Piou!

Et oui vous ne rêvez pas... Deux chapitres au lieu d'un ! C'est un miracle! 8D


Kap II

Chapitre 3 : Un mot interdit

Cela faisait trois jours qu'Allen était chez les Kanda et… Trois jours que Yu le fuyait.

Allen ne savait absolument pas comment il y arrivait. Celui qui devait être sa moitié arrivait toujours à se trouver dans une autre pièce même quand le blandin courait pour le rattraper. L'habitant en était sûr à présent : le palais possédait des passages secrets. Enfin c'est ce qu'il se bornait à croire, la vérité –plus cruelle- était qu'il était homme à se perdre dans sa propre chambre. Son sens de l'orientation était proche du zéro, un comble quand on vivait dans la forêt et qu'il pouvait faire la distinction de tous les arbres du bois où il vivait.

C'est donc puérilement que le jeune kappé posa ses mains sur le mur en face de lui et tapota de manière assez hasardeuse celui-ci.

« Mais où est ce fichu bouton ? » Pesta le garçon visiblement persuadé de ses dires.

Allen resta un long moment collé à ce mur, de toute manière s'il n'arrivait pas à trouver Yu en fouillant toute les pièces de cette demeure bien TROP grande… Il lui suffirait de rester ici et de l'attraper quand il s'y attendrait le moins. C'était une idée plus ou moins brillante sauf que…

« Allen ? »

Il venait d'attraper le mauvais Kanda.

« Hum ? »

Le dit nommé se retourna et aperçut Yuuta, le sang d'Allen se figea rapidement. Si le garçon faisait tout pour dénicher celui qui d'habitude était collé à lui au point de lui voler son propre air, à l'inverse… Il fuyait lui aussi quelqu'un. Et cette personne se trouvait à présent devant lui. Que faire ? L'ignorer ? L'insulter ? Lui parler ? Plusieurs solutions s'offraient à lui et aucune ne semblait réellement le faire avancer. Il choisit donc l'issue la plus polie, ne voulant pas déshonoré l'éducation que son père, Mana lui avait transmise.

« Bon… Bonjour ! »

Il observa Yuuta timidement, il tenait dans ses mains un bon nombre de dossier.

« Je peux t'aider ? » Ajouta le blandin dans un murmure mais avec, le sourire chaleureux qu'il utilisait toujours pour aider les personnes à qui il le proposait.

Le grand frère de Yu répondit non de la tête avant de répondre de vive voix :

« Non, ça va aller ! En tout cas je te remercie pour ta proposition
- Je t'en prie. »

L'ainé voulu ajouter quelque chose, il hésita quelques secondes… Semblant peser le pour et le contre avant de finalement se décider à parler :

« J'aimerais qu'on parle tous les deux… Si tu ne vois pas d'inconvénient. »

Second dilemme de la journée…

« Euh… Si tu veux ? »

C'est ainsi qu'Allen se retrouva assis sur une chaise et face à une table dans la cuisine avec Yuuta aux fourneaux : il n'allait pas l'empoisonner tout de même ? L'ainé alluma un engin inconnu pour le blandin qui fit naitre du feu avec un simple bouton. Ou cuir plutôt ? Il allait le suspendre au dessus et le retourner de temps en temps ? Le grand frère pivota vers le cadet qui, en le voyant aussi perplexe et sur ses gardes le rassura d'un doux sourire :

« Ne t'inquiète pas, je ne vais pas t'empoisonner… Ou te cuir ?
-Ah ah… Merci »

Le cuisiner pivota à nouveau et repartit dans sa préparation aussi concentré que possible. Allen posa un coude sur la table et son menton dans cette même main. Il observa le chef dans un silence qui forçait le respect et détailla par la même occasion toutes les mimiques de son ainé. Sa façon de se tenir, de se parler à lui-même… Il fallait bien avouer, il avait l'impression de se regarder dans un miroir. Le bagou en moins. Pas étonnant que Néa y ait succombé. Yuuta paraissait être une personne adorable…

Cela piqua Allen, il était jaloux.

Le grand frère ne tarda plus à arriver avec le repas, il posa ce qui servait de casserole entre eux d'eux et déposa en face du blandin une assiette avec des couverts. Yuuta s'assit en face de lui avec les mêmes instruments.

« Bon appétit !
-Bon appétit… »

Allen mangea en silence, ne sachant trop quoi dire… Même s'il se doutait des questions que son « beau frère » voulait lui poser et le chemin où ils allaient devoir s'aventurer. Le blandin prit donc ce qui lui paraissait être une fourchette et la planta dans l'un des morceaux qu'il mit aussitôt dans sa bouche. C'était rudement bon… Même son estomac tombait amoureux de lui. Il prit une seconde bouchée, entre délice culinaire et une jalousie amère.

« Et bien je vois que tu as compris comment on s'en servait, fit Yuuta en désignant les couverts. Tu aurais du voir Néa, il avait tellement peur de se tromper qu'il était resté assis là en attendant une réponse du ciel. »

L'ex-kappeur se mit à rire, cachant de sa main ses dents découvertes par le sourire qu'il faisait. Allen n'eut pas de mal à imaginer son compagnon des bois agir ainsi, se demandant s'il n'y avait d'ailleurs pas un philtre d'amour dans leur soupe à la viande chauffé sur une boite magique.

« Il devait surement croire à un philtre où… »

Yuuta s'arrêta de parler, il vit alors Allen repousser son repas et poser brutalement son front contre la table. Celle-ci trembla un millième de secondes sous le choc, la cuillère du moyashi tomba sur le sol dans un petit bruit cristallin.

« Allen ? Risqua l'ainé qui ne voyait pas ce qu'il venait dire comme étant un mal.
- J'abandonne… Marmonna le blandin dans sa barbe, vaincu semble-t-il.
- Abandonner ? Quoi ? Pourquoi ? »

Le brun commença réellement à paniquer, ce n'était pas dans ses intentions de faire déprimer le jeune homme comme il paraissait l'avoir fait.

« T'es trop gentil pour que je me mette à te détester… Même en y essayant de toutes mes forces.
-Ah ? Euh… Je dois le prendre comment ? »

Allen releva sa tête et observa son interlocuteur. Le blandin qui était plutôt pale de nature tant pour ses cheveux que pour sa peau, avait une belle rougeur sur son front. Lorsque Yuuta le remarqua, il se mit à blêmir lui aussi : Que dire à Yu si celui-ci voyait la marque (voir future bosse) de sa moitié ?

« Allen ton front… » Commença-t-il.

Il n'eut pas le temps de continuer : Le cadet explosa de rire. Toute la frustration qui le rongeait depuis son arrivé s'envola d'un seul coup. Il resta là un bon moment à s'esclaffer devant un grand frère médusé. Celui-ci d'ailleurs tentait en vain de comprendre la situation qui se passait sous ses yeux… Allant jusqu'à ce faire toute un délire qui l'inquiétait de plus en plus.

« Toi alors… Je sais pas lequel de vous a été adopté mais vous ne vous ressemblez vraiment pas ! »

Le blandin continua à rire, se pliant en deux tellement il trouvait cela hilarant. Yuuta le regarda faire, ne comprenant pas où il voulait en venir cependant… La bonne humeur du jeune garçon le rassura un peu et lui redonnait même le sourire.

« Il est aussi invivable que ça ? Demanda l'ainé en toute innocence.
- Franchement ? J'épouserais n'importe qui mais pas lui »

Sur ces mots, le front d'Allen retourna manger un peu de la table tandis qu'il rigolait de plus en plus fort. Devant tant de bonne humeur, Yuuta ne put se résoudre à ne pas participer… A un petit lynchage de son adorable frère qu'il aimait pourtant tant.

« C'est vrai que Yu a du mal à accepter le « non ».
- Ah mais il n'essaye même pas de l'accepter, pour lui c'est un mot à proscrire de son vocabulaire !
- Il ne te force pas tout de même ? »

Un long silence plana… Qu'est-ce qu'il sous-entendait là ? Pensa le blandin qui n'arrivait pas à croire ce qu'il entendait.

« Ah non ! Ce… Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Réfuta aussitôt Yuuta qui venait de s'apercevoir qu'il avait proposé une phrase passablement ambigüe pour quiconque l'aurait entendu dans ce contexte.
- Et bien il a fait pas mal de tentative qui se sont retrouvé caduc… Mais il n'a pas lésiné sur les moyens pour me faire craquer.
- C'est-à-dire ? Demanda-t-il
- Je préfère ne pas te raconter, tu risquerais de voir ton frère d'un tout autre œil… »

Le plus vieux qui avait reprit quelques couleurs depuis les rires du kappé… Eut le droit à un rappel. Mon dieu quel genre de kappeur était son petit frère pour lui faire ainsi dire ce genre de chose ?

« Tu me fais peur là… Yu est compliqué mais ce n'a pas un mauvais fond… Tenta vainement de défendre Yuuta qui peu à peu essayait de ne pas imaginer les tréfonds de l'âme de son frère cadet.
- Oh je n'en doute pas, je suis sur que si on creuse bien profondément on trouvera un petit cœur adorable et sensible à la fois… Sauf qu'en surface, c'est juste une sangsue qui s'accroche à ta jambe et te suce petit à petit toute ton énergie jusqu'à ce que tu cèdes à ses besoins primaires.
- Et tu as cédé ? Risqua-t-il trop stupéfait pour réussir à lister tout ce qu'il venait d'apprendre d'une traite.
-Non, ça fait un an qu'il me pourrit la vie. »

Après un long soupir empli de soulagement, Yuuta fut rassuré que son frère n'ait pas osé transgresser les lois que leurs propres parents leur avaient inculqué à tous les deux.

« Il n'est donc pas si terrible, conclut-il comme pour se réconforter.
-Moui… Tu as surement raison. »

Allen posa de nouveau sa tête sur cette main qui la retenait et soupira en repensant à cette année plutôt mouvementée avec Yu. Que d'aventure ! Du début jusqu'à aujourd'hui. Et ça n'avait pas l'air de vouloir s'arrêter apparemment.

« Est-ce tu aimes Yu ? »

Cette question réveilla totalement le blandin qui ouvrit grand les yeux. Il lui demandait cela ainsi, sans honte ni pudeur ?

« Je sais que beaucoup de kappeur croient que c'est le résultat qui compte et donc que n'importe quel moyen est bon si finalement la personne qu'ils aiment est à eux.
- Et ?
- Pour ma part, je ne suis pas d'accord. »

Yuuta se releva puis, après avoir replacé sa chaise telle contre la table, il fit le tour pour rejoindre le blandin. Le grand frère vint s'assoir sur le bord du meuble et reprit :

« Tu sais Allen, j'adore mon frère et je ne souhaite que son bonheur. Si tu pouvais l'aimer autant que lui t'aime alors je t'en serais vraiment gré. Seulement… »

Le brun fit un maigre sourire, comme s'il se rappelait d'un souvenir difficile qui le faisait encore souffrir.

« Cependant je connais pertinemment ce que donne un amour que l'on sent forcé. Être aimé par sens du devoir est encore plus douloureux qu'un amour non réciproque. »

La main droite de Yuuta glissa lentement sur l'épaule d'Allen qui n'y toucha pas.

« N'écoute pas les personnes qui te parlent de devoir ou de destin, c'est à toi et à toi seul de décider qui tu aimes. Tu n'as pas à leur donner tes raisons et ils n'ont aucun droit de te juger. La seule chose que tu te dois de faire c'est d'être honnête envers eux et envers toi-même. »

La paume du grand-frère glissa sur la chevelure du blandin qui ferma les yeux quand celui-là l'ébouriffa tendrement.

« Tout ce que je te demande en tant que parent de Yu c'est de le faire souffrir le moins possible. »

Finalement, Yuuta enleva sa main et redescendit sur le sol. Il fit une nouvelle fois le tour et débarrassa son assiette ainsi que le drôle d'objet ou était le reste du plat. Il tourna le dos quelques instants, le temps de ranger.

« Tu m'as l'air de quelqu'un de bien, et Yu n'est pas le genre à apprécier les mauvaises personnes. »

Couverts en main, il pivota une énième fois et d'un sourire ajouta.

« Je te laisse manger tranquillement, j'ai encore du travail alors j'emmène mon assiette »

Il montra du doigt son repas, le brun semblait s'être resservit.

« Tu peux en reprendre si tu veux ! Bon appétit ! »

Avant même que le blandin ait eu le temps de le remercier, le grand frère sortit hâtivement de la pièce. Le regard d'Allen suivit cet étrange énergumène jusqu'à la porte où il vit une personne familière qui semblait être là depuis assez longtemps pour avoir prit ses aises. Calé contre l'embrasure de la porte, il regardait le moyashi d'un œil dont on ne pouvait connaitre la signification. Il avait les bras croisés et restait silencieusement ainsi, attendant patiemment quelque chose sans pour autant le dire clairement.

« Yu ? »

Le kappeur continua de soutenir son regard mais ne répondit pas à son appel. Allen eut l'impression d'être jugé de haut en bas, des frissons le parcoururent. Il s'efforça à sourire face à cette situation.

« Salut ! Tu va bien ? Tu es là depuis longtemps ?
- Est-ce que tu m'aimes ? »

Allen tiqua, sérieusement… C'était quoi leur problème dans cette famille ?! Mettre les pieds dans le plat comme ça… N'avait-il donc aucune pudeur ? Le sourire du blandin s'allongea, étirant tous ses muscles du visage à lui en faire mal.

« Tu es venu grignoter un morceau ? Feignit-il. Tu peux te servir vas-y, Yuuta en a fait suffisamment pour plusieu…
- Arrête de changer de sujet et répond à ma question veux tu : Est-ce que tu m'aimes ? Oui ou non ? »

Le brun ne paraissait pas disposé au détournement de discussion, c'était bien sa veine… Non pas qu'il avait changé d'avis, Allen voulait toujours en découdre avec lui et mettre ainsi les points sur les i cependant… Il ne savait absolument pas depuis quand Yu était là et, il fallait bien l'admettre, hésitait entre tout lâcher d'un coup ou s'enfuir en courant… Bizarrement avec l'air que prenait le kappeur, le moyashi avait penché pour prendre ses jambes à son cou.

Devant le silence de cette moitié qui ne voulait pas de lui, Yu réitéra sa question avec un ton… Cette fois-ci, plus insistant.

« Ne fais pas comme si tu ne m'avais pas entendu, c'est une demande tout ce qu'il y a de plus simple. Il te suffit juste d'y réfléchir une demi-seconde. »

Voyant qu'il n'y couperait pas, le blandin répondit à son interrogation de suite et avec la même froideur qu'il ressentait chez son interlocuteur :

« Je n'ai pas envie de coucher avec toi.
- Ce n'est pas ce que je t'ai demandé. Répondit du tac au tac le brun.
- Si je t'aime je te veux non ? Je reste sur mes positions en ce qui concerne les rapports sexuels que tu souhaiterais tant. Donc la réponse me parait claire. »

Allen retourna à son assiette, il n'avait plus faim. Mais la perspective de continuer à parler avec Yu était encore moins alléchante que le repas qui restait dedans. Il attrapa la fourchette qu'il avait reposée pendant la discussion avec le kappeur et reprit un morceau, il mordit fermement dedans comme pour se venger. L'ainé toujours accoudé au mur se sépara de lui et partit prendre la place que Yuuta avait laissée.

Il passa à la gauche du blandin sans lui faire quoique ce soit, pas même un regard puis tira la chaise pour s'y installer. L'ex-kappeur se plaça face au jeune homme, il croisa les jambes et alluma la première cigarette qu'Allen voyait depuis leur dernière rencontre.

« Tu fumes vraiment alors ?
- La ferme. Ordonna le brun. Tu te prends pour ma mère ou quoi ? »

L'ainé décroisa les jambes quelques secondes pour finalement les poser sur la table. Allen se retint de lui enseigner quelques règles de savoir vivre.

« J'attend toujours ta réponse… Renchérit le brun qui n'avait apparemment pas finit avec cette discussion.
-J'y ai répondu je te signale. Cracha Allen visiblement tout aussi irrité.
- Je ne t'ai pas demandé si tu avais envie de coucher avec moi mais si tu avais des sentiments. Ce n'est pas la même chose !
- Tu as déjà vu de vrais relations survivant uniquement avec du platonique ? Et bin… Je ne te savais pas aussi fleur bleue, j'en ai la larme à l'œil ! »

Yu fit de suite la moue. Se faire traiter de romantique n'était pas du tout à son goût.

« Et moi je suis surpris de voir que l'amour pour toi se résume à du pur sexe primaire sans une once d'humanité. En fait t'es une belle petite ordure. »

Cette fois-ci ce fut au tour du blandin de prendre un air sombre. En même temps il l'avait cherché… Le Kanda avait raison, ce n'était pas son genre de réduire les sentiments de quelqu'un à de tel instinct. Il l'avait fait uniquement parce que c'était Yu, une manière de garder ses distances.

« Merci du compliment… Gratifia le cadet de ce même faux-sourire.
- Ca n'en était pas un, mais tu t'en doutes évidemment. »

Le brun examina Allen dans les yeux, un regard qui mit le blandin mal à l'aise. Cela eut pour conséquence de faire fuir des yeux le jeune homme qui détourna subitement la tête.

« Je ne t'en voudrais pas de me dire que tu ne m'aimes pas. Continua-t-il.
-Dans ce cas pourquoi tu me pourris la vie depuis un an ? Je t'ai dit que ce n'était pas réciproque.
- Non, tu n'as pas cessé de me dire que tu ne voulais pas coucher avec moi, nuance. »

Sur ces mots, Yu reposa ses pieds au sol et se releva prestement. Il contourna la table en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire et arriva à la hauteur d'Allen qui resta figé sur sa chaise. L'ex-kappeur l'attrapa alors par le col et le souleva d'un geste, le blandin surpris par la force du brun n'eut d'autre choix que de se redresser à son tour. La taille de Yu étant plus grande que la sienne, le cadet se tenait sur la pointe des pieds.

« Et ? Dit simplement le jeune homme qui tentait de ne pas se laisser démonter.
- Moi ce que je te demande… »

Le Kanda poussa le repas du moyashi avant de l'obliger à s'allonger à moitié sur le mobilier. Allen se retrouva alors dos sur la table tandis que ses jambes pendaient dans le vide. Yu se pencha de suite au dessus du blandin, un genou entre les cuisses de celui-ci. Il utilisa sa main valide pour tenir le bord opposé de la table et bloqué ainsi l'un des côtés en cas de tentative de fuite.

« Ce que je te demande c'est d'être honnête avec moi. »

Il avança son visage vers celui du plus jeune, son souffle glissait doucement sur les lèvres rosées du blandin. Celles qu'il adorait par-dessus tout.

«Ne ressens-tu vraiment rien quand je suis si proche de toi ? »

Yu relâcha le haut de son vêtement et après avoir caressé sa hanche droite, glissa ses doigts sous son t-shirt. Il sentit une peau douce à son contact et la chaleur qui allait avec. Allen sursauta en sentant la main plutôt froide du brun se caller contre lui, pourtant il se laissa faire trop surpris. Le kappeur avait fait beaucoup de rentre dedans au blandin mais s'en était toujours arrêté à des mots ou quelques gestes déplacés comme des baisers volés. Yu n'avait jamais osé glisser ne serait-ce qu'un doigt autre que sur les bras dénudés ou le visage du moyashi. C'était une première.

Le brun s'approcha un peu plus, s'avançant vers l'oreille de ce dernier et lui murmura :

« Je n'ai pas l'intention de te prendre ta liberté si ardemment défendue. Je veux juste que tu me dises si j'ai le droit d'espérer un jour que tu répondes à mes baisers quand je viendrais dire bonjour à ta langue. »

Yu déposa alors un baiser sur la tempe de celui qu'il aimait plus que tout avant de le relâcher. Il s'écarta lentement du blandin et vola la chaise du garçon avant de s'asseoir dessus. Allen se redressa avec une main sur la tempe qui avait été embrassée. Une jolie couleur pivoine venait de naitre sur ses joues d'habitude si pâles et le rendait encore plus appétissant aux yeux du Kanda.

« Tu es complètement barge ! Cracha Allen
- Fou de toi oui. Plains toi à ta jolie petite gueule, c'est de sa faute… T'es trop craquant.
-Génial… J'ai bien l'impression que mon physique est la seule chose qui t'intéresse. »

Le blandin était à présent assis sur le bord de la table, foudroyant le kappeur d'un regard qui en disait long.

« Non, j'aime bien ton petit côté langue de vipère aussi… »

Le brun ajouta à cette phrase un petit sourire très énonciateur et alors que le blandin retenait son envie de le frapper, Yu ajouta :

« Finalement, je n'ai pas besoin de ta réponse. »

Allen fut surpris de ce retournement de veste cependant il ne tarda pas à revenir sur ses gardes : le kappeur devait avoir une bonne idée, une bien meilleure idée que la précédente. Et ça, le blandin le redoutait : Il n'avait pas envie de se frotter à une nouvelle lubie du chevelu. Mais c'était peine perdu, il le savait pertinemment.

« Tant mieux ça m'évitera de gaspiller ma salive pour des broutilles.
- Ce que je voulais dire, c'est que je n'en trouve plus l'utilité. Expliqua Yu qui semblait à l'inverse avoir envie d'en parler.
- Plus l'utilité ? Tu sembles enfin comprendre que tout ceci n'est que du vent ?
- Du vent ? Répéta le brun. Bien sûr que non ! Ce que je voulais dire par là c'est que je l'ai à présent ma réponse. »

Allen l'observa un moment avant de finir par hausser les épaules et soupirer :

« Bah voyons… Tu l'a vu dans un de tes objets magiques transparents ?
-Non, en découvrant ta tête rouge comme une pivoine qui ne demande qu'à être effleuré.
- Pa...PARDON ?! »

Le blandin rosit à nouveau. Il tenta de descendre de la table pour partir loin de lui mais Yu leva d'un seul coup sa jambe et posa la plante de son pied sur le bord du meuble. Cela bloqua la descente d'Allen qui surprit, se figea net. Lorsque le garçon dévisagea son interlocuteur dans les yeux avec l'intention de l'injurier, il fut confronté à un regard glacial. Rien à voir avec ceux qu'il lui lançait d'habitude quand il était énervé. Cette fois-ci il semblait véritablement furieux.

« On n'a pas finit de parler.
- Moi j'ai finis, laisse-moi passer. »

Allen tenta de repousser sa jambe mais ce fut en vain, il fut confronté à une barrière infranchissable sans l'accord de ce dernier.

« Enlève cette jambe ! Ordonna le blandin.
- Hum… Non, pas envie. J'ai un peu trop marché ce matin et je crois qu'un peu de hauteur leur ferait du bien.
- Je ne sais pas ce qui m'empêche de t'en coller une… Grogna-t-il.
- Peut-être ton envie inconsciente de te jeter dans mes bras ?
- Va crever. »

Faute de pouvoir sortir par devant, le blandin opta pour se rasseoir sur la table et tout simplement reculer pour sortir de l'autre côté. C'est donc en un rien de temps qu'il fut de nouveau debout et libre de tous ses mouvements. Tout du moins c'est ce qu'il croyait : Yu toujours installé sur la chaise laissa échapper un rire. C'était assez amusant de voir le jeune homme essayer de lui échapper par tous les moyens qu'il pouvait trouver. Puéril mais mignon. Il reposa son pied au sol, toujours avachi.

« Si tu crois t'en sortir par cette pirouette, tu vas être déçu mon pauvre.
- Et tu comptes faire quoi pour m'en empêcher ?
- Bin… Ton problème est toujours le même »

Yu pointa du pouce la porte qui se trouvait derrière lui, ne prenant même pas la peine de se retourner. Il continua à parler avec ce même air qui défait toute insensibilité.

« La sortie est là et je ne te laisserais pas la prendre.
- Pourquoi tu me prends autant la tête ? Souffla le blandin qui se passait en même temps la main droit sur le visage.
- J'attends toujours ma réponse. Recommença le brun.
- Tu n'avais pas dit que tu t'en fichais ?!
- J'ai changé d'avis. »

Allen le regarda incrédule, une colère sourde monta en lui. Cela commençait à bien faire.

« Tu ne sais pas ce que tu veux ! Clama le blandin un décibel au dessus du supportable.
- Et bien ça nous fait au moins un point commun ! Non en fait j'ai une autre question et j'aimerais vraiment que tu y répondes sincèrement.
- Si je le fais, tu me fiches la paix avec tes mains baladeuses et ton cerveau de pervers incontrôlable ? »

Yu leva la main et, après s'être redressé tout en prenant une pose officielle, il déclara :

« Promis, je ne te forcerais plus.
- Très bien, vas-y… Qu'on en finisse ! »

Le blandin croisa les bras et toujours debout, attendit la question de ce dernier. Celui-ci n'attendit pas longtemps pour la poser :

« Est-ce que c'est juste une question de garder ta liberté ou bien tu l'aimes toujours ?
- Pardon ? »

Tel un chat, Yu s'avança vers Allen : il contourna lentement la table en y faisant glisser sa main gauche dessus. Le cadet recula en le voyant arriver, son rythme cardiaque augmenta d'un seul coup. Il pensa à courir, se jeter sur la porte tandis que le brun le poursuivrait avec un peu de retard cependant… Ses yeux n'arrivaient pas à se décoller du regard que le Kanda avait jeté sur lui. Il se sentait contrôlé, aspiré par ce visage devenu subitement charmeur. Allen fit semblant de ne pas être transcendé, au grand damne de celui-ci puisque le kappeur en avait accéléré le pas.

« Tu m'as très bien compris. Souffla le brun. Je te demande si, un jour dans un avenir proche ou un peu plus éloigné, tu me donneras autre chose que des répliques cinglantes. »

Alors qu'Allen allait lui répondre par une des ses « répliques cinglantes », Yu déjà suffisamment proche de lui attrapa son poignet et le tira à lui. Cela eut pour effet de ramener le blandin tout contre le torse du Kanda qui ne lésina pas sur les moyens de le retenir : une main sur sa hanche gauche et collé dos au mur. Le cadet retint un cri de surprise mais ne s'empêcha pas ensuite de râler à l'encontre de son interlocuteur qui recommençait à le peloter d'une manière aussi déplaisante que précédemment. Apparemment le kappeur avait décidé de passer un cran au dessus dans les familiarités. Déjà que le blandin n'appréciait pas ses « tendresses » et ses propositions insidieuses, là deux fois dans le même quart d'heure… Ca l'inquiétait.

« Yu je croyais t'avoir dit… Commença le garçon.
- Tu n'as pas répondu à ma question. Coupa l'ainé. Voilà mon offre : Tu réponds à ma question et je te lâche. A l'inverse si tu refuses de me dire la vérité et continue à tourner autour du pot… Je te prends ici et maintenant.
- Pas question !
- Il n'y a pas de refus possible mon cœur. Tu parles avec ta langue ou ton corps.
- Ce que je vois surtout c'est que tu y gagnes sur tous les tableaux !
- Plait-il ?
- Soit tu entends ce que tu veux, soit tu prends ce que tu désires ! Je ne vois pas ce que je reçois moi dans l'histoire ! »

Yu s'approcha un peu plus du corps du blandin, Allen put sentir une pression contre son entrejambe qui ne le rassurait pas des moindres. La bouche du brun s'avança vers le visage du cadet, celui-ci tourna la tête après avoir fermé les yeux. Sourcils froncés il posa ses mains sur le poitrail de son assaillant qui ne semblait même pas les sentir le repousser. Les lèvres du kappeur se perdirent dans le cou du blandin qui ne put refréner un frisson. Yu embrassa alors sa peau amoureusement, ne faisant du mal qu'à l'égo du moyashi. Il baisa cette parcelle un long moment, redessinant chastement la courbe de sa nuque. La taille que la main de Yu retenait, tremblait imperceptiblement. Celle-ci souleva délicatement l'habit du blandin avant de se perdre sur sa peau, toujours au même endroit.

« Arrête ! Supplia le jeune homme qui retenait un sanglot.
- Je ne te ferais jamais de mal. Susurra le Kanda, je veux juste une réponse.
- Je ne veux pas coucher avec toi ! S'écria le blandin.
- Ca j'avais compris. Ce n'est pas ce que je t'ai demandé.
- Que veux-tu savoir alors ? Si je t'aime ? »

Allen rouvrit les yeux puis dévisagea d'un air furibond celui qui l'avait agrippé. Il tentait de retenir difficilement les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux.

« Bien sûr que je t'aime espèce d'abruti congénital ! »

Allen avait hurlé cette dernière phrase. Celle-ci semblait venir du plus profond de son âme et venait en sortant, de labourer tout l'intérieur de son être. Il avait mal et son cœur n'allait pas s'arrêter de saigner. Yu, surprit de cette honnêteté soudaine, resta interdit. Il recula de son cou et put enfin apercevoir le blandin le toiser. Si ce n'était pas mignon… C'était la première fois que sa moitié lui disait qu'il l'aimait et il rajoutait le mot crétin avec un regard proche de l'envie de tuer. Les kappés avaient vraiment l'art de vivre leur amour de manière passionnément vache. Il alla même jusqu'à imaginer une demi-seconde son mariage avec celui-ci : Une version à échelle humaine de la mante religieuse. Avant même de dire oui il serait déjà à a moitié dévoré.

« J'adore ta façon de m'avouer ton amour, très… Original ? »

Le blandin tenta une seconde fois de repousser le kappeur de ses mains mais il ne réussit qu'à se faire attraper par les deux poignets, une pour chaque main du brun. Allen grogna, appréciant peu d'être traité de la sorte.

« Si tu n'aimes pas ta réponse alors casse toi ! J'ai dit ce que tu voulais maintenant ne me touche plus.
- Est-ce ta vérité ou tu me l'as dis juste pour me faire plaisir ?
- Je tiens mes promesses MOI, insista le blandin qui n'aimait pas trop le sous entendu que l'autre venait de lui faire.
- Je demande, c'est tout. »

Les mains de Yu retenant toujours celles d'Allen, glissèrent entre ses doigts pour les entrelacer. Le brun avança son visage et déposa un tendre baiser sur ses lèvres puis, installa quelques secondes son front sur celui du cadet.

« Merci. »

Sur ses mots, il libéra les paumes du jeune garçon avant de prendre ses joues en otage. Ses doigts s'installèrent sous les oreilles du moyashi qui resta inerte devant les gestes de celui là. Yu enleva son front et, embrassa une dernière fois Allen, sur cet endroit qu'il venait de délivrer. Puis, il recula complètement et se tourna vers la sortit. Le blandin le regarda traverser la salle avant de s'engouffrer à l'extérieur. Le kappeur ne lui jeta plus un seul regard et disparut comme il était venu.

De son côté, Allen retrouva sa chaise et s'assit dessus, encore sous le choc. Tout son corps était parcouru de spasme.

Il l'avait dit

Le blandin plaça ses bras sur la table avant d'y déposer sa tête.

« Mais quel connard… » Murmura-t-il d'une voix tremblante.

Depuis ce jour, Yu ne toucha plus jamais Allen