Le réveil fut brutal pour tous. Une escouade entière de drones pénétra dans la cellule, repoussant vers le fond les prisonniers à coups de pied .

Sans plus de ménagement, de puissants alphas s'étaient emparés du wraith renégat et de la femme, qui s'étaient tous deux débattus avec des hurlements sauvages avant d'être emmenés, sous les ordres du commandant de fort bonne humeur.

Katyl, qu'un coup dans le dos avait violemment projetée contre le mur, se redressa en se frottant les reins, regardant avec méfiance les drones qui les tinrent en joue quelques secondes avant de quitter la cellule, les y enfermant.

La guerrière Milena avait pris tout les guerriers Atlantes de la cité à part, et semblait leur expliquer quelque chose. Elle ne put capter de la conversation murmurée que les mots « fuite », « unique chance » et « pas de pitié ».

Le soldat Kang avait alors hurlé dans une langue inconnue à destination des autres cellules, d'où d'autres Atlantes avaient répondu dans la même langue, avant de transmettre l'information dans une autre langue inconnue, puis une troisième jusqu'à ce que l'information ait fait le tour des cellules, sans que personne à part les Atlantes n'ait compris le message. (1)

Une sorte d'aura d'espoir et d'excitation s'était répandue sur les prisonniers, planant au dessus d'eux alors que les Atlantes semblaient attendre un signal de la guerrière aux cheveux courts.

Katyl, qui avait compris qu'une tentative d'évasion se préparait, tremblante d'excitation, faisait les cent pas dans la cellule, attendant avec une colère féroce l'instant où elle pourrait s'emparer d'une lame et commencer à tracer un sillage de mort parmi leurs geôliers.

Près de trois interminables heures s'écoulèrent, avant que les drones ne reviennent, les repoussant au fond de la cellule avant d'y jeter le wraith réduit à l'état d'amas d'os brisés et de chair sanguinolente, et la femme, dont les yeux, rouges de larmes, contrastaient violemment sur son visage blême.

Rosanna se jeta au chevet de son ami, serrant compulsivement le bord du manteau poisseux de sang tout en tendant son esprit vers celui de Markus.

« Je suis en train de mourir, Rosanna. » répondit mentalement le wraith résigné à sa question silencieuse.

« Tu ne peux pas mourir, Markus, pas maintenant ! » s'écria-t-elle de toute son âme.

« Ma précieuse humaine, ils me torturent depuis des semaines, et mes blessures sont graves, mes organes internes sont en train de s'arrêter les uns après les autres. Je suis désolé de n'avoir pas la force d'accomplir ton plan » expliqua-t-il tristement.

« Mais tu régénères ! Pourquoi tu ne guéris pas, même un peu? » s'écria-t-elle, perdue.

« Je suis trop faible pour régénérer, Rosanna. » murmura-t-il.

« Pourquoi tu ne te nourris pas ? Tu ne peux pas te laisser mourir, on a besoin de toi ! » cria-t-elle télépathiquement.

« Ma douce humaine, je suis ici, avec toi, avec les miens. Si je me nourris, je tuerais l'un des miens. Je m'y refuse. Laisse-moi choisir, Rosanna, je t'en prie. » la supplia-t-il, déjà à moitié inconscient.

« Non, il y a d'autres choix. Personne n'est obligé de mourir ! » s'écria-t-elle en séparant leurs esprits.

Elle mit quelques secondes à revenir, après quoi elle découvrit les autres prisonniers, toujours agglutinés au fond de la cellule, qui la regardaient avec terreur, tandis que devant la cellule, le commandant railleur, l'observait.

Elle se dirigea vers les Terriens, paniquée par l'urgence de la situation.

« Markus est en train de mourir. Il a besoin de votre aide ! » les supplia-t-elle.

Alors que personne ne réagissait, elle poursuivit.

« Markus est un des nôtres, il nous a tous sauvés des Frygiens. Ortega, il t'a protégé d'une explosion sur C5D-338, toi Strauss il t'a sauvée d'un wraith qui allait te tuer. Il vous a tous aidés un jour ou l'autre, sans jamais rien demander en retour ! » les harangua-t-elle sans obtenir aucune réaction.

« Atlantis n'abandonne jamais personne, alors ne l'abandonnez pas ! » supplia l'artiste tandis que des larmes de désespoir dévalaient ses joues meurtries.

« Que peut-on bien faire ? » demanda Giacometti

« Il vas falloir que vous laissiez Markus se nourrir de votre énergie. Ce sera douloureux, mais il ne vous tuera pas, je vous le promets! » expliqua-t-elle, tentant d'être aussi rassurante que possible.

« Rosanna, tu es complètement folle ! » s'exclama Giacometti, alors que le Dr Shelby étouffait une exclamation de peur et que le commandant éclatait d'un rire hystérique.

« Non, on ne pourra jamais sortir d'ici s'il est dans cet état ! Avec dix ou vingt ans de moins, nous serons toujours en état de combattre, et il pourra récupérer assez de force pour pouvoir aussi se battre ! » expliqua-t-elle d'une voix pressée par l'urgence.

« Je refuse de perdre vingt ans de ma vie !Je n'ai même pas trente ans ! » gémit le soldat Ortega.

« On n'est même pas sûrs qu'il ne nous tuera pas ! » ajouta d'une voix presque inaudible le Dr Shelby

«Et eux, ils feront quoi de nos vies, à votre avis ?! » s'énerva l'artiste en désignant d'un grand geste furieux le commandant et les drones de l'autre côté de la grille.

Les Atlantes et les autres détenus qui suivaient attentivement l'échange tournèrent tous des yeux effrayés vers le grand alien hilare et ses gardes imperturbables, puis chacun sembla méditer les propos de la femme.

Le soldat Kang fut le premier à s'avancer.

« J'ai déjà fait des dons de vie aux Iräns, et même si je perd vingt ans de ma vie, il me restera de nombreuses années à passer auprès des miens : je le ferais. » déclara-t-il solennel, s'avançant d'un pas.

« Moi aussi. » ajouta Strauss en s'avançant aussi, suivie d'une Dr Shelby tremblante comme une feuille, mais à l'air décidé.

Un à un chacun des Atlantes fit un pas en avant, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Giacometti, qui n'avait pas bougé.

Rosanna la fixa d'un regard suppliant.

« Je le fais pour nous, pas pour lui. » déclara la guerrière avec un pas en avant, renfrognée.

« Milena, vous tous, merci. Vous sauvez plus d'une vie aujourd'hui. » les remercia-t-elle en se précipitant au chevet de Markus.

« Ohhh oui, humains stupides, laissez-le donc vous tuer comme de gentils bestiaux soumis ! Laissez-le donc ne vous prendre que « dix ou vingt ans » ! » ricana le commandant qui les observait toujours, l'air ravi.

Ignorant son bourreau, Rosanna écarta une mèche de cheveux poisseuse de sang du visage de son ami, contemplant avec effroi les traits méconnaissables du wraith, les lèvres tellement crevées que sa bouche n'était plus qu'une fente ouverte sur des dents brisées. Le blanc de ses yeux était devenu vert, teinté du sang des capillaires éclatés sous les chocs qui lui avaient aussi brisé une arcade.

Les tortures n'avaient pas touché que le visage de son ami, un bruit sifflant et poisseux indiquant qu'une côte fraîchement ressoudée devait avoir perforé un poumon en étant à nouveau brisée. Les mains du wraith n'étaient plus qu'un amas de chair sanguinolente, les éclats d'ongles arrachés plantés dans la chair à vif comme autant d'étranges éclats de glace sur un fleuve hivernal.

La jeune femme effleura doucement les mains de son ami, tout en projetant son esprit par le lien.

« Markus, écoute-moi. Je ne te laisserais pas mourir ! Nous ne te laisserons pas mourir ! Tu n'es plus seul, tu ne le seras plus jamais ! Nous avons tous besoin de toi, autant que tu as besoin de nous!J'ai besoin de toi ! » hurla-t-elle dans la conscience obscurcie de son ami.

Elle accompagna son geste d'un don d'énergie pure, qui ralluma les lueurs de la conscience du wraith.

« Rosanna, ça ne suffira pas à me sauver, ma douce humaine. » murmura-t-il faiblement.

« Je le sais, mais ça te permettra d'avoir assez de force pour te nourrir de chacun d'entre nous. Prends-nous quelques années, ce qu'il te faut pour guérir. » répondit-elle, farouche.

« Rosanna, je ne peux pas faire ça, vos vies sont déjà tellement courtes ! » s'exclama Markus.

« Alors emprunte-les nous, fais comme tu veux, mais je t'interdis de mourir ! Je t'interdis de m'abandonner à nouveau !Tu me l'as promis ! » hurla-t-elle, ponctuant ses paroles d'une nouvelle vague d'énergie.

« Je ne t'abandonnerais plus jamais. » répondit-il, posant sa main tremblante sur la poitrine de la jeune femme.

Rosanna sentit les crochets perforer sa peau, injectant l'enzyme tandis que son cœur s'affolait.

Le temps sembla se suspendre un instant, avec la douleur lancinante qui seule flottait, puis soudain, elle sentit son énergie la quitter, brutalement, comme arrachée à chaque fibre de son corps.

Elle sentit son esprit vaciller sous le choc, puis le flot ralentit, se stabilisant à un niveau peu agréable, mais supportable. Après quelques instants, Markus, avec un feulement douloureux, retira sa main.

Vidée de ses forces, elle s'effondra au côté de son ami, dont les plaies avaient commencé à se refermer à une vitesse vertigineuse.

«Merci Rosanna. » murmura-t-il avec un regard empli de culpabilité avant de se redresser.

L'artiste suivit péniblement des yeux le wraith, qui s'était approché en vacillant de Dampa Kang, qui, après lui avoir jeté un regard hésitant, avait ouvert sa veste avec détermination, regardant Markus droit dans les yeux, tandis qu'il lui plaquait la main sur le torse.

Elle contemplait avec horreur le wraith, qui quelques instants auparavant n'était qu'une misérable créature mourante, régénérer, plaquant sa main sur sa troisième victime consentante en moins d'une minute.

A chacun des Atlantes il ne prenait qu'une vingtaine d'années, les laissant chancelants, les tempes grisonnantes, mais encore en état de combattre. Tous excepté la femme, qu'il avait ponctionnée en premier et qui gisait au sol, pauvre silhouette frêle et ridée recroquevillée comme une araignée morte.

Le commandant, qui avait faillit s'étouffer de rire devant le discours de la femme, et qui avait feulé de joie en voyant Markus la vider de son énergie, se décomposa en voyant le wraith plaquer sa main sur un second soldat, et il se mit à hurler de manière hystérique sur ses drones alors qu'il aspirait la vie du troisième.

Le temps que les soldats décérébrés comprennent leurs ordres et s'organisent, Markus avait absorbé la vie de deux autres Atlantes.

A l'instant où la porte de la cellule s'ouvrit, une tornade de rage noire et verte en jaillit, envoyant deux drones voler à plusieurs mètres de là.

La guerrière aux cheveux courts se jeta à sa suite, imitée de ses pairs.

Les Nitiens, terrifiés, s'étaient blottis au fond de la cellule, mais Katyl n'hésita pas, et c'est au côté des Atlantes qu'elle se jeta dans le combat, s'emparant de la dague d'un drone mis à mal par trois soldats.

(1) Il s'agit en l'occurrence du chinois mandarin, parlé par Kang et deux autres scientifiques, puis du portugais, et enfin du tchèque. Autant de langues trop différentes du « commun » -l'anglais- pour être compréhensibles par les wraiths.