle décida d'aller voir si elle avait reçu d'autres messages.

Et elle n'avait pas manqué. La photo avait déchaîné les passions, et sa boîte de réception croulait à nouveau sous une masse de messages de ses amies. Elle ne prit même pas la peine de les lire : le soir même, elle serait de retour à l'internat. Là, elle aurait à y affronter leurs réactions hystériques. Elle pouvait déjà se les représenter, tournoyant en escadrille autour d'elle en la bombardant de questions toutes plus personnelles les unes que les autres. Une pensée interdite lui frôla alors l'esprit. Mais au vu de tous les éléments qu'elle avait récemment découvert, il était grand temps de sortir du bois et de prendre à bras-le-corps cette considération.

« La seule différence entre un couple et nous deux, c'est qu'on ne s'embrasse pas… »

Aussitôt, le rouge lui monta aux joues et le sang lui battit les tempes, comme si elle se disait « ça y est ! je l'ai pensé ! ». En effet, depuis le début du séjour, cette question la taraudait, d'autant plus que les signes de l'adoration qu'Izuku lui vouait en retour se faisaient de plus en plus nombreux à mesure que le temps passait. Elle tentait d'y opposer son ancienne détermination à ne pas laisser ses sentiments leur faire obstacle, mais depuis quelques semaines elle se rendait compte qu'il y aurait bien plus de bénéfice à laisser libre lesdits sentiments, vu qu'il apparaissait de plus en plus clairement qu'ils étaient réciproques. Elle avait craint que ses sentiments ne soient une gêne pour leur carrière héroïque à tous les deux.

Maintenant, elle se rendait compte que c'étaient une formidable base pour aller toujours plus loin, ensemble. Elle avait bien ressenti la détresse d'Izuku, sur l'immeuble près du port. Et c'était sa présence, son affection qui avaient tiré le jeune héros de ce faux-pas psychologique et idéologique. A la réflexion, elle se rendit compte qu'elle-même avait été bien plus d'une fois « sauvée » par l'amitié que lui vouait Izuku. Autant de raisons qui faisaient qu'elle ressentait un besoin de plus en plus impérieux de mettre les choses au clair avec le jeune homme.

« Autant donner raison aux filles… » soupira-t-elle mentalement, avant de prendre une posture déterminée, le poing en l'air.

Loin de se douter qu'il était l'objet de pareilles pensées, Izuku continuait inlassablement sa tâche. Le travail progressait lentement mais sûrement, et il commençait à en voir le bout. Il se redressa et s'arqua en arrière pour se craquer les vertèbres ; il avait le bas du dos engourdi. Mugetsu avait rangé sa pipe depuis longtemps, et somnolait contre la pierre plate qui lui servait de dossier. Le jeune homme s'offrit quelques minutes de repos, avant de reprendre sa besogne de plus belle. Il désirait en finir le plus vite possible.

Quand ils revinrent au minshuku, il était près de midi et les dames s'inquiétaient. Heureusement, la prévoyance d'Ochako leur avait fait gagner un temps précieux : il ne restait techniquement qu'à se changer pour Izuku pour qu'ils soient prêts à partir. Après un copieux dernier repas, Tsukiyo et Mugetsu donnèrent de nombreuses recommandations à Ochako et Izuku pour le futur. Puis, alors qu'ils s'apprêtaient à franchir la porte, une idée vint au vieillard.

« Bougez pas, j'vous dit ! j'ai une idée ! »

Il partit chercher quelque chose dans sa chambre, et reparut en courant au bout de quelques instants.

« Je vais vous amener en ville, ça vous épargnera la marche !

— Mais comment ? s'intrigua Izuku, qui n'avait pas vu le moindre véhicule dans le domaine.

— Suivez-moi. »

Il les mena à une remise tout à fait derrière le bâtiment principal, accolée au mur du fond. L'ouverture de la porte souleva un nuage de poussière, qui révéla une silhouette bâchée. Il s'avéra qu'il s'agissait en réalité d'un vieux 4x4 pickup, qui semblait dater d'une autre époque. Mugetsu, fébrile comme un enfant, se précipita dans l'habitacle, faisant claquer ses geta sur le plancher.

« Démarre, allez, démarre ! pouvait-on l'entendre ronchonner comme il tournait infructueusement les clefs dans le contact. »

Puis il y eut un déclic et le démarreur s'enclencha. Le moteur vrombit sourdement, et Izuku et Ochako eurent tout juste le temps de faire un pas de côté pour éviter le véhicule qui sortait de son garage.

« Montez, les jeunes ! déclara Mugetsu par la fenêtre ouverte. »

Il était fier comme un coq, et semblait vingt ans de moins. A la lumière, ils purent admirer le véhicule de plus près. C'était un vieux Toyota Hilux, dont l'habitacle ne comportait que deux places. Heureusement, le pickup permettait de s'installer à l'arrière, sur les emplacements de roues, et de profiter de la vue. C'est ce qu'Ochako et Izuku décidèrent, pour rester ensemble le temps du trajet.

La descente jusqu'à Morioka fut rapide mais mouvementée. Une bonne partie du trajet eut lieu sur les sentiers pierreux qui d'habitude ne voyaient que les randonneurs. Mugetsu insista pour aller les déposer directement à la gare. Ils durent donc endurer les regards interloqués des passants, qui les regardaient circuler avec de grands yeux ronds. Il n'était pas commun de voir deux adolescents circuler en pleine ville dans le pickup d'un 4x4 antédiluvien conduit par un vieux bonhomme en kimono.

« Prenez bien soin de vous, répéta Mugetsu en les débarquant à la gare. Et n'hésitez pas à revenir chez nous, vous serez toujours les bienvenus !

— On s'en souviendra, répliqua Izuku en souriant. »

A la vérité, il avait déjà prévu de revenir dès que possible. Avec Ochako.

« C'était vraiment très sympathique, chez vous, renchérit cette dernière. Dites à votre femme que je n'oublierai pas ses conseils ! »

Mugetsu leur fit de grands gestes de main en remontant dans le véhicule et en démarrant. Les deux jeunes gens restèrent plantés là de longues minutes, regardant dans la direction dans laquelle Mugetsu était parti, avant de se tourner l'un vers l'autre.

« On rentre à Yūei ? demanda Izuku, comme s'il attendait l'aval de son amie.

— On rentre à Yūei ! répliqua-t-elle d'un ton enjoué, en le gratifiant d'un vaste sourire. »

Sur ces mots, ils se mirent en mouvement et marchèrent jusqu'au guichet de la gare. Sans vraiment se rendre compte qu'ils s'étaient machinalement donné la main dès le départ. Enfin, plus exactement en faisant semblant de ne pas s'en être rendu compte.

« C'était vraiment un chouette séjour, lâcha Ochako avec une pointe de nostalgie alors que le Shinkansen se mettait en branle et quittait la gare de Morioka.

— Oui, vraiment très chouette, répondit Izuku d'un ton lointain. »

Ses pensées n'étaient pas dans la rame de train, mais loin d'ici, sur la colline au pin rouge. Il se remémorait une dernière fois le paysage et l'endroit, et la chaleur d'Ochako, et les sentiments de cette nuit-là. En ce milieu d'après-midi de l'été de ses dix-sept ans, il était encore loin de se douter que, dix ans plus tard, c'est sous le panache du pin rouge au sommet de la colline, qu'il planterait le genou à terre devant Ochako.

« Vous autres ! glapit Mina, en se retournant d'un coup depuis son poste d'observation. Venez voir qui arrive en se tenant la main ! »

Il n'en fallut pas plus pour déchaîner les passions de la classe de seconde A de Yūei, dont la quasi-totalité des membres se trouvait dans la salle commune en train d'apprécier les dernières heures du week-end. Le retour tant attendu allait avoir lieu d'un instant à l'autre, et tous se précipitèrent aux fenêtres de la salle commune, qui donnaient sur le chemin menant à l'entrée du bâtiment.

« Laisse-moi voir, abruti ! beugla Katsuki, grimpant aveuglément sur ses camarades entassés devant lui près de la fenêtre. »

Il lui fallut plusieurs secondes pour calculer les informations perçues par ses rétines.

« Putain ! Ce connard de geek m'a encore coiffé au poteau ! Bordel, je vais le buter !

— Avec un tel tempérament, attends-toi à mourir célibataire, lâcha nonchalamment Denki en tentant d'éviter les explosions de rage.

— M'en fous !

— C'est qu'ils sont mignons, tous les deux, dit Momo d'un ton ému, les mains sur la bouche pour dissimuler son émotion.

— Je dois dire que je suis content pour eux, avoua Shotô qui se tenait à côté d'elle, bras croisés, et sans remarquer le trouble de sa voisine.

— J'espère juste qu'ils continueront à vivre dans le parfait respect des règles de cet endroit, déclara Tenya en réajustant ses lunettes d'un geste plus robotique que d'accoutumée. Il est interdit de…

— On sait, mon vieux, te fatigue pas, lâcha Eijirō en lui tapotant l'épaule. Il faut que jeunesse se passe, n'est-ce pas !

Tsuyu était l'une des seules personnes de l'attroupement à contempler en silence la scène. Elle jeta un regard furtif à Fumikage, qui lui aussi se tenait silencieux, puis revint à son observation initiale.

Izuku Midoriya et Ochako Uraraka marchaient en se donnant la main.

« Comme un ballon solidement ancré… Comme un petit pois dans sa cosse. » se dit Izuku.


Si vous êtes arrivés jusqu'ici, c'est que mes divagations vous ont plu, et vous m'en voyez flatté. L'idée de cette histoire m'est venue spontanément il y a quelque jours, et j'ai décidé de la coucher sur le papier en y mêlant l'influence littéraire d'un monument de mon adolescence que je relis en ce moment - comme chaque été depuis des années. Cette œuvre, c'est 1Q84, d'Haruki Murakami, et cette influence, c'est le « petit pois dans sa cosse » - le chapitre final de l'épopée, qui voit la conclusion de l'histoire de Tengo et Aomamé. Bien sûr l'influence ne s'arrête pas à un titre et à une notion, mais ni vous ni moi n'avons envie de disserter longuement sur une liste exhaustive de ces manifestations. Trêves de blabla pseudo-littéraire, parlons plutôt de ce qui nous intéresse ici - et aussi pour ne pas vous perdre, si ce n'est pas déjà le cas : My Hero Academia. En écrivant, moult idées me sont venues et j'ai décidé de m'atteler à la rédaction d'une fiction longue, qui prendra la suite de celle-ci et explorera bien d'autres thèmes et bien d'autres endroits (un indice : cocorico !). Je me suis beaucoup amusé à rédiger l'histoire que vous venez de lire (et aussi à m'arracher les cheveux pendant des heures sur Internet pour dénicher X ou Y renseignement précis), et j'espère que vous avez apprécié la lire. Nous nous reverrons très pr... euh, pas avant plusieurs mois pour la suite de cette histoire, si jamais j'en viens à bout. Merci d'avoir lu, et tennō heika banzai !