Disclaimer : Les personnages qui apparaissent ici sont la propriété exclusive des studios Square Enix et Disney.

Note : Surprise ? Ca fait longtemps mais j'ai 500 mots de surplus pour me faire pardonner, pas d'excuses pour le titre et que j'arrive enfin, bientôt, à la scène que je veux. Merci à Yu pour la WW, et à Lae pour sa review sous le chapitre d'avant ! Je sais définitivement pas où je vais avec ce truc, mais j'y vais. J'espère aussi qu'aucune des personnes qui me lit n'est médecin, sinon, paix à mon âme. Bonne chance pour cette nouvelle année scolaire à celleux qui luttent !

Le thème du 1 avril était : Vis à vis

Bonne lecture !


Faire front

"Donc c'est vous, le père de Roxas ?"

Axel reprend lentement son souffle, avant de plisser les yeux. Saïx le regarde pousser sans grâce ses affaires à ses pieds et sans doute qu'il repère vite, trop vite, le tic anodin qui agite la mâchoire de son ex-mari. Leurs regards s'accrochent, se retirent, échouent sur le même rivage pour mieux contempler la médecin qui les questionne avec un air crispé. Évidemment. Maintenant que le vrai père est arrivé, les choses ne peuvent pas ne pas bien se passer.

"Je serais pas là, sinon."

Le rouquin répond du tac au tac, ce ton souple qu'il utilise invariablement pour expliquer aux enfants quand il est en colère. Ce ton effrayant quand il manipule. Changeant, attrayant. Presque diplomate. Mais le bleuté n'est pas dupe. Il est bien placé pour savoir que l'accalmie, chez Axel, ne dure jamais longtemps.

"Je peux avoir la réponse à ma question ?"

Un bref raclement de gorge. Saïx ne dit rien quand il se rend compte que la femme ne regarde plus que son ex au milieu du tableau. Il n'est même pas certain qu'elle le fasse exprès.

Il ne dit rien non plus en se reculant pour aller vérifier si Xion dort toujours dans sa poussette.

Il n'ajoute pas un son tandis qu'elle résume la situation à Axel de sa voix toute professionnelle, les doigts croisés sur la table. Roxas a besoin d'eux. Il n'envenimera pas les choses par excès de fierté – les enfants leur pardonnent, ils ont déjà suffisamment tiré sur la corde au moment du divorce.

Il continue de se convaincre qu'il prend la bonne décision en songeant qu'il jalouse secrètement le rouquin arrivé en dernier. Les mots qui résonnent dans sa tête ont la chaleur de son timbre, les modulations de sa voix, mais rien d'agréable. Le poids de sa rancune accentue encore ses aigreurs d'estomac.

Axel ne le défend pas, peu importe l'attaque. Il le faisait, avant. Quand leur relation n'était pas encore parsemées de murs hauts et barbelés comme les frontières du Mexique, quand l'horizon était encore visible depuis la fenêtre de leur appartement. Un deux pièces confortable en centre ville, sans vis à vis. Quatre coudes sur la rambarde et des litres de café à jeter sur les cons.

"Votre ami m'a dit que la mère de Roxas n'avait rien. Et de votre côté ?"

— De l'asthme, quand j'étais gosse.

— Et vous fumez ?"

Saïx examine ce que la blonde note. Un diagnostic rapide, à la hauteur du dédain qu'elle commence à lui inspirer. "Risque de bronchites asthmatiformes dû au tabagisme passif."

Cette fois, il a du mal à retenir son soupir de mépris.

"C'était bien la peine de nous interroger sur un phénomène récessif."

Axel pivote dans sa direction. Il se penche pour lire le papier à l'envers. Quand il relève le nez, Saïx détourne le menton. La médecin pince les lèvres. Son air jovial a totalement disparu.

"Écoutez, je dois envisager toutes les possibilités. Il en va de l'équilibre de l'enfant. De toute évidence, quelque chose l'a perturbé. Les facteurs environnementaux..."

Il le remarque avant elle, le feu dans l'expression d'Axel. Son calme qui fond comme neige au soleil. Ces deux mots, il les ont tellement entendu. C'est comme une tique glissée sous la peau, dans la bouche des voisins, de leurs collègues, des parents à la crèche.

Perturbation, et équilibre. Comme si la balance harmonique de l'univers allait se casser la gueule parce qu'ils avaient choisi d'élever des gamins.

"Saïx vous a filé toutes les infos nécessaires, je clope, j'ai fait de l'asthme, c'est probablement aussi le cas de Rox, je devrais arrêter, on est content de le savoir et maintenant on va aller récupérer sa ventoline et être de bons parents alors venez pas nous poncer les couilles avec vos histoires d'équilibre.

— Axel."

Il ne devrait pas songer comme ça lui plait, soudain, de le voir se ranger de son côté. Il devrait lui dire de se calmer, que ça ne changera rien, que cette pauvre femme n'a rien fait de mal.

Il reste immobile.

"Notre gosse a avalé un truc qui l'a rendu malade, y'a de quoi le perturber, ouais."

Le rouquin se lève. Même penché de tout son long sur son interlocutrice, il dépasse son petit monde de vingt bons centimètres.

"Mais des facteurs environnementaux ? Vous parlez du tabac, de son régime à base de conques ou du fait qu'il a pas de mère ?

— La consultation est finie, votre enfant va bien, je vais vous demander de sortir."

Le corps d'Axel plonge en avant, et Saïx profite du flottement qui s'installe pour stopper net le geste griffu qu'il n'a pas amorcé. Ses doigts se referment sur son poignet, l'attirent en arrière pour le forcer à se rassoir sur sa chaise. La gravité l'entraine avec un craquement lourd, et le bruit de ses dents serrées résonne dans la pièce comme une douce mélodie.

Quelque chose a changé dans l'attitude de la femme en face d'eux. Son masque se craquèle, son parfum tourne aigre. Elle a peur. Et pour la première fois depuis longtemps, le bleuté sent qu'ils sont deux prédateurs face à leur vis-à-vis.

Pour le meilleur, et pour le pire.

"Axel, calme-toi."

Il s'extirpe de sa chaise, tire la poussette à lui avec cette attitude qui indique qu'il prend les choses en main.

"Il nous faudrait une ordonnance. Pour la ventoline."

Le rouquin lui jette un regard dégoûté. Pâle, la femme rédige et signe avant de leur donner les dernières recommandations. Elle ne touche pas la main de Saïx en lui donnant l'ordonnance, et Axel réalise qu'elle le regarde sûrement pour la première fois depuis le début de leur conversation. Ses grandes mains touchent son coeur tandis qu'elle les escorte jusqu'à l'étage des soins.

"Et maintenant ? Axel demande, les yeux rivés sur le panneau luisant de la salle de réveil."

Saïx soupire. Il sait qu'il n'est pas le seul à sentir ses organes remonter dans sa gorge en se laissant tomber sur un des sièges en fer. Axel se ronge les ongles comme si toute la frustration du monde s'échappait de ses mains. Il jure, shoote dans son sac, se prend les pieds dans les lanières.

Bientôt, ils devront parler.

"Maintenant, on attend, Saïx répond. Roxas va bien.

— Roxas va bien, le rouquin répète, sans trop y croire. Roxas va bien."

Sa voix craque. Et c'est comme un mantra qu'ils se répètent ensemble, alors que leur mains se rejoignent sur le tissu souple du sac à langer.