Paris, février 2013, 19h00
Se réveiller en sursaut, encore ... En y réfléchissant bien, cela faisait un moment que je n'avais pas eu de réveil normal.
Un réveil normal pour moi c'était de se réveiller sous sa couverture en s'étirant, le sourire aux lèvres d'avoir passé une nuit confortable sur son matelas et son oreiller moelleux. Mais pour moi, le réveil était synonyme de retour à la réalité. Et ma réalité n'était pas la chose la plus agréable qui existait. Ce même sentiment de terreur qui me déchire l'intérieur chaque soir ne m'abandonnait pas durant mon sommeil. Nuit après nuit je faisais exactement les mêmes rêves … cauchemars. Mais comment est-il encore possible de rêver ?
Je m'extirpais de sous mon lit, les larmes, maintenant sèches, me tiraient la peau. Je me frottais le visage, dans l'espoir qu'en effaçant les traînées rouges qui me zébraient les joues, mes souvenirs s'évanouiraient en même temps. Mais je n'étais pas tout à fait certain que mes cauchemars ne resurgiraient pas au milieu de ma soirée au moment le moins opportun. Je me déshabillais sur le chemin de ma douche et me lavais rapidement. Sans un regard au miroir fendu qui ornait plus de la moitié de la salle de bains, je me séchais et m'habillais, enfilant les vêtements les moins avantageux pour moi.
Je n'aimais pas que l'on me regarde, je n'aimais pas être le centre de l'attention, mon plus grand souhait ? Devenir l'homme invisible sans aucun doute. Une fois mon baggy et mon sweat à capuche, tous les deux d'au moins deux tailles plus grandes qu'il n'aurait fallu en place, je me dirigeais vers la porte d'entrée.
Au fur et à mesure que je me rapprochais de cette porte, j'avais l'impression que le monde autour de moi ralentissait et rétrécissait. D'une main tremblante, je saisis la poignée et ouvris la porte. L'angoisse commençait à me submerger, mon esprit patinait à deux cent à l'heure : « Si ta voisine venait te parler ? Ou la mère célibataire qui te fait des gâteaux ? Et la concierge, cela fait un moment que tu n'es pas allé la voir ? Et la femme du vigile de nuit, elle aussi elle sort à cette heure-là d'habitude ... »
Les dents serraient, je passais finalement de l'autre côté. Dans le couloir de mon immeuble, je rabattais la capuche sur ma tête, prenant soin que mes cheveux longs soit entièrement à l'intérieur, je fermais ma porte et me dépêchais de sortir de ce lieu confiné avant que l'une d'elles ne me coince quelque part.
Une fois dans la rue, je longeais les murs, évitant de me faire remarquer en direction d'un endroit où je pourrais trouver à manger. Vu l'heure assez « matinale » pour une soirée, j'allais avoir du mal à trouver quelque chose d'intéressant à me mettre sous la dent. Et je devais partir travailler avant 23 heures. Je me dirigeais donc vers le 4e arrondissement, en direction de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, en plein quartier gay de la ville Lumière.
Je marchais en pressant le pas, je n'avais pas envie de prendre les transports en commun, je ferais cet effort plus tard dans la soirée alors pour l'instant, je préférais rester au calme. J'ai donc profité de ces 40 minutes de trajet pour me ressaisir entièrement et me mettre ''dans l'ambiance'' du quartier. Je n'avais pas besoin de changer mon comportement du tout au tout, en générale, il y avait toujours un prostitué qui allait m'aborder ou un client d'un des bars en manque, qui s'offraient à moi sur un plateau. Arrivée dans la rue en question, je rabattis ma capuche et commençais à observer les différents bars, calquant mon pas sur celui des quelques badauds qui visitaient le quartier du Marais.
Je les enviais, tous autant qu'ils étaient de profiter de leur petite vie tranquille. Mais je souriais intérieurement de savoir qu'aucun d'eux ne se doute de ma présence.
Finalement, je changeais du rue et je me retrouvais devant le Raidd Bar, je n'étais jamais entré à l'intérieur, je n'en éprouvé ni l'envie, ni la curiosité. Mais nombre de leur client m'avaient servi de petit-déjeuner. Je m'allumais donc une cigarette, espérant qu'un homme pas trop farouche s'approche de moi. Quant aux filles, elles ne se risqueraient pas à m'approcher dans un tel quartier, j'étais en sécurité. Au bout de ma deuxième cigarette, je me retournais face à un gars qui venait de me taper sur l'épaule pour me demander du feu. Je lui tends mon briquet un grand sourire sur le visage : et c'est parti pour l'hameçonnage. Sur le coup, j'ai de la chance, c'est un bavard, je lui réponds donc gentiment, posant moi-même quelques questions. Je finis par frissonner et souffler dans mes mains comme pour me réchauffer, mimant le comportement de quelqu'un qui a froid. Il saute sur l'occasion et m'invite à entrer dans le bar. Je le regard l'air contrit lui expliquant que je ne suis pas très à l'aise dans ce genre d'endroit et j'enchaîne :
« Mais on peut aller se réchauffer ailleurs et … autrement ? »
L'heure tourne, je joue le tout pour le tout. Je le vois hésiter, je lui pose une mains sur son bras en baissant timidement mon regard.
« Si vous ne voulez pas … aucun soucis … vous me plaisez bien c'est tout »
Qu'est-ce qu'il ne faut pas dire pour manger. Je me sens ridicule, vraiment ridicule, et ce n'est pas de la timidité qu'il peut voir en moi mais de la honte de me comporter comme ça. Mais c'est tellement facile de les avoir avec cette technique. Il hésite encore et fini par m'amener vers sa voiture. J'essaie de ne pas penser à ce qu'il va se passer. On monte à l'arrière et il s'empresse de m'embrasser. Le simple fait d'avoir sa langue dans ma bouche me donne la nausée. Mais je le laisse faire, à contre cœur, me contrôlant pour ne laisser rien paraître de ma répugnance. Qu'est-ce que je peux détester ça ! Il commence à me caresser, je frissonne, il prend sa pour de l'excitation mais ce n'est que de l'aversion, je le repousse, le plaquant contre son fauteuil. Je glisse une de mes main vers sa ceinture et me penche vers lui, vers son cou. Je sens son odeur, j'entends son sang cogner contre les parois de ses veines. La tension de son pantalon m'informe qu'il commence à être excité, cela me répugne encore plus, mais je continue à ouvrir son jean's. J'ai les mains qui tremblent, heureusement, je sais que j'ai bientôt fini … cela me donne un peu de baume au cœur, je lui embrasse son cou avant d'y planter mes crocs. Enfin …
Il gémit … ça m'écœure légèrement mais le liquide chaud qui s'échappe de sa gorge à bientôt fini de raviver ma bonne humeur.
Une fois rassasier, je retire mes crocs de son corps, et fait disparaître les traces de mon forfait. Il me regarde, un air paisible sur son visage souriant, il a vraiment pris son pied … Je fais une moue de dégoût qu'il ne comprend pas, je le salut, m'excusant de ne pas pouvoir continuer et sort de son véhicule. Je l'entends m'appeler, demander mon nom et mon numéro mais n'ayant pas la force de sortir, il me laisse tranquille, il m'aura complètement oublié bientôt. Je ne saurais juste qu'un homme qui lui a prêté du feu et qu'il a embrassé, comme sûrement tant d'autre avant moi. Je ne supporte pas de chasser comme ça, mais au moins c'est rapide … Me concentrant sur le souvenir de son sang dans ma bouche, je retourne à mes occupations nocturne.
