Bouche bée, Marinette fixa l'écran de son téléphone avec incrédulité, avant d'être submergée par une vague de fureur qui emporta sur son passage toute émotion qui ne soit pas de la rage pure.

Elle était l'héroïne de Paris, elle se consacrait jour après jour à sa mission, sacrifiant son temps libre, ses heures de sommeil, son honnêteté envers ses proches et une partie de ses études. En retour, était-ce trop demander qu'on la laisse un peu en paix ?

Cet acharnement était injuste, et terriblement cruel.

Au milieu de ce déferlement de sentiments négatifs, la jeune fille tentait désespérément de réfléchir. Son cœur battait trop fort, trop vite, en de sourdes pulsations qui résonnaient avec force à l'intérieur de son crâne et faisaient étinceler des taches rouges devant ses yeux. Il fallait qu'elle se calme, et vite. Qu'elle ne se laisse pas emporter par cette tempête d'émotions rageuses qui menaçait de l'engloutir. Elle ne connaissait que trop bien les risques qu'elle encourait si elle se laissait aller.

Marinette prit une profonde inspiration, forçant son pouls à retrouver un rythme normal.

Elle se demandait qui pouvait bien avoir pris cette photo, ne se souvenant pas d'avoir aperçu un autre témoin de la scène que ses amis. Au vu de l'angle, il était cependant impossible que Nino ou Alya soient l'auteur de la photographie : ils avaient surgit dans son dos, alors que sur l'image on distinguait clairement le visage surpris de Marinette. Et indépendamment de ça, la jeune fille ne les aurait pas un instant soupçonnés d'être capable d'une telle bassesse. Le ou la coupable ne pouvait être que quelqu'un d'autre.

Autour d'elle, le brouhaha ambiant se faisait de plus en plus insistant tandis que ses camarades commentaient la photo tout en jetant des regards incrédules à la jeune fille.

Renonçant à tenter de maintenir un semblant d'impassibilité, Marinette se leva brutalement, le visage livide de colère et les yeux étincelants de rage.

- « Que les choses soient claires, je ne trompe pas Adrien », déclara-t-elle à la cantonade d'une voix ferme, défiant quiconque de mettre sa sincérité en doute.

Gênés, la plupart des autres élèves baissèrent les yeux, à l'exception notable de Chloé dont elle surprit le regard haineux assortit d'un petit sourire narquois. Le sang de Marinette ne fit qu'un tour devant l'expression de sa blonde camarade, qui n'affichait nullement le même abasourdissement que le reste des collégiens mais qui montrait au contraire une certaine satisfaction en plus de son animosité habituelle.

Inutile de chercher plus loin à qui elle devait ce mauvais tour.

Reniflant d'un air hautain, Chloé ne prit même pas la peine d'attendre les accusations qui s'apprêtaient à franchir les lèvres de Marinette.

- « J'avais prévenu Adrien que si tu faisais la moindre chose qui risquait de le blesser, je ne te raterai pas », siffla-t-elle d'un ton hargneux. « Au moins maintenant tout le monde sais qui tu es vraiment ! Tu te moques complètement d'Adrien, tout ce qui t'intéresse, c'est d'accrocher autant de célébrités que possible à ton tableau de chasse ! »

Les joues de Marinette se marbrèrent de rouge tandis que la jeune fille serrait violement les points pour se forcer à garder son calme face aux attaques de Chloé, enfonçant ses ongles dans les paumes de ses mains et se focalisant sur la douleur pour s'empêcher de hurler.

- « Et je suppose que ce n'est pas un hasard si cette photo a été envoyée pile un jour où Adrien est absent ? », gronda-t-elle d'une voix sourde où couvait sa colère difficilement maitrisée.

- « Oh, c'est bien, tu as trouvé ça toute seule ? », répliqua Chloé avec dédain. « Bien sûr que j'ai fait exprès d'attendre qu'il soit loin de toi. Tu es quelqu'un de toxique, Marinette, je ne pouvais pas prendre le risque que tu essayes encore de l'influencer. »

- « Toxique ? », releva la jeune fille, haussant dangereusement le ton alors que son self-control menaçait à présent de la lâcher à tout instant pour laisser place à un déchainement de fureur.

- « Oui, toxique », cracha Chloé, laissant à présent éclater la haine qu'elle ressentait pour Marinette et déversant sur sa camarade tout le fiel qu'elle avait jusque-là contenu par égard pour Adrien. « Tu le manipules et ensuite tu le trompes avec Chat Noir. Au moins grâce à moi il connait la vérité ! Comment veux-tu que… »

- « Marinette ne trompe personne ! », l'interrompit Alya d'un cri, se jetant à son tour dans l'affrontement pour venir soutenir son amie. « Est-ce que tu as regardé la photo au moins ? On voit bien que c'est Chat Noir qui la force à l'embrasser ! »

A ces mots, le regard de Marinette fut de nouveau irrésistiblement attiré par l'écran du téléphone que brandissait à présent sa meilleure amie pour appuyer ses propos. Alya avait raison concernant la compromettante image où elle apparaissait, tout dans l'attitude de Marinette trahissait à quel point elle ne s'attendait pas au geste de Chat Noir. Ses grands yeux bleus étaient écarquillés de surprise, une de ses mains était subtilement levée en geste d'étonnement, et son corps était légèrement arqué vers l'arrière. Dans son malheur, la jeune fille avait eu une chance étonnante : cette maudite photo n'aurait pas pu être mieux prise pour illustrer que ce contact des lèvres du héros sur les siennes n'avait en rien été planifié.

Marinette s'apprêtait à répliquer vertement à Chloé, lorsque l'arrivée de leur professeur dans la salle de classe l'interrompit brusquement. Encore tremblante de rage, la jeune héroïne se rassit, non sans jeter un dernier regard hostile à la fille du maire qui se fit un plaisir de lui répondre d'une grimace méprisante.

En dépit des tentatives de réconfort d'Alya qui ne cessait de lui murmurer des encouragements, Marinette eut énormément de mal à se concentrer sur le cours. Elle envoya plusieurs messages à Adrien pour l'informer des récents évènements, bien qu'elle sache que la seule vue de la photo lui ferait certainement comprendre instantanément la délicate situation dans laquelle ils se trouvaient à présent.

Marinette attendit anxieusement une réponse pendant une bonne dizaine de minute, avant de se rendre à l'évidence : lorsqu'il était en pleine séance photo, Adrien n'avait quasiment jamais son téléphone sur lui et aujourd'hui ne faisait visiblement pas exception. Chloé avait merveilleusement bien calculé son coup. Comme ce qu'elle avait prédit, le jeune garçon ne découvrirait l'ampleur du désastre qu'une fois qu'il serait libéré de ses obligations.

Lorsque l'heure de la récréation arriva, la fille du maire prit grand soin de s'éclipser de la salle de classe tout en entraînant Sabrina dans son sillage, laissant Marinette se débattre avec les graines de discorde qu'elle avait soigneusement semé. La plupart de leurs camarades n'osaient pas aborder le sujet avec Marinette, trop embarrassés par ce que pouvait impliquer cette photographie. L'idée que leur déléguée trompe Adrien ou celle que Chat Noir soit un dangereux prédateur étaient tout aussi dérangeantes l'une que l'autre, et personne ne s'aventurait pour l'instant à prendre ouvertement parti.

Cependant, Marinette n'en surprenait pas moins les regards gênés que lui jetaient les autres élèves de sa classe tandis qu'ils discutaient à voix basse. Au vu de la façon dont tout le monde la regardait, nul doute qu'elle était au centre de toutes les conversations. Marinette sentit son agacement revenir à toute vitesse, serrant les poings tandis qu'elle se retenait de se lever pour leur faire part de son irritation face à leur attitude.

Rester calme.

Il fallait impérativement rester calme.

- « Et de toute façon, que ça soit vrai ou non », s'éleva soudain la voix claire d'Alix, répondant manifestement à une remarque de Kim, « ce sont des choses qui arrivent tous les jours. Regarde mes parents, ils ont bien divorcés parce que mon père n'arrêtait pas de penser à une autre femme. »

Alya se retourna aussitôt pour la foudroyer du regard, les yeux étincelant de colère, et Alix leva les mains en signe de défense.

- « Ça va, je ne suis pas en train de dire que Marinette a trompé Adrien », se justifia-t-elle en évitant néanmoins de tourner son regard vers la jeune héroïne. « Je dis juste que ce genre de choses peut se produire avec n'importe qui, même si on ne voit rien venir. »

Alors qu'Alya s'apprêtait à ouvrir la bouche pour répliquer, ce fut Rose qui prit la parole, à la surprise générale.

- « Moi je pense que ça ne regarde personne d'autre que Marinette et Adrien », lança-t-elle en rougissant. « Je veux dire, on ne sait pas ce qui s'est passé », poursuivit-elle alors que les autres des élèves la fixaient, stupéfaits de voir la douce Rose élever ainsi la voix. « Par contre on sait tous que Chloé est maladivement jalouse de Marinette et qu'elle est toujours en train de chercher comment lui attirer des ennuis. La situation doit déjà être suffisamment pénible comme ça, donc on devrait juste les laisser tranquille pour qu'ils se débrouillent tous les deux entre eux. »

En entendant cette compatissante tirade, Marinette se sentit soudain envahie par une gigantesque bouffée d'affection pour Rose, résistant difficilement à l'envie de traverser la pièce pour la serrer dans ses bras. Elle lui adressa néanmoins le plus chaleureux des sourires, ravie de ce soutien inespéré. Leurs autres camarades de classe se tortillaient à présent sur leurs sièges, mal à l'aise, à l'exception de Juleka qui partageait visiblement le point de vue de Rose et qui lui donna une petite tape amicale sur l'épaule en guise de connivence, avant de sourire à son tour à Marinette.

Poussant un léger soupir, la jeune héroïne se retourna de nouveau en direction du tableau, tentant de feindre une indifférence qu'elle ne ressentait guère et espérant de toutes ses forces que le pire soit à présent derrière elle. Malheureusement pour elle, ce ne fut pas le cas.

Le reste de la matinée et sa pause de midi furent même une véritable catastrophe.


Si la majorité de ses camarades de classe s'était à présent mis d'accord pour la laisser dans une paix relative, le reste des élèves du collège n'avait hélas pas autant de scrupules. Largement relayée par Chloé, la nouvelle de son baiser avec Chat Noir s'était répandue comme une trainée de poudre dans tout l'établissement et Marinette n'eut pas un instant de tranquillité durant les heures qui suivirent la récréation.

La jeune fille se retrouva littéralement bombardée de mails, de tentatives d'appels ou de messages de la part de collégiens qu'elle ne connaissait qu'à peine, voire pas du tout, ses coordonnées personnelle circulant visiblement aussi rapidement que la rumeur. De même, dès qu'elle sortait de sa salle de classe, elle était immédiatement simplement interpellée par d'autres élèves et sommée de s'expliquer sur cette photo que tout le monde semblait à présent avoir vu. Lors de leur pause de midi, même la présence d'une Alya extrêmement protectrice ne dissuada pas les curieux de venir importuner Marinette.

La jeune fille se retrouvait dans l'obligation de se justifier sans cesse, répétant jusqu'à la nausée le mensonge qu'Adrien lui avait fermement fait promettre de raconter.

Les réactions des élèves face à cette nouvelle rumeur étaient toutes plus diverses les unes que les autres. Certaines étaient clairement hostiles et Marinette dû subir nombre de paroles méprisantes voire insultantes de la part de ceux qui, comme Chloé, étaient intimement persuadé qu'elle trompait Adrien et qu'elle n'en voulait qu'à sa célébrité et à celle de Chat Noir.

De rares personnes semblaient même être prêts à aller jusqu'aux manifestations physiques. Lorsque Marinette s'éclipsa un instant pour aller aux toilettes, elle se fit légèrement bousculer d'un coup d'épaule par une élève qu'elle ne connaissait pas.

- « Garce », murmura distinctement l'inconnue sur son passage, laissant Marinette abasourdie par tant d'agressivité.

Elle regagna la salle de classe encore légèrement sous le choc, réussissant à peine à esquisser un pâle sourire pour rassurer Alya quand celle-ci s'inquiéta de la voir revenir plus nerveuse que lorsqu'elle n'était partie.

Si un bien trop grand nombre de collégiens semblaient à présent ressentir une animosité non dissimulée à l'égard de Marinette, d'autres au contraire lui accordaient ouvertement leur soutien. Hélas, leur façon de manifester leur appui ne faisait que blesser un peu plus la jeune héroïne. Chat Noir ne lui avait rien fait de mal, mais ceux qui étaient convaincus qu'il avait arraché un baiser à Marinette contre son gré affichaient à présent ouvertement leur mépris pour le héros de Paris. Impuissante, la jeune fille les voyait médire avec vigueur au sujet son partenaire, le dénigrant et l'insultant sans qu'elle puisse opposer le moindre démenti au risque de trahir la réelle signification de son geste.

Personne ne devait deviner qu'Adrien et Chat Noir n'étaient qu'un seul et même garçon.


A devoir ainsi affronter l'hostilité quasi-permanente des élèves de l'école envers elle ou Chat Noir, l'esprit combatif de Marinette commençait à atteindre ses limites. La situation était tout simplement usante et la jeune fille se sentait à présent dans état presque second, une violente migraine lui vrillant les tempes tandis qu'elle avait l'impression de traverser un affreux cauchemar.

Il lui restait encore une heure de permanence avant la reprise des cours de l'après-midi, mais Marinette ne se sentait pas le courage d'affronter de nouveau le regard de ses camarades. Bien que cela lui coûte de devoir l'admettre, les manigances malveillantes de Chloé étaient en train de faire implacablement leur œuvre et la jeune fille se sentait à bout.

Ainsi, faisant taire son orgueil qui lui hurlait de continuer à faire front en affichant une indifférence parfaitement calculée, Marinette décida de fuir la pièce où elle devait avoir permanence pour aller se réfugier dans la salle de dessin, vide à cette heure-ci de la journée. Elle avait prévenu Alya au préalable, pour que son amie ne s'inquiète pas de son absence et qu'elle sache où la trouver en cas de besoin.


Marinette s'assis contre un mur, appuyant sa tête contre ses genoux tandis qu'elle passait ses bras autour de ses jambes, retrouvant instinctivement une position presque fœtale tant elle avait besoin de réconfort. Elle se sentait abattue, moins par l'animosité de certain de ses camarades que par les mensonges qu'elle s'était vue obligée proférer au sujet de Chat Noir tout au long de la journée.

Chat Noir était son partenaire. Elle se devait de le soutenir quelles que soient les circonstances, et aujourd'hui elle se trouvait forcée de faillir à sa tâche, détruisant méticuleusement la réputation de son précieux allié à coup d'écœurants mensonges. Bien qu'elle n'ait pas eu le choix, sa propre attitude la dégoutait. Chacune des paroles calomnieuses qu'elle avait dû prononcer à l'encontre de Chat Noir avait été comme une aiguille acérée fermement plantée dans son cœur, menaçant de le briser en mille morceaux et la laissant à présent à bout de force, lasse de devoir ainsi lutter contre les rumeurs sournoises qui avaient fait de sa journée un cauchemar.

Tandis que la jeune fille ruminait ces sombres pensées, son téléphone n'avait cessé de sonner à intervalles réguliers. Marinette ne voulait même plus prendre la peine de le consulter, fatiguée de devoir lire les trop nombreuses questions indiscrètes et messages insultants qu'elle recevait sans interruption depuis le milieu de la matinée.

Elle entendit soudain la porte de la salle s'ouvrir, et des pas se diriger précautionneusement vers elle tandis qu'elle maintenait obstinément sa tête entre ses genoux. Marinette sentit quelqu'un s'asseoir à ses côtés, ses hanches effleurant à peine les siennes, puis des doigts hésitants se glissèrent dans ses cheveux. Elle n'avait même pas besoin de lever les yeux pour savoir à qui ils appartenaient, reconnaissant sans peine la senteur d'eau de Cologne alliée à cette subtile odeur de démaquillant qui parfumait toujours légèrement sa peau lorsqu'il revenait d'une séance photo.

Adrien.

- « Je… », commença-t-il d'un ton presque timide. « Je n'arrivai pas à te joindre, alors j'ai demandé à Alya… »

La voix du jeune garçon s'étrangla dans sa gorge, le rendant incapable de poursuivre.

Marinette releva son visage vers lui, plongeant instantanément son regard dans ses yeux d'un vert habituellement lumineux mais qui étaient à présent assombris par l'inquiétude.

Adrien déglutit péniblement, ne manquant pas de remarquer l'expression peinée qui marquait à présent les traits de Marinette. Il sentit son estomac se tordre, luttant contre une légère nausée tandis que la culpabilité qui le rongeait depuis déjà deux jours se manifestait de plus belle, tout en gagnant en vigueur au fur et à mesure qu'il découvrait les répercussions de ses actes.

Tout était de sa faute.

Il avait été idiot, impulsif, et manifestement il avait aussi été naïf à en pleurer.

Deux jours plus tôt, il avait affirmé haut et fort que c'était à lui et à lui seul d'assumer les conséquences de son geste, et qu'il se souciait peu de sacrifier la réputation de Chat Noir si cela pouvait permettre d'épargner Marinette. Mais bien entendu, la rumeur n'avait eu que faire de ce vœu pieux, s'acharnant avec autant de hargne sur la jeune fille que sur le héros.

A présent, Marinette n'en finissait pas de payer pour son erreur.

Et tout était de sa faute.

Il l'avait fait souffrir, et il ne pouvait se le pardonner.

Lorsqu'il avait découvert la teneur des multiples messages qui l'attendaient sur son téléphone, il avait été saisi d'une soudaine sensation de vertige, comme si son monde s'écroulait brusquement sous ses pieds. Puis il avait tout aussi rapidement eu la terrible impression de sentir ses entrailles se glacer d'horreur alors qu'il réalisait avec angoisse que sa partenaire devait être en train de faire face aux répercussions de la photo, affrontant la rumeur et les élèves de leur école. Seule. Une fois de plus.

Rarement Adrien ne s'était sentit aussi impuissant.

La fin de sa séance photo avait été un désastre, l'adolescent ayant été incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Son esprit entier était tendu vers Marinette tandis son cœur battait avec tant de violence sous l'effet de l'inquiétude que le son de son pouls en étouffait presque les instructions du photographe. Prenant à peine le temps de s'excuser pour son manque d'attention, Adrien s'était ensuite précipité à toute vitesse vers le collège pour tenter d'y retrouver Marinette.

La jeune fille ne répondait pas au téléphone, mais à son grand soulagement Alya avait pu lui indiquer où la retrouver, non sans lui adresser au passage une tape compatissante sur l'épaule.

Et à présent qu'il était enfin à ses côtés, il ne savait plus quoi dire, sa voix s'étranglant presque dans sa gorge tant toutes les excuses du monde lui paraissaient futiles face à l'écrasante culpabilité qu'il ressentait.

- « Je suis tellement désolé… », réussit-il enfin à murmurer d'une voix tremblante.

Marinette leva la main vers lui, caressant doucement sa joue du bout des doigts.

- « Moi aussi, chaton… Je n'aurai pas cru que Chloé… »

- « Ce n'est pas de ça que je parlais », l'interrompit brusquement Adrien.

- « Je sais », répliqua la jeune fille avec un petit sourire triste qui fendit instantanément le cœur d'Adrien, manquant de le faire exploser en une myriade de morceaux. « Mais bon, ça ne sert à rien d'avoir des regrets, ça ne changera rien à ce qu'il s'est passé avant-hier », reprit-elle d'un ton ferme tout en plongeant son regard dans le sien.

Adrien tressaillit légèrement, saisissant le message. Marinette avait fièrement redressé la tête alors que la farouche détermination caractéristique de Ladybug étincelait à présent au fond de ses yeux bleus, chassant la peine qui les embrumait jusque-là. Elle avait visiblement décidé qu'elle avait passé suffisamment de temps à se morfondre et semblait résolue à ne plus se laisser faire.

Luttant contre la voix doucereuse qui lui susurrait à l'oreille qu'elle n'avait pas fini d'avoir des ennuis à cause de lui et qu'il n'était pas digne d'elle, Adrien la regarda avec admiration.

Cette fille avait une force de caractère extraordinaire.

Il ne méritait décidément pas d'avoir une telle partenaire, si forte, si merveilleuse, si compréhensive…

Marinette lui ébouriffa affectueusement les cheveux, le ramenant à la réalité.

- « On va s'en sortir, chaton. »

Adrien en savait pas si elle le pensait sincèrement ou si ces quelques mots étaient aussi destinés à la rassurer elle aussi. Peut-être venait-elle juste de prononcer des paroles qu'elle se répétait à elle-même depuis des heures, comme si le fait de les dire à voix haute allait leur permettre de devenir enfin réelles.

Quoiqu'il en soit, il devait avoir confiance en elle. En eux. Il attrapa la main de Marinette, la serrant avec force entre ses doigts.

- « On va s'en sortir, ma Lady. »


Lorsqu'ils regagnèrent la salle de cours, Adrien et Marinette se montrèrent plus unis que jamais, faisant front avec une solidarité exemplaire face aux conséquences de l'action impulsive de Chat Noir et de la malveillance de Chloé. Adrien ne pouvait s'empêcher de continuer à ressentir de violents pincements de culpabilité à chaque fois qu'il entendait vibrer le téléphone de Marinette et qu'il voyait ses yeux étinceler de colère. Cependant, le mécontentement de sa partenaire ne se dirigea jamais vers lui. Au contraire, elle ne cessait de le chercher de la main ou du regard, puisant dans sa présence la force de résister à cette pénible situation.

Dès la récréation suivante, le jeune garçon entraina Chloé avec lui à l'extérieur de la salle, ferment décidé à avoir une discussion avec elle au sujet de son implication dans les récents évènements. Personne ne connut jamais la teneur exacte de la conversation qui eut alors lieu entre eux, pas même Marinette, mais l'irascible fille du maire avait les yeux légèrement rougis lorsqu'elle regagna la salle de classe tandis que la mâchoire serrée d'Adrien trahissait la tension qui l'animait encore.

Durant la même pause, Marinette vécu un moment assez surréaliste quand Nino lui offrit devant la classe entière une énorme boite de chocolats qu'il était allé acheter à midi, lui présentant publiquement de sincères excuses pour son attitude envers elle. Stupéfaite, la jeune fille resta un instant sans réagir, avant d'accepter ce présent avec un chaleureux sourire. Nino laissa échapper un petit rire gêné lorsqu'Alya lui fit remarquer que les choses auraient sûrement été plus simple s'il n'avait pas été aussi idiot depuis le début, mais il s'acharna par la suite à défendre ses amis avec autant de hargne que l'avait fait jusque-là la blogueuse.

Les jours suivants furent encore assez pénibles pour les deux adolescents qui durent affronter bon nombre de remarques indiscrètes ou désobligeantes. Ils firent front ensemble, se montrant d'un soutien sans faille l'un envers l'autre. Puis, peu à peu, les prévisions optimistes de Plagg s'avérèrent d'une exactitude exemplaire. A peine une quinzaine de jours plus tard, soit une éternité dans le scandaleux monde des ragots, l'histoire du baiser échangé entre Chat Noir et Marinette commençait déjà à disparaitre des conversations tandis que plus personne ne semblait prêter attention à la relation de Marinette et d'Adrien. Pour aussi croustillante qu'elle soit, l'information avait déjà été scrupuleusement analysée, décortiquée, commentée, et les collégiens étaient à présent avides de nouvelles fraiches.

Leur histoire fut définitivement éclipsée lorsqu'une jolie fille blonde d'une autre classe se présenta dans leur salle lors d'une pause, s'arrêtant devant Max pour balbutier de timides félicitations pour sa victoire au dernier tournoi de jeux vidéo, avant de s'enfuir en rougissant. Max fut le premier surpris par l'apparition de cette admiratrice inattendue, et tous les élèves présents s'emparèrent aussitôt de ce croustillant sujet de conversation, félicitant le jeune homme et l'encourageant à aller faire la connaissance de cette charmante inconnue.

Plus personne ne mentionnait plus Chat Noir devant Marinette ou Adrien et la rumeur semblait enfin être sortie de tous les esprits.

A une exception près.

Le papillon avait fait une nouvelle victime quelques jours plus tard, à la fin d'un après-midi de cours. Ladybug et Chat Noir s'étaient rapidement rendus sur place, maitrisant la situation avec un professionnalisme et une efficacité remarquable. Alors que Ladybug répondait aux questions de quelques journalistes qui s'étaient rendus sur place, Chat Noir décida de s'éclipser discrètement.

Il avait à peine fait quelques pas en arrière qu'une voix familière l'interpella.

- « Chat Noir, je peux te parler en privé cinq minutes ? », l'apostropha Nino d'une voix tendue.


Voilà le chapitre du week-end, j'espère qu'il vous a plu :)

Encore un chapitre et cette fic fera le double de la plus longue fic que j'avais écrite jusque là (et ce n'est pas encore fini x) ), ça fait bizarre :D .

Je voulais aussi vous remercier pour toutes vos reviews sur le chapitre précédent, vous n'imaginez même pas à quel point ça me touche *_* ! J'essaye de vous répondre à chaque fois mais je ne peux pas le faire pour ceux qui postent des reviews en invité, du coup un gros merci aussi à Laura, Spiderwomen, Danaud, Petite licorne, Pauline et lovaChat Noir , je ne peux pas vous envoyer de MP mais sachez que j'apprécie énormément vos commentaires !

Merci de m'avoir lue et à la prochaine ^^