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/ … Chapitre douze… /
"One time" (Andrew Clarke Remix) - Almunia
Des elfes entourent maintenant la compagnie, pointant leurs armes sur eux. Ils vont les faire prisonniers, j'en suis certaine... En tout cas c'est ce que je ferais à leur place. Je n'avais pas envisagé ça sérieusement, mais les voir se serrer les uns contre les autres, menacés par les flèches... Si je dois intervenir, je dois le faire délicatement, nous sommes sur leur terre, donc nous n'avons aucun droit.
De plus, ils font partie des peuples libres, je ne pourrais pas me défendre, ou du moins sans faire de blessés. Une discussion me semble être la meilleure solution, mais il faut dire qu'ils nous menacent. J'ai arqué un sourcil sous cette pensée, que dois-je faire ?
Si Gandalf était là, tout serait beaucoup plus simple... Après lui, l'esprit le plus raisonnable est sûrement le mien... Moi, avec une bande de nains face à des elfes que je ne connais pas... Les elfes Silvan sont plus subtiles et froids, ils ne se mélangent pas avec les autres peuples.
Mes lèvres se pincent au souvenir des paroles du changeur de peau. J'ai soupiré, prenant une décision rapide en détaillant celui qui est le plus proche d'eux. Sans doute le responsable de cette garde, s'il y a une personne à viser, ce sera lui.
J'ai sauté de ma branche, rengaine Nordeline et sors un de mes révolvers. Tombant à genou à terre entre les elfes et les nains et me redresse vivement en plaçant l'arme au creux de ma main à l'arrière sa tête. Le nain lance un petit sourire narquois en me voyant et je suffoque sous l'adrénaline qui envahit mes veines.
Tous les elfes bandent leurs arcs dans ma direction, je les ai dévisagé un par un, certaine de leur sérieux en essayant de faire taire le tremblement qui prend mon bras.
- Doucement, je souhaite parler, cette rencontre est un malentendu, dis-je le plus sérieusement possible. Je ne ferai rien si vous nous permettez de nous expliquer.
J'ai le souffle court, je sais pertinemment que je ne risque rien, mais avoir une bonne vingtaine de flèches pointées sur soi... ça fait de l'effet. J'ai avalé difficilement ma salive, puisant dans la faible lueur courage qui persistait au fond de moi.
L'elfe que je tiens en joug s'est tourné doucement, mon cœur loupe un battement et j'ai serré la mâchoire pour contenir la vague de la sensation inconnue. Valar que cet elfe est beau... Oui, ce fut la première pensée qui sortit de mon esprit. Je l'ai dévisagé, incapable de faire autre chose à cet instant. M'attarde sur chaque trait de son visage, son nez, sa mâchoire ciselée, ses lèvres fines et bien dessinées. Imprègne ma mémoire, me nourrissant de la beauté qui s'offrait à mes yeux, comme si j'avais rencontré la perfection même. Une perfection qui me correspondait, semblant juste faite pour moi.
J'ai côtoyé longtemps les elfes, mais lui, il est certes beau, comme je pourrais le dire de Glorfindel, tous les elfes sont beaux à leur manière mais... Il y a autre chose, une aura différente, un charisme qui attire irrémédiablement, l'harmonie de la dureté et de la douceur, le mélange du viril et du délicat, s'unissant dans un bleu glacial et cristallin.
J'ai senti mon cœur bouillir, comme si une partie inerte avait pris vie. Une partie que je ne connaissais pas et qui a commencé à battre pour me remplir d'un nouveau sang. Plus je m'attardais dans ses yeux et plus je le sentais prendre vie, perdu dans l'impression d'avoir un cœur accompli, entier, pour la première fois de ma vie...
- Maliha ! crie Kili qui venait d'arriver. Exterminez-moi ça, que l'on en finisse !
Je tourne légèrement mon visage vers lui, exaspérée par un retour si brutal à la réalité. Il est accompagné d'une jeune elfe, une grande rousse au visage rieur. Elle s'arrête de surprise et prend une position de combat. Les autres font de même, bandent leur arc de nouveau vers ma position.
- Vous n'êtes pas en position de dire quoi que ce soit, je crache sèchement.
- Enfin une personne sensée, dit calmement l'elfe que je tiens en joug.
Je me retourne vers lui, ravalant la sensation qui prend de nouveau mon cœur en croisant ses yeux.
- Êtes-vous le capitaine de cette patrouille ? je demande.
- Exact, il répond froidement.
L'impatience se lit dans son regard de glace. Il me faut capituler, je n'ai pas le choix. Si je continue de le menacer, je ne pourrai pas négocier. De plus, je viens de Fondcombe, si je mets en péril les relations entre les elfes, Elrond ne me le pardonnera pas. Après ces réflexions, je finis par baisser mon arme en soupirant.
Il me regarde faire et un fin sourire, presque médisant, se forme sur ses lèvres.
- Qui êtes-vous, mortelle ? finit-il par dire dans un murmure froid.
Mortelle ? Oui c'est vrai, rester discrète sur l'identité… Et bien ça va être plutôt facile on dirait. "L'habit ne fait pas le moine, mais il permet de rentrer dans l'abbaye" n'est-ce pas ?
- Je ne suis personne. Laissez-nous partir, je rétorque. Je sais que nous sommes sur vos terres, j'en suis navrée, mais nous ne faisons que passer.
Il lève un sourcil au son de la langue elfique sortant de ma bouche. Il est beau, indéfinissable même et mon cœur se loupe à chaque fois que je contemple une nouvelle émotion sur son visage, mais ce petit air suffisant fait vite l'effet inverse.
- Pensez-vous réellement pouvoir négocier votre liberté ?
Notre liberté ?! Il se fout de moi ? Il va nous faire prisonnier sans même daigner nous écouter ?
- Nous n'avons rien fait, que simplement marcher sur le chemin, rien de plus, il est démesuré de ne pas nous laisser continuer. Je réponds plus durement.
Il prend un air surpris, mais ne cille pas.
- C'est amplement suffisant. Pour repartir il vous faudra d'abord recevoir l'approbation de leur propriétaire.
Les autres elfes se rapprochent doucement de nous. Mes mains sont moites, ma gorge sèche et toutes mes forces concentrées à ne pas trembler. Ça n'aurait pas pu être pire…
- Mon seigneur, lance la femme elfe toujours dans la même position d'attaque. Pardonnez-moi, mais elle porte les armoiries de Fondcombe.
Il regarde mes vêtements rapidement, puis revient à mes yeux, son regard est froid et tellement profond, comme un abysse bleu orageux.
- En effet, je suis envoyée par le seigneur Elrond afin de suivre cette compagnie et de la protéger.
Il lève un sourcil incrédule. Décidément cet air supérieur m'agace au plus haut point...
- Je ne vois aucune raison pour que le Seigneur Elrond envoie une mortelle protéger des nains.
- Tsss... Je ne vais pas répondre à ça. Nous souhaitons juste traverser cette forêt, dis-je, fronçant le nez à la remarque.
- Vous n'êtes pas en position de demander quoi que ce soit, siffle-t-il.
Il me regarde avec dédain.
- Prenez leurs armes, sauf à l'humaine, si elle vient réellement de la part du Seigneur Elrond, alors elle est une invitée diplomatique, mais cela m'étonnerait beaucoup.
Il se retourne le regard plein de fierté et de mépris avant de marcher vers le groupe.
- Fouillez-les, lance ensuite l'elfe.
L'elfe se déplace et je ne peux que laisser mes yeux s'attarder sur sa démarche élégante. Sa carrure est beaucoup plus large que celle Glorfindel, son port de tête royal et fier, mon regard descend le long de son dos, admirant chaque mouvement, chaque changement de position de ses membres sous ses pas et ferme les yeux en me faisant violence, chassant les mauvaises habitudes de mon ancienne vie. Il s'approche de Gloin et lui prend un objet après l'avoir fouillé.
- Rendez-moi ça, c'est personnel, conteste le nain.
- Qui est-ce ? Demande l'elfe. Ton frère ?
- C'est mon épouse, répond Gloin fermement
- Et c'est quoi cette ignoble créature ? Un gobelin mutant ?
- C'est mon jeune garçon, Gimli.
L'elfe lève un sourcil. Il ne manque pas d'air quand même pour parler comme ça. Pour qui il se prend sérieux ? Je me retourne vers la compagnie et les comptes en vitesse, il manque toujours Bilbon. Lance un regard interrogateur à Balin qui répond en bougeant la tête de droite à gauche, observe alors les alentours discrètement, mais rien.
- Les araignées sont mortes ? demande-t-il à l'elfe rousse de tout à l'heure.
- Oui, mais d'autres viendront. Elles s'enhardissent.
- Seigneur Legolas ? lance un elfe lui tendant l'épée de Thorin.
Oh, je vois alors c'est lui ? L'enfant prodige et tant désiré par ses dames de Fondcombe, fils unique du roi Thranduil. En rentrant, je pourrais dire à Sunniva qu'elle avait raison de le trouver beau, mais inaccessible. Pas pour son titre, mais pour l'arrogance qui va avec malheureusement.
- C'est une ancienne lame elfique de Gondoline forgée par mes ancêtres. Où l'as-tu eu ? demande Legolas à Thorin froidement.
- Elle m'a été offerte.
Son regard devient instantanément dur et froid, baissant les yeux sur Thorin d'un air hautain.
- Pas seulement voleur, mais aussi menteur. Lui dit-il, le menaçant avec la lame.
- Il ne ment pas, le seigneur Elrond lui a offert cette épée, dis-je en elfique, croisant les bras.
Il me dévisage en plissant les yeux, mais je reste froide sans ciller. Il s'approche de moi et me dévisage de haut en bas avec un air de mépris qu'il n'essaie même pas de cacher.
- Vous ne valez pas mieux qu'eux visiblement, humaine, il lance en me prenant vivement le bras.
- Je crains que vous n'en sachiez rien du tout… Mon seigneur, je rétorque, un air taquin sur le visage.
Sa poigne est ferme, mais en aucun cas brutale. La chaleur de sa main autour de mon bras se déverse sur ma peau, je reste de marbre, mais la sensation est très inconfortable dans une telle situation et soupire de soulagement quand il le lâche enfin.
Je sais que j'ai encore du mal à contenir mes sentiments, que chaque émotion qui passe dans mon cœur est comme si je la découvrais pour la première fois, mais celle-ci c'est la première fois depuis mon arrivée qu'elle montre le bout de son nez… Je n'ose même la nommer, tellement elle est gênante.
- Cela suffit, on y va.
Nous commençons alors à avancer à travers la forêt. Après vingt minutes de marche, nous arrivons devant la grande porte d'entrée du royaume de Thranduil. Elle est sublime, grande et finement décorée. Ainsi c'était vrai, les elfes Silvan vivent dans une grotte. Les arbres remplissent la montagne, mais cela reste une grotte non ?
- Fermez les portes, ordonne Legolas.
Je dois bien avouer que cet endroit est particulièrement beau, c'est une caverne immense, une ville est directement construite à l'intérieur et des racines énormes forment des chemins à travers cette immensité. Le spectacle est tellement grandiose, que je ne sais où poser mes yeux.
Nous descendons alors un escalier de racines et de pierres et débouchons sur une salle en pente. Une prison, les elfes place les nains un à un dans les cachots, je me tiens à côté du Prince sans rien dire, essayant simplement de garder mon calme...
- On n'en restera pas là ! peste Dwalin.
- Laissez-nous sortir !
- Maliha, faites quelque chose ?! me crie Thorin en se débattant avant de rentrer dans sa cellule.
Je le regarde d'un air désolé, lui faisant « non » de la tête. Non, je ne peux rien faire, j'ai les pieds et les poings liés. Il en va des affaires diplomatiques entre la forêt Noire et Imladris et je ne peux rien faire de plus que de suivre ces elfes…
La jeune femme elfe rousse s'avance vers nous après avoir placé Kili dans sa prison.
- Le nain, pourquoi vous regarde-t-il Tauriel ? demande Legolas.
- Qui sait ? Il est plutôt grand pour un nain. Vous ne trouvez pas ? répond-elle.
- Plus grand que d'autre, mais pas moins laid.
Je la regarde partir, pressée, il la suit également du regard.
C'était quoi ça ?! Je fronce les sourcils, d'incompréhension. De la jalousie ? Et elle, serait-elle attirée par Kili ? Je sais que les elfes Silvan sont moins prudes que les autres, quand bien même, poser ce genre de questions directement est inhabituel pour les elfes…
Une fois l'ensemble des nains sous clé, Legolas se tourne vers moi et me regarde étrangement. Son air supérieur a disparu, il est plus doux et peut-être même compréhensif. Le voyant sous un nouveau jour, je dois dire que c'est plutôt agréable à regarder.
- Suivez-moi, dit-il simplement en commençant à descendre.
Je le suis en silence, ne pouvant m'empêcher de le regarder encore en détail... Il est grand, très grand même, deux lames sont placées sur son dos ainsi que son arc, puis ses tresses, ses oreilles fines, ses épaules larges et enfin ses mains. Tout et je dis bien tout, chez cet elfe est attirant et l'envie me transperce sans aucun contrôle. Je me mords la lèvre me faisant encore violence pour détourner les yeux de ce corps parfait, du moins pour ne pas regarder plus bas… Maliha, tu es irrécupérable...
Nous continuons à marcher vers le centre de la cité, plus nous avancions et plus c'était grandiose et je dois m'arrêter pour regarder plus en détail. D'immenses colonnes dégringolent du plafond, de quelle façon ont-ils bâtis ça ?
On dirait que la lumière naturelle entre quelque part, mais je ne sais pas où, l'espace est beaucoup trop grand. Il y a des recoins partout, mais chacun d'entre eux est décoré, les détails de chaque pont et des colonnes sont époustouflantes ; les gravures sur leurs pourtours sont merveilleuses. C'est beaucoup plus grand qu'Imladris et pourtant nous sommes sous terre, une véritable prouesse.
- Pouvons-nous avancer ?
Je me retourne vivement vers l'elfe qui affiche un air blasé.
- Pardon, c'est… C'est vraiment magnifique, alors je… dis-je en pointant faiblement d'un doigt.
Il continue de me fixer les bras, croisés en poussant un soupir.
- Ok, allons-y…
Je suis honteuse, mais en même temps, je ne pouvais que regarder, si ça se trouve je ne reviendrai jamais ici, alors autant en profiter.
- J'avais entendu dire que les salles du roi Thranduil étaient magnifiques, mais j'étais loin de m'attendre à ça, c'est splendide… J'espère que je reviendrai, pas en tant que prisonnière, mais dans un contexte plus officiel, j'aimerais beaucoup visiter, ou même me perdre ici, j'ai ri légèrement pour détendre l'atmosphère entre nous…
Il me regardait perdu, complètement surpris par mes remarques, sans doute. Il faut dire que je faisais un peu "touriste" pour le coup…
- Vous êtes humaine, ça m'étonnerait beaucoup de vous voir franchir ses portes de nouveau durant le laps de temps qu'il vous reste à vivre.
Charmant… Là, il venait de rencontrer mon orgueil, d'un regard fixe devant moi en passant à côté de lui pour reprendre la route, je lui ai fait comprendre d'une manière taquine.
- Je pense que même une vie d'elfe ne vous serait pas suffisante pour apprendre à être aimable...
Mon Dieu, il a ri ? Enfin, il a étiré un sourire rapide avant de soupirer. Je lui ai donc rendu, d'un naturellement plus prononcé, plus humain sans doute, avant de le suivre à nouveau sans rien dire.
Après dix bonnes minutes de marche, j'ai distingué une grande plateforme surplombée d'un magnifique décor de racines. Visiblement, c'était notre destination. Nous arrivons au bord des marches d'accès, l'elfe se retourne soudain, me forçant à m'arrêter derrière lui.
- Tâchez de ne rien dire de stupide, dit-il encore sèchement.
Oui, cette phrase avait été sèche, mais bizarrement ses yeux montraient plutôt une mise en garde et j'ai levé un sourcil en guise de réponse.
Nous montons les marches et mon regard tombe instantanément sur l'elfe assis sur le trône. Le roi Thranduil… Une couronne de branche parsemée de joyaux, un regard hautain et glacial, des cheveux blond presque blanc qui tombent raides jusqu'en bas de son dos, une prestance royale, presque accablante… Un visage à en damner un saint, grand, très grand, large d'épaule, la carrure d'un roi…
Nous arrivons au centre de la plateforme, il me dévisage avant même de descendre du trône, le même regard rempli de mépris que Legolas, même si c'est bien vu que celui-ci peut avoir les yeux beaucoup plus doux. Je ne sais pas vraiment comment l'expliquer, mais il y a une froideur ancrée dans ses pupilles, un état glacial qui me prend le cœur et j'en perds le souffle.
- Père, commence Legolas en s'inclinant, nous avons trouvé une compagnie de nains sur nos terres. Ils sont actuellement aux prisons et enfermés. L'humaine, ici présente, les accompagnait. Elle dit être envoyée par le seigneur Elrond afin de les protéger. Portant les armoiries du royaume d'Imladris, j'ai préféré l'amener à vous.
Le roi Thranduil se lève et descend lentement de son trône, les mains dans le dos. Ça démarche est si calme, il doit faire deux têtes de plus que moi, m'écrasant littéralement à chacun de ses pas.
- Voyez-vous ça. Une femme, humaine, envoyée par le seigneur de Fondcombe dans le but de protéger des nains. Comment voulez-vous que l'on vous prenne au sérieux ?
Ok…
Sa voix est aussi froide que son regard, elle me transperce sur place et ce petit rire malsain me retourne l'estomac... Je préfère répondre solennellement et ne pas rentrer dans le jeu de "qui sera le plus fort à la joute verbale", déjà, parce que c'est un roi et aussi parce que je ne vais pas pouvoir me contenir... J'incline donc simplement la tête en signe de respect avant de me lancer d'une voix calme.
- Mon seigneur, je vous prie de me croire si je vous dis que c'est en effet la vérité.
Il a souri… Mais d'un sourire faux.
- Les nains, je m'y attendais, mais une femme, de la race des hommes en plus... Voyez-vous, je n'apprécie pas vraiment les nains, mais il me semble qu'ils sont bien plus robustes et forts que de vulgaires hommes, alors par rapport à vous...
Ne pas répondre, juste ne pas répondre, c'est simplement de l'intimidation gratuite. Il s'approche, gardant les mains toujours derrière son dos. Il est d'une beauté froide, tout le contraire des elfes de Fondcombe. Ces yeux ne sont qu'acier et glace, me faisant frissonner d'un pas en arrière.
- Approuvez-vous la quête de cette compagnie ?
Je fronce un sourcil, déstabilisée par la question soudaine.
- Le but de cette quête n'a aucune importance à mes yeux mon seigneur, je ne suis ici que pour les protéger.
Il rigole pendant plusieurs secondes encore et je tourne mon regard vers son fils qui me renvoie un air grave.
- Quel est votre nom ?
Nous y voilà… Je ne réponds pas en soupirant, priant pour qu'il n'y fasse pas attention et change rapidement de sujet par la suite.
- Votre nom, ou ne comprenez-vous pas ce que je dis ? demande-t-il plus fort, impatient.
Très bien…
- Je m'appelle Maliha.
- Maliha… Une suite, peut-être ?
Les paroles de Gandalf résonnent dans ma tête, « en dernier recours ».
- Non mon seigneur, je ne suis personne.
- Cela va sans dire… Soit ! Dites-moi dans ce cas, Maliha…
Il s'approche vivement de moi et s'arrête à quelques centimètres de mon visage. Je reste droite comme un piquet sans sourcilier, complètement perdu dans la contemplation de ses yeux parfaits et froids. Un frisson glisse le long de ma colonne vertébrale et je ne peux qu'avaler ma salive et baisser les yeux.
Mais il ne me laisse pas capituler, prend mon menton et hisse mon visage vers le sien. Mon cœur bat la chamade en croisant de nouveau son regard. Je ne sais pas quoi faire, totalement prise au dépourvu par son geste.
- Pensez-vous réellement pouvoir me faire avaler de telles inepties ?! Regardez-vous, humaine vieillissante… Vous avez déjà des cheveux blancs, vos yeux restent passables, mais que dire de votre allure… Quel genre de fardeau êtes-vous ? Le genre qui aime le nain ?
Je suis complètement déboussolée par ces mots, la colère monte en moi comme un raz de marée poursuivi par un vent de tristesse. Comment peut-on dire ça ? Je veux que cette conversation s'arrête… Legolas fait un pas vers moi, en le voyant du coin de l'œil. Thranduil finit par lâcher mon visage en se retournant et mes jambes ont envie de flancher, mais la partie ne venait que de commencer…
- Vous dites être envoyée par Elrond… Vous n'en avez probablement pas conscience, mais s'il se rabaisse à envoyer une pauvre fille dans votre genre, c'est qu'il a probablement voulu se débarrasser de vous... Du moins si vous n'êtes pas une petite menteuse…
Par les Valars… Chaque mot, chaque phrase, détruit l'un après l'autre les piliers déjà effrités de la faible confiance en moi… Cette situation me donne la nausée, prise de cours et je déteste ça, me sentir impuissante et la colère monte encore.
- Ada… murmure Legolas.
- Qui êtes-vous ? Et pourquoi accompagnez-vous ces nains ?! s'exclame-t-il en haussant brutalement le ton.
Je sursaute sous la puissance de sa phrase et recule d'un pas, le frisson de colère et de peur dégouline dans mon cou et dans mes veines. Non, je ne peux pas répondre, et ferme les yeux pour contenir la sensation de haine qui me prend alors. Il a beau être un roi, qui a le droit de rabaisser et d'humilier les gens de cette façon ? Je serre mon poing.
- Pour qui vous prenez-vous ? Vous êtes tellement insignifiante face à un elfe, vous frissonnez comme un animal apeuré, c'est pitoyable, pauvre petite créature mortelle. Maintenant, répondez avant que je ne vous tue, votre vie ne doit pas avoir une grande valeur, moins que celle d'un nain… Créature éphémère... Répondez ! Pourquoi…
Il n'a pas eu le temps de finir sa phrase que la colère a explosée en moi. J'ai pris Nordeline derrière mon dos d'un geste vif. Sentit à peine la main du prince essayer d'arrêter mon geste, mais il a heurté un bras d'acier déterminé et implacable.
J'ai planté la lame brillante dans le sol avec force et le sol a craqué dans un bruit strident. Il n'a pas bougé dans le silence, détaille Nordeline en scrutant les inscriptions gravées en son centre et a reculé d'un pas, affichant un air sombre.
- Je suis Maliha, fille d'Illuviné.
Il reste sans voix plusieurs secondes, puis fronce les sourcils en acceptant mes mots.
- Vous savez qui je suis, n'est-ce pas ?
Il fit un léger signe de tête d'approbation, me donnant l'impression qu'il allait me bouffer ou me tuer sur place d'un regard.
- Maintenant que les présentations sont faites, pour la survie de votre royaume et la vôtre, je vous prierais de bien choisir vos prochains mots. Ma patience de femme humaine vieillissante, comme vous dites, est moindre par rapport à la vôtre. Navrée pour ces mots, mais ils sont entièrement mérités, vous en conviendrez.
Son regard passe de la surprise à la haine. La grande et large lame brille devant lui, ma main toujours serrée à la garde. Je l'arrache alors du sol et la range entre mes omoplates. Il suit le mouvement avec dégoût et semble réfléchir en faisant quelques pas de recul.
- Legolas, emmenez-la au quartier des invités.
Je regarde le dit Legolas, qui paraît surpris par la décision de son père, mais finit par faire un signe de tête.
- Place des gardes à sa porte, qu'elle ne sorte sous aucun prétexte, ajoute le roi.
Comme si tu pouvais seulement me garder en cage… Il marche lentement vers son trône et me retourne à la suite de Legolas.
- Fille d'Illuviné, vous séjournerez ici le temps que je m'entretienne avec les nains, mais sachez que vous n'êtes pas la bienvenue, vous ne le serez jamais. Les peuples voient en vous un espoir, alors que, comme votre prédécesseur, vos actes n'apporteront que mort et souffrance. Votre force vous donne tous les droits, jusqu'à désigner qui doit vivre ou mourir, je vous haïrai dans l'éternité des âges, sachez-le. Maintenant hors de ma vue.
Il continue de marcher en se tenant la tête. Je reste interdite, que veut-il dire au juste ? Ces mots étaient tellement froids, mais pas de la même froideur que les premiers, y sentant une colère éternelle… Legolas a l'air aussi surpris que moi et fronce les sourcils.
- Suivez-moi. Me lance le prince.
Je regarde le roi une dernière fois, le regard plein de questions, mais finit par suivre le prince. Après plusieurs minutes de marche, je décide de briser le silence de mort qui régnait entre nous.
- Que va-t-il se passer maintenant ? Quand pourrons-nous reprendre la route ?
- Quand mon père le décidera.
Charmant… Si on tente autre chose ?
- Qu'a voulu dire votre père par rapport à mon prédécesseur ?
Aucune réponse, aucune réaction, il continue juste de marcher. Tsss… C'est quoi leur problème à tous ? Ou n'est-il simplement pas au courant ?
- Savez-vous qui nous sommes au moins ?
- Je n'ai pas besoin de le savoir, rétorque-t-il.
- J'en comprends que vous n'êtes au courant de rien. Pour un elfe de votre rang, ça m'étonne, je réponds d'un air ironique.
Il s'arrête et se retourne vivement, me forçant à me stopper.
- Je me contrefiche de qui vous êtes, c'est compris ? dit-il dans un murmure sec.
Nous restons un instant sans bouger, je crois lire une lointaine tristesse dans ses yeux. Pourquoi affiche-t-il un air si triste ?
- On y va.
Nous continuons la marche à travers les racines qui transpercent la roche pour arriver devant une série de portes sur un balcon.
- Voici vos quartiers.
Il ouvre la porte en face de nous.
- Vous n'êtes ni prisonnière, ni invitée, alors tâchez de ne pas sortir sans que l'on vous y invite, de toute façon votre porte sera gardée.
Je rentre dans la pièce et me retourne, Legolas tiens la porte, nos regards se croisent une dernière fois avant qu'il ne la ferme doucement.
Je reste assise sur le lit à réfléchir sur cette journée et soupire en passant les mains sur mon visage. Les nains ne négocieront pas avec les elfes, c'est perdu d'avance, Thorin ne leur permettra rien. Et Thranduil, même après l'avoir vu quelques minutes, je sais par avance qu'il ne cédera pas non plus. Ils n'arriveront pas à temps à Erebor, tout est perdu. Et Bilbon, seul dans la forêt Noire, où peut-il bien être celui-là ?
J'ai fait le tour de mes quartiers et tombe finalement sur une petite salle de bain. Un bain… Mon rêve depuis des jours… Et bien autant en profiter...
J'ai fait couler l'eau, retiré ma cape, mes bottes et le reste et défait ma tresse, laissant mes cheveux courir le long de mes épaules. Me regarde longuement dans le miroir, apercevant les cheveux blancs dans les mèches brunes et pousse un soupir résigné.
Je me suis enfoncée dans le bain chaud, mes pensées ont divagué sur les paroles de Thranduil ne sachant pas de quoi il voulait bien parler… Je sais juste que je n'ai rien à me reprocher, du moins je l'espère. Cette idée me rassure un peu, mais je demanderai ce qu'il en est à Glorfindel ou à Elrond en rentrant… Le bain détend mes muscles, et enlève la crasse incrustée depuis des jours, un bien fou je dois dire… Je me plonge entièrement et entame de laver mes cheveux avec un savon à l'odeur de lys. Je suis restée un bon moment, profitant de l'eau chaude et réconfortante perdue dans mes pensées, en regardant le plafond peint avec des motifs de feuillages entrelacés qui dansaient au rythme des flammes des bougies. Sortie au bout d'une heure, enroule un peignoir de soie crème brodé posé sur une chaise et passe dans la chambre.
J'ai stoppé mes mouvements à l'instant où je l'ai vu… Il était là, au milieu de la pièce. Tourne son visage vers moi rapidement et ma serviette en tombe par terre.
Legolas.
Maliha regarde l'elfe avec surprise, les mots sont restés coincés dans sa gorge quand elle a rencontré ses yeux bleus. Il avait quitté son armure, montrant une tunique claire, élégante et fine. Son regard le parcourait, détaillant sa posture, grand, droit, avec un port de tête royal, la tunique laissait apparaître sa carrure finement musclée. Elle pouvait voir clairement maintenant la forme de son corps sous elle et la vue lui rougissait les joues sans sa permission.
Elle le trouva incroyablement beau, plus que les fois précédentes encore. Elle ne se lassait pas de le dévorer des yeux, même si elle savait pertinemment que cela pouvait être grossier, mais en même temps, ne faisait-il pas de même à cet instant ?
Legolas avait frappé à la porte, mais aucune réponse ne lui était parvenue. Il a froncé les sourcils, soudain conscient qu'elle aurait très bien pu sortir d'une autre manière que par la porte. Il est donc rentré sans attendre plus longtemps, certain de ne trouver personne dans la chambre.
Il s'est avancé et ses yeux se sont posés sur les vêtements posés sur le lit et l'épée appuyée sur le coin d'une chaise. Un bruit sur la gauche lui fit tourner un regard rapide et ses yeux se sont posés sur la femme en question. Il est resté figé, ne comprenant pas pourquoi la vue devant lui a tordu le ventre d'une chaleur inconnue. Elle était sortie de la salle de bain, portant juste un long peignoir de soie crème noué à la taille par une ceinture large. Séchait ses cheveux mouillés, mais la serviette tomba à terre quand elle croisa ses yeux. Ses joues étaient rougies par le bain et ses lèvres entrouvertes sous le choc. Il voyait sa poitrine sous le tissu fin se lever rapidement. La parcelle de peau visible à son décolleté lui fit détourner les yeux de gêne.
- Pardonnez-moi… finit-il par articuler. J'ai frappé à votre porte, mais je suis resté sans réponse, j'ai cru que vous vous étiez échappée.
Elle a arqué un sourcil d'amusement.
- Je repasserai plus tard, le temps pour vous de passer un habit plus adéquat, dit-il en se retournant vers la porte.
- Non, non, ça ne me dérange pas, je… je ne suis pas vraiment… bref, que vouliez-vous me dire ?
Il a rencontré de nouveau ses yeux à cette phrase, pour lui, elle était vraiment étrange. Là, devant lui, en peignoir, sortant à peine du bain et cela ne la dérangeait pas le moins du monde ? Même pour lui, la situation était à la limite de l'inconvenance. Et elle demandait simplement de quoi il voulait lui parler ? Mais d'un autre côté, il trouvait la vue agréable sans se l'avouer, il était loin de penser que les femmes humaines possédaient de tels corps… Il fronce les sourcils, s'obligeant encore à quitter celui-ci des yeux avant de commencer.
- Vous serez libérée demain matin.
Un éclair de soulagement est apparu dans ses yeux et elle a avancé vers lui de quelques pas. Il a attardé ses yeux sur le tissu qui dévoilait ses formes par ses mouvements fluides, avant de se faire violence de nouveau finissant par se l'avouer, elle était belle.
- Vous uniquement, a-t-il ajouté en soupirant.
- Quoi ?
Elle a encore fait un pas en avant.
- Les nains restent ici jusqu'à ce qu'un accord soit conclu.
Elle a soupiré en attrapant la serviette rapidement par terre d'un geste rageur, s'est dirigée vers le balcon et a déposé la serviette sur une chaise en passant. Il ne pouvait pas faire autrement que de la regarder… Ses yeux suivaient ses épaules, son dos, ses hanches, ses jambes se mouvoir devant lui pour atteindre le balcon, il pousse un soupir en fermant les yeux.
- Je ne peux pas partir sans eux. Je ne peux pas les laisser ici, je partirai quand ils partiront.
Elle s'est retournée vers lui en croisant les bras, son regard était dur.
- C'est la décision du roi madame.
- Tsss… Je ne suis pas une dame. Je ne bougerai pas d'ici avant qu'ils soient libérés.
- Je vous en prie, n'en rajoutez pas, la situation est déjà suffisamment compliquée.
Il avait prononcé la phrase dans un murmure suppliant, se tenant l'arête du nez quelques instants avant de la rejoindre sur le balcon, résigné.
- Mon père ne vous porte pas dans son cœur, pour, je ne sais pour quelle raison. Restez ici et vous aurez de graves ennuis. Estimez-vous heureuse de pouvoir partir.
Maliha n'a pas répondu en le dévisageant, ne trouvant dans ses traits aucune ouverture à la négociation. Et puis si elle pouvait sortir d'ici, cela lui permettrait de retrouver Bilbon.
Leurs regards se sont rencontrés, elle devait lever la tête pour attraper ses yeux car malgré son mètre soixante-huit, il faisait bien une tête, voire plus, qu'elle. Elle soupira en reprenant sa contemplation du paysage.
- Très bien.
Il la détaille tandis qu'elle regardait au loin. C'était un visage très différent des humains qu'il avait déjà rencontrés auparavant. Un visage en cœur, aux pommettes hautes qui creusaient légèrement ses joues avec une mâchoire bien dessinée et marquée. Des taches de rousseurs discrètes qui passaient sur un petit nez droit légèrement retroussé. Un visage doux, mais expressif.
Les lèvres bien dessinées, pulpeuses, mais pas trop, des sourcils droits et épais, mais courbés à leurs extrémités. Des yeux ronds grands ouverts sur une couleur unique, un vert d'eau de feuille d'eucalyptus entouré d'un cercle noir. Jamais, même chez les elfes, il n'avait vu une telle couleur, ce vert était unique et il ne se lassait pas de l'attraper, découvrant un nouveau détail à chaque rayon de lumière. Elle était grande pour une femme humaine, grande et longiligne, il devinait de longues jambes, une taille fine, une poitrine discrète, un dos cambré et des hanches marquées, caractéristique de la race des hommes. Il y avait aussi les muscles dessinés de ses bras sous la soie, une musculature développée qu'il était rare de voir chez une femme, même si celle-ci restait discrète.
Il devait se l'avouer, cette femme était superbe, s'éloignant à la fois des hommes et des elfes… Une créature unique d'une race visiblement peu commune. Il s'attarde encore le long de sa mâchoire pour descendre dans son cou, son cœur chauffe à mesure que ses yeux restaient sur elle.
Il se souvint de l'épée qu'elle avait derrière son dos, une telle lame ne pouvait pas être portée par une femme et pourtant elle l'avait retiré si rapidement, si aisément, il n'avait rien pu faire…
Le mystère planait dans son esprit, cette femme si fine, portant une si grande et lourde épée, dépassait son imagination. Et que dire des deux armes sur ses cuisses, celle avec laquelle elle l'avait menacé lors de leur rencontre… Il n'avait jamais vu une telle chose. Plus il la dévisageait, plus elle l'intriguait.
- Venez-vous réellement de Fondcombe ?
Elle a tourné de nouveau son regard et l'a dévisagé avant de répondre.
- Je vous ai dit la vérité, je n'ai aucune raison de mentir.
- Vous ne ressemblez pas aux personnes de la race des hommes originaires de cette région, encore moins aux elfes madame, de plus la coupe de vos vêtements m'est complètement inconnue et que demander de vos armes…
- J'ai été accueilli par les elfes de Fondcombe si vous voulez la vérité, c'est ma maison à présent. Et je ne suis pas une dame.
- Et d'où venez-vous ?
- De très loin, d'une terre que vous ne pouvez connaître, mon seigneur.
Il arqua un sourcil indécis qui la fit sourire doucement.
- Je vous jure que vous n'avez aucune idée de l'endroit d'où je viens, sauf si France, Afrique, Amérique, ou même Paris, Rome, New York, Singapour, Tokyo, vous dit quelque chose bien sûr.
- Je dois avouer que non…
Il croisa les bras en fronçant les sourcils, légèrement énervé de ne pas connaître en effet tous ces noms.
- Ne vous inquiétez pas, je pense qu'aucune personne en terre du milieu ne sait de quoi je parle, alors ne désespérez pas, elle sourit.
- Et que faites-vous à Fondcombe ?
- Je suis venue aider…
- Aider ?
- C'est la tâche qui m'a été proposée et je l'ai acceptée. J'ai été accueilli à Fondcombe dans ce but.
Elle soupire, cette conversation commençait à devenir compliquée à gérer pour Maliha.
- Écoutez, votre père semble savoir qui je suis, alors demandez lui, il vous expliquera sûrement. On m'a demandé de rester discrète, pour vous dire la vérité. De plus, parler de mes origines est difficile, ma famille me manque, mes amis me manquent, j'ai tout quitté pour venir ici, alors je voudrais éviter de penser à ma condition et juste avancer dans ma tâche.
- Je comprends… Puis-je vous poser une dernière question ?
Elle soupire.
- Allez-y.
- Êtes-vous vraiment de la race des hommes ?
Elle fronce les sourcils en cherchant quoi dire. Était-elle encore humaine ? Elle ne le savait pas au fond, elle était un mélange d'humain et d'autre chose maintenant…
- Avant oui… Maintenant, je ne sais plus. Bien que je n'ai pas la sensation d'avoir changé, d'être toujours la même, je ne suis pas sûr d'être encore du genre humain à proprement parler. Je suis propre à ma race, elle se rapproche de l'homme, mais s'en éloigne pourtant de plus en plus.
- De quelle race parlez-vous ?
- Vous avez dit que c'était votre dernière question, mon Seigneur.
Il semble irrité par la remarque.
- Ne m'appelez pas "mon Seigneur", dit-il presque durement.
- C'est pourtant ce que vous êtes.
- Je sais, mais je vous demande toutefois de ne pas l'utiliser.
- Très bien, comme vous voudrez, Legolas Greenleaf...
Il y eut un silence gênant… Maliha soupira en se demandant pourquoi l'elfe restait simplement là, les bras croisés à regarder la caverne sans but…
- J'ai cru comprendre qu'il y avait une fête ce soir ? demande-t-elle finalement.
- Oui, c'est la fête de la lumière des étoiles.
- Oh, je vois. Je ne suis pas encore tout à fait au point avec la culture elfique, l'apprentissage est long… Et pourquoi êtes-vous ici au lieu de danser Legolas Greenleaf ?
Un air triste passe sur son visage.
- Je n'ai pas le cœur à fêter quoi que ce soit.
- Et pourquoi donc ?
- Cela ne vous regarde pas.
- Ma vie non plus ne vous regardait pas.
Il secoua la tête à la remarque, mais elle avait raison, elle s'était confiée à lui...
- Les temps sont sombres, la forêt devient obscure, un peu plus de jour en jour. Les araignées sont toujours plus nombreuses et les rumeurs vont bon train.
- Pourquoi ne pas les chasser ?
- Ce n'est pas si facile… Une partie d'entre-elles ne sont pas sur nos terres…
- Et le roi ne veut pas aller chercher plus loin que ses frontières…
- Comment…
- Le roi Thranduil à une certaine réputation… Et ce ne sont pas ses frontières qui font qu'elle ne traverse pas le pays. Chacun a sa façon de gouverner, je suppose.
- En effet, dit-il durement.
- Je ne voulais pas vous offenser… Vous semblez avoir un avis différent de celui de votre père, je me trompe ?
- Non… Vous ne vous trompez pas. Mais c'est avant tout mon roi.
- Je comprends. Mais vous êtes également un prince, héritier de la couronne du royaume des bois, pour cela vous devriez avoir votre mot à dire. Du moins c'est ce que je pense. Vous êtes libre de faire ce qui vous paraît juste et vous en avez peut-être même le devoir sans le savoir. Les ténèbres n'ont pas de frontière, alors si votre père ne fait rien, qui le fera ?
Il la regarda finir sa phrase en plongeant ses yeux bleus dans le vert dur sous lui. Il savait que ses paroles étaient vraies et que bientôt viendrait le moment où il prendrait la décision de faire les choses par lui-même, pour protéger son peuple. Ce temps était peut-être venu, la situation était grave et il sentait planer un mal et un danger grandissant.
- Je sais. Je ferai ce qu'il faut en temps voulu. Mais cela veut dire…
- Vous confronter et désobéir à votre père ?
Elle lisait dans son esprit et ne sut que répondre.
- Ne laissez personne aller à l'encontre de vos intuitions et devoirs. Il ne faut pas avoir de regrets, jamais, dit-elle.
- Je suppose que c'est pour cela que vous êtes partie de chez vous ?
Elle lui sourit en croisant les bras.
- Et j'accomplirai la tâche qui m'a été confiée, car elle est juste à mes yeux.
- Quel âge avez-vous ?
Elle soupire.
- Je suppose que je suis rentrée à l'intérieur de vos tourments sans y être vraiment invitée, alors pour me faire pardonner… J'ai quarante ans.
- Vous paraissez beaucoup plus jeune, je vous aurai donné trente âges d'homme, pas plus.
- J'ai de très bons antécédents familiaux, elle a souri à pleines dents.
Son sourire a illuminé son visage, un sourire étincelant révélant de petites rides au coin de ses yeux. Legolas se sentit fondre à cette vue, le sourire humain était tellement vrai et expressif contrairement aux elfes. Et sur elle, il était merveilleux, son ventre s'est encore tordue en entendant le son du rire sortir de ses lèvres finement étirées.
En sa présence, il sentait se réveiller en lui des sensations inconnues, il en était déstabilisé, sortant de sa zone de confort habituelle, mais il avait envie de rester et d'en ressentir toujours plus, de comprendre ce changement d'état qu'elle provoque en lui, de savoir pourquoi ses yeux étaient captivés. Il avait déjà été attiré par le sexe opposé, souhaiter découvrir ce que les vêtements empêchaient de voir et avait trouvé ça beau à regarder. Mais elle était différente, ce qu'il ressentait à cet instant était totalement différent.
- Je vais vous laisser, dit-il finalement en se reprenant. Je viendrai vous chercher demain aux premières lueurs de l'aube.
- Très bien, répondit-elle en le voyant partir jusqu'à la porte.
Il s'arrête et se retourne vers elle.
- Je tenais à m'excuser pour les paroles de mon père. Vous ne méritiez pas un tel traitement.
- Merci.
Elle lui répond en inclinant la tête et il lui renvoie son salut avant de sortir sans plus de cérémonie. Maliha resta à regarder la porte, légèrement interloquée par leur conversation. Il avait été froid et distant il y a quelques heures et voilà qu'ils ont passé un long moment à parler de tout et de rien. Se sentant étrange, maintenant seule dans la chambre, parce que son cœur était maintenant vide dans le silence. Elle continua à regarder la porte, cherchant des réponses à la sensation de manque invraisemblable qui la prenait sans raison.
Lui, après avoir fermé la porte doucement, commença à marcher pour rejoindre ses quartiers. Son cœur était perdu de cette rencontre et de la conversation qui avait duré plus qu'elle ne l'aurait dû. La vérité était qu'il n'avait pas vraiment vu le temps passer, car il avait été simple d'entamer la conversation et agréable de la continuer. Il avait peur, car il n'avait pas pu contrôler l'envie de continuer.
Plus tôt, il avait été déchiré par la vue de Tauriel parlant à ce nain, puis là, attendrit et le cœur presque bondissant face à l'humaine en la dévorant des yeux. Il poussa un soupir en fronçant les sourcils, énervé par cette pensée. Pourquoi était-il resté ? Pourquoi lui avait-il parlé de son trouble ? Jamais il ne se confiait si facilement et surtout pas aux inconnues enfermées dans une chambre par ordre de son père… Pourquoi ne s'était-il pas empêché de regarder son corps ? Même les plus belles elfes ne lui provoquaient pas cette envie du "détail", de glisser ses yeux le long des formes et de les savourer. Il n'avait vu que de simples formes et son ressenti était bien supérieur à celui qu'il avait pu avoir.
Il chasse ces idées de son esprit en s'énervant contre lui-même et tue l'envie au creux de son ventre en serrant du poing violemment.
Il fallait surtout qu'il sache pourquoi son père avait eu une telle réaction. « Votre force vous donne tous les droits ». Il avait constaté qu'elle possédait une très grande force, regardant son poignet quelque seconde, car il le sait, rien n'aurait pu arrêter ce mouvement.
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