The night we met I knew I needed you so
And if I had the chance I'd never let you go
So won't you say you love me
I'll make you so proud of me
We'll make 'em turn their heads every place we go
Be my baby – The Ronettes

« Lily et Alice, pourriez-vous refaire du polynectar ? Demanda Kingsley Shacklebolt pendant la réunion. Je crois que nous commençons à en être à court et nous pourrions en avoir besoin par la suite.
- Alastor, avons nous des nouvelles d'Evan Rosier ? Poursuivit Dumbledore pendant que les deux jeunes femmes acquiesçaient.
- Le bougre se cache, maintenant qu'il sait que nous sommes sur son dos, mais je vais bien finir par le faire sortir de son trou.
- L'important est surtout de le prendre sur le fait, lui rappela Dedalus Diggle.
- Sirius et moi, on pourrait peut-être...
- Le transformer en canasson comme la dernière fois ? Le coupa Maugrey d'un air renfrogné. J'ai plutôt une autre mission pour toi, Potter. Alecto Carrow.
- Que veux-tu que je fasse avec elle ? L'interrogea James en se tortillant légèrement sur sa chaise, un poil mal à l'aise.
- Elle et son frère, je suis prêt à parier qu'ils sont de l'autre côté, mais je n'arrive pas à le prouver. Vous étiez à Poudlard ensemble, non ? »

James hocha la tête, ignorant le regard curieux que Lily lui lançait, de l'autre bout de la table. Sirius affichait un sourire moqueur, Rémus tripotait nerveusement le parchemin sur lequel il prenait des notes, et Peter baissa les yeux.

« Avec ta gueule d'ange, tu vas bien réussir à l'embobiner, reprit Maugrey.
- Il devrait y arriver, commenta Sirius en lâchant un rire narquois avant que James ne le fusille du regard.
- Comment est-ce que je suis supposé faire ça ? Demanda James, observant tour à tour Maugrey, Kingsley et Dumbledore d'un air ahuri.
- Tu n'as qu'à faire comme tu fais d'habitude, répondit Mary en haussant les épaules.
- Comme d'habitude ? Répéta James.
- Tu la suis dans un bar et tu engages la conversation, ou tu...
- Je ne suis pas les femmes dans les bars d'habitude, se défendit-il, un peu offusqué. Vous me demandez de draguer Carrow, en plus, comment est-ce que je suis censé faire semblant de vouloir...
- Oh bouse de dragon, Potter ! Tempêta Maugrey, tu n'as qu'à lui lancer un ou deux clins d'oeil, lui mettre une tape dans le dos, et...
- Aly, là, je suis inquiet, le coupa Sirius. C'était quand, la dernière fois que tu as fréquenté une femme ? Une tape dans le dos ! Répéta t-il en se moquant.
- James, tu peux toujours refuser la mission, intervint Dorcas, soucieuse en voyant la mine défaite de son camarade.
- Non, non, s'empressa t-il de répondre. C'est pour le bien collectif. Je vais m'occuper de Carrow. »

La discussion fut close juste comme ça, mais James sembla à côté de ses pompes pendant le reste de la réunion. Il ne cessait de dessiner sur le morceau de parchemin qu'il avait subtilisé à Rémus, et il disparut dès que le professeur Dumbledore annonça qu'ils avaient évoqué tous les sujets à l'ordre du jour.

Il avait simplement envie d'en finir le plus rapidement possible. Il savait parfaitement où habitait Carrow. Ce n'était pas si loin de chez ses parents. Ils se croisaient souvent pendant les vacances d'été, mais ils avaient cessé de s'adresser la parole lorsqu'Alecto s'était mise à agir comme son frère et ses parents, quand elle avait commencé à prôner la supériorité des sorciers sur les moldus.

Il n'avait pas envie de perdre de temps, pas avec elle. Il y avait des tâches, comme celle-ci, qui méritaient d'être rapidement expédiées, alors il transplana juste devant sa porte, frappa trois coups, se racla légèrement la gorge, et pris une pose assurée.

Quand Alecto ouvrit, une minute plus tard, il fut surpris de voir à quel point elle avait changé. Il se souvenait de ses grands yeux verts, de ses longs cheveux noirs, de son nez fin, de ses lèvres pleines et parfaitement dessinée. C'était le temps où elle avait l'air tout droit sortie d'un cahier de dessin, où elle ressemblait à une poupée qu'on aurait peur de briser.

Là, ses joues étaient creuses, elle avait d'énormes valises sous les yeux qui ressemblaient presque à des coquards, et son regard était dur. Elle semblait presque avoir dix ans de plus. Elle était toujours jolie, mais elle n'avait plus cette innocence qui avait trompée James quelques années plus tôt.

« Potter, dit-elle sans paraître particulièrement surprise.
- Salut, Alecto. »

Il avait adopté son ton le plus hautain possible, et il ne lui avait pas demandé la permission d'entrer, mais il l'avait fait, et elle s'était instinctivement effacée devant lui. Il avait l'avantage de savoir ce qui plaisait à Alecto. Elle aimait ce qu'il était lorsqu'ils étaient à Poudlard, cette désinvolture, cette arrogance qui ne le caractérisaient plus tant que cela maintenant.

« Joli, commenta t-il en balayant son salon des yeux, puis en les figeant sur elle.
- Merci, répondit-elle sur un ton froid. »

James ne s'y trompa pas, il avait toujours un certain pouvoir sur elle. Il le voyait dans ses yeux. Il ne fallait jamais se fier au ton d'Alecto, ni à ses mots. Elle n'était pas une personne de confiance, mais ses yeux, eux, ne mentaient jamais.

« Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
- A ton avis, Alecto ? Qu'est-ce que tu pourrais faire pour moi ? La provoqua t-il. »

Elle déglutit, se déplaça lentement vers lui, et l'invita à s'asseoir sur l'un des fauteuils d'une blancheur immaculée qui composaient son salon. Elle croisa élégamment les jambes, son visage toujours inexpressif, mais ses yeux descendant sur lui comme s'ils le déshabillait.

« Maintenant ? Après tout ce temps ? Le questionna t-elle avec une pointe de soupçon.
- Si tu n'es pas intéressée, ne me fais pas perdre mon temps, trancha t-il en se levant.
- Reste, James. Reste, lui dit-elle précipitamment. »

Il sut à ce moment là que c'était gagné. Il n'avait même pas eu à faire d'effort particulier. C'était tant mieux. Il ne savait pas s'il aurait pu donner d'avantage.

« Tu as du whisky-pur-feu ? L'interrogea t-il. »

Elle acquiesça, se leva, et quitta la pièce. C'était LE moment. James se redressa à son tour sans faire de bruit, et fit rapidement le tour de la pièce à la recherche du moindre indice qu'il puisse trouver sur les activités d'Alecto. Il y avait plusieurs livres sur la magie noire dans sa bibliothèque, mais cela ne l'aidait pas vraiment.

Il s'apprêtait à abandonner lorsque ses yeux tombèrent sur un manuel de potion, posé sur sa cheminée. Un parchemin en dépassait légèrement, James pouvait seulement voir la signature de son interlocutrice « Bellatrix Black. ». Il la tira légèrement non sans avoir regardé par dessus son épaule pour vérifier qu'Alecto n'arrivait pas, et il constata qu'il s'agissait d'une lettre donnant des indications sur l'attaque de Gringotts.

Elle était datée du mois précédent. Il put y apercevoir un certain nombre de notes et de plans avant d'entendre un bruit proche de lui et de la remettre aussitôt à sa place. Il aurait pu la prendre, mais il ne voulait pas l'alarmer. Qui sait si l'Ordre n'aurait pas besoin qu'il retourne la voir plus tard, et si c'était le cas, il fallait qu'il fasse en sorte qu'elle ne le soupçonne pas d'être ici pour autre chose que pour elle. Il n'y avait plus de doute à avoir, Alecto faisait partie du cercle de fidèles à Voldemort, et il ne comptait pas rester une minute de plus dans cette maison.

« Qu'est-ce que tu fais ? Lui demanda t-elle quand elle pénétra dans la pièce, deux verres de whisky-pur-feu à la main, juste quand il s'apprêtait à partir.
- Je... J'ai... Un soucis au ministère. Je dois y aller. »

S'il avait pu l'arrêter maintenant, il l'aurait fait, mais la situation était compliquée. Il ne voulait pas refaire la même erreur qu'il avait fait avec Rosier. La lettre qu'il avait trouvée était défendable devant le Magenmagot, elle ne suffirait en rien à la faire inculper. Il pouvait juste transmettre l'information à l'Ordre et essayer de trouver, avec eux, un moyen de la coincer.

Il ne lui laissa pas le temps d'essayer de le retenir, et il se hâta de quitter sa demeure en retransplanant dès qu'il le put au quartier général. Il restait une bonne partie du groupe, là bas. Lily Evans, Benjy Fenwick, Alice Londubat, et son mari étaient tous les quatre en train de faire une partie de cartes.

Il chercha désespérément Sirius, mais il était probablement rentré se coucher. Il travaillait beaucoup ces derniers temps, avec l'attaque au ministère. Peter et Rémus avaient probablement suivi le mouvement car ils n'étaient plus là non plus. Mary et Dorcas furent les seules à lever les yeux vers lui quand il se laissa tomber sur le canapé à moitié défoncé du quartier général.

« Toi, tu voulais voir ton meilleur ami, pointa Dorcas. Il est parti juste après toi. Il était crevé. Il n'a même pas voulu rester traîner avec nous.
- Il va falloir vous contenter de moi, répondit James en leur adressant un sourire contrit. »

Ils passèrent la soirée à discuter de tout et de rien, mais surtout du nouveau petit-ami de Mary qui avait quinze ans de plus qu'elle. James ne put s'empêcher de lui lancer toutes les blagues possibles et imaginables sur les personnages âgées, il en avait à peine fait le tour lorsque les deux couples qui jouaient aux cartes décidèrent de rentrer chez eux.

Ils se contentèrent d'un signe de main vers James, Mary, et Dorcas, puis ils quittèrent le quartier général. James avait l'impression de ne pas avoir discuté avec Lily depuis des millénaires, et quand il la vit fermer la porte derrière elle, il ressentit quelque chose de bizarre, au fond de lui, comme un manque. Ses yeux restèrent figés sur l'entrée deux ou trois secondes avant qu'ils ne se posent de nouveau sur Mary qui leur racontait sa rencontre avec Toad.

« J'ai oublié mon sac. »

Il releva la tête dès qu'il entendit la voix de Lily. Elle venait de réapparaître seule, cette fois. Fenwick avait probablement déjà transplané lorsqu'elle s'était rendue compte de son étourderie, et cela allégea la tension. Le manque que James avait ressenti une minute plus tôt s'était changé en une espèce de satisfaction intense, proche de l'excitation.

« Potter, ce n'est pas toi qui l'a caché, n'est-ce pas ? L'interrogea t-elle en le regardant droit dans les yeux. »

Il avait l'étrange impression qu'elle essayait de lui dire quelque chose, mais il ne comprit pas immédiatement son manège alors il se contenta de secouer la tête de droite à gauche pendant que Mary et Dorcas le dévisageaient, sceptiques.

« Je suis sûre que c'est toi, pourtant, reprit-elle.
- Je te jure que je n'ai pas touché à ton sac, je ne sais même pas...
- Potter, j'insiste. »

Ce n'est que lorsque ses yeux verts dévièrent vers les escaliers qu'il comprit où elle voulait en venir. Il se racla la gorge, s'excusa auprès des filles, puis se leva.

« Maintenant que tu le dis... J'en ai trouvé un tout à l'heure, heu... Juste avant la réunion. Je ne savais pas à qui il était alors je l'ai mis là haut. Viens, je vais te montrer. »

Elle hocha la tête, et James constata avec soulagement que Mary et Dorcas avaient repris leur discussion comme si de rien n'était. Ils montèrent donc sereinement au premier étage et s'arrêtèrent dans la vieille salle de bain à peine salubre.

« Tu voulais me parler ? Demanda James à Lily qui ferma soigneusement la porte derrière elle.
- Alecto Carrow ?! S'exclama t-elle à voix basse. Tu as perdu ta virginité avec Alecto Carrow ?! »

Il s'attendait à tout sauf à cela. Il avait compris qu'elle cherchait une excuse pour discuter avec lui, mais il avait songé à quelque chose de plus important que cela, quelque chose de moins gênant que cela. Il passa sa main dans ses cheveux et soupira bruyamment en lui envoyant un regard dépité.

« Tu me fais passer pour un détraqué qui te vole ton sac juste pour me parler de Carrow ?
- Oh, excuses-moi, mais c'est quoi le pire entre voler un sac à main et perdre sa virginité avec une Carrow ? C'est quand même un sacré scoop !
- Je t'interdis d'en parler à qui que ce soit.
- Alors c'est vrai ?
- Ce n'est pas... Ce n'est pas ce que tu penses. Alecto n'était pas aussi extrémiste en cinquième année qu'elle l'était les deux ans qui ont suivi. Si j'avais su, je n'aurais pas...
- C'est bon, Potter, j'ai compris, tu avais quinze ans, tu étais un crétin, elle était très belle, tu ne pensais pas avec ta tête, le stoppa Lily. »

Il y avait un soupçon de moquerie dans sa voix, mais aussi un peu de déception, comme si elle s'attendait à mieux de sa part. Il ne comprenait pas. Il l'avait pourtant habituée au pire. Puis, en la voyant rester là, debout contre la porte de la salle de bain, les bras croisés, il comprit.

« Tu cherchais un prétexte pour venir discuter avec moi, dit-il simplement.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Tu voulais parler avec moi, répondit-il. C'est pour ça que tu es revenue. Je te manque, Evans ?
- Je voulais juste confirmer mes soupçons. Ne t'emballes pas, Potter. »

Elle roula les yeux, se retourna, et le laissa seul dans la salle de bain, à sourire comme un idiot. Il ne perdit pas une minute, il descendit les escaliers derrière elle, et la suivit dans la cuisine. Il croisa brièvement le regard interrogateur de Mary en passant mais il l'ignora délibérément.

« Qu'est-ce que tu fais ?
- Le polynectar, puisque je suis là, répondit-elle en sortant tout un tas d'ustensiles.
- Tu as besoin d'aide ?
- Non. »

Il fronça les sourcils et s'appuya contre la tapisserie à moitié déchirée de l'antique cuisine. Il était embarrassé. Il ne voulait pas qu'elle découvre qu'Alecto Carrow avait été sa première conquête. C'était probablement la chose dont il avait le plus honte, avoir abandonné sur un moment de faiblesse toutes ses convictions pour se donner à la personne la moins qualifiée pour lui apprendre les choses de l'amour.

Il passa sa main dans ses cheveux et baissa les yeux. Pourquoi l'avis de Lily lui importait-il autant ? Il avait déjà répondu à cette question là quelques jours auparavant, mais son intérêt pour elle grandissait de jour en jour et il lui semblait impossible d'arrêter la machine maintenant qu'elle était lancée.

« Pourquoi tu fais cette tête ? Lui demanda t-elle en s'arrêtant soudainement alors qu'elle venait de poser un gros chaudron sur la table, entre eux.
- Carrow, répondit-il simplement. J'ai tellement honte, avoua t-il avec toute la sincérité du monde. »

C'était encore plus embarrassant quand il songeait que Lily était une fille de moldue et qu'elle était tout à fait le type de personne à qui Alecto, son frère, et leurs amis s'en prenaient lorsqu'ils étaient à Poudlard, et en y réfléchissant d'un peu plus près, James réalisa qu'il n'était probablement pas si différent d'eux, aux yeux de Lily.

Cette éventualité le frappa en plein visage, et il n'osa plus lever les yeux sur elle. Il l'entendit simplement soupirer, puis balancer quelques ustensiles qui tintèrent entre eux sur la table avant de reprendre la parole.

« Il n'y a pas de quoi, lui dit-elle. Comme je te l'ai dit, tu avais quinze ans. C'est le genre de mauvais choix que tu faisais, à l'époque.
- Je sais, mais...
- Potter, crois-moi, on a tous fait des choses que l'on regrette, le coupa t-elle en lui lançant un regard rassurant.
- Toi aussi ? Tu n'es pas du genre à faire quelque chose d'irréfléchi, de...
- Bien sûr que si, l'informa t-elle en lâchant un rire ironique. »

Il leva les yeux et croisa son regard juste avant qu'elle ne le reporte sur les ingrédients qu'elle étalait les uns à côtés des autres sur la table. Elle était méticuleuse, perfectionniste. James s'en rendit compte ce jour là.

« Tu vois ça, lui expliqua t-elle en montrant la table, parfaitement ordonnée. Je suis devenue une espèce de maniaque psychorigide pour compenser toutes les erreurs que j'ai faites avant. »

Il se contenta de rire en la voyant observer les ingrédients avec dédain, avec énervement même, parce qu'elle semblait incapable d'accepter cette stupide manie et pourtant, elle était tout aussi incapable de s'en débarrasser.

« Severus Rogue. Je lui ai fait confiance plus qu'à qui que ce soit au cours de mon existence. Il était le centre de mon monde. J'ai été amoureuse de lui, il y a quelques années, et regarde où nous en sommes maintenant. Il est avec Voldemort. Est-ce que ça ne ressemble pas à une erreur ça, pour toi, Potter ? »

Elle respira profondément, comme si des souvenirs déplaisants ressurgissaient, puis elle lui tourna rapidement le dos pour aller chercher une grosse cuillère en bois.

« Si, bien sûr, mais c'est lui qui l'a faite, pas toi, lui répondit-il.
- J'ai placé ma confiance là où je n'aurais pas dû. C'était une erreur de jugement, insista t-elle.
- C'est une qualité de faire confiance aux autres, pas un défaut.
- J'en doute, Potter, vraiment.
- Alors quoi ? Il ne faudrait plus faire confiance à qui que ce soit ?
- C'est beaucoup plus simple comme ça.
- J'ai l'impression de discuter avec Fol Oeil, « vigilance constante », cita t-il, faisant légèrement glousser Lily.
- Il n'a pas tort, tu sais.
- Il doit bien y avoir quelqu'un en qui...
- Non, le coupa t-elle. Je n'ai confiance en personne.
- Fenwick ? Tenta t-il. »

Lily ne répondit pas, mais il devina à l'expression de culpabilité qu'il pouvait lire sur son visage que Fenwick ne faisait pas exception à la règle. Cela aurait peut-être dû lui faire plaisir, mais ce ne fut pas le cas. Cela voulait simplement dire que malgré le fait qu'elle était entourée et aimée, Lily se sentait seule.

Il aurait voulu lui dire qu'elle pouvait s'appuyer sur lui, mais cela aurait été tellement stupide. Si elle ne faisait pas confiance à Fenwick, elle ne lui ferait probablement pas confiance non plus, surtout pas en considérant le passé tumultueux qu'ils partageaient. Il était persuadé d'être la dernière personne en qui elle pourrait avoir confiance, et pourtant, la vérité était peut-être ailleurs.

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Allongé sur le flanc contre Lily, James nicha sa tête dans le creux de son cou et passa son bras par dessus sa taille. Il trouva rapidement sa main, et elle entremêla ses doigts aux siens en rapprochant leurs mains jointes de sa bouche. Il pouvait sentir son souffle chaud rebondir contre son pouce, il aurait voulu qu'elle parle, il aurait voulu qu'elle lui dise ce qu'elle ressentait, mais elle ne disait rien.

Leurs corps nus étaient pressés l'un contre l'autre sur le canapé du salon, et James priait pour que les minutes s'allongent car il savait qu'à un moment ou à un autre, Lily finirait par se lever, par se rhabiller, et par le laisser là, seul avec le souvenir des soupirs de plaisir qu'elle avait laissé échapper contre son oreille lorsqu'ils avaient fait l'amour pour la deuxième fois.

Il y avait une certaine tension dans la pièce, comme la dernière fois. C'était comme s'ils se rendaient soudainement compte de ce qu'ils avaient laissé à la porte. Fenwick, la guerre, leur passé... Et pourtant, ils ne bougeaient pas. Ils restaient collés l'un à l'autre.

« Je t'aime Lily. »

Les mots, à peine chuchotés, dégringolèrent de sa bouche, droit dans l'oreille de la jeune femme. C'était d'avantage une supplication qu'une déclaration, mais il n'était pas certain qu'elle le comprenne. Il ouvrit les yeux juste pour la voir fermer les siens, et elle se cala un peu plus contre lui. Peut-être qu'elle aussi, elle priait pour que les minutes s'allongent. Il se décala un peu, juste pour pouvoir planter des baisers le long de sa nuque, et puis il sentit bientôt sa voix vibrer contre sa bouche.

« J'étais amoureuse de toi, à Poudlard. »

Il s'arrêta net avant de froncer les sourcils et de laisser ses lèvres traîner sur son épaule, puis, d'un geste habile, il l'obligea à se retourner pour lui faire face. Elle laissa sa tête retomber sur le bras du canapé, et ses yeux verts épinglèrent les siens. Il n'y décerna aucune trace de plaisanterie, mais plutôt un sentiment d'imperfection. Elle avait l'air profondément perturbée par son propre aveu.

« Ça n'a aucun sens. Tu dois sûrement me prendre pour une folle, Merlin, murmura t-elle en plaquant sa main contre son front.
- Je ne comprends pas, lui dit-il sincèrement.
- Moi non plus, souffla t-elle, ses yeux brillants toujours planté dans les siens. Tu étais horrible avec moi, mais je... Je n'en sais rien, je ressentais quelque chose. Pas seulement de la haine. Une attirance, une vraie attirance, et j'étais en colère contre moi même pour ça. J'ai développé une espèce de... Je n'en sais rien, appelle ça comme tu veux, un syndrome de Stockholm...
- Lily, je...
- Non, le coupa t-elle d'une voix douce. Je sais que tu t'en veux affreusement pour tout ça. C'était juste... Les fantasmes d'une adolescente. Tu étais le plus populaire du château, tu étais le capitaine de Quidditch, et tout le monde t'adorait. Je n'étais pas la seule. Toutes les filles sont attirées, à un moment de leur vie, par un garçon qu'elles n'auront jamais, elles le savent et cette conviction les attire. Même en le détestant, parfois, elles se surprennent à en rêver. C'est déstabilisant, énervant. Je me suis demandée ce que cela ferait, de me balader main dans la main avec toi. Je me suis demandée comment cela serait, de t'embrasser, de te laisser m'embrasser, de te voir avoir envie de m'embrasser, et tout m'est revenu à la figure quand nos chemins se sont croisés de nouveau, au quartier général. Je me suis rappelée de la haine que j'éprouvais pour toi, et en même temps, de ce petit sentiment familier que j'essayais de faire taire quand j'ai compris que les souvenirs que je gardais de ton visage ne te rendaient pas justice. Tu étais là, et tu étais toujours aussi beau, et tu avais l'air toujours aussi stupide et méchant, et pourtant, tu ne l'étais pas. Tu ne l'es pas. Tu es tout, sauf stupide et méchant. Moi, par contre, j'ai été stupide et méchante. »

Elle laissa son index tracer les lignes de sa mâchoire, puis elle avança son visage avec une lenteur que James jugea cruelle, et elle l'embrassa doucement, tendrement, comme pour essayer d'effacer les quelques horribles souvenirs qu'elle gardait de lui lorsqu'ils étaient à Poudlard, et les quelques horribles souvenirs d'elle qu'elle lui avait laissé après leur première nuit ensemble.

« Et qu'est-ce que ça fait, de m'embrasser ? L'interrogea t-il à voix basse, ses lèvres encore presque collées aux siennes. »

Elle laissa paraître un discret sourire, et sa bouche retrouva la sienne. C'était toujours aussi suave, toujours aussi sensuel, mais il s'efforça de garder un certain contrôle sur lui-même. Elle n'avait pas fini de parler, et il voulait entendre ce qu'elle avait à dire. Il voulait qu'elle réponde à sa question.

« C'est bon, murmura t-elle dans un soupir juste après avoir lâché ses lèvres.
- On pourrait faire ça plus souvent, osa t-il alors que ses mains commençaient à s'aventurer là où il savait qu'il pourrait lui couper le souffle.
- James, si on... »

Exactement comme il l'avait prédit, elle inspira profondément avant que son corps ne se tende d'un coup et qu'elle retienne sa respiration sans avoir l'air de s'en rendre compte, mais en lui lançant un regard implorant qui n'eut pour effet que de faire apparaître un sourire narquois sur le visage de James.

« On va faire ça plus souvent, affirma t-il alors. Ne parlons pas du reste pour le moment. Ça n'a pas d'importance. »

Lily se mordit la lèvre et acquiesça frénétiquement en resserrant ses jambes autour de la main de James. Il éclata de rire, et sa bouche s'écrasa sur la sienne, encore et encore. Fenwick, la guerre, et leur passé n'étaient soudainement plus que des souvenirs lointains qu'ils avaient tous les deux écartés de leur esprit.