Devait-il la rattraper ? La rejoindre dans sa chambre et la forcer à lui dire toute la vérité ? Non, c'était tout simplement impossible, pour le moment en tout cas. Drago avait conscience qu'il se montrait trop impatient, trop pressant et bien trop entreprenant avec Hermione. Lui-même avait eu besoin de plusieurs mois pour se faire à l'idée qu'il était tombé amoureux d'elle et qu'il souhaitait vivre à ses côtés pour le reste de ses jours. Alors comment pourrait-elle accepter cette situation en aussi peu de temps ? Il devait la laisser tranquille quelques temps, il en était certain. Mais malgré tout, il savait en son for intérieur qu'il était impensable pour lui de rester à distance de la Gryffondor. Il avait continuellement besoin de la voir, l'entendre, la toucher, la sentir, de la posséder complètement. Mais alors, que devait-il faire ?

Il continua à ressasser de sombres pensées durant tout le trajet qui l'amenait vers son dortoir, quand on l'interpela bruyamment. Dérouté, il se retourna lentement et vit Astoria s'avancer dans sa direction, l'air déterminé.

- Drago, cela fait si longtemps que je ne t'ai p…, commença-t-elle en essayant de lui prendre la main.

- Qu'est-ce que tu veux ? coupa froidement le garçon blond en évitant tout contact physique avec elle.

- Je… Je voulais juste te voir, j'avais besoin de te parler, répondit-elle la mine à présent déconfite.

- Et bien je suis là, alors parle ! siffla Drago avec dédain.

Mal à l'aise, Astoria arpenta le couloir du regard, se tortillant les mains, la respiration saccadée. De toute sa hauteur, le Serpentard la contemplait, jugeant son teint blafard et ses cernes sous les yeux avec mépris.

- Bon alors ? Tu vas parler ou pas ? s'impatienta le jeune homme.

- Oui… Oui… Tu sais, je ne vais pas très bien en ce moment, ma mère et moi-même vivons un moment difficile, alors tu vois, je me suis dit que, je me suis dit que… Que…, bredouilla-t-elle, de plus en plus apeurée.

- Que quoi ? s'énerva-t-il.

Elle leva alors les yeux et le fixa avec espoir.

- Il n'est pas encore trop tard Drago…, murmura-t-elle.

- Trop tard pour quoi ?

Et sans un mot, elle s'élança vers lui, enroula ses bras autour de ses épaules, prête à l'embrasser avec passion, quand il lui attrapa les bras pour la rejeter violement au sol.

- Crois-tu vraiment que moi, Drago Malefoy, je vais m'intéresser à toi ? ricana-t-il méchamment.

- Mais tu es…

- Je ne suis rien pour toi ! l'interrompit-il d'une voix forte. A partir de ce soir, je veux que tu oublies mon existence gamine, te voir m'use les nerfs, soupira-t-il avec morgue avant de s'éloigner de sa démarche trainante.

Au croisement du couloir, il jeta tout de même un dernier coup d'œil à la jeune fille. Cette dernière était toujours par terre, mais le toisait d'un regard à la fois glacial et perfide, un léger rictus déformant ses lèvres, le faisant frémir de part en part.

Néanmoins ravi de s'être définitivement débarrassé de cette enquiquinante Greengrasse, il pénétra de meilleure humeur dans le dortoir, quand quelque chose attira son regard. D'un rapide murmure, Drago éclaira sa porte et découvrit avec stupéfaction ces quelques mots :

Le serpent tombe amoureux du lion. Le sang de bourbe souille le sang pur

Interloqué face à ce message déroutant, Drago se dépêcha de l'effacer à l'aide d'un petit sort avant d'entrer dans sa chambre et de s'allonger sur son lit, le cerveau en ébullition. Qu'est-ce que cela voulait-il signifier ? Il était évident que ce message lui était destiné, et évoquait sa relation secrète avec Hermione. Etait-ce une plaisanterie ? Une menace ? Il se souvint alors de cette nuit passée dans la forêt avec le Mangemort. Celui-ci n'avait pas dit un nom avant de mourir ? De qui parlait-il ? D'un complice ? D'une autre victime ? Nom d'un Scroutt… Pourquoi n'avait-il pas fait attention à ce foutu nom ? Peut-être que cet individu pouvait avoir un rapport avec ce message, ou peut-être que ce n'était qu'une mauvaise blague et qu'il allait devenir fou à se creuser les méninges à ce point ? Drago décida alors d'oublier ces mots pour la nuit, il était inutile de s'angoisser pour si peu. Demain, il en parlerait à Hermione, si cette dernière était prête à l'écouter sans fuir à toutes jambes. Ce sont sur ces pensées que le garçon, épuisé, ferma les yeux et s'endormit profondément.

Affalé sur le sol, le corps endolori et l'esprit vague, Drago observait le plafond, examinait chaque éraflure, relevait chaque tâche ou moisissure. Par Merlin, comment en était-il arrivé là ? Il avait grandi dans une famille riche, choyé par des parents qui l'adoraient et était admiré de tous ses amis. Pourtant il se trouvait allongé par terre dans une vielle bâtisse insalubre, les membres douloureux à l'extrême, avec l'envie intense de pleurer sans y parvenir. Il aperçut vaguement le bruit d'une porte qui grince, de toute évidence quelqu'un venait de pénétrer dans la chambre. Peut-être était-ce encore sa tarée de tante, elle n'était peut-être pas encore assez repue de la précédente séance de torture, un deuxième tour dans le manège de l'enfer allait peut-être commencer. Drago n'eut même pas la force d'avoir peur, même lorsque la personne s'agenouilla à ses côtés.

- Je suis fatigué, qui que vous soyez, repassez plus tard…, chuchota Drago d'une voix morne.

- Hélas, je ne peux pas rester longtemps, répondit une voix grave.

A la fois soulagé et étonné, le Serpentard se fit violence pour tourner la tête et vit le visage émincé de son parrain se pencher sur lui.

- Qu'est-ce que vous foutez ici ? interrogea Drago.

- J'ai appris ce qu'il s'était passé, pourquoi n'avez-vous rien dit ? demanda Rogue en éludant la question de son filleul.

- J'ai mes raisons, soupira-t-il au comble de l'épuisement.

Severus Rogue observa son élève et filleul au corps marqué et au teint pâle, ce qui lui serra le cœur. Avec lenteur, l'ancien professeur de potion fit glisser son bras sous les épaules du frêle garçon et le souleva avec douceur.

- Que faites-vous ? glapit Drago.

- Je vous pose sur le lit, ce sera mieux que le sol glacé de la chambre, répondit tranquillement l'homme sombre.

- Je n'ai pas besoin de votre aide, de toute façon, il est trop tard pour avoir pitié de moi, se révolta-t-il.

- Je ne ressens aucune pitié à votre égard, Drago. Je suis, au contraire, très fier de vous.

- Fier ?

Rogue le déposa avec délicatesse sur le lit et le recouvrit d'une couverture miteuse.

- Oui, fier.

- Fier de quoi ? De m'être laissé torturer ? D'être faible ? Couard ? tempêta le garçon.

- Fier de savoir que vous avez eu le courage de faire vos propres choix. Fier de vous voir endurer la douleur pour une cause que vous jugez bonne. Fier d'avoir un filleul qui est prêt à se sacrifier pour un avenir meilleur, murmura-t-il.

C'est en entendant ces mots, que personne ne lui avait jamais dit, que Drago sentit les larmes couler le long de ses joues. C'est alors qu'il se rendit compte qu'il avait toujours voulu entendre ces louanges une fois dans sa vie, et que finalement, c'était son austère parrain qui aura réalisé son souhait silencieux. La gorge nouée, il vit Rogue s'éloigner de son lit et entrouvrir la porte, quand il arrêta son geste.

- Drago, quoiqu'il puisse arriver par la suite. Promettez-moi une chose, dit-il fermement.

- Allez-y…

- Vous avez, aujourd'hui, prouvé votre courage. Alors, si par malheur, vous devez à nouveau être confronté à un quelconque danger, fuyez. Partez loin de cette guerre avec votre mère, et cachez-vous.

- Je vous le promets.

Severus Rogue se détourna alors de la porte et fixa son filleul intensément.

- Aujourd'hui, vous avez sauvé celle que vous appelez sang de bourbe, cette Hermione Granger. Peut-être que maintenant vous regrettez ce geste, puisqu'il vous a causé tant de douleurs. Mais soyez certain, qu'à l'avenir, vous comprendrez que vous venir d'accomplir l'acte le plus important de toute votre vie.

Sur ces mots, le professeur fit volte-face et disparut derrière la porte qui se refermait derrière lui. Drago ne le savait pas encore, mais ce fut la dernière fois qu'il vit son parrain vivant.

Drago ouvrit lentement les yeux et observa le plafond de sa chambre. Ce souvenir, cet instant, ces mots, il croyait avoir tout oublié, tout refoulé, mais ses songes venaient lui rappeler la douleur, le chagrin, mais aussi et surtout, la gratitude. Severus Rogue, son professeur, son parrain, son ange-gardien. Il avait tout fait pour l'aider, le protéger, le soutenir, mais malgré cela, tel un gamin capricieux, il l'avait rabroué, détesté et par-dessus tout, ne l'a jamais remercié. Drago culpabilisait, encore et encore, depuis la mort de cet homme courageux. Repenser à son parrain était aussi douloureux que les tortures infligées par Lestrange, aussi difficile que de voir sa mère perdre la raison un peu plus de jour en jour.

« Je devrais rester dans ce lit, ne pas me lever et me laisser glisser vers un monde de rêves, pour finalement disparaitre définitivement de ce monde… », pensa Drago, alors que le jour commençait à se lever.

Quelques jours s'écoulèrent paisiblement, sans qu'Hermione ne croise une seule fois le jeune homme aux cheveux couleur or. Plusieurs jours qu'elle ne l'avait pas vu, que ce soit dans les couloirs, dans le dortoir ou en cours. Bien que soulagée au début, son absence commençait à la rendre anxieuse et acariâtre. Elle regrettait même de s'être montrée si insensible la nuit passée devant le miroir du Riséd. Il était à présent lundi soir, et il était temps de débuter la ronde. Malgré sa motivation quelque peu défaillante à l'idée de passer une soirée en compagnie des Serpentards, elle se dirigea néanmoins vers le groupe de serpents, prête à entamer une inspection du château, quand elle se rendit compte que quelqu'un manquait à l'appel.

- Où est Malefoy ? s'enquit-elle.

- Pas ici comme tu peux le voir, lança Pansy de mauvaise humeur. Ca fait des jours que personne ne l'a vu. A croire que monsieur se fait désirer !

- Et on fait quoi ? C'est lui le préfet en chef en quand même…

- Je m'en fous royalement ! Crabbe, Goyle, on y va ! ordonna Pansy avant de s'éloigner, accompagnée de ses deux gorilles.

Mal à l'aise à l'idée de faire la ronde sans Drago, Hermione regagna le dortoir et s'approcha de la chambre à Neville et Drago. Hésitant à entrer, la jeune fille respira un bon coup et frappa à la porte. Aucune réponse. Nouvelle tentative. Nouvel échec.

- Ah Hermione ! Que fais-tu là ? demanda Neville en s'avançant vers sa chambre.

- Je cherche Malefoy, on doit faire notre ronde mais il ne s'est pas montré, répondit Hermione, le regard fuyant.

- En fait il n'est pas sorti de la chambre depuis des jours. Il reste là, allongé sur son lit, à regarder le plafond et lorsque je lui demande si tout va bien, il m'envoie promener, confia son ami Gryffondor.

Inquiète, Hermione pénétra lentement dans la chambre et laissa ses yeux s'habituer à la prénombre ambiante.

- Il n'ouvre même plus les rideaux de toute la journée, c'est vraiment inquiétant, souffla le timide garçon avant d'attraper son sac et de filer hors de la chambre en fermant la porte derrière lui.

La Gryffondor déambula dans la petite pièce, se cognant à tout ce qui trainait au sol, maudissant intérieurement le manque de lumière.

- Tu comptes passer tes journées à dormir ? bougonna-t-elle vivement.

- …

- Je peux savoir pourquoi tu te transformes lentement en mollusque ? continua la lionne afin de le faire sortir de sa léthargie.

- …

- Mais bon sang ! Réponds-moi ! tempêta-t-elle.

C'est alors qu'une voix rauque et grave troubla le silence pesant. Une voix qui la renvoya quelques jours plus tôt dans la Salle sur Demandes. Cette même voix qui lui disait qu'elle voulait finir sa vie à ses côtés. Le cœur de la belle s'emballa à ce simple souvenir.

- Je croyais que tu t'en fichais de moi…

- Je n'ai jamais dit ça !

- Que viens-tu faire ici, Hermione ? murmura-t-il lentement.

A cet instant précis, la jeune fille aurait pu se frapper tant sa bêtise lui sauta aux yeux. Même après des jours passés sans le voir ni lui parler, l'entendre prononcer son prénom lui faisait toujours le même effet. L'effet d'un bloc de glace qui dégringolerait dans son estomac. Elle tenta néanmoins de garder contenance et se força à répondre à la question du jeune étudiant.

- Nous sommes lundi, c'est l'heure de la ronde. Pansy et compagnie sont même déjà partis, expliqua-t-elle, la voix légèrement tremblotante.

- J'aurais dû m'en douter, souffla Drago.

- Te douter de quoi ?

- Du fait que tu ne puisses pas venir pour voir comment je me porte, ou juste parce que je te manque. Bien entendu…

C'était faux, totalement faux. Il lui manquait, en fait, il lui manquait à en crever. Elle ne s'était pas rendue compte de ce manque jusqu'à ce qu'elle lui parle maintenant, mais elle comprit alors que son humeur massacrante de ces derniers jours étaient dû à l'absence de Drago. Mais avouer cela lui était impossible, en tant qu'ancienne Gryffondor, elle se devait de garder contenance, surtout face au Serpentard.

- Peu importe le motif de ma venue, il est temps de te lever et de te comporter comme un étudiant, rouspéta la jeune femme brune.

- Tu m'agaces Granger, et je suis fatigué. Alors dégage de ma chambre, renifla-t-il dédaigneusement.

S'habituant progressivement à l'obscurité de la pièce, Hermione pu distinguer le corps du garçon étendu sur le lit, les cheveux complètement décoiffés, l'avant-bras cachant son visage. Elle était incapable de percevoir ses traits, cependant, la posture de son corps prouvait à quel point il semblait découragé, ce qui lui serra le cœur. Impuissante face à ce spectacle, elle s'approcha lentement du lit, manquant de tomber à plusieurs moments, et s'allongea doucement à côté de ce garçon abattu. Elle le sentit alors remuer puis se redresser complètement.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna-t-il, stupéfait.

- En tant qu'ancienne Gryffondor, il m'est tout simplement impossible de laisser un camarade de classe ruminer seul dans son coin, déclara-t-elle d'une voix haut perchée.

- Et tu t'allonges à côté de tous tes camarades de classe ? railla Drago.

- On va dire qu'en vue de notre passif, je me suis permis une légère exception. D'ailleurs tu…

Mais elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que Drago l'entourait déjà de ses bras, se collant à elle dans un mouvement chaleureux et sensuel. Muette de stupeur et mal à l'aise, elle essaya de se dégager sans succès.

- Que croyais-tu petite lionne ? Que tu pouvais venir dans mon lit sans que je ne te prenne dans mes bras ? murmura-t-il à son oreille.

- A vrai dire, je n'y avais pas réellement réfléchi…, chuchota-t-elle à son tour, le corps en feu.

Ils restèrent ainsi de longues minutes, dans le silence le plus total, où seules leurs respirations brisaient la plénitude de cet instant. Le malaise d'Hermione se dissipa peu à peu, pour laisser place à une tendresse assumée. Plaquée contre la poitrine de garçon, elle pouvait percevoir les battements de son cœur et son souffle sur son front. De légères caresses, d'une délicatesse exquise, glissaient le long de son dos

- Drago, il faut maintenant que tu me parles, commença Hermione.

- Pourquoi gâcher un moment si plaisant en parlant inutilement…, gémit-il.

- Parce que je dois savoir pourquoi tu restes prostré dans cette chambre depuis des jours.

La femme brune sentit les caresses devenir plus fermes.

- Peu importe…, lâcha Drago.

- Non ! Je veux que tu m'en parles ! Qu'est ce qui ne va pas ? insista-t-elle.

- Très bien. En résumé : j'ai été trop lâche pour remercier mon parrain de m'avoir certainement sauvé la vie, j'ai tué un homme de sang-froid et je reçois des messages étranges sur la porte de ma chambre. Je pense que Torm avait un complice, mais je n'ai pas été foutu d'écouter son nom. Quand à toi, tu fuies dès que je parle d'avenir. Je présume, donc, que ma vie est tout simplement un gâchis monumental, gronda-t-il d'une traite sans reprendre son souffle.

La gorge d'Hermione se noua à l'écoute de cette longue tirade. Toutefois, elle préféra aborder point par point ce qu'il venait de lui avouer, sans ne rien omettre, comme si elle résolvait une énigme.

- De quels messages parles-tu ?

- Un truc avec un serpent qui aime un lion, et un sang de bourbe qui souille un sang pur.

- Par Merlin ! Drago ! J'ai reçu le même genre de message ! s'exclama-t-elle en se redressant vivement.

- Quand ça ? demanda-t-il, la voix inquiète.

- Je ne sais plus, il y a une semaine environ ! Tu penses qu'on cherche à nous effrayer ?

- Aucune idée, c'est peut-être une mauvaise blague après tout, répondit-il laconiquement.

- Que faudrait-il faire ?

- Nous ne pouvons rien faire. Il faut laisser courir et si ça se reproduit, nous aviserons en conséquence.

Paniquée à l'idée qu'une tierce personne puisse connaitre son secret, la Gryffondor ferma les yeux et tenta de retrouver sa respiration. Tout ce qu'elle espérait, c'était que ces messages ne relevaient en fait qu'une plaisanterie de mauvais gout, et non pas d'un complice d'Egnam Torm. Elle décida alors d'aborder un sujet plus difficile.

- Tu t'en veux de l'avoir tué ?

- J'ai assassiné un homme, marmonna-t-il d'une voix sombre.

- C'était de la légitime défense Drago !

- Il était à terre et désarmé quand je l'ai fait…

- Mais il comptait nous tuer ! explosa Hermione. Il voulait aussi s'en prendre à ta mère ! Tu as fait ce que tu devais faire, tu as été d'une bravoure sans pareil ! Comment peux-tu parler d'assassinat ? Tu m'as sauvé la vie, tu nous as sauvés la vie ! Alors je t'interdis d'avoir des remords ! Tu n'es pas un meurtrier ! Point à la ligne !

Elle enroula alors ses bras autour du jeune homme et l'étreignit contre sa poitrine avec force, tant la peine du jeune homme la bouleversait. Elle sentit alors quelque chose d'humide couler le long de sa nuque, et elle comprit que c'étaient les larmes silencieuses de l'homme qu'elle chérissait.

- Rogue m'a dit la même chose, mais maintenant il est mort, et je ne peux même plus le remercier, souffla-t-il la voix éraillée.

- Tu sais que tu peux le faire. Pourquoi ne pas parler au portrait et…

- Je n'arriverai jamais à le regarder en face, c'est impossible ! Il a passé sa vie à se sacrifier pour autrui, pour moi, alors que je le méprisais !

- Ne dis pas ça… Je suis sure que ça lui fera très plaisir. Repose-toi Drago, oublies toute cette peine qui te meurtris le cœur, laisse-toi juste aller, murmura Hermione en caressant les cheveux blonds du garçon blotti contre elle.

L'humidité des larmes fut soudain remplacée par un baiser mouillé au creux de sa nuque. Un baiser doux, tendre et saisissant. La main fébrile du Serpentard descendit le long du corps de la belle et caressa avec en avidité ses cuisses découvertes, remontant lentement jusque sous la jupe. Tout en se relevant, il la fit basculer sur le lit et embrassa ses paupières, ses joues, son nez et son menton, avant de s'arrêter sur ses lèvres. Hermione se laissa faire sans réfléchir, tant les sensations et émotions ressenties étaient vives et délectables. Le baiser d'abord suave se transforma en un baiser davantage torride et brusque. Les lèvres du garçon se pressaient impétueusement contre les siennes, suçant par moment sa langue et mordillant de temps à autre sa lèvre inférieure. A présent allongé sur elle, ses mains s'agrippèrent à ses cheveux, l'obligeant à pencher la tête en arrière pour qu'il puisse lui sucer et mordiller le cou. De plus en plus haletant, Drago écarta ses cuisses d'un geste brusque et s'y engouffra, collant son bassin à celui de sa prisonnière. Ses mains attrapèrent sa fine taille pour enfin empoigner ses fesses, avant de les pétrir avec rudesse. Ressentant le désir brutal de son compagnon, Hermione chercha à se dégager lentement quand il saisit ses mains tout en continuant de l'embrasser violement.

- Drago, tu…

Sans la laisser finir, il scella ses lèvres des siennes et de son autre main, caressa le ventre de compagne, fit glisser sa main sous le chemiser et remontra jusqu'à sa poitrine, qu'il malaxa avec dureté. Hermione tenta une nouvelle fois de s'échapper, apeurée à l'idée que le Serpentard puise perdre tout contrôle, sans succès. Elle percevait chaque caresse rude, chaque gémissement et chaque baiser que l'étudiant lui volait. Perdue entre le désir et la peur, son corps s'arqua sous celui du garçon, plaquant encore davantage son bas-ventre au sien, qui grogna de plaisir. Mais malgré son corps à présent incandescent, Hermione chercha à le repousser de toutes ses forces.

- Hermione, Hermione, Hermione, répétait sans cesse Drago à son oreille, dans de longs gémissements.

Elle sentit l'étreinte se relâcher subitement un court instant, avant de se sentir à nouveau emprisonnée. Elle comprit alors que le garçon avait retiré sa chemise d'un mouvement brusque. Il abandonna les mains de sa captive afin de déboutonner son chemisier avec force, pour ensuite embrasser son ventre avec voracité.

- Drago, arrête, je ne veux pas, c'est trop tôt…, bredouilla Hermione en le repoussant.

- Laisse-moi te posséder complètement… Sois mienne cette nuit…, ronronna-t-il tandis que ses baisers montaient jusqu'à la poitrine de sa victime.

Se sentant de plus en plus vulnérable, la jeune Gryffondor s'arc bouta pour attraper sa baguette coincée dans la poche de sa jupe, et dans un cri sonore, envoya dans les airs le Serpentard, qui se cogna contre le mur.

- Lumos ! s'écria-t-elle.

Elle vit alors Drago se relever péniblement, les joues rougies par l'effort et l'excitation, torse nu, les cheveux emmêlés et le regard trouble.

- Pourquoi ne veux pas que je te touche ? demanda-t-il froidement. Mes baisers sont-ils si horribles que ça ?

Sans même attendre une réponse, il se jeta sur elle et la plaqua contre le mur. Le nez dans ses cheveux, il inspira longuement, quand il perçut un sanglot. Incrédule, il recula et vit la jeune femme pleurer silencieusement. Il aperçut alors les boutons arrachés de son chemisier, les marques de ses mains sur son ventre et les suçons sur son cou, proches de la morsure. Cette vision le cloua sur place.

- Par Merlin, Hermione, je suis désolé…, murmura-t-il la mâchoire serrée. Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai totalement perdu la raison… Hermione…

Il tenta de lui prendre la main quand elle se dégagea rapidement. Le cœur brisé, il vit celle qu'il aimait tenter de refermer sa chemise, les mains tremblantes, le regard baissé. D'un revers de la main, elle sécha ses quelques larmes, puis se décida à le regarder dans les yeux, la mine farouche.

- Je vais y aller maintenant, il faut bien que quelqu'un fasse cette fichue ronde, annonça-t-elle d'une voix à la fois ferme et chancelante.

- Hermione !

Mais la porte se refermait déjà derrière elle. Qu'avait-il fait ? Son envie, son désir et son impuissance l'avait rendu complètement fou. Il n'avait pas tenu compte des protestations de sa femme, et ne cherchait qu'à assouvir ses pulsions si longtemps réfrénées, avec ce corps brulant, ensorcelant et troublant qu'était celui de la lionne. Ecœuré par son comportement, anéanti d'avoir brisé ce moment de complicité et d'intimité, il se rua sur le livre de potions et le feuilleta frénétiquement.

- La potion des illusions…, chuchota-t-il pour lui-même.

Courir. Le plus vite possible, sans ne penser à rien. Juste courir. Courir pour se sentir mieux. Dans sa course folle, Hermione ne distingua pas les portraits vivants autour d'elle, elle ne vit pas les étudiants qui la montrait du doigt, elle ne songeait qu'à une seule chose, courir le plus loin possible. Sa course folle dura un long moment, quand enfin, à bout de souffle, elle s'écroula contre un mur, dans un recoin sombre du château. Il s'était montré si agressif, possessif et brutal, mais malgré cela, malgré sa rudesse à son égard, malgré les quelques marques de bleus sur sa peau, elle ne pouvait s'empêcher de penser à cette chaleur diffuse dans son corps, à son pouls rapide, à son cœur battant à tout rompre. Cependant, elle avait pris peur à l'idée qu'il se montre encore plus exigeant, plus sauvage, mais qu'est-ce qu'elle regrettait d'avoir pleuré. Pourquoi ses larmes s'étaient-elles mises à couler ? Surtout devant lui, alors qu'il semblait déjà si accablé et déconcerté.

« Non ! Pourquoi est-ce que je pense à lui ? C'est de sa faute ! C'est lui qui m'a emprisonné de ses mains sans me laisser une parcelle d'intimité ! Ce n'est pas de ma faute, de ma faute… », pensa-t-elle avec force.

Mais rien n'y fit. Son cœur s'emballa au souvenir de son parfum sur sa peau, de ses gémissements rauques, de son corps pressé contre le sien. Hermione se haïssait de se montrer à ce point contradictoire, mais surtout se méprisait de vouloir retourner auprès de Drago pour le consoler. C'était un comportement si faible à ses yeux.

- Qu'est-ce que je devrais faire ? Comment suis-je sensée me comporter maintenant ? s'écria-t-elle à voix haute.

Un épais nuage de vapeurs obscurcissait la petite pièce. Plongé dans la préparation de la potion, Drago vérifia chaque instruction une dizaine de fois, versa le contenu du chaudron dans un verre, et de dépit, bu la potion d'une traite. Rien ne se produisit durant quelques minutes, quand la tête commença à lui tourner. D'une démarche vacillante, il s'écroula sur le lit de Neville et se massa les tempes, cherchant vainement à diminuer la douleur qui lui martelait le crane.

- Drago…

Le jeune homme sursauta et vit apparaitre dans un étrange brouillard une silhouette élancée.

- Drago…, répéta la douce voix féminine.

Le pas toujours incertain, Drago s'approcha de la jeune fille et découvrit une petite femme à la chevelure brune sauvage et au sourire enjoliveur.

- Hermione ? demanda-t-il d'une voix pâteuse.

- C'est bien moi mon amour. Viens ici, plus près, je veux pouvoir te toucher…, minauda-t-elle langoureusement.

Malgré les minauderies et les termes employés, qui étaient très loin du caractère de la lionne, Drago se laissa convaincre et s'approcha de la « femme Hermione », tout en sachant au fond de lui que ce n'était qu'une illusion crée par cette potion. Car en ce moment précis, peu lui importait que tout ça ne soit que fictif, tant il avait absolument besoin de se sentir aimé, même pas un être qui n'existait pas et ne représentait que son fantasme.

- Tu sais que je t'aime mon amour, murmura-t-elle en souriant malicieusement.

- Je t'aime aussi, chuchota-t-il en enlaçant l'illusion de la femme qu'il aimait réellement.

« C'est la dernière fois que je me retrouve ici », pensa Hermione alors qu'elle se trouvait face au Miroir de Riséd.

Les yeux fermés et la gorge nouée, la Gryffondor inspira et expira lentement, les poings serrés et les jambes engourdies. L'épisode la chambre lui avait fait réaliser à quel point elle s'était montrée égoïste à l'égard du Serpentard, lâche et aveugle. Il était temps qu'elle affronte ses sentiments, comme l'avait fait le garçon blond par le passé. Peu importe ce qu'elle verrait, elle se promit de ne pas dicter ses choix futurs en fonction de son reflet.

- Allez, j'y vais. 1 2 3…

Mais ses paupières refusèrent de bouger.

- Encore une fois ! 1 2 3…

Toujours pas.

Depuis le tout premier soir où j'ai découvert ce miroir, je ne vois que toi dans mes bras.

Cette tirade du garçon la percuta de plein fouet. Il avait regardé, lui, il avait regardé et avait eu le courage de le lui dire. Hermione était une Gryffondor, elle possédait la hardiesse d'une lionne, et ce n'était certainement pas un petit Serpentard qui allait être plus téméraire qu'elle.

- 1 2 3 !

Une maison, une belle et grande maison. Une balançoire et des rires d'enfants au loin. Oui… Cette maison, elle la connaissait, elle y avait vécu pendant une semaine entière, la maison des Malefoy. Puis elle, juste là. Plus adulte, plus femme, les bras remplis de livres en tout genre, qui s'avance en direction d'un petit groupe de quatre enfants. Les rires se précisent, puis une masse immense s'extirpe de sous les enfants et en porte deux à bout de bras en s'esclaffant. Elle s'approche, lâche ses ouvrages et porte les deux autres petits dans ses bras. Elle est brune, ses cheveux sont toujours aussi bouclés. Il est blond, à la chevelure raide et soyeuse. Les petites têtes blondes aux cheveux bouclés et emmêlés rient aux éclats. Le bonheur. Tout simplement.

Le cœur serré, Hermione laissa errer son regard dans l'immense pièce, quand il tomba sur le vase. A pas lents, elle s'en approcha et s'agenouilla devant l'objet. Celui-ci était presque totalement recollé, seuls quelques fragments étaient toujours dispersés. Comment cela s'était-il produit ? Puis elle repensa à la dernière soirée qu'ils avaient passés ici tous les deux, et au fait que Drago lui ait avoué la vérité quant au reflet du Miroir. D'un geste tranquille, elle reposa l'objet et dit doucement :

- Ne t'en fais pas, je vais vite te réparer. Je sais ce que je dois faire à présent.

L'étudiante se releva délicatement et sortit de la Salle sur Demandes. D'un pas vif et déterminé, elle franchit les escaliers et gagna le dortoir. Elle aperçut au loin ses deux amis de toujours, ces derniers étaient occupés à jouer aux échecs, comme à leur habitude. Prenant son courage à deux mains, Hermione s'avança dans leur direction et s'arrêta devant eux, droite comme un piquet. Les deux jeunes compères relevèrent simultanément la tête et la regardèrent avec surprise.

- Qu'est-ce que tu as Hermione ? s'enquit Harry, visiblement anxieux.

- Il s'est passé quelque chose ? demanda Ron sur le même ton.

Hermione ferma les yeux, repensa avec force au reflet découvert dans le Miroir de Riséd, rouvrit les yeux, prit sa respiration et lança d'une voix forte :

- J'ai quelque chose à vous dire.

OoOoOoOoOoOoOoOoOo

Tout d'abord désolée pour le retard et désolée pour les erreurs de syntaxe, d'orthographe et/ou de conjugaison !

Bientôt la fin ! Gros bisous à vous et un grand merci pour vos reviews =)