Les deux adolescents descendirent dans le salon pour y être accueillis par le couple Dupain-Cheng qui était en train de finir de dresser la table. Alors qu'il s'empressait d'aider Sabine à disposer les dernières assiettes, Adrien la remercia cordialement pour son invitation. La mère de Marinette lui ébouriffa affectueusement les cheveux tout en répliquant que c'était toujours un plaisir de l'avoir à la maison, puis elle s'éloigna vers le coin cuisine tandis qu'Adrien se demandait non sans un certain amusement si le fait de semer le désordre dans la chevelure de son prochain était une habitude que se transmettaient les Cheng de mère en fille.

Le repas se déroula dans une ambiance chaleureuse, les parents de Marinette traitant Adrien comme s'ils le connaissaient depuis toujours, l'interrogeant sur sa journée de cours avec autant de familiarité qu'ils le faisaient avec Marinette et discutant avec lui de ses activités extra-scolaires. Le héros bavardait avec animation, n'hésitant pas à lancer de temps à autre des jeux de mots qui déclenchaient tour à tour soupirs faussement exaspérés et cristallins éclats de rires de la part de Marinette, sous les regards amusés des parents de la jeune fille.

Adrien n'aurait su dire à quel point il appréciait ce repas.

Tom était certes un excellent cuisinier, mais surtout, cette atmosphère lui donnait l'illusion d'appartenir de nouveau à une vraie famille.

Pour une fois, Adrien n'était pas seul dans son immense et glaciale salle à manger, à attendre en vain que son père daigne enfin faire une apparition. Là, il était entouré de gens qui se préoccupaient sincèrement de lui et avec qui il partageait un excellent moment. Et son plat n'était pas parfaitement dressé au point d'avoir l'air d'être sorti tout droit des cuisines d'un grand restaurant, au contraire. Lorsque Marinette l'avait servi, elle était partie d'un tel éclat de rire à l'une de ses blagues qu'elle avait failli renverser de la sauce sur la nappe et qu'elle avait fini par balancer dans un joyeux désordre viande et pommes de terres au milieu de son assiette.

Comme le faisait autrefois sa mère quand elle se précipitait un peu trop pour le servir.

Luttant contre la soudaine vague de nostalgie qui menaçait de le submerger, Adrien se força à se concentrer de nouveau sur la conversation.

Le reste du dîner passa à une vitesse stupéfiante, et c'est à regret que le jeune garçon se leva ensuite de table pour prévenir Le Gorille qu'il pouvait se mettre en route pour venir le chercher. Il proposa son aide à Sabine et Tom pour débarrasser la table, mais ceux-ci lui répliquèrent gentiment qu'il n'avait pas besoin de se déranger. Ils s'acquittèrent rapidement de leur tâche, puis le saluèrent avant de s'éclipser de la pièce pour lui permettre de dire au revoir à leur fille en toute intimité.

Tenant toujours son téléphone entre ses doigts pour ne pas risquer de rater l'appel que devait lui passer son chauffeur pour le prévenir qu'il était arrivé, Adrien fit quelques pas dans le salon en attendant le retour de Marinette, qui était montée dans sa chambre pour lui ramener discrètement Plagg. Son regard errait distraitement sur l'étagère qui trônait près de la porte d'entrée lorsque quelque chose attira soudainement son attention. Le jeune garçon nota avec surprise qu'une photographie de lui et de Marinette avait fait son apparition sur le meuble. Celle qui avait été prise lorsque la jeune fille était venue le voir alors qu'il travaillait comme mannequin pour la campagne publicitaire de son père.

Il sentit son cœur se serrer, battant furieusement des paupières pour lutter contre les larmes d'émotions qui menacèrent brutalement de déborder de ses yeux.

Une photo de lui.

Parmi les photos de famille des Dupain-Cheng.

Son visage étant placardé sur presque tous les murs de Paris, Adrien avait l'habitude de trouver des images de lui à des endroits plus ou moins incongrus. Mais là, c'était différent. Jamais il n'avait été aussi touché en découvrant ainsi une photographie de lui, pas plus qu'il n'aurait cru pouvoir être aussi ému par la symbolique qui s'en détachait.

Un pas léger résonna derrière lui et Marinette apparu soudainement à ses côtés, ouvrant rapidement son sac pour permettre à Plagg de rejoindre la poche de la chemise de son partenaire. Un sourire satisfait se dessina sur les lèvres de la jeune fille, puis elle réalisa brusquement où était accroché le regard d'Adrien.

- « Ah ! », s'exclama-t-elle, rougissant furieusement. « Tu… Je… Tu l'as vue ? Je… Je me suis dit que ça serait un bon endroit pour la mettre. Enfin, je… j'en ai aussi un double dans ma chambre, mais je veux dire, on sort ensemble, et puis tu viens souvent ici, et mes parents t'aiment beaucoup, alors je… »

Marinette s'interrompit, enfouissant son visage entre ses mains pour tenter de camoufler sa gêne. A peine une fraction de seconde plus tard, Adrien la serrait dans ses bras avec tant de force qu'elle en eut presque le souffle coupé. Sans dire un mot, il enfouit son visage contre sa nuque, laissant ses lèvres reposer contre sa peau de porcelaine.

- « Adrien ? », murmura Marinette, surprise.

Elle dégagea lentement ses mains de son visage pour les passer dans le dos d'Adrien, lui rendant délicatement son étreinte. Ils restèrent ainsi enlacés sans dire un mot durant plusieurs minutes, le silence n'étant troublé que par le léger bruit de leurs respirations et par celui de leurs cœurs battant doucement à l'unisson. Tandis que son visage était toujours dissimulé dans le creux du cou de la jeune fille, Adrien avait remonté l'une de ses mains le long de la joue de Marinette, son pouce caressant sa mâchoire avec une infinie tendresse.

Un bruit de sonnerie de téléphone les fit soudain sursauter, rompant le charme.

Laissant échapper un grognement de frustration, Adrien se redressa légèrement avant de décrocher, non sans garder Marinette serrée contre lui à l'aide de sa main libre.

Le Gorille était arrivé.

- « Bon, on dirait que je vais devoir y aller », soupira-t-il.

Il tourna son regard vers Marinette, dont les brillants yeux azur étaient délicatement rehaussés par la vive couleur carmin qui habillait à présent ses joues. Avec un léger sourire, le jeune garçon se pencha vers elle, capturant avec douceur sa bouche de la sienne. Il tenta de mettre dans ce tendre baiser tout ce qu'il ressentait pour elle et qu'il n'arrivait pas à formuler avec des mots. Tout l'amour, toute l'admiration, toute la reconnaissance qu'elle lui inspirait, et à quel point il s'émerveillait encore de la chance qu'il avait qu'elle soit entrée dans sa vie.

- « Bonne nuit, ma Lady », murmura-t-il en écartant à peine ses lèvres des siennes, son souffle chaud caressant toujours son visage. « Je t'aime. »

Alors que Marinette restait bouche bée sous l'effet sa soudaine déclaration, ses immenses yeux bleus dilatés par la surprise tandis que ses joues s'empourpraient de plus belle, Adrien se redressa pour déposer un léger baiser sur son front avant de se diriger vers la porte.

C'est avec un certain sentiment de frustration mêlé de nostalgie que le jeune garçon s'en alla, quittant à regret les bras de Marinette et la chaleureuse atmosphère de l'appartement des Dupain-Cheng pour regagner sa froide demeure.


Durant les jours qui suivirent, les deux jeunes héros retombèrent dans leur confortable routine, qui n'était interrompue que par d'épisodiques attaques de victimes du Papillon. Le reste du temps, leur vie ne se différenciait en rien de celle de collégiens ordinaires. Ils allaient en cours, sortaient ensembles ou avec leurs amis, maugréaient lorsque la quantité de devoirs et de contrôles qu'on leur imposait se faisaient trop importantes à leur goût.

Si ni l'un ni l'autre ne refirent allusion à la déclaration d'amour d'Adrien, tous deux semblaient plus proches que jamais. Les yeux de Marinette pétillaient de joie à chaque fois qu'elle apercevait son partenaire, tandis que celui-ci était incapable de décrocher de ses lèvres le lumineux sourire qui se dessinait sur son visage dès qu'il était en compagnie de sa Lady.

A la fin d'un après-midi de cours, Adrien écoutait Nino avec une indulgence amusée tandis que son meilleur ami lui parlait avec force de détail d'un film dont il attendait la sortie avec impatience.

- « Encore quelques jours à attendre ! », s'exclama un Nino clairement euphorique. « J'ai hâte d'y être. Tu as quelque chose de prévu samedi ? », lui demanda-t-il brusquement.

- « Rien du tout », répliqua Adrien avec un immense sourire, devinant parfaitement où son meilleur ami voulait avenir.

- « Partant pour une séance de cinéma ? », proposa instantanément ce dernier.

Adrien approuva de la tête et Nino lui donna une vigoureuse claque dans le dos pour marquer son enthousiasme, arrachant au jeune héros une violente quinte de toux sous l'effet de la surprise. Peinant encore à reprendre son souffle, Adrien tâta théâtralement ses vertèbres pour signifier à son meilleur ami qu'il aurait souhaité qu'il ait un peu plus de considération pour sa malheureuse colonne vertébrale. Superbement indifférent à cette manifestation de reproche, Nino se tourna vers les deux filles installées derrière eux, les invitant à se joindre à eux.

Les deux amies acceptèrent joyeusement, Alya suggérant de profiter de l'occasion pour aller manger en ville ensemble à la sortie de la séance. Tout le monde approuva ce nouveau programme et Nino s'empressa de communiquer l'horaire à ses amis, les invitant à se retrouver devant le cinéma.

Le samedi suivant, Marinette réussit pour une fois à se lever suffisamment tôt pour éviter d'avoir à se préparer dans la précipitation. Fière d'elle-même, la jeune fille se dirigea vers la salle de bain d'un pas guilleret, prenant soin de ne pas faire trop de bruit pour laisser Tikki profiter de quelques instants de sommeil supplémentaires.

Une bonne douche et un petit-déjeuner plus tard, Marinette était de retour dans sa chambre pour y être chaleureusement accueillie par son kwami qui s'était réveillé entre temps. Recueillant sa minuscule amie entre ses mains, Marinette déposa un affectueux baiser sur son front avant de lui donner quelques cookies qu'elle avait ramené de la cuisine, puis elle la laissa grignoter tranquillement tandis qu'elle finissait de se préparer.

Marinette sortait à présent avec Adrien depuis suffisamment longtemps pour ne plus manquer de frôler l'attaque cardiaque suite à une brusque montée de stress, et c'est en sifflotant gaiement qu'elle fouilla dans son placard pour y sélectionner sa tenue. Arrêtant finalement son choix sur un pantacourt en jean et un léger chemisier sans manches, la jeune fille se changea rapidement avant de se diriger vers sa coiffeuse pour s'attaquer à sa brune chevelure qui cascadait pour l'instant librement sur ses épaules.

Elle rassembla avec adresse ses cheveux eu un haut chignon, un petit sourire satisfait se dessinant sur son visage tandis qu'elle contemplait le résultat de ses efforts dans le reflet que lui renvoyait son miroir. Lorsqu'elle allait en cours, elle restait fidèle à sa traditionnelle paire de couettes, mais quand elle sortait avec Adrien elle tentait régulièrement de faire preuve de plus de fantaisie dans ses coiffures. Tout ça pour le simple mais gratifiant plaisir de voir le regard du garçon s'illuminer en la voyant, de surprise d'abord, d'admiration ensuite.

Marinette posa sa brosse en poussant un petit soupir de contentement.

- « Tu es vraiment ravissante », la complimenta Tikki de sa voix musicale, avant de se frotter affectueusement contre la joue de Marinette.

- « Merci Tikki », répliqua la jeune fille avec un léger éclat de rire, avant de se lever pour attraper son sac et pour le passer par-dessus son épaule.

Son kwami s'y engouffra rapidement, puis les deux amies se mirent en route.


Alya, Nino, Marinette et Adrien se retrouvèrent devant le cinéma à l'heure prévue, au grand soulagement de Nino qui bouillait visiblement d'impatience, ne cessant de regarder une horloge voisine pour s'assurer qu'ils ne risquaient pas de rater le début de la séance. Le temps était absolument superbe, un grand soleil brillant dans le ciel bleu tandis qu'une légère brise agitait paresseusement les feuilles des arbres environnants. Il aurait presque été dommage de s'enfermer ainsi pendant deux heures au lieu de profiter de la météo particulièrement clémente de cette fin de matinée, mais le jeune apprenti DJ aurait très probablement hurlé au scandale si le moindre de ses amis avait eu l'audace de lui suggérer de renoncer à son film au profit d'une balade en plein air.

Les quatre adolescents achetèrent leurs tickets puis se dirigèrent vers la salle, pressés par Nino qui tenait à ce qu'ils s'attribuent les meilleures places possibles. Ils devaient impérativement s'installer au milieu, ni trop haut, ni trop bas. Et interdiction d'acheter du pop-corn pour ne pas risquer de rater des dialogues à cause du bruit. Souriant face aux strictes exigences du jeune garçon, ses amis s'exécutèrent néanmoins de bonne grâce, le suivant à travers les corridors tapissés de larges affiches de cinéma pour enfin atteindre l'immense pièce où serait diffusé le film.

Une très large centaine de minutes et un générique de fin plus tard, ils s'extirpèrent avec difficulté de leurs fauteuils avant de remonter lentement le couloir du cinéma, tout en échangeant gaiement leurs impressions. Nino était absolument extatique, ne tarissant pas d'éloge sur le film.

- « Ce combat final ! », s'exclama-t-il sous le regard amusé de ses amis. « Vous avez vu ces effets spéciaux ? C'était juste G-E-N-I-A-L. Je crois bien que c'est le meilleur film d'action que j'ai vu depuis des années. Et le passage où le héros… »

Marinette cessa un instant de prêter attention au discours dithyrambique de Nino lorsque les quatre jeunes gens sortirent du cinéma pour se retrouver de nouveau dans les rues de Paris, fronçant les sourcils alors qu'elle levait les yeux vers le ciel. Le temps avait drastiquement changé durant les deux heures qu'avait duré la séance.

La brise légère qui faisait doucement danser les feuilles des arbres lorsqu'ils étaient arrivés s'était à présent transformée en vent d'orage, soufflant avec force tandis que de lourds nuages roulaient maintenant dans les cieux. Les adolescents regardèrent un instant cette inquiétante masse sombre et mouvante, ondulant sous l'effet de violentes bourrasques qui lui donnaient l'allure d'un océan de brume au fond duquel se dissimulait le soleil.

- « Mmm, je suis pas sûr qu'un repas en terrasse soit une si bonne idée que ça… », lança Adrien d'un ton sceptique, regardant des drapeaux claquer furieusement en haut un bâtiment voisin.

- « Au pire, on se réfugiera à l'intérieur », répliqua joyeusement Alya tandis que ses mèches rousses voletaient avec force autour de son visage. « Allons-y, j'ai faim ! »

Entrainant ses amis à sa suite, elle s'avança d'un pas décidé à travers les rues de la capitale.


Chemin faisant, ils passèrent tous les quatre devant une petite salle de spectacle qu'affectionnait particulièrement Marinette. Elle était nichée dans un ravissant immeuble, dont le charme était malheureusement atténué par la présence d'un immense échafaud partant à l'assaut du bâtiment voisin, en raison d'une visible réfection de façade.

La jeune fille s'excusa un instant auprès de ses amis, souhaitant profiter de l'occasion pour aller récupérer le programme des manifestations à venir. Traversant rapidement la rue, elle pénétra dans la salle de spectacle pour en ressortir un instant plus tard, un prospectus à la main.

Le vent soufflait toujours avec force, faisant violement claquer l'auvent de toile sous lequel se trouvait à présent Marinette.

Et en l'espace de quelques fractions de secondes, tout bascula.

En haut de l'échafaudage, une forte rafale arracha brutalement une immense plaque de tôle ondulée, la gigantesque pièce de métal n'étant à présent plus retenue que par un mince filet de protection qui ne tarderait certainement pas à céder à son tour.

Alertée par le bruit tonitruant du panneau qui battait avec force contre l'armature métallique, Marinette tourna sur elle-même, parfaitement consciente que ce son semblait signaler un désastre imminent, mais incapable d'en déterminer l'origine avec précision. Aveuglée par l'auvent tendu au-dessus d'elle, elle se trouvait dans l'impossibilité de distinguer l'immense plaque métallique qui menaçait de s'écraser sur elle à tout instant. De l'autre côté de la rue, ses amis prirent conscience de la situation avec effroi et tentèrent désespérément de lui hurler de rentrer se mettre à l'abri, mais le vent de tempête qui balayait les artères de la capitale emporta avec lui leurs cris d'avertissement.

Avant que quiconque n'ait pu esquisser le moindre geste, la plaque de tôle acheva de se détacher, emportée par une ultime bourrasque. Elle dégringola l'échafaudage dans un fracas assourdissant, se précipitant implacablement vers la jeune fille qui se trouvait une dizaine de mètres plus bas.

Un hurlement de terreur eut à peine le temps de naître sur les lèvres horrifiées de Nino et d'Alya qu'une ombre noire jaillit entre eux, traversant la rue à une vitesse surhumaine pour se précipiter vers leur amie.

Tout en déclenchant son pouvoir, Chat Noir se rua sur Marinette, la saisissant par la taille à l'aide de sa main libre pour la faire brusquement basculer au sol. Tandis qu'il faisait bouclier de son corps, il tendit désespérément son autre bras vers le ciel.

Juste à temps.

La plaque rebondit sur l'armature métallique dans un ultime et assourdissant bruit, avant de déchirer violement l'auvent pour fondre droit sur les deux adolescents recroquevillés au sol. Les doigts gantés de Chat Noir rencontrèrent le panneau métallique, le désagrégeant instantanément en un nuage de poussière de couleur rouille qui fut aussitôt emporté par le vent. Seule l'immense entaille dans la toile qui pendait au-dessus de leur tête trahissait à présent le désastre auquel ils venaient d'échapper de peu.

Toute la scène n'avait pas duré plus de quelques secondes, mais cela avait semblé une éternité à Chat Noir.

Tremblant de tous ses membres, il tourna son visage vers Marinette. La peau de porcelaine de la jeune fille était inhabituellement pâle, toute couleur ayant déserté de ses joues tandis que ses lèvres qui étaient d'ordinaire d'un joli rose semblaient avoir blêmit elles aussi. Ses immenses yeux bleus étaient rivés sur le visage de Chat Noir, livide lui aussi.

- « Tu vas bien ? », souffla le jeune héros d'une voix blanche, ses yeux verts dilatés d'inquiétude scrutant avec attention la jeune fille, cherchant sur elle la moindre trace de blessure.

- « Oui, je… Je n'ai rien », balbutia Marinette, encore sous le choc. « Chat, je… Merci. Si tu n'avais pas été là… »

Elle s'interrompit lorsque Chat Noir se pencha vers elle, la serrant dans ses bras avec autant de force que s'il souhaitait ne jamais la laisser repartir. Marinette lui rendit son étreinte avec ferveur, enfouissant son visage contre son cou. Leurs cœurs battaient trop fort, trop vite, cognant avec violence contre leurs cages thoraciques. Marinette était assourdie par les lourdes pulsations de son sang dans ses tempes, tandis que le souffle haché de Chat Noir caressait sa joue. La poitrine du héros se levait et s'abaissait à un rythme bien trop rapide et irrégulier tandis qu'il peinait visiblement à retrouver son calme.

- « Marinette ! »

Le cri angoissé d'Alya les ramena brutalement à la réalité, et Chat Noir relâcha brusquement son étreinte tout en se relevant d'un geste souple, tandis que la jeune fille restait à terre, ses jambes refusant encore de lui obéir.

- « Oh, Marinette, est-ce que ça va ? J'ai eu tellement peur ! », s'écria la jeune apprentie journaliste alors que son amie hochait la tête pour lui confirmer qu'elle n'avait rien.

Alya se tourna ensuite vers Chat Noir, le serrant brièvement dans ses bras sous le regard stupéfait de Marinette. Surpris, le jeune héros se raidit légèrement à son contact, ne sachant trop comment réagir.

- « Merci, Chat Noir », déclara Alya d'une voix émue. « Je ne veux même pas penser à ce qu'il se serait passé si tu n'étais pas intervenu. »

La jeune fille recula ensuite d'un pas, une main toujours familièrement posée sur l'épaule du héros. Derrière elle, Nino le fixait en fronçant légèrement les sourcils, manifestement partagé entre l'envie de l'interroger sur sa soudaine présence aux côtés de Marinette alors qu'il avait explicitement assuré qu'il ne s'approcherait plus d'elle, et celle de le remercier pour avoir sauvé son amie.

- « Bon, sur ce, je vais y aller », lança brusquement Chat Noir, ne souhaitant guère laisser le temps à ses amis de s'interroger sur l'incongruité de la situation.

Il tenta d'amorcer un pas en arrière, mais la poigne ferme d'Alya l'empêcha de s'éloigner.

- « Attend un instant », l'arrêta-t-elle, une lueur indéchiffrable brillant à présent dans son regard. « Il y avait une quatrième personne avec nous, et je ne sais pas où il est passé. Adrien Agreste. C'est un mannequin assez célèbre, je suppose que tu dois le connaitre. Tu ne l'aurais pas vu ? »

Chat Noir sentit soudain sa gorge s'assécher et il dû lutter de toutes ses forces contre une instinctive envie de fuir. Sans même qu'il s'en rende compte, ses pupilles s'étaient imperceptiblement dilatées, son cœur s'était mis à battre à grands coups dans sa poitrine et il avait légèrement plié les genoux, comme s'il se préparait involontairement à s'échapper le plus loin possible d'Alya et de ses bien trop dangereuses intuitions. Une désagréable sensation de malaise s'empara insidieusement de lui tandis qu'il espérait avec ferveur que la question de son amie n'était rien d'autre qu'une innocente inquiétude au sujet d'Adrien.

Priant de toutes ses forces pour que le regard acéré d'Alya ne note pas son soudain trouble à la mention de son alter-ego, Chat Noir tenta de sourire en affectant un air faussement détaché.

- « Adrien Agreste ? », répliqua-t-il d'une voix dont il réussit miraculeusement à maitriser le tremblement. « Je vois qui c'est, mais je n'ai pas vraiment fait attention. Mais ne t'inquiète pas, je suis sûr qu'il va bien. Maintenant, si tu veux bien m'excuser… »

- « Une minute, » le coupa Alya, « Je n'en ai pas encore tout à fait fini avec toi. »

Elle avait encore raffermit sa prise sur l'épaule du héros, ses doigts s'enfonçant telles des serres dans son costume. Nino lui jeta un coup d'œil interloqué, se demandant avec inquiétude si Alya ne comptait pas sermonner Chat Noir de la même façon qu'il l'avait lui-même fait quelques jours plus tôt.

Toujours assise à terre, Marinette assistait avec impuissance à la confrontation, son regard voyageant frénétiquement entre les visages de sa meilleure amie et de son partenaire pour tenter de deviner la tournure que prendrait la conversation. La jeune fille avait sensiblement pâli, attendant avec angoisse les prochaines paroles d'Alya.

- « Parce que vois-tu, mon chaton », reprit soudain la jeune apprentie journaliste d'une voix dangereusement douce, « J'ai comme l'impression qu'on ne risque pas de voir Adrien tant que tu es dans les parages… »


Haaa, j'avais hâte d'arriver à ce passage xD . J'espère que le chapitre vous a plu.

Sinon, on a passé le cap des 100 reviews, c'est juste fou ! *^* Merci, merci et merci encore ! Vous n'imaginez même pas à quel point vos commentaires me touchent et m'encouragent, c'est super motivant ! Mille fois merci *^* !