Marinette se figea en apercevant ses amis.
Elle eut l'impression que ses entrailles se glaçaient lentement, au fur et à mesure qu'elle prenait la mesure de la situation dans laquelle elle se trouvait. C'était comme si ses veines s'étaient à présent mises à charrier des rivières de glaçons, se chargeant de refroidir méticuleusement la moindre parcelle de son corps. Même son cœur battait à un rythme dangereusement lent au vu des circonstances, comme s'il se cristallisait lui aussi sous les effets combinés de la stupeur et de la panique.
Le sang qui refluait de son visage et de ses membres contribuait à lui donner l'impression d'être en train de geler de l'intérieur et la laissait le visage aussi pâle que celui d'une morte. Cette lividité alarmante fit se muer la curiosité qui brillait dans les yeux d'Alya en une franche inquiétude.
La blogueuse s'approcha à pas lents de son amie avant de poser sa main sur son avant-bras, avec autant de délicatesse que si elle craignait que la jeune fille ne se brise en mille morceaux à ce contact.
- « Marinette ? » murmura-t-elle en levant un sourcil interrogateur.
Battant des paupières comme si elle s'extirpait péniblement d'un mauvais rêve, Marinette tourna les yeux vers sa meilleure amie. Elle ouvrit la bouche, puis la referma, incapable de fournir une explication crédible pour justifier la scène à laquelle elle et Nino venaient d'assister. Incapable de réfléchir tout court. Son cerveau semblait ne plus être en mesure de fonctionner et pour la première fois de sa vie, son esprit était vide. Intégralement, désespérément vide.
Pas une pensée, pas une idée, juste le néant.
Marinette secoua la tête, tentant avec acharnement de se forcer à réfléchir.
« Pense, Marinette. Pense, pense à quelque chose. Cherche. Trouve. Parle », se répétait-elle sans cesse désespérément, avec autant de ferveur que si elle récitait une prière. Elle ne pouvait pas rester ainsi muette, il fallait absolument qu'elle dise quelque chose, à tout prix. Qu'elle sorte de cet état d'engourdissement dans lequel elle était plongée, qu'elle réponde aux légitimes interrogations de ses amis.
Face à elle, Alya la regardait d'un air soucieux tandis que l'expression qui s'affichait sur le visage de Nino était indéchiffrable.
- « Marinette ? » recommença sa meilleure amie, d'une voix un peu plus forte cette fois-ci, mais où perçait toujours une vive inquiétude. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
L'insistance d'Alya fit sortir Marinette de la paralysie glacée dans laquelle l'avait figée la panique qu'elle avait ressentie en les apercevant Nino et elle.
Ce fut tout d'abord l'estomac de la jeune fille qui se manifesta, ne reprenant vie que pour se tordre sur lui-même, la rendant légèrement nauséeuse. Puis son corps tout entier commença à être parcouru de violents frissons, qui traversaient sa moelle épinière par brusques saccades et la faisaient trembler jusqu'au bout de ses doigts. Et enfin, après un temps qui lui sembla durer une éternité, son cerveau recommença péniblement à fonctionner. Malheureusement, il ne lui offrit aucune échappatoire tandis que les brillantes inspirations qui faisaient sa fierté en tant que Ladybug semblaient définitivement la fuir.
Quelle que soit la façon dont elle tournait le problème dans sa tête, elle ne voyait pas d'autre solution que de trahir Adrien.
Le dénoncer en tant que Chat Noir pour justifier de la légitimité de ce baiser ?
Faire croire qu'elle avait volontairement embrassé le héros et forcer Adrien à jouer l'amoureux trompé ?
Dans tous les cas, elle le placerait dans une position qui le ferait certainement souffrir.
Ses pensées affolées tourbillonnaient à présent dans sa tête, en une tempête incohérente dont la force n'avait d'égale que la violente migraine qui la saisissait à présent. Elle pouvait sentir son sang battre sous son crâne, martelant ses tempes avec une brutalité inouïe.
Marinette ouvrit de nouveau la bouche pour tenter de parler, mais au même instant ses nerfs l'abandonnèrent complètement, la laissant en proie à un fou-rire aussi violent qu'irrépressible. La situation était trop absurde, et son cerveau en plein court-circuit semblait ainsi invoquer son ultime mécanisme de défense. Au bout de plusieurs minutes sans réussir à se reprendre, Marinette ne savait même plus si elle riait ou sanglotait, tandis que son corps restait agité de soubresauts incontrôlables.
Se méprenant sur l'origine de la détresse de son amie qui semblait à présent à deux doigts de finir en pleurs, Alya prit délicatement la jeune héroïne dans ses bras, la serrant contre elle tout en passant doucement sa main dans ses cheveux.
- « Oh, Marinette, je suis tellement désolée… », murmura-t-elle. « Je ne… Je n'aurais jamais cru que Chat Noir pouvait faire ce genre de choses… Ce n'est pas digne d'un héros. »
Serrant convulsivement ses mains autour des épaules de sa meilleure amie, Marinette laissa échapper un nouveau rire nerveux. Voilà qu'à présent qu'Alya semblait prendre son précieux partenaire pour un dangereux prédateur. La situation devenait de plus en plus irréelle.
Derrière elles, Nino fronçait légèrement les sourcils, cherchant visiblement ses mots tandis qu'il observait Marinette d'un air suspicieux.
- « Et d'abord, c'était quoi ce baiser ? » lança-t-il soudainement, renonçant manifestement à formuler ses pensées de façon diplomatique.
Marinette tressaillit légèrement, levant vers lui ses immenses yeux bleus à présent baignés de larmes. Le jeune garçon s'était exprimé d'une voix presque dure, et il la dévisageait maintenant avec une expression qu'elle ne lui connaissait pas. Son regard s'était fait presque accusateur, tandis qu'il attendait visiblement d'elle une explication claire et précise quant au fait qu'ils l'aient surprise en train d'embrasser quelqu'un d'autre qu'Adrien.
- « Parce que je veux bien que Chat Noir soit un héros, » reprit-il, « mais il n'avait pas vraiment l'air d'être au courant de ta situation sentimentale. »
Alya se tourna immédiatement vers lui, fronçant les sourcils.
- « Qu'est-ce que tu insinues ? », lui lança-t-elle d'un ton sec, tandis que Marinette laissait échapper un petit hoquet de stupeur.
- « Je dis juste qu'elle a déjà quelqu'un. Mon meilleur ami, au cas où tu l'aurais oublié », riposta-t-il, non sans soutenir le regard incendiaire que lui jeta alors Alya.
- « Et moi je dis que tu as la sensibilité d'une brique », rétorqua vivement l'apprentie-journaliste, prenant la défense de son amie avant même que celle-ci ait pu prononcer le moindre mot.
Nino recula légèrement sous l'attaque, sans se départir pour autant de son point de vue.
- « Il n'empêche qu'elle a embrassé quelqu'un d'autre », reprit-il d'un ton accusateur.
- « Elle s'est faite embrasser », répliqua Alya en élevant la voix, à présent franchement agacée par les remarques acerbes de Nino. « ça n'a absolument rien à voir ! »
- « Je ne vois pas la différence », répondit aussitôt Nino d'un ton buté, croisant les bras sur sa poitrine.
- « Le consentement ! C'est toute la différence ! », soupira Alya en levant les yeux au ciel, un bras protecteur toujours passé autour des épaules de Marinette. « Elle n'a jamais demandé à ce que Chat Noir l'embrasse, tu le vois bien. »
- « Alors j'imagine qu'elle ne verra pas d'objection à mettre Adrien au courant de ce qui vient de se passer ? » répliqua aussitôt Nino d'un ton de défi, s'attachant à défendre son ami avec autant d'acharnement qu'Alya protégeait la sienne.
Il braqua aussitôt son regard vers Marinette, attendant visiblement d'elle qu'elle réponde à sa dernière injonction.
- « Non, non, il faut que je lui en parle », réussit à articuler la jeune héroïne, encore étourdie par la violence de cet échange.
La situation était en train d'échapper totalement à son contrôle. Alya prenait Chat Noir pour quelqu'un qui venait de l'agresser. Nino pensait qu'elle trompait Adrien. Alya et Nino se disputaient à son sujet comme si elle n'était pas là. Le chaos était total, et elle sentait sa migraine reprendre de plus belle. La sourde douleur qui pulsait sous son crâne avait à présent pris une telle importance que la jeune fille en avait presque la tête qui tournait, tandis que la sensation de nausée qui l'avait saisie quelques instants plus tôt l'accablait de nouveau.
Dans son esprit désorienté, une seule idée surnageait encore, perçant au milieu de ses pensées embrumées comme un phare à travers les ténèbres.
Adrien.
Elle devait impérativement réussir à lui parler avant Alya et Nino, à l'informer de l'évolution de la situation pour qu'il puisse se préparer à réagir en conséquence.
Il fallait qu'elle s'éloigne d'ici.
Et vite.
Inconscient de la position plus que délicate dans laquelle il avait laissé Marinette, Adrien était paisiblement rentré chez lui après s'être détransformé au détour d'une allée.
Il était tranquillement installé devant son ordinateur, à l'affut des dernières mises à jour du Ladyblog qu'Alya ne manquerait certainement pas d'effectuer, lorsque son téléphone se mit soudainement à sonner à ses côtés. Un large sourire éclaira son visage quand aperçu la photo de Marinette s'afficher sur son écran, et il s'empressa de décrocher.
Son expression joyeuse s'effaça dès qu'il entendit le son de la voix de la jeune fille, dont la détresse était perceptible même par l'intermédiaire de leurs portables. Il failli laisser l'appareil lui glisser entre les doigts sous l'effet de la stupeur, tandis que sa partenaire lui décrivait l'éprouvante situation dont elle venait tout juste de s'extirper.
Le jeune garçon pâlit sensiblement alors que son cœur se mettait à battre de toutes ses forces sous l'effet de l'angoisse, cognant entre les parois de sa cage thoracique comme un oiseau affolé dans une cage.
- « J'arrive tout de suite, ma Lady », lui lança-t-il d'une voix tendue avant de raccrocher précipitamment.
Il dû résister au besoin urgent de se transformer pour la rejoindre au plus vite, parfaitement conscient que cela aurait été clairement la plus mauvaise option possible. Sa spontanéité avait déjà fait suffisamment de ravages pour la journée.
Au lieu de ça, il se rua à l'extérieur de sa chambre, dégringolant les escaliers à toute vitesse sans se soucier le moins du monde du risque de se casser une jambe ou de se rompre le cou.
- « Quel idiot ! », se maudissait-il, sifflant des imprécations entre ses dents, regrettant amèrement son geste irréfléchi.
Son impulsivité lui avait déjà sauvé la mise à de nombreuses reprises, mais cette fois-ci elle venait de lui coûter très cher.
A lui, et à celle qu'il aimait.
Bien sûr, il n'avait jamais souhaité ce qu'il venait d'arriver, mais ça n'atténuait en rien sa responsabilité ou la culpabilité qu'il ressentait. Il avait rarement désiré aussi ardemment pouvoir remonter le temps, afin de revenir à ces cruciales minutes où il avait fait face à Marinette. Pour se trouver à nouveau perché sur cette fontaine, et ensuite simplement saluer sa partenaire comme il l'aurait fait avec la première jeune fille venue au lieu de céder à son instinct et de lui voler ce stupide baiser.
Il se précipita chez Marinette aussi vite que possible, se demandant avec angoisse quel accueil lui réserverait la jeune fille. Elle lui en voulait certainement de l'avoir mise dans une pareille situation, et si tel était effectivement le cas, sa rancune était tout à fait légitime. Il avait été d'une bêtise sans nom, et bien que ce soit tout à fait involontaire, il l'avait abandonnée face à Nino et Alya.
Le jeune garçon arriva à la boulangerie des Dupain-Cheng quelques minutes plus tard, prenant à peine le temps de saluer les parents de Marinette avant de s'élancer en direction de sa chambre. Il s'arrêta tout juste un instant en haut des escaliers, tentant de retrouver son souffle. Ses poumons étaient en feu à force d'avoir tant couru et chaque respiration était un supplice, ravivant une sourde douleur de sa poitrine tandis que sa gorge lui donnait l'impression d'être tapissée d'éclats de verres tant elle le faisait souffrir.
Tendant la main, Adrien frappa d'un léger coup contre la trappe de Marinette pour annoncer son arrivée, avant d'entrer dans la pièce lorsque la voix de la jeune fille l'invita à la rejoindre.
Il ne la remarqua pas tout de suite, avant de lever la tête et de l'apercevoir, assise en tailleur sur son lit tandis qu'elle serrait un coussin entre ses bras. Les yeux rivés sur elle, Adrien grimpa lentement les escaliers pour la rejoindre et s'installer à ses côtés. Il déglutit péniblement, son estomac se tordant de culpabilité lorsqu'il constata que la jeune fille avait les yeux légèrement rougis.
N'osant croiser son regard, il se gratta nerveusement l'arrière du crâne, raclant sa gorge alors qu'il cherchait désespérément ses mots.
- « Je suis… je… »
Il s'interrompit, ne sachant pas comment exprimer ce qu'il ressentait. Comment lui dire à quel point il était navré, combien il se sentait stupide, et qu'il s'en voulait d'autant plus à présent qu'il voyait l'air abattu qui avait tristement remplacé son lumineux sourire sur son visage ?
Marinette poussa un léger soupir, faisant tressaillir le jeune garçon.
- « Je suis vraiment désolé… », réussit-il à articuler. « J'ai été bête, vraiment bête. Je n'ai même pas réfléchi… Je comprendrai… » Sa voix s'enraya un instant, sa gorge se serrant sous l'effet de l'émotion. « Je comprendrai que tu m'en veuilles », laissa-t-il enfin échapper dans un souffle.
Le silence s'installa un instant dans la chambre, troublé seulement par la respiration des deux adolescents que leurs deux kwamis dévisageaient d'un air inquiet, sans pour autant oser les interrompre. Le cœur d'Adrien battait tellement fort qu'il avait l'impression de l'entendre résonner dans toutes la pièce. Puis, la main fine de Marinette se déplaça en direction du jeune garçon, cherchant les doigts du jeune garçon pour les serrer doucement entre les siens.
- « Je ne suis pas fâchée, chaton », soupira-t-elle d'un ton las en posant sa tête sur l'épaule de son partenaire.
Elle mentirait en disant qu'elle n'était pas frustrée par la situation, mais elle ne pouvait décemment pas lui en vouloir. Ce ne serait pas juste, pas après ce qu'elle avait elle-même fait le week-end précédent en s'introduisant chez lui sous l'apparence de Ladybug. Si on l'avait surprise alors qu'elle était dans la chambre d'Adrien, en train de l'embrasser comme si sa vie en dépendant, les choses auraient été bien plus compliquées à expliquer qu'un simple baisé volé au détour d'une ruelle.
N'osant trop y croire, Adrien se pencha lentement vers elle, déposant un léger baiser sur son front avant de passer un bras autour de sa taille pour la serrer contre lui. Il pouvait sentir la douce chaleur de son corps contre le sien et cette proximité le réconfortait, contribuant à l'aider à retrouver son calme et apaisant peu à peu les battements affolés de son cœur.
D'une voix posée, Marinette lui décrivit en détail les évènements qui s'étaient produits après qu'il soit parti.
- « Et donc, Alya pense que tu, enfin, que Chat Noir m'a embrassée de force », résuma-t-elle, « et Nino… »
Marinette s'interrompit un instant, tentant en vain de dissimuler à quel point la réaction de son ami l'avait blessée.
- « Et Nino pense que je te trompe. Avec toi. Tu parles d'une situation compliquée ! » laissa-t-elle échapper avec un petit rire nerveux.
Adrien haussa un sourcil surpris, n'ayant pas anticipé un pareil comportement de la part de son meilleur ami. Puis, secouant rapidement la tête pour tenter d'empêcher son esprit de vagabonder, il lança d'une voix résolue :
- « On va partir sur la version d'Alya. Tu parlais avec Chat Noir, et il t'a embrassée sans prévenir, et sans que tu le veuilles. »
Marinette ouvrit la bouche pour protester, s'apprêtant à répliquer que Chat Noir n'avait rien fait de criminel et qu'il ne méritait pas de voir son prestige diminuer aux yeux de leurs amis, mais Adrien n'était pas d'humeur à écouter ses arguments. Tout était entièrement de sa faute. Il était fermement décidé à en assumer toute la responsabilité et à ne pas laisser Marinette payer le prix de sa propre imprudence.
- « Ne t'inquiètes donc pas pour lui », s'éleva soudain la voix bougonne de Plagg. « Au moins cette histoire aura le mérite de lui mettre un peu de plomb dans la cervelle. Ce garçon a un peu trop souvent tendance à agir d'abord et à penser après. »
- « Plagg ! », s'exclamèrent Adrien et Tikki avec une parfaite synchronisation, tandis que Marinette fixait le petit kwami, les yeux ronds.
- « Tu pourrais faire preuve d'un peu plus de délicatesse », protesta Tikki, avant d'aller se frotter doucement contre la joue de Marinette, lui arrachant son premier rire depuis qu'Adrien l'avait rejointe chez elle.
Puis à la grande surprise du jeune garçon, le kwami de Ladybug réitéra son geste avec lui, frottant sa petite tête contre sa pommette d'un geste qui lui rappelait curieusement la caresse amicale d'un chat.
- « Bah, ils n'ont pas besoin de délicatesse », rétorqua Plagg d'un ton superbement condescendant. « Ce sont de jeunes humains, leur mémoire pour ce genre de choses ne va pas au-delà de plusieurs jours. Donne-leur une semaine ou deux et tous leurs amis auront oublié cet évènement pour se concentrer sur un autre ragot. »
Tikki ouvrit la bouche pour protester, avant de se raviser, préférant visiblement se concentrer sur les deux adolescents plutôt que perdre son énergie à argumenter avec son irascible camarade.
- « Il n'a peut-être pas tort », reprit-elle de sa petite voix flutée tandis que Plagg laissait échapper un reniflement hautain. « Vous avez eu de la chance dans votre malheur, seuls Nino et Alya vous ont vu. Vous pourrez sûrement les convaincre de garder tout ça pour eux, et bientôt ce ne sera plus que de l'histoire ancienne. »
- « Et tant pis pour la réputation de Chat Noir », renchérit Adrien en jetant un coup d'œil acéré à Marinette. « C'est à moi d'assumer. »
Marinette soutint son regard un moment, avant de finalement pousser un soupir, devinant qu'elle n'arriverait pas à faire changer son partenaire d'avis. Soulagé, Adrien se pencha vers elle, l'embrassant délicatement sur la joue. Puis il passa son second bras autour de sa taille avant de la faire basculer en arrière avec nettement moins de délicatesse, la faisant atterrir dos sur le matelas tout en suivant lui-même le mouvement.
Surprise, la jeune fille laissa échapper un petit cri avant de tourner la tête vers son partenaire pour protester contre ce traitement cavalier. Ses paroles moururent sur ses lèvres quand Adrien enfoui son visage contre sa nuque, se pelotonnant contre elle tout en la serrant délicatement entre ses bras. Il avait fermé les yeux, sa poitrine s'élevant et s'abaissant au rythme des profondes inspirations qu'il prenait pour mieux respirer la douce odeur de sa peau. Les doigts de son partenaire caressaient lentement son épiderme, balayant paresseusement la zone comprise entre son coude et son poignet.
C'était un contact plein de tendresse, Adrien n'ayant visiblement aucune autre envie que de rester ainsi blotti contre elle, simplement heureux d'être à ses côtés. Marinette tourna légèrement la tête, bougeant son cou juste suffisamment pour pouvoir atteindre le front d'Adrien et y déposer un aérien baiser.
- « ça va aller, chaton », murmura-t-elle en fermant les yeux, se laissant bercer par le souffle d'Adrien qui caressait délicatement sa nuque.
Le jeune garçon ne regagna son domicile qu'une bonne heure plus tard, ressentant toujours ce sourd sentiment de culpabilité qui refusait de le quitter, tout en étant profondément reconnaissant envers Marinette de ne pas lui tenir rigueur de sa stupide erreur. Il leur restait à présent à affronter Nino et Alya, et Adrien était fermement décidé à faire tout ce qui était en son pouvoir pour protéger sa précieuse partenaire.
La journée du lendemain se déroula dans une atmosphère presque irréelle pour Marinette.
Adrien avait mis un point d'honneur à venir la chercher chez elle le matin même, et c'est main dans la main qu'ils arrivèrent en classe. Son partenaire ne laissa glisser ses doigts des siens qu'au moment où elle s'installa à sa place, déposant un délicat baiser sur ses lèvres avant de s'installer à son tour aux côtés de Nino. Les deux jeunes garçons se plongèrent aussitôt dans une vive conversation, dont elle ne put saisir le moindre mot tant ils parlaient à voix basse. Cependant, au vu des regards que lui jetait régulièrement Nino, elle n'avait aucun doute quant au sujet dont il était question.
Alya, quant à elle, l'accueilli avec le plus chaleureux des sourires avant de la serrer dans ses bras, tenant de faire passer tout le réconfort du monde dans cette étreinte.
- « ça va mieux, ma belle ? », s'inquiéta-t-elle, son regard perçant guettant la moindre trace de malaise dans les yeux de son amie.
Marinette se hâta de la rassurer, affirmant que tout allait à présent pour le mieux.
Ce qui ne correspondait malheureusement pas tout à fait la réalité. Si Alya semblait intimement persuadée que Marinette n'avait rien à se reprocher dans les évènements de la veille, cela n'avait hélas pas l'air d'être le cas de Nino, qu'Adrien n'avait visiblement pas totalement convaincu. Même avant de connaitre l'identité de son partenaire, Marinette avait toujours été prompte à prendre la défense de Chat Noir, et ce fait ne semblait aujourd'hui guère plaider en sa faveur aux yeux de Nino. Il continuait ainsi à afficher une certaine distance avec la jeune héroïne, qui se retrouvait désemparée face au comportement de son ami.
En revanche, le soutien d'Alya fut sans faille, ce dont Marinette lui était profondément reconnaissante. Elle lui prodiguait plus de sourires et d'encouragements qu'elle n'aurait pu les compter, et fusillait Nino du regard lorsque celui-ci faisait ne serait-ce que hausser un sourcil en observant Marinette et Adrien, combattant avec acharnement la moindre trace de scepticisme quant à la sincérité de la jeune fille.
Lorsque le quatuor se retrouva à midi, l'atmosphère avait perdu de sa légèreté habituelle, mais ils réussirent néanmoins à discuter de façon aussi naturelle que possible. Quand la conversation mourrait, laissant place à un silence tendu, Alya s'empressait aussitôt de relancer la discussion. Elle ne semblait jamais à court de thème, évitant cependant avec un soin tout particulier de mentionner des héros de Paris. Au lieu d'aborder son sujet de prédilection, elle parlait musique, mode, cinéma, animant la conversation avec aisance tout en faisant gracieusement voler ses boucles rousses lorsqu'elle tournait brusquement la tête vers l'un de ses interlocuteurs.
Le moral de Marinette réussit ainsi à garder un niveau plus qu'acceptable grâce à la prévenance de son amie, et elle s'appliquait à prendre mentalement note de tout ce qui pourrait lui faire plaisir en remerciement de tant de bienveillance. Hors de question pour Marinette de ne pas au moins offrir un cadeau à sa meilleure amie après autant de gentilles attentions.
De plus, les sages paroles de Tikki étaient restées fermement ancrées dans sa mémoire. Sa minuscule amie avait raison, Adrien et elle pouvaient s'estimer heureux que les conséquences de leur désastreux baiser soient circonscrites à leur petit groupe uniquement. D'ici quelques jours au plus, la situation serait certainement revenue à la normale.
Dès le lendemain, Nino semblait afficher un regard moins hostile lorsque Marinette le salua en arrivant en classe. Les remontrances d'Alya conjuguées aux longues conversations qu'il avait eues avec Adrien avaient l'air de commencer à faire leur effet, ce qui rassura grandement la jeune fille quant aux perspectives d'avenir de leur relation.
Assise derrière le jeune garçon, Alya l'accueilli avec son entrain habituel, ses yeux pétillant joyeusement derrière ses lunettes. Seul manquait Adrien, retenu pour toute la matinée par une ultime séance photo prévue pour la campagne publicitaire de son père. Après ces quelques heures à poser une dernière fois devant les caméras, l'adolescent retrouverait enfin son emploi du temps habituel.
Un sourire rêveur illumina le visage de Marinette à cette idée. Elle commença immédiatement à planifier mentalement de futures sorties avec Adrien, souhaitant ardemment rattraper tout ce temps perdu sans avoir pu profiter de sa présence tant il avait été accaparé par ses obligations.
Tout rentrerait bientôt dans l'ordre.
Une légère vibration de son téléphone lui indiqua qu'elle venait de recevoir un message, mais elle n'y prêta guère attention, trop occupée à songer amoureusement à un certain garçon blond aux yeux verts.
Elle nota cependant du coin de l'œil que la plupart de ses camarades semblaient s'être à présent tournés vers elle, la dévisageant tout en jetant de furtifs regards vers les écrans de leurs portables. La jeune fille se redressa en fronçant les sourcils, définitivement tirée de ses douces pensées par leur attitude. Quelque chose d'anormal venait de se produire.
Tout à coup, un petit hoquet de surprise de la part d'Alya attira son attention. Sa meilleure amie fixait elle aussi son portable, les yeux écarquillés d'horreur en découvrant ce qui s'y affichait, avant de lever son visage bouleversé vers Marinette.
- « Oh, Marinette…», laissa-t-elle échapper d'une voix tremblante.
L'estomac noué par l'appréhension, la jeune fille tendit à son tour la main vers son téléphone, le saisissant avec une infinie lenteur entre ses doigts tremblants. Son instinct lui hurlait que quelle que soit la cause de la soudaine agitation de ses camarades, la réponse se trouvait juste là. La jeune fille consulta rapidement l'appareil, et ce qu'elle aperçut alors la frappa avec autant de violence que l'aurait fait un coup de poing.
Le message qu'elle venait de recevoir contenait une unique photo. Une photo qui avait été prise deux jours auparavant.
Une photo où on distinguait clairement Chat Noir en train de l'embrasser.
Et manifestement, il n'y avait pas une personne de la classe qui n'ait pas été aussi destinataire de ce compromettant message.
Pfiouuu, il était long ce chapitre !
La situation s'arrange, sans vraiment s'arranger au final ^^' . J'espère que ça vous a plu, que la suite vous plaira aussi, et merci à tous pour vos favs, vos follows et bien sûr vos reviews ! J'adore savoir ce que vous avez pensé de mes chapitres *^*
A la prochaine, et merci de m'avoir lue !
