Auteur : guineapiggie
Titre original : So many things I want you to know
Beta : Sayuri-geisha
Note de l'auteur : Je ne possède absolument rien.
Ouais, on ne peut pas vraiment dire qu'ils y soient tous les deux, mais je sentais vraiment qu'il valait le coup d'être écrit.
J'espère que vous apprécierez.
Sinon, le titre vient de « Save you » de Simple Plan. C'est comme si c'était LA chanson pour ce couple. Essayez d'écouter – je pleure à chaque fois.
Chapitre 12 : Tant de choses que je voudrais que tu saches
- Amy, commença-t-il doucement.
La rousse était assise devant la table en bois, dans la petite maison qu'il avait acheté pour elle et Rory, et le regardait avec curiosité.
- Ouais… ?
Il prit une profonde inspiration, et plaça deux tasses de thé fumantes sur la table.
- Eh bien, euh, il y a… je pense qu'il y a quelque chose que tu devrais savoir.
- Allez-y.
La confusion qu'elle éprouvait ne cessa de s'accroître, surtout qu'il ne disait finalement rien.
- Et bien, crachez-le morceau.
- C'est à propos de ta fille.
- Est-ce que je veux le savoir ? questionna-t-elle en fronçant les sourcils.
Il rougit un peu et bredouilla :
- Non ce n'est pas ça, franchement, qu'est-ce que tu…
Il se tut, se laissa lourdement tomber sur la chaise à l'opposé d'Amy et essaya à nouveau.
Bon sang ce que c'était difficile. Tellement, tellement difficile.
Il pouvait toujours changer d'avis. Elle irait probablement mieux si elle ne savait rien, et lui, il irait probablement mieux si…
Non, arrête ça, arrête ! Ne sois pas si foutrement égoïste.
Pour l'amour de dieu, il s'agissait de sa mère ! Il devait lui dire ce qui s'était passé, elle avait le droit de savoir.
Vas-y, espèce de mauviette. Dis-lui.
Sa bouche ne fit aucun mouvement.
Dis-lui !
Rien ne se passait. Strictement rien.
DIS-LUI !
- Amy…
- Je suis toute ouïe, dit-elle en sirotant son thé.
- Ecoute…
- J'ai dit que j'écoutais.
- Il y a quelque chose qu'il faut que je te dise.
Amy soupira, posa sa tasse et se redressa :
- J'ai cru comprendre.
- Je voudrais te dire quelque chose. A propos de River. Je ne pense pas que tu veuilles le savoir. Mais… je…
Argh, le silence. Pourquoi tout ce silence ?
Ah, oui, bien sûr, il s'était encore arrêté de parler.
Allez, continue !
- Il faut que tu le saches.
Enfin, Amy commença à montrer de l'inquiétude. C'était un bon début, n'est-ce pas ? Cela voulait dire qu'elle était prête à l'entendre, non ?
Sérieusement, comment pouvait-il seulement penser ça ? Il était sur le point de lui dire que la fille qu'elle n'avait pas pu élever était pratiquement morte. Comment pourrait-elle être prête à entendre ça ?
- D'accord, Docteur, alors, vous devriez probablement me le dire, murmura Amy en attrapant un biscuit.
Respire profondément.
- Je ne t'ai jamais raconté comment j'avais rencontré River.
- C'est vrai, vous ne l'avez pas fait.
Par où était-il censé commencer ? Comment pouvait-il raconter une telle histoire ?
- Alors, comment l'avez-vous rencontrée ? l'encouragea-t-elle.
- Et bien, tout d'abord, je n'avais pas ce visage. Le dixième. C'est le dixième qui l'a rencontré. C'était moi, bien sûr. Mais plus jeune.
- Docteur, l'interrompit Amy en fronçant les sourcils. J'ai l'impression que vous cherchez à gagner du temps.
Et elle avait raison.
Bon sang ce que c'est difficile. Mettez-moi tous les jours face à un dalek. Faites-moi affronter toute une armée de Cybermen, je vous en prie. Tout, sauf ça.
- C'est une histoire assez triste, Amy, lâcha-t-il dans un souffle.
Les lèvres d'Amy formèrent un petit sourire triste.
- Ouais, je m'en doutais un peu. J'ai vu la manière dont vous la regardez. Comme si vous vous sentiez vraiment, vraiment… coupable.
- Amy, elle va…
- Attendez ! le coupa-t-elle avant qu'il ne puisse en arriver au fait.
Et bien il pouvait sans doute considérer cela comme une sorte de victoire. A présent, elle semblait réellement terrifiée.
- Racontez-moi toute l'histoire, s'il vous plaît. Cela rendra peut-être les choses moins difficiles.
- Je ne pense pas, Amy, souffla-t-il en prenant un biscuit pour se réconforter.
- S'il vous plaît.
- D'accord, d'accord. Nous… Enfin, moi et Donna - tu ne connais pas Donna. Elle était géniale. Elle ne se souvient plus de moi… encore une histoire plutôt triste, marmonna-t-il avant de continuer. Nous étions dans cette Bibliothèque. La Bibliothèque, c'était toute la planète. Vraiment stupéfiant. Mais il n'y avait plus personne là-bas. Et alors…
Parler aidait, en quelque sorte. Pour un moment, en tout cas.
-o-o-o-
- Alors… elle m'a frappé.
- River vous a frappé ? répéta Amy, souriant doucement.
- Oui, elle m'a complètement assommé.
Il lui retourna son sourire pendant quelques secondes, puis murmura d'une voix tremblante :
- Elle a pris ma place, Amy. Elle s'est mise sur cette chaise à ma place.
- Qu'avez-vous fait ? questionna-t-elle sans sourciller.
Il cligna des yeux. A plusieurs reprises. Cela ne résolut rien, la question resta en suspend.
- Qu'avez-vous fait pour la sauver ?
Sa gorge était tellement sèche, douloureuse, qu'il était certain qu'aucun son ne pourrait en sortir.
- Rien, parvint-il pourtant à dire. Je ne pouvais rien faire, elle m'avait menotté et elle… Amy, je n'avais aucun moyen de l'arrêter.
Elle ne fit rien d'autre que le regarder, les yeux vides et étrangement brillants.
- Enfin, j'ai bien essayé quand même, j'ai sauvegardé sa conscience dans un ordinateur, comme les autres l'étaient avant qu'elle ne les libère. Alors, j'imagine que dans un certain sens, elle n'est pas vraiment morte, mais… c'est River, elle est bien plus que… qu'une ligne de codes, mais c'est pourtant ce qu'est elle devenue…
Il marqua une hésitation, car la suite serait douloureuse, et pas seulement pour Amy. Pour lui aussi. Néanmoins, il était temps de cesser de se voiler la face.
-o-o-o-
Parfois, c'est ainsi qu'il voyait le monde : un flux constant, des points fixes, des anomalies temporelles. Parfois, il ne voyait rien d'autre que des schémas ; des plans, et les créatures vivantes, douées de sentiments, ne représentaient plus que des pions sur l'échiquier géant de l'univers.
Voilà pourquoi il avait besoin de ses compagnons. Il lui fallait quelqu'un pour le sortir de cet état d'esprit violent, quelqu'un capable de regarder une plante et de penser que c'est magnifique, au lieu de ne voir que la manière dont elle fonctionne, quels éléments la composent et essayer de deviner s'il s'agissait d'une menace ou d'une potentielle arme.
Il avait besoin de quelqu'un à ses cotés, quelqu'un capable de lui montrer le tableau dans son ensemble, et pas seulement ce qui le compose. Quelqu'un capable de lui montrer qu'il y a là de la beauté, et de la vie. Car quelle importance peut avoir une étoile, quand tout ce que vous y voyez, c'est une boule de gaz enflammée ?
Mais eux, non. Pas ses compagnons. Pour lui, ils sont des miracles. Chacun d'entre eux. Les créatures vivantes les plus remarquables de toute la création.
Eux ne devenaient jamais des pions sur le plateau du temps.
Ils étaient bien plus que le simple résultat de l'évolution.
Ils étaient bien plus qu'une simple suite de nombres.
Et c'est pour cette raison qu'il refusait de croire que la femme qu'il aimait, avec toutes ses blessures, ses secrets, ses forces et ses erreurs, puisse être réduite à si peu. Sa femme n'avait rien d'une foutue barre de mémoire qu'on transportait et stockait sur un disque dur.
Non, même si cela signifiait qu'il avait complètement échoué, il refusait que River soit enfermée de cette manière, c'est pourquoi il devait en parler et se soulager ; ce qui restait dans cet ordinateur n'était rien de plus qu'un fantôme, une ombre. Une empreinte sur la plage.
-o-o-o-
Le biscuit qu'il tenait dans sa main se brisa en deux, tandis que quelque chose coula sur son menton. Il pleurait. A quel moment s'était-il mis à pleurer ?
- Pour moi, elle est morte. Elle est morte le jour où je l'ai rencontrée pour la première fois, fit-t-il d'une voix rauque en ne lâchant pas des yeux le bord de la table. L'univers a un sens de l'humour franchement tordu.
Amy resta silencieuse pendant ce qui lui parut des années.
- Elle est morte, répéta-t-elle finalement.
Il releva la tête et essaya de capturer son regard, mais elle l'évita.
- Je suis désolée, Amélia, je suis tellement désolé…
La rousse regarda par la fenêtre, inexpressive. Elle semblait vulnérable, si minuscule. Il avait presque l'impression d'avoir à nouveau devant lui la petite fille de sept ans, et à cette vue, il eut l'impression que le poing d'acier autour de son cœur se resserrait encore davantage.
C'était de sa faute, après tout. C'était toujours de sa faute. Amy avait perdu sa fille tant de fois qu'il n'osait pas les compter, et chaque fois, c'était entièrement de sa faute.
Brusquement elle se retourna vers lui, les yeux étrangement brillants, et d'une voix vacillante, elle l'interrogea :
- Le sait-elle ?
- Non, Amy, il ne faut surtout pas le lui dire ! s'écria-t-il en se levant à moitié de sa chaise. Promets le moi !
- Mais elle a le droit de savoir ! Comment pouvez-vous la côtoyer et ne rien lui dire ? s'exclama-t-elle.
Elle le transperçait d'un regard accusateur, et sa voix regorgeait de colère. Il aurait dû savoir que ce ne serait pas de tristesse.
- C'est votre femme, et elle va mourir ! Comment pouvez-vous le lui cacher ?!
- Parce que ça doit arriver !
Maintenant, il criait réellement. Toute l'injustice de cette situation (non mais franchement qu'avait-il fait à l'univers pour mériter ça ?), le désespoir qu'il gardait enfermé (bien que cela soit inutile de le montrer, c'était sa manière d'être, cela monta en lui durant une seconde ou deux).
- Mais vous devez lui dire, s'écria Amy, pas le moins du monde impressionné par le haussement de ton. Il le faut !
- Tu veux que je dise à ta fille qu'elle va bientôt mourir, à même pas quarante ans, et qu'on ne peut rien y faire ? C'est vraiment ce que tu veux ?
A présent, il commençait à s'énerver à son tour contre Amy. Pourquoi n'arrivait-elle pas à comprendre ?
- Tu veux que je lui dise ça, que je la force à vivre les jours qu'il lui reste en sachant ce qui l'attend, en sachant qu'il lui reste si peu de temps ?
- Mais vous devez faire quelque chose ! insista-t-elle en criant un peu moins.
- Je l'emmène voir les étoiles, j'essaye de la rendre heureuse. C'est tout ce que je peux faire, Amy. Je ne peux pas le lui dire, je ne peux pas gâcher le reste de sa vie en lui disant ça, murmura-t-il en se rasseyant, tandis qu'il se sentait soudain faible et incroyablement vieux.
- Mais comment pouvez-vous supporter ça ? demanda-t-elle, les pupilles larmoyantes.
Elle semblait incroyablement minuscule et seule, là, au milieu de la petite cuisine.
- Je ne sais pas.
Il plongea le regard dans sa tasse et termina le fond de thé, à présent froid et amer.
- Je voudrais le lui dire. Tout le temps. J'aimerai qu'elle sache que j'essaye de la sauver, tu sais, que je cherche vraiment une solution pour la sortir de là.
Ce qui empêcha Amy de répliquer fut sans doute moins les mots qu'il prononçait que la douleur inscrite sur tous les traits de son visage.
- Comment suis-je supposée lui cacher ça ? dit-elle finalement en se rasseyant doucement, les yeux baissés sur ses pieds. Elle va se douter que quelque chose ne va pas.
- Dis-toi simplement qu'il vaut mieux pour elle qu'elle ne sache rien. Que personne ne devrait connaître les circonstances de sa propre mort. Ca marche pour moi.
Elle acquiesça, avala difficilement et se mit à laver la vaisselle avec un regard vide, comme hypnotisée. Après plusieurs minutes, elle demanda :
- Pourquoi me le dire ?
Il haussa les épaules et se força à sourire, sachant qu'au bout de quelques secondes, il aurait l'air convainquant.
- Tu es sa mère, j'ai pensé qu'il fallait que tu saches.
Il se leva alors pour l'aider et ajouta, davantage pour lui que pour elle :
- Et peut-être que j'avais juste besoin d'en parler à quelqu'un…
D'accord, elle savait qu'ils étaient tous persuadés qu'elle était un assassin, mais avaient-ils besoin pour autant de l'enfermer dans un placard à balais ?
Franchement, il y avait à peine assez d'espace dans cette salle pour la chaise, celle-ci étant d'ailleurs clouée au sol (comme si elle allait choisir d'utiliser une chaise comme arme pour les affronter, et puis, de toute façon, il n'y avait pas suffisamment de place pour pouvoir frapper efficacement les gardes).
Elle se laissa tomber sur la chaise avec une certaine colère, constatant sans grande surprise qu'elle était foutrement inconfortable, et fixa le mur opposé.
Dans peu de temps, ils viendraient la chercher pour qu'elle assiste au procès du meurtre de son mari.
Et, bien sûr, elle serait déclarée coupable.
Quand bien même elle savait que cela arriverait, cette perspective n'en était pas moins déprimante.
Se laissant aller contre le dossier avec un gémissement, elle remarqua un bruissement venant de sa poche. Fronçant les sourcils, elle fouilla à l'intérieur jusqu'à ce que ses doigts trouvent un morceau de papier, recouvert de la petite écriture de son époux.
Tu es forte, River. Tu t'en sortiras.
Elle rit doucement en lisant ces mots. Si quelqu'un devait s'imaginer qu'elle avait besoin d'être rassuré ainsi, c'était bien lui.
Je ne peux bien sûr pas être avec toi en cet instant, mais souviens-toi que, quelque part, dehors, je suis là, et je t'aime. Et je suis désolé, car il faudra que cela suffise pour le moment. Et j'attendrai l'instant où ils te laisseront toute seule, bien sûr.
Ses lèvres s'étirèrent en un sourire rayonnant.
Lorsqu'elle entendit des bruits de pas approcher de la porte, elle rangea à la hâte la note dans sa poche et chassa le sourire de son visage. C'était inapproprié, pour une tueuse.
-o-o-o-
- Miss Song, voulez-vous faire une déclaration ? demanda le juge d'une voix trainante après qu'on a lu les accusations portées contre elle.
Elle se leva, les doigts fermement serrés autour du papier. Quand elle parla, ce fut d'une voix calme, un peu condescendante, et elle souriait.
- Oui. Je l'ai fait. J'ai tué le Docteur. Alors, maintenant que ce point a été clarifié, pourrait-on trouver un moyen d'accélérer un peu toutes ces procédures ?
