CHAP III.

Oanell avait l'impression que son esprit était plongé dans une eau sombre et dense. Rien, à part cette impression de flotter lentement, de dériver sans pouvoir contrôler le moindre de ses gestes. C'était apaisant, mais angoissant aussi.

Soudain, elle se sentir comme tirée vers le haut, ou le bas, elle n'avait plus vraiment le sens des choses.

La forgeronne se réveilla doucement, déboussolée.

C'était une belle chambre claire, faite de marbre blanc. Elle possédait une grande fenêtre donnant au lieu une belle luminosité. Son lit était plutôt grand, et confortable, ce qui lui sembla étonnant au vue de la réputation quelque peu spartiate du Sanctuaire. L'air était doux et elle pouvait sentir l'odeur de la mer.

Quel calme! Ses oreilles bourdonnaient encore des dernières batailles qu'elle avait vécu. Elle n'arrivait, cependant, pas à se sentir soulagée.

La prêtresse qui se trouvait à son chevet, se pencha sur elle, avec un sourire, puis, quitta la pièce prestement.

Oanell soupira, elle n'aurait donc aucun répit.

Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit de nouveau pour laisser apparaître le Grand Pope.

"Je suis heureux que tu te sentes mieux, mon agnelle"

Il était surtout très content qu'elle se soit enfin réveillée, c'est qu'elle avait du boulot qui l'attendait. Sa fille le fixait avec gravité, probablement qu'elle était encore sonnée par les récents événements. Quelle plaie de devoir gérer des non combattants !

"Pourquoi maintenant ?" Finit-elle par prononcer dans un grec approximatif. Question logique, Oanell avait plusieurs fois demandé à visiter le Sanctuaire, mais n'avait essuyé que des refus.

"Lorsque j'ai su qu'Avalon était en guerre, je me suis inquiété." Réponse logique qui sembla contenter la demoiselle. Néanmoins, il se devait d'être un tant soit peu honnête, tout de même.

"De plus, j'ai besoin de tes compétences." La jeune fille tourna vivement la tête vers le grand homme qui la surplombait de toute sa stature.

"Tu as besoin de moi? Mais, pourquoi ?

-Tu es une forgeronne très douée, mon agnelle, et nous avons beaucoup d'armures à réparer.

- je suis la meilleure. - Saga tiqua sous son masque- mais… vous avez un forgeron ici non? Mü il fait quoi? Il enfile des perles?"

Il y eu un silence. Ha, c'est vrai, elle connaissait le disciple de son père, et pour cause, il semblait que le vieux bélier ait emmené le jeune rencontrer sa progéniture…

" Ton fiancé est occupé à Jamir, il a des réparations à faire là bas. "

Saga pensait que parler de ces fiançailles imposées calmerait la jeune fille. Il ne pouvait pas décemment lui dire qu'en réalité, Mü s'était exilé de lui-même pour le fuir.

"Je voulais le voir." Répondit Oanell avec une moue boudeuse. À vrai dire, si elle n'avait pas choisi ce fiancé, c'était le seul athénien qu'elle connaissait un tant soit peu, pour avoir vécu pas mal de choses ensembles enfants. Retrouver un visage connu l'aurait rassurée, mais elle se doutait de la raison qui avait poussé ce dernier à rester en retrait...enfin...s'il s'était rendu compte de l'usurpation. Après tout, Mü n'était pas un idiot.

"Agnelle, il faudrait que tu fasses une liste des matériaux dont tu as besoin pour travailler. Tu pourras utiliser la forge du temple du bélier.

- J'ai besoin que tu me donnes une pièce d'armure, même endommagée, je dois étudier avant de commencer."

Le visage de la jeune fille avait changé. Il était marqué par la concentration, elle paraissait si sérieuse, s'en était presque déstabilisant.

"Tu vas pouvoir en étudier une. Tu as accès à ma bibliothèque aussi.

- J'ai besoin d'être tranquille, aussi.

- Tu le seras. Tout sera fait pour ton confort, mon agnelle. En attendant, je souhaite que tu te reposes encore un peu."

Se reposer...se reposer...il en avait de bonnes le vieux! Elle n'avait pas envie de se reposer, pas le moins du monde! Être au Sanctuaire était quelque chose qui piquait sa curiosité et elle n'avait qu'une envie: visiter, découvrir, fouiller. Son esprit cabotin la poussait à agir parfois comme une enfant.
On avait pris soin de lui déposer ses affaires et après une rapide vérification, tout y était, y compris les reliques. Ses précieuses reliques qu'elle enroula autour de son poignet.

C'est donc le cœur plus léger que la jamirienne entreprit une petite visite.

Le temple du Grand Pope serait pour plus tard, elle avait envie de voir les fameux collègues de son père, de son fiancé. On racontait pas mal de choses au sujet des chevalier d'or, et elle avait envie de tester ces personnages si légendaires, héroïques, "blahblahblah".

Le premier temple qu'elle visita, était en vérité le douzième temple, celui du poisson. Des fleurs un peu partout, une jolie architecture, une décoration élégante, mais personne. Rien de palpitant, en définitive.

Le second était celui du verseau. Il faisait un froid à geler sur place, il y avait, donc, une forme de climatisation dans ce bled paumé ! Les oreilles aux aguets, ses oreilles perçurent un son qui venait des entrailles du dit Temple. Curieuse comme une loutre des mers, vive comme le castor Lapon, la jamirienne se glissa dans les couloirs sombres et gelés. Elle avait camouflé son cosmos, rattaché ses cheveux dans un vague chignon, et avançait à pas de loup.

Qu'allait-elle découvrir ? Un complot pour dominer le monde? Un cercle de poètes disparus? Une secte pour la gloire du pain aux lardons ? Tellement d'aventures attendait le détective Oanell!

Il y avait une porte au bout du couloir sombre dans lequel elle était engagée, porte qui par chance était entrouverte. Se mordant la lèvre inférieure de contentement, la curieuse demoiselle osa un regard vers l'intérieur de la pièce et resta coïte. Deux hommes se trouvaient là. Ils étaient… magnifiquement taillés, un corps puissant et musclé juste comme il fallait, tout deux avaient de longs cheveux.

*Jackpot!* Pensa Oanell avec un sourire satisfait, après tout, elle ne faisait rien de mal, juste régalait ses yeux d'un spectacle plutôt sympathique. Les deux hommes murmuraient, elle ne réussit pas à entendre de quoi il pouvait s'agir mais put aisément le deviner quand ils commencèrent à s'embrasser à pleine bouche.

C'était...surprenant! Elle n'avait pour ainsi dire jamais vu ce genre de rapports entre hommes, mais quelque part… Oanell pencha ma tête sur le côté .

*Ho, c'est fou ça, on peut faire ça aussi?*

L'expression "aller se faire voir chez les grecs" prenait tout son sens dis donc!

Elle avait envie de rire, elle avait envie de boire, elle avait envie tout simplement de folie.

Elle sortit rapidement, bien qu'à contre cœur, c'était vraiment une découverte intéressante ! Un bon début pour sa nouvelle collection de commérages.

Une fois arrivée sur le seuil du temple du Capricorne, elle laissa échapper un rire venu du fond de ses entrailles si fort, qu'elle dû se laisser glisser jusqu'au sol. Cet épisode avait eu le mérite de lui occuper l'esprit, et de ne pas penser à sa situation quelque peu instable.

Malgré tout, la jamirienne dû se résoudre à reprendre contenance (difficilement, il fallait l'avouer): devant elle se trouvait un type faisait clairement la tronche, et la toisait d'un regard aussi sévère que celui d'un professeur de maths.

"Oui? C'est à quel sujet?" Réussit à demander entre deux rires mourants l'espiègle forgeronne.

"Qui êtes vous? Que faites vous ici? "

Visiblement, il n'était pas encore au courant de son arrivée. Il s'agissait du chevalier du Capricorne, car il était revêtu d'une belle armure d'or bien brillante, jolie, fascinante.

"Tout doux Bijou ! Je suis la fille du grand patron, Oanell."

Le Capricorne d'or tiqua très visiblement.

-Quoi? Mais…

- J'suis la nouvelle forgeronne, stresse pas bikounet!"

La jeune fille se releva et dépoussiéra sa tenue avant de commencer à le détailler avec attention. Malgré cette annonce quelque peu non conventionnelle, Shura se fit la réflexion qu'il demanderait des informations sur cette drôle… de ...sur ce….sur ce personnage définitivement bien trop féminin et bavard.

"Shura." Finit par concéder le chevalier.

Il était grand, avait un air 'constipé' sur le visage comme s'il avait un balais dans le fondement, mais plutôt joli à regarder.
"Ca doit être douloureux" pensa la demoiselle en essayant de contenir un rire qui pointait le bout de son nez. Shura, de son côté, eut l'affreuse sensation de se faire dévêtir du regard par cette femme. Comment pouvait-on manquer autant de retenue?

"Oanell, enchantée…" Elle stoppa net. Le chevalier portait quelque chose qui attira son attention. La forgeronne attrapa la main de Shura qui se défit de sa prise avec humeur, l'envoyant valser contre le mur, provoquant un "BAM" sonore.

"Aie! Mais?!

-Montre la moi!"

Shura ne comprenait pas de quoi elle voulait parler, il contemplait d'un air effaré et sévère la forgeronne se redresser avec peine, puis avancer vers lui d'un pas décidé.

" Montre-moi Excalibur !

- Ex...

- Chut! J'exige de voir Excalibur !

- Je ne vais pas te découper pour satisfaire ton caprice !"

Si le sujet principal n'avait pas été la légendaire épée de son peuple, Oanell aurait trouvé la situation particulièrement amusante, mais là, elle avait juste envie de lui donner une paire de claques pour le réveiller.

"Mais non, banane! Passe moi ta main droite, je vais te montrer!"

Le chevalier d'or semblait hésiter, aussi, se sentit-elle obligée d'ajouter :

"Je ne vais pas te manger! Arrête de me regarder avec un air ahuris et que ça saute!"

Face à son air déterminé et autoritaire, Shura finit par céder et tendit sa main avec une moue dubitative.

Cela sembla calmer Oanell, car elle fit un "bien" satisfait avant d'entamer des petites pressions de ses deux pouces sur la paume de la main du jeune homme. Il n'avait pas tout de suite constaté que son cosmos changeait au rythme de ses gestes, ce dernier prit une vibration spécifique qu'il reconnaissait. Le cosmos de cette fille était devenu semblable au sien!

"La voilà, enfin!" Laissa échapper la forgeronne dans un soupire de soulagement. D'un geste rapide, elle plongea sa main dans la paume de Shura qui semblait de plus en plus éberlué. La forgeronne tira une épée de sa main, une épée magnifique, à la lame d'une pureté telle que son métal semblait chanter.

"Ex.. Excalibur !" Laissa échapper l'espagnol avec un visage décomposé sous l'étonnement. Cette épée existait donc bel et bien?
La forgeronne le considéra un court instant du regard :

"Ba quoi? Tu ne l'avais jamais vue?"

Il fit un signe de négation de la tête, et elle haussa les épaules avant de s'asseoir sur les marches en posant la précieuse épée sur ses genoux.

Le chevalier du Capricorne n'osait plus dire un mot, il suivait chacun des gestes de la demoiselle avec une attention quasi religieuse, mais méfiante. Cette dernière avait entamé une série de petits tapotements du bout des doigts, comme si elle cherchait quelque chose. Le cosmos de cette gamine était désormais identique à celui de la lame, ce qui intrigua d'autant plus le jeune homme.

"Bon sang… c'est qui cette fille?"

Le temps semblait s'être arrêté. Il y avait comme une sorte de parenthèse étrange, durant laquelle rien ne semblait les atteindre. Un spectacle beau, surtout pour une personne aussi droite que Shura., c'était comme voir un ballet dans lequel lame et forgeron ne faisaient plus qu'un. C'était beau, étrange, surtout pour un épéiste comme lui.

"Tsss… il va falloir que je m'occupe d'elle. Elle a besoin d'entretien." Conclut la jamirienne en se relevant. "Tu ne l'as jamais faite révisée ?"

Shura fit un non de le tête, encore un, alors qu'Oanell remettait l'épée dans son fourreau.

"Il faudra venir me voir dès que j'aurai remis la forge en route."

La jeune fille lui tourna le dos et commença à repartir vers ses quartiers, revoir Excalibur l'avait affectée plus qu'elle ne voulait se l'avouer, et elle sentait déjà ses yeux s'embrumer.