Chapitre 4 : L'air de l'amitié.
Des secondes. Des minutes. Peut-être même des heures s'étaient écoulés depuis que Grunlek avait récupéré l'épée en bois. L'enfant parcourait les différents couloirs sombres et secrets en espérant trouver la sortie. La porte vers le monde extérieur. Mais depuis quelque temps, il tournait en rond. Il fallait l'avouer, l'enfant n'avait pas trouvé de carte et les couloirs se ressemblaient tous.
La crainte de se perdre ne traversa pas son esprit. Il était heureux de s'échapper du quotidien. De pouvoir s'enfuir de la vigilance de ses précepteurs. De son père. De toutes ces personnes qui lui font peser un poids lourd sur son épaule, tout en n'ayant pas confiance en lui.
Le jeune garçon était fatigué après ses heures de marche. Il se posa dans un recoin d'un couloir en Y. Il posa ses affaires, attrapa une couverture qu'il avait chipée et se reposa.
Le calme pesait dans les longs corridors. Quelques pas se faisaient entendre, parfois des voix d'adultes que l'héritier reconnaissait. Jusqu'à un son particulier, un rire d'enfant. Une cantonade prononcée. Grunlek surpris se réveilla et chercha l'origine du bruit. Il comprit que cela ne venait pas du château, mais du monde extérieur. Il rangea ses affaires pour se rendre vers la source du bruit. Encore étouffé, mais compréhensible, c'était des voix masculines enfantines. Grunlek marcha malgré les courbatures vers le son. Il se rendit auprès d'un nouveau mur, de là, il vit quelques ouvertures, où il put jeter un œil discret. Il voyait le monde extérieur pour la première fois d'aussi prêt. Grunlek voyait des branchages qui recouvrait le mur extérieur. Il sentit la brise fraîche sur sa joue. Il observa quatre jeunes à l'extérieur en train de chantonner dans la rue. Ils semblaient partager quelques jeux et goûter ensemble. Grunlek les enviait, il avait envie de les rejoindre. Mais il avait peur également du regard des autres. Il se remémorait la réaction de son père. De son défaut majeur : son bras unique. Il ne savait pas comment se présenter à des étrangers venant du peuple. Sans s'en rendre compte, l'enfant appuya sur un levier à ses côtés, un bruit sourd se fit entendre. Le mur par lequel il avait observé, s'ouvrit comme une porte. Grunlek se recula, tandis qu'il entendait les autres enfants être surpris.
Tout doucement, l'un des enfants s'approcha en même temps que Grunlek vers la porte. Leur tête se cognèrent , faisant tomber l'héritier au sol.
« Qui… Qui êtes-vous ?! » hurla l'enfant face à Grunlek, avant de le menacer de son épée de bois.
« Je… Je suis… »
Grunlek cherchait ses mots. Il ne savait pas s'il avait le droit d'employer son prénom, ou s'il devait chercher un nom d'emprunt pour l'extérieur. Quelque chose qui lui permettrait de passer inaperçu le temps de sa fugue. Grunlek n'eut pas le temps d'inventer un nom que les trois autres enfants se précipitèrent aux côtés de leur ami.
« Qu'est-ce que tu as vu Larkr ? »
Intrigués par cet accès et ce qui s'y trouve à l'intérieur, les jeunes observaient Grunlek. Ce dernier était en train de récupérer ses affaires au sol. Légèrement gêné d'être vu de la sorte, d'être analysé par des personnes qu'il ne connaissait pas, Grunlek ne savait pas ce qu'il devait dire ou faire. Il comprenait mieux les inquiétudes de son père quant à son incapacité à s'insérer dans la société. Surtout quand il entendait les autres murmurer quelques mots concernant son bras manquant. L'héritier ne savait plus quoi faire. Complètement perdu, il avait envie de s'enfuir et de repartir dans sa chambre. Ses jambes tremblaient à cause du stress. Sa gorge était sèche. Quelque chose en lui disait qu'il voulait s'enfuir.
Il serra son poing unique pour essayer de calmer sa peur. Il se rappelait des mots de son père. Il ne voulait pas être un lâche. Il voulait affronter la réalité, même si tout cela était dur.
L'un des jeunes du groupe se dirigea vers lui, la main tendue, avec un sourire jovial sur le visage.
"Je m'appelle Vorm du clan du Bouclier. Voici mes amis, Mark du clan de la Forge, Larkr du clan de la Hache et Knerl du clan du Savoir. Qui es-tu ?"
"Je… Je m'appelle Grun..."commença timidement Grunlek en ne prononçant pas tout son nom. "Je suis un enfant des frères d'armes du roi."
Les mains de Vorm et Grunlek se serrèrent. L'enfant le tira vers l'extérieur du passage. C'était ses premiers pas vers le monde extérieur. Vers le monde qu'il avait toujours rêvé.
Chacun des enfants se présenta et se montra ouvert à l'arrivée du nouveau. Certains plus intrigués que d'autres. Larkr et Knerl rappelaient à Vorm et Mark qu'il fallait toujours rester vigilants. Mark, légèrement intimidé fut le plus ouvert et à l'écoute envers Grunlek. Il posa cependant peu de question, contrairement à Vorm.
L'héritier royal dû mentir en partie sur sa condition. Il décrivait le quotidien des frères d'armes de son père et leur entraînement. Il indiqua qu'il devrait faire partie de ce groupe avec le prince héritier. Mais que dans tous les cas, son handicap le freinait dans ses entraînements.
"Si ce n'est que ça, nous allons t'aider. Les adultes ne comprennent pas toujours que nous sommes que des enfants. Nous allons prouver à ton père que tu n'es pas incompétent." souriait Vorm en levant son poing vers le ciel.
Sa force de persuasion et de caractère eut un effet positif sur l'héritier, une lueur d'espoir. Les enfants continuèrent à discuter sur la vie de château et sur leur vie au quotidien. Grunlek apprit que les jeunes de son âge n'avaient pas autant d'éducation. Que pour leurs tendres années d'enfance, ils les passaient essentiellement avec les femmes et les autres jeunes de leur âge. Ce n'est que vers 30 ans, qu'ils pourront choisir leur voie. Même si les leurs étaient déjà tracés par leur lien de sang. Qu'ils avaient encore une dizaine d'années pour vivre leur liberté et leur insouciance. Certes ils apprenaient l'histoire de leur peuple et les contes et légendes qui les bercent au soir, mais ils se rendent aussi avec les hommes de temps à autre aux auberges pour entendre leurs péripéties.
Leurs entraînements à la hache, épée, bouclier, aux poings se passaient entre amis. Ils combattaient avec des armes en bois, sans vraiment utiliser les techniques adéquates contrairement à Grunlek. C'était un jeu pour eux. Les adultes les disputaient de temps à autre quand ils cassaient leur épée ou revenaient perdants. Sans aucun doute pour essayer d'éveiller en eux la volonté de se battre, d'aller au bout de leur combat, de se donner à 100 %. D'offrir le meilleur d'eux-mêmes et devenir de grands combattants.
Parfois, certains artisans leur enseignaient l'utilisation de simples outils. La patience nécessaire pour la création d'un objet. L'ardeur à la tâche. La précision des petits mécanismes pour arriver à un résultat parfait.
Les mères leur offraient de grands moments de joie, par les soins qu'elles leur prodiguaient, les repas qu'elles leur préparaient étaient riches et consistant afin de tenir au corps par ce froid glacial et pour leur assurer de l'énergie durant toute la journée.
La journée défila très vite, Grunlek était époustouflé par toutes les connaissances qu'il avait acquises. Il souhaitait en savoir davantage, s'ouvrir plus sur le monde extérieur et sur leur culture. Pouvoir tenir les promesses de ses nouveaux compagnons et rencontrer de nouvelles personnes.
"Nous devons rentrer. Toi aussi, ta famille doit te chercher partout. Nous repasserons tous les jours ici après l'heure du repas du midi." indiqua Vorm. "On attendra une heure pour voir si tu es présent. Si tu n'es pas là, on sera que tu es occupé avec ton père et les affaires du royaume."
Sur ces belles paroles, le groupe se sépara, laissant Grunlek rentrer dans le passage secret. L'enfant n'avait cependant pas parlé de son envie de fuguer. L'héritier avait décidé de retourner dans son antre secret et de rester cacher à l'intérieur. Il avait créé un petit refuge avec ce qu'il avait sous la main, il avait récupéré des morceaux de bois dont il forma un petit coin abrité. Le passage n'était certes pas humide, mais le vent continuait à s'engouffrer à l'intérieur. Même quand les portes étaient closes. L'enfant ajouta un recoin avec des couvertures pour rendre le tout plus moelleux et confortable. Il usa de sa lampe pour avoir un coin lumineux, il avait avec lui assez d'huile pour tenir plusieurs journées. Des petites allumettes lui permettraient de rallumer les mèches qu'il avait dérobée. Entre-temps, il fit un dernier voyage pour récupérer deux petits coussins. Puis, il posa les vivres dans un coin, attrapa un morceau de papier, un morceau de fusain pour écrire un mot à sa mère. Lui assurant qu'il allait bien, qu'elle ne devrait pas s'inquiéter, qu'il reviendrait bientôt, quand il trouverait la force que son père lui avait parlée, il prouvera qu'il peut vivre dans le monde. Qu'il peut lui faire confiance.
Tout doucement, l'enfant s'endort dans les bras de Morphée. Il rêva de ses prochaines sorties avec ses amis. Des rencontres qu'il fera à l'extérieur, et de toutes ces découvertes encore inconnues.
Hélas, un jour où la neige ne tombait plus à gros flocons, un bruit étrange se fit entendre dans le monde extérieur. Grunlek qui était au chaud dans son refuge, fut étonné par le bruit. Il entendait des cris, des pleurs, des appels au secours. Immédiatement, le prince sortit de son refuge, la peur au ventre pour constater l'ampleur d'un horrible spectacle.
Dans les ruelles couraient les mères et leurs enfants qui tentaient de s'échapper des griffes et des coups d'une horde de troll. Le souffle coupé et la peur au ventre l'héritier se demandait ce qu'il pouvait faire avec le peu de force qu'il avait. Avec ce handicap qui lui compliquait la vie, avec tous ses défauts. L'enfant cacha ses larmes. Il laissa le passage ouvert alors que ses amis arrivèrent en sa direction.
"Grun, ne reste pas ici. Il faut fuir ! Le troll nous attaque." hurla Larkr.
Knerl toujours d'accord avec l'idée de son camarade était prêt à soulever le jeune pour l'entrainer avec lui vers le passage. Mais Grunlek l'évita de justesse et passa entre Vorm et Mark.
"GRUN ! Qu'est-ce que tu fais ?" s'écria Vorm en se retournant.
"Il faut aider les villageois."
"Mais nous ne sommes que des enfants." renchérit Knerl.
"Je le sais. Je ne veux pas combattre les trolls, juste emmener la population vers le passage secret. Ils seront plus en sécurité. Je vais attirer leur attention, j'ai besoin que vous m'aidiez pour indiquer aux villageois où se trouve le passage et les emmener loin du danger."
"Tu es fou !" s'inquiéta Larkr, un pied dans le passage secret.
Sans écouter les remarques de ses amis, Mark fit un pas en avant vers Grunlek. Il attrapa un bouclier sur le sol et le tendit à son camarade.
"Garde ça avec toi. Je te suis. Il vaut mieux que se soit toi qui leur montres où est le passage secret. Je vais attirer leur attention."
Grunlek surprit allait répliquer, mais Vorm le rattrapa en prenant à son tour un bouclier et une épée en bois.
"Je viens vous aider, Grun, Mark a raison. Tu connais ces passages. Il est évident que tu dois les guider à l'intérieur. Nous, nous connaissons les rues comme notre poche. Nous savons où nous cacher. Restons groupé et restons vigilants. Nous ne serons pas de taille face à eux."
Grunlek acquiesça, fier avec son bouclier et ses deux alliés ils se rendirent sur le terrain. Là, des corps sans vie étaient visibles, allongés sur le sol. Des enfants pleuraient, les adultes naines essayaient de raisonner le plus de monde pour les suivre. Les nains mâles avaient attrapé leurs armes pour se défendre. Dans ce tumulte non organisé, Grunlek et ses compagnons se rendirent auprès d'une naine d'un certain âge. Un troll était prêt à attaquer le groupe qu'elle tentait de cacher, avant d'être attiré par Mark.
L'enfant se mit à courir de toutes ses jambes, pendant que le troll le suivait. Vorm fit de même avec une autre de ses créatures qui se rapprochaient d'eux.
Grunlek se rendit aux côtés de la naine pour dire :
« Écoutez-moi. Nous allons vous emmener en sûreté vers le château. Rester groupé et suivez-moi ! »
Son timbre de voix était sûr, imposant et plein de confiance. Si bien, que personne ne posa de questions à ce jeune homme unibrassiste. Ils le suivirent aveuglément, personne ne semblait vouloir poser de questions. Tout ce qu'ils désiraient s'étaient d'être en sécurité. L'héritier avança à tâtons dans les rues, veillant à ne pas croiser le chemin d'un autre troll. Annonçant au groupe d'une trentaine de nains de rester près de lui. Ils continuèrent leurs courses effrénées, pendant que les soldats combattaient à droite une autre de ces créatures, et qu'à leur gauche des tas de cadavres étaient empilés.
« Ne regarder pas. Continuez d'avancer. » ordonna Grunlek d'une voix basse pour ne pas attirer l'attention de possible troll.
En à peine quelques minutes, Grunlek réussit à faire venir les trente villageois vers le passage secret toujours ouvert. Lars et Knerl l'attendaient, ils n'avaient pas bougé d'un pouce depuis leur départ. Les deux camarades levèrent un sourcil étonné par la réussite de la mission du jeune inconnu. Ils n'eurent pas le temps de demander des explications que Grunlek leur tendit un pendentif.
« Lars, Knerl ! Allez jusqu'au bout de ces tunnels. Montrez ce pendentif aux gardes que vous croiserez et expliquez leur notre mission, de protéger les villageois. Ils vous laisseront entrer. »
« Tu ne viens pas avec nous ? » demanda Knerl inquiet pendant que Lars attrapa le pendentif et faisait déjà entrer les villageois dans le passage.
« Non. Nous allons essayer de trouver d'autres villageois. Le maximum. Refermez le passage systématiquement par cette pierre. Je sais comment l'ouvrir de l'extérieur. Je ramènerais les autres villageois. Ne vous inquiétez pas. »
Knerl n'eut pas le temps de poser d'autres questions, que Grunlek quittait déjà le groupe à la recherche d'autres survivants. Le plan fonctionna à la perfection. Les enfants étant plus petits, ils pouvaient mieux se cacher aux yeux des trolls. Mark et Vorm retrouvèrent leur ami et à trois, ils continuèrent leur action. Ils entrèrent dans les maisons pour essayer de délivrer les familles qui s'étaient réfugiées. Dans quelques bâtisses., dans des échoppes, ils passèrent dans un maximum d'endroit, pendant que les soldats combattaient les créatures.
Ils firent plusieurs passages en petit groupe afin de ne pas attirer l'attention.
Cependant, au moment de ramener un groupe à l'intérieur du passage, une mère naine était en pleurs, elle hurlait le nom de sa petite Greta qui avait disparu. Grunlek inquiet par les cris incessants de cette mère, la prit par l'épaule, la fixa droit dans les yeux, avant de prononcer :
« Je vais la chercher madame. Restez à l'abri. Mes amis et moi allons la retrouver. Il faut que vous soyez là pour qu'elle puisse sauter dans vos bras. »
La mère se calma et aussitôt Grunlek partit à la recherche de la demoiselle. Une naine fort jeune, à peine dix ans. L'enfant nain retraversa tout son circuit. Vorm et Mark n'étaient pas encore retournés le voir. Sûrement étaient-ils dans une cachette pour échapper au troll. Quand soudain, des pleurs et des cris d'une jeune naine se firent entendre. Grunlek fonça vers la scène pour voir un enfant troll, plus petit que ses prédécesseurs, avec une massue en main. Il menaçait la jeune demoiselle de son arme. L'écrasant à ses côtés, faisant exprès de la manquer pour mieux la terrifier. La jeune enfant était apeurée, les mains sur la tête, seule protection qu'elle avait, elle se mettait à appeler sa mère. À supplier de rester en vie. Les larmes de cette jeune demoiselle produisirent un élan de courage à Grunlek. L'héritier se mit à glisser vers la jeune demoiselle. Le bouclier en dessous de lui. Durant la glissade, il choppa le bras de Greta et l'entraina avec lui dans sa folle course tandis que la massue s'écrasa à l'emplacement où elle était avant.
L'enfant troll surpris par la disparition de la petite fille mit quelques secondes à réfléchir. Il souleva sa massue pour regarder si cette dernière n'était pas accrochée à ce bout de bois.
Le temps de réflexion du troll permis à Grunlek et Greta de se cacher derrière une pile de caisse. L'héritier savait qu'il n'avait pas beaucoup de temps avant que la créature ne découvre la supercherie ou peut-être par une envie soudaine de détruire, abattra sa masse sur les caisses. La petite Greta était toujours terrifiée. Les pleurs et petits gémissements se faisaient entendre. Grunlek chercha une issue de secours, quelque chose pour les sauver. Pour que la petite puisse retrouver les siens. Ils n'étaient pas très loin du château. À peine quelques mètres. Serrant son poing contre le bouclier. Il se tourna vers Greta pour lui murmurer :
« Greta, Greta. Je m'appelle Grunlek. J'ai besoin de toi. Je vais attirer le méchant troll vers moi. Je vais l'éloigner de toi pour que tu puisses courir vers le château. J'ai besoin que tu ailles jusque-là bas pour retrouver ta maman. »
« J'ai… J'ai peur… Et si… Si le troll ne te suit pas… S'il te tuait… S'il te blessait ! »
Grunlek savait que cette peur était due à un danger réel. Oui, il pouvait se faire écraser. Oui, il pouvait être blessé. Oui, il pourrait être vrai que le troll parte en direction de la jeune Greta plutôt que lui. Mais il ne pouvait pas abandonner. Il avait fait une promesse. Il allait prouver qu'il était capable d'être un nain digne de son statut de prince. Tout doucement, Grunlek se retourna vers la petite fille. Il se mit à genoux et ramassa une de ces larmes aux creux de ses doigts. Greta leva les yeux pour observer ceux de l'héritier royal, qui prononça ces mots :
« Je vais te dire un secret Greta. J'ai peur moi aussi. Même si je suis Grunlek Von Krayn, le prince de ce pays. Je ne sais pas si mon plan va fonctionner. Mais j'ai promis à ta mère de te ramener. Je voudrais tenir cette promesse. Et pour cela, j'aurais besoin de toi. Je sais que tu vas être forte, parce que tu vas penser très fort à ta maman. Cela va te donner des ailes. Pense juste à ta maman et au château. Moi je m'occupe du reste. »
« Promets-moi de revenir vivant ! » supplia la petite.
Grunlek l'observa avec douceur. Il posa un léger baiser sur le front puis murmura :
« Je te le promets. »
Sans attendre un instant supplémentaire Grunlek sortit de sa cachette. Le troll enfant le repéra immédiatement. Il chargea en sa direction. Grunlek se mit à courir en direction d'une ruelle à l'opposé du château. Il passa une dernière fois devant Greta qui restait cachée. L'horrible créature traversa le même chemin, sans se rendre compte de la petite proie qu'il avait oubliée. Son attention n'était focalisée que sur Grunlek.
Le prince en profita pour traverser ses ruelles qu'il venait à peine de découvrir. Il sauta par-dessus des caisses de fruits et légumes qu'avaient ramenés les aubergistes du coin. Ces mêmes caisses que le troll balaya du dos de sa main. Il glissa en dessous des étales des forgerons et marchands d'armes tandis que le prédateur sauta par-dessus. La course était éreintante, mais Grunlek continuait. Il ne voulait pas s'arrêter. Il avait déjà un plan dans sa petite tête bien remplie. Il cherchait soit une cachette que ses amis lui avaient montré, soit un groupe de soldats armés pour pouvoir le défendre. La sueur perlait sur son front enfantin. Ses yeux commençaient à s'habituer à la vitesse de sa course. Les entraînements effectués avec les frères d'armes de son père et les courses avec ses amis portaient leur fruit. Il savait mieux repérer les éventuels obstacles. À la vue de l'ombre du troll, il pouvait évaluer la distance qu'ils avaient l'un entre l'autre. Et quels coups ce dernier tenterait à son encontre.
Cela faisait plusieurs minutes qu'il courait. Le troll ne semblait pas être épuisé. Au bruit qu'il pouvait entendre derrière lui, Grunlek crut distinguer des petits rires mesquins. Comme si la créature s'amusait de voir le nain se débattre contre son sort. Comme s'il était un immense chat jouant avec sa souris. Oui, le troll représentait cette course-poursuite comme un jeu d'enfant qui finirait par récupérer sa récompense : de la chair de nain.
La situation ne s'améliora guère quand Grunlek se retrouva dans un cul-de-sac, provoqué par les débris. Conséquences de la traversée des trolls. Un mont de gravats, de pierres, de murs qui empêchait le jeunot de traverser d'une manière rapide et efficace cet obstacle. Ni en l'escaladant, ni en rampant et encore moins en tapant dessus.
Grunlek fit demi-tour, toujours armé de son bouclier. Le troll était qu'à quelques pas de lui. Un large sourire s'était affiché sur son visage. De la bave coulait sur la commissure de ses lèvres . Il s'imaginait déjà se régaler d'un bon ragoût d'héritier nain.
La masse se leva vers le ciel et Grunlek dû faire une roulade au dernier moment pour éviter qu'elle ne s'abatte sur lui. Le troll avança sa main valide pour tenter de récupérer le nain, mais ce dernier lui jeta le bouclier à la place. Grunlek tenta une fuite entre les jambes de la créature. Cette dernière montra un brusque élan d'intelligence et posa son pied juste devant le nez de sa proie.
Grunlek comprenait qu'il n'avait plus d'issue. Était-ce sa fin ? La fin d'une courte vie ? L'héritier avait peur de ce qui allait lui arriver. Mais plus que la peur, il était honteux de ne pas avoir réussi à dépasser les doutes que son père avait en lui. Que son handicap n'est pas réussi à l'aider à surmonter cette épreuve. Il savait que sa mère serait en proie à la peine. Son père maudirait surement son impulsivité et sa dissidence quant à ses choix. Grunlek serra le poing unique qu'il avait. Il ne voulait pas laisser couler des larmes. Il ne voulait pas sentir de remords, il leva la tête à l'approche de la créature. Il montra un regard fier et combatif. Il ne renoncerait pas. Il a promis à Greta, à ses amis, à sa mère de revenir sains et sauf. Il allait tenir sa promesse.
Le troll riait de la stature du jeune nain. Sans aucune hésitation, il souleva une nouvelle fois son gourdin, la fit siffler dans les airs. Grunlek l'observa, chercha une quelconque sortie, une quelconque faille dans la maîtrise de son arme. L'immense bout de bois descendit vers le petit héritier, avant de cogner contre un immense bouclier de Mitril qui s'était interposé entre eux.
Grunlek resta sans voix en apercevant devant lui, sous le bouclier, ses quatre amis : Vorm, Mark, Lars et même Knerl.
« Qu'est-ce que… » commença Grunlek avant de voir le regard froid et sombre de Knerl.
« Tu croyais pas que t'allais jouer les héros tout seul ! » s'énerva Knerl alors que le troll frappa à nouveau le bouclier de Mitril.
« On t'a dit qu'on était tes amis. Et on ne t'abandonnera pas. » souffla Mark en s'accroupissant face au poids de la masse.
« Ce n'est pas un petit troll comme lui qui va nous éliminer ! » renchérit Lars, le regard flamboyant d'un esprit combatif.
« On reste ensemble Grun. À cinq. On sera plus fort, plus rapide, plus malin que lui. »
Grunlek acquiesça, les yeux remplis d'espoir envers ses amis. Il n'abandonnerait pas non plus. Il tiendrait le coup avec eux. L'héritier posa son bras unique sur le bouclier de mithril pour les aider à tenir. Le bouclier se faisait lourd, par les assauts répétés de la créature. Les bras continuaient de maintenir cette protection, les jambes réceptionnaient du mieux qu'elles pouvaient les attaques. Le sol cédait sous le poids des bottes de fer des enfants qui étaient poussés vers la terre. La roche se fendait sous le poids combiné de l'attaque et des corps des jeunes. Mais aucun n'aurait renoncé. La sueur perlait sur le front, autant que l'espoir qu'ils avaient de s'en sortir. Ce n'était pas eux qui allait se tirer des griffes de la créature. Ils le savaient bien. Ils devaient juste être patient pour que les gardes arrivent à leur rencontre et viennent mettre en joue la créature.
Cette action arriva après plus d'une dizaine de coups contre le bouclier. Des voix se firent entendre. Le troll souleva sa masse et se retourna vers les adultes présents. Les soldats armés de leurs arcs, flèches, haches et toutes autres armes se lancèrent dans la mêlée. Entendant l'arrivée de leurs aînés, les jeunes prirent leurs jambes à leur cou pour repartir aussi sec se réfugier.
Le combat ne dura que quelques minutes. Le résultat était sans appel : le Troll a été vaincu par le nombre de nains qui s'était rassemblé en ce lieu. À leur tête, le roi Grise-Barbe tenait sa hache fermement dans sa main, donnant le coup ultime à la créature. La faisant passer dans le Valala.
Grunlek et ses compagnons sortirent de leur cachette. Le prince se mit en tête de file, surprenant Vorm et Mark.
« Que fais-tu ici, dehors Grunlek ? Cela faisait des jours que nous te cherchions ! » Hurla Grise-Barbe d'une voix forte et autoritaire. Ce dernier observa derrière son fils pour apercevoir d'autres jeunes comme lui.
Son regard pétrifia sur place les enfants qui ne savait pas comment se tenir face à leur souverain. Et plus encore devant Grun qui venait de se révéler comme étant Grunlek Von Krayn, le futur roi.
« Ce sont eux qui t'ont fait sortir du château ? C'est à cause d'eux que tu as failli mourir ! » rugit-il en brandissant sa hache.
« C'est moi et moi seul père ! » cria Grunlek en s'interposant entre son père et ses amis. « C'est moi qui ai trouvé le passage secret dans ma chambre. Moi qui suis parti dans le monde extérieur contre votre volonté. Mes amis n'ont rien à voir avec cette histoire. Au contraire, ils m'ont sauvé tout à l'heure face au troll. »
« Je t'avais dit que ce monde était encore trop dangereux pour toi ! Que tu n'as pas encore la force d'assumer toutes les conséquences qu'un choix peut engendrer pour le monde. Pour ton peuple ! »
« C'est faux père ! Je serais resté ignare et indolent si j'étais resté dans ma chambre. Je serais resté aussi faible que vous le pensiez, si je restais à apprendre et à ne pas entrer en conflit avec vous. J'ai trouvé une nouvelle force en venant ici père ! Celle de l'amitié. Une force solide qui peut nous permettre de tenir pendant un assaut ! Comme vous l'avez vécu avec vos frères d'armes ! J'avais besoin d'expérience père. D'aller sur le terrain. Et je l'ai fait. J'ai réussi à m'intégrer, même si c'était difficile. Je comprends mieux les leçons apprises par mes précepteurs, en ayant vu de mes yeux ce que l'on m'a raconté. Père, j'avais besoin de cette expérience. Si vous devez punir quelqu'un ici, ce serait moi. Non pas de m'être mis en danger. Mais parce que je vous ai désobéi. »
Devant les soldats, le père s'avança vers son enfant. Le visage toujours sévère, froid, dur. Il leva la main. Grunlek le regarda droit dans les yeux, il était prêt à recevoir le châtiment qu'il lui était obligé. La main du roi se figea dans les airs quand une petite voix féminine se mit à hurler :
« Non Seigneur ! S'il vous plaît ! Ne faites pas de mal au prince ! »
Le roi se retourna pour voir une petite naine, accompagnée de sa mère et de toute une partie de la ville.
« S'il vous plaît ! Si le prince n'était pas là. Je serais morte à l'heure qu'il est. Il m'a sauvé face au troll. »
« Il nous à tous sauvé. » enchérit la mère de famille en tournant sa main vers la troupe derrière elle. « Il m'a promis également de me ramener ma fille Gerta. Et il l'a tenue. Je comprends vos inquiétudes seigneur. Vous êtes un père avant d'être un roi. Vous avez peur pour lui, comme vous avez peur pour votre peuple. Vous voulez le protéger de tout danger et nous le comprenons. Mais ne le sanctionnait pas d'avoir voulu découvrir le monde par ses propres yeux. »
Le roi baissa sa main délicatement en voyant une partie de son peuple être aux côtés du prince. Que ce dernier ait réussi à les convaincre qu'avec son handicap, il peut lui aussi aider la population, à sa manière, avec ses astuces et sa propre force. Il n'était plus uniquement son enfant. Il était le prince de toute la population qui commençait par l'accepter comme tel.
« Très bien. Je retire cette sentence. » souffla le roi. Grunlek releva les yeux l'air souriant. Il n'avait qu'un seul mot en tête à hurler : Merci. Cependant son élan fut coupé par une autre parole de son père.
« À une seule condition. Vous ! » s'écria-t-il en pointant du doigt le petit groupe d'amis de Grunlek.
Ces derniers sursautèrent en synchronisation. Lars et Knerl plus inquiet que Vorm et Mark.
« Dorénavant, vous viendrez tous les jours vous entraîner aux maniements des armes avec le prince. Vous serez désormais ses frères d'armes et les serviteurs de ce royaume. »
Grunlek fut ravi en entendant une telle proposition de son père, qui avait un peu perdu de sa froideur, en souriant pour la première fois devant son fils. Une lueur de fierté était lisible dans son regard.
Les autres enfants ne savaient pas comment réagir. À la fois soulagé par la demande du roi, surpris de s'approcher des portes royales, qu'intrigué par l'entraînement qu'ils allaient recevoir.
Sur ses paroles et les acclamations de la population envers son roi et son héritier, Grunlek au bras de son père rentra au château, l'air fier et satisfait.
A suivre...
