Le lendemain, c'est une Alya au bord de l'hystérie qui arriva chez Marinette, cette dernière n'ayant pu se résoudre à se passer des conseils de sa meilleure amie. Elle l'avait appelée le matin même, et la jeune apprentie-journaliste s'était empressée de la rejoindre avec une telle rapidité que Marinette aurait presque pu la soupçonner d'avoir découvert les secrets de la téléportation ou du voyage dans le temps.

Les deux adolescentes étaient à présent dans la chambre de Marinette, au milieu de laquelle un nombre impressionnant de vêtements de tous types et de toutes couleurs commençait à s'amonceler.

« C'est génial, Marinette ! », exultait Alya tout en fouinant dans les placards de sa meilleure amie, examinant d'un regard critique la moindre tenue sur laquelle elle arrivait à mettre la main. « Tu te rends compte ? Ton premier rendez-vous avec Adrien. C'est LE grand jour. »

Marinette eut du mal à se retenir d'éclater de rire. Ce n'était qu'une simple sortie entre deux collégiens, mais Alya était dans un tel état de surexcitation qu'elle aurait juré voir une mère le jour du mariage de sa fille.

« On va juste au cinéma, tu sais ? », répliqua-t-elle avec un petit sourire espiègle.

Alya lui fit un bref clin d'œil avant de poser théâtralement sa main sur sa poitrine.

« Qu'est-ce que tu veux, je suis émue », répondit son amie. « Quand je pense que ma petite Marinette a un rendez-vous amoureux avec Adrien Agreste. Adrien Agreste ! Je suis tellement contente ! Et tellement fière de toi ! J'ai l'impression que c'était seulement hier que tu m'annonçais que tu sortais avec lui. »

« Alya… », soupira Marinette en levant les yeux au ciel, sans réussir néanmoins à se départir de son large sourire. « C'était hier. »

« Tu chipotes, ma belle », répliqua Alya avec un petit geste de la main. « Et j'ai le droit d'être heureuse pour ma meilleure amie, non ? Après t'avoir vu soupirer après Adrien pendant des années... »

« Des mois. S'il te plaît », rectifia une fois de plus Marinette, amusée.

« Oui, oui, si ça peut de faire plaisir... », répondit distraitement son amie en sortant une jupe rose du placard. « Celle-ci ! Elle est parfaite ! », s'exclama-t-elle avec enthousiasme, se tournant vers Marinette qui pouffa de rire devant son expression triomphale.

Elle n'aurait pas su dire à Alya à quel point elle lui était reconnaissante d'être venue l'aider à se préparer. Même si elle trépignait d'excitation à l'idée de revoir Adrien bientôt, elle était loin d'être aussi stressée qu'elle ne l'aurait été sans le soutien de son amie. Grâce à elle, non seulement elle arrivait à garder son calme, mais en plus elle passait un très agréable moment. Alya lui avait aussi permis d'éviter un nombre non négligeable de catastrophes, en l'empêchant par exemple de renverser du vernis sur son T-shirt préféré, de s'étrangler malencontreusement avec son propre collier ou encore de céder à l'impulsion de retailler elle-même sa frange à cause d'une mèche rebelle imaginaire. Sur ce dernier point en particulier, Alya avait sa reconnaissance éternelle.

Marinette adressa un immense sourire à Alya, si large qu'elle avait l'impression qu'il devait faire plusieurs fois le tour de sa figure.

Elle avait définitivement la meilleure amie du monde.


Si Marinette avait décidé d'appeler Alya au secours, Adrien n'avait quant à lui pas eu besoin de contacter Nino. Celui-ci avait arbitrairement décidé que son meilleur ami ne pouvait définitivement pas se passer de son aide et de ses précieux conseils pour son premier rendez-vous, et s'était invité chez lui sans même prendre la peine de le prévenir.

A présent, partagé entre amusement et désespoir, Adrien regardait son ami marcher de long en large dans sa chambre tandis qu'il tentait de lui expliquer comment être sûr de passer un moment parfait avec Marinette.

« … parce que tu vois », expliquait Nino d'un air résolument convaincu, « le truc avec les filles, c'est qu'il faut essayer de les impressionner sans pour autant en faire trop. Parce que sinon ça ne va pas, elles le sentent tout de suite, je pense qu'elles doivent avoir un sixième sens pour ce genre de trucs. Il faut réussir à les épater tout en étant subtil, tu vois ce que je veux dire ? »

« Oui, oui, je vois parfaitement », répondit Adrien qui n'avait strictement aucune idée de là où son ami voulait en venir, peinant à suivre ses explications décousues. « Mais je te rappelle qu'on va juste au cinéma, hein ? », précisa-t-il avec un petit sourire. « Je ne vois pas comment je pourrais être impressionnant en choisissant un film… »

De plus, même si Adrien ne pouvait pas nier qu'il adorerait impressionner sa Lady, à l'heure actuelle il avait surtout envie de profiter d'un moment de calme à ses côtés. La semaine avait déjà été suffisamment éprouvante pour eux deux. Il voulait juste être avec elle.

Nino poursuivait son exposé, mais Adrien n'écoutait plus que d'une oreille distraite, son attention ayant été irrémédiablement happée par Marinette et par l'idée de pouvoir enfin la retrouver d'ici quelques heures. Vu de l'extérieur, le jeune garçon affichait un calme olympien, mais en réalité il bouillonnait d'impatience.

Il allait sortir avec Marinette. Avec Ladybug. Sa chère Lady.

La semaine dernière encore, il n'aurait pas cru ça possible même dans ses rêves les plus fous. Et à présent, il avait l'impression qu'il allait se consumer de l'intérieur tant il avait hâte de la revoir. Son cœur battait à une vitesse inimaginable et il n'arrivait plus à avoir aucune prise sur ses pensées, la seule chose sur laquelle son esprit était capable de se concentrer étant le fait qu'il restait exactement une heure, trente-sept minutes et une poignées de secondes avant qu'il ne soit l'heure de partir retrouver Marinette.

Il sursauta lorsque Nino se tourna brusquement vers lui. Affolé, Adrien réalisa qu'il n'avait absolument aucune idée de quoi son ami pouvait bien être en train de parler. Heureusement pour lui, Nino ne semblait pas attendre de réponse et reprit le fil de son discours.

« Et puis il y a les vêtements », poursuivait-il d'un ton savant. « Il faut avoir l'air classe, mais sans faire coincé pour autant. Tout est une question de dosage en fait. Toi, par exemple, je suis sûr que du bleu t'irais bien. Mais avec un jean, pour rester décontracté, et une petite touche de couleur comme des baskets rouges, ou un chapeau. »

Nino ne s'en rendait probablement pas compte, mais il était précisément en train de décrire sa propre tenue fétiche, et Adrien eu toutes les peines du monde à se retenir d'éclater de rire en s'imaginant en une version blonde de son meilleur ami.

« Je pense que je vais pousser le naturel tellement loin que je vais m'habiller comme d'habitude », répliqua Adrien d'un ton espiègle.

Coupant court aux protestations indignées de son ami, il lui proposa une partie de jeu vidéo, espérant ainsi tuer le temps qu'il lui restait à tenir avant d'aller retrouver Marinette.


Adrien avait tellement hâte de retrouver la jeune fille qu'il arriva à leur point de rendez-vous avec vingt bonnes minutes d'avance. Il trépignait d'impatience, ne cessant de regarder l'heure alors que les secondes s'écoulaient avec une lenteur désespérante.

Pour tromper son attente, il laissa errer son regard, observant distraitement son environnement. Le temps était absolument magnifique, le soleil brillant haut dans un ciel clair de tout nuage tandis que les températures étaient particulièrement clémentes. Les rues de Paris bourdonnaient d'activité, de nombreux citadins ayant eux aussi décidé de prendre l'air en cette belle journée.

Une légère brise agitait paresseusement les branches des arbres aux alentours, attirant un instant le regard d'Adrien qui observa rêveusement la danse indolente des feuilles. Soudain, une voix claire prononçant son nom captura toute son attention.

Marinette était arrivée, ayant pour une fois réussi à faire preuve d'une ponctualité exemplaire.

Adrien se tourna vers elle, et les mots de bienvenue qu'il s'apprêtait à prononcer moururent sur ses lèvres lors qu'il l'aperçut.

Elle était absolument radieuse, un large sourire illuminant son visage tel un rayon de soleil tandis que ses yeux brillaient comme des étoiles. Elle portait une jupe rose qui voletait délicatement autour de ses genoux ainsi qu'un petit haut blanc sans manches, et elle avait délaissé ses habituelles couettes pour laisser ses cheveux cascader librement sur ses épaules.

Ses joues se colorèrent exquisément de rouge alors qu'elle s'approchait de lui, achevant de la rendre tellement adorable qu'Adrien sentit ses genoux être soudain pris de faiblesse. Il trébucha presque en avançant vers elle, avant de tendre la main pour prendre la sienne alors qu'elle achevait de le rejoindre.

« Tu es… je… heu… Bonjour ? », balbutia-t-il à la grande surprise de Marinette qui n'avait guère l'habitude de voir son chaton à court de mots.

Au grand soulagement du jeune garçon, elle eut la délicatesse de ne pas se moquer de son trouble, se contentant de lui adresser un doux sourire.

« Bonjour, Adrien », répondit-elle tout serrant un peu plus fort ses doigts entre les siens.

« Tu es ravissante, ma Lady », la complimenta Adrien en reprenant enfin ses esprits, avant de se pencher pour déposer un doux baiser sur ses lèvres roses.

Elle laissa échapper un joyeux petit rire, avant de glisser une main le long de sa joue et de se lever légèrement sur la pointe des pieds pour l'embrasser à son tour. Un baiser léger comme une plume, délicat comme une caresse, qu'elle rompit presque aussitôt en faisant un pas en arrière.

Marinette n'avait pas osé prolonger le contact, n'étant pas sûre de pouvoir faire confiance à son self-control pour l'empêcher de continuer à embrasser Adrien pendant des heures plutôt que d'aller au cinéma si elle jamais s'attardait trop longtemps contre sa bouche.

La proximité de son partenaire lui faisait tourner la tête, et son cœur semblait avoir décidé de battre le record du nombre de palpitations à la minute. Elle avait du mal à croire qu'il puisse cogner aussi vite, d'autant qu'il s'était déjà sérieusement emballé dès l'instant où elle avait aperçu Adrien.

« On devrait peut-être y aller », proposa-t-elle en prenant une profonde inspiration dans une ultime tentative de retrouver son calme.

Adrien lui adressa un lumineux sourire et l'entraina en direction de l'entrée du cinéma.


Adrien dû réussir à se concentrer sur environ le tiers du film, proportion qu'il jugea très honorable avec le recul, compte tenu de la captivante proximité avec sa Lady. Il aurait juré qu'ils étaient arrivés bien avant l'heure du début de la séance, mais les lumières s'étaient éteintes au moment même où ils avaient pénétré dans la salle de cinéma.

Sur le coup, Adrien avait regretté que les lampes ne s'éteignent si tôt, le privant de quelques instants de plus à pouvoir observer la fascinante façon que les mèches brunes de sa partenaire avaient d'effleurer ses blanches épaules. Mais sa déception avait été de courte durée quand Marinette avait trébuché contre une marche qu'elle n'avait pas réussi à voir dans le noir, et qu'il avait instinctivement posé une main sur la hanche de la jeune fille pour lui permettre de conserver son équilibre. Elle l'avait autorisé à laisser ses doigts sur sa taille le temps qu'ils rejoignent leurs places.

Officiellement, c'était pour s'assurer qu'elle ne risque pas de tomber de nouveau.

Officieusement, Marinette était naturellement parfaitement capable de se déplacer seule entre deux rangées de fauteuils, mais tous deux appréciaient simplement cet agréable contact.

Lorsqu'ils s'étaient installés dans leurs confortables fauteuils, Adrien avait senti la main de Marinette chercher la sienne, et ses doigts fins s'étaient entrelacés avec les siens. Il avait passé les premières minutes de la séance concentré sur la sensation de la chaleur de sa peau contre sa paume, avant de se décider enfin à se focaliser sur ce qui se passait à l'écran.

Cependant, son attention avait vite été de nouveau distraite par sa partenaire. Adrien avait découvert avec ravissement que Marinette semblait vivre intensément l'histoire qui se déroulait sous leurs yeux et que sa figure s'animait au fil des émotions qu'elle ressentait en regardant le film. Ce spectacle était tellement fascinant qu'il avait passé une large partie du temps à la dévorer du regard plutôt qu'à faire attention au film, savourant les milles expressions dont se parait le visage de la jeune fille.


La séance était à présent terminée, et les deux adolescents discutaient avec animation de la suite à donner à leur rendez-vous. Marinette proposa d'aller se promener dans un parc voisin, et Adrien approuva immédiatement l'idée. Tous deux bavardaient joyeusement en marchand main dans la main, quand une délicieuse odeur sucrée attira soudainement l'attention de Marinette. A l'entrée des jardins publics qu'ils venaient juste d'atteindre, une minuscule boutique installée dans une petite cabane de bois blanc proposait crêpes, glaces et autres friandises.

« Adrien… », commença-t-elle, ralentissant le pas alors que son regard était rivé vers le commerce.

Son partenaire ne put se retenir de sourire en voyant l'expression de convoitise qui avait pris place sur son visage, ses yeux pétillant d'envie.

« Tu as faim ? », lui demanda-t-il en riant alors que la jeune fille l'entrainait doucement mais sûrement en direction de la boutique.

« Non, c'est de la pure gourmandise », avoua Marinette dans un petit rire. « J'ai toujours eu du mal à résister au sucre. »

« Pratique quand on habite au-dessus d'une boulangerie tenue par ses propres parents », la taquina-t-il tandis qu'ils commençaient à faire la queue derrière les quelques personnes qui attendaient déjà de se faire servir.

« Tu n'imagines même pas les efforts de volonté que ça demande pour résister à tous ces biscuits et pâtisseries », soupira Marinette en levant dramatiquement les yeux au ciel. « C'est un combat quotidien. »

Adrien ne put s'empêcher de rire devant sa mine faussement contrariée. Il n'avait jamais noté la fascination de Marinette ou de Ladybug pour les sucreries, et il s'empressa de noter précieusement l'information dans un coin de son esprit, ravi de pouvoir en apprendre un peu plus sur la fille de ses rêves.

De son côté, Marinette était fière de constater qu'elle arrivait à présent à discuter avec Adrien sans balbutier ou être prise d'une soudaine crise de panique. Elle devait probablement en grande partie à Chat Noir la rapidité avec laquelle elle s'était trouvée à l'aise pour parler à son camarade de classe. Adrien lui avait toujours fait perdre tous ses moyens, mais elle partageait une confortable familiarité avec Chat Noir et le fait de réaliser qu'ils n'étaient qu'une seule et même personne l'avait beaucoup aidé à communiquer normalement avec Adrien.

Ils interrompirent leur conversation, leur tour étant venu d'être servi. La jeune fille acheta une crêpe à la confiture de fraise tandis qu'Adrien se laissait tenter par une gaufre au chocolat. Marinette insista pour payer pour eux deux et quand son compagnon tenta de protester en argumentant qu'elle n'avait pas besoin de tout régler, elle lui répliqua qu'il avait bien payé pour leurs places de cinéma et que ce n'était qu'un juste retour des choses.

Ils marchèrent quelques minutes, puis s'installèrent sur un banc situé légèrement en retrait, dissimulé aux regards des promeneurs par un magnifique buisson dont les fleurs luxuriantes répandaient un agréable parfum aux alentours.

Adrien savourait encore sa gaufre tandis que Marinette achevait d'engloutir sa crêpe, se léchant les doigts pour ne pas perdre le moindre morceau de sucre.

« C'était bon ? », lui demanda-t-il en riant devant tant de gourmandise.

« Délicieux », répliqua Marinette en claquant la langue de satisfaction. « Et toi ? »

« Absolument exquis », affirma-t-il avec un large sourire espiègle.

Il n'avait pas manqué de noter le petit regard de convoitise que Marinette avait jeté à ce qu'il restait de son gâteau. Elle n'avait définitivement pas menti lorsqu'elle lui avait confié avoir du mal à résister à tout ce qui était sucré, et il ne put s'empêcher de la taquiner.

« Je dirais même que c'est la meilleure gaufre que j'ai mangé de toute ma vie », reprit-il d'un ton facétieux. « Et ce chocolat, c'est une pure merveille… »

Voyant parfaitement à quoi il jouait, Marinette leva les yeux au ciel, sans pour autant se départir du léger sourire qui flottait sur son visage.

« Oh, tu voudrais peut-être en goûter un morceau ? », continua Adrien avec une expression de malice digne de Chat Noir, faisant passer la gaufre à quelques centimètre du nez de Marinette.

« Chaton… », soupira-t-elle. « Je… Oui, j'aimerai beaucoup. Mais je suppose que ça ne sera pas si simple que ça ? », poursuivit-elle en lui jetant un coup d'œil circonspect.

« Oh, tu es cruelle », s'exclama Adrien en portant dramatiquement sa main à sa poitrine. « Comme si c'était mon genre d'essayer de te faire tourner en bourrique. » Il secoua la tête, puis fit mine de réfléchir avant d'adresser un clin d'œil à la jeune fille. « Je te propose un baiser contre la moitié de ce qu'il me reste de gaufre. Qu'est-ce que tu en dis ? »

« ça me semble être un marché honnête », répliqua Marinette en riant, avant de tendre la main vers Adrien pour caresser lentement sa joue avec le dos de ses phalanges.

Le jeune garçon posa le restant de gaufre sur le bout du banc, la protégeant avec une serviette en papier, puis se pencha vers Marinette. Il passa délicatement les doigts dans ses cheveux, jouant un instant avec les mèches brunes qui effleuraient ses épaules et offraient ainsi un charmant contraste avec la pâleur de sa peau. Il s'inclina un peu plus afin de déposer un léger baiser sur le haut de son bras, puis se redressa pour effleurer sa mâchoire du bout des lèvres, avant d'emprisonner enfin sa bouche de la sienne.

Leur baiser avait un goût sucré, les saveurs de fraise et de chocolat qui s'attardaient encore sur leurs langues se mariant en une parfaite harmonie. Les deux adolescents ne se séparèrent que lorsque leurs poumons commencèrent à crier grâce, réclamant désespérément l'air dont ils commençaient à manquer. Marinette avait glissé ses doigts derrière la nuque d'Adrien et dès qu'ils eurent reprit leur souffle, elle l'attira vers lui pour l'embrasser de nouveau, encore et encore. Les mains sur la taille de la jeune fille, Adrien se fit un plaisir de répondre avec ardeur à ses baisers.

Ce n'est qu'une vingtaine de minutes plus tard qu'ils se rappelèrent soudain du malheureux morceau de gaufre abandonné sur le bout du banc. Ils le partagèrent en deux et se hâtèrent de déguster leurs parts, puis reprirent tranquillement leur promenade avant qu'Adrien ne raccompagne finalement Marinette chez elle.

L'après-midi avait passé à une incroyable vitesse et ni l'un ni l'autre n'avait envie de se quitter, mais l'heure était venue pour eux de mettre fin à leur rendez-vous. Ils échangèrent encore quelques doux baisers et tendres paroles en attendant que le chauffeur d'Adrien n'arrive. Quand la voiture fit son apparition, ils se séparèrent non sans une certaine tristesse, mais aussi la satisfaction d'avoir passé un merveilleux moment.


Conformément à la promesse qu'il avait faite à Marinette le vendredi précédent, Adrien alla trouver Chloé dès le lendemain afin d'essayer de la convaincre qu'elle se faisait définitivement des idées sur Marinette et sur la nature de leur relation, et qu'il était sincèrement attaché à la jeune fille.

Cela lui prit plus de temps qu'il ne l'aurait souhaité, sa blonde camarade n'acceptant que de très mauvaise grâce de lutter contre ses instincts possessifs. Chloé semblait en effet prendre pour une trahison personnelle le fait qu'il sorte à présent avec Marinette, comme si Adrien était sa propriété privée et qu'on venait de lui voler honteusement.

Cependant, au-delà de cette dérangeante impression, elle semblait aussi sincèrement inquiète pour lui. Elle ne lui avait pas clairement dit, bien sûr. Chloé était bien trop fière pour cela.

« Tu es beaucoup, beaucoup trop gentil pour ton propre bien, Adrien. Et puis tu comprends, tu n'y connais juste rien aux gens, c'est désespérant. Ça serait bien mieux pour toi si tu fréquentais des personnes de ton rang. », lui asséna-t-elle à un moment, avec sa surprenante capacité à ne pouvoir faire de compliment sans lancer au moins une remarque acide au passage.

Adrien se retint de pousser un soupir. Il n'était pas venu ici pour se disputer avec Chloé à propos de ces éternelles histoires de rang social. Au lieu de ça, il se pencha imperceptiblement vers elle, lui adressant un large sourire.

« Je te remercie de t'inquiéter pour moi, tu es une véritable amie », répondit-il en plongeant son regard dans le sien. « Mais tout va bien, je t'assure. »

Les yeux de Chloé s'écarquillèrent légèrement de surprise, puis elle laissa échapper un petit reniflement qui se voulait méprisant mais qui ne réussit pas totalement à tromper Adrien. Sous son épaisse carapace, Chloé était touchée par cette déclaration d'amitié.

« Je ne m'inquiète pas, je te préviens juste. Nos pères se connaissent bien, ça serait juste terriblement embarrassant que ton nom soit associé à un scandale. Il ne manquerait plus que ça rejaillisse ensuite sur ma famille », répliqua-t-elle en retrouvant contenance avec une rapidité déconcertante.

La conversation dériva de nouveau sur le sujet de Marinette, et Adrien fut une fois de plus étonné des sentiments hostiles de sa blonde camarade. Il savait que les deux jeunes filles n'avaient jamais été amies, mais l'évolution de la situation sentimentale d'Adrien semblait avoir réveillé une antipathie nouvelle de Chloé envers Marinette. Même si elle acceptait à présent de croire Adrien quant au fait que rien de malsain ne se cachait derrière le soudain rapprochement des deux adolescents, elle n'en refusait pas moins de faire confiance à Marinette, argumentant que celle-ci ne cherchait qu'à profiter de lui, de sa richesse et de sa position privilégiée dans l'univers de la mode.

« Pour toi, j'accepte de lui laisser le bénéfice du doute », céda finalement Chloé au terme d'une longue discussion. « Mais si elle fait le moindre écart, si elle te blesse, sache que je ne la raterai pas », précisa-t-elle d'un ton déterminé.

Adrien ne put retenir un frisson d'appréhension face au regard étincelant de son amie, puis se passa nerveusement la main dans les cheveux. Il ne pouvait probablement pas espérer plus. Mais il avait au moins réussi à convaincre Chloé qu'il était inutile de chercher à dénicher de sombres secrets sur sa relation avec Marinette, et c'était toujours ça de gagné.


Les jours suivants passèrent comme dans un rêve, tandis qu'aucune attaque ne venait troubler le paisible quotidien d'Adrien et de Marinette. Il n'y eut pas une seule victime du Papillon pour leur rappeler leurs lourds devoirs et le non moins pesant secret de leurs doubles vies. Durant ces merveilleuses journées, ils ne furent rien d'autre que deux collégiens amoureux, profitant de chaque moment passé ensemble comme si la moindre minute passée loin l'un de l'autre était déjà un instant de trop.

Ils se redécouvraient petit à petit, apprenant aussi à apprivoiser les subtiles incursions de leurs alter-egos dans leurs comportements. Comme si le fait d'avoir enfin découvert leurs identités respectives leur avait enfin offert la liberté de pouvoir être totalement eux-mêmes, leurs doubles personnalités semblaient se mélanger peu à peu quand ils se retrouvaient ensembles. Adrien découvrait avec délice une Marinette sûre d'elle et impertinente, tandis que la jeune fille voyait son compagnon s'épanouir au fil des jours, s'autorisant enfin à sortir de son rôle de garçon parfait. Il avait le rire plus facile, et il semblait prendre un malin plaisir à la taquiner tandis qu'il se délectait de jeux de mots plus absurdes les uns que les autres.

Ces merveilleux instants qu'ils passaient entre eux étaient entrecoupés de baisers échangés dans les ombres des couloirs, tantôt légers comme des plumes, tantôt si intenses qu'ils les laissaient le souffle court et le cœur au bord de l'explosion. Dans ces moments, tous leurs sens leurs semblaient soudain à vif, comme si la moindre sensation était brutalement exacerbée. Le simple fait de respirer le parfum de l'autre les plongeait immédiatement dans une sensation d'ivresse. Leur peau devenait si sensible que le moindre effleurement envoyait instantanément une décharge électrique le long de leur colonne vertébrale, les faisant frissonner de tout leur être. Le goût de leurs lèvres était divinement ensorcelant, ne leur donnant qu'encore plus envie d'échanger d'ardents baisers.

C'étaient des sensations délicieusement grisantes et addictives, et ils semblaient ne jamais pouvoir s'en lasser.

Ces moments idylliques furent hélas brutalement interrompus une dizaine de jours plus tard, lorsqu'un cri perçant déchira les airs aussi sûrement que l'aurait fait une lame tailladant une étoffe légère.

Le Papillon venait de frapper de nouveau.


Héhé, un peu d'action en prévision pour le prochain chapitre. J'ai hâte :) ! (oui, pas de chance pour Marinette et Adrien mais ça commençait à me manquer d'écrire des scènes de combat :D . Les scènes de rendez-vous, c'est mignon, mais au bout d'un moment il faut que ça change un peu ^^ . Donc voilà. )

Bref, j'espère que ce chapitre vous aura plu, et merci encore une fois pour tous vos favs, follows et reviews.

A la prochaine !