Marinette rouvrit lentement les paupières, et les excuses qu'elle s'apprêtait à fournir moururent sur ses lèvres lorsqu'elle réalisa avec stupeur que le regard perçant d'Alya n'était pas braqué sur elle. Non, au lieu de ça, sa meilleure amie était en train de fixer Nino avec une expression abasourdie, tandis que le nom du garçon s'affichant en toutes lettres sur l'écran de l'appareil.

Incrédule, Marinette les regarda sans comprendre ce qu'il pouvait bien se passer, avant de réaliser que dans le dos d'Alya et de Nino, Adrien cherchait à attirer son attention. Les lèvres de son partenaire se tordirent en un rictus étrange, une sorte de sourire complice derrière lequel transparaissait malgré lui l'ombre d'une expression triomphale digne des plus grands moments de Chat Noir. Il lui fit un discret clin d'œil avant de baisser rapidement les yeux vers la poche droite de son pantalon. Marinette suivit son regard et vit son coéquipier sortir subrepticement une carte de cantine, sa carte, avant de la dissimuler de nouveau.

Inconscients de ce furtif échange, Alya et Nino continuaient de débattre avec animation. Alya soupirait en se pinçant l'arête du nez, l'air à la fois peinée et franchement exaspérée.

- « Elle a dû tomber de ma poche pendant qu'on était dans l'allée, je ne vois que ça... », s'excusait Nino, sincèrement navré. « Je te demande pardon, Alya. Je n'ai pas vu que je l'avais perdue et moi aussi j'ai cru... »

Alya l'interrompit d'un geste bref, secouant la tête avec force avant de lui rendre brusquement sa carte. Remettant ensuite machinalement ses boucles rousses en place, elle se mordit pensivement la lèvre, cherchant manifestement à comprendre là où elle s'était trompée.

En temps normal, Marinette aurait été la première attristée de voir sa meilleure amie ainsi blessée dans son orgueil, mais là elle se trouvait complètement désorientée face à la tournure imprévue des événements. Le choc émotionnel était trop grand, et après s'être trouvée si près d'être démasquée, elle se sentait maintenant presque prise de vertige en réalisant qu'elle était probablement tirée d'affaire.

Un déluge d'adrénaline se déversait à grand flots dans ses veines, sortant brutalement son corps de l'état second dans lequel il était plongé depuis qu'elle avait découvert la vidéo d'Alya et faisant reprendre vie à son cerveau jusque-là figé dans une irrépressible torpeur. Son cœur, qui lui avait semblé un instant être sur le point de s'arrêter de battre, s'était maintenant remis à marteler violemment contre les parois de sa cage thoracique.

Marinette réalisa soudainement que ses deux amis venaient de finir leur conversation, Nino se tortillant maladroitement d'un air à la fois coupable et gêné, tandis qu'Alya affichait à présent une mine clairement déconfite. Malgré la lente torture mentale qu'elle venait de subir, Marinette ne put résister à l'impulsion de prendre son amie dans ses bras dans une maigre tentative de réconfort, passant doucement ses mains contre son dos. Son cœur se serra tant elle se sentait hypocrite, à la fois triste devant l'air peiné de son amie, mais en même temps ô combien soulagée de son échec.

Alya lui rendit un instant son étreinte, puis se dégagea en lui adressant un pâle sourire.

- « J'étais tellement sûre de moi cette fois-ci... », laissa-t-elle échapper d'un ton las.

- « Alya, tu ne pouvais pas savoir... », commença Marinette, cherchant ses mots avec précaution. « Tu as... »

- « Tout est de ma faute », la coupa sa meilleure amie, d'un air sombre. « Je me suis précipitée et j'ai tiré des conclusions trop vite. Ce n'est pas un travail digne d'une journaliste, j'aurai dû finir mon enquête avant de faire cette vidéo », soupira-t-elle avec une grimace.

Ne sachant trop quoi répondre à cette franche prise de conscience, Marinette se pencha légèrement vers Alya pour lui serrer affectueusement le bras tout en lui souriant, espérant ainsi contribuer à lui remonter le moral. Cependant, son amie ne sembla pas l'attendre pour retrouver ses esprits. Le mental de la blogueuse semblait décidément être fait d'acier trempé et la jeune fille se redressa brusquement, réajustant ses lunettes tandis qu'une lueur farouche brillait de nouveau dans son regard.

- « Mais j'assumerai mes erreurs », lança-t-elle à ses amis d'un ton de défi. « Il ne sera pas dit que le Ladyblog colporte de fausses rumeurs ! Je vais immédiatement faire un article pour expliquer la situation et pour m'excuser. »

Elle adressa un sourire reconnaissant à Marinette, tout en attrapant Nino par le bras.

- « Ne t'inquiète pas pour moi », ordonna-t-elle à Marinette en surprenant son regard soucieux. « Il en faut plus que ça pour m'abattre ! Sur ce, je vous laisse, j'ai un blog à mettre à jour et des excuses publiques à faire », conclut-elle en sortant d'un pas vif de la salle, entraînant Nino avec elle.

La tempête semblait être enfin passée.


Sans réussir à se départir totalement de sa légère sensation de vertige, Marinette suivi lentement Adrien hors de la cantine. Ils s'arrêtèrent dans un couloir isolé, après avoir vérifiés qu'ils étaient bien seuls, à l'abri des yeux et oreilles indiscrets.

Adrien plongea sa main dans sa poche et sorti de nouveau la carte de cantine qu'il avait dissimulé, pour cette fois-ci la rendre à Marinette. Toujours sidérée par la tournure des événements, la jeune fille récupéra le précieux objet entre ses doigts tremblants, avant de lever un regard interrogateur vers son partenaire.

- « Comment est-ce que tu as fait ? », murmura-t-elle d'une voix incrédule.

Son partenaire afficha une expression réjouie, une lueur facétieuse dansant dans ses captivants yeux verts.

- « Et bien, je mange avec Nino tous les jours et il range toujours sa carte dans la même poche de son sac », commença-t-il avec un petit rire malicieux. « Je lui ai… comment dire... »

- « Volé ? », suggéra Marinette avec son premier sourire sincère depuis l'angoissante découverte de sa meilleure amie.

- « Je préférerais dire que je lui ai emprunté à l'insu de son plein gré », corrigea le jeune garçon d'un air faussement indigné qui lui valut un coup d'œil amusé de sa partenaire. « Je lui ai pris pendant l'heure de cours. Ensuite, j'ai profité du moment où Alya m'a laissé regarder la carte pour faire l'échange, quand je vous ai tourné le dos pour m'approcher de la fenêtre. »

Adrien s'interrompit brusquement, se grattant nerveusement l'arrière du crâne tandis que son expression se faisait soudain plus grave.

- « Je suis vraiment désolé de ne pas t'avoir prévenue », poursuivit-il avec un regard d'excuse. « Mais Alya ne te lâchait pas d'une semelle et je ne voulais pas qu'elle... *Mmmpffff* »

Le reste de sa phrase se perdit quand Marinette passa vivement ses bras autour de son cou, plaquant un farouche baiser sur ses lèvres. Déséquilibré, Adrien fit un pas en arrière, se raccrochant instinctivement à la taille de la jeune fille. Son dos heurta le mur du couloir avec force, mais il ne s'en rendit même pas compte, totalement absorbé par la soudaine étreinte Marinette.

Elle avait passé ses mains dans ses cheveux, ses doigts fins semant sans aucun ménagement le désordre dans ses mèches blondes tandis qu'elle l'embrassait comme si sa vie en dépendait. Se remettant de sa surprise avec une rapidité remarquable, Adrien passa une main dans le dos de Marinette, sa paume fermement appuyée entre ses omoplates pour maintenir la jeune fille contre lui. Il inclina légèrement la tête vers elle, trouvant spontanément un angle qui lui permettrait d'avoir un meilleur accès à sa bouche avant de glisser sa langue entre ses dents.

Marinette ne s'écartait que le temps de reprendre son souffle, chaque inspiration lui arrachant de légers soupirs dont le son ensorcelant faisait tourner la tête d'Adrien. Il aurait certainement pu rester ainsi pendant des heures, à caresser sa langue de la sienne tout en savourant le goût légèrement sucré de ses lèvres.

Cet état d'esprit semblait tout à fait convenir à sa partenaire, qui n'avait pas l'air non plus de vouloir interrompre cet ardent échange, diluant toute la tension qu'elle avait ressenti durant cet interminable après-midi dans un océan de baisers brûlants. Elle ne détacha des lèvres d'Adrien que le temps de l'embrasser dans le creux de son cou, envoûtée par la subtile odeur d'eau de Cologne que dégageait sa peau, avant de capturer de nouveau sa bouche de la sienne.

Le vibreur d'un téléphone portable les arracha soudain à leur étreinte passionnée, les faisant tous deux violemment sursauter. Le cœur battant à tout rompre, Adrien sorti l'appareil de sa poche avant de le consulter rapidement. Un sourire triomphal se dessina sur son visage alors que ses yeux parcouraient l'écran, puis il tendit le téléphone à Marinette qui reprenait péniblement son souffle, les joues encore rougies par leurs ardents échanges.

Celle-ci lui jeta un regard interrogateur, avant de se saisir de l'appareil et de comprendre instantanément l'origine de la jubilation de son compagnon. Sous ses yeux s'étalait le titre du dernier article d'Alya, un long mea culpa où elle revenait sur ses précédentes déclarations tout en s'excusant auprès de ses abonnés d'avoir tiré des conclusions hâtives.

- « On dirait qu'on est tirés d'affaires », déclara Adrien d'une voix encore un peu hachée, où perçait néanmoins un ton victorieux que Marinette avait plutôt l'habitude d'entendre sortir de la bouche de Chat Noir.

- « Il semblerait que oui », répliqua-t-elle avec un sourire soulagé.

Elle approcha ses lèvres de la joue d'Adrien pour y déposer un tendre baiser.

- « Merci, mon chaton », murmura-t-elle en s'empourprant un peu plus encore. « Je ne m'en serais sûrement pas sortie sans toi. »

- « C'était un plaisir, ma Lady », répondit son coéquipier sur le même ton, passant doucement ses doigts dans les cheveux de Marinette pour replacer délicatement une mèche rebelle derrière son oreille.


Le téléphone d'Adrien sonna de nouveau, les faisant bondir une fois de plus. Cette fois-ci, Adrien jeta un regard franchement irrité à l'appareil, hésitant visiblement entre répondre ou fracasser son portable contre le mur. Un bref coup d'œil au nom qui s'affichait sur l'écran le dissuada brusquement de choisir pour la seconde option, et c'est avec une expression résignée qu'il décrocha, s'éloignant de quelques pas de Marinette.

Lorsqu'il revint vers elle, un air clairement contrarié avait pris place sur son visage. Il fronçait les sourcils, faisant machinalement tourner son téléphone entre ses doigts. L'appel provenait de Nathalie, qui venait de lui rappeler qu'il avait un cours de chinois le jour même et qui le prévenait par la même occasion que le Gorille s'était mis en route quelques minutes plus tôt et qu'il serait à l'entrée du collège d'ici peu.

Bien que déçue, Marinette adressa un petit sourire de sympathie à son compagnon tout en entrelaçant ses doigts avec les siens, non sans avoir au préalable remis un semblant d'ordre dans ses mèches ébouriffées. Ils se dirigèrent vers le portique de l'école main dans la main, avant de se séparer, Marinette regagnant le domicile familial tandis qu'Adrien partait assister à sa leçon.


Le lendemain de cette éprouvante journée, le moral de Marinette était revenu au beau fixe.

Elle avait passé une large partie de sa soirée au téléphone avec Alya et avait été soulagée de constater que son amie semblait avoir retrouvé sa bonne humeur habituelle. Les deux jeunes filles avaient naturellement abordé le sensible sujet du Ladyblog. Marinette avait été impressionnée de constater qu'Alya assumait son échec avec un sang-froid remarquable et paraissait fermement décidée à faire preuve de plus de réserve la prochaine fois. La jeune héroïne espérait de toutes ses forces qu'il n'y aurait jamais de prochaine fois, mais n'en était pas moins heureuse de voir que cette histoire n'avait pas abattu Alya.

La conversation avait ensuite dérivé vers une foule de sujets tous aussi variés les uns que les autres, les deux amies parlant pendant des heures de leurs camarades de classe, des dernières créations de Marinette, de cinéma, de musique et bien sûr de Nino et d'Adrien.

Confortablement pelotonnée sous l'épaisse couette qui recouvrait son matelas, la jeune héroïne avait ainsi discuté pendant des heures, savourant aussi bien la chaleur réconfortante de son lit que le plaisir simple de pouvoir parler joyeusement avec sa meilleure amie.

Les jours suivants s'écoulèrent dans une douce béatitude pour la jeune fille. Son soulagement était tel de ne pas avoir été démasquée et de voir qu'Alya ne semblait pas avoir été affectée par les récents évènements que rien ne semblait pouvoir l'atteindre.

La seule mais néanmoins conséquente ombre à cet idyllique tableau était l'emploi du temps indécemment surchargé d'Adrien. Son père s'apprêtait en effet à sortir une nouvelle collection et réclamait plus que jamais les services de son fils pour la réalisation de ses campagnes publicitaires. Entre les cours, ses leçons particulières et cet afflux soudain et massif de séances photos, le jeune garçon n'avait plus une seule minute à lui. C'est à peine si ses camarades et sa petite amie avaient le temps de l'apercevoir. Il n'arrivait au collège qu'à la dernière minute, s'absentait à presque tous les repas et bondissait de son siège dès que la sonnerie annonçant la fin de la journée retentissait.

Marinette était partagée entre l'excitation de savoir que son styliste favori allait sortir d'ici peu une nouvelle ligne de vêtements et entre une inquiétude non négligeable pour la santé d'Adrien, doublée d'une énorme frustration de ne plus avoir l'occasion de le croiser ailleurs qu'en cours.

Ou bien entendu que durant l'attaque d'un vilain, sous l'identité de son alter-ego.

Leur duo de super héros semblait au meilleur de sa forme. Les quelques nouvelles attaques des victimes d'akuma ne leur posèrent guère de problèmes, Chat Noir et Ladybug se débarrassant brillamment des adversaires que leur envoyait le Papillon. Ils agissaient en parfaite synchronisation, bondissant et esquivant avec une parfaite maîtrise, leurs mouvements se coordonnant en une chorégraphie méticuleusement millimétrée, comme si chacun lisait dans les pensées de l'autre.

Leurs vifs succès faisaient par ailleurs le plus grand bonheur d'Alya, qui ne se lassait pas d'alimenter le Ladyblog en vantant les triomphales victoires des deux héros de Paris avec force de photos et d'articles. Mais à la grande satisfaction de Marinette, la blogueuse semblait avoir mis entre parenthèse ses ambitions de détective et pas un mot ne transparu dans ses écrits au sujet de la supposée identité de Ladybug.

Cependant, Marinette n'avait pas plus l'occasion de profiter de la présence de son partenaire lorsqu'il était sous l'identité de Chat Noir que sous celle d'Adrien. Le héros se montrait à chaque attaque, fidèle au poste comme toujours, mais ne s'attardait guère sur place. Il arrivait de nulle part dès qu'un nouveau super vilain faisait son apparition, se battait en combinant son style flamboyant à une myriade de jeux de mots, et dès que l'affrontement était enfin fini, il déposait un léger baiser sur la main de Ladybug avant de s'éclipser aussi rapidement qu'il était venu.

De façon générale, Marinette était déçue de ne pas pouvoir voir pouvoir voir son partenaire plus longtemps, bien sûr, mais elle savait qu'elle ne pouvait décemment pas lui en tenir rigueur. Elle savait qu'Adrien tenait l'approbation de son père en très haute estime et qu'il n'aurait jamais rien fait qui puisse le contrarier, alors elle se devait de le soutenir et de prendre son mal en patience.


A la fin d'un après-midi de cours ensoleillé, Rose la surprit en train de soupirer alors qu'Adrien venait une fois de plus de s'évanouir de la salle à toute vitesse, après avoir déposé un léger baiser sur ses lèvres. Sa blonde camarade échangea un rapide regard avec Juleka, avant de les inviter Alya et elle à aller déguster des pâtisseries avec elles dans un café voisin. Marinette accepta avec enthousiasme, de même qu'Alya qui en profita pour étendre l'invitation à Mylène.

Les cinq jeunes filles se retrouvèrent bientôt en terrasse, profitant de la douceur de cette fin de journée tandis qu'un agréable parfum sucré flottait dans les airs. Elles entamèrent leurs gâteaux avec allégresse tout en discutant avec animation. Marinette étant ravie de cette diversion bienvenue, d'autant plus qu'entre ses activités d'héroïne et Adrien, elle n'avait guère eu d'occasion de passer un moment avec ses camarades depuis un long moment.

- « Quand je pense que le prince Ali va être de retour à Paris le mois prochain », soupira Rose d'un ton rêveur, tandis que Juleka lui tapotait affectueusement la tête.

- « Oh, c'est génial, Rose », répondit Mylène en souriant, sincèrement ravie pour elle. « Tu crois que tu auras de nouveau l'occasion de lui parler ? »

- « Je ne sais pas, mais je… je… j'espère », répliqua leur blonde camarade, rougissant furieusement. « Il est tellement extraordinaire ! Il est beau, il est généreux, il est parfait… »

Alya regarda Marinette d'un air amusé, lui donnant un discret coup de coude dans les côtes.

- « C'est marrant, Rose me rappelle quelqu'un, avec un certain Adrien au lieu du prince Ali… », lui chuchota-t-elle d'un ton malicieux.

Marinette s'empourpra à son tour, tenta vainement de protester en bafouillant une phrase incohérente sous le regard indulgent de ses amies, avant de choisir finalement de se rabattre sur son gâteau au chocolat pour essayer de retrouver un semblant de contenance. Tentative qui échoua d'ailleurs lamentablement lorsqu'elle manqua de s'étouffer avec ledit gâteau dans sa précipitation. Elle toussa, crachota, et son visage passa par mille expression plus comiques les unes que les autres avant qu'elle ne réussisse enfin à avaler le morceau qui s'était vicieusement coincé dans sa gorge.

Elle se rua sur la carafe d'eau avant de se servir généreusement, buvant à grandes gorgées tandis que le rafraichissant liquide soulageait sa gorge enflammée.

Alya éclata de rire, passant un bras par-dessus l'épaule de Marinette pour la serrer chaleureusement dans ses bras une fois que cette dernière eut reposé son verre.

- « Oh, Marinette », s'exclama-t-elle en riant toujours. « ça devrait être interdit d'être aussi maladroite ! »

Marinette jeta un regard contrit à sa meilleure amie, avant d'être finalement rapidement contaminée par son fou-rire.

La fin d'après-midi passa à toute vitesse tandis que les cinq collégiennes discutaient joyeusement tout en dévorant une montagne de sucreries, et il fut bientôt temps pour elles de se séparer et de reprendre tranquillement le chemin de leurs domiciles.

Marinette était absolument ravie de ce moment passé avec ses camarades, et elle espérait vivement qu'elle aurait bientôt de nouveau l'occasion de sortir aussi avec Adrien.


Son souhait sembla enfin pouvoir être exhaussé dès le lendemain, lorsqu'un Adrien rayonnant lui annonça avoir réussi à ménager un trou de quelques heures dans son emploi du temps surchargé. Les yeux brillant d'excitation, il lui proposa de se retrouver le samedi matin suivant, avant qu'il ne soit ensuite obligé de l'abandonner pour une nouvelle séance photo. Marinette accepta avec enthousiasme, et fut à peu près incapable de se concentrer sur quoi que ce soit d'autre durant tout le reste de la semaine.

Elle passa son temps à rêver de son rendez-vous, cherchant à en imaginer les moindres détails et comptant avec impatience les minutes qui la séparaient du moment où elle pourrait enfin retrouver Adrien en tête à tête.

S'il faisait beau, ils pourraient peut-être aller se balader dans le parc à côté de chez elle. Elle mettrait alors la jolie robe blanche qu'elle venait tout juste de finir, et laisserait ses cheveux détachés. Elle avait noté le regard admiratif d'Adrien lors de leur précédent rendez-vous et la façon qu'il avait eu de jouer avec ses mèches brunes. Oui, des cheveux détachés, c'était une excellente idée. Avec peut-être juste une petite tresse quelque part, pour ajouter un peu de fantaisie à sa coiffure. Alya saurait sûrement l'aider, elle qui avait tant l'habitude de coiffer ses petites sœurs.

Et si le temps ne se prêtait guère à des activités de plein air, ils pourraient toujours se rabattre sur une sortie à l'aquarium, par exemple. Marinette n'y était plus retournée depuis ses dix ans, et elle trouvait d'un romantisme absolu l'idée de se promener en compagnie d'Adrien dans les tunnels aménagés dans les immenses bassins, à admirer la fascinante nage des poissons multicolores tandis que les reflets de l'eau parerait leurs peaux de douces lueurs mouvantes et scintillantes.

Lorsque le vendredi soir arriva, Marinette était encore en train de planifier amoureusement une millième variante de leur rendez-vous quand la sonnerie de son téléphone la sortit brusquement de ses pensées. Elle décrocha hâtivement en reconnaissant le numéro d'Adrien, mais son sourire s'effaça au fur et à mesure qu'elle réalisait la raison de son appel.

- « Je suis vraiment désolé », s'excusa-t-il d'une voix où perçait une amère déception. « Mon père… » Il s'interrompit, poussant un profond soupir. « Mon père décidé à la dernière minute de faire venir un autre photographe demain matin, et il n'y a pas moyen de décaler la séance… »

Le cœur lourd comme une pierre, Marinette pris une profonde inspiration. Elle eut la sensation d'avoir du mal à respirer, comme si sa poitrine était à présent comprimée par un poids invisible. Déglutissant péniblement, la jeune fille ferma un instant les yeux, avant de se ressaisir tant bien que mal.

- « Je… Tant pis, je comprends… On pourra toujours se revoir la semaine prochaine… », répondit-elle lentement, s'efforçant de ne pas laisser transparaitre son dépit dans sa voix.

- « Ma Lady… »

Le cœur de Marinette se serra un peu plus. Elle n'avait pas réalisé jusque-là à quel point ce surnom affectueux lui manquait. Il ne l'appelait jamais ainsi en public lorsqu'ils étaient simplement Adrien et Marinette, et lorsqu'il était Chat Noir, il ne restait si peu longtemps à ses côtés ces derniers temps que ce nom était toujours prononcé dans la hâte d'une bataille, d'une voix hachée et essoufflée.

Mais là, le ton d'Adrien était tendre, amoureux, et ces deux mots avaient été prononcés avec une chaleur palpable même par l'intermédiaire d'un téléphone.

- « Je comprends, mon chaton », répéta-t-elle avec tendresse. « On se reverra bientôt. »


La journée du lendemain sembla interminable à Adrien. A la frustration d'avoir dû annuler son rendez-vous tant attendu avec Marinette s'ajoutait la fatigue de devoir subir encore plus de séances photos que prévu, alors qu'il croulait déjà sous une multitude de corvées en tous genres.

Son samedi s'avéra littéralement épuisant, drainant implacablement la moindre miette de son énergie sans qu'il puisse se reposer ne serait-ce qu'un instant pour tenter de récupérer. Adrien devait sans cesses sourire, répondre poliment aux moindres sollicitations, se plier aux directives de son entourage, agir en parait héritier de son célèbre père.

Il se sentait comme un acteur coincé dans un rôle qu'il ne supportait plus, en souhaitant presque que l'attaque d'un vilain quelconque ne vienne le délivrer ne serait-ce qu'un instant de ses obligations. Malheureusement pour lui, aucune échappatoire ne se présenta à lui durant cette longue, si longue journée, et il dû subir avec une remarquable patience la foule d'impératifs qui l'attendait.

Lorsqu'il put enfin regagner sa chambre à la tombée de la nuit, ce fut pour s'écrouler sur son lit, exténué. Il était non seulement éreinté, son corps surmené réclamant grâce, mais également passablement déprimé. Il n'avait cessé de penser à Marinette durant toute la journée, regrettant vivement de lui avoir fait faux bond de la sorte. Certes, son père ne lui avait pas réellement laissé le choix, mais il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. La jeune fille lui manquait, et qui plus est, il savait qu'il lui avait fait de la peine en agissant ainsi.

Adrien passa une main rageuse dans ses cheveux blonds, semant volontairement le chaos dans la parfaite coiffure qu'on lui avait imposé pour la campagne publicitaire. Sa peau sentait encore l'odeur du démaquillant, lui rappelant avec insistance à quoi il avait consacré sa pénible journée.

Il roula sur lui-même, fixant le plafond de son immense chambre sans réellement le voir, continuant à ruminer ses moroses pensées.

Le jeune garçon était en train de pousser un énième lourd soupir quand un léger bruit attira son attention. Adrien se redressa, tournant son regard vers sa baie vitrée, et il resta un instant bouche bée devant ce qu'il découvrit.

Ou plutôt qui il découvrit, gracieusement perchée dans l'encadrement d'une fenêtre.

Ladybug.


Note pour plus tard : je ne fais définitivement pas partie de ces gens qui sont doués pour écrire pendant les nuits d'insomnie x) . J'ai dû retoucher une trèèèèèèèèèès large parte de ce chapitre le lendemain :D

Bref, j'espère que ça vous a plu, et un énorme merci pour vos favs, follows et reviews que j'apprécie énormément !

Merci de m'avoir lue :)