Les secondes semblèrent durer des heures, tandis que le téléphone d'Adrien sonnait désespérément dans le vide.
Et si Nino ne décrochait pas ?
S'il refusait de lui parler ?
Adrien était déjà en train de chercher fébrilement ce qu'il pourrait bien dire s'il devait tomber sur son répondeur, quand la voix de se meilleur ami résonna soudainement à ses oreilles.
- « Adrien ? »
S'en suivit le plus étrange début de conversation qui n'ait jamais eu lieu entre les deux adolescents, à l'exception peut-être de la fois mémorable où Nino avait confronté Chat Noir au sujet de son attitude envers Marinette. Ni l'un ni l'autre ne savait comment amorcer la discussion, et des silences gênés se succédaient à d'autres moments où tous deux se mettaient à parler en même temps, leurs mots se faisant inintelligibles tandis qu'ils balbutiaient d'incohérentes phrases.
Soudain, au beau milieu d'un nouveau silence, Nino éclata d'un rire incrédule.
- « Chat Noir, hein ? Woaw ! Sincèrement, je ne l'ai pas vu venir ! »
Adrien ferma un instant les yeux. Le rire de son meilleur ami diffusait de douces ondes de chaleur dans sa poitrine, chassant délicieusement la froide angoisse qui le glaçait depuis l'instant où son camarade avait appris l'existence de son héroïque alter-ego.
Nino avait l'air surpris. Encore presque septique, comme s'il avait toujours du mal à y croire.
Mais il ne semblait pas fâché, sa voix ne recelant aucune trace de colère tandis qu'il continuait de manifester son étonnement de l'autre côté du téléphone.
Adrien était soulagé.
Tellement, tellement soulagé.
Le jeune héros avait beau avoir acquis un certain savoir-faire en matière de gestion de disputes et de crises de colères grâce au volcanique caractère de Chloé, il se serait certainement retrouvé désemparé si son meilleur ami lui avait gardé rancune de cette histoire.
N'osant encore trop y croire, il interrompit le flot de paroles de Nino.
- « Et donc tu… tu ne m'en veux pas ? », s'inquiéta-t-il d'une voix médusée.
- « Ecoute », avoua son camarade, « Je te mentirai en te disant que je l'ai parfaitement bien pris sur le coup. Je veux dire, je me suis vraiment senti bête. »
Adrien ouvrit la bouche pour tenter de répondre, mais Nino ne lui laissa pas le temps de riposter.
- « Mais tu es mon meilleur ami, et pour moi ça n'implique pas que tu doives absolument tout me raconter », reprit-il d'un ton sans réplique. « Par contre ça veut dire que je dois te faire confiance et te soutenir. Et c'est ce que je vais faire. Même si je dois dire que… Wahou, quand même ! Chat Noir ? Franchement mec, tu ne fais vraiment rien comme tout le monde. »
Les doigts d'Adrien se crispèrent autour de son téléphone, le jeune héros luttant contre une immense vague d'émotion qui menaçait soudainement de l'engloutir tandis qu'il prenait toute la mesure des paroles de son ami. Il se pinça l'arête du nez de sa main libre, tentant de contenir les larmes émues qui s'apprêtaient à déborder de ses yeux verts.
- « Enfin bon, je suppose que tu avais tes raisons pour ne rien me dire », poursuivait Nino, inconscient du profond émoi dans lequel son discours plongeait son meilleur ami. « Mais maintenant, que les choses soient bien claires, tu me dois des tonnes d'explications ! N'espère pas t'en tirer à si bon compte ! »
Adrien parti d'un incontrôlable fou-rire devant le ton péremptoire de son ami, essuyant péniblement les larmes de soulagement qui roulaient à présent librement sur ses joues, traçant de brillant sillons sur sa peau.
Nino ne lui en voulait pas.
Ses éclats de rire contaminèrent rapidement son camarade et durant plusieurs minutes les deux adolescents furent incapables de prononcer la moindre parole, luttant désespérément pour retrouver leur calme tandis qu'ils riaient à en perdre haleine. Au-dehors, le temps personnifiait magnifiquement l'état d'esprit d'Adrien, le soleil daignant de nouveau faire son apparition alors que la tempête qui avait violement balayé les rues de Paris semblait enfin se dissiper.
Lorsque les deux garçons réussirent enfin à retrouver un semblant de sérénité, Adrien prit une grande inspiration. Si la réaction de Nino l'avait soulagé bien plus qu'il n'aurait su le dire, il n'en restait pas moins vivement préoccupé par un sujet particulier dont il devait impérativement discuter avec son meilleur ami.
- « Et Alya ? », demanda le jeune héros d'une voix légèrement tendue, ne réussissant pas à dissimuler totalement l'inquiétude que lui inspiraient à la fois la violente réaction de son amie et sa dispute non moins explosive avec Marinette.
Un long silence résonna un instant à l'autre bout du fil, avant que Nino ne reprenne la parole.
- « Je ne sais pas », soupira-t-il. « Je l'ai raccompagné chez elle et elle n'a pas voulu que je reste. »
Le jeune garçon s'interrompit un instant, cherchant ses mots.
- « C'est une fille géniale », reprit-il, « mais elle s'enflamme vite quand quelque chose lui tient à cœur et elle est aussi têtue qu'une dizaine de mules. Même si cette histoire avec Marinette l'a sûrement blessée, je pense qu'au fond elle était sûrement plus paniquée que réellement en colère. Et que maintenant elle ne doit plus savoir quoi faire. Mais bon », poursuivit-il d'un ton résolument optimiste, « tu peux compter sur moi, je vais essayer d'arranger les choses. Je vais retourner lui parler et je te tiendrai au courant. »
- « Je ne mérite vraiment pas d'avoir un ami comme toi », souffla Adrien, profondément reconnaissant.
- « Haha, je sais, mec », rétorqua Nino dans un malicieux éclat de rire. « Sur ce, Monsieur le héros, tu m'excuseras mais là j'ai deux demoiselles en détresse à sauver. »
Riant à cette dernière taquinerie de son ami, Adrien raccrocha avant de se laisser tomber bras en croix sur son lit. Un léger sourire flottait sur ses lèvres tandis qu'il poussait un lourd soupir de satisfaction.
Nino ne lui en voulait pas.
Cependant, il ne serait complètement soulagé que lorsque l'altercation entre Alya et Marinette ne serait plus que de l'histoire ancienne. Saisissant son téléphone entre ses doigts, il tenta d'appeler sa partenaire pour l'informer de la conversation qu'il venait d'avoir avec Nino et pour s'inquiéter de l'état de la situation entre elle et sa meilleure amie. La jeune fille ne répondit pas, contraignant Adrien à lui laisser un message sur son répondeur. Cependant, elle lui renvoya presque aussitôt un sms, s'excusant de ne pas avoir pu décrocher et le remerciant avec force d'icônes souriantes de s'inquiéter pour elle. Elle précisait également qu'elle n'avait pas pu contacter Alya, mais qu'elle ne manquerait pas de le tenir au courant lorsque ça serait le cas.
Quelques heures et tentatives de contact téléphonique plus tard, les choses étaient on ne peut plus claires.
Marinette ignorait systématiquement les appels d'Adrien, se contentant de lui répondre par sms qu'elle allait aussi bien que possible au vu des circonstances et qu'elle attendait toujours des nouvelles d'Alya.
Adrien était à présent persuadé que les choses n'allaient certainement pas aussi bien que tentait de lui faire croire sa partenaire.
A la nuit tombée, n'y tenant plus, il somma Plagg de le transformer avant de s'élancer vers les toits de Paris.
Quelques minutes plus tard, Chat Noir atterrissait sur la terrasse qui surplombait la boulangerie des Dupain-Cheng avec la souplesse de l'animal auquel il empruntait le nom. Il donna un léger coup sur la trappe qui menait à la chambre de Marinette, attendant ensuite en vain une réponse de sa partenaire. Chat Noir hésita un instant, pesant le pour et le contre. En temps normal, jamais il n'aurait osé s'introduire chez la jeune fille sans son accord.
Mais aujourd'hui, l'inquiétude était la plus forte.
Tendant la main vers la poignée, Chat Noir tira légèrement.
La trappe n'était pas verrouillée.
Un rapide coup d'œil à l'intérieur apprit au jeune héros que la chambre de Marinette était plongée dans la pénombre, à l'exception de la douce lueur que dégageait la lampe allumée aux côtés de son lit. La jeune fille était assise sur sa couette, bras croisés autour de ses jambes qu'elle avait ramenées contre sa poitrine. Voletant à ses côtés, Tikki jeta un regard désolé à Chat Noir quand elle l'aperçu.
- « Princesse ? », murmura le garçon d'une voix suffisamment forte pour être entendue dans le lourd silence qui emplissait la pièce.
Marinette tressaillit avant d'agiter légèrement la main à son attention, l'invitant d'un geste à entrer.
Chat Noir ouvrit la trappe juste assez pour pouvoir se glisser à l'intérieur de la pièce, se laissant souplement tomber sur le sol avant de rejoindre sa partenaire. Il s'installa à ses côtés, ses épaules touchant presque les siennes tant ils étaient proches.
- « Marinette ? », chuchota-t-il de nouveau.
La jeune fille avait tourné sa tête vers le mur, refusant obstinément de diriger son regard vers son partenaire.
Chat Noir tendit lentement la main vers elle, saisissant son menton avec une infinie délicatesse pour orienter son visage vers le sien. Les yeux de Marinette étaient légèrement rougis, tandis que son regard habituellement si étincelant semblait à présent comme voilé par une triste brume.
- « C'est Alya ? », lui demanda Chat Noir dans un souffle, son cœur se serrant à la vue des traits tirés de sa partenaire.
La jeune fille hocha lugubrement la tête.
- « Elle ne me répond pas », avoua-t-elle d'une voix tremblante. « J'ai essayé de la contacter toute la journée, et elle ne répond ni à mes appels ni à mes messages. Je ne…»
Ses paroles se brisèrent sur un sanglot, tandis que ses yeux bleus à présent baignés de larmes ressemblaient à deux océans prêts à déborder sous l'effet d'une sombre tempête.
- « Je ne sais plus quoi faire… »
Elle enfouit son visage entre ses genoux, refusant de soutenir plus longtemps le regard inquiet de Chat Noir. Ce dernier passa son bras autour de ses épaules, pressant son corps contre le sien comme pour l'aider à rester en un seul morceau alors qu'elle semblait prête à se briser en miettes, à éclater en autant de morceaux que son cœur fatigué.
- « Je ne suis vraiment qu'une idiote… », gémit-elle, Chat Noir percevant à peine le son étouffé sa voix tandis qu'elle restait recroquevillée sur elle-même.
- « Non, Marinette, non », répliqua-t-il doucement, passant délicatement ses doigts dans la chevelure de la jeune fille. « Tu as paniqué, c'est tout. On était tous les deux à bouts de nerfs. »
Sa partenaire secoua légèrement la tête, sans que Chat Noir ne réussisse à déterminer si elle approuvait ses propos ou si au contraire elle les réfutait, persuadée qu'elle avait irrévocablement gâché son amitié avec Alya. Dans le doute, il la serra plus fort encore contre lui, dégageant de sa main libre quelques-unes de ses mèches brunes pour approcher ses lèvres du creux de son oreille.
- « Ce n'est pas de ta faute », répéta-t-il avec conviction. « Et tu es loin d'être une idiote. Tu es la fille la plus extraordinaire que j'ai jamais rencontré. La plus persévérante, la plus courageuse, la plus intelligente… Je t'aime, Marinette », conclut-il en un souffle en pressant ses lèvres contre sa tempe.
La jeune fille laissa échapper un bruit dont il ne sut pas dire s'il s'agissait d'un léger rire ou d'un sanglot, mais elle redressa ensuite la tête, sa bouche cherchant aveuglément la sienne tandis que l'une de ses mains remontait le long de sa mâchoire.
Malgré toute la détresse qu'elle ressentait en cet instant, les paroles amoureuses de Chat Noir lui réchauffaient le cœur, comme une douce flamme chassant un instant les ombres des sinistres pensées qui la torturaient depuis son altercation avec Alya. La tristesse était toujours là, mais elle semblait légèrement atténuée par l'inconditionnel soutien de son partenaire.
Marinette en aurait pleuré de reconnaissance.
Elle avait été stupide, négligente et impulsive. Et Chat Noir l'aimait.
Il l'aimait, restant à ses côtés en dépit de ses erreurs et lui murmurant sans répit combien il la trouvait exceptionnelle.
Au milieu de son chagrin, Marinette était submergée par une immense vague d'amour pour ce garçon blond qui semblait fermement décidé à l'épauler envers et contre tout. Incapable de prononcer le moindre mot tant elle se savait proche d'éclater en sanglots sous l'effet de la tempête de sentiments contradictoires qui s'abattait sur elle, Marinette bougeait avec douceur ses lèvres contre celles de Chat Noir. Lentement, presque précautionneusement, comme pour savourer le moindre contact avec cette chair rosée dont le goût entrainait instantanément la disparition du monde extérieur, faisant s'évanouir tout ce qui n'était pas Chat Noir. Tout ce qui n'était pas Adrien.
L'espace d'un merveilleux instant, plus rien d'autre n'existait.
Plus de Ladybug, plus d'adversaires, plus de disputes, de mensonges, de colère ou de regrets.
Juste Chat Noir.
Juste son souffle chaud alors qu'il laissait échapper d'humides soupirs entre deux baisers, juste la douceur de ses lèvres contre les siennes, juste sa main contre son épaule et ses doigts caressant délicatement sa joue.
Marinette n'ôta sa bouche de celle de son partenaire que pour se blottir contre son torse, passant ses bras autour de sa poitrine tandis qu'elle enfouissait son visage dans le creux de son cou. En réponse, le jeune héros la serra contre lui de toutes ses forces.
Ils restèrent ainsi enlacés durant de longues minutes, Marinette pelotonnée contre Chat Noir tandis que ce dernier lui murmurait presque sans discontinuer paroles de réconforts et mots d'amour, ne s'interrompant que pour déposer de légers baisers sur sa tempe. Peu à peu, le corps de Marinette glissa contre celui de Chat Noir tandis qu'elle était emportée un implacable sommeil, épuisée par les rudes émotions auxquelles elle avait été soumise durant cette longue journée. La tête de la jeune fille endormie reposait à présent sur les genoux de son partenaire, qui passait avec tendresse ses doigts dans ses mèches brunes.
Chat Noir se dégagea avec une infinie précaution, détachant délicatement les doigts que Marinette avait enroulés autour de lui, puis passant sa main sous sa tête pour libérer ses jambes contre lesquelles elle était appuyée. D'un geste souple, il souleva sa belle endormie pour la glisser prudemment sous les draps. Se penchant doucement vers elle, il l'embrassa une dernière fois sur le front avant de se diriger vers la trappe de sa chambre et de disparaitre dans la nuit.
Le lendemain, Marinette se réveilla avec l'impression de ne pas avoir fermé l'œil de la nuit tant son sommeil avait été agité, de sombres cauchemars ayant méticuleusement empoisonné ses rêves et troublé son repos. Son corps lui semblait être faits de plomb tant il lui paraissait lourd, tandis qu'une violente migraine pulsait insidieusement sous son crâne. L'esprit encore embrumé, lui fallut un instant pour réaliser qu'elle s'était endormie habillée, et un autre encore pour se rappeler que c'était alors qu'elle avait la tête sur les genoux de Chat Noir qu'elle avait finalement été gagnée par le sommeil, incapable de lutter plus longtemps contre la fatigue qui l'avait terrassée sans même qu'elle ne le réalise.
Rougissant d'embarra à ce souvenir, la jeune fille se leva brusquement, se hâtant de se doucher et de s'habiller avant de descendre dans la cuisine familiale. La boulangerie étant ouverte le dimanche matin, c'est seule que Marinette s'attabla pour prendre son petit déjeuner. Sa récente dispute avec Alya lui nouait encore tant les entrailles que son estomac semblait fermement récalcitrant à l'idée d'absorber le moindre aliment, et ce fut pour elle un véritable défi que de réussir à se nourrir suffisamment pour avoir la certitude de ne pas faire de malaise au cas où ses services de super héroïne seraient requis.
Quand elle eut fini, Marinette se laissa lourdement tomber sur son canapé, laissant échapper un profond soupir alors qu'elle allumait la télévision pour essayer de se changer les idées. Elle ne se sentait pas d'humeur à réfléchir, pas plus qu'à tenter de recontacter tout de suite Alya. Elle parcouru rapidement plusieurs chaînes, avant d'arrêter finalement son choix sur une émission de variété. Voilà qui serait parfait pour ne pas solliciter son cerveau.
Quelques instants plus tard, la jeune fille fut à peine surprise d'entendre une vive sonnerie résonner dans l'appartement. Adrien revenait probablement aux nouvelles après sa petite incursion de la veille dans sa chambre. Marinette se releva péniblement pour se diriger vers l'entrée, avant de tourner machinalement poignée pour ouvrir à son visiteur.
Et de laisser échapper un hoquet de surprise.
Toute couleur déserta instantanément de ses joues lorsqu'elle aperçut sa meilleure amie dans l'encadrement de la porte.
Elle cligna plusieurs fois des paupières, ayant du mal à croire que ses yeux ne lui jouaient pas des tours. Que ce n'était pas la fatigue qui la faisait halluciner, bernant son cerveau pour y dessiner la silhouette de sa rousse camarade.
Mais non, Alya était bien face à elle. Son visage était inhabituellement blême et ses traits étaient tirés comme si elle n'avait guère dormit elle non plus, mais une lueur déterminée brillait vivement dans son regard tandis qu'elle redressait légèrement le menton devant l'air abasourdi de son amie.
Ne sachant quoi dire, Marinette ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, ressemblant ainsi étrangement à un poisson que l'on aurait jeté hors de l'eau. Elle secoua brusquement la tête au bout de plusieurs secondes de ce gênant silence, tentant de remettre de l'ordre dans ses pensées.
Elle s'effaça légèrement, tendant la main en direction du salon.
- « Tu veux… tu veux entrer ? », proposa-t-elle à Alya d'une voix blanche.
Sa meilleure amie approuva de la tête, avant de la suivre à l'intérieur.
Les deux jeunes filles se firent face non sans un certain embarras, ni l'une ni l'autre ne sachant visiblement comment lancer la conversation. C'était pour Marinette un spectacle étrange que de voir Alya ainsi calme et muette, elle qui n'était habituellement jamais à court de mots et qui débordait toujours d'une énergie communicative.
Mais aujourd'hui, elle ne semblait être plus que l'ombre d'elle-même.
« Je suis… » commença Marinette, au moment même où les mots « Je voulais… » franchissaient les lèvres de sa meilleure amie. Toutes deux s'interrompirent aussitôt, sursautant aussi brusquement que si une violente décharge électrique venait de les traverser. Elles échangèrent un bref regard, Alya secouant ensuite la tête sans que Marinette ne réussisse à déterminer si elle était contrariée ou tristement amusée par leurs maladroites tentatives de communication.
Pour deux jeunes filles qui avaient tant l'habitude de se parler, la situation était étrangement ironique.
Serrant les poings, Alya releva de nouveau la figure, ses boucles rousses dansant autour de son visage tandis que son regard perçant se plantait sans ciller dans celui de sa meilleure amie. Elle ouvrit la bouche, s'apprêtant visiblement à prononcer quelques mots lorsqu'elle fut soudainement interrompue par la télévision que Marinette avait laissée allumée. Le volume sonore augmenta brusquement alors qu'une alerte était diffusée, un flash d'information interrompant abruptement les programmes pour signaler l'apparition d'un nouveau vilain dans les rues de Paris.
Marinette se tourna vivement vers sa meilleure amie, ses excuses instinctives mourant sur ses lèvres alors qu'elle se rappelait brutalement que son secret n'en était plus un pour Alya.
- « Vas-y », lui lança cette dernière avec un pâle sourire. « On discutera plus tard. »
La jeune héroïne hocha la tête, avant de se ruer en direction de sa chambre sans perdre une seconde de plus. Elle était furieuse de cette interruption intempestive, mais son cœur battait à tout rompre sous l'effet de l'excitation.
« On discutera plus tard. »
Alya voulait discuter. Parler. Communiquer.
Tout plutôt qu'une cruelle indifférence. Même dans l'hypothèse où sa meilleure amie serait encore fâchée contre elle, tant qu'elle acceptait qu'elles s'expliquent, il y avait encore de l'espoir qu'elles se réconcilient un jour. Cette seule pensée diffusait une douce et rassurante chaleur au creux de la poitrine de la jeune fille.
A peine un instant plus tard, Marinette passait précipitamment la trappe de sa chambre.
- « Tikki, transforme-moi ! »
Quelques minutes plus tard, Ladybug atterrissait avec grâce sur le toit d'un immeuble, ses immenses yeux bleus s'écarquillant de stupeur alors qu'elle embrassait la ville du regard. Les rues de Paris s'étaient métamorphosées. Ou plus précisément, un élément particulier des rues de Paris. L'asphalte qui recouvrait habituellement les avenues parisiennes semblait avoir changé de consistance, abandonnant sa solidité coutumière pour devenir aussi liquide qu'une eau sirupeuse, et il s'écoulait à présent entre les trottoirs comme autant de rivières d'un noir bleuâtre.
Perchés sur le toit des voitures qui surnageaient à peine au milieu ces sombres flots, d'innocents citoyens poussaient des cris de détresses tandis que le courant les emportait inexorablement le long des artères parisiennes. Les trottoirs étaient à présent déserts, les passants s'étant réfugiés dans les magasins avoisinants pour fuir les visqueuses vaguelettes risquaient de happer à tout instant quiconque s'aventurait dehors.
Il fallut à peine une seconde à Ladybug pour localiser son adversaire, qui admirait le spectacle confortablement installée sur une statue voisine. C'était une femme dont la peau avait pris la sombre couleur du goudron, tandis qu'un casque de chantier était perché au sommet de son crâne. Des bandes jaunes et orange fluo rappelant les vives couleurs d'équipements de protection zébraient son corps, achevant de lui donner une apparence qui ne laissait aucun doute quant à sa nature de victime du Papillon.
- « Woaw, ça c'est impressionnant », siffla une voix familière dans le dos de Ladybug, qui se retourna brusquement en reconnaissant Chat Noir.
Son partenaire la salua d'un petit clin d'œil malicieux, visiblement ravi d'avoir réussi à se faufiler derrière elle sans qu'elle ne le remarque. La jeune fille leva les yeux au ciel, avant de néanmoins donner une petite tape affectueuse sur l'épaule de son compagnon quand celui-ci se plaça à ses côtés.
Notant soudain la présence des deux héros, leur adversaire leva les yeux vers eux.
- « Alors », leur lança-t-elle d'un ton narquois, « Vous voulez défier Mme Bitume ? »
Sans même leur laisser le temps de répondre, elle descendit élégamment de son perchoir, bondissant de voiture en voiture en direction d'une large avenue voisine. Ladybug et Chat Noir échangèrent un bref regard, avant de se lancer à sa poursuite. La jeune fille se balançait d'immeuble en immeuble à l'aide de son yo-yo, restant prudemment hors de portée des flots goudronneux qui serpentaient au sol. Son partenaire, quant à lui, avait choisi un chemin plus périlleux en préférant calquer son comportement sur celui de son adversaire, sautant avec agilité sur les toits des véhicules qui dérivaient dans les rues de Paris et s'aidant de son bâton pour se propulser quand les distances entre deux plateformes se faisaient trop importantes.
Lorsqu'ils rattrapèrent enfin Mme Bitume, celle-ci s'était arrêtée au beau milieu de ce qui devait sûrement avoir été un parking avant d'être transformé en un lac noirâtre. Ladybug interrompit un instant sa course, constatant non sans une certaine inquiétude que leur adversaire les obligeait ainsi à abandonner la proximité rassurante des bâtiments pour les forcer à s'aventurer sur des embarcations improvisées.
- « Chat Noir, je passe devant », lança-t-elle à son partenaire. « Au moins pour les premiers mètres », précisa-t-elle avant de lui laisser une chance de répliquer. « Si les choses se passent mal, j'aurais toujours mon yo-yo pour m'échapper. »
Le visage du héros affichait clairement une certaine réticence à l'idée de laisser sa Lady s'exposer ainsi en première ligne, mais il hocha néanmoins la tête en signe d'approbation.
Ladybug s'élança souplement dans les airs, atterrissant avec adresse sur le toit d'une voiture et prenant garde à ne pas se faire happer par les vagues poisseuses qui s'agitaient autour d'elle. Elle progressa de quelques mètres, sautant avec précaution de véhicule en véhicule. Soudain, alors qu'elle posait à peine le pied sur l'une de ces plateformes de fortune, un violent courant la déséquilibra brusquement, les flots d'asphalte se mettant à s'agiter sans aucun avertissement préalable pour emporter le véhicule dans une brutale embardée.
Dans un réflexe inouï, la jeune fille eut tout juste le temps de lancer son yo-yo dans les airs pour atterrir en sécurité sur le toit d'une voiture voisine, avant de libérer ensuite son arme d'un souple mouvement de poignet. Le sourire triomphant qui naissait sur ses lèvres face à cette superbe esquive s'évanouit dès qu'elle se tourna de nouveau vers son adversaire.
Mme Bitume avait levé la main vers elle, générant une immense vague goudronneuse qui déferlait dans sa direction.
Pas pour l'engloutir, non.
Pour projeter sur elle un gigantesque bus qui surfait au sommet de la crête, emporté par la violence du courant.
Son yo-yo qui fendait encore l'air en direction de sa main tendue privait Ladybug de toute possibilité de fuite, tandis que le véhicule fondait sur elle à une vitesse terrifiante.
La jeune fille se raidit dans l'attente du choc.
Puis tout devint noir.
Et voici le dernier vilain qui apparaîtra dans la fic :)
Merci à vous tous pour les favs, les follows et les reviews, j'espère que ce chapitre vous plaira :)
Sinon moment fangirl ^^ :
L'adorable Liuanne m'a fait une super surprise ! *^* Elle a dessiné deux superbes dessins qui reprennent des passages de ma fic *^* michiyolo . tumblr post/146570848111/for-the-lovely-mindell-because-her-fic-is-truly (attention aux espaces entre les points, il ne sont pas dans l'adresse initiale mais c'est pour éviter la censure de l'adresse ^^' ).
Marinette et Adrien sont absolument adorables sous son trait, je ne m'en remet toujours pas je crois xD . Je suis vraiment très très très touchée, d'autant plus que Liuanne est quelqu'un dont j'admire beaucoup le travail. Parce qu'en plus de dessiner super bien, elle fait des fics absolument géniales, donc si vous ne connaissez pas je vous encourage à aller jeter un œil à ce qu'elle fait parce que ça vaut vraiment le détour :)
Voilà, je ne sais pas trop comment dire à quel point ça me fait plaisir mais Liuanne, je te dis mille fois merci ! *^*
