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/ … Chapitre trois … /

"Kindred spirit" - Marcus D


La réponse m'avait parue évidente, à l'instant où j'avais changé de point de vue c'était évident. Je m'étais juste dit « et si tu étais à leur place ? Si tu avais toute la connaissance de ce monde et que toute cette histoire était vraie, que dirais-tu ? » Et ça avait été évident, tout simplement la réponse était « oui, bien sûr que j'accepte »…

Alors j'avais fait le pari de les croire…

Et je l'avais dit, haut et fort, « j'accepte », une simple petite phrase qui allait, selon leurs dires, changer ma vie et la conduire vers avenir bien différent de celui qui m'était promis. Je ne sais pas quoi ressentir, d'ailleurs je ne ressens presque rien, de l'excitation, un peu peut-être… Je suis surtout anxieuse.

Ils sont là, devant moi, à me regarder comme si j'avais une mouche sur le front, Pallando referme doucement son livre comme si le moindre bruit allait me faire changer d'avis. Alatar ajuste ses lunettes en s'éclaircissant la voix.

- Oh et bien, vous nous en voyez ravi madame.

Je pose ma main sur la table et m'assoie en silence, ils me regardent toujours avec cet air surpris dans leurs yeux. Alatar prit ledit contrat entre ses doigts.

- Pallando apporte moi la plume s'il te plaît.

Le concerné se lève et part dans une pièce au fond.

- Ah et le nom aussi ! Cri-t-il.

Il revient pressé avec la plume et de l'encre, pose le tout sur la table et tend un bout de papier à son acolyte.

- Bien merci mon ami, commençons.

Il sort le fameux contrat d'une pile de feuilles qui s'éparpillent sur la table et le regarde à travers ses petites lunettes rondes, prend une inspiration et s'arrête avant de formuler un mot.

- Je suis obligé de vous demander cela madame mais, êtes-vous certain de votre décision ?

Je le regarde surprise, mais sa question est légitime.

- Une fois ce document signé vous ne pourrez pas revenir en arrière. En êtes-vous certaine ?

Ma parole, il va me mettre le doute… Mais non, je suis déterminée, j'ai enfin la possibilité de sortir de mon bocal, de m'ouvrir vers une vie ou les mêmes images ne défileront pas devant mes yeux quotidiennement et ne s'enfoncent pas dans une routine déprimante.

- Je suis certaine.

- Qu'est-ce qui vous a poussé à accepter ?

- Vous ne connaissez pas mon monde et je ne sais pas encore ce à quoi je dois réellement m'attendre, mais sachez que c'est bien loin de la vie grise que je vivais jusqu'à présent. Je pense que chaque homme sur Terre accepterait ce contrat, juste pour pouvoir respirer un air aussi pur que celui d'ici. Et, pour une fois, il me semble que je fais le bon choix, pour une fois je serais utile.

Ils ne dirent rien, continuant de m'observer à travers leurs lunettes. Un long blanc s'installa avant qu'Alatar ne finisse par bouger et regarder son partenaire. Ils échangèrent des mots dans une langue que je ne comprenais pas. Au bout de quelques minutes, ils terminent et se tournent vers moi avec de grands sourires.

- A partir de ce jour, le 3 Août de l'année 2932 du troisième âge, vous allez abandonner votre nom, ce jour est celui de votre deuxième naissance Lucy. Tel à été le choix des Erus vous vous nommerez Maliha. Ce nouveau nom vous suivra jusqu'à la fin des temps, et son complément sera « fille d'Illuviné » car vous resterez, au plus profond de votre être, éternellement sa fille et sa représentante ici sur Arda.

Maliha… C'est un nom bizarre au premier abord, une sonorité à laquelle je ne suis pas du tout habituée, trop douce, que je ne pourrais comparer à aucun pays de chez moi d'ailleurs. C'est très souple, les lettres glissent sur la langue, subtile, je pense que je m'y ferai, c'est plutôt joli, mais continue à penser qu'il est trop doux pour moi.

- Comme expliqué dans le dit contrat, il vous est offert une vie éternelle, ainsi que celui de la clairvoyance comme expliqué hier. En échange de cela, ce contrat vous engage à protéger le peuple d'Arda jusqu'à ce que le mal en soit éradiqué. Acceptez-vous ?

- Oui.

- Votre force, en tant que fille d'Illuviné sera votre principale arme pour ce combat. Malgré cette caractéristique, je dois vous préciser qu'il vous sera possible de trépasser des façons suivantes : la décapitation pure et simple, l'immolation, une perte trop importante de sang et une absorption, ou injection massive de poison. En revanche, vos blessures guériront en quelques minutes voir en quelques secondes suivant leurs degrés de sévérité, mais vous ressentirez une faiblesse s'accroître en cas de perte trop importante de votre sang et les blessures guériront plus lentement. Suis-je clair ?

- Oui...

- Vos cycles de sommeil sont les mêmes, vous ressentirez l'envi de manger, voir beaucoup, après l'effort. Ce sont ici les différents constats établis par vos prédécesseurs, mais sachez que chaque Titan est unique, ainsi que ses facultés. A la fin de votre mission, vous aurez deux choix.

- Celui de partir sur les terres immortelles, ou celui de rester en Terre du Milieu. Reprend Pallando.

Alatar soupire à l'intervention subite de son acolyte et reprend d'un ton solennel.

- C'est le jour de votre deuxième naissance, Maliha fille d'Illuviné sœur d'Illuvatar.

- Ainsi soit-il. Dis Pallando en un sourire.

Il me tend la grande feuille ainsi que la plume. Je n'ai pas eu le temps d'assimiler toutes les informations qu'il faut déjà que je signe… Je verrai bien… Si ce qu'ils disent est vrai, j'ai l'éternité pour réapprendre à me connaître, ça devrait suffire.

- Votre signature signifie que vous acceptez votre nouveau destin Maliha.

Un lourd silence reste en suspens, je regarde le contrat ou mon ancien nom est élégamment écrit à l'encre bleu roi à côté du nouveau. Je soupire comprenant que ce moment indique que je laisse derrière moi mon ancienne vie, et offre la nouvelle à ce nouveau peuple…

Même si j'ai encore des doutes sur la véracité de cette histoire, si cela s'avère être vrai, je ne peux pas me permettre de ne pas prendre ce contrat au sérieux. Je fais le bon choix, je le sens au fond de moi.

Je prends la plume, l'imbibe d'encre avant de signer en bas une dernière fois de mon ancien nom.

Je crois que c'est de me dire que j'abandonne la signature de mon nom qui me fait réagir à l'annonce de cette nouvelle vie. Je ne pourrais plus signer de ce nom pour prouver que c'est moi, je peux retirer la puce sous la peau de mon avant-bras, effacer les données d'identité qu'elle renferme pour toujours… Je ne suis plus moi, je suis Maliha…

Une légèreté me prend le cœur, c'est comme si mon âme s'était apaisée à tourner le dos à mon ancienne vie, un soulagement de sortir du bocal… Un soulagement de ressentir une liberté nouvelle, un nouveau souffle qui fait basculer dans l'ombre l'esprit de l'automate que j'étais finalement devenu, rongé par l'humanité. Mon nouveau nom remplissait chaque recoin de cette nouvelle âme libre.

- Le cadeau que représente votre aide est immense et sachez que le sacrifice de votre ancienne vie ne sera jamais oublié. L'ensemble des peuples libres vous en remercie du fond du cœur.

- Je m'engage à tout faire pour protéger votre monde et son peuple, vous avez ma parole. Dis-je finalement.

Les deux mages sourient et je ne peux que les suivre, car au fond de moi je suis heureuse.

- Bienvenue sur Arda.

J'incline vivement la tête en signe de respect et d'accord.

- Bien, nous allons envoyer un message au Seigneur Elrond de Fondcombe annonçant cette heureuse nouvelle, il enverra un membre de sa communauté vous cherchez. Dit Alatar.

- Me chercher ? Dis-je.

- Oui, nous allons approfondir avec vous vos connaissances générales, mais nous sommes incapables de vous former au combat.

Il y a anguille… C'est qui ça Elrond ? Me former au combat, ça promet d'être comique… Je ne suis pas vraiment une grande sportive, quelques kilomètres quand je m'en sens tout au plus.

- Fondcombe deviendra votre demeure. Les elfes prendront grand soin de vous et vous apporteront toutes leurs connaissances.

- Je vais vivre chez les elfes, sérieusement ?

- Oui madame. Sourit Alatar.

Rien que le mot « elfe » me pousserait à partir en courant, sérieusement c'est tellement loin de tout mes « principes » et de ma « logique »… Je suis sûrement « terre à terre » pour eux, mais tout se brouille dans ma tête quand je prends du recul, une impression de me plonger dans un rêve éveillé.


Plusieurs jours passèrent d'une rapidité impressionnante, et tellement loin de mon quotidien habituel. Je passe souvent une partie de l'après-midi à cartographier les alentours ou à me perdre dans la grande forêt. Mon dernier contact avec la nature remonte à des années je dois bien l'avouer… On ne peut pas dire qu'un parc est vraiment un bout de nature. Ici elle est vrai et indépendante, tout pousse comme bon lui semble.

Je passe aussi beaucoup de temps avec Pallando à l'étude de l'histoire d'Arda, puis avec Alatar pour les langues. La langue commune ici s'approche de l'anglais j'ai donc vite appris à la maîtriser, le Quenya « langue des haut-elfes » est une des langues elfiques et la plus utilisée, parce que oui, il y en a d'autres… Et c'est une autre paire de manches, mais je n'ai pas le choix, si je dois vivre « là-bas » il me faut apprendre le minimum pour me faire comprendre… Nos efforts se sont concentrés principalement sur ses deux langues, Alatar m'a précisé que je continuerai probablement cet apprentissage à « Imladris » ou « Fondcombe » en langue commune.

Les jours passent et défilent, j'ai été particulièrement choquée quand il a plu pour la première fois, ici la pluie ne laisse pas de traces, aucune marque de poussière noire une fois celle-ci sèche… Je pense que ce point à réussi à me convaincre que j'étais bien loin de chez moi…

Un mois, un très long mois, je maitrisais parfaitement la langue commune, le Quenya est vraiment plus compliqué. Mais ça rentre petit à petit, je commence à me faire comprendre mais ça reste brouillon et désordonné, comme me le répète souvent Alatar.

L'histoire d'Arda commence à être plus claire, les différents peuples, les principaux clans , les alliances, les querelles, les grandes guerres, les régions, les coutumes … Il y a tellement à apprendre, c'est trop riche, je sais qu'il doit être compliqué de compter l'histoire d'un monde en entier à une personne, Alatar perd souvent patience quand il remarque que je n'ai pas suivi la dernière séance.

- Nous avons vu hier la différence entre les elfes Noldo et les elfes Sinda Maliha… Vous ne pouvez pas mettre tout les elfes dans le même panier enfin…

Il y a trop d'informations, c'est trop compliqué…

Le soir, j'observe les objets autrefois indispensables à la vie, l'ordinateur de verre que je n'ai pas ouvert depuis un mois, cet objet me suivait partout et en un mois il était sorti de ma tête, comme si le « naturel » revenait vraiment au grand galop… Comme quoi il était facile de s'en détacher…

La seule chose qui tient une partie de mon cœur, c'est la musique. C'est une partie de mon identité qui ne me quittera jamais je pense. C'est pour cela que mon téléphone est le seul objet de mon ancienne vie qui n'est pas éteint et rangé avec le reste. C'est une part importante de moi, elle rentre dans la conception de mon identité. Alatar m'a expliqué comment était née Arda, par les chants des Valars, la musique est peut-être la seule chose qui réalise un lien entre nos deux mondes… Car j'ai toujours trouvé que la « musique » était la plus belle invention de l'homme… Mais peut-être n'a-t-il rien inventé finalement…


Le soleil est haut dans le ciel, le vent est chaud, il fait bon, je peux enfin respirer sans avoir mal, mes poumons se sont bien habitués. Je commence à bien savoir maîtriser ma force, je ne casse, "presque" plus rien. Pallando a réparé ma poignée de porte six fois. Je lui disais de ne pas la remettre, « c'est un très bon exercice Maliha » me répondait-il en souriant. Je m'attachais à ses deux vieux finalement, ils se disputent la plupart du temps. Pallando s'écrase le plus souvent mais reste le plus gentil des deux. Alatar est plus froid et « psychorigide » à cheval sur les principes et la perfection. Ils se ressemblent l'un l'autre sur le plan physique mais les traits d'Alatar sont plus durs. Il y a un point où ils sont toujours d'accord c'est sur la cuisine bizarrement, ils ne se disputent jamais sur ce que l'autre a préparé, très étonnant… Et le principal sujet de discorde était celui de l'emploi du temps…

- Nous avions dit que nous ferions les grandes guerres avant les grandes alliances Pallando, car ça va de soi !

- Mais si elle ne connaît pas les alliances avant les guerres, comment va-t-elle distinguer les groupes armés pendant les indications des directions de bataille ?»

Et c'était comme ça tous les jours, mais leur dispute me faisait généralement esquisser un sourire, un vieux couple voilà ce qu'ils étaient tous les deux.

- Maliha, du lapin en ragout ça vous convient ? Lance Pallando, cuillère à la main.

« Maliha », ça aussi j'ai mis du temps, mais en fin de compte pas autant que je le pensais. On se fait très bien au changement, finalement. Mais ça ne fait qu'un mois, je sais pertinemment qu'un moment viendra où mon monde me manquera, mes amis, ma famille, c'est inévitable.

Je sors de mes pensées et commence à descendre en direction de la cuisine. Les deux mages sont déjà là.

- Oui, oui parfait merci. Je souris

- Maliha, commence Alatar levant les yeux de son assiette. "Dans une semaine environ arrivera l'Elfe qui viendra vous chercher pour vous amener à Imladris."

- Oh, déjà ?

- Ça fait un mois mon enfant. Le Seigneur Elrond m'a averti hier dans un message.

- Je vois, qui est cette personne ? Dis-je en prenant un bout de pain.

- Je pense que ce sera probablement le seigneur Glorfindel de la maison de la fleur d'or, un grand guerrier Elfe Noldo, il vit actuellement à Imladris. Je pense aussi que c'est lui qui prendra en charge le reste de votre apprentissage. Termina Alatar.

- Vous avez de la chance, le seigneur Glorfindel est un valeureux soldat, capitaine de Gondolin dans sa première vie ! C'est lui qui fit fuir le roi sorcier d'Angmar lors de la bataille de Fornost, vous savez ? Il a connu mainte guerre, et plusieurs âges, il a été ressuscité du…

- Oui, oui Pallando. Le coupe Alatar.

Je ris doucement en voyant la moue penaude de Pallando revenant à son ragoût. Je vais enfin voir un Elfes, cette pensée ne m'a pas quitté de la semaine. Tant de mystère tourne autour d'eux. D'après les dires de mes deux enseignants se sont des êtres exceptionnels, immortels d'un savoir infini, aux capacités surhumaines, la vue perçante, capable de percevoir ce que d'autres ne pourront jamais voir, ils ne dorment pas, sont insensibles au froid… Exceptionnels.

A quoi pouvait bien ressembler des êtres aussi parfaits ? Autant de questions que les jours défilaient, au fond de moi la peur me tiraillait, j'allais partir loin des deux seules personnes en qui j'avais confiance pour aller au milieu d'un peuple sans défauts… J'étais loin d'être comme eux, je me sentais déjà mal rien que d'y penser…


A la nuit du septième jour, alors que j'allais aller me coucher un livre sous le bras, j'entendis des bruits de sabots sur les pavés de la cour.

J'ai fait machine arrière discrètement pour regarder par la petite fenêtre dans l'escalier.

Je vis un homme, très grand, avec de longs cheveux blonds. Une aura blanche semble émaner de lui, l'Elfes, il discute avec les deux mages vivement, puis ils l'entrainent dans un autre bâtiment, surement pour lui donner des appartements. Je remonte calmement et me couche la tête remplis de doutes, de questions et de peur.

Le lendemain je descends pour prendre le petit déjeuner, je ferme la porte de ma chambre anxieuse, la poignée me reste dans les mains pour la septième fois… Et pousse un soupir de désespoir, descend les escaliers et arrive finalement dans la cuisine, mon cœur bat la chamade d'un stress impossible à contrôler…

Pallando et Alatar sont là en train de prendre leur thé. Ils sont toujours là avant moi ces deux-là, pourtant il doit être sept heures du matin. Je cherche des yeux l'objet de tous mes tourments et le voit, l'elfe à le dos tourné à la table regardant le paysage par la fenêtre.

Je reste debout à le regarder sans savoir quoi faire, reste figée comme une petite fille devant son premier film d'horreur, pétrifiée... La peur me tord le ventre, je ne sais plus quoi faire mes pensées se bousculent dans ma tête, les battements de mon cœur frappent dans mes tempes.

Il est droit comme un piquet, sa longue cape bleu clair touchant presque le sol. Il se retourne d'un coup et tombe dans mes yeux comme s'il avait toujours sût qu'ils seraient à cet endroit précis, je me sens littéralement écrasée par le charisme qu'il dégage par ses yeux bleus glaçants.

Je l'ai dévisagé pendant de longues minutes, cet être était parfait, son visage lisse, son nez droit, ses yeux brillants et sévères, son visage était dur mais en même temps d'une douceur à couper le souffle, c'est l'homme le plus beau que je n'ai jamais vu… Enfin l'elfe… Ses cheveux blonds encadrent son visage pour passer derrière ses oreilles et les dévoilent à mes yeux, elles sont pointues oui c'est clair… J'essaye encore de tenir sous son regard, mais capitule et cherche un repère pour y cacher ma honte… Je l'ai dévisagé, je n'aurais pas pu être plus impolie…

- Bonjour Maliha. Lance Alatar me coupant dans mes lamentations.

- Bonjour... Ma voix est si faible…

- Bonjour Maliha. Me répond Pallando. "Je vous présente le seigneur Glorfindel", ajoute-il.

Le seigneur elfe s'avance doucement et se place devant moi. Je recule d'un pas par réflexe comme sur la défensive et serre la poignée dans ma main pour contenir mon envie de déguerpir sous son regard.

- Je suis enchanté de faire votre connaissance Maliha fille d'Illuviné. Me dit-il avec un léger sourire.

Je suis décontenancée par sa voix si douce… Son regard a changé du tout au tout en quelques secondes. Mon cœur se calme petit à petit à la vue de ce sourire amical et ma gorge s'ouvre enfin.

- Enchantée de même. Dis-je finalement tout bas.

- C'est la première fois qu' elle rencontre un elfe seigneur Glorfindel, c'est normal qu'elle soit, comment dire, intriguée. Lance Alatar.

- J'en conçois naturellement. Dit le concerné.

Je rougis de gêne, il n'était vraiment pas obligé, mon dieu j'ai l'air d'une idiote... On dirait une enfant, j'ai pourtant rencontré des gens importants dans ma vie, alors pourquoi réagir aussi impulsivement face à des oreilles pointues ?

- Pardonnez-moi. Dis-je. Je ne voulais pas vous offenser.

- Vous ne l'avez pas fait madame.

Ma gêne n'est pas prête de se finir quand je pose doucement la poignée complètement déformée sur la table. Les 3 hommes en face de moi la regardent. Pallando soupire.

- Je suis désolée, j'ai encore fermé la porte un peu trop fortement ce matin, et j'étais… Nerveuse… Alors, je suis désolée…

Mon dieu qu'elle idiote, ma parole ! Mais comment je peux être aussi conne ? Nerveuse ?! Tu es sérieuse ma pauvre fille ? Et tu n'es même pas capable de fermer une porte… Reprends toi !

Je passe une main sur mon visage avant de prendre la tasse entre mes mains et de regarder les miettes éparpillées sur la table une par une… La colère monte en moi, mon attitude est enfantine !

- Je suis le premier elfe que vous rencontrez dans votre vie, et je suppose que ce mois n'a pas dû être des plus tranquilles pour vous, vous avez sacrifié votre ancienne vie pour nous. Alors ne vous blâmez pas de vous sentir nerveuse en ma présence ou face aux derniers événements qui ont eu lieu dans votre vie. Aucun de nous ne peut savoir ce que vous ressentez. Dit-il calmement.

Il avait eu les mots tellement justes, mon cœur se sentait apaisé immédiatement. Il avait lu en moi tout mon mal être et Dieu que je le remercie à cet instant…

- Merci… Je soupire en portant la tasse à mes lèvres.

- Je serais votre maître pour de longues années Maliha, je vous enseignerai tout ce que je sais autant sur le plan physique que mental afin de vous apprendre à vous battre et de vivre avec vos nouvelles aptitudes. Le reste de votre enseignement vous le réaliserez avec le seigneur Elrond. Pour ma part, je dois vous dire qu'il est essentiel que nous nous fassions confiance, alors si vous avez la moindre question, le moindre doute, la moindre crainte faite m'en part.

Je le regarde indécise quelques secondes, ma tête était pleine de questions…

- On m'a dit que deux personnes étaient arrivées avant moi, pourquoi ne pas leur confié cette tâche ?

Alatar semble se raidir et fait signe de vouloir répondre, mais le seigneur Glorfindel reste de marbre et réfléchit en faisant un signe de main au magicien derrière lui.

- Vous a-t-on expliqué ce que sont les « terres immortelles » ?

- Oui.

- Vos ancêtres sont actuellement sur ces terres, nous n'avons pas la capacité de les ramener, ils ont accompli leur tâche. Tous deux ont affronté le mal de leur âge, celui-ci est le vôtre. A la fin de votre tâche vous pourrez rejoindre ses terres à votre tour.

- Je vois. Je croise les bras après avoir fini ma tasse de thé.

Cette réponse sonne faux à mon oreille, mais après tout il serait peut-être injuste de faire appel à la même personne à chaque fois, je suppose que les précédentes guerres ont été sanglantes et que leur repos est bien mérité… Mais, je ne sais pas, ce serait beaucoup plus simple pour eux d'aller chercher des personnes qui ont déjà mené ce genre de combat au lieu de recommencer l'apprentissage d'une nouvelle…

- Autre question. Vous allez m'entrainer sur le plan physique ok, mais vous avez également dit « mental », que vouliez-vous dire au juste ?

- Les deux mages bleus ont dû vous dire qu'un des cadeaux des Valars à votre égard était la « clairvoyance » ?

- En effet.

- La race des hommes n'est pas dotée de cette capacité par nature, la clairvoyance est une dominance elfe. Elle vous permet de ressentir plus pleinement vos émotions mais également, en quelque sorte, celle des autres.

Il semble avoir terminé sa phrase mais je ne comprends pas bien pour autant et lève un sourcil. Comment puis-je ressentir celle des autres ? C'est impossible… Mentaliste, médium ?! Cette blague…

- Je m'explique, il est dit que la race des elfes possède le don de « lire l'âme », en posant mes yeux sur vous je peux ressentir votre méfiance comme si elle était en moi. Votre don ne sera pas aussi développé pour l'instant car vous êtes jeune et vous parviendrez à acquérir pleinement cette faculté avec le temps. Cependant, donnez-moi votre main.

Il tend une main vers moi, je la regarde surprise et « méfiante » bien sûr, puis tend la mienne et la place dans celle chaude de l'elfe.

- Bien, maintenant concentrez-vous sur moi.

J'essaie de me concentrer sur le contact de nos mains mais la gêne prend le dessus…

- Fermez les yeux.

Encore pire… Je m'exécute et attends. Après plusieurs secondes interminables, une lumière traverse mon esprit. Une douceur infinie m'envahit, une chaleur chaude et brillante comme le soleil me transperce, je ne ressens que du calme et de la bienveillance. J'ouvre finalement les yeux pour plonger dans les yeux bleu ciel de l'elfe.

- Vous venez de ressentir mon âme.

- Une bien belle âme alors… Je lui lâche la main. Mais si j'arrive à le faire, pourquoi devoir m'entraîner ?

- Votre perception à ressentir les choses autour de vous à considérablement grandi, mais vos propres émotions également. Pour l'instant vous n'êtes pas confrontée à des situations pouvant développer des émotions assez fortes pour vous permettre de vous en rendre compte.

Si tu savais… Cette impression de peur et d'être tellement insignifiante face à lui ressurgit dans mon esprit.

- Je vous apprendrais à maîtriser vos émotions, à vous calmer face à la colère, à affronter la peur et apaiser la tristesse. Si vous ne vous entraînez pas à cela alors vous serez incapable de surmonter les épreuves qui vous attendent… Vous ne vous en remettrez pas et pourriez en mourir.

- En mourir ? Que voulez-vous dire ? Que je vais me suicider ?

- Non, vous pourriez en mourir au sens propre sans mettre fin à vos jours de votre fait.

- Quoi…

Je suis sciée, on ne peut pas mourir d'une émotion…

- Par exemple, pour nous les elfes, malgré notre grande capacité à maîtriser nos émotions, nous pouvons mourir d'un cœur brisé.

- Je serais déjà morte alors si j'étais une elfe… Et depuis longtemps…

- L'amour que vous pourriez ressentir ici n'aura pas la même signification à présent, l'émotion de l'amour n'est accordée qu'à une seule personne, l'amour « vrai », l'attachement c'est autre chose Maliha.

Il finit sa phrase sur un ton très sérieux, qui met le doute sur mon passé, je ne comprends pas vraiment mais lui fait signe du contraire. J'ai déjà été amoureuse, et je sais ce que cela provoque et quels symptômes il engendre. Aimer qu'une seule personne, c'est dans les contes de fées…

- D'après-vous, combien de temps me faudra-t-il pour arriver à me battre convenablement ?

- Tout dépend de vos capacités, mais vous avez été choisie pour cela. Les Valars vous ont désigné, vous devriez avoir un penchant naturel dans l'art du combat. Je ne sais pas de combien de temps nous disposons avant qu'un conflit n'éclate ou que la situation actuelle se détériore.

- Je vois… Je soupire.

J'ai continué à bavarder avec Glorfindel sur divers sujets toute la journée et les jours d'après. Je me suis familiarisée avec sa nature elfe plus facilement que je ne l'aurai cru. Malgré son air supérieur, il reste un personnage humble et simple, il est aussi imposant de sa carrure, mais a pour autant des manières très délicates, il est parfois compliqué de prévoir sa réaction face à des questions plus personnelles.

Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je sais d'avance que je n'aurai pas de mal à lui faire confiance, il possède une âme rassurante et sincère, malgré ses réticences à certaines questions il y répond toujours du mieux qu'il peut sans mentir, du moins j'en ai l'impression.


Le soir du troisième jour après son arrivé, je me retrouve seule avec lui à lire mon tome sur l'histoire du second âge quand une question me traverse l'esprit. Glorfindel regarde par la fenêtre comme à son habitude pour observer les étoiles.

- Dites-moi ? Comment étaient mes prédécesseurs ?

- Tout aussi puissant que vous le serez.

Il n'ajoute rien de plus…

- Vous les avez vraiment entraînés tous les deux ?

- C'est exact.

- Comment étaient-ils ? Je veux dire c'étaient des hommes ? Des femmes ?

- Deux hommes.

Encore un silence.

- J'ai déjà remarqué que vous évitiez le sujet ou mettez un terme à la conversation après avoir répondu rapidement. Ça me donne l'impression que vous ne me dites pas tout à ce sujet.

- En effet, je souhaiterai éviter de vous en parler. La seule chose que vous devez savoir c'est qu'ils ont accompli leur tâche, et que vous n'êtes pas liée à eux.

- Mais ils ont été appelés, tout comme moi.

Nous y étions enfin… Je ferme mon livre d'un coup sec.

- Oui, mais vous n'avez aucun lien de sang. Vous êtes chacun des êtres différents, chaque Titan est différent, votre manière de voir les choses, la manière de vous battre, d'utiliser vos capacités, de réagir aux événements, de par votre passé qui doit être totalement différent du leur. Il y a quoi, mille, deux milles ans ou plus qui vous sépare d'eux, je pense qu'en mille années votre monde à dû bien changer, comme le nôtre. Votre façon de vivre et d'appréhender ce qui vous entoure en est donc proportionnellement différente. Alors non je ne vous en parlerai pas, car vous n'avez rien en commun, croyez-moi.

- Vu comme ça oui c'est certain…

Mais malgré sa réponse ces questions me chiffonnent.

- Nous partons dans deux jours Maliha. Tenez-vous prêtes, un long voyage vous attend.


Le deux jours sont passés comme les autres à une vitesse folle… Le jour du départ est arrivé, j'appréhende un peu cette nouvelle vie qui prend réellement forme à cet instant. Je vais perdre le peu de repères que j'avais déjà peiné à prendre…

Mon sac est rempli après plusieurs hésitations sur le « quoi prendre », il n'a jamais été aussi dur pour moi de préparer des bagages… Une fois terminé, je m'assois sur le lit en essayant de calmer mes émotions de peur. Mon regard se pose sur ma valise tristement, j'ai mis mes vêtements, mon ordinateur et le reste dans le sac que les mages m'ont donné. Je perds mes yeux sur l'objet gris à roulette si familier, « tu ne me suivras pas dans ce voyage », ce n'est peut-être rien, mais le faite de savoir que je laisse cet objet derrière moi me pèse, il m'a suivit dans tout mes voyages, pendant des semaines et des mois entiers à travers le monde, mais pas celui-ci…

J'ai hérité d'une tenue de voyage local, un pantalon en toile grise, rentré dans des bottes en cuire, une tunique bleue foncé en lin manches trois quart, par-dessus une veste en cuire très fine et légère à manches courtes, incrustée de motifs en arabesques. Je n'avais jamais accepté de porter les vêtements des mages jusqu'à aujourd'hui, mais je me voyais mal voyager à cheval en jean… Il n'a pas été simple de me regarder dans le vieux miroir de ma chambre à cet instant, je n'avais pas envie de me regarder pour éviter de voir l'évidence du changement de ma vie…

J'attache la cape bleu nuit et place le sac sur mon dos et m'avance vers la porte. Je tourne mon regard une dernière fois vers ma chambre, peut-être que je ne reviendrai jamais ici, c'est à partir de cet instant que l'aventure commence, je ne sais pas du tout à quoi m'attendre et si je suis à la hauteur, je soupire et finis par tirer la poignée doucement.

Ils sont tous les trois dans la cour quand j'arrive à l'embrasure de la porte et fait un arrêt sans passer celle-ci, l'elfe tient deux chevaux et me sourit en se tournant vers moi. En le voyant là, droit sous le soleil qui fait briller ses cheveux, je dois avouer que je n'ai jamais vu un homme aussi beau de toute ma vie, Il est écrasant de prestance, semble rempli de lumière et de sagesse. Je me sens tellement gauche et petite en m'approchant de lui… Mais ces idées me quittent à la seconde même où elles traversent mon esprit qui, déjà, retourne à l'appréhension du voyage.

- Etes-vous prête ? Me demande Pallando en s'approchant de moi.

J'avale difficilement ma salive avant de trouver les mots qui, je le sais, sonneront faux…

- Oui.

Il me regarde et un sentiment de compassion passe dans ses yeux.

- Nous avons confiance en votre capacité d'adaptation, le seigneur Glorfindel saura vous rassurer et vous guider. Soyez-en sûr, il ne vous abandonnera pas.

Je lui sourie doucement, sentant mon cœur lâcher la peur.

- Merci Pallando… Je souris tristement.

- Nous ne vous remercierons jamais assez pour votre aide.

Pallando me fait un signe du bras pour m'indiquer qu'il est temps d'y aller. L'elfe penche la tête en signe de salut que je lui rends timidement. Il me tend les rênes d'un cheval, une jument alezane, fine et élancée.

Ça fait quoi, 15 ans que je n'avais pas vu un cheval aussi près ? L'elfe prend mon sac et l'accroche à la selle. Pallando me tient les rênes pour m'aider à monter. J'ai fini par y parvenir en replaçant ma cape en arrière.

Je réajuste mes reines et mes étriers. Alatar pose une main sur la jument une fois mon réglage terminé.

- Faite bonne route, que les Valars veillent sur vous.

- Je vous remercie encore pour votre accueil et votre apprentissage. Dis-je en le regardant.

- Prenez soin de vous et de vos futurs amis et compagnon, puissiez vous les protéger, nous protéger tous. Soyez forte, et n'oubliez pas qui vous êtes. Bon courage Maliha. Dit Pallando.

- Merci, merci pour tout. Dis-je tristement. Je ferai tout ce que je pourrai, vous avez ma parole.

Je tourne mon regard sur Glorfindel, son cheval semble impatient.

- Allons-y Maliha. Dit-il en partant au pas

- Oui.

Il commence à avancer doucement après avoir lancé une phrase d'adieu aux deux mages. Mon cœur panique, les deux mages me regardent me perdre dans l'abîme de mes sentiments.

- Vous serez pendant longtemps perdu, ce moment est dur mais il vous faut le vaincre, l'apaisement viendra je vous le jure. Me lance Alatar.

J'hésite encore, mais voit l'elfe s'arrêter au loin et m'attendre, la panique reste encore quelques secondes jusqu'à qu'Alatar pose une main réconfortante sur mon mollet. Je ferme les yeux et ravale l'impression froide qui se glisse le long de ma colonne vertébrale. D'un coup d'un seul je réussi à lancer la jument, je tourne mon regard une dernière fois en arrière faisant un signe de tête à mes anciens professeurs.

Me voilà partie, vers où ? Je n'en ai aucune idée, me voilà partie, aux côtés d'un être dont je ne sais rien et auquel je dois faire aveuglément confiance. Me voilà partie, vers ma perte ou mon salut.


OOO