Chat Noir luttait avec l'énergie du désespoir, prenant des risques insensés pour tenter de neutraliser Boomeur au plus vite. Lorsqu'il avait vu la façade s'effondrer sur Ladybug, il avait essayé de la prévenir, mais en vain. Tout s'était passé trop vite. Son cri d'avertissement à l'attention de sa partenaire s'était presque instantanément transformé en hurlement d'effroi quand il l'avait vue se faire engloutir par l'avalanche de gravats.

Et là, il ne pouvait rien faire.

Boomeur continuait à le harceler, l'attaquant encore et encore, l'empêchant de porter secours à Ladybug.

Chat Noir n'aurait pas pu décrire exactement ce qu'il ressentait à cet instant. C'était un amalgame confus d'émotions, la terreur absolue à l'idée que sa Lady était peut-être grièvement blessée se mêlant à une rage froide qui menaçait à tout instant de lui faire perdre le contrôle.

Oh, si jamais il était arrivé malheur à Ladybug…

Non, ce n'était pas possible. Ladybug était forte, courageuse, jamais à court d'idées ou de ressources. Elle était indestructible. Elle s'en était sûrement sortie, se répétait-il sans cesses.

Il refusait d'envisager d'autres options.

Alors que Chat Noir luttait de toutes ses forces pour repousser l'immense bouffée d'angoisse qui menaçait de l'engloutir, Boomeur semblait au contraire être au meilleur de sa forme, comme transcendé par sa victoire sur Ladybug.

Il invoquait sans cesses de nouvelles fusées, toutes plus puissantes les unes que les autres, forçant Chat Noir à reculer à chaque fois qu'il voulait porter un coup. L'empêchant de faire quoi que ce soit d'autre que de rester sur la défensive.

Boomeur avait très clairement l'avantage, et il le savait. Un petit sourire narquois dansait sur son visage.

« Alors, on fait moins le malin, le chat de gouttière ? », lança-t-il d'une voix sardonique à l'attention du héros. « Si tu ne fais pas attention, tu vas finir écrabouillé comme ta petite copine. »

Ses mots frappèrent Chat Noir avec autant de violence que s'il lui avait donné directement un coup dans l'estomac. Le héros serra machinalement les poings, tellement fort que sans ses gants, il se serait sûrement enfoncé ses ongles si profondément dans la peau qu'il en aurait saigné. Il sentit une vague de colère monter en lui, une fureur glacée prête à le priver de toute raison et à le pousser aux dernières extrémités.

Calmement, il leva les yeux vers son ennemi.

Avec un effrayant détachement, il songea à utiliser Cataclysme directement sur Boomeur, ne serait-ce que pour effacer définitivement ce sourire triomphal de son visage.

L'idée était tellement choquante qu'elle lui fit retrouver la raison à l'instant même où elle traversa son esprit.

Non, non.

Il fallait qu'il garde son sang-froid. Ladybug ne lui pardonnerait jamais s'il allait jusque-là, et il savait qu'il ne se le pardonnerait jamais non plus. C'était indigne de lui. Il devait absolument retrouver son calme et réfléchir. Ne pas se laisser avoir par les paroles empoisonnées de son adversaire qui cherchait à le déstabiliser autant que possible et à le pousser à la faute. Ne pas se laisser guider par ces sentiments négatifs, cette monstrueuse petite voix intérieure qui lui susurrait de lâcher prise et de semer la destruction sur son passage, ou de tout abandonner et de se laisser réduire en poussière.

Esquivant une nouvelle attaque, Chat Noir essaya de se concentrer. Il était loin d'être idiot, mais il était trop impulsif. Dans leur duo, c'était Ladybug qui arrivait à garder la tête froide, c'était elle qui élaborait les stratégies les plus folles. Elle était la lumière qui les menait à la victoire envers et contre tout.

Il sentit son cœur se serrer encore un peu plus en pensant à sa partenaire.

« Pitié, ma Lady, ne soit pas blessée. Pitié », répétait-il comme une prière.

J'ai besoin de toi.


Ladybug mit quelques secondes à réaliser ce qui venait de se passer.

Il y avait eu le hurlement désespéré de Chat Noir, un énorme bruit sourd, puis tout était brusquement devenu noir. Et maintenant, elle était allongée à terre, dans une obscurité quasi-totale. Chaque centimètre de son corps était traversé par une douleur lancinante et la poussière qui voletait dans les airs l'empêchait de reprendre correctement son souffle. Encore étourdie par le choc, elle essaya de se redresser mais sa tête heurta immédiatement une paroi de béton.

Ladybug se rendit compte avec effroi qu'une partie du bâtiment devant lequel elle se trouvait avant l'attaque de Boomeur s'était effondré sur elle, la piégeant sous les gravats. Elle serra les poings, essayant de se forcer à garder la tête froide.

Il ne fallait surtout pas qu'elle cède à la panique.

Dans son malheur, elle avait tout de même eu de la chance. Un pan de mur l'avait protégée et elle ne semblait avoir aucune blessure. A présent, il fallait qu'elle se dépêche de se dégager pour rejoindre Chat Noir. Son cœur se serra à la pensée de son partenaire. Elle espérait qu'il n'avait pas été pris au piège lui non plus et qu'il arrivait à tenir le coup seul face à Boomeur.

Ladybug laissa ses mains courir le long de la paroi, cherchant à tâtons un endroit par lequel elle pourrait se faufiler pour s'échapper de sa prison de briques et de béton.

Là.

Une ouverture.

Avec précaution, elle se glissa par le passage, prenant soin de toucher aussi peu que possible les débris qui l'entouraient afin de ne pas déclencher un autre éboulement. Elle avança ainsi de quelques dizaines de centimètres, avant de remarquer un léger éclat de lumière. Une issue, enfin. Elle dû faire appel à tout son sang-froid pour ne pas se ruer vers la sortie, luttant de toutes ses forces contre son instinct qui lui hurlait de s'extirper d'ici le plus rapidement possible. Le passage était extrêmement dangereux, constitué d'un empilement de gravats instables.

Il fallait avancer avec précaution, progresser centimètre par centimètre. Poser lentement un pied au sol, puis l'autre. S'assurer qu'elle ne risquait pas de heurter un élément indispensable à l'équilibre précaire des parois de son tunnel de fortune.

Enfin, elle réussit à revenir à l'air libre. Eblouie par la lumière, elle cligna un instant des yeux avant de distinguer clairement ce qui se passait quelques dizaines de mètres devant elle.

Et ce qu'elle découvrit lui arracha un hoquet d'horreur.


Ce fut comme si la scène se déroulait au ralenti, chaque détail lui apparaissant avec une précision terrifiante. Une bombe explosa à proximité de Chat Noir, trop près, beaucoup trop près de lui. Une puissante onde de choc déchira les airs, le souffle de la déflagration projetant son partenaire plusieurs dizaines de mètres plus haut. Son corps heurta avec violence la façade d'un bâtiment voisin, dans un horrible craquement qui fit pousser un cri d'effroi à Ladybug. Puis il retomba immédiatement vers le sol, s'écrasant à terre au milieu d'un nuage de poussière.

Des débris bouchaient la vue de Ladybug qui ne put le voir toucher le sol. Mais rien ne l'empêcha d'entendre l'affreux bruit sourd qu'il fit en heurtant le sol.

Ladybug s'avança, fixant avec intensité le point de chute de Chat Noir. Cherchant à distinguer la familière silhouette de son partenaire à travers les nuages de poussière, espérant le voir se relever. Essayant d'entendre au moins entendre le son de sa voix.

Mais rien.

Avec un sourire mauvais, Boomeur se retourna vers elle.

Luttant contre les larmes qui lui montaient aux yeux, la jeune héroïne fit un saut en arrière. Elle ne pouvait pas venir en aide à Chat Noir maintenant, alors il fallait au moins qu'elle éloigne Boomeur de lui. Elle s'enfuit à travers les rues de Paris, courant le plus vite possible, essayant d'entrainer Boomeur dans son sillage. Au détour d'une ruelle, elle aperçut une immense place au centre de laquelle se trouvait une statue.

Un terrain dégagé.

Elle sauta sur l'occasion, ne voulant pas prendre le risque de se retrouver de nouveau piégée sous un immeuble en ruines. Elle se rua vers la place, suivie de près par son adversaire. D'un bond, il la dépassa et se percha sur la statue de pierre, la fixant avec une lueur malveillante dans les yeux.

Il étendit les bras avec une lenteur calculée, semblant savourer chaque instant. Puis, d'un claquement de doigts, il fit surgir du néant une nuée d'explosifs.

Ladybug les regarda, horrifiée. Visiblement, elle allait avoir droit au bouquet final. Tubes bariolés surmontés d'un cône, bombes sphériques ou cylindriques… Les projectiles étaient de toutes tailles, de toutes formes, de toutes couleurs. Pour l'instant, ils lévitaient paresseusement au-dessus de la tête de Boomeur, qui contemplait son œuvre avec un regard énamouré.

Ladybug profita de l'occasion pour invoquer son Lucky Charm. Vu la tournure que prenait la situation, c'était maintenant ou jamais. Une nuée d'étincelles rougeoyantes tournoya au-dessus d'elle, et une batte de base-ball tomba au creux de ses mains.

Une batte de baseball, rouge à poids noirs.

Elle poussa une exclamation incrédule. C'était une blague ? Une idée lui avait immédiatement traversé l'esprit en voyant l'objet, mais c'était trop absurde. Ça ne marcherait jamais, c'était de la folie pure. Elle jeta un rapide coup d'œil à la statue sur laquelle était perché son adversaire, puis à un des projectiles qui dansait au-dessus de lui et qui avait attiré son attention.

Une énorme fusée, striée de rouge et blanc, avec une mèche.

Une fusée, qui, contrairement à d'autres bombes, n'exploserait pas sous le choc mais seulement quand sa mèche aurait été consumée.

Absurde.

Impossible.

Mais elle n'avait pas d'autre option.

A l'instant même où Boomeur envoya ses projectiles vers elle, elle bondit en avant, se plaçant de façon à ce qu'elle, la fusée rouge et blanche et la statue soient parfaitement alignées. Elle intercepta l'engin explosif à mi-chemin de sa trajectoire et d'un violent coup de batte, le renvoya dans la direction d'où il venait.

La fusée tournoya dans les airs avant de s'écraser aux pieds de la statue dans un bruit sourd. Boomeur baissa les yeux vers la bombe, une expression perplexe sur le visage.

Puis la fusée explosa enfin, le projetant dans les airs.

Boomeur retomba lourdement au sol, assommé. Ladybug se précipita vers lui, cherchant à identifier l'objet dans lequel l'akuma du Papillon aurait pu se loger. Elle n'avait que quelques secondes avant que son adversaire ne reprenne conscience. Elle repéra rapidement un bout de papier froissé qui dépassait d'une poche de la poitrine du malheureux, une lettre d'une vilaine couleur violacée. Le courrier du maire Bourgeois menaçant le pauvre artificier de mettre fin à sa carrière.

Elle déchira rageusement la feuille, libérant un akuma qu'elle s'empressa de libérer et de purifier avant de faire appel une dernière fois son pouvoir pour réparer les dégâts causés par l'attaque.

Enfin, c'était fini.


Ladybug ne perdit pas une seconde. Abandonnant le pauvre artificier à son sors, elle rebroussa chemin à toute vitesse pour essayer de retrouver Chat Noir. Une épaisse fumée flottait encore dans les airs, et elle n'était plus sûre de l'endroit exact où elle l'avait vu chuter. Tout s'était passé tellement vite…

Elle arriva enfin là où elle avait vu son partenaire pour la dernière fois et commença à le chercher frénétiquement du regard. Il n'y avait plus aucun signe du terrible affrontement qui s'était déroulé quelques minutes plus tôt, mais il n'y avait aucun signe de Chat Noir non plus. La visibilité était toujours extrêmement mauvaise, rendant les recherches de Ladybug difficiles. Elle appela son partenaire à voix haute, puis devant le peu de succès de son entreprise, tenta de le contacter via le système de communication intégré à son yo-yo. En vain, seul un silence assourdissant lui répondait.

Impossible de retrouver Chat Noir.

Ladybug essayait de combattre la sourde angoisse qui commençait à monter en elle. Il n'y avait peut-être rien de grave. Il était tout à fait possible qu'elle ne le trouve pas parce qu'il n'était simplement pas resté sur place, et qu'elle n'arrive pas à le contacter parce qu'il était détransformé…

Elle n'était pas sûre d'arriver à se convaincre.

Il était tombé de si haut, et le choc avait été d'une telle violence…

Son cœur battait à grand coup dans sa cage thoracique L'angoisse lui comprimait insidieusement la poitrine, lui coupant le souffle, et elle commençait à avoir du mal à maitriser sa respiration. Elle passa ses mains sur ses joues, essayant de se forcer à retrouver son calme.

Ses doigts étaient glacés.

Il ne pouvait pas lui être arrivé quelque chose, pas à lui, c'était impossible. Elle refusait d'y croire, mais cette pensée s'insinuait peu à peu en elle, empoisonnant son esprit et lui donnant l'impression qu'un trou béant se creusait dans sa poitrine.

C'était la première fois qu'ils se retrouvaient séparés ainsi à la fin d'une bataille. Jamais un affrontement ne s'était terminé sans qu'elle ne sache Chat Noir sain et sauf, et le fait de n'avoir aucune idée de ce qu'il était advenu de lui la plongeait dans un état d'anxiété qu'elle n'avait jamais connu et qu'elle souhaitait ardemment ne jamais connaitre à nouveau.

Ce sentiment était exacerbé par le fait qu'elle savait maintenant qui se cachait derrière le masque. Chat Noir, son précieux partenaire, était également Adrien, le garçon dont elle était terriblement amoureuse. Cette découverte aurait dû la soulager, car elle ne pouvait nier que ses sentiments envers Chat Noir allaient un peu au-delà de la simple affection, même s'ils étaient loin d'atteindre l'intensité de ce qu'elle ressentait pour Adrien.

Mais au vu de la situation, c'était tout l'inverse.

Elle avait douloureusement conscience que les deux garçons les plus importants de sa vie n'étaient qu'une seule et même personne, et qu'elle venait peut être de les perdre d'un seul coup.

Non, non, non, se sermonna-t-elle. Elle ne devait pas se laisser aller à ce genre de pensées. Chat Noir allait bien, il ne pouvait pas en être autrement.

Il fallait qu'elle le retrouve, à tout prix.

Elle continua à chercher, essayant de refouler son angoisse, mais elle ne voyait toujours pas apparaitre la familière silhouette de son partenaire.

En revanche, au bout de quelques interminables minutes, elle put parfaitement distinguer les journalistes qui se précipitaient maintenant vers elle, tout comme elle pouvait tout aussi parfaitement entendre les bips de son miraculous. Elle failli laisser échapper un juron. Avec tous ces témoins qui accouraient de part et d'autres, impossible pour elle de rester ici et de chercher Chat Noir.

Ladybug tourna les talons et d'un souple lancer de yo-yo, s'échappa de la zone de combat.

Ravalant les larmes de frustration et d'inquiétude qui lui montaient aux yeux, elle bondit de toit en toit tout en essayant de calmer la tempête de pensées qui se déchainait sous son crâne, tentant de se forcer à réfléchir. Qu'est-ce qu'elle aurait fait à la place de Chat Noir, si elle s'était retrouvée dans l'impossibilité de le contacter ?

Maintenant qu'elle savait qui se cachait derrière le masque, la réponse était évidente.

Si elle n'arrivait pas à trouver Chat Noir, il fallait qu'elle cherche Adrien.

Le collège.

Elle devait aller au collège.

Il serait là-bas s'il était parvenu aux mêmes conclusions qu'elle.

Et s'il allait bien, ne put elle s'empêcher de penser tandis que l'angoisse lui nouait le ventre.


Booon, finalement le chapitre 2 est un peu gros alors je le coupe en deux :)

J'espère que ça vous a plu, à la prochaine pour la suite !