/ … Chapitre trente-deux … /
"Setting Sail (Chill Mix)" - Eastern Odyssey
- Maliha?
La main de Glorfindel m'a arrêté alors que je marchais doucement seule devant les autres. J'ai soupiré me mettant à sa hauteur tout en continuant de marcher.
- Je sais très bien ce que tu vas dire Glorfindel. Je ne veux pas en parler…
- Tu vas être obligée.
- Écoute c'est une partie de moi, c'est comme ça et je peux la maîtriser, c'est tout ce qui compte. Et si ça ne te plaît pas c'est pareil, je suis comme ça.
Je voulais être ferme. Je venais d'accepter celle que je suis devenue, qu'importe leurs promesses, leurs confiances, et tous ses mots sur l'attachement qu'ils pourraient avoir envers moi. Cette nuit j'ai juste constaté que j'étais seule et redoutée.
- Pourquoi un si sombre discours ?
Je me suis arrêtée pour lui montrer mon agacement.
- Si tu avais vu tes yeux. Si tu avais pu y lire ce que j'y ai lu… Vos yeux à tous d'ailleurs… Vous avez tous peur de moi, tu auras beau dire Glorfindel, je reste celle que je suis. Pour la première fois cette nuit j'ai vu la vérité sur ton visage, cette méfiance, cette hésitation de me tuer alors même que je te disais que je me contrôlais. Tu ne veux pas l'accepter, mais "ami", tu as besoin de moi, jusqu'à ce que je sombre et perde mon "utilité".
- Ton utilité ?
- Oui mon utilité! Comme tous les autres, nous former, nous battre et enfin nous tuer parce que de toute façon nous n'avons pas le choix!
- Tu n'es pas comme eux…
- Arrête de dire ça, tu ne sais rien de nous! Et puis de toute façon tes yeux on dit l'inverse cette nuit! Quoi que je fasse Glorfindel, ça fait partie de moi et je me maîtrise. Mais même en te disant ça, tu as hésité!
J'ai hurlé… Depuis combien de temps je n'ai pas hurlé sur Glorfindel. Mais la colère brûlait ma peau. J'avais envi de hurler sur la terre entière…
- Maliha…
- Je n'ai rien à te dire de plus.
Il a pris mon bras pour le serrer durement pour m'empêcher de reprendre la marche.
- Oui j'ai eu peur, et alors?!
Je me suis retirée de lui sans la moindre peine pour me planter de nouveau devant ses yeux et lui faire face comme jamais je ne l'avais encore fait dans ce genre de situation. Prête à exploser ma douleur à son visage.
- Et alors… Et alors je croyais que tu avais confiance en moi. Elle est là la différence!
Il a froncé les sourcils en respirant rapidement, ses yeux étaient en colère maintenant et les muscles de sa mâchoire bougeaient pour se retenir de hurler de nouveau. Plus un son n'était présent autour de nous. Tout s'était arrêté… Derrière lui, le reste de la garnison s'était stoppée pour nous regarder. Legolas me regardait avec un air méfiant, serrant l'arc dans sa main. Je me suis retournée vers les autres et lui en le désignant du doigt.
- Et toi, tu n'as pas besoin de cet arc tu sais?! Sois patient, tu auras ma peau à l'usure, tu n'auras même pas à lever le bras, parce que je finirais bien par crever de ce putin d'amour! !
J'ai hurlé épuisée dans ma langue natale. Ils froncent tous les sourcils et lui également en ne comprenant pas un mot du français que je venais de prononcer.
Je les ai laissé en plan pour continuer ma route. Mon esprit n'était qu'un ensemble d'autodérision et de colère… Nous sommes rentrés, j'avais fait le chemin seule en sentant leurs regards dans mon dos. Je voulais partir, me cacher, rester parfaitement seule sans rien demander. Attendre juste ma prochaine mission.
Je suis rentrée dans mes quartiers, jète la lame sur le lit et retire mes bottes énervées contre tout. Quelqu'un est entré en trombe…
- Qu'est-ce qu'il t'arrive au juste?
Aragorn était là devant moi, avec un air en colère sur le visage. Glorfindel a dû lui parler… Je déteste ce genre de situation, machin parle à machin et arrive sur ses grands chevaux…
- Tu ne peux pas nous demander de ne pas avoir peur Maliha.
J'ai froncé les sourcils, il prenait un chemin glissant.
- Nous avons tous eu peur, c'est vrai… J'ai eu peur de te voir perdre le contrôle, mais j'ai eu peur aussi de ne plus revoir la Maliha que je connais. De ne voir que l'ombre dans tes yeux, si différente de ton âme.
- C'est bon Aragorn… Je l'ai accepté tu sais.
Un air surpris passe sur son visage.
- Tu dis n'importe quoi… Ne la laisse pas…
- Écoute, je sais très bien ce que j'ai à faire et ce que je suis, d'accord? J'ai choisi d'être cette personne, j'ai quitté mon monde pour vous aider à sauver le vôtre et je suis heureuse d'avoir accepté. Je vous aime et je continuerai de vous protéger du mieux que je le peux Estel. C'est ma tâche, ma raison de vivre et d'être ici. Mais tout ça à un prix, le prix de mon nom. Je ne peux pas vous empêcher de me voir comme un titan et je l'ai accepté.
Il soupira en me regardant tristement.
- Tu l'as dit Estel, je ne peux pas vous empêcher d'avoir peur de moi. Mais je suis comme ça, tu dois l'accepter si tu le peux, mais j'en doute, j'en ai eu la preuve la nuit dernière. ça aussi je dois l'accepter.
- Maliha…
- Tu auras toujours peur de moi Estel… Tout comme Glorfindel et ce malgré votre attachement pour moi. Je lis la méfiance dans vos yeux… Laisse moi juste le temps de l'accepter.
- Tu seras toujours une sœur pour moi Maliha, quelle que soit ta nature. Même si j'ai peur. Ne va pas croire que ta nature changera ça… Je me défendrais contre toi si tu sombre, je me battrais, mais pour te faire revenir. Tu es ma confidente, celle qui m'a tout appris, mon amie de toujours, ma sœur.
J'ai continué à le regarder en cherchant mes mots… Mais il n'y avait rien que je pouvais dire à ça, rien… Je lui ai offert un sourire triste, en essayant de faire passer mes émotions dans ce simple sourire qui voulait tout dire au fond… J'ai baissé les yeux en sentant mes émotions me prendre.
- Tu fais chier…
- Je sais.
Il m'a prise dans ses bras et j'ai pleuré, vidé ma tristesse sur son épaule. Mon avenir était loin d'être lumineux, l'accepter presque impossible. Je ferai de mon mieux, comme d'habitude. Si ce choix était à refaire, je le ferai de nouveau. Ce monde le mérite, il mérite que je reste à ses côtés, jusqu'à qu'il devienne l'homme qu'il doit être. J'ai quitté son épaule pour afficher un sourire apaisé.
- Merci… Mon frère.
Il sourit en me tapant dans le dos pour me pousser à me reprendre.
- Tu devrais aller voir Glorfindel. Tes paroles l'ont rendu… Irritable.
- Et toi tu devrais aller voir Arwen.
Il a froncé les sourcils et soupira, sachant pertinemment que de toute façon il n'échappera pas à cette discussion.
- Je ne peux pas lui rendre cet amour Maliha. Dit-il lachement.
- Parce que tu ne t'en sens pas digne c'est ça?
Il fait un signe de tête pour approuver.
- Alors pourquoi moi je me sentirai digne du vôtre?
Il croise les bras en semblant gêné.
- ça n'a rien à voir…
- Estel, regarde moi dans les yeux et dis moi que tu ne l'aime pas de la même manière.
Il ne dit rien en regardant le sol.
- Je ne peux pas accepter qu'elle perde son immortalité pour moi Maliha. Je ne suis personne, mon sang est maudit, je…
- Tu n'as pas à faire ce choix à sa place. C'est son choix. Aragorn l'amour des elfes est éternel, Arwen t'a choisi et je sais très bien que c'est pareil pour toi. Alors tu veux quoi, rester à la regarder perdre sa lumière au lieu de l'aimer sans retenue toute ta vie?
- Quoi?
- Elle perd sa lumière Estel. Elle ne dit rien mais je le vois. Je crois qu'elle se moque éperdument de ton sang et du passé de tes parents. Elle t'aime tel que tu es ça s'arrête là.
Il me regarde sans rien afficher, perdu dans ses pensées. Je voudrais le gifler pour lui remettre les idées en place. Leur amour était réciproque, que demander de plus?
- Écoute, je n'ai pas votre chance, mon amour restera pour l'éternité à sens unique, alors s'il te plaît ne t'inflige pas ça.
Il me regarde avec effroi.
- Tu…
- Et oui. Dis-je en serrant mes mains derrière mon dos, lui affichant un sourire sincère. Vous méritez le bonheur qui vous attend, s'il te plaît, ne laisse pas ton passé influencer ton futur.
Il sourit, je savais que j'avais gagné. En même temps c'était perdu d'avance, les Valars en avait décidé ainsi.
- Très bien…
Il est parti. J'avais fait ma bonne action, au moins une chose positive depuis les derniers jours. Les voir heureux remplirai mon bonheur… Je ne voulais pas penser au futur, ne pas penser que je les verrais vieillir et même mourir. Mais si je pouvais faire le même choix qu'Arwen, j'hésiterais pas une seconde. Mais je ne suis pas une "premier né", on ne refuse pas un cadeau des Valars…
J'ai retiré mon habit de voyage, pris un bain tout en réfléchissant à ce que je pourrais bien dire à Glorfindel… Passe un pantalon large bleu marine et une tunique de la même couleur avec le même questionnement…. Enfilé mes ballerines et une longue veste de kimono grise, défait la tresse et brosse mes cheveux avant de les sécher. J'ai pris mon temps pour rendre mon teint potable avec un peu de poudre rosée et me mettre du rouge sur mes lèvres. Prends un sautoir, respire et ouvre la porte pour partir à la recherche de l'elfe.
J'ai marché et marché encore les mains dans les poches de mon kimono, regardant les premier signe du printemps sur les arbres. L'elfe était introuvable, j'ai croisé Rilomë qui m'indique la bibliothèque à l'autre bout de la cité… J'ai encore marché jusqu'à arriver enfin devant la dite bibliothèque .
- Vous auriez dû lui couper la tête Glorfindel. Aviez-vous vu son visage?!
Mon sang s'est glacé.
- Elle a dit pouvoir se maîtriser Legolas.
- Avez-vous oublié?
- Je ne crois pas que Glorfindel ait oublié cela seigneur Legolas, nous y étions…
Holorïn…
- Raison de plus… Elle aurait pu nous tuer, vous le savez très bien. Et cette lame, elle est devenue invincible à partir du moment où elle l'a eu entre ses mains, et vous le savez très bien.
- Maliha est loin d'avoir les mêmes attrait que l'on connaît des anciens titans. Elle est plus calme, plus souple et plus raisonnable.
Celeborn… Ma parole ils étaient tous là… Il ne manque plus que…
- Maliha a une chance de s'en sortir. La voix douce de Galadriel. Son coeur est bon et son amour grand. Il y a une bonté en elle qui n'était pas présente chez eux en effet.
- Je suis d'accord avec vous. Lance Glorfindel.
- Elle n'était pas elle-même, cet œil rouge, ce visage de marbre sans expression. Ais-je été le seul à le voir?
- Holorïn? Demande Celeborn.
- Elle a en effet laissé un instant le mal la prendre, mais de ce que j'ai pu voir elle ne leur à fait aucun mal.
- Elle a déposé son arme en arrivant devant eux après avoir éliminé les orcs qui les encerclaient. Termine Glorfindel.
- Le mal commence donc à la ronger… Dit Celeborn.
J'étais derrière le grand rideau, dans l'entrée, écoutant certainement la conversation qui déciderait de mon sort… Mon coeur se serre… Malgré les mots que j'avais dit à Glorfindel il restait fidèle à lui-même. Il me faisait visiblement un peu confiance finalement…
- Comme je vous l'ai dit, elle était là et m'a juré contrôler sa force.
- C'est votre amour pour elle qui vous rend aveugle Glorfindel. Lâche Legolas.
Quoi?
- Pardon? Demande rapidement Glorfindel.
- Votre amour ne doit pas influencer votre choix, il en va de notre vie à tous.
ça suffit…
- Je vous interdit de dire de tels propos. Glorfindel n'est nullement épris de moi.
J'ai marché pour arriver devant Legolas. J'ai plongé mon regard dans le sien, il n'a pas reculé. Il n'avait pas l'air surpris bizarrement, il me regardait juste, simplement, sans colère, sans haine.
- Pourtant votre façon de vous parlez, de vous protéger l'un l'autre, de vous regarder, de vous toucher, d'embrasser sa joue…
De simples mots… Mais il m'avait déstabilisé à l'instant où ses lèvres les avaient formés. Les syllabes si douces, c'étaient juste glissées hors sa bouche doucement, comme pour en savourer les formes qu'elles formaient sur sa langue.
- Maliha tu n'as à répondre… Essaye Glorfindel en s'approchant.
Je me suis reprise.
- Glorfindel est tout pour moi, il m'a tout appris, m'a soutenue depuis cinquante deux ans, je lui confierai ma vie autant que je la lui offrirai. N'allez pas mélanger les coutumes des elfes avec les miennes, vous ne savez pas d'où je viens. Et sâcher que je serai une femme comblée si son coeur avait choisi le mien, mais ce n'est pas le cas. Il n'éprouve aucun amour pour moi tout comme je n'en éprouve aucun pour lui, il n'y a qu'une amitié infiniment loyale.
Il plisse les yeux.
- J'ai pourtant cru voir de l'amour dans vos yeux.
Il m'a piégé… Complètement déstabilisée par ses yeux et cette tension, qui scrutaient mon visage.
- Vous avez mal interprété ce que vous avez vu mon seigneur.
J'ai coupé court à cette conversation gênante au possible pour aller directement devant le seigneur et la dame, évitant de me focaliser sur le regard de l'elfe dans mon dos.
- Si votre choix est de m'abattre, il en sera ainsi et je l'accepterai. Mais je ne laisserai que Glorfindel ôter ma tête.
- Maliha… Murmure celui-ci.
La dame m'a souri.
- Fille d'Illuvine, pouvez-vous nous certifier que vous étiez consciente?
- Oui je l'étais.
- Pourquoi avoir enfermé votre âme titan? Demande gravement Celeborn.
- Le seigneur Legolas et Estel était en difficulté, j'ai laissé mes émotions prendre le dessus et je l'ai senti sortir par mégarde. Je ne l'ai pas laissé faire et gardé totalement le contrôle. Mais une partie de moi était bel et bien enfermée, mais pas ma conscience, j'ai pu l'utiliser pour éliminer la menace.
- Vous ne devez pas utiliser son pouvoir à la légère.
- Je sais ma dame, j'ai encore beaucoup à apprendre pour maîtriser parfaitement mes émotions.
- Faites attention à votre propre vie Maliha. Commence Celeborn. Elle est précieuse, nous avons besoin de vous.
J'ai baissé les yeux avec tristesse. ça je le savais déjà…
- Et j'accomplirai ma tâche.
- Bien.
Il est sorti et la dame l'a suivi avant de s'arrêter devant moi pour lever mon menton.
- L'heure de votre bonheur viendra, ne désespérez pas Maliha.
Je l'ai regardé, sa robe blanche fluide balancer sous ses pas avant qu'elle ne sorte accompagnée de son mari. Je ne souhaite pas désespérer, mais c'était quand même la solution de facilité. Je me suis retournée pour tous les regarder, Holorïn me souriait doucement, Glorfindel était sérieux et Legolas en colère visiblement.
- Vous devriez vous excuser auprès de Glorfindel seigneur Legolas. Vous l'avez mis dans une position délicate. Je demande en ne baissant pas les yeux.
- En effet. Dit-il contre toute attente.
Il se dirige vers l'elfe concerné et lui présente des excuses plus que satisfaisantes, mais se retourne pour me faire face.
- Vous m'avez sauvé la vie par deux fois Maliha. Je vous en suis reconnaissant, mais pouvez-vous nous certifier que vous vous maîtriserez chaque fois que cette situation se représentera?
- Non mon seigneur, c'est pour cela que le seigneur Glorfindel à ordre de me tuer si je perds pied. Quoi que vous pensiez de moi, je ne prends aucun plaisir à tuer et la simple idée que je pourrais tuer ceux que j'aime m'est insupportable. Je ferai tout pour ne pas en arriver là, même à en perdre ma vie. Je suis capable de sentir quand la force veut me prendre, quand je perd pied, dans ce laps de temps il est parfaitement possible pour moi de savoir si je vais sombrer totalement ou non, et donc de me laisser tuer…
Ces yeux bleus me dévisageaient, je me sentais nue devant lui. Il avait posé sa question d'une façon si douce que j'en ai été surprise. Il a entrouvert les lèvres en continuant de me dévorer des yeux.
- De toute façon nous ne sommes pas censés nous revoir un jour.
Il est parti simplement sans se retourner. Nous sommes restés tous les trois silencieux.
- Bon, je vais vous laisser, vous avez sans doute beaucoup de choses à vous dire tous les deux. Lance Holorïn en claquant des mains.
Il est sorti à son tour et j'ai regardé Glorfindel. Il baisse les yeux au sol sans rien dire, les bras ballants, un air épuisé sur le visage. Je me suis approchée de lui pour le prendre dans mes bras.
- Je suis désolée de te faire subir ça Glorfindel… Je suis désolée de ne pas avoir pu résister…
- Non c'est moi Maliha… Tu ne devrais pas subir ça. Tu devrais pouvoir vivre libre…
- Ce jour viendra, j'en suis certaine...
Il a pris mon visage entre ses mains en souriant.
- A la base je te cherchais pour te présenter mes excuses.
- Des excuses, pourquoi? Dit-il.
- J'ai été froide ce matin, je voulais m'excuser… Je n'aurai pas dû être si…
- Tu as le droit d'être en colère, après tout c'est nous qui t'avons arraché de ton monde.
- Mais j'ai fait le choix de rester et j'ai eu tort de te dire ça, j'ai choisi de devenir comme ça…
- Comme tu as le choix de changer les choses et de montrer que tu es plus forte que le mal en toi Maliha. Je voulais m'excuser pour avoir douté de toi, je n'aurai pas dû…
- Glorfindel…
- Pardonne moi.
Son regard était sincère et dur. J'ai fait signe de la tête que j'acceptais ses excuses, car il n'y avait visiblement pas de place pour protester. Il a posé une main sur mon épaule en commençant à sortir. Nous sommes sorties de la bibliothèque pour marcher un peu sur les passerelles. Bientôt l'heure du départ sonnera, je n'ai plus de raison de rester ici… Je le savais… Et visiblement Legolas le savait aussi… La menace à la frontière Nord était éradiquée, pour l'instant du moins, et ma lame était terminée…
- Cela m'étonne qu'il est cru que je t'aimais. Dit-il d'un coup.
- Pas forcément, c'est vrai que nous sommes proches et puis il faut dire que je te pousse un peu hors de tes limites.
- Mes limites?
Je l'ai arrêté d'un geste rapide pour l'embrasser sur la joue. Il m'a regardé surpris.
- Tes limites.
- Et je me demande où sont les tiennes…
- Je n'en ai pas.
- Pardon?!
J'ai ri de bon cœur en voyant son air gêné.
- ça va détends-toi, je ne suis pas d'ici tu le sais très bien. Nous n'avons pas de "limites" et pas de "règle" sur un tel sujet.
- Et tu veux que je me détende?!
J'ai ri encore en me serrant discrètement contre lui d'un air faussement mielleux.
- Ouuuuuhh, pourquoi pas après tout… Cela fait si longtemps…
- Ne m'approche pas… Les femmes sont-elles toutes comme ça chez toi… Par les Valars…
- Non Glorfindel, je ne fais que te taquiner. En temps normal c'est plutôt toi qui viendrais à moi. Dis-je en lui faisant une tape dans le dos.
- Non mais ce qu'il ne faut pas entendre…
Il fallait dire qu'il se prenait tellement au jeu quand je faisais la folle. C'était un jeu enfantin entre nous, mais quelque part je crois que j'avais besoin de ces moments. Peut-être était-ce ma façon d'extérioriser mon stress et d'oublier les moments sombres. Je ne sais pas si Glorfindel s'en rendait compte, mais en tout cas je le remercie… Ma vie à Fondcombe commençait à me manquer, mes vêtements, mes quartiers, ma cuisine, mon petit monde. Mon jardin, mes habitudes, ma journée… En quatre ans ici, j'ai l'impression d'avoir perdu l'essence de moi-même. Où étaient mes jean, les seules et uniques, indestructibles jean que m'avait confectionné les couturières? Mes escarpins… Arwen avait fait pourtant un énorme effort ici en préparant ma venue avec quelque tenue selon mes goûts, mais ma vie me manquait.
- Quand rentrons-nous Glorfindel? Dis-je en lui prenant la main.
- Quand souhaites-tu rentrer?
- Bientôt, Fondcombe me manque… Elladan et Elrohir sont déjà là-bas depuis longtemps.
- Tu vas me dire qu'Elrohir te manque.
- Presque. Elladan surtout je dois l'avouer. Ils sont partis si vite…
- Il n'était pas prévu qu'il reste, les frontières de Fondcombe avait besoin d'eux.
- C'est vrai..
Nous avons continué à marcher tranquillement tous les deux.
- Nous sommes en février, je pense que rester après l'anniversaire d'Estel serait bien.
- C'est une bonne idée oui. Il me répond. Je préviendrai le seigneur et la dame de notre départ après le premier mars donc.
- Il y aura sans doute un bal hein? Cinquante ans… Le quart de siècle!
- Et nous y fêterons certainement notre victoire, et notre départ.
- Cela me semble bien. Penses-tu que Estel rentrera avec nous, et Arwen?
- Je sais que Arwen nous suivra… Aragorn je ne pense pas.
- Je m'en doutais… Explorer le monde hein?
- En effet.
Les mots de Legolas sont restés longtemps dans mon esprit. Avait-il vraiment voulu me piéger par ces mots? *J'ai pourtant cru voir de l'amour dans vos yeux*, la phrase tournait en boucle dans ma tête. Et les questions qu'elles engendraient avec elles d'ailleurs. Avait-il vraiment vu l'amour dans mes yeux? Avait-il voulu me tester? Se doutait-il de mon amour pour lui? S'il l'avait vraiment vu, cherchait-il celui qui lui était destiné? Trop de questions me traversaient l'esprit jour après jour…
L'amour me suivait partout ces derniers jours, tout Caras Galadhon sentait l'amour, les arbres, le vent, les bourgeons… Absolument tout. J'ai vu Arwen et Aragorn les mains liées du haut d'un balcon un soir où il faisait tellement bon… Le vent dansait doucement dans les branches alors qu'ils se murmuraient sans doute leur amour pour seuls témoins les arbres autour d'eux. Je suis restée là à les regarder en secret, ce promettre le plus bel avenir du monde. Et ils le méritaient… A tout jamais je protégerai cet amour, cet avenir.
- Alors Estel, ça fait quoi?
- Maliha…
- Bon anniversaire mon ami. Dis-je avec un beau sourire, alors qu'Arwen tressait mes cheveux.
- Et je te remercie.
Il s'est assis sur le divan en attendant qu'Arwen termine cette… Magnifique coiffure… Ce soir était mon dernier bal à Caras Galadhon, car nous partirons dans une semaine. Cela nous laissait le temps de faire nos bagages et nos adieux. J'en avais déjà mal au cœur… Tellement que je n'avais même pas protester quand Arwen avait mis devant mes yeux la robe verte, légèrement kaki…
Je l'ai juste enfilé sans faire d'histoire, en même temps, c'était plusieurs couches de soies très fines, soigneusement pliées pour former la poitrine. Manches larges, serrées sur les poignées, taille marquée par le tissu et par une large bande de tresses de soie sur le même tond, nouée sur le côté laissant tomber le reste contre ma jambe. Contre toute attente c'était une robe avec un col roulé et Arwen me fit un nœud élégant sur le côté de mon cou.
Simple, efficace, pas dans le genre que je rechigne à mettre en l'occurrence. Elle me place un pique à chignon doré.
- Je ne suis pas une très bonne amie, je n'ai même pas de cadeau à t'offrir…
- Je suis déjà le plus heureux des hommes Maliha.
J'ai fait un doux sourire à Arwen dans le miroir.
- Je sais…
- Allez hop, on va être en retard. Lance Arwen après avoir placé un second pique.
- Il faudrait un jour que j'apprenne à faire ça toute seule…
- En aucun cas je te laisserai faire Maliha, c'est un coup à te voir arriver avec tes…
- Mes quoi?
- Tes pantalons bizarres…
- Mes jeans n'ont rien de bizarre…
- A qui le dis-tu.
- Mesdames, cessons de parler chiffon et allons plutôt parler danse. Il se fait tard.
S'exclame Glorfindel en rentrant. J'ai mis un rouge à lèvre en vitesse avant de sortir au bras de Glorfindel.
- Aller, c'est le dernier…
- Avous que c'est même nettement plus agréable que d'aller à la guerre Maliha. Me dit Arwen.
- Franchement… Pour moi c'est la même chose. L'ennemi est partout…
- Oh je t'en pris. Tu devrais m'accompagner, je pourrais t'amener dans les endroits les plus hostiles du monde et tu rêverais d'un bal, j'en suis certain. Enchère Estel en riant.
Oui, cette ambiance allait me manquer. Aragorn allait me manquer… Ils étaient tous les deux devant nous, leur regard complice se croisant et je me suis mise à les envier sans l'avouer. J'ai serré le bras de Glorfindel et il pose son autre main sur la mienne et la tapote doucement. J'ai esquissé un sourire en coin en riant dans ma barbe… Cet elfe lisait beaucoup trop bien en moi ma parole…
- Ton regard en dit long…
- S'il te plaît…
- Je lis la jalousie dans tes yeux, ce n'est pas commun… Dit Glorfindel à mon oreille avec un petit rire moqueur.
- Je t'en prie.
- Je te taquine Maliha.
Je ne suis pas du genre jalouse, loin de là… J'en ai rien à foutre. Mais cet énervement et mon vocabulaire mental me prouve pourtant le contraire non? De toute façon, à quoi sert d'être jalouse pour un elfe qui ne me regardera jamais hein? Je suis pathétique… Il était là, à danser avec Rilomë d'une façon plus proche encore que la dernière fois. OK, avouons tout, c'était beau… Elle et son sourire dans sa robe vieux rose magnifique. Ses cheveux bouclés caressent doucement la peau de la main de l'elfe dans son dos entraîné par leur pas. Lui et les murmures qu'il laissait à son oreille, la faisant rire.
- Tss… En même temps regarde…
- Quoi donc?
- Ils sont beaux non?
Il soupire en me caressant le dos.
- Oui ils le sont… Il n'y a pas que du négatif dans la relation que tu entretiens avec Legolas.
- Tu rigoles j'espère?
- Tu lui as sauvé la vie Maliha, il t'es redevable et il le sait très bien. Le discours qu'il t'a fait la dernière fois que vous vous êtes parlé en est la preuve.
- Ce n'est rien comparé à tout le reste Glorfindel…
Nous étions tous les deux là, lui et moi, à regarder l'assemblée danser la valse. Je remplissais juste mon coeur de voir Arwen et Estel danser ensemble des étoiles pleins les yeux. Essayant d'oublier l'autre couple pour ne voir que le positif de cette dernière soirée. Plus le jour du départ approchait et moins je voyais Estel, comme par hasard. Leurs adieux sera horrible, Arwens savait qu'il partirait de nouveau avec Legolas parcourir le monde. Ou même peut-être rentrer avec lui à Mirkwood pour y passer quelque temps.
Il m'a dit qu'il comptait voyager encore une année ou deux avant de rentrer à Fondcombe prendre du repos, un repos bien mérité. Il avait pris pour amour le monde et ses peuples… Même si son amour pour Arwen était grand, il ne considérerait pas sa tâche accomplie tant qu'il n'aura pas libéré ceux qui peuvent l'être.
Et moi… Et moi j'attendrais que le temps s'écoule, protégeant les frontières de Fondcombe… Attendre que le monde ait de nouveau besoin de moi. Attendre la guerre… Mais quelque chose me disait que je n'attendrais pas longtemps.
Perdu dans mes pensées et mon ver de vin, il s'est passé quelque chose que je n'avais pas prévu. La musique s'est arrêtée pour passer à la prochaine danse et Legolas a laissé sa cavalière, murmurant quelques mots à son oreille en la laissant avec Armetiel et Haldir qui lui propose déjà la prochaine danse. Elle semblait visiblement déçue de le voir partir si vite d'ailleurs pour s'approcher de nous. J'ai fait mine de reculer mais Glorfindel m'a retenue. Il est arrivé en face de nous et a salué Glorfindel avant de se tourner vers moi avec un regard que je ne comprenais pas et de me saluer à mon tour. Il a détourné les yeux pour se lancer dans une conversation sans importance avec l'elfe à côté de moi.
Je ne savais plus où me mettre… Je souhaite juste que cette conversation s'arrête aussi vite qu'elle est arrivée… Il était probablement venu pour bavarder avec Glorfindel et ma place n'était pas ici. Moins je le voyais, moins j'entendrais sa voix et mieux je me porterai.
- Le bal vous convient-il? Demande Glorfindel.
- Oui parfaitement, les bals de la Lorien sont fabuleux.
- Cela va s'en dire, quand prévoyez-vous de reprendre la route...
Je ne tiens plus, j'ai vu Arwen au loin, bavardant avec une elfe. J'ai fait une révérence rapide à Legolas en ne le regardant même pas. Et dégage mon bras de celui de Glorfindel.
- Je vais vous laisser entre hommes, veuillez m'excuser mes seigneurs...
- Me feriez-vous l'honneur de la prochaine danse?
Mon cœur a loupé un battement, la main de Glorfindel passe mon dos et me serre, me barrant la fuite que je pensais encore possible.
- Si vous m'autorisez à vous prendre votre partenaire Glorfindel, bien entendu?
- Je n'y vois aucun inconvénient. Maliha?
Pourquoi ? Il n'y a aucune raison plausible qu'il puisse en avoir envie… J'ai arqué un sourcil. Glorfindel pince violemment la peau dans mon dos pour me ramener à la réalité douloureusement.
- Je…Je vous l'accorde… Les mots sont sortis sans vraiment que je réfléchisse sous la douleur dans mon dos.
Legolas m'a fait une révérence entendue et s'est éloigné pour gagner l'autre côté de la piste de danse, rejoindre Arwen et Aragorn. Je me suis retournée vers l'elfe à mes côtés, pour qu'il me confirme du regard ce que je venais de dire.
- Tu pouvais difficilement refuser.
- Je suis dans la merde… Dis-je en langue commune, complètement sous le choc.
- Surveille ton langage… Ce n'est qu'une danse Maliha, ne réfléchi pas trop.
La seule chose que personne n'a vu, ce sont les yeux de la dame de la Lorien qui s'étaient posés sur eux. Elle avait vu la demande, et elle avait vu le regard de l'elfe quand elle était rentrée dans la salle au bras de Glorfindel. Un fin sourire s'est formé sur ses lèvres parfaites avant qu'elle n'aille parler au chef d'orchestre. Promettant ainsi un spectacle des plus intéressants et une nuit aux souvenirs immortels.
- Maliha…
- Cette demande n'a aucun sens… Il a dû forcer sur le vin... En même temps ce vin tape particulièrement je trouve...
- Peut-être a t-il enfin vu la femme qui se cache der...
- Ne soit pas idiot. Il prépare certainement quelque chose… Mais quoi? Je murmure en rongeant mon ongle.
- Tu le sauras bien assez tôt, c'est à vous… Dit-il en retirant ma main de mes lèvres.
- Par les Valars...
La musique s'est arrêtée et il m'a presque poussée sur la piste… J'ai traversé la salle, Legolas était déjà au centre et j'ai regardé mes pieds en entendant les murmures autour de nous… Arrêtée, relevant les yeux une fois face à Legolas. Mon cœur battait beaucoup plus vite qu'il le devrait et je me suis maudite. Les murmures continuaient de plus belle et j'ai regardé autour de moi si c'était bien nous qui les provoquions. Mon sang s'est glacé de surprise en voyant la position des autres danseurs à côté de nous… Un bras parallèle au sol, l'avant bras vers le haut, leur main se liant…
J'ai regardé Glorfindel complètement paniquée derrière moi. Un air grave est passé sur son visage et il a tourné ses yeux vers le chef d'orchestre. J'ai suivi son regard se poser ensuite sur le doux sourire de la dame qui s'avance pour accompagner les danseurs avec le seigneur des lieux. Elle m'a regardé en faisant un signe de tête et un sourire en coin.
*Mon dieu sauvez-moi… Les Valars m'ont abandonnée…*
J'ai de nouveau regardé Glorfindel, alors que toute la salle chuchotait bruyamment en nous regardant… En même temps… Qu'est-ce que je foutais en face de l'elfe qui me détestait?! Pour une danse de l'âme en plus, impossible… Il m'a finalement fait un signe de la main pour m'apaiser, pour respirer et je l'ai fait. La panique me tirait le ventre, j'ai tourné mon regard vers Legolas en face de moi. Il était stoïque en regardant la posture de nos voisins avec un regard grave. Hésitant, il avait lui aussi perdu sa contenance et son regard habituellement fière et sûr de lui avait disparu…
- Je… Je comprends mon seigneur si vous souhaitez décliner cette danse. Je ne suis certainement pas la personne appropriée…
Mes mots s'étaient écoulés tout seul, je suis restée surprise face à ma franchise, mais c'était la meilleure chose à faire à cet instant… Le mettre dans une situation aussi délicate et en payer le prix par la suite était la dernière chose que je souhaitais… Il a levé les yeux sur moi et m'a dévisagé comme pas permis… Un regard dur et froid. Je m'attendais à une réponse cinglante, prouvant mes dires…
- Ce n'est qu'une danse.
Cette réponse était sans appel, sûr de lui, il fait un pas en avant en se mettant dans la position adéquate. Ouvrit sa main de façon pressée me faisant signe qu'il attendait la mienne. J'entendais les murmures, Arwen et son visage inquiet derrière lui au bras d'Aragorn. J'ai regardé cette main encore quelques secondes évaluant ce que pourrait bien donner les minutes qui allaient suivre. Arwen m'a finalement adressé un sourire d'encouragement et je me suis avancée à mon tour pour enrouler ma main dans la sienne. J'ai fermé les yeux, la sensation du contact m'a fait frissonner, ravivant les images enfouies dans ma mémoire.
L'orchestre à attendu que les murmures cessent et moi je contemplais nos mains liées. Sentais le sang pulser autour de la mienne, alors que la chaleur augmentait encore et encore.
Les premières notes sont arrivées après un long silence et je me suis laissée guidée par Legolas. J'ai suivi le chemin que m'indiquait sa main pour le contourner. Revenir de l'autre côté pour voir l'autre m'attendre et me guider de nouveau devant lui. J'ai effectué la même chose pour qu'il puisse passer à son tour derrière moi.
Il s'est passé une chose à laquelle je ne m'attendais pas ; "ils ne sont pas comme nous", je me suis vaguement souvenue… Sa main, chaude, brûlante même, est passée dans mon dos, épousant ses formes. Mes yeux se sont fermés, j'étais complètement prise au dépourvue. Je n'ai même pas eu le temps de laisser mon esprit trier les questions qui m'assaillent, qu'il a déjà repris ma main tremblante, emprisonnant mes doigts pour m'attirer contre lui. Je ne savais plus où j'étais, son visage si proche du mien, sa main dans mon dos qui me presse contre lui, son souffle contre ma joue… La musique envahit mon âme, et j'oublie tout autour de nous. Il m'a entraîné dans une valse lancinante et mystérieuse, j'ai serré son épaule pour m'accrocher à la réalité, mais je savais bien que j'avais perdu la bataille depuis le début. A l'instant même ou ses doigts étaient passés dans mon dos, la magie des elfes avait opéré, déposer les armes était maintenant ma seule option.
*L* Je l'ai senti trembler contre moi. Le contact de son dos sous mes doigts m'a enseveli un peu plus. A cet instant je ne pouvais imaginer la voir loin de moi, c'était impossible et je me suis demandé comme j'avais fait pour ne pas le faire avant. Toute la haine s'était enfuie, il ne restait plus que la chaleur de son corps dans ma main et la sienne sur mon épaule.
J'avais fait ce geste par habitude, pourtant il n'avait pas la même dimension, la même importance et je n'aurais jamais imaginé qu'il aurait un tel impact sur moi. Il était temps de lui dire adieu, je le savais très bien, en ai-je seulement envi... J'avais cédé, moi, devant ses yeux, au désir de danser cette danse si intrusive avec elle et je ne regretterai jamais ce choix. Car la sentir respirer dans mon cou était la chose la plus précieuse pour moi à cet instant.
Je me suis détaché d'elle pour lui permettre de passer de nouveau derrière moi. Je n'ai pas résisté à perdre ma main encore dans son dos alors qu'elle revenait devant moi et j'ai croisé ses yeux. Valars qu'ils étaient hypnotisant, si proches que ça me rendait fou. Je l'ai contourné, m'attardant encore aux creux de ses reins, du geste le plus doux que je puisse lui offrir. Je ne pouvais que m'y soumettre étant mon unique instant avec elle pour peut-être l'éternité. Je me dévoilerai en secret, sans qu'elle ne le comprenne vraiment, avant de l'abandonner de nouveau comme il y a des années. **
Je pouvais sentir son souffle contre mon oreille attardant son front contre ma tempe et ma main dans la sienne contre sa poitrine en me laissant entraîner dans ses bras. Je ne comprends pas, ses gestes tellement attirants me font fondre et je me laisse prendre au jeu. Abandonnant ma raison pour l'instant présent. Oubliant qui je suis et qui il est, oubliant le passé et futur.
Je soupire avant de lever les yeux quand il me serre contre lui, me guidant à travers la salle. Ses yeux brillent et je me noie dans la couleur de tous mes maux… Valars, son corps contre le mien à travers le tissu de ma robe, y aurais-je seulement songé… Je respire une grande bouffée d'air qui colle ma poitrine contre lui et je ferme les yeux en sentant sa main nous serrer plus encore.
J'ai laissé la plus vile part de ma personnalité sortir au grand jour. Celle étouffée par la sagesse des elfes… Les gestes sont l'image de notre personnalité, n'est-ce pas? Ils peuvent transmettre nos sentiments, nos pensées les plus profondes, les plus secrètes? Pourquoi Legolas laissait sa main parcourir mon dos? par habitude? Et pourquoi ne le ferais-je pas?
Il venait de reveillé la femme en moi si longtemps endormie. Je me suis laissée guider par sa main pour passer derrière lui. La peau de mes doigts glisse sur la soie de sa chemise. Je les ai laissé aller, le long de son dos jusqu'au creux de son flanc.. J'ai cru le sentir se tendre et son visage a cherché le mien. L'éclat dans ses yeux a changé, ses lèvres se sont entrouvertes et l'ai sentie…
*L* Une vague a envahi mon âme. Mon ventre prit d'assaut par la chaleur alors qu'elle échappait à mon contrôle. Elle a vibré sans ma permission, car depuis trop longtemps je la faisais taire. Hurlé de la voir répondre à mes gestes, d'un espoir inavoué. Elle a seulement voulu exprimer ce que mon coeur souhaitait, ce que ce rêve avait essayé de me dire… Qu'importe avec quelle force je la ferai taire, je ne peux que l'entendre, ce sentiment. **
Son âme est apparue alors qu'il prenait de nouveau ma main, enfouissant ses doigts d'un geste possessif entre les miens. Elle brûle d'une flamme aveuglante, les feuilles dansent dans cette lumière dorée sublime. Je l'ai regardé, hors du temps, il était loin dans ses pensées en me pressant contre lui, sa main dans mon dos caressant le tissu du pouce et soupir en nous entraînant de nouveau dans la valse. Je ne maîtrisais plus rien, perdue dans son odeur, dans la lumière de son âme qui disparaissait déjà… Où suis-je au juste? J'ai eu l'impression de perdre mon âme à mon tour. De ne plus être là… Et j'ai réalisé que je l'avais véritablement perdue quelque instant, tout comme lui. La lumière a totalement disparu et j'ai serré ma main dans la sienne pour revenir dans la réalité.
*L* J'ai sentie l'aura bleue éblouissante de l'âme de Maliha. L'avait-elle laissé s'échapper comme la mienne? Mais juste un instant, de si précieuses secondes… Ne me laissant pas le temps de lire, de comprendre, elle était restée invisible, ne laissant paraître aucune émotion... Me baigner de sa lumière sans aucune trace…
J'avais réussi à contenir mes sentiments, mon âme était certes apparue sans mon autorisation, mais au moins elle est restée aussi silencieuse que la sienne. La musique s'est arrêtée doucement, mais je n'avais aucune envie que cet instant s'arrête, je voulais rester avec sa main dans la mienne le plus longtemps possible et revoir son âme. Mais le rêve était terminé, et la noirceur du remords est venue en entendant les dernières notes. **
On est resté quelques instants encore nos mains entrelacées, nous regardant d'un air perdu, chacun se perdant dans les yeux de l'autre. Il a serré mes doigts avant de les détacher doucement, s'attardant sur ma peau en quittant mes yeux. Quand ma main à eu froid, la réalité m'a giflé, je voyais de nouveau le monde autour de nous et le constater m'a fait pâlir. Et il a affiché de nouveau cette expression que je lui connaissait si bien, l'indifférence.
Je me suis reculée par réflexe en voyant ce visage et fait une révérence rapide en entendant les elfes murmurer de nouveau. Nous étions maintenant seuls au centre de cette salle depuis quelques secondes et je ne m'en étais même pas rendue compte.
- Merci pour cette danse seigneur Legolas. Dis-je d'un air aussi détaché que possible.
J'ai relevé mes yeux sur lui, finissant ma révérence. Il me répond pas un signe de tête entendu… Je suis partie, sans me retourner en le laissant là.
Je ne suis pas revenue aux côtés de Glorfindel, mais directement hors de la salle passant à travers les voilages qui dansaient dans le vent. Rejoint le balcon pour sentir l'air frais contre mes joues brûlantes. J'ai repris mon souffle, celui que j'avais perdu pendant ces longues minutes passées à danser avec l'elfe…
- Maliha?
Je me suis retournée d'un seul coup sur Arwen, elle avait l'air inquiète.
- Tout va bien ne t'inquiète pas. J'avais juste besoin d'un peu d'air.
- Tu as l'air bouleversé… Elle pose une main sur mon épaule.
- Je ne pensais pas danser cette danse avec Legolas… C'était la dernière chose dont j'avais besoin… Seigneur… Je croyais que la danse de l'âme était rare chez les elfes, visiblement pas si rare que ça…
- Personne n'a compris pourquoi cette danse a été annoncée.
- Super… J'ai répondu en serrant l'arête de mon nez.
- Votre danse était magnifique.
- Je t'en pris….
- Pourtant il y avait bien quelque chose. Je ne sais pas comment t'expliquer, mais on sentait une certaine complicité. Les elfes Silvan ne danse pas de la même manière que nous, mais...
- Je sais Arwen… Mais franchement je ne pensais pas qu'il danserait avec moi de la même manière qu'avec Rilomë.
Elle fait un fin sourire sur ma phrase et j'ai souris à mon tour en rigolant un peu nerveuse.
- Quoi? Je demande.
- Je crois que tu te trompes.
- Comment ça?
- Il n'a pas dansé de la même manière. Dit-elle sûre d'elle.
- Tu viens de le dire toi-même, ils n'ont pas la même façon de danser que vous. Et tu l'as bien vu, ses gestes là…
- Tu ne m'as pas laissé finir ma phrase Maliha. Il était proche de sa partenaire, comme à son habitude, oui. Mais là, il l'était plus encore. J'ai eu l'occasion de voir Legolas danser, crois-moi et ça, c'était autre chose.
- L'as-tu déjà vu danser cette danse en particulier?
- Non c'est vrai.
- Alors ne te fais pas trop d'illusion Arwen. On parle de Legolas là…
- Peut-être, mais réponds moi sincèrement Maliha. Te l'a-t-il montré?
J'ai soupiré en me détournant d'elle pour prendre appui sur le balcon et perdre mon regard sur les arbres qui dansaient dans le vent.
- Tu semble déjà connaître la réponse, je me trompe?
- Je m'en doutais…
J'ai soupiré, si Arwen avait vu ça, alors les autres aussi…
- Je m'en suis douté en voyant son regard. Je n'ai rien vu ne t'inquiète pas. Personne n'a dû s'en rendre compte. Raconte-moi.
- Je l'ai vu… Enfin je crois, je ne suis pas certaine. Seulement quelques secondes, il me semble. Et… Je crois que je n'ai pas pu empêcher la mienne de répondre. C'était un instant bizarre, j'ai l'impression que ce n'était pas vraiment réel.
- Il te l'a vraiment montré…
- Je n'ai rien vu, que sa lumière Arwen…
- Un elfe ne montre pas son âme si facilement Maliha…
Je ne savais pas vraiment ce que j'avais vu. Tout était allé si vite… L'aurait-il échappé? Ou avais-je peut-être ressenti juste l'âme de quelqu'un qui avait dévoilé la sienne en dansant à nos côtés? Non c'était pourtant bien la sienne d'après mes souvenirs. Mais pourquoi l'aurait-il fait? Trop de questions se bousculaient dans ma tête, mais si Legolas voulait me dire quelque chose, son âme ne serait pas restée silencieuse…
- Admettons que je n'ai pas rêvé, Arwen je crois que s'il aurait voulu me dire quelque chose, son âme me l'aurait dit. Ce n'était pas le cas, donc peut-être juste l'euphorie du moment. Je ne veux pas me faire des idées, d'accord?
Elle semble réfléchir.
- Montrer son âme est un acte particulier pour un elfe. Mais je ne connais pas suffisamment les coutumes de nos cousins des bois pour t'en dire plus… Pour nous, la montrer sans rien paraître, enfin… Selon la coutume, c'est justement pour montrer que l'on a aucun sentiment…
- Très bien, alors oublions ça.
Elle rit doucement.
- Quoi encore?
- Tu aurais dû voir sa tête quand tu lui as rendu son geste. C'était relativement drôle.
- Ah oui ça. Il ne savait pas à qui il avait à faire. Je réponds en souriant.
- Je crois que les gens autour de vous non plus!
- C'est-à-dire?
- Tu es devenu l'ennemi de pas mal de femme à cet instant, tu aurais dû les entendres….
- Et ben, peut-être que ça les aidera à se décoincer un peu.
- Maliha.
- Quoi?! C'est pas ma faute si vous êtes trop pudique!
C'est ça que j'aimais chez Arwen, elle pouvait vous faire sourire en quelques secondes, quel que soit le problème que vous avez dans la vie, elle vous faisait toujours sourire et rire.
- Votre danse était magnifique. Je voulais te le dire. Vous aviez l'air coordonné, je ne pourrais pas vraiment te décrire ça, mais même si on voyait clairement votre gêne l'un envers l'autre, il y avait autre chose. Quelque chose qui faisait de votre danse un instant magique à regarder.
Toujours plus…
- Je suis heureuse que vous ayez, sans vraiment savoir pourquoi, échangé vos âmes…
- Cela ne voulait rien dire Arwen.
- Mais j'ai gagné mon pari…
- Ah… Parce que l'on avait parié quoi?
- Pas avec toi.
- Et avec qui?
- Ça mon amie c'est un secret.
- Ouai, ouai, va rejoindre ton chevalier blanc là! Traîtresse.
Elle a souri en embrassant ma joue avant de repartir vers la salle en faisant voler sa robe bleue ciel. Arwen était vraiment la plus belle femme que j'avais jamais vu.
Un elfe marchait, pressé le long des talans. On pouvait sentir l'énervement dans la fréquence rapide de ses pas. Legolas savait très bien qu'il avait commis une grosse erreur ce soir. Et il était incapable de dire s'il la regrettait vraiment. Il marchait, encore et encore, cherchant le réconfort de la forêt autour de lui. Les arbres avaient toujours été ses amis, mais cette nuit ils semblaient se moquer de sa faiblesse.
- Allez-vous la laisser partir, peut-être même toujours, sans le lui avoir dit?
Il s'est arrêté pour voir Holorïn derrière lui.
- Dire quoi? A qui?
- Ne faites pas l'ignorant Legolas. Je sais très bien ce qui tiraille votre âme, et pourquoi vous l'avez laissé s'échapper un instant.
Legolas a froncé les sourcils. Il se doutait déjà que Holorïn avait vu au-delà de son masque, mais aller jusqu'à le provoquer… Certainement pas.
- Il me semble que cela ne vous regarde en rien.
- Je considère Maliha comme une amie, car elle a sauvé le mien. Ne mérite-t-elle de votre part que ce masque de haine? Masque que vous avez, je crois, de plus en plus de mal à tenir.
- Je n'ai rien à lui dire, et je vous le répète, cela ne vous regarde pas.
Legolas s'est retourné pour continuer son chemin.
- C'est un grand malheur que votre devoir détruise un si bel amour.
L'elfe s'arrête et serre les poings.
- Alors vous auriez dû demander à Eriador, fils d'Illuviné, ce que signifiait le mot "devoir" Holorïn. Elle n'aura rien d'autre de mon indifférence, quelque soit mes sentiments.
- Comme ce soir je suppose…
Il serre les dents.
- Holorïn, je n'est rien contre vous. Vous avez sauvé ma vie et je vous en suis reconnaissant, mais restez à votre place. Je vais vous répondre clairement, une dernière fois, pour moi cet amour n'a rien de beau… Il est né que pour être souffrance, et je continuerai de le nier et d'en souffrir autant de temps qu'il le faudra, celle-ci sera toujours plus supportable que celle de mon père.
Fin de chapitre !
Latnarina: La suite arrive bientôt, petit pas par petit pas, faut faire durer haha ! Je crois que dans un (ou deux chapitres) tu auras ta réponse… D'un côté il me tarde et de l'autre non, ça va sentir la fin après… Je ne sais pas si je vais lui faire avoir un rôle significatif ou non. Je ne sais pas, à voir, peut-être… (moi seule le sais hahaha) ^^ Merci encore pour ton commentaire :)
Guest: OHh merci merci :) C'est gentil ça ! J'espère que tu passeras encore du bon temps (croisons les doigts) … ^^
Denaline: Merci d'avoir pris le temps, vraiment ça m'encourage, merci merci. Ouai, j'essaie vraiment d'avoir une cassure entre mon personnage et les autres. C'est parfois dur à exprimer, sans que ça fasse trop, tu vois? Mais en même temps j'aime bien qu'elle reste celle qu'elle était avant. Je trouve que ça marque un peu plus la solitude qu'elle peut ressentir et c'est ça que je cherche particulièrement.
Merci beaucoup pour vos commentaires, ça me touche, vous devriez vous ça, j'ai l'air d'une conne à chaque fois à sourire bêtement à pleine dents devant ma tablette en les lisant. ^^'
On dirait une enfant, haha !
La bise
