CHAP IV.
Oanell était debout sur le seuil de la bibliothèque du Grand Pope.
C'était un endroit qu'elle trouva tout de suite particulièrement accueillant. Contrairement au reste du palais, qui était fait de marbres lumineux, aveuglants, la bibliothèque était constituée de bois, dans un style très 18ème siècle, avec des lambris aux couleurs chaudes. Il y avait des livres à perte de vue, des tentures vermeil et or, des cousins, un grand bureau ancien. Au sol était posée une Pandora Box dorée, qui attendait bien sagement.
Son père l'avait conduite, ce matin tôt, jusqu'à sa bibliothèque personnelle, car il souhaitait qu'elle commence à étudier. Il lui avait fait part de quelques encouragements évasifs, et avait fermé la porte derrière elle, la laissant seule, pantoise, à observer la boîte qui contenait l'une des armures d'or.
Elle ne savait pas si elle devait se sentir excitée ou anxieuse, et c'est d'un pas hésitant qu'elle se dirigea vers l'urne. Hésitante, tremblante, elle posa une main sur le métal doré, et sentit aussitôt une douce chaleur l'envahir doucement. La jamirienne décida de se mettre à genoux, et de continuer à caresser amoureusement l'étuis.
C'était du bel ouvrage! C'était juste si détaillé!
Elle pouvait sentir, sous ses doigts, les vibrations de l'armure qui répondait à ses caresses, comme si elle cherchait à entrer en communication avec elle! Et encore, elle n'avait qu'effleuré la surface du lac. Oanell attrapa son lourd journal relié de cuir qu'elle traînait un peu partout, et, crayon à la main, entama un rapport détaillé sur tout ce qu'elle voyait, sentait.
Combien de temps passa?
Elle même avait perdu tout sens, comme si les minutes défilaient de manière ralentie. L'unique chose qui importait, , à cet instant T, était l'armure, l'armure et rien que l'armure. Une servante était entrée discrètement, avait déposé une tasse de thé fumante ainsi qu'un encas avant de disparaître tout aussi rapidement. La jeune fille avait mangé tout en continuant à chercher dans les lourds volumes étalés çà et là autour d'elle, notant de temps à autres ses observations, revenant à l'armure, dorénavant sortie de son urne.
Les créateurs ne s'étaient pas contentés d'utiliser de l'or pour les forger, elle s'en doutait car ce dernier ne constituait pas un métal suffisamment résistant et dense pour protéger qui que ce soit….ils l'avaient couplé avec un alliage complexe.
Mais quels métaux avait-on usé pour arriver à pareil résultat?
Oanell avala une grosse bouchée de son sandwich, posant de nouveau ses yeux sur l'armure dorée. Par tous les Dieux, c'était une merveille.
Elle soupira d'aise.
C'était une jolie plaine fleurie et verdoyante s'étendant à perte de vue. Une brise légère caressait la terre doucement, presque avec tendresse. Cà et là, on pouvait se voir dessiner des bâtiments de marbre blanc, décorés avec sobriété, mais avec un goût certain. Un petit paradis dont on pouvait sentir la douceur de vivre.
Oanell était allongée dans l'herbe, elle pouvait sentir les plantes autour de son visage lui effleurer les joues, alors que ses narines humaient les effluves délicates des diverses fleurs présentes. Lentement, elle s'étira.
Depuis quand le Sanctuaire possédait-il un jardin aussi magnifique?
Elle essaya de chercher dans son esprit, puis, rapidement, décida que ce n'était pas grave. On pouvait juste profiter de l'instant, et cette petite sieste l'avait requinquée.
"Tu es réveillée, petite mortelle?"
Une voix grave sortie de nulle part la fit sursauter. Son coeur manqua un battement de coeur, alors qu'elle sautait sur ses genoux. Oanell n'avait pas remarqué la présence de cet homme, pourtant, il avait un cosmos imposant.
"Que?...quoi? Oui, oui...mais, Je...mais...d'où comment...T'es qui toi?"
Avait finit par bredouiller la forgeronne quelque peu confuse, elle tentait de reprendre son souffle.
L'homme portait une longue toge sombre, et à vue de nez devait bien faire un peu près 1,90m. Il était simplement assis à côté d'elle, la fixant avec un regard doré qu'elle eu du mal à décrire tant ils lui semblait profond et irréel.
Malgré la question de la jeune fille, il ne répondit pas. Il continuait à la détailler en silence.
Enfin, il daigna bouger pour prendre, dans une de ses mains larges, le poignet de la jamirienne et le soulever.
"Explique-moi ce qu'une humaine fait avec cet artefact? "
Elle portait une série de bracelets entrelacés, faits de divers matériaux et métaux. Ils lui avaient été légués par son grand-père maternel.
Oanell retira vivement, et avec humeur, son poignet de la prise. L'élan la fit tomber sur son (auguste) postérieur, position quelque peu indigne, mais l'homme constata que son regard était brillant, remplis d'une série d'émotions qu'il pouvait aisément lire. Cette gamine était un livre ouvert. Pathétique.
"D'une, je ne suis pas 'humaine'! Je suis la rencontre improbable entre Avalon et Jamir, descendante en ligne directe d'Obéron et Titania, et cet artefact n'est autre qu'un héritage familial!"
Elle ne manquait pas d'aplomb cette petite! Sa réaction avait quelque peu amusé le grand homme qui laissa alors un léger sourire se dessiner sur ses lèvres. Plus que son sang tibétain, c'était son sang féerique qui piqua son intérêt.
"Comment tu t'appelles, petite fée? " Finit-il par demander avec une pointe d'amusement dans la voix.
- Oanell. Et toi?"
Aussi rapidement que son agacement était arrivé, la jeune fille semblait désormais détendue, au point de s'assoir à côté de lui sans la moindre once de crainte. Amusant de voir à quel point elle pouvait partager ce caractère facétieux avec son illustre arrière (arrière?)grand-père.
" Sais-tu où tu te trouves, petite fée?" Il avait éludé la question.
" Hmmmm… je ne sais pas…"
Elle se concentra et se rappela que la dernière fois, elle se trouvait dans la bibliothèque de son père. Ho, tout prenait alors du sens!
"Je suis en train de rêver! Ça m'arrive souvent d'avoir des discussions, tout ça. Et tu ne m'as toujours pas dit ton nom.
- Appelle-moi comme tu veux." Finit-il par concéder à son plus grand étonnement.
Cette gamine avait un petit quelque chose qui le poussait à agir avec une certaine bienveillance à son égard, probablement son regard brillant d'une certaine intelligence? Son ascendance? Son visage blanc et expressif? Le fait qu'elle portait, chose plutôt rare, surtout chez une femme, une série de tatouages sur toute une partie du corps? Ou bien cette fragilité inhérente qu'elle camouflait tant bien que mal sous une bonne dose d'impertinence et de mauvais caractère? Probablement un mélange de tout cela.
"Je t'appellerai Morphéus." conclut la jeune femme en haussant les épaules, alors qu'un sourire satisfait se dessinait sur son visage de poupée.
Morphéus fit un geste de tête qui voulait probablement dire "ok" ou "comme tu veux". Oanell ne savait pas trop quoi penser de ce dernier, il continuait à la fixer comme s'il la déshabillait, pour ne pas dire comme s'il la disséquait, et c'était assez étrange comme sensation.
"Tu habites ici? "
Il lui fallait briser ce silence qui commençait à devenir lourd.
" Oui.
- Et euh, tu vis seul ici?
- Non."
L'hommel restait volontairement laconique, il se doutait que, aux vues des traits jamiriens qu'elle présentait, elle devait être liée à Athéna, d'une manière ou d'une autre.
"Ha… mais euh… il y a souvent des visites?
- Non, très peu de visites, et encore moins de petites fées curieuses comme toi. Nous ne les laissons pas entrer.
- Je suis bien entrée, moi.
- Tu n'es pas une fée comme les autres.
- Parce que je suis jamirienne aussi?
- Rien à voir.
- Parce que je suis forgeronne?
- Non.
- Mais alors pourquoi?
- Je ne le sais pas encore, petite fée, mais je compte bien le découvrir."
Enfin, il arracha ses yeux de la jeune fille qui souriait avec une candeur toute enfantine. Il n'arrivait pas à comprendre cette curiosité, et encore moins définir cela. Mais au moins, cela occuperait un peu son temps.
Il fallait voir cette petite comme un passe-temps qui pouvait se révéler intéressant, voire une mascotte.
Elle se réveillait alors qu'elle sentit un cosmos subtil l'entourer. La forgeronne grogna, se frotta les yeux, remua pour trouver une meilleure position, mais face à l'insistance du cosmos, elle se redressa finalement, les cheveux décoiffés, la mine déconfite, la bouche pâteuse. L'armure des gémeaux que son père lui avait mandé d'étudier irradiait d'une lueur dorée. Le cosmos n'était pas suffisamment fort pour alerter les autres chevaliers, mais elle eu le sentiment qu'il cherchait à la réveiller, d'une manière ou d'une autre. Oanell se traîna jusqu'à la lourde boîte dorée, et se vautra dessus avec paresse.
"Oui...oui...je suis réveillée, Gemini, je sais…"
Mais bon, le rêve était sympa, et elle avait encore sommeil! Elle en avait de drôles de manières cette armure!
"Laisse moi encore cinq minutes s'il te plait…"
Le cosmos qui lui répondit parut refuser cette demande et, la forgeronne prit sur elle pour se lever, aller se laver un peu, manger un encas, et se remettre au travail.
Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis qu'elle avait commencé à étudier l'armure d'or, et elle n'avait pour ainsi dire pas quitté la bibliothèque. L'une de ses premières exigences, consistait à pouvoir entamer une correspondance avec Mü, qui était le maître de l'art jamirien concernant la forge. Si, au début, le Grand 'Popa' avait refusé la requête, il finit par céder, nécessité faisant loi.
Ses courriers seraient ouverts et lus, elle le savait pertinemment, aussi, les premiers temps, se contenta-t-elle de faire des lettres longues, assommantes de détails techniques que les non initiés ne pourraient pas comprendre. Son fiancé avait très rapidement compris la manoeuvre effectuée, et lui répondait avec luxe de détails, et de banalités de la vie quotidienne, lui aussi. C'était une chance que ce dernier et elle soient souvent sur la même longueur d'ondes.
Grâce à ces échanges assidus, elle avait put approfondir ses connaissances sur les armures, ainsi que ses recherches. Son carnet se complétait rapidement, et elle se sentait transportée par toutes ces nouvelles découvertes.
Ce qui l'inquiétait, néanmoins, fut l'impression que le bélier d'or la mettait en garde, multipliant les remarques inquiètes sous couvert d'un échange de cordialités d'une pesanteur exagérée.
Ce jour-là, donc, après un rêve sympathique et un réveil moins sympathique, la forgeronne s'était remise au travail, une tasse de thé à la main, lorsque la porte de la bibliothèque s'ouvrit, laissant apparaître le cosmos écrasant et la haute stature de son prestigieux paternel.
"Mon agnelle, le bon jour.
- Grand Popa, bonjour."
Elle n'avait pas prit la peine de lever le nez de son livre.
"Tu tombes à pic, je viens de finir la liste de mes besoins pour remettre en route la forge." Elle put sentir que ce dernier semblait satisfait, car, s'avançant d'un pas rapide vers elle, sa voix avait pris une teinte plus légère.
"Parfait! Je n'en attendais pas moins de ma fille! Quand pourras-tu commencer?
- Aussitôt mes fournitures livrées. Je m'occuperai en priorité des armures en fonction, celles non attribuées peuvent attendre un peu plus."
Le Grand Pope avait parcouru en diagonale la liste mais sembla tiquer.
- Dis-moi, Oanell, en quoi une radio te servira-t-elle?
- Peux pas travailler sans musique.
- Du beurre salé? Mais…
- La base!
- Et pourquoi… du cidre?
- Remonter le moral des troupes...
- Tu n'as pas 20 ans!
- Rho l'aut'e! Il vient du 18ème siècle où on buvait du vin dès minot, et il me chie une pendule pour un peu de jus de pomme pétillant!
-Oanell ton langage!
- Mais c'est vrai quoi! J'ai besoin d'un remontant moi! J'te signale que je bosse plus de 45 heures par semaines, sans rtt, sans salaire, sans primes, sans SALAIRE!
Continue à me refuser la base et je me mets en grève!"
Saga resta, un court instant, interdit, Instant durant lequel il se rappela qu'elle avait vécu en France… pays de la sainte grève. Si encore les avaloniens n'avaient pas envoyé leurs apprentis à l'école, collège, lycée, ils seraient moins ...pénibles, mais cela pouvait aussi expliquer leurs résultats médiocres lors des guerres qu'ils eurent à faire.
"Entendu ma poupée, mais promets moi de ne pas faire d'abus.
-Moi? Hooo, jamais!"
Et le sourire qu'elle lui servit ne présageait rien de bon.
"Céder sur des broutilles, pour ne pas lui donner plus d'ambitions…les enfants gâtés sont les plus faciles à manipuler…" Se dit-il comme pour se rassurer.
"Au fait, mon enfant, tu vas commencer à t'entraîner un peu."
Lança-t-il d'une voix autoritaire. Il ne put voir le visage de la jeune femme se décomposer alors qu'il lui tournait le dos mais cela l'aurait certainement ravi.
Le lendemain matin, donc, on la tira de son sommeil aux aurores. U
ne tenue d'entraînement avait été préparée pour elle, ainsi qu'un…
"Un masque.
- OUI! Merci cap'tain Obvious! J'ai vu! Pourquoi faire ce truc?"
Oanell brandissait le dit masque face à son père qui restait calme.
" Une tradition instaurée par notre déesse: les femmes doivent le porter, et si un homme voit ton visage, tu as plusieurs choix: l'aimer ou bien le tuer.
- Wooh, chaud votre délire!
- Oanell, langage…
- Bon, tu peux le reprendre ton truc s't'euplait…
- Non, je souhaite que ma fille suive nos traditions.
- J'aurai aucun mal à aimer plusieurs types, tu sais."
La demoiselle laissa un rictus se dessiner sur ses lèvres. Le Grand Pope soupira.
"Tu es fiancée, mon agnelle, et j'entends bien que tu respectes ce contrat."
La réaction d'Oanell fut de jeter le masque aux pieds de son père, et de soupirer:
"Ok, ok! T'as gagné, mais je porte pas c'truc… et sûrement pas ailleurs qu'en combat."
Bon, c'était un compromis, il n'arrivait toujours pas à avoir un ascendant fort sur la jeune femme.
"Entendu, tant que tu respectes nos traditions…. Un tant soit peu..."
Elle allait quitter les lieux, mais revint d'un pas décidé. Saga se demanda alors quelle nouvelle idée fabuleusement pénible elle allait encore lui sortir, mais c'est étonnamment calme qu'elle commença:
"J'ai cru comprendre que Mü avait des difficultés à finir les réparations à Jamir."
Et elle su qu'elle avait capté toute son attention. Elle marqua un temps d'arrêt, ferma les yeux un instant en haussant légèrement les épaules:
" En ma qualité de forgeronne, mais surtout de fiancée, ne serait-il pas pertinent que je puisse lui prêter main forte?"
L'usurpateur réfléchit, caressant de sa main son menton:
"Tu as raison, mon Agnelle, c'est en effet la meilleure solution. Je t'enverrai à Jamir plus tard dans la saison, pour l'heure, j'aimerai que tu avances les réparations des armures ici présentes."
Elle fit un oui de la tête, et sortit enfin, pour se rendre au terrain d'entraînement en traînant des pieds…
Saga savait qu'Oanell pourrait constituer un levier pour ramener le bélier d'or au Sanctuaire, bien qu'il fut incapable de déterminer l'attachement que les deux jeunes gens partageaient.
Mais avant de tenter une pareille manoeuvre, il devait s'assurer de reprendre sa fille et qu'elle n'échapperait pas à sa main mise une fois à Jamir. Pour cela, il avait besoin de temps.
C'était avec une non motivation évidente que la jeune femme se dirigea vers le terrain d'entraînement.
L'endroit était réellement moche: peu de végétation, des ruines un peu partout, et des types en sueurs crasseux qui se battaient çà et là. Elle fit une moue agacée, mais finit par entrer dans l'espèce de colisée et s'asseoir sur l'une des marches en râlant dans sa barbe.
Oanell observa donc les divers petits groupes présents. Il y avait une certaine logique dans ceux-ci: un chevalier de grade supérieur aux autres dirigeait, donnant des indications, des conseils. Les autres s'exécutaient.
Grâce à son cosmos, elle put aisément en déduire qu'il y avait quatre chevaliers d'or, une dizaine de chevaliers d'argent, et une poignée de chevaliers de bronze.
Il s'agissait, pour elle, de décortiquer les techniques se faisant jour, il y avait une diversité assez impressionnante de type de cosmos.
"Hooo… c'est donc cela…" murmura la demoiselle en se redressant lentement. Elle comprenait maintenant pourquoi les athéniens étaient aussi redoutables: ils adaptaient leur pédagogie à chaque cosmos, pour le pousser à son paroxysme.
"Au lieu de rêvasser, tu ne devrais pas t'entraîner?"
Une voix masculine la tira de sa contemplation, et la forgeronne tourna légèrement son regard pour le fixer sur l'homme qui se tenait derrière elle.
"Le camps d'entraînement des femmes ne se trouve pas ici, tu sais."
Elle sourit, puis se tourna pour lui faire face. Au cosmos qu'il déployait discrètement, il s'agissait bien d'un chevalier d'or, mais il était vêtu d'une tunique simple et crasseuse tout à fait coordonnée aux lieux.
"Je m'entraîne là, tu ne vois pas? Et puis, c'est un ordre de mon père, je ne dois m'entraîner qu'avec les meilleurs."
Il fronça les sourcils un court instant. C'était parce qu'il avait ressentit son cosmos vadrouiller dans le lieu, effleurer le sien et celui de ses apprentis qu'il s'était décidé à venir la trouver. Il l'avait déjà vu faire une pareille manoeuvre le jour où il l'avait ramenée d'Avalon, mais s'étonnait toujours de sa capacité à maîtriser son cosmos.
"Il faudrait peut être nous rejoindre en bas, non?"
Peu à peu, les autres chevaliers d'or présents arrêtèrent leurs occupations pour fixer leurs yeux sur elle, bientôt imités par les autres combattants. A l'évidence, ils étaient tous tout aussi rapides à détecter sa présence.
"Mouais…"
Pour autant, elle ne se leva pas et détaillait uns à uns les jeunes hommes qui constituaient la garde d'élite d'Athéna. Ils étaient beaux, très beaux… était-ce une volonté de la déesse?
*Rien que pour cela, je te respecte, sis…*
Le premier était d'une beauté à couper le souffle. Il était d'une taille plus petite que les autres, et d'une stature fine, la grâce qui se dégageait de chacun de ses mouvements donnait au tout une impression de perfection irréelle.
Son aura dégageait une forte odeur de roses.
Ensuite, il y avait ce type derrière elle, celui qu'elle avait rencontrée à Avalon, quelques semaines plus tôt. Il était jeune, dégageait une bienveillance certaine, mais cachait au tréfond de son âme un animal sauvage. A l'évidence, il n'était pas le genre de personne qu'il fallait mettre en colère.
Puis, un grand homme à l'air austère, qui la fixait avec un mélange de rejet et de méfiance, le fameux capricorne d'or qu'elle avait eu l'occasion de croiser plus tôt.
Enfin, le dernier fut celui qui attira toute son attention. Il possédait une aura glaciale, et semblait porter sur le monde un regard détaché de tout. Pourquoi le fixait-elle de la sortes? La beauté froide qu'il dégageait n'était pas pour rien dans cette histoire, mais il lui semblait qu'il y avait autre chose.
La gorge sèche, elle avait du mal à respirer, comme s'il l'étouffait par sa simple présence.
"Alors? Tu descends ou pas?" Lança Aiola qui se tenait toujours derrière elle, les poings sur ses hanches.
Ces paroles la firent revenir sur terre, et elle laissa échapper un petit rictus avant de se lever, et de disparaître. La jeune jamirienne atterrit sur la terre battue de l'arène, sous le regard vigilant de chaque personne présente.
Surveillée, elle était encore une fois surveillée, jaugée, évaluée… et elle détestait cela. Elle échangea un regard avec l'homme de glace, et en eut cette terrible confirmation: au moindre faux pas, ils avaient pour consigne de la mettre à terre.
Oanell ferma les yeux, un court instant.
Il fallait qu'elle réfléchisse rapidement à quelle action était la plus convenable d'entreprendre.
"Alors, qui veut m'évaluer?" Finit-elle par dire d'une voix qu'elle essayait de garder le plus posée possible, alors que ses yeux rencontraient à nouveau ceux du chevalier du Verseau.
"Moi."
La voix était tranchante, comme la lame d'une épée, et ne souffrirait d'aucune forme de contestation. Camus ferma les yeux et se dirigea vers les gradins, alors que s'avançait Shura.
"Et tu es?"
Les yeux de la demoiselle se fixèrent sur l'espagnol, alors qu'elle faisait une demi volte pour lui faire face.
"Shura, chevalier d'or du Capricorne…. Je vois…. Mais, ne serait-ce pas mieux de commencer par plus facile? Genre lui?"
Et l'avalonienne pointa de l'index l'un des chevaliers de bronze présent. Il parut alors évident, pour chacun des généraux d'Athéna, qu'elle ne l'avait pas désigné au hasard: il s'agissait de l'une des dernières recrues, un jeune adolescent maîtrisant encore mal son énergie.
"Non" - coupa Aiola en souriant- "La fille du Pope mérite au moins que l'un de nous se dévoue.
- Trop gentil…" Fit la demoiselle avec une moue. Elle n'avait pas envie de se fouler, et cela se voyait. Mais un rapide coup d'oeil à Camus, et sa fierté revint au galop, ainsi que sa détermination.
"Ok...dans ce cas là…"
Oanell attrapa l'une des médailles qui ornait sa ceinture de tissus rouge, et commença à marmonner des paroles inaudibles aux autres, seul Camus eut l'impression d'entendre un nom, "Mordred".
Un premier cercle magique de lumière rouge se dessina autour d'elle, puis un second, provoquant une sorte de tourbillon de poussière qui finit par l'engloutir totalement. Lorsqu'il se dissipa, une silhouette différente se fit jour. Aiola la connaissait, car c'était ainsi que la jeune femme était apparue face à lui la première fois: portant un crâne de bélier mort depuis belles lurettes, celui-ci dissimulait le visage de la demoiselle, et donnait l'impression d'être vivant car ses orbites vides se remplirent d'une lueur rouge brillante.
Sa poitrine n'était cachée et soutenue que par une simple lanière de cuir noire, alors que des jambières sombres avaient recouvert le bas de son corps. Dans sa main droite, une épée lourde en métal noir, lui aussi.
D'un geste lent, la forgeronne se mit en garde.
Un certain étonnement parcourut l'assistance, c'était la première fois qu'ils avaient l'occasion d'assister à ce genre de spectacle, et pour cause, ils n'avaient jamais affronté d'avalonien.
Camus, au début peu intéressé, avait finit par daigné regarder la scène, Aphrodite, quant à lui, s'était redressé légèrement, alors qu'Aiola laissa échapper un :
"Bon sang...c'est quoi ça?"
Chacun eut le sentiment qu'Oanell n'était plus seule.
Shura, de son côté, était resté parfaitement stoïque, se mettant en garde à son tour, il chercha rapidement une ouverture dans la posture de son adversaire, puis s'élança, bras tendu en avant.
La gamine bougeait rapidement, avec aisance malgré le caparaçon qui couvrait son corps, elle esquivait, paraît, encaissait certains coups sans ciller, mais n'y répondait pas.
"Défends-toi!" Cria Aiola quelque peu emporté par son élan.
" Finalement, une belle entrée pour un résultat médiocre…" Laissa échapper Aphrodite en soupirant.
" Elle l'étudit."
Et chacun reporta son attention sur Camus . En effet, ce dernier avait très aisément compris la manoeuvre de la jamirienne: d'abord laisser son adversaire attaquer, étudier ses mouvements, mettre une certaine routine dans ces échanges, puis tester par des attaques simples la garde de ce dernier.
ça ne manqua pas, car elle commençait petit à petit à répondre par des feintes simples que Shura contrait avec facilité.
"Regardez… ses attaques deviennent de plus en plus précises."
Et il avait raison, la jeune femme était passée à une étape supérieure, proposant maintenant des feintes plus complexes et rapides.
Elle canalisait, comme elle le pouvait, sa peur, en procédant par étapes. Il fallait qu'elle garde un contrôle ferme sur elle-même, et surtout sur Mordred.
Il constituait toujours un choix risqué, mais des reliques qui se trouvaient à sa disposition, et surtout qu'elle maîtrisait un tant soit peu, il restait sa meilleure alternative.
Shura, quant à lui, n'eut pas besoin de longtemps pour évaluer le niveau de son adversaire, car il passa très rapidement aux choses sérieuses.
"Excalibur!" Lança-t-il une première fois.
"Nous y voilà…" murmura la jeune femme en parrant le coup avec son épée. Elle avait cherché à le faire utiliser Excalibur.
Mais il fut si violent qu'elle la lâcha son arme sombre, qui alla se planter plus loin dans un bruit sonore. Elle voulait voir comment il s'en servait, et surtout, déterminer le degré de détérioration de cette dernière.
"Nous allons voir ce que tu vaux à mains nues, maintenant, Avalonnienne!"
Cette dernière jeta un coup d'oeil à son épée, puis à son adversaire. D'un revers de son bras, elle essuya sa bouche, et se positionna de nouveau dans une autre garde, différente cette fois-ci. Chacun de ses gestes était accompagné par le tintement des breloques dorées de sa coiffe.
Elle se mit à chuchoter de nouvelles incantations.
"Je ne te laisserais pas faire!"
Shura s'élança de nouveau, mais son coup n'atteignit jamais sa cible.
"Crystal Wall…" fit Oanell dans un murmure. Elle était contrariée d'avoir été acculée au point d'utiliser cette technique.
"Ho, alors elle connait les techniques du bélier?"
Aiola n'en perdait pas une miette. Camus fronçait les sourcils, toujours absorbé par le spectacle.
"Pas étonnant si elle est la fille du Grand Pope. ça ne sera plus bien long" Fit Aphrodite en plongeant son nez dans une rose.
"Elle faiblit."
C'était vrai, les coups qu'elle portait désormais étaient moins précis, et Aiola put constater que son flanc gauche était de nouveau exposé. A l'évidence, c'était son angle mort.
"Pourtant… son cosmos lui, n'a pas faibli, au contraire." Remarqua alors Camus avec une once d'inquiétude. Ce n'était, en effet, pas normal, car ce dernier bouillonnait de plus en plus fort, et menaçait de déborder. Il lui parut alors évident que la jeune femme consacrait toute son énergie à le contenir lui, et plus du tout son adversaire.
Shura, pressentant le danger, avait décidé d'en finir le plus tôt possible, et sa prochaine attaque concluerait définitivement leur duel, mais probablement aussi la vie de la jeune femme.
Le lion d'or et le Verseau échangèrent un rapide regard, avant que le premier ne crie:
"Ca suffit!"
Le capricorne arrêta net son geste, alors que la jamirienne fermait son poing et faisait disparaître ses jambières. Elle rattacha la médaille qui s'était formée dans le creux de sa main.
"C'est bon? Je peux partir?" Finit par dire la demoiselle avec humeur.
Il lui fallait un effort de volonté énorme pour ne pas tomber genoux à terre, et paraître le plus normale possible. Beaucoup de choses se faisaient jour dans son esprit: à commencer par Excalibur qui lui semblait bien émoussée.
Camus acquiesça d'un geste lent de la tête, et elle lui sourit.
"Ok, à plus les loulous!"
Oanell disparut.
Il n'était pas dupe, loin s'en fallait. Le sourire qu'elle lui avait adressé était teinté de l'effort qu'elle déployait. Pour quelqu'un d'observateur comme lui, c'était une évidence.
"Sacrée nénette!" Lança Aiola avec un sourire, alors que des murmures s'élevaient çà et là dans le lieu.
"Peut être, mais ce n'est pas une combattante." Conclut Camus en se levant.
"Je ne vois pas le problème, papa!"
La jamirienne était affairée à déballer les différents ustensiles qu'on venait de lui livrer, les passant, un par un, à une vérification visuelle minutieuse.
Après avoir pris du repos pendant quelques jours, elle s'était remise à sa tâche.
"Et bien, je ne suis pas d'accord pour que ma fille mineure, s'installe dans le temple d'un autre chevalier qui pourrait revenir à n'importe quel moment, et de plus est seule!
- T'es vieux jeux p'pap'! Déjà et d'une, je ne m'installe pas dans le temple d'un chevalier, mais dans celui de mon fiancé, fiancé que TU as choisis, pour rappel. Et de deux, il ne va pas revenir de sitôt. Trois, je fermerai la porte! Mais avec tout le boulot que j'ai, le plus simple est que je puisse avoir un endroit où dormir plus près et pas en haut d'une tour avec pleins d'escaliers! Je n'y arriverai jamais!"
Elle marquait un point, la morue, elle devait bosser… Il avait pris son rôle de père un peu trop au sérieux sur ce coup là.
"Entendu, mais je veux que tu gardes ta chambre au Palais...et que tu y reviennes autant que possible." Pour mieux la contrôler….
Oanell fit un oui de la tête, elle s'en fichait, en réalité de concéder cela. Le Grand Pope parut satisfait.
La forgeronne se tourna subitement vers lui.
"Bon, n'oublie pas, les armures en fonction sont prioritaires. Je te laisse faire passer le mot que la forge est de nouveau ouverte à tes généraux. Je ne vais quand même pas m'occuper de la comm' en plus de tout ce que j'ai à faire."
Il fit un geste de la tête.
"Je m'occupe de tout, mon agnelle, concentre-toi sur ton art.
- ça, c'est ce que j'aime entendre." Conclut la demoiselle en reportant son attention sur ses outils.
L'usurpateur quitta la pièce, il avait bien d'autres choses à faire, comme par exemple cette immense pile de documents administratifs.
Une fois seule, elle se dirigea vers sa chambre, qui ne l'était pas vraiment. Elle avait besoin de se retrouver dans la pièce qui avait accueillis son père pendant des années, un espace qu'elle pourrait s'approprier un tant soit peu et qui la sécuriserait.
La pièce était meublée sommairement, il n'y avait pas de place pour le superflux, et la décoration consistait en une pierre gravée du signe du bélier. Oanell s'étala sur le futon en soupirant. Le lit était fait de frais, et il n'y avait aucune poussière, signe que, malgré l'absence de son gardien, l'équipe d'entretien prenait à coeur de garder le lieu vivable.
Elle soupira en enfonçant son visage dans l'oreiller.
Son père lui manquait terriblement.
Il lui fallait un plan, un plan pour pouvoir parler à son fiancé et voir s'il avait lui aussi les mêmes doutes qu'elle. Peut être trouver un moyen de savoir où se trouvait son père, le sauver.
Ce soir, elle ne se sentait plus le courage de rien, la tristesse avait gagné.
