I don't want any settled scores
I just want you to set me free
Bored – Billie Eilish

« Evans a encore demandé de tes nouvelles aujourd'hui, déclara Sirius après avoir trinqué avec James, Rémus, et Peter.
- Tu devrais revenir aux réunions, ajouta Rémus alors que James restait silencieux. Elle a reçu ta lettre, tu sais. Je crois qu'elle n'a jamais voulu que tu restes chez toi à te morfondre. »

La vérité, c'était qu'il était incapable de faire autre chose. Il n'avait toujours pas réussi à se faire à l'idée qu'il était si odieux qu'il avait pu pousser quelqu'un à préférer la mort à la vie. Il avait l'impression d'être un danger public. Il ne comprenait pas comment les autres faisaient pour ne pas sentir cette même culpabilité oppressante, mais encore une fois, les autres n'avaient pas été aussi monstrueux que lui.

« Cornedrue, vraiment, il faut que tu reviennes. Tu commences à me foutre les jetons, reprit Sirius.
- Et à quel moment est-ce que ça paraît bien, au juste, que je revienne ? Les questionna James en les regardant tour à tour. Jamais, répondit-il lui même.
- Mais enfin... L'Ordre a besoin de toi, et Lily a... Lily a déjà oublié tout cela !
- Ce n'est pas vrai Peter, et tu le sais aussi bien que moi. Vous vous débrouillez tous très bien sans moi, et elle n'a certainement pas envie de voir mon visage là bas. Elle n'a certainement pas envie de le voir du tout, d'ailleurs.
- Pourquoi est-ce qu'elle demande de tes nouvelles à chaque fois, alors ? Renchérit Sirius.
- Parce qu'elle doit attendre le moment où vous lui direz que je me suis fait aplatir le crâne par un cognard pendant un match de quidditch.
- Ne dis pas de bêtise, je ne crois pas que Lily soit comme ça, intervint Rémus d'une voix grave. Ta lettre l'a vraiment interpellée. Je pense qu'elle veut discuter avec toi.
- Lunard a raison. Tu sais ce qu'elle a fait quand je lui ai présenté mes excuses ? Elle a souri, et elle m'a servi un verre de whisky-pur-feu, trancha Sirius. »

Il avait l'air fier de lui. C'était probablement la première fois qu'il demandait à quelqu'un de lui pardonner quelque chose. James n'osait pas penser que Lily accepterait ses propres excuses avec autant de facilité, elle avait tellement eu l'air de croire qu'il n'avait pas changé d'un pouce les seuls fois où ils avaient discuté.

Elle s'était montrée si facilement hostile qu'il avait cru que le problème venait d'elle alors qu'il savait maintenant qu'il ne venait que de lui. Uniquement de lui. Et il doutait être un jour capable de ne plus s'en vouloir pour les horreurs qu'il lui avait dites même s'il s'en souvenait à peine. Il ne savait même pas s'il pourrait la regarder dans les yeux.

Lui écrire une lettre avait été beaucoup plus facile que de se présenter devant elle comme Sirius l'avait fait, mais il n'avait jamais tant confié à quelqu'un ses remords, et il n'avait jamais tant dû réprimer des larmes de dégoût envers lui même.

« Elle a demandé si tu avais reçu sa lettre, aussi, dit Peter. »

James hocha la tête et désigna distraitement la petite enveloppe intacte qui trônait sur la table basse. Il n'avait pas pu se résoudre à l'ouvrir quand il avait vu son nom au dos. Il craignait trop ce qu'elle pourrait lui dire.

« Tu ne l'as pas lue ? L'interrogea Rémus.
- Bon dieu, tu ne t'es jamais mis dans un tel état pour qui que ce soit, qu'est-ce qu'il t'arrive ?!
- C'est peut-être ça le problème, Patmol, marmonna James. Ce qu'on a fait, c'est grave.
- On était jeunes et bêtes. Elle a compris ça.
- Peut-être qu'elle a compris, mais pas moi.
- Sérieusement Cornedrue, ouvre cette lettre. Si elle s'est donnée la peine de te répondre, c'est qu'elle veut que tu la lises. Tu peux faire ça pour elle, non ? »

Rémus venait de prononcer les mots magiques, et il le savait très bien. James aurait fait n'importe quoi pour se racheter, n'importe quoi pour sentir qu'il méritait au moins un tout petit peu les mots que sa mère avait prononcé avant de mourir, alors il attendit que ses amis quittent son appartement en fin de soirée, et il tourna et retourna l'enveloppe entre ses mains moites avant de l'ouvrir.

« James Potter,
Je ne vais pas mentir, j'ai été surprise quand j'ai lu ta lettre. J'ai tout de suite su que j'allais y répondre, mais je ne savais pas comment. J'ai écris une lettre qui ne contenait que des insultes, et puis finalement, je l'ai déchirée. Ça n'aurait servi à rien, n'est-ce pas ? Rémus m'a dit que tu t'en voulais terriblement. Je ne l'ai pas cru. Et puis j'ai vu la tête que Black faisait, et je me suis dis que j'avais peut-être tort.
Peut-être que je me suis trompée. Peut-être que je ne te connais pas, finalement. Je ne sais pas. Personne à part moi n'a l'air de croire que tu es si terrible que cela. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Tu ne me l'as pas dit.
J'aimerais discuter avec toi. Discuter, et peut-être oublier que tout cela est un jour arrivé. Est-ce que c'est possible ? Tu peux me trouver aux Trois Balais tous les vendredis soir. C'est la soirée que je réserve à Mary d'habitude, mais elle ne m'en voudra pas.
Lily Evans. »

Il aurait aimé plus que tout ignorer le calendrier, ignorer que ce soir là, Lily Evans était justement aux Trois Balais, mais les mots de sa mère résonnaient dans son esprit et il sut qu'il n'aurait pas la paix. Pas tant qu'il n'aurait pas regardé la jeune femme dans les yeux, pas tant qu'il ne se serait pas excusé, pas tant qu'il n'aurait pas agi comme un homme.

Il attrapa alors sa veste, l'enfila rapidement, souffla pour se donner du courage, et s'extirpa avec difficulté de son appartement pour transplaner devant les Trois Balais. Quand il entra, il la remarqua aussitôt. Elle était assise au bar sur lequel elle s'était appuyée pour donner une petite tape sur l'épaule du barman qu'elle semblait bien connaître. Il prononça quelques mots, et elle se mit à rire avant de se rasseoir correctement et de siroter ce qui ressemblait à un chocolat chaud.

Mary McDonald, elle, était en grande discussion avec un petit groupe, et James remarqua clairement qu'elle essayait de draguer le plus vieux d'entre eux. Mary avait toujours eu un petit faible pour les hommes plus âgés qu'elle, cela amusait beaucoup les maraudeurs qui la taquinaient constamment à ce sujet.

Il détourna son regard d'elle et pris son courage à deux mains pour s'avancer vers Lily. Il redoutait qu'elle le remarque avant qu'il n'arrive à côté d'elle. Il avait besoin de ces minuscules secondes pour se préparer mentalement à voir dans ses yeux à quel point il était une déception, à quel point sa mère s'était fourvoyée à son sujet, et elle les lui laissa, comme si elle savait.

« Ce tabouret est pris ? Demanda t-il lorsqu'il arriva à côté d'elle. »

Elle pivota légèrement, ouvrit grand les yeux, surprise, reposa presque violemment sa tasse de chocolat chaud sur le bar, et secoua enfin la tête.

« Non, non, bien sûr que non, vas-y, l'encouragea-t-elle. »

Il y eut un profond malaise pendant quelques secondes, et le barman s'en rendit compte. Il essaya de faire un signe discret pour demander à Lily si tout allait bien, mais James le remarqua. Il remarqua aussi le hochement de tête succinct de la jeune femme, et cela l'apaisa autant que le barman.

« De toutes façons, Mary risque de ne pas revenir s'asseoir là, reprit Lily pour briser la glace avant de désigner son amie d'un signe de tête.
- Quel âge il a, à ton avis ? L'interrogea James en parlant de l'homme auquel Mary faisait des oeillades.
- Hmmm... J'aurais dit 42... Répondit pensivement Lily.
- 42 ? Je penchais pour 45. Est-ce qu'elle a vu qu'il porte une alliance ?
- Est-ce que ça a vraiment de l'importance ?
- Il a juré fidélité à quelqu'un et il est en train de flirter avec une autre, répondit James, étonné que Lily ne se formalise pas de ce fait.
- Wow. Je ne te pensais pas si prude, Potter, lui renvoya t-elle. »

Elle saisit de nouveau sa tasse de chocolat chaud et en but une longue gorgée avant de la reposer devant l'expression médusée de James.

« Le mariage c'est sacré, reprit-il.
- Est-ce que tu es en train de te moquer de moi ? Lui demanda t-elle très sérieusement.
- Non ! Répondit-il si vivement qu'elle fronça les sourcils. Si tu jures fidélité à quelqu'un, tu ne t'amuses à pas aller voir d'autres personnes, c'est tout.
- Ok, Potter. J'ai compris. Le mariage est un sujet sensible pour toi, nous ne l'aborderons plus, se moqua t-elle délibérément. Adam, tu peux servir un whisky-pur-feu à James Potter, s'il te plaît ? Il en a bien besoin. »

Elle tapota le comptoir et une minute plus tard, James avalait le contenu de son verre cul-sec. Elle avait raison, il en avait besoin. Le liquide lui brûla la gorge, mais il avait l'impression d'avoir englouti une sacrée dose de courage et il osa enfin aborder le vrai sujet sensible, celui qu'ils avaient tous les deux soigneusement évité.

« A propos de... A propos de tout... Je suis désolé.
- Tout ? Quoi, exactement ? De t'être moqué de mes cheveux ? De ma taille ? De mes tâches de rousseur ? Le questionna t-elle en plantant ses yeux inquisiteurs dans les siens.
- … D'avoir été la personne la plus odieuse que tu aies rencontrée, répondit-il après avoir déglutit.
- Ne te donne pas de titre que tu ne portes pas, Potter.
- J'ai été horrible. Je ne m'en suis pas rendu compte. Je ne sais même pas comment m'excuser, je...
- C'est bien. Après deux semaines, tu as fini par venir, trancha t-elle en faisant signe au barman de le servir encore.
- Je te devais bien ça.
- Alors dis-moi pourquoi. Pourquoi moi ? »

Ses yeux soutenaient toujours les siens, et sa chevelure rousse étincelait sous la lumière du vieux pub. James ne pouvait pas détourner le regard, et il ne pouvait pas non plus lui répondre. Il ne savait pas. Il ne savait pas pourquoi. Il ne lui trouvait absolument aucun défaut, comment avait-il pu en voir avant ?

Ses cheveux étaient parfaits. Elle était petite, et alors ? Il aimait qu'elle le soit, parce qu'elle avait un toupet, un feu en elle qui lui donnait une telle grandeur qu'il se sentait minuscule. Ses tâches de rousseur étaient à peine visibles, mais elles lui apportaient un certain charme, un charme qu'il aurait voulu voir chez toutes les filles qu'il avait fréquenté jusque là, mais aucune ne l'avait. Aucune n'atteignait ce charisme, cette excellence, cette grâce.

« Il n'y a rien qui cloche chez toi. C'est chez moi, que ça ne va pas, lui répondit-il finalement. »

Elle le dévisagea comme pour essayer de démêler le vrai du faux, avec une espèce de méfiance non dissimulée parce que Lily ne dissimulait rien. Il s'en rendit compte ce soir là.

« Rémus m'avait dit que tu t'en voulais. »

On aurait dit qu'elle se parlait à elle même, qu'elle réfléchissait à voix haute, et James ne savait pas vraiment quoi dire. Il était venu, il s'était excusé, mais il avait l'impression de lui devoir tellement plus que c'en était ridicule.

« Je ne l'aurais pas cru il y a quelques semaines, mais tu m'as sauvé la vie l'autre jour... Tu as vraiment de sales manières, mais il y a ça, et... Et tu m'as écrit cette lettre, et tu as été capable de t'excuser en face, et je crois que c'est sincère, alors...
- Ça l'est. Je t'assure que ça l'est, lui certifia t-il.
- Peut-être qu'on pourrait mettre cela derrière nous. Peut-être qu'on pourrait recommencer sur de nouvelles bases. »

James acquiesça silencieusement, et Lily laissa apparaître un sourire. Sirius avait raison. Lily voulait apaiser les tensions, elle n'avait aucune intention de le laisser s'en vouloir d'avantage, même s'il la suspectait d'avoir pris un certain plaisir à le voir se flageller mentalement devant elle.

« Je suis Lily Evans, lui dit-elle en lui tendant la main. »

Le regard sombre de James jongla un instant entre la main fine qu'elle lui présentait et ses deux yeux verts qui le sondaient d'un air candide, et il eut l'impression de tomber de son tabouret quand sa main serra la sienne. Un contact. Un seul contact, et il bascula au fin fond d'elle-même, ressentit ses doutes, et sut qu'elle ressentait les siens aussi.

« James Potter, répondit-il alors qu'elle lâchait sa main.
- James Potter... Jamais entendu parler... Marmonna t-elle, faussement désintéressée. »

Elle l'imitait, il le savait, et cela lui arracha un sourire. A elle aussi. Elle essaya de le dissimuler, mais ce fut en vain. Il vit les coins de sa bouche s'étirer lorsqu'elle avala une nouvelle gorgée de chocolat chaud, et cela tamisa un peu les flammes qui avaient commencé à le consumer dès qu'il s'était rendu compte qu'il n'était pas l'enfant modèle que sa mère avait toujours voulu avoir.

« Je peux te payer quelque chose à boire, Evans ?
- Un autre chocolat chaud sera parfait, merci.
- Tu es sûre ? Tu vas être capable de rentrer chez toi après deux comme ça ? Se moqua t-il légèrement.
- Déjà ? Tu as seulement tenu deux minutes avant de recommencer à te payer ma tête ?! S'exclama t-elle.
- Je... Merlin, je suis désolé, s'empressa t-il de répondre, sincèrement gêné.
- Je rigole, Potter ! Le rassura t-elle finalement avec un sourire narquois.
- C'est vraiment drôle. Hilarant, commenta t-il avec un sourire contrit. »

Elle gloussa et il se sentit encore un peu mieux. Comment pouvait-elle passer l'éponge sur tout leur passé juste comme ça ? Comment pouvait-elle plaisanter avec lui après l'enfer qu'il lui avait fait vivre ? Il n'en savait rien, il l'admirait juste.

« Je suis supposée ramener Mary ce soir. Une semaine sur deux, c'est elle qui boit. L'autre, c'est moi. Une fois, on s'est emmêlé les pinceaux, et Adam a dû nous prêter sa chambre là haut parce que nous étions incapables de rentrer et qu'il n'arrivait pas à nous faire dire nos adresses assez distinctement pour nous raccompagner lui même, expliqua t-elle.
- Vraiment ?
- Quoi, ça t'étonne ?
- Je ne pensais pas que tu étais comme ça.
- Tu veux dire, que j'aime oublier la guerre, une fois de temps en temps ? On est tous comme ça, Potter. »

Elle était devenue sérieuse tout à coup et son regard s'était assombri. Elle l'avait détourné pour ne pas qu'il s'en rende compte, mais il le voyait. Elle aussi, elle avait perdu des êtres chers. C'était gravé sur son visage, aussi vrai que c'était gravé sur celui de James.

« Ça fait longtemps, Fenwick et toi ? L'interrogea t-il pour changer de sujet.
- Pourquoi cette question ?
- J'essaie d'apprendre à te connaître, répondit-il en haussant les épaules. »

Elle fronça les sourcils, poussa sa tasse vide pour prendre celle qu'Adam venait de lui servir et que James venait de lui payer, et y déposa un sucre avant de touiller le chocolat chaud d'un air distrait.

« Ça fait quelques mois. Je l'ai croisé à Scribenpenne un jour, nous ne nous étions pas vu depuis Poudlard, alors nous avions pas mal de choses à nous raconter, et puis voilà. C'est arrivé. »

James hocha mécaniquement la tête. Il avait envie de lui dire de faire attention, mais il ne pouvait pas se l'autoriser. Il savait ce qu'elle lui répondrait. Il savait qu'elle l'enverrait promener, et peut-être qu'elle aurait raison.

« Et toi ?
- Quoi moi ?
- Tu as bien une copine, ou plusieurs, plaisanta t-elle.
- Non. Ni une, ni plusieurs, répondit James avec un léger rire.
- Là, tu me mens, pointa t-elle.
- Non, je t'assure !
- Hmmm... Alors tu es comme Black, c'est ça ? Pas capable de rester en place.
- Pas tout à fait, répondit-il en faisant rouler son verre de whisky-pur-feu entre ses mains. Je n'ai juste pas trouvé la bonne personne.
- La bonne personne n'existe pas, Potter.
- Bien sûr que si.
- Merlin, je n'avais aucune idée que tu étais si naïf.
- Je ne suis pas naïf, répliqua t-il, un peu piqué dans sa fierté. Mon père a trouvé ma mère. C'était sa personne spéciale, tout le monde en a une.
- C'était ? Répéta Lily.
- Ils sont décédés tous les deux. La dragoncelle, expliqua t-il avec un détachement feint.
- … Je suis désolée pour toi. »

Elle avait l'air de l'être vraiment, comme si elle savait ce que cela faisait, de perdre les deux piliers de sa vie, les deux personnes que l'on croit invincibles et à qui l'on peut confier nos craintes, ou sur qui l'on peut se reposer quand la vie tourne mal, mais il ne lui demanda pas. Il ne lui demanda pas si elle aussi, elle avait perdu ses parents, parce qu'il redoutait sa réponse.

« Je vais rentrer Evans. Je te laisse avec Mary. Tu lui passeras le bonjour de ma part, je ne veux pas la déranger maintenant.
- Très bien. A bientôt. Merci d'être venu. »

Il lui signifia d'un signe de tête qu'elle n'avait pas à le remercier pour quoi que ce soit, et il balança quelques gallions sur le bar, bien plus que nécessaire, avant de quitter les Trois Balais, plutôt soulagé. Il avait toujours cet énorme sentiment de culpabilité en lui, mais il savait que de toutes façons, il ne le quitterait pas de si tôt.


« Qu'est-ce que les guérisseurs disent ?
- Que des bonnes choses, Lunard. Elle devrait se réveiller bientôt. Ils le répètent à chaque fois qu'ils entrent ici, mais elle ne se réveille pas. »

Rémus contourna le lit de Lily et observa son corps inerte pendant quelques minutes. La dernière fois qu'il était venu la voir, elle était agitée. Un médicomage lui avait expliqué qu'elle faisait probablement des cauchemars, ce n'était pas si étonnant après ce qu'elle avait vécu.

« On sait qui a fait ça ?
- Non, et je doute qu'elle le sache elle-même, répondit James d'une voix blanche. C'est l'un d'entre eux, c'est sûr, mais il vaut mieux pour eux que je ne sache jamais lequel.
- D'après Fol Oeil, ils l'auraient attaqué par derrière. Ils ne lui ont laissé aucune chance de se défendre.
- Ça t'étonne vraiment, Rémus ? Les mangemorts n'ont aucune règle. »

Le lycanthrope acquiesça d'un air sombre, et s'assit sur la chaise la plus proche de la fenêtre. C'était probablement celle que Fenwick occupait la plupart du temps, mais il n'était pas là à ce moment précis. Il avait dû rentrer dormir, et il avait demandé à Rémus de prendre sa place.

« J'ai vu Benjy hier. Il avait l'air horrible. »

James ne répondit pas, mais les traits de son visage se durcirent. Rémus avait abordé le sujet volontairement pour voir la réaction de son meilleur ami, et il n'était pas déçu du voyage. C'était bien ce qu'il pensait. C'était bien ce dont ils avaient discuté avec Sirius. James pouvait peut-être duper les autres, mais il ne pouvait pas les duper eux.

« Tu n'es pas là parce que tu te sens mal à propos de ce qu'il s'est passé à Poudlard, n'est-ce pas ? Il n'est plus question d'éponger ta culpabilité, je me trompe ? »

Encore une fois, James demeura silencieux. Il s'assit au fond de son fauteuil, les pieds croisés devant lui, et il passa une main nerveuse dans ses cheveux. C'était grave. Rémus le voyait.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Qu'est-ce que tu crois ?
- Je n'en sais rien, James, bon sang ! Mais Fenwick a l'air de croire que tu lui as fait ça, et il commence à monter la tête à plusieurs membres de l'Ordre ! Tu devrais dire quelque chose, tu devrais...
- Tu crois vraiment que j'aurais pu lui faire ça après ce qu'il s'est passé à Poudlard ? L'interrogea froidement James.
- Non, je n'y crois pas une seconde, Sirius et Peter non plus d'ailleurs, mais les autres...
- Je m'en fous, de ce que disent les autres, le coupa James.
- James, bon dieu, je suis là parce que Fenwick ne veut pas que tu te retrouves tout seul avec elle. C'était moi, ou Fol Oeil. Il va falloir que tu donnes des explications à quelqu'un.
- Je ne peux pas, marmonna James les dents serrées.
- Pourquoi ?
- Parce que la décision appartient à Lily. »

Rémus soupira et se passa la main sur le visage. Au point où ils en étaient, il s'attendait à peu près à tout, mais il avait besoin de matière pour pouvoir défendre James auprès des autres. Il ne pouvait pas laisser Fenwick raconter à qui voulait l'entendre que c'était un sacré hasard que James soit celui qui ai trouvé Lily inconsciente dans la rue, et que cette même rue se trouve à deux pas de son appartement, mais visiblement, son meilleur ami n'avait aucune intention de se défendre de ces accusations.

« Il va falloir que tu te réveilles vite, Lily, souffla t-il simplement. »