L'arrivée d'Adrien et de Marinette fut saluée par un assourdissant silence, toutes les conversations s'interrompant subitement alors que les regards de leurs camarades convergeaient vers eux.

« Hem… Bonjour », lança Marinette avec un petit sourire crispé.

On aurait pu entendre une mouche voler alors qu'ils avançaient dans la salle.

Le cœur de Marinette battait de toutes ses forces, cognant avec tellement de vigueur qu'elle avait l'étrange sensation qu'un tambour avait pris sa place dans sa poitrine, envoyant de lourdes vibrations dans les moindres recoins de son corps.

Elle était nerveuse, tellement nerveuse. Son estomac se tordait d'appréhension à l'idée que leurs camarades de classe puissent découvrir quel secret se cachait derrière le soudain rapprochement d'Adrien et elle.

Adrien était tendu lui aussi, serrant inconsciemment les dents tandis qu'il marchait aux côtés de Marinette. Il avait l'impression que tous les muscles et tendons de son corps s'étaient soudain contractés, tirant douloureusement sur chacun de ses os tant sa démarche lui semblait raide. Il dû faire appel à toute son expérience de mannequin pour bouger aussi naturellement que possible tandis qu'il tentait désespérément d'accrocher un joyeux sourire sur son visage.

Marinette lâcha la main d'Adrien, laissant doucement ses doigts glisser le long des siens, avant d'aller s'installer à sa place. Elle lui jeta un dernier coup d'œil avant de s'assoir en rougissant, ayant parfaitement conscience que tous les regards étaient toujours braqués sur eux.


Puis ce fut soudain comme si quelqu'un avait lancé une bombe au milieu de la classe tant le niveau sonore s'éleva brusquement et puissamment. Presque tous les élèves se levèrent de leur place pour se ruer vers les deux adolescents, parlant tous à la fois. Chacun voulait savoir ce qu'il s'était passé, même ceux qui n'étaient d'ordinaire guère intéressés par les ragots. Car là il était question de leur chère déléguée et du plus célèbre élève de l'école, l'évènement était tout sauf ordinaire.

Des questions fusaient de toutes parts, Marinette n'en comprenant pas la moitié dans la confusion ambiante. Elle arrivait à peine à saisir quelques mots dans ce tourbillon de paroles, attrapant au vol des brides de phrases auxquelles elle ne trouvait aucun sens, mais qui semblaient néanmoins toutes tourner autour de leur nouvelle situation sentimentale et de ce qui s'était passé la veille dans la cour.

La jeune fille jeta un coup d'œil désespéré à Adrien, qui semblait tout aussi perdu qu'elle, et à Nino et Alya.

Sa meilleure amie se leva soudainement et claqua ses mains de toutes ses forces contre son bureau, le bruit faisant violemment sursauter tout le monde. Le brouhaha s'interrompit instantanément, chacun fixant Alya avec étonnement.

« On se calme », s'écria-t-elle. « Laissez-les respirer un peu, ça ne sert à rien que tout le monde parle en même temps. »

Marinette lui adressa un sourire reconnaissant, qui s'effaça légèrement quand Alya se tourna vers elle, une lueur malicieuse dansant dans ses yeux bruns alors qu'elle croisait les bras sur sa poitrine. Son amie était certes venue à son aide, mais elle n'avait manifestement pas l'intention de la laisser s'en tirer à si bon compte.

« Ceci dit, je crois qu'il y a des choses qu'on a tous envie de savoir », poursuivi-t-elle plus calmement, parlant néanmoins suffisamment fort pour que personne ne perde une miette de la conversation. Même s'il était peu probable que quelqu'un rate quoi que ce soit dans la mesure où tout le monde était agglutiné autour des bureaux d'Adrien et de Marinette.

« Je pose la question pour la forme », reprit Alya d'un ton enjoué tout en pointant successivement les deux adolescents du doigt, « mais maintenant vous êtes ensemble, c'est bien ça ? »

Marinette se sentit rougir un peu plus, alors qu'Adrien passait nerveusement sa main dans ses cheveux.

« O…Oui, c'est ça », balbutia-t-elle péniblement, sentant ses camarades suspendus à ses lèvres.

Sa réponse entraina immédiatement une nouvelle explosion du volume sonore, qui dû probablement être entendue jusque dans les salles voisines. Leurs camarades marquaient leur enthousiasme à grand coup de sifflements, de cris de joie et d'applaudissements plus ou moins discrets.

Nino donna une grande claque dans le dos d'Adrien en lui hurlant « Bien joué, mec ! », lui coupant la respiration sous le choc. Le jeune garçon étouffa un grognement. Il ne donnait pas cher de sa colonne vertébrale si tous ses amis se mettaient à le congratuler aussi vigoureusement. Marinette eut à peine le temps de lui jeter un regard compatissant alors qu'il tentait de reprendre son souffle qu'Alya se jeta sur elle, la serrant dans ses bras de toutes ses forces.

« Oh, félicitations Marinette ! Je suis tellement contente pour toi ! » s'exclama sa meilleure amie avec un immense sourire.

Marinette lui rendit son étreinte, tout en laissant malgré elle échapper un petit éclat de rire devant l'enthousiasme évident d'Alya. Cette dernière exultait, manifestement plus que ravie pour Marinette.

Quand la jeune fille se dégagea, ce fut pour croiser le regard de Rose qui s'empressa de saisir ses mains dans les siennes et de lui déclarer d'une traite à quel point elle les avait trouvés romantiques la veille, qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et que c'était absolument merveilleux. Derrière elle, Juleka hochait la tête à chacune de ses paroles, approuvant silencieusement les mots de son amie.

Marinette n'arrivait pas à entendre ce que disaient ses autres camarades, leurs paroles se perdant au milieu du chaos ambiant alors que chacun s'efforçait de vociférer des félicitations au nouveau couple. En revanche, la jeune fille vit distinctement Kim sortir son portefeuille et en sortir un billet de cinq euros. Il le tendit en bougonnant à Alix, qui empocha l'argent d'un air triomphant.

« Quoi ? Il voulait parier », expliqua-t-elle devant l'air interloqué de Marinette. « Il ne voulait pas me croire quand je disais que vous étiez ensemble. Enfin bref, je suis contente pour vous », conclut-elle, un franc sourire éclairant son visage. « Et pour moi », ne put-elle s'empêcher de ricaner à l'attention de Kim tout en agitant le billet sous son nez.

Au milieu de toute cette pagaille, Marinette tourna les yeux vers Adrien. Il était en train de parler avec Max, haussant légèrement les épaules en réponse à une remarque qu'elle ne réussit pas à saisir. Il essayait manifestement d'afficher un air serein face au tumulte général, mais elle voyait bien à la façon dont il crispait ses mains sur sa chaise qu'il était au moins aussi tendu qu'elle. Pour l'instant les choses se déroulaient plutôt bien pour eux, mais leurs amis d'allaient sûrement pas tarder à revenir à la charge. Ils ne devaient surtout pas relâcher leur vigilance, et choisir soigneusement chacun de leurs mots pour ne pas risquer de laisser échapper une parole compromettante pour leur secret commun.

Le cœur de Marinette battait à tout rompre dans sa poitrine, tandis que dans son esprit la nervosité d'être le centre de l'attention de tout le monde se disputait à l'appréhension des questions à venir. Son regard croisa finalement celui d'Adrien, qui semblait avoir terminé sa petite discussion avec Max.

Son partenaire hocha légèrement la tête en sa direction, lui adressant un faible sourire.

Adrien redoutait lui aussi que Marinette et lui ne soient pas encore au bout de leurs peines. Malgré l'excitation générale, personne ne leur avait encore distinctement posé de question sur leurs intenses retrouvailles de la veille, et personne ne semblait s'être encore étonné de la soudaineté de leur rapprochement.

Le jeune garçon semblait relativement serein vu de l'extérieur, mais en réalité son cerveau était probablement au bord de l'explosion tant il le sollicitait.

Adrien réfléchissait à toute vitesse, tentant de ne rien dire de compromettant tout en faisant appel à tout son self-control pour essayer de paraitre aussi naturel que possible. Toute son attention était concentrée sur ses paroles et sur ses gestes. Il essayait de maitriser le moindre muscle de son visage et de son corps pour les adapter à la situation, et le moindre de ses mots pour ne pas laisser filer une parole malencontreuse.

Il fallait rire innocemment à la remarque d'Ivan. Faire un petit geste faussement désinvolte à l'attention de Nino. Répondre avec enthousiasme aux félicitations tout aussi passionnées de Rose.

Contrôler, respirer, contrôler encore. Ne pas retenir son souffle, penser à alimenter ses poumons avec l'air dont ils avaient désespérément besoin. Faire comme si son cœur n'était pas à deux doigts de s'arracher de lui-même de sa poitrine tant ses battements étaient violents.

Il pouvait le faire.


Alya laissa brusquement échapper une forte quinte de toux, faisant sursauter Adrien et Marinette qui se tournèrent instantanément vers elle.

« Donc, vous sortez ensemble depuis hier ? », demanda-t-elle tranquillement à Marinette, alors qu'un calme relatif revenait peu à peu, tous les élèves tendant l'oreille pour ne rien rater de la conversation.

Son ton était léger, mais le regard appuyé qu'elle jeta à Marinette lui signifiait clairement qu'elle osait espérer que son amie ne lui avait pas dissimulé une information d'une telle importance plus d'une journée.

La jeune héroïne hocha timidement la tête et Alya se pencha vers elle, un sourire malicieux dansant sur ses lèvres tandis qu'elle dévisageait Marinette avec attention.

Celle-ci sentit un filet de sueur glacé s'écouler lentement entre ses omoplates. Elle n'avait aucune idée de ce à quoi elle devait s'attendre, mais Alya était la reine incontestée des interrogatoires. La pêche aux informations était de loin son sport favori et il y avait peu de chances qu'elle ne laisse tomber cette histoire tant qu'elle n'aurait pas appris tout ce qu'elle souhaitait.

Sauf que dans le cas présent, chaque question supplémentaire était un risque de plus de laisser échapper une parole compromettante.

« Et du coup, qui de vous deux a fait le premier pas ? », reprit Alya avec une curiosité évidente, ne semblant pas se formaliser du trouble évident de son amie, mettant probablement celui-ci sur le compte de la nervosité d'être au centre de l'attention de tous.

Le cœur de Marinette s'emballa. Elle eut l'impression que la température de chaque centimètre carré de sa peau venait de s'élever de quelques degrés tandis que son visage se parait de multiples nuances cramoisies. Elle revoyait les fascinants yeux verts d'Adrien quand il avait levé regard interrogateur vers elle. Elle se souvenait du tremblement de sa voix, de la chaleur de ses mains crispées sur ses hanches.

Qui avait fait le premier pas ?

C'était Adrien.

« C'était moi », répondit-t-elle.

Elle rougit de plus belle à ces mots, gênée aussi bien par le sujet de la conversation que par le fait de mentir ainsi à son amie. Mais elle devait rester fidèle à l'histoire qu'elle et Adrien avaient élaborée le matin même. Ils avaient convenu ensemble du scénario qui leur paraissait le plus crédible pour expliquer leurs intenses retrouvailles, et il fallait impérativement qu'elle s'y tienne.

Alya bondit littéralement de sa chaise en entendant sa réponse, se jetant sur Marinette pour la serrer une fois de plus dans ses bras, lui coupant le souffle aussi sûrement que Nino l'avait fait quelques minutes plus tôt avec Adrien.

« Oh, c'est génial ! », hurla-t-elle dans un état de surexcitation évidente. « Je suis tellement fière de toi, ma belle ! »

Elle s'écarta légèrement de Marinette, ses yeux pétillant de joie alors qu'elle la tenait toujours par les épaules.

« Après tous ces essais ratés, tu as finalement réussi à lui parler », poursuivit-elle gaiement sans noter le soudain regard affolé de Marinette. « Franchement, je suis épatée que tu aies enfin eu le courage de… * Mmmpfff * »

Son amie l'avait coupée dans son monologue en appuyant vivement sa main sur sa bouche, étouffant ses dernières paroles. Le regard d'Alya passa rapidement de Marinette à Adrien, et un « Oups » silencieux se format sur ses lèvres alors qu'elle réalisait que dans son enthousiasme, elle en avait peut-être un peu trop dit au goût de son amie.

Marinette se tassa légèrement sur sa chaise, gémissant intérieurement tandis qu'Adrien la fixait, les yeux ronds.

Si la jeune fille était déjà rouge avant, ce n'était rien en comparaison de maintenant. Il n'y avait plus un seul centimètre de son visage qui ne soit pas devenu d'une vive couleur écarlate. Son pouls avait brutalement accéléré tandis que le sang qui coulait dans ses veines martelait ses tempes avec une force et une régularité impitoyable.

Elle avait soudain chaud, puis froid, puis chaud à nouveau, ne sachant pas exactement auquel de ces phénomènes thermiques attribuer les frissons qui parcouraient son épiderme de façon erratique.

Elle se répétait sans cesse qu'elle n'avait aucune raison d'être embarrassée, qu'au vu de la situation Adrien aurait forcément fini par apprendre un jour l'attachement légèrement obsessionnel que lui vouait Marinette et par entendre parler des multiples tentatives de déclaration infructueuses qui en avaient résulté. Mais rien n'y faisait, elle avait juste envie de disparaitre sous terre tant elle était gênée, d'autant plus qu'elle savait à présent qu'Adrien n'était nul autre que Chat Noir. Le connaissant, il devait sûrement jubiler intérieurement, et elle n'avait sûrement pas fini d'entendre parler de cette histoire.


De son côté, Adrien avait du mal à en croire ses oreilles, réalisant avec une surprise mêlée de joie ce que signifiaient les mots d'Alya.

Il se rappelait de ce que lui Marinette avait confié un peu plus tôt dans la matinée, les paroles de la jeune fille s'éclairant soudain d'un jour nouveau. Elle lui avait avoué avoir un faible pour lui, Adrien. Il avait cru qu'elle voulait juste dire qu'elle l'aimait bien, voire peut-être qu'elle l'admirait. Mais s'il comprenait bien, cela faisait déjà un bon moment que les sentiments que Marinette avait pour lui allaient au-delà de la simple affection.

Marinette.

Sa Lady.

Il oublia l'espace d'un instant la situation dans laquelle ils se trouvaient et se détendit soudain, un sourire extatique se dessinant sur son visage. Sa Lady l'aimait. Elle l'aimait déjà avant de comprendre qui il était.

Face à lui, Marinette semblait plus embarrassée que jamais et Adrien ne put résister à l'envie de la taquiner un peu. Elle n'avait aucune raison d'avoir honte, d'autant qu'il s'était lui-même déjà ridiculisé un nombre incalculable de fois devant elle.

Il se pencha vers elle, haussant un sourcil tandis qu'une lueur espiègle dansait au fond de ses yeux verts.

« Finalement réussi ? Enfin eu le courage ? », répéta-t-il d'un ton malicieux, reprenant avec précision chacun des mots d'Alya.

Exactement ce que Marinette craignait. Le facétieux Chat Noir refaisait surface, se délectant de la nouvelle, heureux comme un chat dans un pot de crème. Toujours rougissante, elle tendit la main vers lui pour lui décocher une petite pichenette affectueuse sur le nez.

« On ne s'emballe pas, chaton », maugréa-t-elle à voix basse, arrachant un sourire encore plus grand à Adrien.

Ce garçon était irrécupérable.


Durant leur petit échange, leurs camarades s'étaient mis à commenter l'information que venait d'obtenir Alya, avant de féliciter vivement Marinette. Cela faisait déjà un bon moment que son affection pour Adrien n'était plus un secret pour grand monde, à l'exception bien sûr du principal intéressé, et tous étaient sincèrement ravis d'apprendre que la jeune fille avait enfin réussi à lui déclarer ses sentiments.

Marinette nota distraitement qu'un billet changeait de nouveau de main entre Kim et Alix, Kim empochant cette fois-ci l'argent. En revanche, elle fut clairement choquée quand Alix tendit cinq autres euros à Alya.

« Hey, ne me regarde pas comme ça », lança cette dernière à Marinette, haussant les épaules avec amusement. « Ils ont voulu faire un autre pari : si vous étiez bien ensemble, lequel des deux s'était déclaré à l'autre. Je ne pouvais pas laisser passer ça sans marquer mon soutien à ma meilleure amie », conclut-elle en lui adressant un petit clin d'œil effronté.

« Alyaaaa », soupira Marinette, levant les yeux au ciel.

Son amie jubilait, l'air beaucoup trop contente d'elle. Elle se pencha de nouveau vers Marinette, s'apprêtant manifestement à l'interroger de nouveau, mais elle fut brusquement interrompue par une voix s'élevant depuis l'entrée de la salle.

Mme Bustier était arrivée sans que personne ne la remarque, et elle pressait à présent ses élèves de se calmer et regagner immédiatement leurs places pour qu'elle puisse commencer le cours.

Alya se redressa, laissant échapper un grognement de frustration.

« Je n'en ai pas fini avec toi, ma belle », lança-t-elle à Marinette en lui adressant un petit clin d'œil complice.

Elle jeta un bref regard à Mme Bustier, et tandis que le calme revenait peu à peu dans la salle, elle donna une tape affectueuse sur l'épaule de Marinette. Alya était encore visiblement surexcitée par la nouvelle du jour.

« Haaa, je suis tellement contente pour toi ! » murmura-t-elle aussi discrètement que possible à son amie.

Marinette lui adressa un sourire sincèrement reconnaissant.


La jeune fille poussa un lourd soupir alors que le cours commençait.

L'interrogatoire public semblait être enfin terminé, grâce à l'opportune arrivée de leur professeur. Dans l'ensemble, elle estimait qu'Adrien et elle s'en étaient plutôt bien sortis. Leurs amis semblaient ne pas avoir l'air de se poser plus de questions que ça sur leur soudain rapprochement, ce qui était plus qu'elle n'aurait osé espérer.

Elle ne doutait pas qu'elle aurait droit à une autre discussion en tête à tête avec Alya, avec certainement une nuée de questions plus détaillées les unes que les autres. Elle espérait ardemment qu'elle réussirait à lui faire accepter leur version de l'histoire, mais ce n'était pas ce qui la préoccupait pour le moment.

Non, quelqu'un d'autre l'inquiétait.

Chloé.

Elle s'était attendue à ce que sa blonde camarade pique une crise de colère, explosant tel un volcan pour mieux déverser ensuite sa rage sur elle. Mais non, elle était restée d'un calme olympien, ignorant superbement le chaos causé par l'arrivée de Marinette et d'Adrien.

Et cela n'augurait rien de bon.

Marinette en était persuadée, jusqu'au plus profond d'elle-même. Elle connaissait Chloé depuis des années maintenant et elle avait la certitude absolue qu'elle aurait tôt ou tard son mot à dire sur cette histoire. Entre son attachement pour Adrien et son aversion manifeste pour Marinette, il était impossible qu'elle ne réagisse pas. Son indifférence parfaitement calculée était un très mauvais signe, nul doute pour Marinette que Chloé Bourgeois était sûrement en train de préparer des représailles dévastatrices.

Clairement, jamais son silence n'avait été aussi inquiétant.


Lorsque l'heure de la récréation sonna, Marinette s'éclipsa rapidement de la salle de classe, prétextant devoir aller aux toilettes. Adrien la suivit immédiatement sous le même prétexte, mais le regard narquois que lui lancèrent Alya et Nino lui indiqua qu'ils ne croyaient pas une seconde à leur excuse. Néanmoins, personne ne les intercepta.

La jeune fille marcha quelques instants avant de s'assoir le long d'un mur dans un couloir désert, soulagée d'avoir pu échapper à une nouvelle vague de questions. Adrien s'installa silencieusement à côté d'elle. Il poussa un léger soupir.

« Bon, pour le moment on ne s'en sort pas trop mal. Et toi, est-ce que ça va ? », lui demanda-t-il avec un faible sourire.

Marinette tendit ses bras devant elle, montrant ainsi le léger tremblement qui agitait ses doigts.

« Un peu nerveuse, on dirait », laissa-t-elle échapper avec un petit rire.

Adrien regarda pensivement sa partenaire, puis captura une de ses mains dans la sienne, la portant à ses lèvres pour y déposer un léger baiser avant de la garder entre ses doigts. Il se sentit rougir un peu. Il ne s'était pas encore habitué à cette proximité physique avec la jeune fille, et il avait soudain une conscience aigüe de la sensation de la paume de Marinette contre la sienne, de la douceur de sa peau et de l'agréable chaleur que dégageaient ces quelques centimètres carrés d'épiderme avec lesquels il était en contact.

Les joues de Marinette s'étaient délicatement colorées de pourpre quand Adrien avait pris sa main dans la sienne. Elle tourna les yeux vers son coéquipier, dont le regard était à présent perdu dans le vide.

Encore une fois, elle se demandait comment elle n'avait pas pu réaliser plus tôt qu'il se cachait derrière le masque de Chat Noir. Ils avaient les mêmes yeux d'un vert étincelant. Les mêmes mèches blondes qui accrochaient si facilement les rayons dorés du soleil. Le même profil, si délicatement ciselé qu'on aurait pu croire qu'il avait été sculpté avec une minutie extraordinaire par un artiste de génie.

Même si Marinette avait toujours fermement essayé de repousser ce genre de pensées, elle s'était déjà fait la réflexion que le garçon derrière le masque de Chat Noir devait sûrement avoir beaucoup de charme.

Elle tendit sa main libre vers le visage d'Adrien, traçant du bout des doigts la ligne invisible du contour du masque qu'il portait quand il se transformait.

« Quand je pense que tu étais si près, mon chaton », murmura-t-elle doucement.

Adrien lui répondit d'un doux sourire, inclinant la tête vers elle pour mieux profiter de la caresse presque imperceptible de ses doigts sur sa joue. La main de Marinette courait le long de son visage, aussi légère qu'une plume.

« Je peux te retourner le compliment, ma Lady », lui répondit-il, le souffle soudain plus court.

Marinette se pencha vers lui, effaçant les quelques centimètres qui les séparaient encore pour poser délicatement ses lèvres sur celle d'Adrien. Ce dernier poussa une petite exclamation de surprise, mais se reprit rapidement, passant un bras par-dessus les épaules de Marinette pour glisser sa main derrière sa nuque.

Leur position n'était pas très propice à de profonds baisers, assis comme ils étaient, épaule contre épaule et hanche contre hanche. La main de Marinette remonta le long de la mâchoire d'Adrien, courant dans ses cheveux et ébouriffant ses mèches blondes. Adrien sentit une bouffée de chaleur se diffuser implacablement depuis sa poitrine jusqu'aux moindres recoins de son corps.

Il pivota légèrement sur lui-même pour essayer de faire face à Marinette, mais celle-ci l'interrompit, posant un doigt sur ses lèvres. Ses yeux semblaient plus bleus que jamais en contraste avec le pourpre de ses joues. Elle lui adressa un petit sourire embarrassé.

« Ce n'est… On ne devrait sûrement pas faire ça au beau milieu d'un couloir. N'importe qui aurait pu arriver », souffla-t-elle.

Adrien sentit sa nuque rougir légèrement à l'idée que quelqu'un ait pu les surprendre ainsi.

« Mais on a de la chance, ma Lady. Il n'y a pas un chat » répliqua-t-il néanmoins. « Enfin, presque », rajouta-t-il presque immédiatement, avec un clin d'œil taquin à l'attention de sa partenaire.

Marinette éclata de rire. Elle avait encore parfois un peu de mal à se faire au fait que Chat Noir et Adrien ne faisaient qu'une seule et même personne, mais les petites incursions de son alter-ego dans le comportement d'Adrien rendaient ce fait bien plus facile à assimiler.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre et se releva, époussetant machinalement son pantalon.

« Bon, il va bientôt être l'heure d'y aller et il faut réellement que j'aille aux toilettes. Je te laisse partir devant, ça ira ? », s'inquiéta-elle, toujours préoccupée par les questions auxquelles ils n'avaient certainement pas fini d'échapper.

« Ne t'inquiète pas, ma Lady », répliqua Adrien avec un nouveau clin d'œil, tout en la saluant d'un petit geste de la main. « Je peux me débrouiller tout seul ».

« Je n'en doute pas, chaton », lança Marinette en riant, avant de s'éloigner.


Quelques instants plus tard, Marinette marchait de nouveau dans les couloirs pour retourner dans sa salle de classe lorsqu'elle aperçut Chloé qui attendait, appuyée contre un mur.

Marinette fronça légèrement les sourcils. S'il y avait une personne avec qui elle n'avait pas envie de se retrouver en tête à tête de façon générale et encore plus particulièrement aujourd'hui, c'était bien Chloé Bourgeois.

Elle accéléra le pas, fixant un point invisible au loin devant elle pour ne pas avoir à croiser le regard de la peste de l'école.

Marinette passait devant Chloé quand cette dernière étendit brusquement la main pour la saisir violemment par le bras, ses ongles pointus s'enfonçant dans la chair tendre de la jeune fille.

« Tu ne t'en tireras pas comme ça, Marinette », siffla-t-elle d'un ton haineux, ses yeux brûlant de rage. « Je connais ton secret. »


Haaa, j'en suis au 2ème chapitre de "la journée de cours suivant les évènements du début de l'histoire" et j'ai toujours pas fini de raconter la journée en question. Cette fic va être longue...

Enfin bref, j'espère que ça vous a plu, et merci pour vos reviews, follows et favs et pour votre super accueil à la reprise de cette fic :)