Chapitre 5 : Adolescence


Les années avaient passé depuis l'attaque des trolls. Le quotidien du prince et de ses amis avait beaucoup changé. Ils partageaient maintenant leurs séances d'entraînements aux maniements des armes. Certains eurent une éducation dans le domaine de l'artisanat, d'autres dans les sciences, ou de la stratégie militaire. Si bien que le prince n'était plus seul à apprendre toutes ses connaissances et il en était heureux. À l'aube de sa vingt cinquième année, il était ravi d'être entouré de ses frères d'armes avec qui il avait tissé des liens.

Un peu de rivalité avec Knerl et Lars, de la complicité avec Mark, et l'impression d'avoir un frère avec Vorm. Ce dernier était toujours là pour le protéger et l'aider à progresser. Sa force et sa détermination faisaient de lui une personne à part dans la vie du prince. À la fois il l'admirait et le jalousait car son père lui faisait beaucoup de compliments.

Mais rapidement la rancœur laissa place à l'amitié, pendant les heures de détente où ils se promenaient en ville pour rencontrer le peuple et l'aider du mieux qu'ils le pouvaient ou tout simplement, pour partager une chope de bière tout en écoutant les récits des voyageurs nains.

Le temps s'écoulait lentement, paisiblement, Grunlek ne pensait jamais avoir d'ombre à ce tableau idyllique. Son père acceptait enfin le handicap de son fils. Il avait des amis, des frères d'armes. Sa mère était fière de lui et son peuple était derrière le futur héritier. Ils l'acceptaient complètement.

Pourtant, une nuit, où le vent frappait au volet, où l'orage et le tonnerre éclataient de toute sa fureur, Grunlek dormait d'un sommeil mouvementé. Quelque chose semblait le tourmenter, un manque dans ce décor idyllique. Il se revoyait, petit pisse-lait, encore frêle et fragile. Il se revoyait être enfermé dans sa chambre par son père.

Il essaya de sortir de cette dernière par le passage secret, mais ce dernier ne s'ouvrait pas. Il essaya d'ouvrir la fenêtre pour hurler à ses amis dehors de le rejoindre. Cependant ses pieds se percutèrent et il tomba sur le sol. Grunlek se releva, reprit appui sur ses jambes avant de s'effondrer à nouveau. Il ne comprenait pas. Il n'arrivait plus à marcher. Plus à tenir debout. Pris d'effroi, il constata qu'il ne lui manquait pas uniquement un bras, mais les deux. Ses jambes également. Il se voyait incapable de bouger. Les larmes coulaient sur ses joues, un hurlement fut poussé dans la pénombre des rêves, avant de se réveiller dans la réalité.

Là, épuisé, la sueur coulant sur son front, il observa à nouveau son corps. Il avait toujours ses jambes. Toujours son unique bras. Il pouvait les bouger, les manipuler.

Grunlek était inquiet par rapport à son rêve. Dans l'obscurité de la nuit, le prince réfléchissait au sens de ce dernier. Un message de sa psyché qui signifiait ses propres doutes quant à l'avenir. Son avenir avec son handicap, avec son unique bras. Il avait déjà réussi beaucoup d'exploit. Mais il avait dû souvent rester en arrière, contrairement à ses frères d'armes. C'était son point faible. C'était la raison pour laquelle Vorm passait toujours devant lui. Sa force physique était réduite de moitié.

Le prince se massa le coin des yeux. Il avait sommeil, mais le cauchemar qu'il venait de faire l'empêchait de se reposer sereinement. Tout doucement, l'héritier alluma une bougie, il la mit dans sa lanterne avant de sortir de sa chambre pour se promener et essayer de reprendre ses esprits.

La stupeur fut de rigueur, quand il vit une servante inquiète à sa porte.

« Prince » murmura cette dernière.

« Qui a-t-il ? Vous ne devriez pas être couchée à cette heure ? » demanda-t-il paisiblement, en chuchotant pour ne pas réveiller le reste de la compagnie.

« Si, mais, c'est votre mère qui m'envoie… Elle… Elle va de plus en plus mal et… » continua la jeune naine.

Le cœur du nain cessa de battre pendant un quart de seconde. Un instant pour remettre toutes les informations dans l'ordre. Pour effacer la crainte de son cauchemar, pour être finalement surpassé par celui d'une terreur enfantine. La gorge sèche, le visage pâle, le souffle coupé, Grunlek n'arrivait pas à articuler la moindre parole.

La servante apercevait les doutes dans les yeux de son futur souverain. Comprenant la peine qu'avait son maître, elle lui attrapa délicatement la main, pour l'emmener jusqu'à la chambre de la matriarche.

« Elle m'a demandé de vous amener. Je… Je vais vous laisser. » souffla-t-elle, les yeux embrumés de larmes.

Grunlek hésita un instant. Il restait immobile devant cette porte. Au fond de lui, l'héritier espérait que ce n'était qu'un cauchemar. Qu'il allait se réveiller. Il suffisait juste de ne pas toucher à la poignée. De ne pas ouvrir la porte. De ne pas accepter l'inévitable.

Pourtant, une voix au fond de lui, lui susurra d'entrer. Pour ne pas regretter . Pour ne pas avoir au fond du cœur un autre traumatisme qu'il n'aura pas su vaincre. Il savait que la vie un jour les rattraperait. C'était la logique de la nature. De leur nature même. Ils n'étaient pas immortels. Ou du moins, pas aux yeux de leur race.

La main tremblante abaissa la poignée de la porte qui lui avait paru si grande et lourde quand il était enfant, maintenant elle était si simple à bouger, les jambes flageolaient tandis que les gonds grinçaient, brisant le silence qui pesait dans l'atmosphère.

À l'intérieur de ladite pièce, une faible lueur émanait d'une lanterne. Allongée dans son lit, recouverte par des couvertures aux bordures naines, Hernia respirait difficilement. Ses yeux étaient mi-clos. Sa peau d'une pâleur à envier les morts, ses joues creuses et ses yeux cernés. Depuis combien de temps Grunlek n'avait-il pas fait attention à tous ses détails indiquant la maladie ?

À son chevet, assis sur un tabouret, Grise-Barbe, souverain et mari d'Hernia, tenait fermement la main de sa femme. Tentant de la réchauffer et de lui transmettre toutes ses émotions par le simple contact physique. Le regard triste, les yeux rougis par les larmes, le mari prononçait quelques vers qu'il avait appris pour séduire la demoiselle. Le bruit des gonds arrêta la douce mélodie. Grunlek put apercevoir toute la détresse dans les yeux de son père, mais également de la compassion pour son fils. Hernia tenta d'ouvrir davantage les yeux. Elle tourna son visage vers Grunlek et murmura :

« Mon fils, Grunlek, approche. »

Comme envoûté par cette voix faible et fragile, le nain se mit auprès de sa mère et de son père. Hernia lui attrapa la main, malgré la maladie, elle conservait son magnifique sourire. Elle avait toujours cet air de mère, sûre d'elle, courageuse et protectrice envers son enfant.

Grunlek passa auprès de son père qui pour la première fois de sa vie le soutint. Il lui prit les épaules dans ses mains, alors que sa mère l'observait.

« Mon fils, sache que ton père et moi sommes très fiers de toi. Je suis si heureuse que tu es autant grandi. Je suis sûre que tu seras un bon roi. Que tu guideras ton peuple vers de nouveaux horizons. »

Les perles d'eau salé, au goût d'amertume et de regret apparaissaient aux commissures des yeux de Grunlek. L'enfant retenait du mieux qu'il le pouvait ces gouttes d'eau. Ses sentiments qu'il refoulaient depuis quelques années maintenant. Sa mère le sentit. Elle attrapa de sa main valide une des perles des yeux de Grunlek avant de prononcer faiblement :

« Mon fils, n'aie pas peur de tes sentiments. C'est ce qui te permettra d'être plus grand et plus fort. Même si l'hiver est rude, le printemps reviendra toujours. »

Sur ces derniers mots, Hernia soupira paisiblement. Les yeux qui possédaient une dernière lueur de vie s'éteignirent. La main que tenait Grunlek devint molle.

Le fils n'en revenait toujours pas. Cette naine était morte devant ses yeux. Celle qui lui a donné naissance. Celle qui l'a protégé en étant enfant. Celle qui l'a vu grandir. Cette naine si paisible, gracieuse s'éteignait ainsi. Sans qu'il puisse faire quoi que ce soit ?

Le prince ne savait pas quoi dire, quoi faire. Il resta un long moment silencieux, abasourdi par tant de tristesse. Tant de peine. Tant de douleur. Pour la première fois, son père se montra patient envers lui. Il resta immobile, solide comme un roc, le soutenant jusqu'au bout du deuil. Les mains posées sur ses épaules, lui indiquant sa présence. Dans ce silence, Grunlek se réveilla de sa torpeur quand il sentit des gouttes s'écouler de ses joues, ainsi que d'autres sur ses épaules. Il tourna la tête pour apercevoir le visage affligé de son père. Tout aussi détruit par la mort de sa bien-aimée. Difficilement, il ravala sa salive pour oser prononcer quelques mots :

« Fils. Notre vie n'est pas éternelle. Tout comme nous l'a montré feu ta mère. Je resterai présent pour toi, tout comme elle l'a été pour moi. Un jour tu comprendras tout l'amour qu'ont une mère et un père pour leur enfant. Un jour tu comprendras ce que voulaient dire mes mots quand j'avais peur pour toi. Aujourd'hui, il est temps de faire notre deuil. Ensemble. »

Pendant trois jours, un deuil fut prononcé pour la reine Hernia. La ville restait silencieuse. Sombre et triste. À l'intérieur des chaumières, on pouvait entendre les pleurs de certaines familles. Hernia venait d'une modeste lignée d'artisans, le roi avait été séduit par sa gentillesse, sa profondeur d'esprit et son ouverture de cœur. Tout le peuple la connaissait pour ses actions envers eux. Parfois petite, comme offrir des repas aux enfants, ou de grandes actions, avec des grands festivals et de l'aide dans les foyers pour les familles en deuils.

La cérémonie d'enterrement d'Hernia survient après les trois jours de deuil. Toute une assemblée s'était réunie pour se rendre au temple. Là-bas, un rituel allait être fait afin que l'âme d'Hernia puisse reposer en paix.

La famille d'Hernia, du moins les frères qui étaient encore vivants, avaient répondu à l'appel. Le roi et ses frères d'armes avançaient en silence, tout comme le prince et ses amis : Vorm, Lars, Mark et Knerl. Aucun n'avait osé prononcer le moindre mot. Ils avaient juste soutenu leur ami durant le trajet jusqu'au temple.

La cérémonie commença alors. Grise-Barbe attrapa dans une main une bougie pour éclairer le chemin et empêcher les diables et démons de s'emparer du restant d'âme de la défunte. De l'autre, il tenait un bouclier béni auparavant par les anciens afin de les aider à protéger le corps jusqu'à la tombe. Le groupe devait être composé d'une dizaine de nains pour enterrer Hernia, tout devait porter obligatoirement le bouclier et la bougie.

Grunlek resta interdit. Son handicap le bloquait à nouveau. Il n'avait aucun moyen de participer à cette cérémonie. Il ne pouvait pas avancer aux côtés de son père et de ses frères d'armes. Encore une fois, il devait rester derrière. Il ne pouvait même pas dire les derniers sacrements avec les autres. Grunlek retenait ses larmes, avant d'entendre son père dire :

« Vorm, prend la place de Grunlek. Je sais que cela est dur, mais nous avons besoin de quelqu'un pour défendre la reine jusqu'au bout. »

Vorm observa le roi avant de regarder son ami. Le cœur déchiré par cette proposition, l'ami allait refuser avant de sentir le bras de Grunlek se poser sur son épaule. Il leva la tête pour le voir, les yeux embrumés de larmes, murmurant :

« S'il te plaît. Je ne peux pas soutenir ma mère dans l'au-delà. Alors fais le pour moi. Je ne veux pas qu'elle reste bloquée et devienne une âme errante pour l'éternité. Je ne veux pas qu'elle souffre dans ce monde. »

Vorm accepta la proposition. Il attrapa le bouclier de Grunlek et prononça d'une voix douce :

« Soyez rassuré Sire Grunlek. Je veillerai sur elle jusqu'à ce qu'elle trouve le repos éternel. »

Sur ces paroles, la procession avança dans la pénombre, laissant derrière Grunlek sur le bas du temple. Presque tout le groupe était parti pour protéger l'âme, sauf Mark. Étant un nombre suffisant pour la mission qu'il leur a été confié, le roi ne l'obligea pas à participer et lui demanda de rester auprès de son fils.

Là, au pied du temple, éloigné de la ville, Grunlek observa la neige qui tombait du ciel. Il repensait aux derniers mots de sa mère :

« Même si l'hiver est rude, le printemps reviendra toujours. »

Les mots dépassèrent son esprit et prirent place dans le monde réel. Mark l'entendit et s'approcha de son ami. Doucement, il se posta devant lui avant de demander :

« Grunlek, mon ami. Tout ce que tu vis aujourd'hui est difficile. La perte d'un proche est une grande déchirure. Que ce soit à la guerre, de maladie ou de vieillesse. Si tu as besoin de parler, de te confier, de laisser couler tes larmes, je serai là pour t'écouter, te soutenir. Être l'épaule pour recueillir tes larmes. »

Grunlek baissa les yeux vers Mark. Il savait qu'il n'était pas comme les autres. Cet ami-là, était toujours présent dans les moments de doute, de tristesse, de peur pour l'aider. Étrangement, c'était le seul également à avoir des lacunes aux combats alors qu'il n'avait pas de grands défauts dans sa physionomie. En revanche, il était fortement cultivé et appréciait d'écouter et d'instruire Grunlek quand il s'agissait de nouvelles connaissances.

Le cœur en peine, l'héritier s'approche de lui. De son unique bras, il l'empoigna. Sur son épaule, Grunlek déversa toutes les larmes de son corps. Sa douleur, sa peine, ses peurs enfouies tout au fond de lui. Entre les différents hoquets, les petits gémissements, Mark posa sa tête sur la sienne. Il l'entoura de ses bras pour le soutenir, tout en murmurant quelques mots fraternels. Des mots de réconfort, comme il l'aurait fait avec n'importe quel ami.

À l'abri des regards de tous, une accolade fraternelle était effectuée pour réconforter un jeune nain en souffrance. Durant le temps d'attente de la cérémonie.

Après la cérémonie, le peuple nain reprena ses habitudes. Le roi s'attelait de nouveau à ses tâches, les frères d'armes à leur entraînement, les villageois à leurs tâches habituelles. Seul Grunlek restait encore somnolent dans sa chambre, à observer tout ce petit monde s'agitant. Son père ne l'avait pas obligé à reprendre ses fonctions tout de suite et avait même demandé à ce qu'on lui laisse un peu de temps pour accepter cette perte.

Le seul héritage qu'il avait reçu de sa mère était le livre de conte de son enfance. L'histoire de Knark. Le prince ne savait plus quoi penser. Enragé de ne pas avoir pu l'aider, la soigner, et même l'accompagner dans sa dernière demeure Grunlek jeta au sol le livre légué par sa mère. De ce dernier, tomba une lettre. Toujours sous le coup de la colère l'héritier n'y prêta pas attention et continua à déchaîner sa colère contre des objets remplaçables. Coussin, livres, vases. Tous tombaient les uns après les autres dans le sursaut de rage et de tristesse du jeune nain.

L'activité physique et les larmes eurent raison de sa véhémence. Peu à peu, la fatigue l'emporta. Grunlek s'asseya sur le sol, les yeux rougis, le visage triste, l'esprit brumeux. Soudain, son attention se porta sur le petit bout de papier dépassant du livre qu'il avait jeté. Grunlek pensa qu'il s'agissait de sa lettre. Celle qu'il avait caché étant enfant pour rassurer sa mère. Envahi par la nostalgie des années d'enfance, Grunlek attrapa le petit bout de papier. Il retourna la lettre qui était scellée à sa grande surprise. Le sceau portait les initiales de sa mère.

Intrigué, le prince retira la cire et ouvrit l'enveloppe. Il découvrit à l'intérieur une lettre écrite par sa mère.

« Mon cher enfant,

Je suis heureuse que tu as ouvert cette lettre. Je ne sais pas quel âge tu auras quand elle sera entre tes mains, ni si je serais encore de ce monde.

Sache que j'ai bien reçu ta lettre cachée dans ce petit livre de conte. Je suis heureuse de te savoir débrouillard et curieux de la vie. Tu as dû sûrement emprunter les cachettes secrètes. C'est pour cela que je te lisais cette histoire. Pour te permettre de découvrir autre chose que la vie de château. De découvrir le monde dont ta mère vient et rencontrer ton peuple.

Il est vrai que ton père est sévère face à toi. Il a peut-être peur pour ta vie et celle de notre royaume. Mais je ne doute nullement sur tes capacités. Au contraire. Je suis fière de toi. Tu es un nain sensible, volontaire, ouvert d'esprit. Même si ton handicap t'empêchera de mener certaines guerres, elle t'aidera également à aller de l'avant.

Je dois te faire également une confidence, mon cher enfant. Un secret qui a été gardé tout le long de ta vie. Et peut-être après ma mort. Moi, Hernia, a contracté depuis fort longtemps une maladie soit-disant incurable chez les naines. Je m'affaiblis de jour en jour. Mon corps se marque de taches noirâtres que je t'ai cachées sous de beaux habits. Une horrible odeur sort de mes vêtements, que j'inonde de parfum pour que tu ne le sentes pas. Aucun érudit de notre race ne pouvait m'aider. J'avais ouï dire, de la part de certains commerçants, que quelques herboristes humains et elfe auraient pu m'aider. Des connaissances qui vont au-delà des nôtres. Une expédition était prête à être menée. Mais ton père, fort de ses convictions, de ses traditions est apeuré par le monde extérieur à refuser. La mission n'a pas pu avoir lieu.

Ne lui en veut pas Grunlek. Ton père, le roi, souhaite juste aider son peuple. Il pense que le danger et le mal arrivent par-delà de nos terres. Et que rester dans nos montagnes permettra d'éviter les créatures extérieures. De préserver notre population.

Cependant, je pense que tout ceci n'est que le prélude pour la fin de notre race. Nous sommes de moins en moins nombreuses. Nos sœurs meurent.

Je veux te donner la possibilité que je n'ai pas eu : Voir le monde extérieur. Identifier le danger que ton père craint. Devenir un roi juste et équitable. Un roi ouvert à de nouveaux horizons.

Si tu souhaites briser cette tradition, d'acquérir la force que tu espères, je te conseille d'aller aux frontières de nos montagnes, là où la neige est la plus épaisse. Chez Ugryn. Il s'agit d'un alchimiste mécanicien. Il a créé de nombreux outils permettant à des nains comme toi, de retrouver l'usage d'un membre manquant : Bras, Jambes, œil et même un cœur.

Tu trouveras au dos de cette lettre le chemin pour y aller.

Montre-lui cette lettre.

J'espère que cet héritage te sera utile pour ton avenir. À moins que je n'aie eu le temps d'en parler directement avec toi.

Je t'aime fortement mon enfant. Mon cher Grunlek.

Soit libre et fier de tes choix.

Ta mère, Hernia. »

Grunlek relut à deux reprises la missive de sa mère. Les derniers mots qu'elle lui avait laissés. Il observa l'arrière du papier pour y trouver le chemin indiqué vers l'alchimiste. L'héritier observa son bras manquant.

Il avait la possibilité d'être normal. Il avait la capacité de réparer l'erreur de la nature. Et en même temps, la rage avait pris le dessus sur la tristesse. Celle d'apprendre que son père n'a pas tout fait pour aider sa femme. Qu'il craignait le monde extérieur, pire, qu'il l'ignorait en pensant préserver les siens.

Grunlek constata également que les mots de sa mère étaient justes. Il y avait de moins en moins de naines, même d'enfants nains en général. La population vieillissait ou mourait de maladie. Les nains ne voyageaient que très rarement : soit pour réaliser un convoi vers des sanctuaires, soit en tant que commerçant. Ils étaient si peu nombreux que leur existence était aussi incroyable que la présence d'une divinité ou d'un diable parmi eux.

L'héritier savait que son père avait particulièrement peur des humains. De ces hommes et femmes qui vendraient leur âme aux plus offrants. Qu'ils n'avaient rien de bon à offrir à son peuple.

Le cœur de Grunlek était sur le filet d'un funambule. Il hésitait entre les traditions naines pour protéger son peuple et la liberté offerte par sa mère. Son âme étant tiraillée, il alla chercher conseils auprès de ses frères d'armes. En commençant par Larkr et Knerl.

Ces derniers étaient en train de s'entraîner au maniement de leur arme de prédilection quand ils virent le prince. Ils stoppèrent leur entraînement, non sans une pointe de rage pour Lars, avant d'écouter la demande de l'héritier.

« Seriez-vous prêt à accepter de me suivre dans une quête pour découvrir le monde extérieur ? Pour trouver l'origine du mal qui a terrassé beaucoup de naine dans notre peuple ? »

Les deux amis s'observèrent, intrigués avant que Lars ne reprenne la parole et annonça fièrement :

« Notre mission est de servir et rester auprès du roi. Ainsi que de protéger le peuple nain. Je ne vois pas ce que le monde extérieur à avoir avec tout cela. Non. Il vaut mieux rester auprès des siens pour les soutenir. »

Knerl hocha la tête à la proposition de Larkr.

Grunlek les laissa s'entraîner pour entrer dans la bibliothèque. L'endroit où Vorm aimait se cultiver et accroître ses connaissances. À l'approche de l'héritier, Vorm ferma son livre et sourit. Il était heureux de voir Grunlek sortir enfin de sa chambre. D'avoir repris du poil de la bête pour se rapprocher des siens. Une fois l'un en face de l'autre, Grunlek posa la même question qu'à ses deux amis. Le visage de Vorm se figea. Il ferma les yeux et posa son visage entre ses mains.

« C'est juste de la folie. Nous courrions après de l'air. D'un ennemi invisible. Non. Il est préférable de rester ici. Pour protéger les nôtres. Pour assurer l'avenir de ce royaume. Si nous partons, nous pourrions ramener plus de danger. Et puis, votre place est ici prince. Laissez les marchands et mercenaires nains s'occuper du monde extérieur. Occupez-vous de notre peuple. Cette responsabilité vous incombe. »

Grunlek comprenait le point de vue de Vorm. Ils avaient souvent pris les leçons de politique ensemble. De la manière de gérer le pays. Le roi Grise-Barbe voyait en ce frère d'armes, un futur conseiller pour le prince. Il était sûr qu'il pourrait l'aider dans la prospérité du pays. De s'assurer de la survie de ce peuple.

Le prince quitta la bibliothèque en lui promettant de réfléchir. Il se rendit dans sa chambre, l'esprit tiraillé entre cette envie de liberté et son devoir de prince.

Trois coups résonnèrent à la porte, Grunlek invita l'inconnu à entrer. Ce dernier se révéla être Mark.

« J'ai entendu dire que tu étais à la recherche de réponses à quelques questions Grunlek. Veux-tu en parler ? »

Le prince hocha doucement de la tête, invitant son ami à s'asseoir à ses côtés. Il tendit la lettre de sa mère. Mark se mit à la lire, en silence, Grunlek ne le quitta pas du regard. Il cherchait la moindre attitude, réaction de la part de son ami, concernant les choix qui lui était proposé.

Après quelques minutes, Mark posa la lettre dans la main de son ami et dit :

« Tu as envie de découvrir le monde ? »

« Je… J'hésite encore. À la fois, je suis curieux de découvrir le monde. De trouver les réponses à mes questions et voir s'il est possible d'éviter que d'autres dangers venus de l'extérieur menacent notre paix. Mais, comme l'ont dit Larkr, Knerl et Vorm, ma place est ici. À régner auprès des nôtres. De m'assurer que leur avenir dans de bonnes conditions. Éviter d'autres guerres civiles au sein de notre royaume. »

« Je comprends tout cela. Le choix est compliqué. En tant que frère d'armes, je serai du même avis que nos amis. Pourtant, en tant qu'ami, je te demande : Qu'est-ce que ton cœur souhaite ? »

Grunlek posa sa main vers le bras manquant. Ce membre qu'il lui aurait ouvert plus de perspectives au sein même de son peuple. Ce handicap qui lui avait valu le manque de confiance de la part de son père.

« Je voudrais découvrir le monde. Je ne souhaite pas être un bon roi, si je ne connais pas l'extérieur. Je souhaite révolutionner notre manière de penser. De ne pas craindre les forces, mais de les maîtriser. De ne plus nous cacher. »

Mark lui sourit, le prit par les épaules et annonça :

« Je ne pourrais pas t'accompagner, même si cette idée m'enchanterait. Cependant, je vais préparer pour toi le nécessaire pour ton voyage. Je resterai muet jusqu'à ce que tu m'en donnes l'ordre. Va voir ce nain alchimiste. Voit s'il peut t'aider dans la résolution de ce handicap qui te peine tant. Ensuite, réfléchi à ce que tu souhaites faire : Rester auprès de ton peuple, ou découvrir le monde. Peu importe ton choix. Je le respecterai. »

A suivre...