CHAPITRE 2 : Quand le sort s'acharne

Une fois le petit-déjeuner terminé, les différents membres de l'équipage partirent vaquer à leurs occupations respectives. Nami laissa la barre en toute confiance à Jinbe, qui avait nouvellement rejoint leur joyeuse bande de pirates complètement délurés. Elle appréciait énormément le côté posé et réfléchi de l'ancien Shichibukai, et ses talents de timonier forçaient le respect. Sa présence était un réellement soulagement pour elle. Enfin un autre adulte réfléchit (autre que Robin et elle) à bord de ce navire de dingues !

Son crétin de petit-ami avait certainement dû rejoindre sa tanière, tout en haut du mât principal, comme à son habitude. La jeune femme pesta dans sa barbe tout en se dirigeant vers la bibliothèque pour ensuite gagner la salle de bain. La journée avait certes, mal commencé, mais cela ne signifiait pas fatalement qu'il allait en être ainsi jusqu'au coucher du soleil. D'ailleurs, un bon bain bien chaud l'aiderait à l'améliorer. Cependant, à peine arriver devant la porte, Franky fit irruption devant elle, bloquant l'accès avec son corps surdimensionné. Nami temporisa ses ardeurs malgré le fait qu'elle ressentit un vif agacement.

- Oi frangine ! Où comptes-tu aller ?

- En quoi ça t'intéresse ? grommela-t-elle de mauvaise humeur.

Peut-être était-elle un peu trop brutale ? Franky ne lui avait rien fait et s'il lui posait cette question, c'est qu'il avait une bonne raison derrière.

- Je vais prendre un bain, fit-elle plus calmement.

En dépit des apparences, le cyborg, qui faisait deux fois sa taille, se mit à regarder nerveusement autour de lui et une petite goutte de sueur perla sur son front. Quelque chose lui disait qu'elle n'allait pas aimer la suite.

- Ça va pas être possible sœurette.

Nami posa une main sur ses hanches et le toisa du regard.

- Comment ça ? demanda-t-elle avec une lenteur exagérée.

Le charpentier commença à se dandiner, visiblement mal à l'aise.

- Je dois réparer une canalisation et j'ai dû couper l'eau pour ça. Mais ça sera vite fonctionnel ! disons dans une heure ou deux.

La jeune femme se pinça l'arête du nez, entre son index et son pouce.

- Tu peux fabriquer un pont en bois en deux minutes… mais réparer une canalisation ça prend deux heures ?

- Eh bien… c'est qu'il faut que je…

Le pauvre. Franky était en train de suer à grosse goutte. Elle essaya de relativiser et de ne pas céder à l'énervement. Ce n'était pas si grave que ça, elle pouvait repousser ses ablutions à plus tard. Le pauvre Franky attendait toujours sa réaction avec un peu d'appréhension. A croire qu'il la prenait tous pour un monstre. Ce que ça pouvait l'agacer par moment ! Cependant, la navigatrice força le coin de ses lèvres à s'étirer vers le haut.

- Ce n'est pas grave, Franky, assura-t-elle d'un ton jovial un peu forcé.

Ses yeux ronds s'écarquillèrent légèrement sous la surprise mais le sourire de la jeune femme finit par le convaincre et le charpentier se détendit immédiatement, adoptant sa pose fétiche.

- Je vais finir SUUUUPER rapidement !

- Oui, oui, soupira la rouquine avant de tourner les talons.

Maintenant, le tout était de savoir ce qu'elle allait faire. Ce n'était pas franchement amusant, mais il y avait toujours la corvée de linge à étendre. D'extérieur on pourrait dire que c'était assez sexiste, car il n'y avait que Robin ou elle qui se chargeaient de la partie blanchisserie. Cependant, la raison était plus simple qu'une histoire de discrimination misogyne. C'était qu'au moins avec l'une des deux, elle était sûre que c'était bien réalisé. Ussop avait tenté de se rendre utile une fois, et avait mis de l'eau trop chaude sur les vêtements, ce qui les avait fait rétrécir, et autant elle aimait porter des trucs courts, autant il y avait des limites à ne pas dépasser. Sanji aussi s'était proposé de faire ces « tâches ingrates » pour que ses princesses puissent se reposer… le pauvre avait fini en P.L.S devant la machine à laver, des petites culottes et des soutiens-gorges pleins les mains. Que dieu lui en soit témoin, Zoro s'y était essayé et avait versé le baril entier de lessive, ce qui avait presque noyé le Merry (à l'époque) sous une avalanche de mousse. Ne parlons même pas Luffy qui avait mis sa veste rouge préférée avec des vêtements blancs….

Voilà pourquoi, avec un équipage de bras-cassés, les femmes se retrouvaient à s'occuper du linge. Nami s'approcha de la buanderie et remarqua avec étonnement que la porte n'était pas tout à fait fermée. Elle entendit de mouvement à l'intérieur et son esprit l'associa immédiatement à Robin, bien qu'elle croyait l'archéologue en train de lire dans la bibliothèque.

- Robin ! laisse-moi t'aid…, commença la jeune femme en poussant la porte.

Cependant, elle ne put finir sa phrase, sous le coup de la surprise. Elle resta interdite quelques secondes, le temps que son esprit assimile la vision devant elle. En effet, à la place de ce qu'elle pensait être Robin, se trouvait une grande silhouette sombre, toute élancée, en haut de laquelle se dressait une coupe de cheveux afro ainsi qu'un haut-de-forme noir.

- Brook ?

Le squelette qui lui tournait le dos, s'était figé instantanément et tourna lentement la tête vers elle.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Demanda Nami.

Toutefois, la réponse lui sauta aux yeux lorsque ceux-ci se posèrent sur les mains du musicien. Entre ses doigts osseux une de ses nuisettes baby-doll, celle noire et rouge, toute en dentelle et en transparence qu'elle réservait généralement pour des moments intimes avec Zoro. Une teinte rose nappait ses os blancs au niveau de ses joues. Nami remarqua également qu'un bout de tissu dépassait de l'une de ses poches et, plissant des yeux, elle réalisa qu'il s'agissait de la petite-culotte qui allait avec l'ensemble. Et on dirait que ce n'était pas la seule. Alors voilà pourquoi il lui manquait des sous-vêtements depuis quelques temps !

- Na… Nami-san…, fit-il avec effroi.

Oh oui, il pouvait être effrayé ! La jeune femme ferma la porte derrière elle et leva lentement son poing Le pauvre squelette pâlit encore plus, alors qu'il voyait pour la deuxième fois la mort se profiler devant lui. Elle s'appliqua à lui faire passer un sale quart d'heure et à faire rentrer dans son crâne vide de ne plus jamais remettre les pieds dans la buanderie. Le musicien ressortit un peu plus tard, tout penaud, sa coupe afro ayant presque disparu sous les multitudes de bosses roses qui fleurissaient sur sa tête.

Un frisson lui traversa l'échine. Elle n'en revenait pas que ce vieux pervers ait osé fouiller dans la panière de linge propre pour lui voler ses sous-vêtements. C'est vrai qu'il lui demandait souvent de les voir… mais de là à en voler ! On montait d'un cran dans la perversité. Soudain, elle espéra qu'il s'en prenait qu'au linge propre…

- Brrgg…

Un nouveau frisson de dégout la traversa. Elle allait pouvoir les relaver, sait-on jamais ce qu'il avait pu faire avec. Si seulement Franky n'avait pas coupé l'eau, elle serait montée en quatrième vitesse pour se laver de cette vision. La jolie navigatrice du Sunny sentit son énervement monter d'un cran et elle se souvint des conseils d'un magazine qu'elle avait lu il n'y pas longtemps.

La colère était mauvais pour la santé, elle pouvait nuire au capital beauté et contribuait à faire vieillir plus vite. Le rédacteur de cet article ne devait pas savoir ce que c'était que de vivre à bord d'un navire rempli d'idiots. Bref. Il y avait quelques conseils pour aider à gérer sa colère et l'un d'eux consistait à visualiser une petite jauge au-dessus de sa tête, avec quatre couleurs pour les différents seuils (vert pour le calme, jaune pour l'agacement, orange pour l'énervement et rouge pour la colère), tout cela afin de mesurer son agacement. C'était censé la forcer à garder un niveau de maitrise de soi en faisant en sorte que la jauge ne dépasse pas la couleur jaune. Malheureusement, celle-ci montait progressivement depuis ce matin, avec quelques pointes dans la zone orange, mais elle restait encore raisonnablement en zone jaune. Si elle pouvait la garder ainsi jusqu'à la fin de la journée, ce serait déjà un exploit.

D'ailleurs, il y avait bien quelque chose qui pouvait la relaxer, autre qu'un bon bain, en plus cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas fait. Nami termina rapidement sa corvée de linge, puis alla récupérer les outils dont elle avait de besoin, à savoir un sécateur et un panier en osier, puis se dirigea vers le pont supérieur. Les mandariniers de Bellemer qui se profilaient derrière le mât se portaient à merveille.

Le vent marin venait caresser leurs feuilles et les faisaient frémir doucement, emportant avec lui cette légère odeur d'agrume si caractéristique mélangée à la douce fragrance des fleurs de Robin qui poussaient non-loin. Une multitude de notes orangés pointaient à travers le feuillage vert sombre et appelaient à être dégusté. Ce n'était pas souvent qu'elle s'autorisait à prélever quelques-uns des précieux fruits de ses arbres vénérés, mais aujourd'hui, elle avait désespérément besoin de ce côté régressif qu'ils pouvaient lui apporter. Sanji avait acheté du canard à leur dernière halte sur une petite île relativement tranquille, et désormais, l'idée de manger un délicieux canard à la sauce mandarine façon Belmer la faisait saliver. Peut-être pourrait-elle demander à leur cuisinier de réaliser en plus un dessert, tel qu'un fondant à la mandarine ? Oh, et pourquoi pas accompagné d'un granité mandarine ?! Cela lui semblait divinement bon.

Sa bonne humeur s'assombri tout à coup et elle soupira de lassitude. Ils étaient sortis de table il y a peu, et tout ce à quoi elle pensait, c'était manger à nouveau. C'était fou à quel point la nourriture l'obnubilait ces derniers temps… si ça continuait, elle ne rentrerait plus dans ses pantalons, shorts et autres jupes. Une nouvelle brise porta jusqu'à ses narines la fragrance sucrée des fruits juteux et son estomac se mis à grommeler doucement. La navigatrice se figea un instant, sentant le rouge lui monter aux joues et elle s'empressa de regarder autour d'elle, pour voir si l'un de ses nakamas avaient entendu. Heureusement, elle était seule sur le pont supérieur et elle n'entendit aucune moquerie dans les secondes qui suivirent, donc tout allait bien.

Son curseur imaginaire augmenta légèrement d'un cran, sans pour autant franchir le seuil de la zone orange. Pestant contre ses envies soudaines, Nami s'empara vivement du sécateur et commença à sectionner les fruits bien ronds pour les placer dans son panier. S'occuper de ses mandariniers lui vidait l'esprit et l'apaisait d'une façon étonnante. C'était un peu comme si l'âme de Belmer les suivaient et veillait sur elle.

La jolie rousse s'arrêta une seconde et leva les yeux vers l'immense ciel d'un bleu azur. Est-ce qu'elle pouvait la voir de là-haut ? Si tel était le cas, il y avait fort à parier qu'elle l'observait, les bras croisés avec son sourire en coin et la fierté qui emplissait ses yeux. Une femme à la force et au courage incroyable qui n'avait pas hésité une seconde à adopter deux gamines orphelines, et les élever sans l'aide de personne. Nami se rendait compte aujourd'hui de l'importance du choix qu'avait fait sa mère adoptive, et même s'il y avait eu des moments difficiles, elle avait toujours fait passer le bonheur de ses filles avant tout. Quitte à donner sa vie pour elles.

La jeune femme se demanda soudainement si elle en serait capable un jour. Si elle serait capable d'être à la hauteur et d'être une mère aussi aimante et attentionnée que Belmer. Elle voulait vraiment y croire, mais le doute subsistait, même si elle avait eu un excellent exemple. Tout à coup, une légère brise souffla, décrochant une feuille de l'arbre et celle-ci virevolta pour venir se poser sur sa joue. Le contact froid la surprise et, de ses doigts fins, elle retira la petite feuille verte. Était-ce un signe de Belmer pour lui dire que tout irait bien ? Un sourire d'une infinie tendresse illumina ses traits alors qu'elle détaillait l'objet entre ses doigts avant de reporter son regard vers le ciel.

- Merci Belmer, souffla-t-elle.

Sa bonne humeur nouvellement revenue, Nami se remit à délester les mandariniers de leurs précieux fruits, allant même jusqu'à siffloter distraitement. Même si elle ne pouvait les voir, les exclamations joyeuses de Luffy, Ussop et Chopper lui parvenaient depuis le pont principal alors qu'ils s'amusaient à une sorte de balle au prisonnier. Après tout ce qu'ils avaient vécu, et surtout après les évènements de Wano Kuni, elle était toujours aussi surprise de constater que cela n'influait pas sur leur insouciance. En un sens, c'était rassurant. Ils surmontaient les épreuves en sortant plus fort mais sans les changer profondément.

Le panier fut plein rapidement et elle allait pouvoir apporter les fruits à Sanji qui devait encore se trouver en cuisine. Attrapant la hanse pour le soulever, elle se rendit compte qu'il était bien plus lourd qu'elle ne l'avait imaginé et le plaça laborieusement dans le creux de son coude, avec le fond callé sur sa hanche pour l'aider à supporter le poids. Le cuisinier allait pouvoir se faire plaisirs avec la quantité qu'elle venait de ramasser, mais elle ne devait pas traîner, sinon elle ne tiendrait pas longtemps à tenir son panier de la sorte. Où était ce maudit sabreur quand on avait besoin de lui ?! Tu parles d'un petit ami, même pas fichu de venir l'aider à porter des charges lourdes, alors qu'il passait son temps à soulever des choses inutiles, enfermé dans sa tour d'ivoire.

Nami jura mentalement à l'encontre de son idiot de compagnon en se dirigeant vers la trappe de la cuisine qui se trouvait à l'étage en-dessous. Elle n'était plus qu'à deux pas de l'échelle qui y menait, lorsqu'un projectile, de forme ronde, fila droit sur elle, en provenance d'en-bas. Malheureusement, la jeune femme ne l'aperçut du coin de l'œil que trop tard et la balle heurta de plein fouet son panier chargé à ras-bord. La violence du choc projeta le panier en l'air, ce qui envoya valser les pauvres fruits bien mûrs, mais qui lui fit aussi perdre l'équilibre. Elle battit des bras pour s'empêcher naïvement de tomber à la renverse (cela devait être comique d'un point de vue extérieur, mais du sien, ça l'était beaucoup moins), et échoua lamentablement. Une pluie de mandarines retomba tout autour de Nami alors qu'elle s'écroulait lourdement sur les fesses.

Comme si ce n'était pas assez rageant de voir ses fruits adorés valdinguer pour venir s'abîmer au sol, il avait fallu que dans sa chute, elle atterrisse pile sur l'un deux. Dans une sensation aussi dérangeante qu'humiliante, elle sentit la mandarine éclater sous la pression de son arrière train, tâchant de son jus sucré, le petit short blanc qu'elle portait.

A suivre...


La suite la semaine prochaine, en attendant portez vous bien !