Chapitre trois, là où une introspection s'impose
Après être partie comme une furie, Emily voulut tout d'abord rentrer chez elle. Sauf que la perspective de retrouver son appartement vide ne l'enchantait guère. Sergio, son chat, était chez Pénélope pour le week-end. Lors de son retour, elles avaient instauré une sorte de garde partagée. Lorsqu'Emily était absente pour une affaire, c'était Garcia qui s'en occupait. Et si elle revenait avant le weekend, Pénélope le gardait jusqu'au lundi. Du coup, Emily se sentit mal. Tout ce qui l'attendait en rentrant chez elle, c'était le silence. Elle déambula dans les rues sans destination précise, son sac de voyage sur l'épaule.
Sa vie lui parût incroyablement triste. Personne pour lui demander comment s'était passé la journée, comment elle allait et tout ce genre de petites attentions du quotidien. Personne pour lui offrir des baisers, des câlins, de la tendresse et de l'amour tout simplement.
La jeune femme avait toujours rêvé d'une grande famille et d'une maison remplie de rires. Mais, pour l'instant, la vie en avait décidé autrement. Et son horloge biologique commençait à la titiller.
Elle aurait pu avoir tout ça avec Ian, mais elle savait que c'était impossible. Elle était en mission et c'était un dangereux criminel. Elle n'aurait jamais dû tomber amoureuse de lui. Et, elle s'était faite à l'idée.
Puis, l'espoir était revenu lorsqu'elle s'était occupée de Jack et d'Aaron. Mais, là encore, rien ne s'était passé comme elle l'avait imaginé. Elle se maudit d'être tombée sous le charme des garçons Hotchner. Décidément, elle n'avait jamais le ticket gagnant…
La colère avait pris une place importante dans sa vie et seuls un petit garçon et son père avaient pu changer cet état de fait. Sauf, que maintenant qu'elle était arrivée, Emily avait perdu ses bouées de sauvetage et avait la désagréable sensation de se noyer et ce, sans même prendre la peine d'essayer de garder la tête hors de l'eau. Elle n'en avait plus la force ni l'envie. Tout ce qu'elle voulait, c'était arrêter de se battre. A quoi bon ?
Et, fait étrange ou non, la jeune femme remarqua qu'elle était incapable de prononcer le nom ou le prénom de l'autre, celle qui lui avait volé son futur et brisé ses rêves. Emily trouva cela particulièrement ironique et totalement stupide.
Finalement, à force de déambuler sans but précis depuis bien trop longtemps pour ses muscles endoloris, elle se rendit compte qu'elle avait terriblement froid. C'était le début du mois de mars, il était plus de dix-neuf heures et elle ne portait qu'un pull léger. Dans sa précipitation de quitter l'avion, son blouson en cuir était resté dans ce dernier. Elle frissonna et leva enfin les yeux du trottoir pour voir où ses pas l'avaient menée. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle vit où elle avait atterri. Une grande bâtisse s'élevait devant elle et elle la reconnue sans difficulté. Elle y était déjà venue plusieurs fois.
La jeune femme hésita. Devait-elle aller sonner et chercher du réconfort ou continuer à errer dans les rues sombres ? Le froid eut finalement raison d'elle. Elle monta les quelques marches du perron, souffla un bon coup et appuya sur la sonnette. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit sur son ami et elle fondit en larmes, perdant toute notion de retenue et de bon sens, comme si son cerveau avait cessé d'exister et que son cœur et son âme avaient pris le dessus. Il ouvrit ses bras et Emily lâcha son sac de voyage dans l'entrée et s'y réfugia automatiquement tout en sanglotant.
- Emily… Oh mon dieu, tu es congelée. Entre.
David Rossi n'avait pas l'habitude de voir quelqu'un dans un état pareil dans sa vie privée et encore moins sa jeune collègue. Il l'attira à l'intérieur, récupéra le sac de la brunette et ferma la porte. Les bourrasques glacées du mois de mars le firent frissonner. Depuis combien de temps était-elle dehors ? Puis, il réalisa qu'elle avait encore son sac de voyage avec elle et sut qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Tout en sachant que cela faisait plus de trois heures qu'il était chez lui, qu'elle ne portait qu'un pull très léger et que la température extérieure ne dépassait pas les cinq degrés, elle devait mourir de froid. Mais bon sang, elle voulait attraper la mort ou quoi ?!
- Prentiss, regarde-moi.
Elle ne semblait pas l'entendre, complètement submergée par ses émotions. Il la secoua gentiment et elle finit par lever ses yeux humides vers lui.
- Ecoute, je te laisse deux secondes, je vais te chercher une couverture. Reste là, d'accord ?
Elle opina du chef et il partit chercher une couverture bien chaude. Heureusement qu'il ne pleuvait pas ce soir-là. Il revint quelques secondes plus tard et emmitoufla la jeune femme dans le plaid qu'il était allé chercher. Elle pleurait toujours et était secouée de soubresauts dus aux sanglots et au froid. Il la fit d'asseoir sur le canapé et la pris dans ses bras. Il remercia le ciel d'avoir fait du feu dans la cheminée et que son sofa soit placé juste en face de celle-ci. Il frictionna les bras endoloris de la brunette et lui caressa le dos en guise de réconfort. Il ne la forcerait pas à parler, il la connaissait assez pour savoir qu'elle n'était pas du genre à s'effondrer comme cela devant quelqu'un et qu'elle se fermerait comme une huître s'il essayait de la faire se confier. Ils restèrent enlacés durant un bon quart d'heure et David sentait qu'elle était toujours aussi frigorifiée.
- Emily… Tu as encore froid ?
Elle le regarda, l'air hagard et hocha la tête. Elle ne sentait plus ses membres et grelota. Elle n'avait plus conscience de son propre corps.
- Okay. Je vais aller faire du thé… Ça te calmera et ça te réchauffera. Ne bouge pas, d'accord ?
Il avait l'impression de parler à une enfant, mais c'est ce à quoi elle ressemblait pour l'instant. A une gamine perdue, tremblante, fatiguée et tellement triste. Il se jura de faire tout ce qui était en son pouvoir pour ne plus jamais voir cet air sur son joli visage. Il la considérait comme sa fille et n'allait pas la laisser tomber. Il se leva et alla préparer une tisane calmante comme sa mère avait l'habitude de lui faire lorsqu'il faisait un cauchemar lorsqu'il n'était encore qu'un môme. Il alla dans sa cuisine et commença sa préparation.
Bon dieu, Emily lui faisait peur. Il ne l'avait vue comme ça qu'une seule fois et cela datait de plusieurs années auparavant lorsqu'elle lui avait raconté son adolescence et son avortement dans ce terrain vague, mais elle n'avait pas pleuré à l'époque. Il l'avait sentie aussi perdue que ce soir-là. Il se promit de parler à Aaron s'il le fallait et ce, même contre l'avis de la jeune femme. C'était de la faute de Hotch si elle était dans cet état. Il n'avait pas vu à quel point Emily était attaché à lui et à son fils et à quel point le voir avec Beth l'avait blessée.
Il l'avait perdue une fois déjà, il ne voulait pas que cela recommence. Lorsque JJ leur avait annoncé la "mort" d'Emily, il avait souffert autant que lorsqu'il avait perdu son fils. C'était comme si son cœur s'était déchiré en plusieurs millions de morceaux à nouveau. Ses cicatrices se sont rouvertes. C'est à ce moment-là qu'il avait compris combien elle était importante pour lui. Il ne lui avait jamais dit jusqu'à présent et se jura de le faire dès qu'elle se serait calmée.
Il finit de préparer le thé et retourna dans son salon. Emily était blottie dans le plaid et se balançait d'avant en arrière comme pour se bercer. Elle avait enlevé ses bottes et avait glissé ses pieds glacés sous la couverture. Il s'approcha doucement d'elle et posa sa main sur l'épaule de sa jeune collègue. Elle sursauta et sembla se rappeler qu'elle était chez lui. Elle pleurait toujours doucement et semblait totalement déconnectée de la réalité. Il posa le service à thé sur la table basse, s'assit sur le sofa et ouvrit à nouveau ses bras. Elle s'y logea naturellement. Il la berça encore quelques minutes et lorsqu'il sentit qu'elle se détendait progressivement, il la repoussa légèrement et la regarda dans les yeux.
- Em', ça va un peu mieux ?
Elle le regarda et essaya de se reprendre.
- Oui, enfin, je crois.
Sa voix était rauque et ses yeux gonflés et rougis d'avoir trop pleuré. Des traces noires parsemaient ses joues, vestiges de son maquillage. Mais cela lui avait fait du bien. Cela faisait tellement longtemps qu'elle gardait ça en elle. Il remarqua également les cernes profonds qui lui mangeaient le visage… Depuis combien de temps n'avait-elle pas dormi correctement ? Il lui sourit gentiment et elle se sentit un peu mieux. Il lui servi une grande tasse d'un breuvage clair. Une douce odeur de tilleul lui vint aux narines et cela l'apaisa quelque peu.
- Tiens, bois, ça te fera du bien.
- Merci David.
- Ce n'est rien, tu sais que je serai toujours là pour toi Em'.
Elle lui sourit au travers de ses larmes. Elle avala rapidement la moitié de sa boisson chaude et conserva la tasse dans ses mains pour les réchauffer.
- Je suis désolée. Je suis pathétique…
Il la regarda, mi-surpris, mi-découragé. Elle s'excusait d'être humaine, encore… Seulement, il fallait qu'elle comprenne enfin qu'elle n'était ni une machine, ni une entité dépourvue de cœur. Mais, bien une créature qui possédait une âme et des sentiments et que parfois, lâcher prise était nécessaire.
- Em', il n'y a rien de mal de se laisser aller parfois. Pleurer n'est pas le signe que tu es faible… C'est juste le signe que tu as été forte trop longtemps. Et sache une chose, demander de l'aide, ce n'est pas être faible, au contraire. Tu as bien fait de venir ici. Ma porte t'est toujours ouverte. Tu n'as pas à t'excuser. Cela arrive à tout le monde.
- Je ne devrais pas réagir comme ça pour des broutilles…
- Des broutilles ?! Emily… Tu sais très bien qu'il s'agit de bien plus que de broutilles. Tu le sais et je le sais aussi. Tu n'as pas besoin de te cacher derrière ton masque de "Super Emily Prentiss" devant moi, ni devant les autres, d'ailleurs. Nous sommes une famille. Tu sais, les sentiments sont parfois bien plus forts que ce que l'on croit.
Elle soupira. Il ne devait même pas savoir de quoi elle était en train de parler. Elle savait qu'il avait raison, mais c'était dur à admettre, surtout pour elle qui a été élevée à la dure. On lui avait toujours enseigné que les sentiments étaient pour les faibles et pour les gens insignifiants. La jeune femme savait pertinemment que cela était faux, mais comment faire quand on ne nous a jamais appris à laisser parler son cœur ? Bien sûr qu'elle savait que ces émotions étaient normales.
Elle avait fait des études de droits à Yale et était devenue profiler par la force des choses. Elle voulait prouver à ses parents qu'elle était capable de faire quelque chose de bien de sa vie sans avoir besoin d'eux. Elle avait vécu une enfance dorée mais extrêmement difficile à gérer à cause de ses parents bien trop souvent absents et de leurs trop nombreux déménagements. Elle avait donc décidé de consacrer sa vie aux autres afin de compenser le sentiment d'abandon qui ne l'avait jamais quitté, pour se sentir enfin utile pour quelqu'un.
Après être entrée au FBI, Emily avait pris des cours de psychologie et d'étude du comportement à Quantico. Elle connaissait donc les fonctionnements de l'esprit humain. Ce qui était ironique. Elle arrivait à décrire avec précisions les émotions des autres mais pas les siennes.
Elle avait déjà craqué, bien sûr, mais toujours toute seule, à l'abri des regards, au point que certaines personnes pensaient, de prime abord, qu'elle avait un cœur de pierre, que rien ne l'atteignait. JJ et Hotch le lui avaient fait remarqué quand elle était arrivée dans l'équipe. Ce qui était totalement faux. Puis, quand ils commençaient à la connaître, elle se révélait être une amie au grand cœur et toujours à l'écoute. Elle était sensible, mais s'était construit une armure pour éviter de souffrir et de laisser les gens entrer dans son jardin secret au risque de finir seule. Ses larmes se tarirent peu à peu.
- Je sais… Mais, c'est dur, Rossi. Je n'ai jamais été du genre "démonstrative" et mon éducation a fait que je ne suis plus capable de faire la différence entre mes sentiments et mon masque de femme forte.
Il sourit tristement. Oui, Elizabeth et Mark Prentiss avaient fait ce qu'ils pensaient être bon pour leur fille, mais c'était tout le contraire qu'ils avaient fait. Ils lui avaient, certes, inculqué comment être forte, mais l'avaient délaissée pour leurs carrières respectives. En témoignent leurs absences lors de l'enterrement de leur fille. Il en avait d'ailleurs été profondément choqué. Elle avait souffert d'un manque d'attention et d'amour de leur part. Il trouvait ça triste, car Emily était une jeune femme adorable qui n'avait pas mérité ça. Du coup, elle encaissait toujours et craquait rarement. Ce qui, en soit, faisait d'elle, une personne vulnérable aux déchainements émotionnels vifs et imprévus.
- Je sais, j'étais comme toi, avant. Jusqu'à ce que je rencontre Carolyn. Elle m'a appris à montrer mes sentiments et à les assumer.
Il eut un pincement au cœur en pensant à son ex-femme partie bien trop tôt. Et vit le regard d'Emily se fermer. Elle avait de la peine pour lui et pour leur histoire. Mais au moins, elle avait arrêté de pleurer.
- Je suis encore désolée pour votre ex-femme… Je viens vous ennuyer alors que c'est plutôt vous qui avez besoin de soutien…
- Em'… Tu peux me tutoyer, si tu le veux. Et puis, tu sais, j'ai fait mon deuil… Elle me manquera éternellement, mais cela faisait si longtemps qu'on était séparés. Je vais te confier quelque chose que personne de l'équipe ne sait.
Emily se sentit flattée, peu de gens tutoyaient le grand David Rossi. Elle lui offrit un petit sourire. Quelle chose pouvait-il bien lui dire ? Il avait l'air extrêment triste.
- Merci. Ça me touche beaucoup. Je t'écoute.
Il prit une profonde inspiration et essaya de se donner du courage. Personne de son actuel entourage n'était au courant de la tragédie qu'il avait vécu.
- En 1979, j'ai eu un fils.
La jeune femme le regarda, surprise. Il a eu un fils ? Mais, pourquoi ne le connaissait-elle pas ?
- Ho… Mais…
Et avant même qu'elle pose des questions, il la coupa.
- Il a vécu seulement deux heures. Les deux plus belles heures de toute ma vie. James était parfait. Mais, après ces instants de bonheur où tout allait bien, il a fait un arrêt respiratoire et est parti. On n'a jamais su le pourquoi du comment de sa mort…
La jeune femme était choquée. Comment avait-il pu faire pour garder ce secret tout ce temps ? Puis, elle réalisa qu'il n'était pas le seul à avoir eu de lourds secrets à conserver. Derek avait dû faire face à Carl Buford, JJ, au suicide de sa sœur, Pénélope, à la mort de ses parents, Spencer, à son addiction au Dilaudid, Aaron, à George Foyet et elle, à Ian Doyle. Tous avaient des blessures morales assez importantes et elle comprit que celle de David était la perte de cet enfant à peine né mais énormément aimé. Et Emily constata à quel point sa tristesse était futile par rapport à une telle perte.
- Je suis vraiment désolée…
- Moi aussi, si tu savais. Mais, j'ai appris à vivre avec et je pense à lui tous les jours. Il me manque, mais j'ai fini par m'habituer à son absence. Et je me suis dit que jamais plus je ne ressentirai ce vide et cette douleur. J'avais tort.
David semblait perdu dans ses pensées et tellement triste que cela coupa le souffle à la jeune femme. Il montrait rarement sa fragilité et elle pensa qu'il était pareil qu'elle. Elle mourait d'envie de lui poser certaines questions.
- Ecoute, David, si tu veux en parler, je serai toujours là pour toi. Quoi qu'il arrive.
- Merci Emily.
- Tu as dit que tu avais tort ? Mais… Tu as eu un autre drame comme celui-là dans ta vie ?
- Oui et je pensais que je ne m'en remettrais jamais car je n'avais pas eu l'occasion de lui dire à quel point elle était incroyable et que je l'aimais.
Emily pensa directement à l'ex-femme de son collègue.
- Oui, surtout aux vues des circonstances… Carolyn était une femme bien.
David sourit tristement.
- Oui, en effet, mais ce n'est pas d'elle dont je parle.
La jeune femme le regarda, interdite. Ce n'était pas Carolyn ? Mais, à qui d'autre Rossi faisait-il référence ?
- Oh. Heu, je suis désolée, je croyais que c'était elle, l'autre plus grande perte de ta vie.
- Elle était précieuse à mes yeux, mais cela faisait bien longtemps que la mort de James nous avait séparés. Et puis, il est vrai qu'elle était tout un chapitre de mon existence, mais ce n'est pas de cet amour-là dont je parle. Je te parle de l'amour filial entre un père et sa fille…
Emily ne comprit pas… Ne lui avait-il pas tout dit ? Aurait-il eu un autre enfant après James ? Elle allait poser la question, mais il la devança et la regarda droit dans les yeux.
- Emily… C'est de toi dont je parle. De ta disparition… Si tu savais à quel point j'ai regretté de ne pas avoir su te dire plus tôt combien tu comptais pour moi…
- Quoi ?!
Elle eut un sursaut à sa déclaration. Emily savait que sa disparition avait été difficile à encaisser pour son équipe, mais elle n'aurait jamais imaginé que ce soit à ce point-là. Elle se sentit mal. Les larmes lui revinrent aux yeux et la jeune femme éclata à nouveau en sanglots. David écarquilla les yeux. Bon sang ! Quel imbécile, il faisait ! Ce n'était sûrement pas le moment de parler de ça…
- Hey ! Em' arrête de pleurer. Je ne disais pas ça pour te rendre triste, mais pour te montrer que tu comptes beaucoup pour moi… Pour nous tous. Chut…
Il la prit dans ses bras et la berça doucement.
- Je suis tellement navrée pour ce que je vous ai fait subir. Je n'avais pas le choix, tu comprends ?
- Je sais, je sais… Je ne t'avais juste jamais dit à quel point je t'aime. Tu es comme ma fille, Emily. C'est la raison pour laquelle, je serai toujours là pour toi, quoi qu'il arrive.
- Merci…
Il la regarda et esquissa un léger sourire. Elle ne se rendait pas compte que les gens l'aimaient pour ce qu'elle était et non pas pour ce qu'elle faisait. Un silence agréable s'installa et ils en profitèrent un moment. Et puis, elle semblait se calmer à nouveau, alors il aborda le sujet qui faisait mal.
- Je sais à quel point c'est difficile de les voir avec elle.
Elle le regarda, surprise à nouveau. Comment était-il au courant ? Elle n'avait pourtant rien dit… Elle fit mine de ne pas comprendre.
- Pardon ?
- Tu sais très bien de qui je parle, Emily.
- Comment… Comment es-tu au courant ?
- Je suis profiler et je sais reconnaître l'amour lorsque je le vois.
La jeune femme frissonna lorsqu'elle entendit le mot "amour". Jamais encore, elle ne l'avait dit ou entendu à haute voix concernant de cette situation. Cela lui fit bizarre. Evidemment, elle l'aimait. Elle les aimait tous les deux. C'était ancré dans son cœur et dans son âme. Rien ne pouvait changer cela. Mais, le fait de l'entendre dire à voix haute était étrange… C'était un concept nouveau.
- Mais, tu te rends compte à quel point mes réactions sont futiles par rapport à la perte que tu as subie ?
- Elles ne sont pas futiles, Emily. Tu souffres et c'est tout à fait légitime. Chaque douleur est différente et chaque être humain les ressent différemment. Tu as le droit de lui en vouloir, tu as également le droit de pleurer, de crier ou de craquer. Ce n'est pas une tare. Cela arrive à tout le monde.
- Je… Je sais que tu as raison, mais je n'arrive pas à m'y faire.
- C'est normal, tu t'es toujours battue contre tes sentiments. Tu n'as pas l'habitude et tu sais aussi à quel point il peut avoir des œillères pour ce genre de chose.
- Oui, mais, tu sais, après tout ce que j'ai fait pour eux, je pensais que cela lui aurait ouvert les yeux. J'ai essayé de le lui faire comprendre, mais, apparemment, pas assez. Puis, elle est arrivée et je me suis effacée, pour son bonheur et pour celui de Jack. Ils méritent mieux que moi.
- Ne dis pas ça, Emily. Tu es une personne incroyable.
- Peut-être que tu as raison, sauf que moi, je ressens l'inverse. Je ne comprends pas comment des gens peuvent s'intéresser à moi ou même m'apprécier.
- Tu verras, un jour, tu t'en rendras compte, je te le promets.
La jeune femme le dévisageait. Était-il sérieux ? Elle l'espérait en tous cas. Elle l'en remerciait, mais continua sur sa lancée sans prendre en compte sa remarque.
- Et puis, je suis en colère. Je suis en colère car je n'arrive pas à combattre ce sentiment affreux de jalousie et d'injustice. J'ai passé plus de deux années de ma vie à m'occuper d'eux à chaque fois que je le pouvais et…
- Et tu pensais que cela suffirait, n'est-ce pas ?
Emily soupira.
- Oui… Je suis naïve.
- Non, ce n'est pas vrai, tu es juste trop attentionnée. Combien d'heures as-tu passées avec Jack pour lui changer les idées ou avec Aaron pour qu'il fasse son deuil ? Combien de fois as-tu annulé des soirées avec nous ou avec tes autres amis pour eux ?
Elle sourit, amère.
- Beaucoup et même vraiment beaucoup. Je ne leur en veux pas, j'ai passé d'agréables moments en leur compagnie et puis, c'est moi qui ait fait ce choix… C'est juste que…
- Tu as l'impression qu'il a abusé de ta gentillesse pour finalement te "jeter".
- Oui. C'est ça. Combien de fois je suis allée chercher Jack à l'école, fais ses devoirs avec lui. Je les ai consolés lorsqu'ils étaient tristes, fais à manger pour eux. J'ai fait en sorte qu'ils aillent se changer les idées et fais la messagère entre Hotch et Jessica… Toutes ces petites choses qu'une maman devrait faire. Mais, je n'ai aucune légitimité pour ce rôle-là. Je ne l'ai jamais eue. Haley n'est plus parmi nous et elle l'a remplacée dans le cœur de Hotch. Et bon sang, ça fait un mal de chien.
Il ne trouvait pas cela juste. Après tout ce qu'elle avait fait pour eux, Aaron ne lui avait jamais montré de la gratitude ou toute autre chose, d'ailleurs. Juste un "merci… pour tout" dit cette après-midi dans le jet…
Puis, il se surprit à penser à Haley, qui était partie bien trop tôt. Jack avait besoin d'une figure maternelle et aux vues de ce qu'il avait constaté, Emily était bien plus apte à cette mission que l'était Beth. Oh, ne croyez pas que Beth n'était pas gentille avec Jack, loin de lui cette idée, mais Emily était toujours là pour le petit garçon et ce, depuis bien plus longtemps que la compagne de son père.
Emily l'avait aidé à surmonter la mort de sa maman. D'ailleurs, cela n'avait pas échappé à Beth car apparemment, cette dernière était jalouse de sa jeune collègue. Et sans vouloir la défendre coûte que coûte, David comprenait. Il y avait de quoi : Jack se montrait extrêmement affectueux et protecteur envers Emily, l'aimait autant que sa défunte mère et Hotch se confiait beaucoup à la brunette. Alors que Jack était juste cordial avec Beth et qu'Aaron restait souvent silencieux.
Elle ne les connaissait pas aussi bien qu'Emily et cela la rendait folle. Elle, aussi, voulait tout connaître d'eux. Mais cela ne faisait pas sept ans qu'elle connaissait Aaron et Jack, contrairement à sa jeune collègue. Emily connaissait Jack depuis qu'il avait un an seulement, il avait grandi avec elle et s'était forcément beaucoup attaché.
Depuis le décès d'Haley, Emily était devenue un substitut de maman pour le garçonnet. Bon dieu, mais à quoi pouvait bien penser Aaron ? David savait que les sentiments ne se contrôlaient pas, mais il savait également à quel point leur jeune collègue était importante aux yeux d'Aaron. Peut-être même avait-il des sentiments pour elle, sauf que ses principes l'empêchaient d'y faire face. Ne voulant pas donner de faux espoir à la brunette dans ses bras, il n'évoqua pas cette possibilité.
- En quelque sorte, tu as repris le rôle d'Haley.
- Ce n'était pas mon intention à la base. J'espérais juste qu'elle ne m'en voudrait pas.
- Je suis sûr que non. Tu as aidé Jack à aller mieux et à passer outre son décès. C'est un petit garçon équilibré et intelligent. Tu y es aussi pour quelque chose. Je sais à quel point il aime apprendre à ton contact. Tu lui as rappelé sa mère. Tu le consoles lorsqu'il est triste, tu lui fais des câlins, des bisous, tu le rassures lorsqu'il a peur d'oublier sa maman et tu l'aimes. C'est ça, le plus important Emily…
Il lui sourit et déposa un léger baiser sur le haut de son front. Elle le regarda, surprise par ce geste de tendresse et lui sourit en retour. Elle n'avait pas l'habitude, mais cela lui faisait du bien. Puis, ses yeux dévièrent sur l'horloge posée au mur et se rendit compte qu'il était plus de minuit.
- Merci David. Merci pour tout.
- Il n'y a pas de quoi. Comme je te l'ai déjà dit, je serai toujours là pour toi.
- Il se fait tard, je vais rentrer…
- Hors de question. Tu ne vas nulle part ce soir. Pas dans l'état dans lequel tu te trouves.
- David… Ça va beaucoup mieux. Ne t'en fais pas. Et puis, il faut que je rentre, demain, je vais prendre Jack pour la journée et je n'ai pas ma voiture.
L'idée de voir Jack le lendemain matin l'enchantait réellement. Elle sourit et paraissait très heureuse à cette perspective, et ce, malgré les traces de maquillage qui avaient coulé de ses yeux rougis et gonflés. Il fallait qu'elle rentre, mais Dave ne l'entendait pas de cette oreille.
- Tu restes là. Pas de discussion possible. J'ai bien assez de place. Je t'amènerai chez toi demain matin et ensuite, tu iras voir Jack. Ça te va ?
Elle était fatiguée. Cette discussion avait été pénible émotionnellement parlant. C'est la raison pour laquelle, elle céda aussi rapidement.
- D'accord, tu as gagné. Je reste ici, promis.
Il lui sourit à nouveau et ils se levèrent du sofa comme un seul homme. David lui indiqua la salle d'eaux et sa chambre d'amis, puis la laissa seule, non sans une légère appréhension. Comme Emily avait son sac de voyage avec elle, elle avait tout ce dont elle avait besoin. Ils se dirent "bonne nuit" et allèrent se coucher.
Un long chapitre pour cette fois-ci... Qu'en pensez-vous? Est-ce crédible? J'espère que cela vous plaît et que mon orthographe n'est pas trop abominable :-) Merci de me suivre! A bientôt.
Clyn4ever
