I'm Eve, I wanna try, Take a bite
So come on now strike the match, strike the match now
Fire meet gasoline - Sia

« Potter ? Qu'est-ce que tu fais là ? »

James se retourna, surpris de trouver quelqu'un au quartier général à une heure si tardive. Sirius s'était endormi sur le canapé et il ronflait si fort que James s'était éclipsé dehors et s'était assis sur la première marche du petit escalier menant au jardin. Il avait laissé des cadavres de bouteilles de whisky-pur-feu dans le salon, s'était dit qu'il les ramasserait plus tard, que personne ne viendrait maintenant, mais c'était sans compter sur Lily Evans.

« Sirius s'est endormi pendant notre partie de bataille explosive, répondit-il simplement.
- Comment c'est possible ? L'interrogea t-elle en riant légèrement.
- Quand il boit, il est capable de s'endormir n'importe où et n'importe quand, ne me demande pas comment il fait, je n'en sais rien.
- Et d'après l'état du salon, j'imagine qu'il a beaucoup bu.
- Désolé. Je vais ranger ça. Je ne pensais pas qu'il y aurait quelqu'un d'autre que nous ici ce soir. »

Lily descendit une marche, soupira, et se laissa tomber à côté de lui. Il s'était attendu à ce qu'elle tourne les talons, mais parfois, elle le surprenait. Il avait l'impression, ces derniers temps, que tout s'était adouci entre eux. Peut-être était-ce la guerre, qui les perturbait trop pour qu'ils en rajoutent lorsqu'ils étaient ensemble. Ils étaient lassés de la haine. Elle était omniprésente. Ils étouffaient.

« Fenwick ronfle aussi ?
- Non, répondit Lily en riant. Je n'arrivais pas à dormir. Il y a des soirs comme ça où j'ai l'impression que c'est une perte de temps, que je pourrais être ici à essayer de trouver de nouveaux moyens de les contrer ou à...
- Tenir compagnie à un vieil ennemi un peu alcoolisé, termina t-il en souriant.
- Ne te fais pas de mal, Potter, tu n'es pas si vieux, le taquina t-elle. »

Elle pointa sa baguette vers la porte de la cuisine et James l'entendit à peine prononcer un « accio whisky-pur-feu ». Deux secondes plus tard, elle trinquait avec lui.

« S'il y a une personne âgée ici, c'est moi, reprit-elle. J'ai deux mois de plus que toi.
- Vraiment ? Comment est-ce que tu sais ça ? »

La question eut l'air de la prendre au dépourvu. Elle manqua de s'étouffer avec son whisky-pur-feu, et James dut lui taper dans le dos pour éviter qu'elle ne meurt à ses pieds à cause d'une stupide interrogation.

« Comment est-ce que je pourrais l'ignorer ? Articula t-elle finalement. Chaque année, les garçons t'organisaient une énorme fête dans la Salle Commune.
- Et tu te souviens de la date exacte ? Lui demanda t-il, mi surpris, mi admiratif.
- Elle était barrée en rouge sur mon calendrier. Il y avait une tête de mort à côté. Je savais que je ne pourrais ni étudier, ni dormir ce soir là, répondit-elle.
- Ah, lâcha t-il finalement. Tu aurais dû descendre. C'était toujours génial.
- Pour toi sans doute. »

Elle avala une nouvelle gorgée de whisky-pur-feu, puis elle contempla le jardin et coinça sa petite bouteille entre ses genoux pour pouvoir s'attacher les cheveux. James l'observa comme il avait l'habitude de faire, toujours en se demandant comment il avait pu ne pas la voir avant, comment la finesse de ses traits avaient pu lui échapper, ou comment il avait pu se conduire comme un tel idiot avec elle lorsqu'il était plus jeune.

« Quoi ?
- Quoi, quoi ?
- Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ?
- Pour rien, répondit-il rapidement. Je me disais juste...
- Potter, dis moi. Est-ce que j'ai quelque chose sur la figure ?
- Non ! S'exclama t-il en riant, je... Oublie.
- Est-ce qu'il va falloir que je t'extirpe la vérité en te jetant un sort ? L'interrogea t-elle d'un air faussement menaçant en dégainant sa baguette et en la lui plantant sur le torse.
- Wow wow wow, comment est-ce qu'on en est arrivé à se jeter des sorts si vite ? La questionna t-il en levant les mains en l'air en guise de reddition.
- Parce que tu me regardes bizarrement et que ça me fout les jetons ! Répondit-elle en fronçant les sourcils.
- Hé, c'est toi qui me menace avec ta baguette et c'est moi qui te fous les jetons ?
- Bon, très bien, je range ma baguette, mais tu as plutôt intérêt à me le dire, si j'ai quelque chose sur le visage. »

James pouffa et secoua la tête pendant qu'elle posait sa baguette sur la marche, entre eux deux, tout en continuant de soutenir son regard.

« Bon alors, tu vas cracher le morceau ou quoi ? Je suis sûre que tu es encore en train de te moquer de mes tâches de rousseur, reprit-elle en plaquant ses deux mains sur son nez pour les cacher.
- Mais pas du tout ! Se défendit-il aussitôt.
- C'est mes cheveux, c'est ça ?
- Non. C'est... Je... Je me demandais juste comment j'ai pu ne pas m'apercevoir, à Poudlard, que tu étais jolie. Que tu es jolie, s'empressa t-il d'ajouter. »

Elle le fixa sans ciller pendant plusieurs secondes, et puis elle éclata de rire et manqua de renverser sa bouteille de whisky-pur-feu sur son pantalon. Il se mit à rougir violemment devant son hilarité. Il ne s'attendait certainement pas à cela, mais en même temps, à quoi s'attendait-il ? Il ne savait même pas pourquoi il lui avait dit la vérité. Probablement à cause du whisky-pur-feu. Il aurait fermé sa bouche s'il avait été parfaitement sobre.

« Est-ce que... Merlin, Potter... Est-ce que... Est-ce que c'est comme ça que tu as ramené Daisy... Daisy Hookum chez toi l'autre jour ? Articula t-elle entre deux rires. »

Il marmonna quelques mots inaudibles que Lily n'écouta même pas tant elle se tordait de rire, et il détourna le regard, un peu contrarié.

« Oh, ne me dis pas que tu vas bouder ! Reprit-elle en se penchant pour essayer de capter son regard.
- C'est la première fois que je te dis quelque chose de sympa. Je ne pensais pas que tu allais t'en servir contre moi, ronchonna t-il.
- Oh excuses-moi. Tu m'as juste prise par surprise. Merci, Potter, c'était très... Attentionné de ta part... Termina t-elle après une longue hésitation. »

Il hocha la tête et souffla un « enfin ! » qui n'échappa pas à Lily et qui la fit sourire légèrement contre le goulot de sa bouteille de whisky-pur-feu. Ils restèrent silencieux pendant un moment, à observer la lune à moitié pleine au dessus d'eux. Le ciel était dégagé, l'on pouvait voir quelques étoiles. C'était rare, ces temps-ci. Aussi rare que de réussir à discuter avec Evans sans que Fenwick ne lui tourne autour.

« Alors, Hookum et toi...
- Non, la coupa t-il aussitôt. C'était juste... Comme ça.
- Au fait, je suis désolée pour Evan Rosier.
- Tant pis, souffla t-il en haussant les épaules. J'aurais dû prédire qu'on n'arriverait pas à prouver quoi que ce soit sur lui.
- Ce n'est pas de ta faute, protesta t-elle. Le magenmagot n'a pas fait son travail. Rosier te suivait !
- Ca ne fait pas de lui un mangemort.
- Non, mais ça ne fait certainement pas de lui un innocent. A quoi pensaient-ils, exactement, en le relâchant ?
- Peut-être qu'ils se sont dit qu'il était juste amoureux de moi et un peu obsessionnel, plaisanta James en donnant un petit coup de pied dans une pierre devant lui.
- Potter, il faut que tu arrêtes de croire que le monde entier te cours après.
- Je n'y peux rien, je suis irrésistible. »

Elle secoua la tête et lâcha un rire ironique avant de planter son index sur son épaule et de se pencher vers lui.

« Tu sais quoi ? Ta présence est beaucoup plus facile à supporter avec du whisky-pur-feu.
- C'est horriblement méchant, s'offusqua t-il en s'écartant légèrement et en lui lançant un regard outré.
- Peut-être un peu, admit-elle, mais il faut dire que tu ne rends pas les choses simples.
- C'est parce que tu ne me connais pas.
- Alors qu'est-ce que je dois savoir, pour faire partie du gigantesque cercle de gens qui te trouvent particulièrement brillant ?
- Je n'en sais rien, il n'y a rien... Il n'y a rien de spécial.
- Vraiment ? L'interrogea t-elle, profondément surprise par sa réponse. »

Elle s'attendait probablement à ce qu'il parle de lui-même pendant une demie-heure, mais ce n'était pas vraiment son genre. Il était occasionnellement prétentieux, certes, et il donnait l'impression de s'aimer beaucoup, mais mis à part son apparence qu'il considérait comme son arme la plus redoutable il ne voyait rien, rien qu'il pourrait avoir envie de lui montrer.

« Je n'y crois pas une seule seconde. Je me suis toujours imaginée que tu devais avoir une vie trépidante, tu es James Potter ! Tu es mystérieux et...
- Mystérieux ? Répéta t-il en pouffant.
- Bien sûr que tu l'es ! Il y a des tas de choses que personne ne sait sur toi, j'en suis sûre.
- Eh bien, poses-moi toutes les questions que tu veux Evans, je suis un livre ouvert. »

Elle sembla réfléchir un instant, l'index posé sur sa bouche comme une enfant, James ne put retenir un sourire. C'était fou, comme elle pouvait être à la fois incisive et adorable.

« Ton premier baiser. Où, quand, et avec qui ?
- Dans les vestiaires de quidditch, en quatrième année, avec Amélia Bones.
- Une serdaigle ? Qui aurait cru que tu en pinçais pour les intellectuelles ?! Se moqua t-elle légèrement.
- Voilà un mystère d'éclairci, Evans, répondit-il en souriant.
- Ta plus grosse bêtise ?
- En sixième année, Sirius et moi avons volé une moto à un vieux moldu qui avait bousculé un enfant alors qu'on faisait un tour de balai juste au dessus. Le petit s'en est bien sorti, mais le type a refusé d'aider les parents à payer les soins médicaux, alors nous lui avons pris sa moto, et nous l'avons bidouillée pour la faire voler. Mes parents ne l'ont jamais su, mais on s'est écrasé un certain nombres de fois avant qu'elle ne fonctionne, dont une dans la véranda. Toutes les vitres ont éclaté sous le choc. Quand ils sont rentrés du travail, on leur a fait croire qu'il y avait eu une attaque de mangemorts. Ils ont appelé les aurors et tout le tralala, on a dû faire des fausses dépositions... Je ne sais pas si c'est vraiment notre plus grosse connerie, mais c'est en tout cas la meilleure.
- Merlin, souffla t-elle. Vous l'avez toujours ?
- Elle est chez Sirius. Il s'en sert régulièrement.
- Ah, il va falloir que tu me la montres, un de ces quatre. Ta première fois, enchaîna t-elle en plissant les yeux.
- Je ne peux pas te raconter ça ! S'exclama t-il, surpris par le changement de sujet brutal.
- Merlin, Potter, tu ne vas pas réussir à me faire gober que tu es toujours chaste et innocent.
- Ce n'est pas ça, lui dit-il en riant, c'est juste que... Il s'interrompit et grimaça un peu contre sa volonté.
- Tu as honte, pointa t-elle en lâchant un rire peu assuré. »

Il ne répondit pas, détourna le regard, et elle se mit à s'agiter sur la marche en frappant dans ses deux mains et en ne cessant de répéter « tu as honte, Merlin, tu as honte. » comme si elle tenait un gros scoop. Ce n'était pas totalement faux, d'ailleurs. Les garçons étaient les seuls à être au courant, et il leur avait fait jurer de ne rien dire à personne.

« Dis moi juste quand et où c'était ! Reprit-elle en retenant son souffle quand il ouvrit la bouche.
- En cinquième année. Après un match de Quidditch. J'avais beaucoup bu. Beaucoup, beaucoup, insista t-il.
- Où c'était ? Redemanda Lily.
- Dans la salle des trophées, répondit-il avec une moue dégoûtée alors qu'il se rappelait de la personne en question.
- Hmm, donc, c'était avec quelqu'un qui devait avoir la folie des grandeurs. J'imagine que vous avez fait ça juste devant la coupe que tu venais de ramener... Commenta t-elle en réfléchissant toujours. Et puisque tu en as honte, ce devait être avec une Serpentard. Laquelle, maintenant ?
- Tu avais dit que tu que tu te contenterais du lieu et de l'année, lui rappela t-il en fronçant les sourcils.
- Vraiment ? Je ne me souviens pas avoir dit ça. Allez, Potter. Ça ne peut pas être si terrible.
- C'est parce que tu ne sais pas encore avec qui c'était, répliqua t-il gravement.
- Non, mais je peux comprendre l'attrait. Les serpentards, ils ont un truc sombre qui fait que... Enfin... On pourrait se laisser avoir. »

Cette fois, les rôles s'inversèrent et ce fut James qui lança un regard suspicieux à Lily, et elle qui réalisa qu'elle en avait peut-être laissé échapper un peu trop. Il sauta sur l'occasion.

« Oh, oh, oh, tu as couché avec Rogue ! S'exclama t-il, a moitié répugné, à moitié amusé.
- Je n'ai pas couché avec Rogue ! Réfuta t-elle immédiatement, ses joues pourtant écarlates. J'ai juste... Bon, d'accord, c'était mon premier baiser, mais ça ne compte même pas ! C'était avant que nous soyons répartis dans nos maisons respectives, c'était...
- Si jeune ?! Evans, tu ne perds pas de temps ! Se moqua t-il.
- Ce n'est vraiment pas si extraordinaire que ça, reprit-elle, tout de même un peu embarrassée. »

Elle dissimula sa figure dans ses mains, étouffant un rire gêné. Il était ravi d'avoir pu faire basculer la discussion en sa faveur, d'avoir pu la détourner de la vérité, et ils en restèrent là car ils avaient l'un comme l'autre peur de ce que le whisky-pur-feu pourrait leur faire avouer.

« C'est ici que je te laisse, Evans.
- Déjà ?
- Hé, tu poses trop de questions. Je suis un homme mystérieux, tu comprends, je me dois de garder quelques secrets.
- Ah, oui, bien sûr, répondit-elle sur un ton faussement sérieux en se levant en même temps que lui. »

Elle le suivit à l'intérieur, l'aida à ensorceler les bouteilles vides que Sirius avait laissé traîner, et s'arrêta devant lui lorsqu'il enfila son manteau. Il ne savait pas vraiment comment la saluer. Il ne s'était jamais posé la question jusque là, mais c'était comme si la discussion qu'ils venaient d'avoir avait fait évoluer leur relation. C'était bizarre, juste bizarre, de planter deux bises sur sa joue, alors il ne le fit pas.

« Bon. Bonne nuit, dit-il simplement. »

Elle acquiesça et lui lança un sourire pour toute réponse, cela aurait dû correspondre au signal de départ, il aurait dû se retourner et s'en aller, mais il la regardait fixement. Il devait avoir l'air d'un parfait idiot, à se gratter l'arrière du crâne en se demandant ce qu'il faisait encore là sans pour autant bouger d'un millimètre, mais voilà, il comprit rapidement qu'il avait arrêté de respirer et que la raison pour laquelle la bise ne lui semblait pas appropriée était parce qu'il avait vraiment envie de l'embrasser.

C'était peut-être juste l'alcool. Merlin savait l'effet fou que le whisky-pur-feu avait sur lui, mais son instinct lui disait que c'était elle, juste elle. La façon qu'elle avait de toujours lui dire les choses franchement, comme elle les ressentait, la façon dont elle se moquait de lui sans avoir peur des conséquences, sans avoir peur de son nom, la façon qu'elle avait de le regarder comme si elle voulait l'encourager à lui faire changer d'avis à son propos, et ce désir persistant d'essayer de le pousser dans ses retranchements. Peut-être que c'était juste ça. Tout ça, et bien plus.

Il vit ses yeux verts tomber sur ses lèvres, et ce fut comme si elle venait de craquer une allumette. L'effet papillon, capable de tout balayer sur son passage, de tout détruire. Le feu commença à ronronner au creux de son ventre, et avant qu'il n'ait eu le temps de cligner des yeux, les flammes l'avalèrent. Il en pinçait pour elle. Il s'apprêtait à se rapprocher lorsqu'un violent ronflement de Sirius les ramenèrent tous les deux sur la terre ferme. Gêné, il adressa un dernier sourire à Lily, et il quitta le quartier général. C'était donc cela, tomber amoureux.

J&L&J&L&J&L&J&L&J&L&J&L&JJ&L&J&L&J&L&J&L&J&L&J&L&JJ&L&J&L&J&L&J&L&J&L&J&L&J

James venait de sortir du ministère. La journée avait été épouvantable. Un groupe de mangemorts étaient parvenus à entrer à l'intérieur de l'édifice et à atteindre le département de contrôle et régulation des créatures magiques, alors il s'était retrouvé à écourter son dîner avec Sirius au bureau des aurors pour rejoindre le niveau 4.

Dès que les portes de l'ascenseur s'étaient ouvertes sur eux, une volée de sorts s'étaient dirigés dans leur direction. Fort heureusement, un groupe d'aurors était aussi descendu et ils furent rapidement assez nombreux pour repousser les partisans de Voldemort.

James s'en était tiré avec une écorchure à la joue, mais d'autres employés du ministère n'avaient pas été aussi chanceux. Il était lassé de voir la guerre prendre plus d'ampleur de jour en jour et de se dire à chaque fois que cela ne pouvait pas être pire. Il se faisait toujours avoir. Chaque jour était plus affreux que le précédent.

Il se demandait encore comment il retenait ses larmes. Son pull était imbibé de sang, et il ne savait pas à qui il appartenait. Il se souvenait vaguement avoir traîné un jeune employé du ministère qui se vidait de son sang sur plusieurs mètres afin de le mettre à l'abri, mais c'était tout. Il n'avait aucune idée de l'identité de l'homme, et il ne savait pas non plus ce qu'il était devenu.

Enfin... S'il avait dû être parfaitement honnête avec lui même, il aurait admis qu'il était probablement mort là où il l'avait laissé, mais il n'avait pas envie d'y songer. Il avait envie de croire que les équipes de guérisseurs étaient arrivées assez tôt et qu'ils avaient pu le sauver. Il avait envie de se bercer d'illusions parce qu'il ne lui restait plus que cela. C'était la seule chose qui pouvait le pousser à avancer. L'espoir.

Il retira son pull en plein milieu de la rue et le balança par terre, dans l'eau d'un caniveau déjà bouché, puis il continua à avancer sous la pluie. Elle tombait fort. Il avait l'impression de recevoir des seaux d'eau sur la tête à chaque pas qu'il faisait, mais il se sentait vivant, et il savait que d'autres n'auraient plus cette chance ce soir là.

Quand il entra dans son appartement, il fut surpris d'y trouver Lily. Ses yeux tombèrent immédiatement sur elle, debout au milieu du salon. Elle se précipita sur lui dès qu'elle le vit.

« La porte était ouverte, expliqua t-elle rapidement. Est-ce que tu vas bien ? J'étais au quartier général quand ils ont parlé de l'attaque, j'ai... Ils ont dit qu'il y avait des morts, je... Il fallait que je sache comment tu allais... Merlin, tu es gelé ! »

Elle ne s'en était probablement pas rendu compte, mais ses mains étaient partout sur lui. Il songea qu'elle essayait probablement de voir s'il était blessé, mais il n'était pas d'humeur à cela. Il n'était pas d'humeur à s'apitoyer sur son propre sort. Son t-shirt collait à sa peau d'une façon désagréable, et dès qu'elle avait prononcé les mots, il s'était rendu compte qu'il avait froid. La seule source de chaleur agréable lui était prodiguée par ses mains, perdues sur sa joue entaillée, puis dans ses cheveux.

Il la repoussa légèrement pour pouvoir ôter son t-shirt qu'il laissa tomber à ses pieds, et alors qu'elle ouvrait la bouche pour lui demander une énième fois comment il allait, il plaqua ses lèvres sur les siennes. Il n'était pas d'humeur à parler de l'attaque car il n'avait jamais tant réalisé à quel point il tenait à elle que lorsqu'il était dans le ministère, à se demander s'il allait sortir de là vivant.

Il fit rapidement éclater les boutons de son chemisier, guidé seulement par l'envie irrépressible qu'il avait d'être en elle, de sentir qu'il n'y avait plus qu'eux, au moins l'espace de quelques minutes. C'était tout ce qu'il demandait, et c'était vraisemblablement ce qu'elle demandait aussi car si elle avait marqué un semblant de résistance la première seconde en essayant de retirer ses mains de son visage, elle avait rapidement abandonné ses convictions et les avait laissé replonger dans ses cheveux noirs.

Son corps chaud ne cessait de venir percuter le sien, et il se rendit compte quand ses mains se crispèrent dans son dos qu'il s'était trompé, quelques minutes plus tôt, quand il avait songé qu'il se sentait vivant. Il l'était maintenant. Il n'avait jamais été plus conscient d'autre chose que de ses doigts brûlants sur lui, de sa langue prise dans une étreinte interminable avec la sienne, de ses soupirs de soulagement dans sa bouche, comme s'il n'avait jamais rien existé de meilleur que lui pour elle. Lui et elle. Eux ensemble.

A chaque fois qu'elle bougeait un peu, à chaque fois que ses doigts passaient de ses épaules à sa taille, de sa taille à son torse, de son torse à son visage, il se souvenait de cette fois, de ce soir là où tout avait commencé, ce soir là où elle avait craqué l'allumette pour de bon, ce soir là où, rien qu'avec un regard, elle avait déclenché un incendie qui détruisait tout sur son passage.

Elle, sa relation avec Fenwick, lui, ses convictions et son sens de la loyauté. Tout avait volé en éclat. Plus rien n'avait d'importance, tout avait été relayé au second plan et il s'en foutait, Merlin, il s'en foutait totalement. Il prenait ce qu'elle lui donnait. Il prendrait ce qu'elle lui donnerait.
Il plongea la main dans ses cheveux roux et leur baiser s'intensifia encore. Comme si c'était possible. Il y avait quelque chose d'effrayant, dans le fait de faire l'amour avec Lily. A chaque fois qu'il pensait avoir atteint leurs limites, il réalisait que ce n'était pas le cas. C'était sans fin, aucune bordure ne délimitait le désir qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Il n'avait jamais connu une telle chose avec quiconque.

Il avait pensé, autrefois, que la foudre ne frappait jamais deux fois au même endroit, mais quand la bouche de Lily quitta la sienne pour s'éterniser sur sa gorge, sur son torse, sur chaque parcelle de peau nue qu'elle pouvait atteindre comme si elle avait mentalement répété la scène dans sa tête un millliard de fois, il laissa échapper un juron, réalisant à quel point il s'était trompé.

Etre avec elle, c'était aussi accepter de voir ses convictions s'évaporer. C'était ce qu'elle faisait. Elle lui retournait le cerveau. Elle ne s'en rendait probablement pas compte elle-même, et James eut envie de le lui dire quand elle déboutonna son jean et l'aida à le faire valser dans un coin de la pièce, mais il ne parvint pas à prononcer une seule parole sensée quand elle prit ses deux mains et qu'elle les posa sur son propre pantalon pour lui intimer de le lui retirer.

C'était comme si elle savait exactement où le toucher pour l'atteindre jusqu'au plus profond de lui même, et bizarrement, il savait aussi où la toucher. Il savait qu'elle frissonnait dès que sa main descendait le long de ses hanches et s'arrêtait entre ses cuisses. Il savait au regard de défi qu'elle lui lançait à ce moment là qu'elle se croyait encore capable de tenir plus longtemps que lui, et il n'était plus très sûr de savoir à ce moment là si elle avait raison ou tort.

Il la poussa jusqu'au canapé, mais elle ne se laissa pas tomber dessus. Elle résista, et il sentit son sourire s'élargir contre ses propres lèvres qu'elle mordilla légèrement avant d'inter-changer rapidement leur place et de presser légèrement son torse pour lui signaler qu'elle comptait bien prendre le dessus cette fois-ci.

Il la laissa faire parce que cette simple initiative le mis dans un état extatique. Son sourire refléta le sien quand il se laissa tomber assis sur le canapé, et qu'elle réduit la distance entre eux en venant s'asseoir sur lui, ses jambes de chaque côté des siennes. Il savait qu'elle aurait voulu jouer un peu plus, le pousser au bord de ses retranchements, le provoquer encore, mais il ne pouvait plus. Il ne pouvait plus tenir une minute de plus dans ce monde sans être en elle, et elle le vit probablement dans ses yeux car elle le guida à l'intérieur d'elle avant même qu'il n'émette la moindre supplication.

Son front calé contre le sien, elle ferma les yeux, lâcha un soupir de béatitude, et effleura ses lèvres. Il n'y avait rien de plus beau, il en était sûr, que la façon dont ils se comprenaient à ce moment précis, C'était fascinant. Ils étaient sur la même longueur d'onde, et il n'y avait que dans ces étreintes de peaux nues qu'ils parvenaient à être parfaitement en accord.

Et si elle se réveillait dans ses bras en lui lançant les mêmes mots que la dernière fois, il saurait comment la raisonner, il saurait l'empêcher de quitter son appartement. Il saurait effacer cette peur qu'elle ne ressentait que lorsqu'elle réalisait qu'elle s'était laissée aller. Il ne la laisserait pas s'en vouloir pour cela, il ne la laisserait pas se chercher des excuses. Elle le voulait au moins autant qu'il la voulait.