Il fallut à Ladybug quelques fractions de secondes pour réaliser ce qu'il venait de se passer.

A un moment, un bus arrivait droit dans sa direction, fondant implacablement sur elle depuis la crête d'une vague d'asphalte dont la hauteur défiait l'imagination.

Et l'instant d'après, elle ressentait un violent choc tandis que sa vision se voilait de noir.

Mais elle n'avait pas été percutée par quelque chose de métallique, et elle se rendit rapidement compte que la sombre couleur qui dansait devant ses yeux n'était nulle autre que celle du costume de son partenaire. D'un bond périlleux, Chat Noir était parvenu à atteindre un lampadaire voisin avant de réussir à rejoindre Ladybug juste à temps pour s'interposer.

Saisissant la jeune fille contre lui pour la protéger de son corps, il avait déclenché son pouvoir, déchirant en deux le gigantesque véhicule qui s'écrasait sur eux. La force de l'impact avait cependant été telle qu'elle avait projeté les deux héros dans les airs, les envoyant se fracasser contre la façade d'un bâtiment voisin.

Ladybug ne leur évita une lourde chute dans la mer de goudron qui s'agitait quelques mètres au-dessous d'eux qu'au prix d'un fulgurant réflexe, ses doigts se saisissant miraculeusement de la rambarde d'un balcon de fer forgé lorsque celui-ci passa à sa portée. Elle serra les dents de douleur sous le choc, ses muscles et tendons hurlant pitié alors qu'ils étaient violement sollicités par la masse combinée de son corps et de celui de Chat Noir toujours fermement agrippé à elle.

Tendant la main pour s'accrocher à son tour, Chat Noir ne tarda pas à la soulager de son poids et les deux héros se hissèrent rapidement en sécurité.

- « Pfiouuu », siffla Chat Noir entre ses dents. « Donc elle ne se contente pas de transformer la route, elle arrive aussi à contrôler le bitume. »

Les yeux encore dilatés sous l'effet d'un brusque afflux d'adrénaline, Ladybug hocha brièvement la tête.

- «Oui, on dirait », approuva-t-elle dans un souffle. « Merci, Chat. »

La jeune fille remua les épaules, faisant machinalement rouler ses muscles sous sa peau pour s'assurer que leur violent atterrissage n'avait pas laissé la moindre séquelle. Heureusement pour elle, ils répondirent parfaitement à chacune de ses sollicitations, indiquant ainsi que la jeune fille ne souffrait manifestement d'aucune blessure. Ladybug se redressa, jetant un coup d'œil circonspect à leur adversaire qui les défiait de ses yeux sombres quelques mètres plus loin.

La femme se dressait fièrement sur la cabine d'un camion qui surnageait à peine, agitant lascivement les doigts au rythme des visqueuses vagues qu'elle contrôlait avec une effrayante maestria. Un étrange sourire tordait son visage tandis qu'elle dardait un regard calculateur sur les deux héros. Un frisson glacé parcouru instantanément l'échine de Ladybug lorsqu'elle surprit l'expression malsaine qui se dessinait sur le visage de leur ennemie.

La dernière fois que quelqu'un les avait dévisagés avec un tel mélange de haine et de malice, c'était Boomeur.

Boomeur et ses terribles explosions qui avaient failli leur coûter la vie.

Le cerveau de Ladybug fonctionnait à toute vitesse tandis que la jeune fille tentait de conserver son sang-froid. Hors de question pour Chat Noir et elle de se précipiter à la rencontre de la victime du Papillon sans le moindre plan, la situation était trop dangereuse pour qu'ils puissent se le permettre. A tout instant, leur adversaire pouvait transformer la poisseuse mer de bitume devant laquelle ils se trouvaient en un océan de tempête, déchainant de violents courants pour les précipiter dans le visqueux liquide où ils seraient privés de tout espoir de retraite.

Hélas pour eux, la femme qu'ils devaient affronter s'était positionnée suffisamment loin pour qu'il leur soit inutile d'espérer l'attaquer à distance. Non pas qu'elle soit hors de portée, mais elle au vu des vifs mouvements qu'elle avait déjà montré, elle n'aurait aucun mal à esquiver la moindre tentative d'agression.

Ils devaient se rapprocher.

- « Je pense que l'akuma est dans son casque », souffla Ladybug à Chat Noir, tout en désignant du menton le casque de chantier jaune vif perché sur le sommet du crâne de leur adversaire. « Mais on ne pourra pas l'avoir si on reste aussi loin. »

- « Je suis d'accord avec toi, ma Lady », approuva aussitôt son coéquipier. « Tu as une idée ? »

Un faible sourire se dessina sur les lèvres de Ladybug, tandis qu'elle levait les yeux vers un bâtiment voisin duquel dépassait une immense hampe de drapeau. Le long support de bois surplombait la place, s'arrêtant à quelques mètres seulement de leur adversaire. Avec un peu de chance, ils pourraient s'approcher suffisamment pour pouvoir la neutraliser, que ce soit en fondant sur elle ou en la ligotant rapidement à l'aide du yo-yo de Ladybug. C'était ridiculement simple, mais ça fonctionnerait peut-être.

- « Est-ce que tu as un bon sens de l'équilibre ? », demanda la jeune héroïne.

Les yeux de Chat Noir étincelèrent de malice tandis qu'il suivait le regard de Ladybug, comprenant instantanément où elle voulait en venir.

- « Equilibre est mon second prénom, ma Lady. Enfin, le quatrième, après Brillant et Extraordinaire», rajouta-t-il avec un clin d'œil espiègle

- « Dommage qu'il n'y ait pas Modestie dans le lot, ça manque un peu », répliqua-t-elle aussitôt en levant dramatiquement les yeux au ciel.

Chat Noir éclata de rire, puis reprenant vite son sérieux, banda ses muscles en attendant le signal de Ladybug pour bondir. Quand celle-ci s'écria « Maintenant ! », les deux héros s'élancèrent dans les airs, escaladant les bâtiments avec une rapidité surhumaine pour se ruer vers la hampe de drapeau qui les attendait quelques dizaines de mètres plus loin.

La mâchoire contractée par l'effort et la tension, Ladybug accéléra encore l'allure. Il fallait impérativement prendre leur ennemie de vitesse, agir avant qu'elle ne réalise ce qu'ils étaient en train de faire. Elle atterrit gracieusement sur une corniche, lançant son yo-yo vers une cheminée pour s'élancer vers la cime du bâtiment sur lequel elle se trouvait. Ses pieds avaient à peine touché les ardoises qui recouvraient toit qu'elle courrait de nouveau, le pas souple de Chat Noir ainsi que l'ombre de sa silhouette dansant en périphérie de son champ de vision lui indiquant que son coéquipier se trouvait juste à ses côtés.

Toujours perchée au milieu de la mer d'asphalte, leur adversaire les suivait des yeux, interdite. Elle n'avait visiblement pas anticipé leur brusque avancée et restait pour l'instant paralysée par la stupeur.

L'extrémité du long support de bois que les deux héros avaient pris comme objectif ne se trouvait plus qu'à quelques mètres. Le cœur de Ladybug se mit à battre plus vite encore sous l'effet de l'adrénaline. Bientôt elle attaquerait la partie la plus périlleuse de leur folle course, surplombant le goudron qui s'agitait sous leurs pieds.

Encore trois mètres.

Deux.

Quand soudain, une gigantesque gerbe d'asphalte explosa devant eux.

Ladybug eut tout juste le temps de saisir Chat Noir par le coude pour l'empêcher de poser le pied sur la hampe, le faisant basculer avec elle sur le toit alors qu'un immense geyser de goudron emportait avec lui le long morceau de bois. Impuissants, les deux héros observèrent le bâton éclater en milliers d'échardes sous la violence du choc, les morceaux retombants comme autant de restes d'épaves dans la mer de bitume. Main tendue vers l'endroit d'où avait jailli la colonne de goudron, la victime du Papillon éclata de rire tandis que son sombre visage se parait d'une expression triomphante.

Elle s'était ressaisie à temps pour riposter.

Les deux héros battirent en retraite, s'éloignant prudemment du rebord du toit où ils avaient hâtivement interrompu leur course. Un bip aigu retenti soudain, rappelant vivement aux deux adolescents que Chat Noir n'allait certainement pas tarder à se détransformer. Le jeune garçon jeta un regard contrit à sa coéquipière.

- « Je vais devoir t'abandonner un instant, ma Lady », lui lança-t-il à contrecœur.

Il répugnait à quitter ainsi sa partenaire au milieu de la bataille, mais il n'avait hélas guère le choix. S'il restait à ces côtés dans de telles conditions, il les mettrait tous deux en danger. Chat Noir poussa un lourd soupir avant de faire un pas dans la direction de Ladybug. Il tendit la main vers elle, exerçant une légère pression sur son épaule lorsque ses doigts arrivèrent à sa rencontre.

- « Je reviens vite », lui murmura-t-il d'un ton inquiet. «Fait attention à toi. »

- « Promis, chaton », répliqua-t-elle doucement en pressant sa main en retour, avant de lui jeter un bref coup d'œil tandis qu'il s'éloignait d'elle.

Alors que Chat Noir s'élançait de l'immeuble où ils avaient tous deux trouvés refuge, la jeune héroïne se retourna vers la victime du Papillon, armant son yo-yo en vue d'un nouvel affrontement. Un éclair rusé traversa les yeux de leur adversaire alors qu'elle constatait que Ladybug se dressait à présent seule face à elle. Sautant sur le toit d'une voiture, elle étendit ses bras devant elle avant de les dresser au-dessus de sa tête, paumes tournées vers le ciel. Le visqueux liquide qui s'agitait autour d'elle se gonfla au rythme de ses gestes, formant rapidement une gigantesque vaque qui déferla au gré d'un violent courant.

Se tenant au sommet du véhicule comme sur une planche de surf improvisée, la femme fila à une vitesse stupéfiante en direction du bâtiment au sommet duquel se trouvait Ladybug.

Avant de bifurquer brutalement et de poursuivre sa course dans une rue voisine.

La jeune héroïne resta une seconde interdite, ne comprenant pas pourquoi son ennemie refusait ainsi l'affrontement. Puis elle eut la sensation que son cœur se décrochait de sa poitrine alors qu'elle réalisait soudain la raison de cet étrange comportement.

Son ennemie avait pris Chat Noir en chasse.


Laissant échapper un hoquet d'horreur, Ladybug s'élança aussi tôt à la poursuite de la victime du Papillon, jurant entre ses dents lorsqu'elle se rendit compte que celle-ci était déjà presque hors de vue. Elle ignorait si son adversaire avait conscience que Chat Noir risquait de se détransformer d'un instant à l'autre, mais elle avait clairement interprété sa soudaine retraite comme un aveu de faiblesse.

Et elle filait à présent vers lui à toute vitesse, s'apprêtant à l'attaquer au moment où il serait le plus vulnérable.

Ladybug serra les dents de rage.

Hors de question qu'elle la laisse s'en prendre à lui.

Leur folle course se poursuivit à travers les rues Paris, alors que Ladybug réalisait avec une terreur grandissante que loin de se réduire, la distance qui la séparait de son adversaire était au contraire en train d'augmenter inexorablement. Même si la jeune héroïne pouvait couper certaines trajectoires en passant par des toits d'immeuble, cela ne lui permettait malheureusement pas de gagner assez de temps pour pouvoir revenir sur son ennemie.

Ladybug lançait son yo-yo avec tant de force et à un tempo si effréné que les muscles de son épaule la faisaient à présent souffrir à en hurler. C'était comme s'ils étaient désormais en train de se consumer lentement sous sa peau sous l'effet de leur sollicitation intensive, tandis que le moindre nerf lui donnait une sensation de brûlure presque insoutenable. Cette lancinante douleur était accentuée par la violence avec laquelle Ladybug se balançait entre deux immeubles, alors qu'elle poussait son corps jusqu'à ses dernières limites pour tenter de ne pas se laisser distancer.

Les membres de la jeune fille n'étaient pas les seuls à crier grâce devant le rude traitement qu'elle leur infligeait. Ladybug avait les poumons en feu, son souffle se faisant de plus en plus court tant elle peinait à reprendre sa respiration. Son rythme cardiaque s'était accéléré à un point que le battement propagé par le sang qui déferlait dans ses tempes lui semblait presque continu.

Ces manifestations physiques du brutal traitement que l'héroïne infligeait à son corps étaient exacerbées par la peur panique qu'elle ressentait à l'idée que Chat Noir ne se retrouve face à un adversaire contre lequel il n'aurait aucune possibilité de se défendre. Son partenaire avait beau être plein de ressources, nul doute que leur ennemie n'aurait certainement aucun mal à prendre le dessus sur lui s'il devait lui faire face sous l'apparence d'Adrien.

Après s'être élancée une fois de plus dans les airs, Ladybug atterri lourdement sur le toit d'un immeuble surplombant un carrefour qui lui sembla étrangement familier. Sans s'attarder plus longtemps sur cette impression, la jeune fille parcouru désespérément les alentours du regard.

Nulle trace de Chat Noir.

Nulle trace de leur adversaire.

Elle avait été distancée.

Luttant contre la glaçante sensation de terreur qui grandissait inexorablement au creux de sa poitrine, Ladybug déclencha fébrilement l'ouverture de son yo-yo, faisant apparaitre l'écran par le biais duquel elle pouvait tenter de localiser Chat Noir.

Son cœur rata un battement lorsqu'elle réalisa que l'objet ne lui retournait aucun signal.

A cours de temps, Chat Noir avait sûrement déjà été contraint de se détransformer.

Désemparée, la jeune héroïne tourna de nouveau son regard vers les rivières de goudron qui serpentaient à ses pieds, cherchant en vain un quelconque indice tandis qu'elle tentait de reprendre le contrôle de sa respiration qui se faisait de plus en plus hachée sous les effets combinés de l'effort et de l'affolement.

Soudain une voix reconnaissable entre mille résonna dans ses oreilles.

- « LADYBUG ! »

Perchée sur un toit de l'autre côté de la route, Alya lui faisait de grands signes, cherchant désespérément à attirer son attention. Ladybug réalisa soudain pourquoi les lieux lui semblaient si familiers. Dans sa panique, elle n'avait pas réalisé qu'elle s'était arrêtée juste en face de l'immeuble où habitait sa meilleure amie. Dans l'impossibilité de rejoindre les lieux de l'attaque alors isolés par des avenues transformée en torrents d'asphaltes, la jeune apprentie journaliste avait visiblement préféré regagner son domicile, avant que la victime du Papillon ne sévisse finalement aussi dans sa rue.

Ladybug rejoignit rapidement Alya, dont le visage était dangereusement livide alors que ses yeux cherchaient frénétiquement les siens.

- « Le vilain ! », s'exclama-t-elle d'une voix où l'effroi était palpable. « Je l'ai vu passer, il est parti par là. »

Pointant une direction d'un doigt tremblant, elle blêmit un peu plus en tournant de nouveau son visage décomposé vers Ladybug.

- « Cette femme, elle… elle était à la poursuite de Chat Noir », rajouta-t-elle dans un souffle.

La jeune héroïne ferma les yeux une fraction de seconde, tenant de refréner la terreur qui nouait ses entrailles à l'idée que son coéquipier n'avait peut-être pas réussi à semer leur adversaire à temps.

- « Merci », répondit-elle avec reconnaissance à son amie, armant son yo-yo pour s'apprêter à partir à leur poursuite.

Alya l'interrompit un instant dans son élan, posant brièvement sa main sur son poignet.

- « Soit prudente », lui lança-t-telle d'un ton suppliant, avant de reculer rapidement pour la laisser regagner le champ de bataille.

- « Je t'en donne ma parole », répliqua Ladybug avec un pâle sourire, tout en sachant pertinemment qu'elle ignorait si elle serait en mesure de tenir la promesse qu'elle venait de faire à son amie.

La saluant d'un bref signe de la main, elle s'élança de nouveau à travers les rues de Paris sous le regard inquiet d'Alya.


Le cerveau de Ladybug était en ébullition. Alya avait vu passer Chat Noir, alors qu'elle-même n'avait pas réussi à le localiser à peine quelques instants plus tard. Il s'était obligatoirement détransformé durant ce bref laps de temps, et il était impossible qu'il ait pu s'éloigner de plus de quelques dizaines de mètres alors qu'il était sous l'apparence d'Adrien.

La victime du Papillon et Adrien étaient tous deux à proximité, Ladybug en avait la certitude absolue.

Pourvu qu'il n'ait rien.

Les battements éperdus de son cœur résonnaient avec force dans sa poitrine tandis qu'elle tentait désespérément de localiser son précieux partenaire.

Soudain, un rire perçant vrilla ses oreilles.

A droite.

Ladybug bifurqua brusquement, avant de se retrouver enfin face à la dernière victime en date du Papillon, qui errait seule dans une rue.

Adrien n'était en vue nulle part.

Priant ardemment pour que cette absence soit due uniquement au fait que son partenaire ait pu se dissimuler à temps, la jeune héroïne atterrit sur un balcon voisin. Notant sa présence, son ennemie se retourna vers elle, un sourire mauvais dansant sur son visage d'un noir bleuâtre.

- « Oh, ce n'est que Ladybug », lança-t-elle d'un ton narquois, sous le lequel couvait une sombre colère. « Vois-tu, je suis à la recherche d'un sale petit chat errant qui aurait bien besoin qu'on lui apprenne les bonnes manières. »

Elle se frotta les côtes en grimaçant légèrement de douleur, arrachant un sourire de fierté à Ladybug. Chat Noir n'avait visiblement pas hésité à sortir les griffes, refusant de se rendre sans combattre. Elle ignorait où il était, mais il n'était certainement pas loin, ayant manifestement échappé à la vigilance de leur adversaire du jour.

La jeune héroïne se redressa, faisant tournoyer son yo-yo à ses côtés avec une telle vitesse que celui-ci produisit un sifflement strident. Si Chat Noir était provisoirement hors de combat, alors c'était à elle de gagner suffisamment de temps pour lui permettre de revenir dans la danse.

- « Et bien, on dirait que c'est moi que tu as trouvé », répliqua Ladybug d'une voix clairement provoquante.

Puis, sans le moindre signe avant-coureur, elle lança son yo-yo de toutes ses forces vers son adversaire, cherchant à viser sa cheville pour la déséquilibrer. La femme esquiva habillement le coup, avant de répliquer d'un mouvement vif. Ladybug eut à peine le temps de s'élancer vers les airs avant qu'une gluante masse de goudron ne s'écrase là où elle se trouvait à peine une seconde plus tôt, éclaboussant les murs alentours puis s'écoulant ensuite vers le sol en de visqueuses trainées noirâtres.

Ladybug atterrit souplement sur le toit d'une voiture voisine, jetant un regard inquiet à l'amas poisseux auquel elle venait d'échapper. Si par malheur elle se faisait toucher, ses chances de s'enfuir ou d'esquiver deviendraient aussitôt quasiment nulles. Mais hors de question de reculer pour autant, pas tant qu'Adrien resterait sans défense. Serrant les dents, elle leva un regard déterminé vers son adversaire, avant de se ruer de nouveau vers elle.

Durant quelques instants, l'issue du duel resta indécise. Voyant que dès que l'occasion se présentait la victime du Papillon scannait les environs de ses yeux sombres dans le but évident de chercher Chat Noir, Ladybug avait décidé de ne lui laisser aucun répit. L'héroïne attaquait sans relâche, tout en tentant d'anticiper les mouvements des violents courants qui agitaient la rivière d'asphalte au-dessus de laquelle se déroulait le combat. Hélas pour elle, son ennemie parvenait à déjouer chacun de ses assauts, répliquant presque systématiquement par des mouvements de mains qui généraient autant de vagues ou courants poisseux.

La jeune fille était presque à bout de souffle tandis que le moindre de ses muscles lui semblait en feu, mais elle refusait de battre en retraite ne serait-ce qu'un instant. La victime du Papillon la jaugea rapidement du regard, avant de sourire d'un air mauvais. La femme tendit les bras vers le ciel, levant les paumes avec une terrifiante lenteur. La masse bouillonnante de bitume qui s'écoulait autour d'elle se gonfla au rythme de ses mouvements, se soulevant de plus en plus dans l'idée manifeste de former une nouvelle vague géante qui serait capable d'engloutir l'héroïne de Paris.

* CRASH ! *

Avant que Ladybug n'ait pu faire quoi que ce soit et avant même que la marée visqueuse n'ait atteint une hauteur inquiétante, un pot de fleur s'était violement écrasé sur un trottoir voisin, explosant en une myriade de morceaux sous la force de l'impact. Le bruit fut suffisant pour faire sursauter la victime du Papillon, la tirant de sa concentration alors que la vague de goudron qu'elle avait tenté de créer refluait aussitôt.

Ladybug dû faire appel à tout son self-control pour ne pas lever les yeux vers les hauteurs. Son instinct lui soufflait qu'un certain chaton n'était sûrement pas étranger à cette opportune diversion. Même détransformé, son partenaire n'en continuait pas moins à protéger ses arrières. La jeune héroïne était tellement inquiète pour Adrien qu'elle n'arrivait pas à décider si elle lui était reconnaissante de son intervention ou si elle était en colère qu'il ait ainsi pris le risque de dévoiler sa position, mais quoi qu'il en soit, elle n'allait pas laisser l'ouverture qu'il venait de lui procurer lui filer entre les doigts.

Sans attendre, elle s'élança de nouveau vers son ennemie.


Reculant rapidement pour se dissimuler dans l'ombre d'une massive cheminée, Adrien poussa un soupir de soulagement en constatant que son intervention semblait avoir pu aider Ladybug. A son grand regret il ne pouvait absolument rien faire de plus, risquant d'être pour elle plus une gêne qu'autre chose tant qu'il ne serait pas de nouveau sous l'apparence de Chat Noir.

Jetant un bref coup d'œil en contrebas pour s'assurer que leur ennemie ne cherchait pas à le localiser, il se rapprocha discrètement du bord du toit. Le cœur au bord des lèvres, il recommença à suivre avec inquiétude l'affrontement qui se déroulait sous ses yeux, observant sa Lady se battre seule face à l'une des plus redoutables adversaires qu'ils aient eu à affronter.

Adrien détestait se sentir aussi impuissant.

Sa place n'était pas ici, à se cacher au milieu des cheminées de Paris tandis que sa partenaire prenait tous les risques.

Sa place était auprès de sa Lady, à se battre à ses côtés et à veiller sur elle.

Le jeune homme jeta un vif regard à son kwami qui reprenait péniblement des forces en engloutissant une gigantesque portion de camembert.

Il fallait vite qu'il puisse le retransformer.

Vite.

- « Plagg ! », murmura Adrien d'une voix tendue. « Encore combien de temps ? »

Plagg ne prit même pas la peine de lui répondre, se contentant de lui jeter un regard assassin qui lui signifiait clairement qu'il était inutile de le presser et que lui poser la question pour la dixième fois en trois minutes n'accélèrerait pas son processus de récupération.

Serrant les dents pour retenir les imprécations qui menaçaient de franchir ses lèvres, Adrien porta de nouveau son attention sur le combat. Cette insupportable attente mettait ses nerfs à vifs. Il s'était détransformé à peine quelques instants plus tôt, mais les secondes lui paraissaient des heures à présent que Ladybug se voyait contrainte de se battre sans son aide.

Vite, vite, plus vite.

Lorsqu'il voyait de violentes attaques fondre sur sa précieuse Ladybug, il semblait au jeune garçon que son propre cœur allait s'arrêter de battre. A d'autres moments, il avait l'impression que ce vital organe allait exploser tant il battait violement sous l'effet de brusques afflux d'adrénaline. C'était pour Adrien une lente torture que de voir sa partenaire devoir ainsi se démener sur le champ de bataille sans qu'il ne puisse rien faire pour l'aider.

Il en avait les mains qui tremblaient tandis qu'un filet de sueur glacée descendait lentement entre ses omoplates, se frayant dans son dos un chemin qui n'était perturbé que par les violents frissons d'angoisse qui traversaient sa colonne vertébrale. A force de retenir inconsciemment son souffle, Adrien finissait trop souvent au bord de l'asphyxie, et de sombres étoiles commençaient à scintiller à l'orée de son champ de vision alors que ses poumons le forçaient à reprendre de brutales inspirations.

Toute la détresse qu'il ressentait était exacerbée par un fait qui n'aurait manqué d'attirer son attention pour rien au monde.

Sa Lady ne se battait pas comme d'habitude.

Elle luttait clairement avec l'énergie du désespoir, poussant son corps jusqu'à ses limites tandis qu'elle faisait preuve d'une témérité inhabituelle. Elle flirtait sans cesses avec le danger, bien plus encore que d'ordinaire.

Et il savait très bien pourquoi.

Sa Lady prenait tous les risques pour ne pas laisser à son adversaire ne serait-ce qu'une seconde de répit. Pour leur ennemie ne puisse pas profiter de ce bref laps de temps pour tenter de le localiser.

Pour le protéger, lui.

Adrien avait serré ses poings avec tant de force que les jointures de ses doigts avaient blanchies, enfonçant ses ongles dans la chair tendre de ses paumes. Le goût métallique du sang se diffusait peu à peu dans sa bouche tant il se mordait l'intérieur de la joue pour s'empêcher de hurler à chaque fois qu'il voyait sa Lady effectuer un geste périlleux. Quand elle effectuait hâtivement un atterrissage acrobatique et que son pied manquait de glisser sur le toit instable d'une voiture. Quand elle lançait une contre-attaque hasardeuse, prenant à peine le temps de mesurer les risques avant de s'élancer de nouveau dans les airs. Quand elle n'esquivait que de justesse les hostiles vagues d'asphaltes qui menaçaient de l'entrainer à tout instant, avant de repartir à l'assaut de plus belle.

Adrien était au supplice.

Il allait devenir fou si son tourment ne prenait pas fin rapidement.

Il fallait qu'il la rejoigne.

Vite.


Hello :)

Il y a eu un chapitre de moins cette semaine et un gros silence radio côtés réponse aux reviews/MP (un gros merci, au passage :) ), parce que je n'étais pas chez moi ces derniers jours. Je suis rentrée cet après-midi, donc les affaires reprennent ^^ .

J'espère que ce chapitre vous a plu, et merci de m'avoir lue jusqu'ici !