L'espace d'un instant, Chat Noir se figea sur place.

Bouche bée, il fixa Alya, son cerveau refusant un instant de croire ce que son amie pouvait bien être en train de sous-entendre.

Elle sait ?

Non.

Non non non non non.

Ce n'était pas possible.

Tandis qu'il sentait un filet de sueur glacée descendre avec une insupportable lenteur le long de sa colonne vertébrale, Chat Noir dû faire un extraordinaire effort pour continuer à afficher une apparence sereine. Respirer lentement. Contrôler ses mouvements, ses paroles. Essayer de détendre ses muscles qui se crispaient sous l'effet de la tension. Tenter de maitriser les violents battements de son cœur qui cognait à s'en fracasser contre ses côtes.

Ne pas se trahir.

Ne surtout pas se trahir.

Tout ceci n'était peut-être qu'un terrible malentendu.

- « Excuse-moi, mais je ne vois pas ce que tu veux dire », répliqua légèrement Chat Noir en réussissant miraculeusement à afficher son sourire le plus charmeur. « En tout cas ne t'inquiètes pas pour ton ami, je suis sûr qu'il ne doit pas être loin », conclut-il tout en agitant négligemment la main d'un air faussement détendu.

- « Oh, j'en suis sûre aussi », rétorqua immédiatement Alya, une indéniable lueur triomphale dansant au fond de ses yeux. « Je dirais même qu'il est à portée de main », rajouta-t-elle en exerçant de nouveau une significative pression sur son épaule.

Chat Noir tressaillit presque imperceptiblement.

Elle sait.

Il déglutit péniblement, tandis qu'à ses côtés Marinette trouvait enfin la force de se relever. Il lui jeta un bref coup d'œil, enregistrant presque inconsciemment qu'elle était maintenant dangereusement pâle, plus encore que lorsque qu'il l'avait secourue quelques instants plus tôt. Ses mains étaient crispées autour la lanière de son sac, mais ce n'était hélas guère suffisant pour réussir à dissimuler le violent tremblement qui les agitait à présent.

Inconsciente de l'état de profonde détresse dans lequel elle plongeait son amie et Chat Noir, Alya jubilait littéralement, ayant du mal à contenir son excitation tandis qu'elle savourait le fait de pouvoir enfin confronter le héros à son hypothèse.

Le regard de Nino allait d'Alya à un Chat Noir littéralement pétrifié, en passant par Marinette dont le visage se décomposait de seconde en seconde. Le jeune garçon vacilla sur ses jambes lorsqu'il comprit brusquement ce que sous-entendait l'apprentie-journaliste, fixant ses yeux abasourdis sur Chat Noir tout en semblant avoir du mal à prononcer la moindre parole cohérente face à cette soudaine révélation.

- « Attends… » balbutia-t-il, « Tu n'es pas en train de dire que… qu'il est… que c'est… Non, ce n'est pas possible… »

- « Oh, je crois au contraire que c'est parfaitement possible », répliqua Alya d'un ton sans équivoque, retenant toujours fermement le partenaire de Ladybug par l'épaule. « Alors, Chat Noir, qu'est-ce que tu as à dire ? »

La gorge sèche, le jeune héros se trouvait pour une des rares fois de sa vie à courts de mots. Il se sentait tel un animal pris au piège, acculé sans la moindre possibilité de fuite.

Elle sait.

De plus en plus nerveux, si tant est que ça soit encore possible, il jeta des coups d'œil fébriles aux alentours. Pour ne rien arranger à son intenable situation, des passants interloqués par sa présence ralentissaient lorsqu'ils arrivaient à proximité du quatuor, les dévisageant avec une curiosité non dissimulé.

Et enfin, histoire de couronner le tout, son miraculous décida de se rappeler à son bon souvenir pile à cet instant, se mettant à biper pour lui signifier qu'il ne lui restait plus que quelques instants avant sa détransformation.

C'était un véritable désastre.

- « Alya… », laissa échapper Marinette d'une voix suppliante.

Lançant un regard incisif à sa meilleure amie, Alya sembla saisir le message. Elle se tourna de nouveau vers Chat Noir, le visage soudain pensif tandis que l'ombre de son triomphant sourire s'attardait encore sur ses lèvres. Bien qu'elle soit manifestement heureuse de constater la justesse de ses déductions, elle ne tenait pas pour autant à forcer le héros à révéler son identité en pleine rue, au contraire.

- « Il y a ce café en face du parc, à deux rues d'ici. Ils ont une petite terrasse à l'arrière, je pense que ça pourrait être un excellent endroit pour retrouver Adrien », lança-t-elle à l'attention du héros. « Qu'est-ce que tu en dis ? »

- « Ça me semble très bien », approuva-t-il d'une voix blanche, ne sachant guère quoi répondre d'autre.

Il était clairement à court d'options. Coincé, acculé, sans aucune autre porte de sortie que celle que venait de gracieusement lui offrir Alya.

- « Parfait, alors on fait comme ça », répliqua Alya en le lâchant enfin. « A très bientôt, Chat Noir », lui lança-t-elle avec un clin d'œil appuyé.


Le héros se hâta de regagner les hauteurs, tandis qu'Alya, Nino et Marinette se dirigèrent vers le café où ils devaient retrouver Adrien.

La jeune apprentie journaliste ouvrait victorieusement la marche, bravant d'un pas assuré le vent de tempête qui balayait la rue tandis que ses boucles rousses formaient une flamboyante couronne autour de son triomphant visage. Quelques foulées derrière elle, Nino peinait à soutenir le rythme tant Alya était impatiente de rejoindre leur camarade.

Tous deux étaient suivis de près par une Marinette plus morte que vive, qui n'arrivait même plus à réfléchir tant ses pensées alarmées tourbillonnaient sans répit sous son crâne. La jeune fille était dans un tel état d'affolement que la maitrise de sa respiration lui échappait, son corps ayant manifestement décidé d'imposer instinctivement un tempo effréné au moindre de ses organes. Son cœur battait à en exploser, cognant avec une force inouïe entre ses côtes tandis que ses poumons fonctionnaient eux aussi à un rythme trop rapide. Bien, bien, trop rapide.

Au milieu de cet état de confusion et de terreur mêlées surnageait une seule idée, incrustée dans son esprit telle une marque au fer rouge.

« Chat Noir a été démasqué. »

C'était une certitude absolue. Marinette connaissait trop bien sa meilleure amie pour avoir encore la moindre illusion à ce sujet. Les insinuations d'Alya reflétaient clairement sa profonde conviction quant à l'identité de celui se cachait derrière le masque du jeune héros.

Et elle avait donné rendez-vous à Adrien en s'adressant à Chat Noir.

Alya savait. Elle savait qui était Chat Noir, et elle avait compris que Marinette était au courant elle aussi.

Dans l'esprit de la jeune fille qui s'efforçait pour le moment de ne pas céder au sombre désespoir qui menaçait de la submerger à tout instant, il ne faisait également aucun doute que sa meilleure amie ne tarderait pas à faire le lien avec son propre alter-ego. Si elle avait trouvé Chat Noir, il lui serait facile de démasquer Ladybug. Ce n'était plus qu'une question de temps. Il était même curieux qu'elle n'ait pas encore fait le lien entre l'héroïne de Paris et elle.

Essayant de ne pas se laisser gagner par une bien légitime panique, la jeune fille tenta désespérément de se forcer à réfléchir. Son cerveau lui semblait comme gelé, refusant de venir à son secours alors que le secret de son partenaire avait visiblement volé en éclat et que le sien ne tarderait certainement pas à faire de même. Que faire ? Son brillant esprit d'analyse lui faisait désespérément défaut au moment où elle aurait eu le plus besoin de lui, la terreur paralysant insidieusement la moindre de ses pensées.

Devait-elle attendre, espérant que par un miraculeux hasard sa meilleure amie ne fasse pas le rapprochement entre Ladybug et elle à présent qu'elle connaissait la véritable identité de Chat Noir ?

Devait-elle au contraire prendre Alya de vitesse sur ses déductions, et tout lui avouer ? Marinette n'était pas sûre d'en avoir le courage, appréhendant avec angoisse la réaction de son amie si elle venait à lui révéler ce qu'elle dissimulait depuis tant de temps.

Non.

Non, elle avait trop peur.

Il fallait d'abord qu'elle retrouve Adrien.

Son fidèle allié, son cher et irremplaçable partenaire.

Ils avaient toujours été plus forts ensembles que lorsqu'ils étaient seuls. C'était déjà vrai avant qu'ils ne découvrent leurs identités respectives, et ça l'était encore plus qu'aujourd'hui. Avec lui à ses côtés, elle pourrait peut-être affronter cette tempête sans en sortir en miettes.


Le trio atteignit bientôt sa destination, traversant l'établissement pour rejoindre l'arrière-cour battue par les vents.

Adrien se trouvait assis à une table isolée au fond de la terrasse, visage enfoui entre ses bras croisés. Il releva la tête lorsque ses amis arrivèrent à son niveau et s'installèrent à ses côtés.

- « Chat Noir », le salua Alya, un large sourire satisfait la faisant littéralement rayonner d'allégresse.

Adrien poussa un immense soupir tout en se redressant lentement.

- « Alya », répondit-il sans même prendre la peine de démentir, se grattant nerveusement l'arrière du crâne et fuyant son regard pour accrocher celui de Marinette.

Sous la table, la jeune fille tendit la main vers lui pour saisir la sienne entre ses doigts tremblants, la serrant de toutes ses forces comme pour puiser dans ce contact le courage d'affronter la conversation qui n'allait pas manquer de suivre.

Adrien lui répondit d'un pâle sourire, se raccrochant désespérément à elle. Sa propre peur se reflétait dans les immenses yeux bleus de Marinette, mais quelque chose d'autre perçait peu à peu au fond du regard de la jeune fille. Au-delà de la panique absolue que ressentait sa partenaire commençait à briller la farouche détermination qui la caractérisait, son esprit indomptable refusant dans un sursaut d'orgueil de se rendre sans combattre.

Elle hocha légèrement la tête, lui signifiant que malgré ses craintes, elle n'hésiterait à se jeter dans cette bataille à ses côtés.

Ensemble.

Les yeux étincelants d'excitation, Alya bouillait visiblement d'impatience à l'idée de pouvoir enfin interroger le héros de Paris tout en lui dévoilant comment elle en était finalement venue à le démasquer. C'était son moment de gloire, l'aboutissement de jours entiers à tourner et retourner faits, hypothèses et conclusions dans sa tête, tandis que l'identité de Chat Noir se dessinait peu à peu avec certitude dans son esprit.

- « Alors », commença Adrien d'une voix hésitante, « Comment est-ce que tu as deviné ? »

- « C'est l'histoire du baiser qui m'a mise sur la voie », expliqua fièrement Alya, relevant le menton alors que sa voix vibrait d'enthousiasme. « Je ne l'ai pas réalisé sur le coup, c'est quand j'y ai repensé plus tard que je me suis rendue compte qu'il y avait un truc qui clochait. Marinette n'a pas paniqué quand Chat Noir l'a embrassée. Elle a paniqué après. Quand elle a réalisé qu'on l'avait vue. »

Alya s'interrompit quelques secondes, savourant l'instant alors qu'elle était visiblement ravie de pouvoir enfin faire part de ses déductions à ses amis. L'apprentie journaliste irradiait de bonheur et de fierté tandis qu'elle agitait les mains dans tous les sens, absolument surexcitée par la situation. En contraste avec la vive agitation de la jeune fille, Nino restait au contraire curieusement immobile, semblant encore paralysé par le choc de cette brutale révélation. Il ne prenait pas part à la conversation, laissant Alya mener la discussion tandis qu'il fixait Adrien avec une expression si perplexe qu'elle en aurait presque été comique dans d'autres circonstances.

- « A partir de là, je ne voyais plus que deux solutions », poursuivit Alya en levant deux doigts en direction de ses amis. « Option un : Marinette trompe Adrien avec Chat Noir. Ce qui me paraissait personnellement assez peu crédible, je suis assez bien placée pour savoir à quel point elle tient à toi », rajouta-t-elle avec un petit clin d'œil malicieux à Marinette qui se tassait sur elle-même comme pour tenter de disparaître sous terre. « Option deux : Si elle ne trompe pas Adrien, alors Adrien EST Chat Noir », acheva-t-elle triomphalement.

Adrien déglutit péniblement, cherchant ses mots. A présent qu'il était dos au mur, il voulait en savoir plus, mais il ne devait surtout pas oublier de surveiller les moindre de ses paroles. Prendre garde à ne rien dire qui risque de trahir le secret de Marinette.

- « Tu me soupçonnais depuis tout ce temps ? Alors pourquoi… pourquoi est-ce que tu ne n'as rien dit ? », demanda-t-il à sa camarade avec une sincère curiosité.

Non pas qu'il se serait attendu à ce qu'Alya dévoile aussitôt son identité dans le Ladyblog, mais il s'étonnait qu'elle n'ait pas au moins cherché le confronter en privé.

- « J'avoue que j'avais encore un doute. Enfin, jusqu'à aujourd'hui. Disons qu'avant j'étais sûre à 98% et que c'est passé à 100% tout à l'heure, quand j'ai réalisé que tu avais mystérieusement disparu alors qu'au même moment Chat Noir apparaissait de nulle part.»

Toute à sa joie d'avoir vu se confirmer son hypothèse, la jeune apprentie journaliste laissa échapper un claquement de langue de satisfaction.

Elle se pencha ensuite de nouveau vers Adrien, dont la bouche se tordit en un étrange sourire alors qu'il s'efforçait de faire bonne figure en dépit de la situation. Jamais il n'avait eu autant la glaçante impression d'être sur le banc des accusés, face à sa camarade qui dévoilait avec délice les résultats hélas terriblement justes de son enquête. Sa voix était beau être sincèrement amicale, elle sonnait aux oreilles d'Adrien comme autant de menaces potentielles pour sa partenaire.

- « Mais au début j'ai eu du mal à comprendre que tu pouvais être lui », poursuivait Alya avec entrain. « J'ai mis un peu de temps à faire le lien parce que tu sors avec Marinette, et que j'ai toujours été persuadée que Chat Noir était amoureux de Ladybug… »

Au moment même où ces mots franchissaient les lèvres d'Alya, la jeune apprentie journaliste pâlit brusquement. Ses yeux s'écarquillèrent tandis qu'elle chancelait légèrement sur sa chaise, semblant être prise d'un soudain vertige.

- « Oh… Quelle idiote », murmura-t-elle d'une voix blanche. « Bien sûr que Chat Noir est amoureux de Ladybug. Chat Noir a toujours été amoureux de Ladybug. »

- « Hey, j'espère que tu n'es pas en train de sous-entendre qu'Adrien trompe Marinette avec Ladybug ? », l'interrompit vivement Nino, sortant d'un coup de sa torpeur. « Je te rappelle que tu as presque menacé de m'arracher la tête avec les dents lorsque j'ai dit que Marinette sortait sûrement avec Chat Noir... »

Mais Alya ne l'écoutait plus. Son regard étant à présent rivé sur Marinette, la dévisageant avec une sorte d'horreur incrédule, comme si elle venait d'apercevoir un fantôme. Elle tendit lentement la main, saisissant délicatement le menton de son amie entre ses doigts pour faire tourner son visage, le scrutant sous tous les angles. Si Marinette était déjà pâle auparavant, sa figure avait à présent pris un teint cadavérique tandis que ses traits se décomposaient sous le regard inquisiteur de sa meilleure amie.

Alya la regardait comme si elle la voyait pour la première fois.

- « Ladybug… » articula-t-elle d'un ton plaintif, semblant presque espérer un vif démenti de la part de Marinette.

Mais celle-ci était incapable de prononcer le moindre mot.

Tétanisée par le choc et par la peur, c'est à peine si elle remarqua que la main d'Adrien s'était brusquement crispée autour de la sienne, la serrant de toutes ses forces. D'une lividité cadavérique, Marinette ouvrit la bouche pour répliquer, sans réussir à émettre ne serait-ce qu'un son. Son esprit confus ne lui suggérait pas la moindre parole à répliquer, tandis que sa gorge était si sèche que ses cordes vocales lui semblaient avoir été frottées au papier de verre.

Jamais parler n'avait été aussi difficile.

Tandis qu'elle tentait de retrouver sa maîtrise de sa voix, son cœur s'était mis à battre à tout rompre dans sa poitrine, résonnant avec tant d'intensité dans tout son corps qu'il lui semblait entendre de massifs tambours tonner sous son crâne. L'écho de ces lourdes pulsations était si fort dans ses tempes que c'est à peine si elle réussit à entendre son amie.

- « Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit ? », gémit Alya, incrédule.

Marinette se tassa légèrement sur sa chaise, honteuse.

Son amie avait l'air sincèrement blessée par son manque de confiance. Trahie.

- « Je ne… je ne pouvais pas… », laissa-t-elle échapper d'une voix faible, retrouvant enfin l'usage de la parole. « Personne ne devait être au courant… »

- « Pourtant visiblement Adrien le savait bien », rétorqua aussitôt Alya.

Elle s'apprêtait visiblement à poursuivre lorsqu'elle s'interrompit brusquement, se taisant un instant alors qu'elle semblait réaliser soudainement quelque chose. Ses yeux s'écarquillèrent un peu plus encore, avant qu'une vive lueur de colère ne s'y allume.

- « Attend… Quand Ladybug a perdu un livre, c'était ton manuel d'histoire ? Et l'autre fois… C'était bien ta carte de cantine ? »

L'air coupable, Marinette hocha lentement la tête, incapable de soutenir plus longtemps le regard incandescent de son amie. Celle-ci resta un instant interdite, ne semblant en croire ses oreilles.

- « Et je… et tu… Et tu ne m'as rien dit ? Tu savais à quel point cette histoire m'a blessée et tu n'as rien dit ? » s'écria-t-elle d'une voix où l'incrédulité se disputait à la déception. « Et quand Chat Noir t'as embrassée, je t'ai soutenue contre tout le monde ou presque, même avant que je soupçonne Adrien ! J'ai été à tes côté, tout le temps. Est-ce que ça t'aurais coûté si cher d'arrêter de me prendre pour une idiote ? De me faire confiance et de me dire que tu étais Ladybug ? »

- « Pour que tu le cries aussitôt sur le Ladyblog ? », répliqua immédiatement Marinette d'un ton vif.

Avant de tout de suite plaquer ses mains sur sa bouche, laissant échapper un hoquet d'horreur étouffé. Cette éprouvante situation l'avait tant mise à bout de nerfs que ses paroles avaient dépassées sa pensée, exprimant un cauchemardesque scénario auquel elle-même ne croyait pas.

Mais le mal était fait.

Alya avait blêmit, se redressant avec autant de force que si sa meilleure amie venait de la frapper. Tout aussi pâle qu'elle, Marinette se pencha vers la jeune fille, tendant désespérément une main suppliante vers elle.

- « Alya ! Non ! Je… Non, je ne voulais pas dire… »

Ses paroles moururent sur ses lèvres alors qu'Alya se levait brusquement, tout lui jetant un regard glacial qui la fit frémir de la tête aux pieds.

Qu'avait-elle fait ?

Sans mot dire, sa meilleure amie s'écarta vivement de la table, tournant les talons pour s'enfuir à toutes jambes en direction des rues de Paris. Incrédule, Nino lança un coup d'œil affolé à ses camarades, avant de se lever à son tour pour partir à la poursuite d'Alya.

Stupéfait par l'explosive tournure des événements, Adrien se tourna vers Marinette.

La jeune fille semblait tétanisée, tandis que son visage était si pâle qu'elle aurait pu passer pour une statue de cire si un violent tremblement n'avait pas commencé à agiter ses membres. Elle était manifestement en état de choc, n'en revenant toujours pas de la virulence de l'échange qu'elle venait d'avoir avec sa meilleure amie.

Tendant prudemment la main vers elle, Adrien effleura légèrement son épaule.

Marinette sursauta brusquement, comme parcourue par une vive décharge électrique, arrachant presque un hoquet de stupeur au jeune héros.

- « Ma… ma Lady ? », balbutia-t-il, surpris par la violence de sa réaction.

Sa partenaire leva vers lui un regard dans lequel se lisait toute la détresse du monde, ses dents claquant tandis qu'elle tentait de maîtriser les trémolos qui altéraient sa voix.

- « Oh, Adrien… Qu'est-ce que… Qu'est-ce que j'ai fait ? »


Les deux adolescents se dirigèrent à pas lourds en direction de la boulangerie des Dupain-Cheng, Adrien ayant insisté pour raccompagner Marinette chez elle après le terrible fiasco auquel ils venaient de prendre part bien malgré eux.

Faisant taire la petite voix empoisonnée qui lui murmurait insidieusement que tout ceci était entièrement de sa faute et de celle de son stupide baiser, le jeune garçon s'efforçait désespérément de réconforter sa partenaire.

- « Je ne comprends même pas pourquoi j'ai dit ça… », répétait-elle sans cesse d'une voix défaite. « Je sais… Je sais très bien qu'elle n'aurait jamais dit que je suis Ladybug… »

Passant son bras autour de ses épaules, de sa taille, ou encore serrant sa main dans la sienne tandis qu'ils continuaient d'avancer dans les venteuses rues de Paris, Adrien se penchait alors vers elle, murmurant au creux de son oreille toutes les paroles d'encouragement qui pouvaient lui traverser l'esprit.

Il avait l'impression de ne lui être que d'un piètre secours, mais lorsqu'ils arrivèrent finalement devant chez elle, Marinette se tourna vers lui pour se blottir dans ses bras.

- « Merci, chaton », chuchota-t-elle faiblement tout en passant ses bras autour de son dos, le serrant contre elle de toutes ses forces. « Merci. »

Ce sincère élan de reconnaissance fut une piètre consolation pour Adrien qui se sentait terriblement impuissant, ne supportant pas de voir sa Lady aussi dévastée mais ne sachant que faire pour l'aider à arranger la situation. Écartant du front de la jeune fille quelques mèches folles que des rafales de vent avaient délogées de son chignon, Adrien se pencha vers elle pour déposer un doux baiser sur son front.

- « Tu es sûre que ça va aller ? », lui demanda-t-il pour la énième fois.

- « C'est entre Alya et moi », répliqua Marinette avec un petit sourire triste. « Je vais… je vais lui laisser un peu de temps, puis j'essayerai de l'appeler. Je suis sûre qu'elle me laissera lui expliquer », poursuivit-elle en affichant une assurance qu'elle ne ressentait guère.

Adrien ne fut pas dupe. Mais respectant la volonté de Marinette, il l'embrassa une dernière fois avant de la laisser pour rentrer à son tour chez lui, le cœur lourd.


Le temps qu'il regagne son domicile, Adrien avait atteint un tel niveau de stress qu'il n'était à présent certainement guère loin de la crise de nerfs. Lors du trajet vers la boulangerie, toute son attention avait été focalisée sur Marinette, alors qu'il s'efforçait de garder son calme pour pouvoir tenter de la réconforter au mieux suite au foudroyant départ d'Alya. Mais une fois qu'il avait quitté sa partenaire, son cerveau avait été laissé libre de faire ressurgir ses propres craintes, et rien ne semblait pouvoir le flot de pensées paniquées qui déferlait à présent dans son esprit.

Le jeune héros se hâta de rejoindre sa chambre, libérant un Plagg plus grincheux que jamais avant de se mettre à marcher de long en large dans l'immense pièce et de se remettre à ruminer ses sombres réflexions.

Il s'était plus d'une fois demandé comment ses amis pourraient réagir s'ils découvraient son secret ou celui de Marinette, et le scénario qui venait de se dérouler aurait hélas clairement eu sa place parmi les plus cataclysmiques qu'il avait imaginés.

La réaction d'Alya avait été absolument catastrophique. Il n'y avait pas d'autre mot.

Mais Adrien ne savait pas quoi penser de celle de Nino.

Durant toute la confrontation, son meilleur ami été resté étrangement calme. Bien, bien trop calme, à mille lieux de l'exubérant garçon qu'il pouvait être. Pour Adrien, il ne faisait aucun doute que cette attitude n'était rien d'autre que le signe que Nino avait été trop choqué par la nouvelle pour dire quoi que ce soit, et que sa véritable réaction se faisait encore attendre. Après tout, Alya elle-même avait été violement surprise alors qu'elle savait déjà qu'il était Chat Noir, tandis que Nino avait dû quant à lui affronter le choc des deux révélations.

Adrien se souvenait encore de la façon dont son meilleur ami l'avait fixé, les yeux emplis d'une stupeur incrédule tandis que l'expression abasourdie qui se lisait sur son visage était l'illustration même de l'étonnement.

Mais il n'y avait eu aucune trace de colère. Pas encore.

C'était cependant clairement ce qu'Adrien appréhendait le plus. Il avait peur, terriblement peur que Nino ne lui en veuille profondément de lui avoir caché l'existence de sa double vie et qu'il ne pense que cette dissimulation n'était rien d'autre qu'une preuve de manque de confiance. Cette crainte le faisant trembler jusqu'au plus profond de son être, hachant sa respiration tandis que son souffle se faisait fébrile et faisant violement s'agiter son cœur au creux de sa poitrine. A l'exception notable de Marinette, Nino était sans nul doute la personne dont il était le plus proche. Il était son meilleur ami, son fidèle confident pour tout ce qui ne concernait pas son héroïque alter-ego, la personne avec qui il avait tissé des liens presque fraternels. Quelqu'un avec qui il pouvait parler de tout et de rien sans se sentir jugé, qui le traitait simplement comme un garçon comme les autres et non comme le fils de son illustre père. Quelqu'un sans qui son quotidien aurait certainement été autrement plus terne. Quelqu'un qui n'avait pas hésité à se dresser devant un héros pour prendre sa défense et celle de Marinette.

Nino lui-même ne soupçonnait probablement l'importance qu'il avait aux yeux d'Adrien.

Le jeune héros ne savait pas ce qu'il ferait s'il devait perdre son amitié.

- « Il faut que je lui parle... », murmura-t-il.

- « Alors parle-lui ! », ronchonna Plagg. « Salut, c'est Adrien, est-ce qu'on est toujours amis maintenant que tu sais que je suis Chat Noir ? C'est plutôt simple, non ? »

Adrien répondit d'un grognement inintelligible. En théorie, c'était simple, oui… Dans les faits, ça serait certainement une toute autre histoire.

- « Allons… », reprit son kwami d'un ton bourru, prenant manifestement pitié de la détresse du jeune garçon mais ne sachant guère comment lui manifester diplomatiquement son soutien. « Ce n'est pas en fuyant les problèmes que tu réussiras à aller mieux. Il t'en voudra peut-être au début, mais tu as confiance en ce gamin, non ? »

Appuyant son front brûlant contre l'une des froides vitres qui bordaient sa chambre, Adrien poussa un lourd soupir. Plagg avait raison, ce n'était pas le moment de resté pétrifié par la peur.

Et il croyait en Nino.

Leur amitié était plus forte que ça.

Maîtrisant difficilement le tremblement qui agitait ses doigts, le jeune garçon déverrouilla son téléphone, trouvant rapidement le numéro de son meilleur ami dans son répertoire. Son cœur battait avec tant de force qu'il semblait à Adrien que le lourd bruit des pulsations emplissait à présent toute la pièce, résonnant comme un tambour.

Fermant les yeux, Adrien prit une profonde inspiration.

Et appuya sur la touche d'appel.


Voilà voilà... Alya sait, Nino sait, et c'est le bazar. J'ai bataillé un peu avec ce chapitre x), j'ai dû réécrire pas mal de passages. J'espère que ça vous a plu :)

Sinon pour info on commence à se diriger doucement vers la fin de l'histoire, il doit rester environ encore 3 chapitres .

Merci de m'avoir lue, et mille merci pour les favs, follows et reviews