Bonjour, bonsoir à tous, avec un peu de retard voici la suite de notre aventure. ^^
J'espère que cela vous plaira !
Merci à Shueino pour la correction.
Et Merci à Illyrea2429 pour ton commentaire. Et oui, j'adore faire un lien avec les différents personnages. J'espère que tu aimera la suite.
Merci à tous ceux qui suivent cette histoire dans l'ombre.
Bacciolino et cookie à vous.
Chapitre 7 : Le monde Inconnu.
Le temps de la douleur était révolu, depuis quelques années, Grunlek Von Krayn n'était plus considéré comme le prince, l'héritier du trône, mais comme un habitant lambda de ce royaume. La population locale avait connaissance du départ du prince, une sorte de désarroi avait envahi le pays, cependant le roi avait insisté sur les affaires du royaume et qu'il trouverait un descendant digne de cette fonction, en attente que le prince revienne au pays. Les nains racontaient qu'il s'agissait d'un voyage initiatique, que c'était suite à la perte de sa mère, la reine que le prince avait décidé de partir. Seuls les frères d'armes, le roi, l'alchimiste et Grunlek connaissaient la véritable raison.
Pendant environ cinq années, Grunlek était resté auprès de l'alchimiste. Il s'entrainait à utiliser son bras. Il dut réapprendre à marcher : l'équilibre de son corps étant différent avec ce poids supplémentaire, il devait apprendre à l'utiliser pour des tâches quotidiennes : manger, ouvrir une porte, déplacer des objets, tenir une arme.
Petit à petit, jour après jour, Grunlek s'habitua à son bras. Il était fier d'avoir dépassé ses peurs et d'avancer en direction de sa voie, il put également travailler sur la mécanique, de l'alchimie et la cuisine, sans contrainte, sans peur d'être repris sur le fait qu'un nain ne devrait pas être au fourneau.
Il aimait le contact avec les flammes douces qui réchauffaient les petits plats. C'était un peu le loyer qu'il pouvait offrir à l'alchimiste pour le remercier de l'héberger, de lui enseigner le savoir qu'il désirait.
L'alchimiste prenait en note l'évolution du bras mécanique de Grunlek, l'individu appréciait apprendre de nouvelles connaissances, il aimait découvrir les effets qu'ils n'avaient pas prévus, de remédier aux problèmes et d'ajouter à ses notes personnelles les conséquences positives qu'il n'avait pas imaginées.
Cependant, Grunlek était encore poussé vers l'appel du monde extérieur, et l'alchimiste le savait parfaitement.
« Il faudra apprendre à user des pouvoirs de votre bras, pour déployer votre bouclier et user de sa puissance afin de vous rendre dans le monde extérieur. »
Il n'y avait aucune pointe de tristesse dans la voix de cet ami, juste une constatation. Grunlek fut surpris de le voir aussi ouvert à cette idée de laisser partir un porteur de cette magnifique création.
« Je sais que tu avais promis à ma mère de m'offrir ce présent. Je ne sais pas ce qu'elle t'a offert en échange mais si je peux faire quoi que ce soit pour t'aider. »
L'alchimiste l'attrapa par les épaules, il le regarda fixement dans les yeux, avec un sourire joyeux :
« Ne t'inquiète mon petit gars. J'ai reçu bien plus que tu ne peux te l'imaginer. »
Bien qu'il ne soit pas curieux, Grunlek demanda
« Je suis désolé de poser cette question. Mais qu'a offert ma mère en échange de ce bras. Je suppose que cela a dû coûter une fortune, du temps et beaucoup de savoir faire. »
L'alchimiste sourit, il tira d'une de ses sacoches un petit outil pour resserrer les vis d'un mini-golem de fer.
« Ta mère, la reine Hernia m'a offert deux choses importantes pour moi. La première était de te rencontrer et de voir ton évolution avec ce bras. Les connaissances de cette expérience me permettront d'aboutir à des recherches longues et complexes que j'avais entamées quand nous n'étions que des pisses-lait. La seconde… c'est un recueil de mémoire et d'expérience de nos ancêtres disparus, dans le royaume des humains, des elfes, des diables et des dieux. Ces ruines qui sont les marques de notre présence parmi eux, mais qui sont bien souvent ignorées. Toutes ses archives peu étudiées, car nos dirigeants ont peur de ce monde extérieur, que nous soyons tentés par diverses créatures et enclins à des guerres qui feront périr notre race. Si un jour tu reviens vers moi, promets-moi de me décrire en détail les découvertes que tu as faite. Ce sera la seule demande que je pourrais te faire. »
Grunlek avait alors conscience qu'au-delà des sentiments, l'alchimiste était quelqu'un appréciant les connaissances aux plus hauts points, sans pour autant l'utiliser à des fins bénéfiques ou destructrices. C'était une personne neutre, juste un gardien du savoir.
Durant le temps de l'entraînement et de l'apprentissage du combat avec son nouveau bras, Mark lui rendit visite. Il l'aida dans ses exercices et dans la préparation de son futur voyage, à sa grande surprise, Lars était également présent. Non pas pour l'empêcher de s'entraîner, non pas pour le faire revenir à la raison, plus par effet de jalousie et de test. Il voulait connaître l'étendue de puissance de ce bras., comme s'il enviait à nouveau cette position, comme s'il désirait ardemment devenir comme lui, réaliser un désir si profondément ancré en lui, qui transpirait au-delà de ses pores.
Grunlek ne se fit pas prier, il acceptait ses amis tels qu'ils étaient, avec leurs sentiments, leur propre rêve et leur tradition. Tout ce qu'il désirait, c'était qu'on respecte ses choix.
Le départ fut précipité pour le vagabond. Il ne voulait pas s'attarder et risquer de repousser son départ à cause de ses sentiments. Sans aucun bruit, tel un nuage, Grunlek déposa un mot afin de remercier l'alchimiste de tout ce qu'il avait fait pour lui.
Il traversa les monts enneigés, pour se rendre à son sommet, la neige tombait faiblement. Grunlek fut surpris de découvrir dans cet endroit, l'inconnu qu'il avait rencontré il y a des années. Le voyageur releva son sourcil, d'un air interrogateur, avant de demander.
« Que me voulez-vous cette fois, étranger ? Vous savez déjà qui je suis, où je me dirige et sans nul doute la raison de mon voyage. Mais qui êtes-vous et que me voulez-vous ? »
L'étranger à la cape rouge souriait en voyant le nain perplexe. Il observa avec insistance le nouvel appendice de ce dernier, avant de s'exclamer d'une voix claire et audible.
« Je voulais juste vous avertir, prince destitué, que le monde dans lequel vous vous dirigez ne sera peut-être pas aussi tendre que vous le pensez, surtout avec les gens de votre espèce, ils vous prennent pour des créatures sans âmes, ni émotions. Cependant, je ne vous arrêterai pas dans votre voyage, loin de là ! Je souhaitais juste vous avertir que si un jour vous avez besoin d'un allié puissant, d'un maître pour vous enseigner l'art de vivre dans ce monde, je serais présent. Alors réfléchissez à mes paroles, et quand vous aurez besoin de moi, je le sentirai. Et je saurais où et quand vous retrouver. »
Grunlek n'eut pas le temps de protester qu'un vent violent s'anima devant lui. Une bourrasque de flamme enveloppa l'individu et le fit disparaître.
Un peu gêné par ces révélations, Grunlek se promit de réfléchir à cette rencontre. Il n'avait toujours pas toutes les cartes entre les mains, mais il se devait de garder l'esprit ouvert pour toutes sortes d'événements qui allaient se produire.
Le voyage fut long et fastueux pour le prince déshérité. La traversée des monts n'est pas chose aisée quand on est un nain et encore moins quand on est seul, mais Grunlek tenait bon. Il avait juste une seule idée en tête : voir le monde des humains, le monde des elfes et des autres créatures qui le peuple. Un rêve qui se réalisa quand au-delà de la neige, les premières forêts au climat tempéré apparaissaient. Il était désormais dans le Cratère, comme l'appelaient les voyageurs.
Sa première rencontre fut des marchands humains. Des voyageurs qui parcouraient les villes et villages pour vendre différents produits, pour permettre également à ceux qui ont moins de boutiques de pouvoir s'approvisionner afin de faire vivre leur ville.
Après 35 ans d'existence, Grunlek rencontra enfin les créatures s'appelant les humains. Ces personnes humanoïdes, plus grande que les nains, plus fin en corpulence, ayant une espérance de vie plus courte également. Le prince hésita à parler en premier. Il n'avait jamais vraiment réfléchi à la manière de se présenter auprès d'eux. Devait-il cacher son ascendance royale ? Devait-il se faire passer pour un voyageur également ? Ou un autre métier qui lui irait parfaitement ? Il se demandait également si leur système de civilisation se rapprochait du sien ou non ?
Ce fut alors l'un des marchands qui parla le premier :
« Vous êtes bien un nain ? Un de ces êtres mystiques qui habiterait dans les montagnes à chercher des trésors enfouis ? Ces créatures légendaires dont on dit que vous n'avez ni âme, ni émotion ? »
Grunlek eut un frisson en entendant les paroles de cette personne. Il avait annoncé cette phrase avec un ton à la fois froid et hautain, presque méprisant. Comme s'il était une créature inférieure. Le nain voyageur ne baissa pas sa garde, mais ne releva pas non plus toutes les remarques de cet homme. Il annonça simplement avec un grand sourire cette simple phrase.
« Je me nomme Grunlek Von Krayn. Je suis actuellement en voyage pour découvrir votre monde. Je suis un nain mécanicien et cuisinier à mes temps perdus. »
Notre ami reprit la route pour se rendre dans les différentes villes. Il proposa ses services en tant que cuisinier et mécanicien, au début, notre héros reçut beaucoup de remarques et de rumeurs sur sa race. Concernant sa longévité, s'il avait une âme, ou encore si ce dernier avait des sentiments. Les regards pesaient sur ses épaules, des regards voyeurs, peu discrets et bien souvent empli de méchancetés et d'envies, les êtres humains étaient ainsi faits. Afin de ne pas être blessé au plus profond de lui-même, Grunlek changea souvent de villes, pour ne pas souffrir au plus profond de son être et sentir son coeur être brisé en mille morceaux.
Un jour, Grunlek était en train de marcher en forêt. Il repensait à son royaume natal et à son choix. Il se demandait encore s'il avait bien fait. Son père n'avait-il pas raison d'avoir peur de ce monde extérieur. Depuis le début, il n'avait rencontré que des individus envahis par la haine, la colère, la tristesse et la jalousie. Il n'y avait pas réellement de communauté soudée dans la race des humains. Pas comme celle des nains, où tous juraient loyauté à leur souverain. Même si le trône était envié par certains. Les nains n'osaient pas bouger tant que le roi existait.
Grunlek avait 35 ans cela faisait maintenant plus d'un an qu'il voyageait de ville en ville, cherchant de quoi se payer ses frais de nourriture, couchage, vêtement etc…
Il faisait souvent des petits métiers de bricolage ou de cuisine. Parfois même il osait être un aventurier. Même si ce titre avait des consonances négatives aux oreilles du peuple.
Soudain, lors de sa traversée d'une forêt, Grunlek entendit un appel au secours. La voix d'une jeune femme qui semblait être en difficulté. Sans hésiter un instant, le nain se mit à courir vers l'origine de la voix. Il découvrit entre deux arbres, une jeune femme d'une trentaine d'années aux longs cheveux dorés être attrapé par des brigands de grands chemins.
« Allez, laisse-toi faire poulette ! Tu as un beau corps ! Tu devrais nous laisser en profiter. » souffla l'un de ces individus.
Au vu de sa tenue, Grunlek pouvait estimer que la jeune femme est une nomade. Elle avait une peau légèrement hâlée, des yeux d'un vert luisant et des vêtements amples pratiques pour voyager et conserver les nouveaux objets dans des grandes poches.
« Laissez-moi tranquille ! » supplia la jeune demoiselle.
Ni une, ni deux, Grunlek se rendit aux côtés des brigands. Doucement, il se mit à dire :
« Hé vous ! La demoiselle vous a demandés de la laisser tranquille. »
Le brigand se retourna pour observer l'intrus qui avait osé lui parler. Cependant, l'individu avait levé les yeux un peu trop hauts, il n'eut pas le temps de remarquer Grunlek. Le nain chargea son poing pour le fracasser dans les côtes du malfrat.
Le souffle coupé, le brigand tomba à genoux, tandis que ses collègues sortirent leurs armes. Ils étaient prêts à se battre pour savourer le plaisir des chairs. La jeune demoiselle délivrée de l'entrave de l'individu, se posta derrière le nain.
« Je vais en finir rapidement. Attendez-moi là. » soufflait Grunlek en attaquant les brigands.
Heureusement pour le mécanicien, ces derniers étaient fort médiocres. Il ne lui fallut que de deux ou trois coups avec son bras mécanique, ainsi que quelques transformations de cette entité pour les effrayer. Ces derniers partirent la queue entre les jambes, sans demander leur reste.
Une fois la menace écartée, notre ami au bras mécanique s'approcha de la demoiselle.
« Ils ne viendront plus vous importuner mademoiselle. N'ayez crainte. Je me nomme Grunlek Von Krayn. »
La jeune femme attrapa le bras de son sauveur et laissa couler des larmes de joie.
« Merci maître nain. Je me nomme Florence, nomade. »
Le cuisinier appris de la jeune trentenaire qu'elle était venu chercher quelques plantes, à la demande du chef de la tribu. Cette dernière accueillait beaucoup de personnes n'étant pas toujours acceptées dans la société humaine. Il pouvait s'agir de demis-élémentaires pourchassés par les églises. Les demi-diables, ou des personnes sans pouvoirs extraordinaires, mais ayant une apparence inquiétante pour le commun des mortels. Elle proposa au jeune nain de rencontrer le patriarche de sa tribu. Il lui offrit de quoi se rassasier et une protection si nécessaire au cours du voyage. elle lui donna un sifflet, qui lui permettrait d'appeler les nomades si ces derniers sont présents dans la région visitée.
Après quelques semaines de voyage avec ce groupe où il offrit sa puissance mécanique pour protéger les leurs, Grunlek continua son périple seul. Il marcha dans les plaines enneigées du Cratère et rencontra par le hasard de la vie, une nouvelle jeune femme. Surement la trentaine, comme Florence, elle possédait de beaux cheveux blancs comme la neige, ses yeux bleus étaient rougis par les larmes qui coloraient également ses joues. Son visage était également marqué par les traces de la fatigue et d'une certaine maigreur. Elle pleurait le long d'une rivière en attrapant un peu d'eau. Sans hésiter un instant, Grunlek s'approcha d'elle pour l'aider dans sa tâche.
« Bonjour mademoiselle. Je me nomme Grunlek Von Krayn. Vous semblez ne pas aller bien. Voulez-vous que je porte ce seau d'eau pour vous aider ? »
La jeune femme essuya ses larmes et tenta un petit sourire timide, elle le remercia de sa bonté.
« Bonjour maître nain. Je me prénomme Blanche. Merci de votre aide. Cela va m'être d'un grand secours. J'essaye de puiser de l'eau pour soigner mon mari. Il est alité depuis maintenant plusieurs jours. Et j'ai peur pour lui. »
Grunlek accompagna Blanche dans son logement. Il l'aida dans les tâches simples, comme préparer les linges humides, fabriquer quelques décoctions pour le malade. C'était en effet un homme assez chétif, la peau fortement pâle, les yeux cernés observaient le nain, sans aucune méchanceté dans son regard, il avait même accepté dès le début l'aide de ce dernier. On pouvait même lire une sorte d'étincelle indiquant qu'il était rassuré, que sa belle et bien aimée n'était pas seule, il ne sentait pas de rivalité avec Grunlek.
Le cuisinier passa au fourneau à plusieurs reprises pour préparer des petites soupes, certes simple à préparer, mais consistantes. Il offrit cette denrée à Blanche afin que cette dernière ne tombe pas malade., il répéta le processus pendant plusieurs jours. Il cohabitait avec ces personnes pour les aider dans leur quotidien et s'assurer que Blanche n'aille pas au-delà de ses forces.
« Votre Mari ne pourra pas mieux aller si vous tombez malade. Je comprends votre inquiétude Blanche. Mais vous devriez vous reposer. » Entama Grunlek en donnant une écuelle de soupe à son hôte. « Je sais que cela est difficile. Mais je veillerai sur lui. Vous, reposez-vous. Accordez-vous un peu de repos. »
Blanche hocha négativement de la tête. Refusant de s'endormir. Craignant que son mari ne parte dans les bras de la mort pendant son sommeil.
« Blanche. » souffla le malade. « Je ne veux pas… te voir tomber malade aussi. Je t'en prie. Écoute Grunlek. Reposes-toi. Je ne partirai pas ainsi. Aie confiance en moi ! »
Les paroles rassurèrent légèrement la jeune femme qui accepta de prendre sur elle. Grunlek l'accompagna jusqu'à la porte de sa chambre, avant de partir veiller le malade. Le nain comprenait parfaitement le sentiment de cette jeune femme. Il se rappelait de la mort de sa mère. De ce qu'il avait vécu, de ses sentiments.
« Grunlek. Je sais que demain sera ma dernière journée. Je vous en prie. Soutenez ma femme comme vous le pouvez. Je sais que vous devriez reprendre la route bientôt. Mais aidez là à accepter le deuil. Blanche est quelqu'un de très forte. Même si elle a besoin de temps, elle va accepter mon départ, et je ne veux pas qu'elle soit seule. »
Grunlek hocha positivement de la tête. Cet homme qui était au seuil de la mort lui demandait une promesse, certes compliquée, mais pas impossible pour un être comme lui. Il savait que le départ s'approchait, qu'il allait devoir partir pour continuer la découverte de ce monde. Cependant, rester pour accepter le départ d'un proche. Grunlek comprenait ce besoin. Il avait ressenti cette douleur et pourrait soutenir du mieux qu'il le pouvait Blanche.
La nuit parue courte pour notre mécanicien. À l'aube, il alla réveiller Blanche pour l'avertir de ce qui allait se produire. Le malade respirait avec grande peine. Comme son père l'avait fait pour lui, Grunlek soutenait Blanche dans les derniers instants. Les larmes coulaient à flots sur le visage de la jeune femme. Le mari était cependant serein. Il attrapa au creux de ses doigts ces perles d'eau salée. Il chantonna quelques paroles qui avaient séduit sa femme à leur première rencontre. Quand le souffle se faisait plus rare, que la main devenait molle, Blanche approcha son visage de celui de son mari. Avec une grande délicatesse, elle échangea un ultime baiser, mélangé avec le sel de ses larmes. Elle voulait lui faire ses derniers adieux. Que l'âme de son bien-aimé parte le cœur et l'esprit léger.
« Pardonne-moi… »souffla une dernière fois le mourant « … de ne pas avoir pu te donner un enfant. »
« Non, tu n'as rien à te faire pardonner. » pleura Blanche. « J'ai été aimée plus que raison. Merci pour tout, Esther. »
Tel un souffle sur la frêle flamme d'une bougie, l'étincelle de la vie d'Esther disparut. Signe qu'il avait quitté ce monde. Symbole de la fin d'une vie.
Le silence était maître dans la ferme de Blanche. Les larmes essayaient d'être contenues. Avant de partir en un flot de cris et de gouttes.
Doucement, Grunlek referma les paupières de cet être. Il savait que ce moment était difficile, complexe. Il sentait la fragilité de la vie être encore plus intense chez les humains. Ce temps éphémère de leur existence leur permettait cependant également de vivre plus intensément les joies, les douleurs, les pleurs et tout ce qui peuplait leur être. Le nain accompagna Blanche dans cette épreuve, il devient son confident., l'épaule sur lequel, elle pouvait se reposer. Ce n'était pas un sentiment amoureux comme elle l'avait ressenti avec Esther, mais bien, de l'amitié et de la confiance. Quelques jours, quelques semaines se sont passées avant que la cicatrice se referme suffisamment pour laisser le nain partir.
« Je comprends votre décision maître nain. Vous étiez juste venu pour m'aider quand j'étais dans le besoin. Ma porte vous sera toujours ouverte. Je vous suis à jamais reconnaissante de tout ce que vous avez accompli pour Esther et moi. J'espère que les esprits seront avec vous. Que vous trouverez ce que vous cherchez dans notre monde. »
Armé de ses affaires, sac sur le dos, Grunlek reparti en voyage dans les différentes régions du Cratère. Il s'arrêta à bon nombre de villes et villages. Il fit connaissance avec différents types d'individus. Il fit différents métiers, que ce soit de la mécanique, un peu d'alchimie ou alors de la cuisine. Il essayait d'aider au mieux le peuple qu'il voulait découvrir.
Bien sur, il devait faire face aux préjugés de certaines langues de vipères comme : les nains sont radins, ils sont souvent bourrés, ils n'ont pas d'âmes, ni de sentiments, ils aiment vivre dans des grottes. Tous ces mots passèrent au-dessus de la tête du nain. Grunlek ne prêta plus attention à ces paroles d'ignares qui se croient au-dessus des autres.
Pendant des années, il parcourut le monde. Il offrait ses services à ceux qui le souhaitait, il ignorait ceux qui le critiquaient, il encourageait ceux qui l'aidaient. Mais il n'arrivait pas à avoir un fort lien avec les humains, comme si une barrière infranchissable les opposait et les empêchait d'aller au-delà de leurs races, comme si un frein invisible les empêchait de partager davantage de connaissance. Peut-être par la peur de faire souffrir le nain, de la perte d'une amitié avec un humain ? Car la longévité était souvent en cause.
Une trentaine d'années était passée, Grunlek avait souvent retrouvé Blanche et Florence, les seules humaines acceptant d'aller au-delà des -apparences pour apprendre à se connaître, à s'apprécier et à accepter cette amitié. C'est à cet âge où les jeunes femmes deviennent des anciennes pour les jeunes générations, que Grunlek comprend mieux la difficulté de cette amitié. Lui était encore jeune et fougueux, qu'elles étaient plus proches de retrouver la faucheuse.
C'est dans cette période de sa vie, alors qu'il était en route pour retrouver les nomades que Grunlek fit connaissance d'un jeune homme à l'armure blanche. Un léger rayon de lumière l'éblouissait dans la forêt. Un homme d'une vingtaine d'années était en train de combattre des vers de plus de trois mètres de haut, visiblement, le "guerrier" essayait de protéger des voyageurs effrayés, mais les vers étaient fort nombreux. Sans aucune hésitation, Grunlek posa ses affaires au sol et se précipita dans la mêlée. Son bras mécanique en avant, il donna un coup de poing sur l'une de ses créatures, elle recula précipitamment en sentant le contact avec le métal froid.
« Je couvre votre droite jeune homme ! » hurla Grunlek.
« Merci maître nain. » souffla le "guerrier".
Les deux individus continuèrent leur combat et y mirent fin rapidement. Les voyageurs se précipitèrent en direction du "guerrier", les yeux larmoyant de joie et des présents en main.
« Tenez messire Eduard de Silverberg ! Heureusement qu'un paladin de l'église de la lumière était là pour nous sauver ! Tenez pour vous remercier. »
Grunlek ne prêta pas attention aux voyageurs, il retourna chercher ses affaires quand il entendit le paladin répondre.
« Je n'étais pas seul dans ce combat. Vous devriez remercier également ce maître nain. Seul, je ne suis pas sûr que j'aurais eu le dessus sur ces créatures. »
À ces mots, Grunlek sentit le rouge teinté ses joues. Il avait eu l'habitude d'être ignoré et rarement remercié. Le nain se retourna pour saluer ce paladin qui l'avait remercié, un homme d'une des églises, il en connaissait quelques-unes et rarement ces dernières lui ont fait bon écho.
« Pourrais-je vous demander votre nom, Maître Nain ? » demanda Eduard.
« Grunlek. nain mécanicien et cuisinier à mes temps perdus. »
« Ravi de faire votre connaissance. »
Le courant passa rapidement entre les deux guerriers. Eduard partagea sa route avec celle du nain pour aller en direction des nomades. Grunlek apprit que le paladin de la lumière était encore qu'un novice, qu'il devait encore accomplir beaucoup de faits et aller souvent en guerre, qu'il avait un frère aîné, un neveu, un fils et une femme. Mais il voyait rarement sa famille, étant souvent au front ou en mission pour répandre la lumière dans les différentes villes et villages.
N'étant qu'un novice et le benjamin de la famille, Eduard avait des missions bien moins importantes que son frère aîné. Cependant, ce statut ne l'avait jamais gêné, à 25 ans, le jeune homme était déjà bien comblé par la vie. Grunlek découvrit en cet homme quelqu'un d'intègre, d'honnête et droit. Calme et patient, prêt à se battre pour la noble cause, cependant, cet homme avait également des défauts. Il suivait bien souvent les ordres de son église sans chercher la raison qui les pousse à agir. Aussi, pour lui, les démons étaient des créatures malveillantes. Il fallait les éradiquer de la surface de cette terre. Il était un peu plus ouvert d'esprit avec les demi-élémentaires. Les enfants des dieux, comme l'aimaient les appeler ses supérieurs.
Peu de temps plus tard, Eduard et Grunlek retrouvèrent Florence, doyenne des nomades à l'âge respectable de 60 ans, elle était devenue la matriarche de la troupe qui était composée de demi-élémentaire, de créatures hybrides et humanoïdes et que Florence accueillait sans aucun souci. Le paladin avait reçu comme mission de contacter cette troupe de nomade, avec qu'il avait déjà eu affaire. Afin que ces derniers se rangent dans le camp des églises. Depuis quelques années déjà, Eduard jouait les intermédiaires entre l'église de la lumière et cette troupe. Chacun avait ses exigences. Chacun avait aussi son point de vue. Rarement l'église de la lumière laissait une telle négociation en cours, souvent, il tranchait dans la question avec les armes. Mais certains supérieurs trouvaient que du sang avait assez coulé et que d'autres alliés, pouvaient être plus utiles que des ennemis. Surtout si ces derniers étaient des ''enfants des dieux".
Au début, Eduard avait le même état d'esprit que ses supérieurs. Les ''enfants des dieux" étaient des outils pour les êtres humains sans pouvoir. Mais au fur et à mesure des rencontres, des discussions avec Florence, la matriarche humaine de la tribu, il eut un autre regard sur le monde. Un autre regard sur l'église.
« Mon ami Grunlek. Je suis heureuse de vous revoir. Avec comme escorte messire le paladin Eduard de Silverberg . »
Grunlek accepta l'accueil de son amie. Ensemble, le trio discuta des négociations en cours. Grunlek posa son avis sur la question.
« Je crois que vous devez garder à l'esprit que le monde regorge de nombreuses connaissances hors de votre portée. » expliqua le nain. « Je suis justement en voyage pour apporter à mon peuple ce qu'il refuse de découvrir. Si vous restez campé sur vos positions, vous serez comme nous. Cloisonné dans nos traditions, nos règles et notre civilisation vieillie, elle est en train de mourir à petit feu. Ne laissez pas vos portes fermées, découvrez le monde et ce qu'il a vous raconté. »
Les sages paroles portèrent ses fruits, Eduard de Silverberg fut convaincu après avoir entendu l'histoire de ce mécanicien. Grunlek cacha la partie royale de sa vie, il déforma quelques propos pour que l'on ne devine pas son ascendance. Mais dans les grandes lignes, il fit découvrir son peuple aux humains, demi-élémentaires et autres créatures hybrides.
Riche de ses enseignements, Eduard de Silverberg retourna auprès de son église pour apporter le fruit des négociations. Une alliance avec la troupe de nomade. Une protection pour eux. Mais en même temps, ces derniers devront s'occuper des demi-élémentaires et créatures hybrides capables de contrôler leur pouvoir et pouvant être utile à la société.
Grunlek reprit lui aussi la route après avoir marché aux côtés de Florence. Il reprit son chemin vers les forêts et les plaines fraîches de l'hiver. Il voulait revoir son amie Blanche entendre ses expériences et l'aider dans les tâches quotidiennes. Comme il le faisait souvent quand il revenait dans la région.
Sur le chemin, en forêt, Grunlek sentit l'odeur du sang lui titiller les narines. Il vit à quelques pas de lui, des hommes vêtus de tenue sombre. Le visage masqué par un tissu aussi noir que la nuit et portant chacun dans leur main des lames acérées. Ils étaient en train de se battre, contre un homme à la longue chevelure ébène, portant un vêtement large, un style de vêtement qu'il ne connaissait pas. On aurait dit un drap qui était découpé pour laisser de la place à chacun de ses membres. Mais en même temps, lors de son combat, ce tissu semblait voler comme des ailes de papillons.
Le papillon semblait être blessé. Du sang coulait sur son vêtement bleuté. Son visage fin et délicat laissait transparaître des gouttes de transpiration, de la douleur et de la fatigue.
Les êtres parlaient dans une langue que le nain ne connaissait pas, malgré son âge avancé. Cependant, à la tournure des événements, Grunlek comprenait parfaitement que l'homme papillon était en grande difficulté. Sans prendre plus de temps pour réfléchir, Grunlek sortit de sa cachette pour aller devant l'homme papillon.
« Courez ! Je m'occupe de les retenir ! »
Il ne fallait pas dire deux fois à cet homme papillon, il prit rapidement son envol pour se diriger dans la direction opposée de ses assaillants. Ces derniers se préparèrent à le poursuivre en hurlant en langage nain :
« Messire nain, vous devriez vous mêler de vos affaires. »
Grunlek arma son bras et frappa d'un coup sec contre l'un des ninjas. Ce dernier sentit ses os craquer sous l'effet du poing en métal. Il se recroquevilla sur lui-même en gémissant de douleurs.
« Mes affaires sont actuellement ici. Vous allez me dire exactement ce qui se passe. Sinon, vous allez tâter de mon poing. »
« Très bien. Vous l'aurez voulu maître nain. » beugla un second ninja en s'approchant d'une manière rapide. Presque invisible pour le commun des mortels. Il se déplaçait telle une ombre dans la nuit.
Silencieux et efficace, il tira une lame pour la planter non loin de Grunlek, comme pour lancer un ultime avertissement avant de lancer la véritable offensive.
Grunlek n'avait pas vu d'ennemis aussi dangereux depuis bien longtemps. Le danger était présent, il devait faire appel à la puissance de son bras mécanique pour tenter de contrer les attaques de cet adversaire. Si l'homme avait la capacité physique de se déplacer aussi rapidement et discrètement, Grunlek allait quant à lui puiser dans sa nature naine, Forte et résistante comme la pierre. Il déploya le bouclier de son bras, le plaça au niveau de la tête avant de sentir la lame de son adversaire se planter dessus. Sans attendre, il le poussa aussi violemment qu'il le pouvait, contre un arbre. Un horrible craquement résonna dans la forêt. Un cri de douleur, du sang coulant de sa bouche et l'ombre tomba dans l'inconscience.
Grunlek sentait bien qu'il y avait d'autres ombres autour de lui. Combien précisément ? Il ne savait pas. Il était en danger. Il pouvait se faire éliminer. Il voyait d'un coup d'œil rapide des effets de lumière provoqués par les rayons de lumière contre les lames de ses adversaires. Une sorte de code entre eux pour leur plan. Grunlek se tenait prêt à combattre. À résister à nouveau. Quand soudain, toutes les lumières cessèrent.
Un seul individu se posa au sol pour observer le nain.
« Nous vous laissons la vie sauve pour cette fois. Maître nain. L'homme que nous voulions éliminer doit être mort à l'heure où nous parlons. Ses blessures sont trop importantes pour qu'il puisse être encore vivant. Si nous vous revoyons dans nos pattes. Nous serons dans l'obligation de vous éliminer. »
« Je serais prêt à me battre contre vous. » souffla Grunlek, non intimidé par les menaces proférées.
L'individu haussa doucement les épaules avant de partir aussi vite qu'il était venu.
Au pas de course, Grunlek se dirigea vers le sentier tracé de sang. Il espérait que l'individu avait menti. Mais au fur et mesure qu'il marchait dans la neige rougeoyante, il voyait le chemin qu'il prenait habituellement pour rendre visite à Blanche. Il savait qu'elle avait une jeune demoiselle à ses côtés, cependant, il craignait pour leur vie. Et si l'individu était terrifié au point de prendre les jeunes femmes en otage. Il n'avait pas encore rencontré cette jeune Lucia dont Blanche lui parlait. Il courait à en perdre l'haleine, pour voir devant la porte de Lucia une traînée de sang. C'était là que les traces s'arrêtaient, des traces immenses, l'homme devait être dans un piteux état.
Doucement, la peur au ventre, Grunlek entrouvrit lentement la porte. Il prépara à charger l'arbalète si nécessaire. À l'ouverture de la porte, il sentit la douce chaleur de la pièce l'aspirer. Il sentit la douce odeur d'une soupe en train de mijoter. Il entendit une voix féminine qu'il ne connaissait pas encore.
« Ce petit bonhomme est aussi frêle qu'une pucelle ! »
Le franc parlé de la paysanne étonna Grunlek qui ouvrit la porte grandement. La dame rousse s'arma d'une poêle, prête à bondir vers l'intrus qui avait osé pénétrer la pièce.
« Lucia ! C'est mon ami Grunlek. Ne lui fait pas de mal. » souffla Blanche, calme et assise sur son tabouret.
À quelques centimètres du nez du nain, la poêle de Lucia se figea. Elle baissa les yeux, un peu honteuse, avant de ranger son arme de prédilection.
« Excusez-moi monsieur Grunlek ! Je m'appelle Lucia. J'avais peur que ce soit un autre mercenaire, ou un brigand qui vienne prendre notre ferme. »
« Vous n'avez pas à vous excuser mademoiselle. Je comprends que vous souhaitiez protéger votre foyer. J'aurais fait de même à votre place. »
Le nain découvrit allongé dans le lit, l'homme qu'il venait de rencontrer. Inconscient, il avait été soigné visiblement par les deux dames.
« Je suis rassuré qu'il ne vous soit rien arriver. J'ai vu les traces de sang aux côtés de votre maison. J'ai eu peur qu'un drame se soit produit. Mais au vu de la force de Dame Lucia… »
« Appelez-moi Lucia, Grunlek. » souriait la rousse.
« Lucia donc, au vu de votre force, je crois que je ne dois pas m'inquiéter. »
Grunlek resta quelques instants avec les deux hôtes de cette maison. Il parla de ses voyages avec Blanche pendant que Lucia s'occupait du blessé. Autour d'une bonne soupe chaude, Blanche accueillit son vieil ami, ils repensaient à leur passé en commun, Grunlek était rassuré de savoir que Lucia était auprès de son amie, elle qui avait vécu seule, perdant l'amour de sa vie dans ses plus jeunes années, elle qui n'avait pas de descendance. Blanche n'avait eu pour soutien que Grunlek pendant des années. Il parcourait les terres et de temps à autre faisait une halte dans sa ferme. Il prenait des nouvelles, s'assurait qu'elle avait tout ce qu'il fallait. Blanche lui offrait le gîte et le couvert quand il passait dans la région.
« Je dois remplir quelques quêtes dans la région. Je viendrais vous rendre visite prochainement. » expliqua Grunlek en sortant dans la froide neige.
« Attendez Grunlek ! » hurla Lucia.
Le nain stoppa sa marche pour observer la jeune femme chercher dans ses affaires une écharpe. Elle le mit au cou du mécanicien.
« Les journées sont de plus en plus froides en ce moment. Je me doute que vous en avez l'habitude, mais on ne sait jamais. Cela pourra vous servir. »
Grunlek fut ravi de ce présent. Il l'enroula autour de son cou et sourit à Lucia, il la remercia de sa générosité et de sa bienveillance.
Dans la neige et le vent, Grunlek chercha des informations, des traces de passages des assassins qu'il avait rencontrés dans le bois. Il voulait avoir le maximum d'informations concernant cette équipe, afin de déterminer si l'homme pouvait ramener un grand danger à Lucia et Blanche. Il appréciait leur hospitalité, et même si Lucia savait se défendre, Grunlek savait que tout ceci serait insuffisant.
Ces assassins avaient presque le dessus sur lui. Alors qu'il avait de l'entraînement, des armes et surtout de la force. Il aurait pu demander à cet homme plus d'explication. Mais cela n'aurait-il pas mis davantage Lucia et Blanche en danger ?
Grunlek parcourait les villes et villages aux alentours avec cette quête en tête. Il demandait aux commerçants, aux habitants, aux mercenaires, il n'apprit pas grand-chose de ce groupe d'individus. Juste qu'il s'agissait, comme il le pensait à des assassins, qu'ils ne venaient pas de la même région et qu'ils devaient être discret pour ne pas laisser autant d'informations.
Certains aubergistes ont même prétendu que ces assassins étaient souvent au service des plus hautes sphères. Qu'ils tuaient pour gagner leur vie et qu'ils savaient tout sur tout. Après des mois de recherches, Grunlek n'avait toujours rien trouvé. Il retourna dans les bois pour réfléchir.
« Vous avez l'air d'être bien pensif Maître Nain. » souffla une voix familière dans le dos de Grunlek.
Le mécanicien se retourna pour voir face à lui, Eduard de Silverberg accompagné par la troupe de nomade.
« Eduard ? Florence ? Que faites-vous ici ? » s'étonna Grunlek.
« L'église de la lumière m'a demandé de venir jusqu'ici, car un clan que nous recherchons serait dans les parages. Un clan de mercenaire très dangereux. Je suis là pour enquêter et de déterminer si les informations sont justes ou non. »
« Mon clan passe ici à chaque période. Nous ne restons pas longtemps, mais cela aide pour les échanges de marchandises et cela nous permet de gagner quelques pièces. Sur la route, nous avons croisé Messire Eduard de Silverberg et nous lui avons proposé de l'accompagner. Mes enfants et moi nous pourrions vous aider dans vos recherches et toi, mon ami Grunlek. Que viens-tu faire ici ? » demanda sagement Florence.
Grunlek expliqua brièvement ce qu'il avait croisé à son arrivée. Les assassins, l'homme victime, Blanche et Lucia et ses recherches dans les environs.
« Je vois que nous avons la même quête. Il serait plus judicieux de rencontrer cet homme. Il pourra peut-être nous parler davantage. Pourrais-tu nous emmener jusqu'à la maison et demander une entrevue ? » questionna Eduard.
Ainsi, Grunlek, Florence et Eduard se rendirent à la ferme de Blanche. À l'extérieur, assis sur un banc, emmitouflé dans son grand vêtement ample, les cheveux attachés en une longue tresse, l'homme observa les nouveaux arrivants, d'un regard méfiant à leur encontre. Avant de reconnaître le nain qu'il avait rencontré.
« Vous êtes le nain qui m'a sauvé il y a des mois de cela ? » demanda l'homme aux traits fins.
« Je suis Grunlek. nain mécanicien. Nous voudrions vous parler de ce qui vous est arrivé et en savoir plus sur ceux qui vous ont attaqué. »
L'homme se pinça les lèvres, comme s'il désirait ardemment livrer ses secrets, mais à la fois, dans son regard, on pouvait y lire toute la méfiance envers ces personnes. Ce qui était parfaitement logique, il ne les connaissait pas. Pourquoi livrerait-il des informations à de parfaits inconnus ? Soudain, Blanche sortit de la petite ferme, avec une boisson chaude en main.
« Yuki, je viens t'apporter ton infusion et… » commença-t-elle avant de découvrir la petite troupe. « Oh ! Grunlek. Comment vas-tu ? Je vois que tu étais en pleine discussion avec Yuki. Vous voudriez peut-être discuter à l'intérieur. Il fera plus chaud, vous serez mieux installé. »
Avant même qu'Eduard ne puisse se présenter, que Grunlek puisse accorder ses salutations à son ami, Yuki se releva, attrapa la boisson et sourit à Blanche.
« Ne vous inquiétez pas Blanche. Nous allons parler de choses et d'autres puis je reviendrais. Reposez-vous bien au chaud, ma bonne mère. »
Ensemble, le petit groupe se dirigea dans un coin isolé, à l'abri des oreilles et des regards indiscrets. Le dos tourné aux nouveaux venus, Yuki délivra les informations.
« Je me nomme Yuki Kory. J'étais autrefois une sorte de mercenaire. J'étais engagé par de riches personnes pour éliminer les membres discrètement. J'étais le bras droit d'une guilde se nommant : les ombres faucheuses. On me surnommait, le gentleman de Glace. »
Yuki fit une pause dans ses explications. Il se retourna pour voir les réactions de chacun. Il put lire sur le visage de Florence, une certaine compréhension et de l'écoute. Eduard avait les bras croisés en attente de la suite de l'histoire, tandis que Grunlek semblait réfléchir à leur première rencontre.
« Un jour, nous avons rencontré un liseur d'avenir. Il avait annoncé la fin de cette guilde. Que cette dernière serait réduite à néant par un de leur propre membre. »
« Je suppose qu'il s'agissait de vous ? » demanda Eduard.
« D'après le devin, oui. À cette époque, je ne réfléchissais pas à l'avenir. Je vivais jour après jour. Je n'ai pas eu ni d'enfance malheureuse, ni d'enfance joyeuse. Je survivais avec ce groupe. Je le suivais. J'obéissais aux ordres pour le bien de cette communauté. Jusqu'à ce que cette personne leur mette cette idée en tête. »
« Alors les hommes qui vous poursuivaient ?! Ils voulaient vous éliminer ? » questionna Grunlek.
« En effet. Le chef du clan a envoyé de nombreux hommes à ma suite. J'en ai éliminer quelques-uns pour ma propre survie. J'ai commencé à comprendre un peu mieux les mots : cible, victime, proie. »
« ça doit être le comble pour un tueur de se retrouver la proie. » sourit Eduard.
Yuki ne releva pas cette petite pique, haussant légèrement les épaules. Il regarda vers le ciel gris, remplis de nuage cotonneux où devait s'accumuler la neige.
« Au début, je ne savais pas comment je pouvais m'en sortir. Devais-je repartir en voyage, en exil pour éviter que d'autres personnes ne deviennent des cibles. Comme moi. J'ai appris à vivre autrement. À voir le monde sous un autre angle. J'ai appris le véritable sens du mot : "amour". Cela ne rachètera pas mes péchés ! Ni même mes crimes. Je serais prêt à endosser tous les châtiments pour ce que j'ai causé. Mais, j'ai d'avantage peur que les criminels reviennent à la surface et éliminent… ma famille. »
Eduard semblait être ravi de toutes les informations qu'il avait en sa possession. Il allait pouvoir enfin mettre un visage, un nom et peut-être une structure, des éléments pour que l'église de la lumière puisse enfin vaincre ces malfrats. Le paladin allait se préparer à embarquer l'ancien tueur.
Grunlek observa alors Florence. La matriarche s'avança plus vite que le paladin, pour prendre les mains du jeune homme et dire d'une voix douce.
« Vous avez trouvé votre but de vie. Vous étiez une âme égarée. Un être sans avenir. Quelqu'un vous a sauvé et vous voyez le monde différemment. Mes hommes et moi nous allons vous aider à protéger votre famille. »
« Que ! QUOI ! » hurla Eduard aux côtés de Florence. « C'est un tueur ! Mentir doit être sa spécialité ! C'est l'un des membres fondateurs de cette guilde et vous voulez l'aider ! »
« Oui. » répondit simplement Florence.
« Mais attendez ! Vous allez mettre en danger des tas de population juste pour un homme ? J'ai la possibilité d'arrêter ces tueurs et vous voulez encore qu'on les aide ? Qu'on aide quelqu'un dont les mains sont tachées de sang ? »
« Vous aussi, vous avez les mains tachées de sang de démon et autres créatures dites "hérétiques". Parfois même des demi-élémentaires. Et pourtant notre tribu a accepté de vous écouter et écouter la proposition des vôtres. » enchérit la matriarche.
Eduard baissa les yeux, honteux de son passé mais également las de devoir négocier à nouveau avec la dame, aux mots aiguisés. Il leva les yeux vers Grunlek. Dans un soupir il demanda :
« Que feriez-vous Maître Nain dans cette situation ? »
Grunlek réfléchissait à toute l'histoire, à ce qu'il avait vu et les personnes qu'il avait rencontrées. Il connaissait parfaitement Blanche, quand ils les avaient croisés, elle n'avait pas paru être sur la défensive, ni même menacée. Elle était au contraire radieuse et pleine de vie. Comme dans les meilleurs jours où il a vécu avec elle.
« Je pense que l'on a tous le droit d'avoir une seconde chance. Par ailleurs, si les tueurs attaquent de nouveau, il sera plus utile que nous le protégions lui et sa famille. La manœuvre est risquée, mais si votre histoire est vraie, alors ils reviendront tentés de vous éliminer. À ce moment, nous pourrons les attraper et éradiquer à la racine le clan qui sévit. Dans le pire des cas, si Monsieur Kory nous ment, nous savons où le retrouver et nous interviendrons à trois pour protéger la population. »
Ainsi un groupe fut créé pour tenter d'éradiquer un mal qui sévit sur le cratère. Une mission de protection également pour cette famille et les gens habitant dans les alentours. Une union entre les êtres dotés de pouvoirs, l'église de la lumière et un nain. C'était le premier groupe que Grunlek rejoignait.
A suivre...
