Chapitre 1 : Différent des autres.
Remontons un siècle en arrière, au-delà des collines du cratère. Dans les montagnes, une ville a été créé, elle abritait de nombreux nains et naines qui vivaient en harmonie avec la nature et la mécanique. À l'abri des regards des Humains, des Diables, des Dieux et des Élémentaires, cette race essayait de se maintenir à l'abri de toute menace extérieure. Ils restaient cachés afin de préserver leur paix.
Du moins, ils essayaient.
Au sein de toute cette cité construite à l'intérieur des montagnes, des maisons cachées dans les crevasses des monts. Cachées de tous regards suspects. On pouvait croire qu'à l'intérieur des roches, il n'y avait que des petites demeures. Mais les maisons étaient cossues, tout comme le pouvait être n'importe quel logement pour humain ou être humanoïde. Certes tout était à hauteur nanesque. La chaleur était présente dans les foyers, les familles et amis savouraient auprès du feu la bonne soupe préparée par les maîtresses des maisons. Là-haut dans la colline un cri fut poussé.
Pas n'importe quel cri. Les pleurs d'un bébé. Celui d'un nouveau-né nain.
La naissance d'un nouvel être était si rare que la plupart des nains étaient aux anges d'entendre ces pleurs. Leur cœur battait au rythme de ses lamentations, plus encore, car il s'agissait d'un héritier royal. Un prince qui allait maintenir leur paix.
Pas de bataille pour couronner une nouvelle tête. Pas de dispute de pouvoir. L'héritier était là.
Grise-Barbe, roi des nains, guerrier implacable et soucieux des traditions fut heureux de voir enfin un descendant. Sa chair de sa chair, le sang de son sang dans ses bras. Son épouse Hernia, naine artisane devenue reine, était aux anges d'entendre la voix de son petit. Certes elle était épuisée et se reposait aux mains expertes des herboristes et autres soigneurs, pendant que le père de famille examinait son fils.
« Grunlek Von Krayn. » souffla le roi en ayant un air sombre.
Bien qu'il soit heureux de voir cet être dans ses mains, il était aussi conscient d'un imprévu majeur. Un défaut qu'il n'aurait jamais imaginé voir. Une erreur qu'il aurait commise et qui se serait impacté sur son fils ?
Grise-Barbe allait devoir présenter son fils à l'ensemble des nains qui s'amassaient devant son château de pierre et de métal. Mais le roi avait un problème. Il souhaitait montrer un fils plein de vie, joyeux et fort. Cependant, en tenant le petit être, il comprit que ce message ne passerait pas sans un stratagème. Comment prouver à son peuple que l'héritier, qui supportera la pression sur ses épaules, les protégera de tous les dangers s'il vit avec un bras en moins.
Son corps ne semblait pas avoir été complètement formé. Son aspect était frêle et fragile. Les pleurs du bambin étaient emplis de tristesse et de souffrance, au lieu de la combativité et de la force des nains.
« Même si tu es différent de nous. Je te promets que tu seras le plus fort. De ce défaut, va naître une force incroyable. Que de tes tourments jaillissent une volonté infaillible. Que les difficultés qui nous attendent face de toi un héritier digne de ce nom. » soufflait le père de famille en posant son front sur celui de son fils. « Je crois en toi Grunlek. Je vais tout faire pour que tu puisses monter sur le trône. Que ton défaut face ta force. »
Grise-Barbe attrapa un tissu hérité de la part de ses prédécesseurs. Un tissu de soie verte, comme la forêt. Des dessins de montagnes en fils d'une couleur semblable à la terre y étaient cousus. Des petits rouages étaient accrochés, symbole des progrès technologiques de cette race.
Avec beaucoup de fierté, de chaleur naine, Grise-Barbe parcourt les longs couloirs de sa demeure. Il cache à tous le défaut de son fils. Il ne veut pas encore montrer ce qui pourrait l'affaiblir. Pas en ce jour de liesse.
Les guerriers sont présents dans ce long couloir. Des sourires s'affichent sur leur visage. Des larmes de joie pour d'autres, conscient qu'aucune goutte de sang ne coulera dans leur propre pays pour élire un nouveau souverain. Tous s'agenouillent devant le roi et son héritier. Arme en main, bouclier à terre, les torches accrochées sur les murs ont leurs flammes qui vacillent et donnent à cette scène un aspect cérémonial.
Grise-Barbe avançait d'un pas assuré. Il tenait toujours son fils entre ses mains. Ses proches, ses frères de bataille le suivaient.
Grunlek continuait de pleurer de toutes ses forces.
Les serviteurs arrêtaient tous leurs travaux pour s'agenouiller devant cette procession. Un quelconque individu ne verrait qu'un seul et unique corps formant cette troupe. Une force imposante écrasant quiconque souhaiterait se mettre entre leur chemin. Une puissance incroyable et prête à soulever les monts et montagnes pour amener ce petit être face à la population.
Grise-Barbe s'approchait d'une grande baie vitrée. Il voyait son pays se dessiner sous ses yeux. Il entendait les battements de cœur de Grunlek qui venait de calmer ses pleurs. Les yeux du patriarche se baissèrent sur ceux du petit être. Grunlek observait son père en silence. Curieux de ce qu'il allait lui arriver.
La neige tombait en cette journée. Là, aux plus hauts sommets des monts, la neige était monnaie courante. Le froid forgeait le caractère des guerriers. Renforçait les liens entre frères d'armes et familles. Le père ouvrit la baie vitrée pour sortir dans le froid. Le nourrisson frissonna face à ses premiers flocons de neige. Son petit nez frêle et fragile rougit face à un de ces cristaux.
Le souverain avança au plus près de la population qui s'était réuni en masse sous le balcon royal. Tous avaient accouru avec armes, boucliers, fabrications artisanales pour faire honneur à ce nouvel être. Une naissance était toujours fêtée avec beaucoup de présents pour le nouveau venu. Plus encore pour les naines. Encore davantage pour un héritier royal.
Avec une force manifeste, Grise-Barbe leva vers le ciel le petit bout de chou, qui vit alors le peuple qu'il allait gouverner. Dont il allait hériter.
« Voici votre futur souverain ! Sachez le servir et l'écouter autant qu'il saura vous protéger et vous guider. Voici Grunlek Von Krayn ! Le golem ! »
Les acclamations fusèrent de toute part. Les armes se levèrent pour prêter de la force à ce nouveau descendant. Des bruits métalliques résonnèrent entre les cris pour apporter les sons des artisans, des forgerons, des mécaniciens, symbole de savoir et travail manuel. Les rires et les chopes de bière affluèrent en nombre pour inciter l'enfant à rire, à sourire, à recevoir la chaleur de leur espèce. Leur tradition et leur famille.
Tous les ingrédients étaient réunis pour accueillir le futur roi dans ce royaume.
L'enfant observait le tout avec un léger sourire. Il comprenait certes peu de chose. Il n'y voyait que des effets de son et de couleur. Une masse qui s'était amené à lui, sans comprendre le pourquoi de ce rassemblement. Pour Grunlek, ce n'était que des jouets qui s'étaient amassé devant lui et qu'il observait avec un petit sourire.
Puis, ce fut le tour du Navnsdeg, le jour du Nom. Le véritable premier jour de la vie du nain. Les parents mâles, frères d'armes, les aînés et tous les ancêtres vivants se rendent aux temples de Grungni, pour être présentés aux dieux ancestraux afin de bénir la vie de ce petit être. Là, le roi inscrit sur un document le nom de son fils, afin de conserver sa trace dans les archives de la citadelle. Marque de sa présence dans l'histoire de leur race. Pour que jamais son nom ne tombe dans l'oubli. Pour que ces futures actions héroïques et bénéfiques puissent être reprises et chantées dans toute la peuplade. Comme l'avait fait son père avant lui et tous ses aïeux.
Une fois les documents et la bénédiction donnée, le roi rend à sa femme et toute la communauté naine féminine l'enfant pour qu'elles se rendent au temple de Valaya.
Une autre ascension était prévue. Toutes les naines entourèrent leur reine entrée dans le temple. Un lieu remplit de chaleur semblable à celle de leur corps abritant la vie. Un endroit fait de lave et de fumée. C'est dans ces dernières qu'elles traversent un pont au-dessus de la fumée de feu. Au bout du chemin, une gardienne était présente. Elle semblait cuisiner une bien étrange mixture. Elle semblait attendre la venue du nouvel être afin de lui donner sa première cuillerée de soupe de Pierre signe d'un rituel de bienvenue.
A suivre...
