Ladybug arriva rapidement à son école, se faufilant par la fenêtre d'une salle de classe vide avant de se détransformer.

Son sang battait dans ses tempes, elle n'entendait même pas les paroles rassurantes de Tikki qui essayait tant bien que mal de la réconforter. L'angoisse lui nouait le ventre. Elle savait que son pouvoir était censé restaurer les choses telles qu'elles étaient avant l'attaque, mais à quel point ? Si Chat Noir avait été grièvement blessé, est ce que ça aurait été suffisant ? Et si…

Marinette secoua vivement la tête, refusant d'envisager l'inacceptable.

Elle sentait sa carapace se fissurer peu à peu. C'était comme si comme si la digue qui avait jusque-là réussi à endiguer les flots d'émotions contre lesquelles elle luttait allait céder d'un instant à l'autre.

Elle se précipita vers la porte, essuyant rageusement les larmes qui lui brouillaient la vue et tentant de maitriser les violents spasmes qui agitaient ses mains. Sortant dans le couloir, elle se mit à scruter le visage de chaque élève qu'elle apercevait, cherchant celui d'Adrien.

Soudain, elle entendit quelqu'un crier son nom.

Marinette se retourna, pour voir Alya courir à sa rencontre en faisant de grands gestes.

« Marinette ! », cria-t-elle en la prenant dans ses bras. « Où est-ce que tu étais passée ? Je te cherche depuis tout à l'heure ! Ici c'est la panique totale, tu aurais vu… »

Elle s'interrompit, s'écartant légèrement de son amie tout en la dévisageant avec inquiétude.

« Marinette ? », reprit-elle doucement. « Est-ce que… est-ce que ça va ? Tu as une mine vraiment affreuse. »

Non. Non, ça n'allait pas.

« Oui, ça va, » répondit-elle avec un pâle sourire. « J'ai juste été un peu secouée par l'attaque, ne t'en fais pas. »

Visiblement pas totalement convaincue, Alya lui serra légèrement le bras, cherchant à la réconforter.

« Il faut dire que c'était assez impressionnant », approuva l'apprentie-journaliste. « Mais ne t'inquiètes pas, » poursuivit-elle dans une sincère tentative de lui remonter le moral, « on ne risque plus rien. Chat Noir et Ladybug ont merveilleusement géré la situation. »

Marinette sentit ses entrailles se glacer à ces mots. Elle dû faire appel à tout son sang-froid pour dissimuler sa détresse à son amie, tentant de maîtriser les violents frissons qui parcourraient son corps. Elle était malade d'inquiétude pour Chat Noir.

Pour Adrien.

Comme dans un cauchemar, elle revivait encore et encore la scène où elle l'avait vu pour la dernière fois. La façon dont son corps s'était fracassé contre le mur, le monstrueux bruit qui s'était alors produit... Et plus elle se remémorait ces souvenirs, plus elle se sentait gagnée par la nausée. Le choc avait été d'une violence inouïe, il était impossible que Chat Noir s'en soit sorti indemne.

Elle se sentait au bord du malaise, remarquant à peine que son amie lui passait gentiment la main dans le dos en lui affirmant avec conviction que tout allait bien maintenant, que tout le monde était en sécurité.

Marinette aurait voulu demander à Alya si elle n'avait pas vu Adrien, mais elle n'était pas sûre de réussir à ne pas fondre en larmes si elle commençait à parler de lui. Alors, serrant ses mâchoires de toutes ses forces pour empêcher ses dents de claquer, elle adressa un petit sourire de remerciement à son amie avant de poursuivre sa route.


Avançant d'un pas rapide dans les couloirs, elle se dirigeait vers la cour de l'école. Quand elle y arriva, ce fut pour constater que le chaos régnait encore dehors. Des nuages de poussière flottaient paresseusement dans les airs, créant comme un léger brouillard doré qui filtrait la lumière du soleil. Des groupes d'élèves s'étaient formés çà et là, commentant la récente attaque, se réconfortant les uns les autres. L'assaut du jour avait clairement marqué les esprits.

Afin de bénéficier d'un meilleur point de vue, Marinette se plaça à mi-hauteur d'un escalier, s'agrippant tellement fort à la rambarde que les jointures de ses doigts avaient blanchit. Ses yeux balayaient frénétiquement la cour, mais elle devait bien se rendre à l'évidence. Adrien n'était pas là.

Soudain, une silhouette familière passa le portique.

Marinette se sentit brusquement prise de vertige, se demandant si ses yeux ne lui jouaient pas des tours.

Mais non.

C'était bien lui.

Adrien, Chat Noir, son précieux partenaire.

Il était échevelé et couvert de poussière, tandis que son visage était livide, marqué par l'inquiétude. Il était à mille lieues de l'image propre et lisse qu'il s'efforçait de donner d'habitude, mais il était vivant et visiblement en un seul morceau.

Il s'arrêta un instant pour parcourir les environs du regard. Soudain, il aperçut Marinette. Il vacilla légèrement, puis poussa un profond soupir, donnant du même coup l'impression qu'un poids immense venait d'être ôté de ses épaules.

Sans la quitter des yeux ne serait-ce qu'une seconde, il se dirigea vers elle d'un pas rapide, tandis que Marinette descendait des escaliers pour aller à sa rencontre.


Sans se concerter, sans un mot, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, s'étreignant de toutes leurs forces. Ils tremblaient de tous leurs membres, s'agrippant l'un à l'autre comme un naufragé s'accroche à sa bouée de secours, réalisant difficilement qu'ils s'étaient bien tous les deux sortis sains et saufs de cette terrible tempête.

Luttant contre les larmes de soulagement qui lui montaient aux yeux, Marinette se blottit contre le torse d'Adrien, collant son oreille contre sa poitrine pour écouter les battements de son cœur. Ils étaient certes un peu trop rapides, mais puissants et réguliers, et c'était pour elle la plus belle mélodie du monde. En comparaison, son propre cœur lui faisait l'effet d'un oiseau affolé, cognant de façon erratique contre les barreaux de sa cage thoracique.

Adrien pencha la tête vers Marinette, enfouissant son visage dans le creux séparant son épaule de sa nuque, s'enivrant de la douce odeur de sa peau. Il pouvait sentir la chaleur émaner de son corps à travers ses vêtements alors qu'il la serrait contre lui. Elle était là, avec lui. Elle allait bien. Il savait qu'il n'aurait pas pu en être autrement. Lorsqu'il avait repris connaissance, il avait bien vu que Boomeur n'était plus là. Et alors qu'il fouillait désespérément les décombres à la recherche de sa coéquipière, il avait bien assisté à la démonstration du pouvoir de Ladybug, qui avait tout restauré comme si l'affrontement n'avait jamais eu lieu, preuve évidente de la victoire de sa partenaire.

Mais ça n'avait pas suffi à calmer la terrible terreur qui nouait ses entrailles depuis qu'il avait vu Ladybug se faire engloutir par cette monstrueuse avalanche de brique et de béton. Il fallait qu'il constate de ses propres yeux qu'elle allait bien, que cet horrible cauchemar était derrière eux.

Et maintenant il l'avait enfin retrouvée. Il pouvait la sentir trembler contre lui, et lui-même avait du mal à contenir les violents frissons qui agitaient son corps. Le choc avait été trop rude, l'angoisse trop intense, il leur faudrait un moment pour se remettre de ce brutal séisme qui avait les avaient tous deux ébranlés jusqu'au plus profond de leur être.

Il l'entendit laisser échapper un bruit étrange, à mi-chemin entre le rire et le sanglot, avant qu'elle ne lui murmure, d'une voix tremblotante :

« J'ai eu tellement peur… J'ai cru… j'ai cru… »

Sa voix se brisa.

Emu, Adrien la serra un peu plus fort dans ses bras, lui chuchotant des paroles vides de sens, essayant de la réconforter du mieux qu'il pouvait alors qu'il se savait lui aussi très proche du point de rupture. Il venait tout juste de traverser une monstrueuse tempête d'émotion, passant de la terreur extrême à une colère froide et implacable, de la peur d'avoir perdu sa Lady pour toujours à un espoir fou, puis à un indescriptible soulagement quand l'avait enfin vue saine et sauve.

Et maintenant la tourmente s'éloignait enfin, le laissant à bout de souffle et le cœur à vif, alors qu'il se raccrochait désespérément à Marinette pour essayer de conserver un semblant de raison.

La jeune fille respirait profondément, essayant de retrouver son calme, faisant de son mieux pour contenir son émotion. Elle était tellement soulagée qu'elle avait envie d'éclater en sanglot, de laisser les larmes emporter toute cette détresse qu'elle avait ressenti depuis ce terrible moment où elle avait cru perdre son partenaire.

Mais Marinette refusait de se laisser aller, ne voulant pas l'inquiéter davantage. Quand il l'avait regardée, elle avait pu voir sur son visage le reflet de l'angoisse qu'elle avait elle-même ressenti pour lui, et elle ne voulait pas en rajouter encore. Au contraire, elle voulait essayer de faire bonne figure, ses doigts traçants machinalement de petits cercles contre le dos de son partenaire pour tenter de l'apaiser.

Elle leva les yeux vers lui, s'écartant légèrement sans pour autant s'éloigner trop, refusant de quitter la chaleur de ses bras. Elle avait placé ses mains de part et d'autres de la colonne vertébrale d'Adrien, tandis qu'il lui tenait fermement la taille. Lui non plus n'avait pas l'air de vouloir la laisser s'éloigner.

Marinette dévisageait son coéquipier comme si elle le voyait pour la première fois. Elle se perdait dans son regard, d'un vert extraordinairement clair qui prenait de fascinants reflets dorés à présent que les rayons du soleil perçaient à travers les nuages de poussière. Maintenant qu'elle le voyait de près, elle pouvait voir que ses pupilles étaient dilatées par l'inquiétude, le soulagement et l'anxiété se disputant encore la place sur son visage.

Ses cheveux blonds étaient complètement ébouriffés, ce qui était habituel pour Chat Noir mais totalement inédit pour Adrien qui prenait d'ordinaire grand soin de son apparence. Machinalement, Marinette leva la main pour remettre en place quelques-unes de ses mèches rebelles, sans prendre conscience de la tristesse qui teintait son regard face à la mine défaite de son partenaire. Elle s'en voulait de lui avoir fait aussi peur.

En revanche, Adrien ne manqua pas de noter le léger changement d'expression de sa coéquipière.

C'était très troublant pour lui de la voir dans un tel état. D'ordinaire, Marinette était souriante, pétillante, un véritable rayon de soleil. Là, même si elle était visiblement heureuse de voir Adrien en bonne santé, elle ne semblait être plus que l'ombre d'elle-même. La terrible angoisse qu'elle avait ressentie plus tôt avait laissé des traces encore visibles sur son visage.

Elle était pâle, si pâle par rapport à d'habitude, constata Adrien avec un pincement de cœur.

Il se pencha vers elle, déposant machinalement un léger baiser sur sa joue, tentant instinctivement de la réconforter et de lui montrer son soutien. Puis, fronçant légèrement les sourcils, il réitéra son geste. C'était bien ce qu'il lui avait semblé, les pommettes de Marinette avaient laissé un goût légèrement salé sur ses lèvres. Des larmes, qu'elle avait séchées avant qu'il arrive mais qui avaient déposé une invisible pellicule de sel sur sa peau.

Marinette écarquilla légèrement les yeux de surprise, avant qu'Adrien ne la serre de nouveau dans ses bras.


Ils étaient tous les deux complètement absorbés l'un par l'autre, mais ils finirent malgré tout par réaliser lentement que tous leurs camarades s'étaient tournés vers eux, observant leurs retrouvailles avec incrédulité, se demandant quelle était la signification de la scène à laquelle ils étaient en train d'assister.

Marinette poussa un petit cri d'effroi avant d'enfouir sa tête contre l'épaule d'Adrien, n'osant pas en voir plus.

« Oh non, non, non », souffla-t-elle, à deux doigts de paniquer à nouveau. « Dis-moi que tout le monde n'est pas en train de nous regarder. »

Adrien parcouru la cour du regard, un sourire amusé se dessinant peu à peu sur ses lèvres en dépit de la vive tension qu'il ressentait toujours.

« Alors, » énuméra-t-il, « Chloé a l'air d'être à deux doigts de casser quelque chose. Max nous fait des clins d'œil, Rose hyperventile, même Kim et Alix nous regardent. Alya a l'air d'être au bord de l'hystérie et je suis à peu près sûr qu'elle va finir par déboiter l'épaule de Nino si elle continue à le secouer comme ça. Ah, et Nino a l'air ravi, au passage. Il n'y a que Mylène et Ivan qui s'en fichent parce qu'ils sont aussi en train de se faire des câlins. »

Marinette ne releva même pas la dernière remarque de son partenaire. Elle poussa un gémissement, levant les yeux au ciel.

« Comment on va bien pouvoir leur expliquer tout ça ? », se désola-t-elle.

« On s'enfuit ? », proposa Adrien. « Mais bon, ça ne fera que retarder les questions. Sinon je peux toujours plaider un coup de folie, on pourra dire que j'ai pris une brique sur la tête », reprit-il d'un ton malicieux digne de Chat Noir, dans une tentative évidente de remonter le moral de sa partenaire.

« Une brique chacun alors ? », répliqua Marinette, esquissant enfin un pâle sourire. « ça me parait difficilement crédible. »

Alors qu'elle réfléchissait, elle se mordilla nerveusement la lèvre. Ce geste attira immédiatement l'attention d'Adrien, qui sentit son cœur rater un battement.

Et il savait très bien pourquoi.

Il l'avait su dès le moment où il avait saisi Marinette dans ses bras.

Il avait compris que juste la serrer contre lui ne lui suffirait pas. Qu'il était amoureux fou de cette fille et que malgré la peur qui lui glaçait encore les entrailles, le fait de sentir la chaleur de son corps contre le sien raviverait fatalement l'attirance qu'il ressentait depuis toujours pour sa Lady. Qu'après l'avoir étreint ainsi dans ses bras, il voudrait ensuite goûter avidement à sa peau tout en s'enivrant de son parfum.

Leurs existences était trop courtes, trop fragiles, il n'avait plus envie de perdre de temps. Après être si près de la perdre, il voulait l'embrasser de toutes ses forces.

La sentir vivante sous ses lèvres.

Adrien leva une de ses mains pour la poser délicatement le long du visage de Marinette, tandis que de l'autre il raffermissait sa prise autour de sa taille. Elle était si proche qu'il pouvait presque compter chacun des cils qui bordaient délicatement ses immenses yeux couleur azur.

Le cœur d'Adrien battait la chamade.

« Ou alors, on peut leur dire qu'on sort ensemble », souffla-t-il d'une voix rauque, levant un regard interrogateur vers sa partenaire.

Ce n'était clairement pas de cette façon qu'il aurait voulu lui faire sa déclaration, mais il n'arrivait plus à réfléchir. Ses pensées se bousculaient dans son esprit, dans un informe chaos de peur, d'excitation, d'espoir, auquel se mêlait toujours l'ombre de cette sourde angoisse qui refusait de le quitter depuis leur dernier combat.

Les joues de Marinette se teintèrent cependant d'un beau rouge vif, offrant un contraste saisissant avec la pâleur de son visage. Il sentit le pouls de sa partenaire s'accélérer violemment sous ses doigts, alors que sa respiration se faisait soudain plus rapide.

« On dirait une proposition », chuchota-t-elle, n'osant visiblement pas y croire.

Adrien respira un grand coup, tenant de maitriser les battements affolés de son cœur. Il ne pouvait plus reculer maintenant.

« C'en est une, ma Lady », lui répondit-il dans un murmure.

Marinette vacilla légèrement, puis leva son regard vers lui, ses yeux brillant comme des étoiles dans un ciel d'été. Il pouvait sentir qu'elle était toujours tendue, toujours tremblante, mais ses lèvres s'entrouvrirent légèrement avant de s'incurver en un doux sourire.

Elle tenta de parler, mais sa gorge était nouée par l'émotion. Alors, elle leva la main vers le visage d'Adrien, ses phalanges caressant tendrement sa joue. Elle réussit enfin à articuler un « Oui » enroué qui fit chanceler Adrien, ému comme jamais par la réponse de sa Lady.

La jeune fille prit une profonde inspiration, son cœur battant à tout rompre. Ses doigts se crispèrent nerveusement autour des épaules d'Adrien. Elle était douloureusement consciente des regards inquisiteurs de tous leurs camarades, et elle était prise d'une incontrôlable envie de s'enfuir.

De partir vite et loin d'ici, et de se réfugier dans les bras d'Adrien pour oublier enfin cette terrible journée.


Adrien semblait partager ses pensées. Il s'écarta brusquement d'elle, l'attrapant par la main pour l'entraîner à vive allure à travers les couloirs. Il cherchait instinctivement à rejoindre la salle d'arts plastiques, qu'il savait vide la plupart du temps. Là, ils seraient tranquilles, à l'abri des regards.

Il ouvrit la porte sans ménagement et la referma avec tout autant de brutalité après que Marinette soit passée, avant d'étreindre de nouveau sa partenaire de toutes ses forces. Il avait glissé une main autour de sa taille tandis que l'autre était pressée entre ses omoplates, et il la maintenait ainsi contre lui comme s'il souhaitait ne jamais la laisser partir.

Marinette leva son visage vers lui et il se pencha pour venir à sa rencontre, leurs lèvres semblant soudain attirées les unes par les autres telles des aimants.

Leur premier baiser fut chaotique, les deux adolescents tremblant de tous leurs membres alors leurs bouches s'écrasaient l'une contre l'autre, leurs nez et leurs dents s'entrechoquaient dans leur hâte.

Etouffant un grognement de frustration, Adrien déplaça l'une de ses mains le long de la mâchoire de Marinette pour essayer de s'assurer un meilleur contrôle, tandis qu'elle-même glissait ses doigts derrière sa nuque. Entrelacés ainsi, ils s'embrassèrent encore et encore, trouvant peu à peu leur rythme au milieu de tout ce désordre.

Mais leurs baisers n'avaient toujours rien de calme, au contraire. Ils s'embrassaient avec une ardeur teintée de désespoir, envahis par un sentiment d'urgence. C'était comme s'ils avaient besoin de se prouver l'un et l'autre que leur partenaire était bien en vie, se raccrochant de toutes leurs forces à la tempête de sensations qui déferlaient sur eux pour s'assurer qu'ils ne rêvaient pas. La chaleur de leurs corps pressés si fort l'un contre l'autre qu'il ne restait plus un seul espace entre eux, le contact électrisant de leurs peaux entre elles, leurs parfums respectifs qui les enivraient un peu plus à chaque inspiration… Tous leurs sens étaient à vif, leurs rappelant avec un indicible soulagement que cet instant passionné qu'ils partageaient était bien réel.

Leur respiration était lourde, alors qu'ils peinaient à reprendre leur souffle dans leur précipitation.

Marinette enfonça ses doigts dans les cheveux d'Adrien, semant encore un peu plus le désordre dans ses boucles blondes.

Lorsque qu'elle inclina légèrement la tête pour glisser sa langue dans la bouche de son partenaire, elle sentit comme un léger goût ferreux, un arrière-goût de sang. Il avait dû se mordre l'intérieur de la joue lors de sa chute. Elle ne put retenir un violent frisson à ce douloureux rappel de ce à quoi ils avaient échappé, et poussant un gémissement, elle serra Adrien encore plus fort contre elle. Elle l'embrassait avec empressement, se noyant dans ses baisers brûlants pour combattre l'angoisse qui menaçait de la glacer de nouveau, cherchant instinctivement refuge dans la chaleur de ses bras.

Le cauchemar était fini, il était bel et bien vivant, se répétait-elle sans cesses en s'agrippant à lui de toutes ses forces, luttant contre les larmes qui lui montaient aux yeux.

Etourdie par cet ouragan de baisers, elle n'entendait plus rien d'autre que le sang martelant ses tempes et le bruit de la respiration haletante d'Adrien, tandis que son cœur battait à tout rompre.

Au bout d'un instant, elle s'éloigna légèrement, tentant de reprendre son souffle. Adrien refusa de rompre le contact. Il fit courir ses lèvres sur son visage, embrassant avec ferveur son nez, ses joues, ses paupières, son menton, comme s'il avait besoin de goûter à chaque parcelle de sa peau pour s'assurer qu'il n'était pas devenu fou et que Marinette était bien dans ses bras.

Il appuya sa bouche contre la gorge de sa partenaire, sentant son pouls battre à toute vitesse sous ses lèvres.

Vivante.

Elle était merveilleusement vivante.

Il aurait pu en pleurer de soulagement.

Marinette glissa légèrement ses doigts sous son menton, et sans perdre un instant de plus face à sa muette demande, Adrien recommença à l'embrasser avec fougue.


L'atmosphère se modifia au fil des minutes, Marinette et Adrien se détendant enfin tandis que leur anxiété disparaissait. La terrible angoisse qui les tenaillait s'était peu à peu dissoute dans leurs étreintes passionnées. Leurs baisers étaient toujours aussi enflammés, mais ils étaient maintenant uniquement guidés par la folle attirance qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre.

Leurs cœurs battaient à l'unisson tandis que leurs souffles et langues s'entremêlaient tour à tour.

S'écartant un instant, Marinette traça une ligne de baisers brûlants le long de la gorge d'Adrien, partant de sa clavicule jusqu'au-dessous de son menton, lui arrachant un léger gémissement de plaisir qui la fit frissonner de tout son être. Elle poursuivit ses tendres explorations jusqu'à l'arrière de son oreille. Respirant profondément, elle nota soudain une légère note d'eau de Cologne, dont la fragrance se mêlait subtilement au parfum de la peau d'Adrien. L'odeur qui en résultait était particulièrement grisante et Marinette eu soudain l'impression que son sang se mettait à bouillir dans ses veines sous l'effet de l'excitation, alors que son pouls accélérait vivement. Ses lèvres décolèrent instantanément de la peau d'Adrien pour venir emprisonner avidement sa bouche.

Son partenaire répondit avec ardeur à son baiser, pressant son corps contre le sien alors que sa langue caressait langoureusement celle de Marinette. Il ne s'arrêta que pour se mettre à mordiller légèrement sa lèvre inférieure tandis qu'il humait le parfum sucré de sa peau, mettant tous ses sens à contribution pour plonger un peu plus profondément dans le délicieux tourbillon de sensations que son ensorcelante partenaire lui faisait ressentir.

« Adrien… » souffla Marinette d'une voix rauque, lorsque qu'il la relâcha enfin.

Adrien tressaillit au son de sa voix, sentant que les derniers lambeaux de raison qui lui restaient menaçaient de s'envoler à tout instant. Légèrement étourdi, il posa son regard sur Marinette, son cœur cognant à grand coups dans sa poitrine face au spectacle qu'elle offrait. Elle était certes un peu échevelée, mais plus envoutante que jamais avec ses immenses yeux bleus qui brillaient de plaisir, ses joues délicatement teintées de rouge et surtout ses lèvres, légèrement humides et plus roses que jamais suites à ses sollicitations enthousiastes.

Il leva doucement la main vers son visage, faisant courir ses doigts le long de sa joue en une tendre caresse. En réponse, Marinette lui adressa un lumineux sourire avant de tourner légèrement la tête pour embrasser doucement sa paume.


Un bruit les interrompit soudainement, les faisant tous les deux sursauter. Une voix, quelque part dans les couloirs, qui criait leurs prénoms. Leurs camarades de classes s'étaient visiblement mis à leur recherche, se demandant où ils avaient bien pu s'éclipser.

Marinette et Adrien échangèrent un bref regard. Ils n'avaient clairement pas envie qu'on les retrouve maintenant, pas plus qu'ils n'avaient envie de subir l'inévitable interrogatoire qui les attendait. Posant délicatement un doigt sur les lèvres d'Adrien, Marinette désigna d'un mouvement du menton une des fenêtres de la salle dans laquelle ils avaient trouvé refuge. Son compagnon hocha silencieusement la tête, et tous deux s'éclipsèrent discrètement du collège en se faufilant par cette issue de fortune.

Leurs amis continuèrent à les chercher pendant quelques temps, mais Marinette et Adrien restèrent introuvables.


Ils avaient trouvé refuge dans la chambre de Marinette. Confortablement installés sur son lit, ils se remettaient lentement de leurs émotions tout en piochant allègrement dans une boite de cookies que la jeune fille avait dérobée dans la cuisine familiale.

Il y eu bien quelques moments de gêne alors que la tension retombait peu à peu. Tout avait été si rapide, si intense, ils peinaient encore à se faire à la situation. Mais ils faisaient face du mieux qu'ils pouvaient, alternant discutions, paroles de réconfort et plaisanteries, et se volant également de doux baisers dès que l'occasion s'en présentait.

Totalement absorbés l'un par l'autre, ils ne prêtaient aucune attention à leurs téléphones qu'ils avaient laissés sur le bureau de Marinette, et dont les vibreurs ne cessaient de sonner depuis qu'ils s'étaient éclipsés tous les deux.

Plus tard, lorsqu'ils les consulteraient, ils prendraient conscience de ce qui risquait de les attendre dès qu'ils remettraient un pied au collège.

A eux deux, ils avaient en effet reçus pas moins de vingt-sept appels en absence d'Alya, dont vingt-trois pour Marinette. Chacun était accompagné d'un message sur leurs répondeurs leur intimant de la rappeler d'urgence, et c'était sans compter tous ses sms. Nino quant à lui s'en sortait avec un score honorable de huit appels au total, équitablement répartis entre Adrien et Marinette. Dans les trois-quarts des messages qu'il avait laissé sur la boite vocale d'Adrien, ils pouvaient entendre la voix Alya dans le fond, alors qu'elle tentait d'appeler Marinette.

La jeune fille avait aussi reçu un petit mot de félicitations de Rose, qui lui confiait à quel point elle les avait trouvés romantiques, de même que des sms de la part d'Alix et de Juleka qui n'avaient pas pu s'empêcher de la congratuler elles aussi.

Pour sa part, Adrien avait également reçu quatre messages indignés de Chloé, qui lui affirmait que ses réactions complètement irrationnelles démontraient très clairement qu'il souffrait de stress-post traumatique. Elle lui précisait par ailleurs que Marinette devrait avoir honte de profiter ainsi de son état de choc, et qu'elle pouvait lui recommander d'excellents psychiatres qu'il ferait mieux de consulter rapidement.

Leur retour à l'école serait certainement un magnifique désastre.

Mais pour le moment, ils s'en moquaient totalement, échangeant de tendres baisers qui avaient pris le goût sucré des biscuits subtilisés par Marinette.

Pour le moment, ils étaient ensembles.

Et c'était tout ce qui comptait.


Désolée pour le délai, ce chapitre m'a donné du fil à retordre !

Sinon, il n'est pas impossible que je reprenne un jour cette fic, j'ai quelques idées pour une suite éventuelle (ne serait-ce que pour le plaisir de décrire le jour suivant à l'école, ça pourrait être fun x) ) . Mais bon, on verra, il faut encore que j'y réfléchisse.

Edit du 16/05/16 : finalement il y aura bien une suite :D