Le commandant en personne les attendait devant les lourdes portes.

Le wraith se tassa imperceptiblement devant son supérieur, tandis que ce dernier dévisageait férocement Rosanna, qui soutint son regard.

« Si cela ne tenait qu'à moi, vous seriez déjà morte. » murmura-t-il à son oreille d'un ton haineux.

« Je ne suis pas sûre de préférer le choix de votre reine. » lui avoua-t-elle.

« Vous sentez la peur. » ajouta le wraith.

« Le contraire serait inquiétant. » dit-elle, le fixant toujours.

Il lui rendit son regard encore quelques instants, puis se retournant la précéda dans la pièce, tandis que le scientifique était laissé à la porte.

La reine Silla, assise en majesté sur son trône, avait revêtu une longue robe noire veinée de vert, dont le tissu fluide se répandait en corolle sur les accoudoirs du siège. Une fine ceinture d'argent ceignait sa taille tandis qu'un diadème assorti ornait ses cheveux superbement tressés.

Elle regarda la jeune femme entrer, les yeux brillant de haine.

« Si j'avais mon matériel, j'adorerais vous représenter dans toute votre splendeur, Majesté. » déclara la jeune femme avec sincérité, émerveillée par l'aura majestueuse de l'alien.

La reine fronça les sourcils, surprise.

« Majesté, vous savez qui je suis, vous savez donc que depuis mon arrivée dans cette galaxie, j'étudie les vôtres, fascinée par votre noble race millénaire. Le commun des mortels n'a même pas conscience de l'existence d'êtres aussi impressionnants et grandiose que vous. » poursuivit-elle sans même mentir.

La reine la détailla de longs instants.

« De quoi avez-vous besoin pour me... représenter ?» demanda Silla, piquée dans sa vanité.

Son commandant fronça les sourcils, tandis que Rosanna, n'en croyant pas sa chance, s'aperçut qu'elle menait à nouveau la danse.

« Je veux voir Markus avant. » exigea-t-elle.

« Il n'y a personne de ce nom ici. » siffla la reine d'un air vicieux.

« Alors je vais reformuler. Je veux voir Venn'kan avant. » dit-elle d'un ton ferme.

La reine feula de rage, tiraillée entre sa vanité et sa haine de l'humaine qui la défiait.

« Ce... déchet, vous a révélé son nom. Quelle est cette magie ? » gronda le commandant, les mains agitées de tics nerveux.

« Si vous voulez que je vous représente dans toute votre splendeur, je veux le voir avant. » répéta la jeune femme calmement en s'adressant à la reine, consciente de mener l'entretien.

La reine rugit de colère et ferma les yeux un court instant.

« Voilà, ils vont l'amener, dites-moi de quoi vous avez besoin ! » gronda-t-elle.

Rosanna lui dressa donc une liste de matériel, trouvable dans les affaires qu'ils leurs avaient confisquées. Quelques minutes plus tard, un drone amenait les objets demandés, crayons, stylos, gomme et papier.

« Je ne ferais rien tant que je n'aurais pas vu Markus. » déclara-t-elle opiniâtre.

La reine se rua sur elle, plaquant sa main sur sa poitrine. La jeune femme ne bougea pas.

« Si vous me tuez, vous ne verrez jamais mon... art, et j'aurais à nouveau gagné. » dit-elle d'un ton calme.

« Je jure de vous réserver une mort atroce, Rosanna Gady, je vous le jure ! » gronda Silla en baissant le bras. En guise de réponse, Rosanna la fixa droit dans les yeux, d'un air blasé.

Après quelques longues minutes de silence, un alien massif entra dans la pièce, suivi de deux drones qui portaient un wraith très affaibli entre eux.

Ils lâchèrent leur fardeau, avant de repartir sous les hurlements de harpie de la reine.

Rosanna s'approcha doucement de la silhouette prostrée, amas de cheveux sales et de vêtements empoissés de sang coagulé.

« Markus ? » murmura-t-elle doucement en s'approchant de son ami.

Il ne réagit pas, immobile, brisé.

« Markus, c'est moi Rosanna. Tu me reconnais ? » demanda-t-elle en s'accroupissant à son côté.

Le wraith détourna la tête avec un gémissement pitoyable, évitant le regard de l'humaine.

« Ça suffit ! » s'emporta la reine, tandis que le bourreau revenait dans la pièce pour emmener son prisonnier. « Faites votre art, humaine, sinon je le tue ! » gronda-t-elle.

L'artiste regarda son ami se faire emmener, le cœur déchiré, n'ayant d'autre choix que d'obéir.