Bonjour, bonsoir à vous !
Ca y est, on reprend les derniers chapitres du Golem.
Désolé de cette longue absence.
les deux derniers chapitres seront publiés demain.
Encore mille merci à Shueino d'avoir corrigé cette fiction et à vous qui lisez cette histoire.
Bacciolino à tous !
Chapitre 10 : Le Dernier départ :
Quelques jours plus tard, Grunlek était au pied de l'académie des mages. Il savait que c'était aujourd'hui qu'il devait retrouver Eduard de Silverberg et son petit protégé : Balthazar Octavius Barnabé Lennon. La première vraie rencontre. Les premières paroles que le mage et lui pourront échanger. Les premiers secrets à dévoiler à ce dernier. De lui apprendre qu'il le connaissait depuis bien longtemps, même s'il agissait dans la plus grande discrétion.
Grunlek s'imaginait cette rencontre. Il rêvait que le mage soit quelqu'un de moins dynamique que durant son enfance, peut-être plus réfléchi voire plongé dans ses livres et refermé sur lui-même. Un petit gars timide qui n'oserait pas parler à une jeune demoiselle. Voici l'image que s'était faite le nain durant une partie de sa journée.
Il n'oublia pas non plus Shinddha Kory, il allait également le retrouver plus tard dans la journée. Une fois que les présentations avec Balthazar seront terminées, il pourra entrer dans la forêt pour retrouver Aztragoz. Ils pourront discuter et préparer leur futur voyage, faire plus ample connaissance, il espérait devenir un guide pour le jeune homme. Dans son esprit, il dessinait Shinddha comme étant un enfant plus dynamique, ouvert d'esprit, joueur et fonceur, il se l'imaginait comme étant une boute-en-train qu'il faudrait canaliser. Un esprit vif mais un peu insubordonné. Grunlek se caressa la barbe en s'imaginant le groupe qu'ils allaient former. Une formidable aventure allait se dessiner devant lui.
Notre ami mécanicien avait déjà cherché quelques quêtes faciles pour des aventuriers débutants. Il en avait sélectionné une en particulier, rechercher un artefact, perdu au fond d'antiques catacombes envahies de troll et de gobelins. Cela pouvait paraître compliqué pour des novices, mais Grunlek connaissait déjà les créatures. Il savait également comment aider les plus jeunes et surtout leur permettre de faire leurs premières armes. Il serait là pour les accompagner et non pour les ralentir. L'objet était un manuscrit très ancien, permettant d'avoir la propriété de certaines terres, c'était l'un des descendants de cette famille qui souhaitait la récupérer. Malheureusement, n'étant ni aventurier, ni mercenaire, il avait laissé cette quête dans une taverne afin d'attendre la réponse d'aventuriers prêts à l'aider. Les terres n'étaient pas nombreuses et le terrain plutôt agricole, il n'y avait donc pas d'intérêt pour un aventurier de conserver ce document. Par ailleurs, la récompense était assez médiocre et nuls aventuriers n'auraient accepté quelques vivres contre une telle aventure, sauf Grunlek.
Le soleil était bien haut quand le nain se posa non loin de l'académie des mages. Il observa la bâtisse imposante, il ne connaissait pas assez son histoire, ses origines, ni même sa structure. Notre ami nain connaissait uniquement quelques discours de la part de mages bannis, reconverti en aventuriers, ou de quelques élèves en voyage scolaire. Il avait cru comprendre que les connaissances enfermées à l'intérieur étaient impressionnantes, que personne à l'extérieur ne pourrait avoir accès à autant de connaissance dans un seul lieu. Certains ouvrages étaient interdits, d'autres anciens. Il paraîtrait même que les Églises et les chercheurs à l'intérieur de cette école s'écartaient un peu de l'éthique morale pour progresser dans leur recherche. D'après les rumeurs, les églises viendraient récupérer en secret certains demi-élémentaires, ou enfant des dieux pour se servir d'eux, d'autres racontent que les mages s'allieraient avec les diables pour donner vie à leur engeance et de les manipuler par la suite pour avoir plus de pouvoir. La plupart des humains mettent 10 à 12 ans pour commencer à émettre une petite étincelle de leur doigt, faire pousser un petit bourgeon en une journée, glacé la surface de l'eau en une fine particule ou créer un courant d'air faisant voler quelques feuilles de papier.
Parmi ces membres de l'académie des mages, les plus jeunes étaient bien souvent des nobles. Des gens fortunés qui avaient besoin de connaître la magie pour se défendre, pas les aînés bien sûr, plus les cadets, qui devaient servir leur frère aîné ou partir à la guerre à distance.
Et parfois, parmi les jeunes enfants il y avait des demi-élémentaires, des demi-dieux et des demi-diables cachés dans le lot, il n'était pas bon d'avouer être un demi-diable dans l'enceinte de cette école, sous peine d'être réduit au rang de cobaye pour expérience aux professeurs et aux élèves.
En règle générale, les élèves devaient rester entre 20 et 30 ans pour acquérir réellement tout le potentiel de leur pouvoir. Bien souvent, ils continuaient leurs recherches à distance et revenaient régulièrement à l'académie afin de consulter les grimoires et autres objets magiques.
Tandis qu'il ressassait les informations dans sa tête, Grunlek senti son bras mécanique vibrer, comme s'il était attiré par une puissance incroyable. Une énergie développée au maximum de ses capacités, un pouvoir étrange et froid qui ne se dissimula pas. Grunlek regarda en direction de cette puissance et aperçus un léger trait bleu marine passant à côté de lui. Il eut à peine le temps de tourner la tête que le trait sauta par-dessus les gardes et grimpa à une haute fenêtre dans la tour des mages. Le nain se douta qu'il s'agissait de Shinddha Kory. Après tout, les nomades et autres ninjas n'auraient pas agi de la sorte en plein jour, sans masquer un peu leur magie.
Aussitôt Grunlek s'imagina deux scénarios, soit Shinddha Kory avait perdu la raison et s'était rendu dans un endroit où il risquerait de devenir un sujet d'expérience, soit un grave accident a eu lieu dans la forêt.
Rapidement, le nain attrapa ses affaires et courut vers la forêt.
La peur se lisait sur les traits tirés par l'effort de l'exercice physique. Le nain entendait les hurlements d'une créature horrible et menaçante, un cri qu'il n'avait eu que peu l'occasion d'entendre. Il sauta au-dessus des branches au sol, faisant attention à ne pas tomber. Il prépara son bras mécanique à sa puissance maximale pour tenter d'aider quiconque serait en danger. Il avala difficilement sa salive, la crainte de perdre un autre ami était présente dans son esprit. Il ne voulait pas perdre Eduard, il ne voulait pas voir le jeune Balthazar se faire déchiqueter également, il devait être au plus proche d'eux. Il pouvait agir cette fois contre la mort, il n'allait pas rester un spectateur, comme lorsqu'il avait assisté, impuissant, à la mort de sa mère, comme lorsqu'il était arrivé trop tard pour la famille Kory, qu'il avait été absent pour les derniers moments avec Florence. Il ne voulait pas reproduire la même erreur. Il voulait être présent. Prêt à se défendre et à aider.
Malheureusement, à son arrivée, il était déjà trop tard, Grunlek assista à une terrible scène. Il vit Eduard de Silverberg subir l'assaut d'un terrible dragon noir, pour protéger le jeune mage, son armure était brisée, il vola au loin sur le tronc d'arbre qui entravait le pyromage, incapable du moindre mouvement, Grunlek resta silencieux, figé par l'horrible spectacle auquel il venait d'assister. Le cri du mage pesait sur les épaules du nain, il revoyait son passé avec cet humain, cet être fragile, de sa rencontre, la formation de leur groupe, les doutes et les faiblesses d'un humain. Les pleurs partagés avec cet homme à cause de la perte d'être cher. L'espoir d'un futur auquel il ne pourra jamais assisté, des souhaits et des espoirs qu'il ne pourra jamais transmettre.
Le cri de la bête sorti Grunlek de sa torpeur, il remarqua que la créature était prête à assainir un coup ultime sur le mage. Grunlek tenta une avancée éclair vers ce dernier. Il forma de son bras mécanique un bouclier, plus grand que d'habitude. Il s'élança le plus rapidement possible vers ce petit, pour le protéger, pour lui offrir ce que le paladin voulait lui montrer, de tenir cette promesse, au moins une, à celui qui n'est plus.
Il poussa un hurlement pour aller vers ce mage. Il se rappelait quand ce dernier n'était qu'un bambin, qui lui avait tiré la barbe. Un petit garnement de première. Grunlek ne voulait pas souffrir à nouveau de la perte d'un autre être cher, il avait failli perdre Shinddha une première fois, il l'avait laissé mourir, heureusement pour le jeune enfant, les Élémentaires l'avaient entendu et l'avaient secouru. Mais une telle chance ne pouvait pas se reproduire deux fois.
Grunlek vit la gueule du dragon qui se rapprochait d'une manière trop rapide. Il sentait que ses forces n'étaient pas suffisantes pour aller au-devant du danger, il était également trop petit pour sauter au-dessus du tronc et devenir le bouclier. Les larmes coulaient sur le visage du mécanicien conscient de sa faiblesse, il redevenait le pisse-lait unibrassiste qu'il avait été auparavant. Incapable de se défendre.
Heureusement, le jeune mage était sauvé par ses professeurs usant de leur pouvoir pour former une immense main de pierre. Heureusement, les nomades étaient à proximité pour récupérer la dépouille d'Eduard, le ramenant au plus proche de l'église de la lumière. Grunlek était affalé derrière un arbre, à l'abri des regards de tous, épuisé aussi bien physiquement que moralement, il ne se sentait pas capable de venir soutenir les deux jeunes avec qui il devait faire la route.
Il se sentait coupable d'être en vie, de ne pas réussir à sauver encore une fois un proche, un partenaire, une personne capable de corriger sa manière de penser et possédant une grande ouverture d'esprit. Grunlek venait de voir son dernier rail du passé s'envoler comme le vent, il ferma les yeux, écoutant les pas des nomades s'éloignant du combat. Il restait attentif à la disparition des mages. Il resta silencieux pendant des heures, avant de sortir de sa cachette et tenter de reprendre le cours de sa vie, de repartir en voyage.
Il ne se sentait pas digne d'aider Balthazar et Shinddha, pas digne de leur confiance. Il préféra continuer sa route en solitaire, le temps d'accepter une telle perte, d'accepter sa culpabilité, d'accepter sa faiblesse.
C'est le cœur affligé de tristesse que le nain disparu des regards des deux jeunes et de tous ceux qui l'avaient connu dans cette contrée.
A suivre...
