Judy ouvrit les yeux, se redressant d'une nuit de sommeil peu reposante et éteignit d'un mouvement l'alarme hurlante, essuyant ses yeux embué d'une main.
Elle avait fait un cauchemar. Encore.
L'esprit un peu embrumé alors qu'elle s'arrachait aux derniers lambeaux de songes, elle se prépara, laissant la routine la guider alors que son esprit tentait de se souvenir des détails de ce rêve qui la hantait depuis quelques jours, mais plus elle tentait d'en saisir le sens, plus les images devenaient floues. Elle secoua la tête, renonçant aujourd'hui encore à comprendre le fonctionnement de son inconscient. Elle jeta un regard sur l'heure, et réalisa qu'elle allait être en retard.
Toilette, uniforme, insigne, un dernier regard sur le miroir, et elle quitta son appartement en claquant la porte, laissant ses draps se refroidir lentement.
Nick l'attendait déjà en bas de chez elle, négligemment appuyé contre leur véhicule de service en terminant son café. Il la gratifia d'un sourire moqueur en la voyant arriver en courant, le souffle court.
« Bah alors Carotte, on a loupé le réveil ?
-La ferme Nick. »
Il rit, lui lançant les clés de la voiture, qu'elle attrapa d'un geste.
« C'est ton tour de conduire, aujourd'hui, moi, je roupille. »
Elle sourit, lui jetant un regard en coin alors qu'elle montait.
« Car tu penses que je vais te laisser faire ?
-J'espère bien que non ! »
Elle démarra le moteur, et appuya sur l'accélérateur sitôt la portière de Nick claquée. Iels étaient sur une enquête délicate ces derniers jours. Des animaux de toutes les espèces disparaissaient les uns après les autres en plein cœur de zootopia, sans jamais laisser le moindre indice. L'enquête piétinait depuis des semaines, mais, il y a trois jours, elle avait prit un tour autrement plus dramatique : un cadavre avait été retrouvé, difforme et décharné, mais malheureusement identifiable. Le chef Boggo avait dû annoncer au veuf le décès de sa compagne, recherchée depuis près d'un mois, et avait mis Nick et Judy sur l'enquête.
« On est sur une grosse affaire, et on a besoin de furtivité, vous êtes les meilleurs dans ce domaine. Fouinez partout, retournez chaque coin de rue, introduisez vous partout où vous le voulez, je vous couvre. Coincez moi juste ce malade. Mais restez prudents, je ne veux pas d'autres morts, et surtout pas dans mon service, compris ? »
Depuis, iels exploraient toutes les pistes, sans succès hélas. Aujourd'hui iels étaient censé se rendre au secteur tropical, pour enquêter sur une autre des disparitions, à la recherche d'indices, mais iels n'avaient pas réellement d'espoir d'y trouver quoi que ce soit.
La radio grésilla.
« Equipe Delta ? Ici Chef Bogo. Vous me recevez. »
Nick s'empara de l'émetteur.
« Cinq sur cinq.
-Une nouvelle disparition vient d'être signalée en centre-ville, une girafe. On a enfin un témoin. Il vous attend au bureau.
-Reçu, on arrive. »
Judy acquiesça, et accéléra. Un témoin, enfin.
Le témoin était une loutre de taille moyenne, son uniforme trahissant son métier : boulanger. Il avait l'air un peu mal à l'aise, perdu entre tous ces policiers faisant plusieurs fois sa taille, surtout après les événements de l'année dernière où la crainte des prédateurs s'était drastiquement renforcée. Aussi il se détendit en voyant un renard et une lapine entrer dans la pièce, relayant les policiers qui étaient avec lui. Judy tenait un calepin, et le parcourait rapidement, soulevant quelques feuilles. Elle y jeta un dernier coup d'œil avant de regarder le témoin, et lui accorda un sourire apaisant, et lui tendit un verre d'eau qu'il accepta avec gratitude.
« Monsieur Sand c'est ça ? Je suis l'officier Hopps et voici mon associé l'officier Wilde. On enquête les disparitions d'animaux récentes, et on m'a informé que vous étiez témoin de l'un d'eux c'est ça ? »
Sand hocha la tête, les mains s'enroulant autour de son verre alors que le duo s'asseyait en face de lui.
« Racontez nous tout, en détail, d'accord ? »
Il hocha la tête à nouveau, but un peu, et se lança :
Il faisait encore nuit quand Sand traversa sa boutique en traînant ses poubelles, les yeux encore bouffis de sa courte nuit de sommeil. Il jeta un œil à l'horloge qui trônait dans sa cuisine en passant : 4h30. Il s'était levé encore plus tôt que d'habitude. Il sortit rapidement dans la brume matinale, et jeta ses sacs dans la benne. Il s'étira, et perçut au loin des claquements sur le pavés, ceux de sabots qui couraient. Intrigué et un peu inquiet d'entendre de l'activité dans une ruelle en pleine nuit, il avança vers la sortie du cul-de-sac, prudemment, veillant à ne pas faire de bruit.
C'est là qu'il put tout voir.
Une girafe, courant à quatre pattes, l'air complètement paniquée, fonçant dans sa direction. Il sut, de manière diffuse, qu'il devait agir, mais voir un Zootopien agir à nouveau comme un animal primitif le terrifiait et l'étonnait bien trop pour qu'il puisse agir. La dernière fois qu'on avait vu un animal à quatre pattes, Zootopia avait connu une de ses plus grandes crises. Craignant d'être impliqué dans quelque chose de bien plus grand que lui, et de trop dangereux, il se plaqua contre le mur, dans les ténèbres, et laissa sa main glisser sur sa jambe, à la recherche d'un portable qu'il avait malheureusement oublié sur son comptoir. Pendant ses temps, ses yeux assistaient à un spectacle étrange. Derrière la girafe paniquée, courant avec une rapidité étonnante, des silhouettes inindentifiée, en moyenne, oscillant autour des deux mètres de hauteur peut être, semblaient braquer un fusil en direction de l'animal terrifié. Sand perçu distraitement le tir, résumable en un léger « pof » étouffé, qui toucha la girafe sur une de ses pattes. Elle dérapa, tombant sur le côté. Elle semblait vouloir hurler, son long coup ondulant fiévreusement dans tout les sens alors que ses pattes viables patinaient dans un liquide sombre pour gagner quelques centimètres d'avance. L'observateur involontaire, les deux mains plaquées sur son museau pour ne pas glapir, remarqua alors que la girafe saignait abondamment. Les silhouettes s'approchèrent de l'animal, le fusil se posa sur le flanc de la blessée, un nouveau « pof » retenti, qui sembla comme un coup de tonnerre à la loutre désormais accroupie dans sa terreur, et le cou de la girafe retomba lourdement. Un immense camion rouge sombre, l'air neuf, apparu dans son champ de vision, non loin, et une dizaine de personnage en sortit. Iels parvinrent à soulever l'animal inconscient et à le traîner à l'intérieur. A peine les portes étaient refermées que le véhicule reprit la route, disparaissant sur un des grands axes de la ville. Il essaya de détailler sa plaque d'immatriculation, mais il remarqua alors qu'elle n'en avait pas.
Les yeux de la loutre s'étaient embués alors qu'elle racontait ce qu'elle avait vu. Elle releva son regard sur Hopps, puis sur Wilde, et souffla :
« Je… J'ai rien fait. Je n'ai pas pu… Je… J'aurais dû ?
-Vous n'auriez rien pu faire monsieur Sand, répondit doucement Judy en posant sa patte sur celle du boulanger.
-Mais… Elle… Je…
-Votre réaction est normale. Et vous n'auriez pas pu vous interposer sans risquer votre vie, émit Nick, la mine sombre, avant de lui sourire tristement. En restant en retrait, vous avez pu nous apporter le témoignage qui nous manquait dans notre enquête. Nous nous occupons de la suite.
-Mais, la girafe…
-On s'occupe personnellement de la ramener en bonne santé à ses proches. C'est promis. Sourit Judy en se levant.
-Vous ne pensez pas qu'elle soit… Enfin, vous voyez…
-On ne peut pas abandonner un habitant de Zootopia sur une simple supposition. Restons optimiste. Merci infiniment pour votre témoignage. On reviendra vers vous si on en aura besoin, d'accord ? Et n'hésitez pas à revenir si un détail vous revient en mémoire. »
Sand hocha la tête, son regard se perdant dans l'eau qui restait au fond de son verre alors que le duo quitta la pièce. La porte se referma derrière eux, et Nick interpella un des gardes.
« Emmenez le voir l'infirmier psychologue, cette loutre à besoin d'une longue discussion, d'un chocolat chaud et de repos. Vous demanderez au psy de nous remettre son rapport pour qu'on l'ajoute au dossier. »
Le garde acquiesça, et entra dans la salle, laissant Nick et Judy quitter l'établissement.
« Un véhicule étrange, toute une organisation autour d'enlèvements, des fusils, des animaux qui court à quatre pattes… Pourquoi ça me semble familier ? » Souffla Judy, sitôt assise au volant.
Nick claqua sa portière, et s'enfonça dans son siège en soupirant longuement.
« Je sais à quoi tu penses, mais c'est pas ça. Iels ont l'air mieux organisés, et… Plus dangereux. Il ne faut pas se laisser distraire par de mauvais souvenirs. Surtout pas si ces gens tirent à balles réelles.
-Nick, fit Judy en se tournant vers lui, on ne peut pas exclure cette hypothèse quand même.
-Je ne dis pas qu'il faut l'exclure, répondit-il en se redressant, juste que c'est une enquête bien différente, et qu'il ne faut pas se laisser influencer. Je te l'ai déjà dit. Et puis les cibles sont trop différentes, les enlèvements trop espacés dans le temps et sur les zones. On manque d'élément. On a retrouvé un cadavre dans une poubelle, mais on ne sait pas si on a laissé passer d'autres corps…
-Mmh… L'autopsie avait révélée quoi ?
-Des coups de scalpel, traces d'injections, mais pas grand-chose d'autre. C'était méthodique en tout cas.
-Pas de traces de coup de feu ?
-Me semble pas, attends, fit Nick en reprenant son calepin, le parcourant rapidement. Non, en tout cas il n'y a rien de tel sur le rapport. »
Judy souffla en hocha la tête, ses mains se crispant sur le volant alors qu'elle réajustait sa position, sans pour autant mettre le contact.
Nick comprit à son expression ce qui n'allait pas. Il posa sa main sur son bras.
« Hé, Judy. On va y arriver. On les coincera.
-… Je ne sais pas si j'en suis capable Nick. C'est… C'est trop. »
Il la prit par les épaules, la tournant vers lui.
« Oublie pas qu'on est partenaires. On va arrêter ces horreurs, ensemble. Ok ? »
Il posa son front contre le sien, et elle ferma les yeux un instant. Leurs museaux s'effleurèrent un instant, elle, comme lui, sentit leurs cœurs s'accélérer un peu, de manière fort peu professionnelle. Judy se reprit en première, et recula un peu un contrecœur, un timide sourire faisant son retour sur le visage de la lapine.
« T'as raison, on va y arriver, ensemble. »
Il s'éloigna à son tour, accrochant sa ceinture avec un semi-sourire, et la voiture s'élança dans les rues.
