oOo
/ … Chapitre trente-quatre … /
"Worst Comes To Worst (Edited)" - Dilated Peoples
J'ai suivi Glorfindel et Elrond qui entraînaient Gandalf à travers les rues d'Imladris. Le magicien se soutenait difficilement à l'épaule de l'elfe.
- Que s'est-il passé Gandalf ? demande Elrond.
- Nous avons été trahis…
- Trahis ?
- Saroumane s'est rangé du côté de Sauron.
- C'est impossible…
Au détour d'une rue, Arwen est arrivée.
- Que se passe-t-il ? Elle me demande en marchant maintenant à côté de moi.
- Gandalf vient d'arriver transporté par un aigle. Visiblement Saroumane nous aurait trahis…
Elle ne dit rien en fronçant les sourcils. Glorfindel a entraîné Gandalf dans une chambre et Elrond s'est empressé d'inspecter ses blessures. Glorfindel s'est placé à ma droite, il semblait paniqué en regardant le corps faible de Gandalf. Le magicien était maigre et dans un état pitoyable.
Il vous faut partir au plus vite, dit-il en nous regardant avec Glorfindel. Ils sont en danger.
Qui ? demande Elrond.
Frodon et les autres, les neufs sont partis de Minas Morgul, des cavaliers noirs, ils sont à la poursuite de l'anneau. Je sais qu'Aragorn les mène ici, mais il ne pourra rien seul face à eux.
Mon sang s'est glacé. Les neuf… Non Aragorn ne pourra rien faire…
Je vais y aller, dis-je en faisant un pas en avant.
Vous n'y arriverez pas seule Maliha.
Glorfindel, vous irez retrouver Aragorn et le porteur de l'anneau pour les mener jusqu'ici. Maliha, traquez-les, gardez-les loin d'eux tout au long du chemin.
Ce sera fait.
Il vous faut partir maintenant, je n'ai que trop tardé à m'échapper… dit le magicien à bout de souffle. Ne perdez pas une minute de plus… À cette heure, si mes calculs sont justes, ils devraient arriver bientôt à l'ancienne tour de garde.
C'est loin,je murmure.
Je suis désolé…
Vous êtes en vie Gandalf c'est suffisant, Glorfindel, Maliha, allez-y.
On y va, lance Glorfindel en ouvrant la porte.
Je me suis engouffrée en suivant l'elfe. Je courais derrière lui à petite foulée, oubliant complètement le sommeil qui m'appelait.
Aux écuries dans dix minutes, dit-il alors que je m'engouffre dans ma ruelle.
Bien.
Je rentrais en trombe dans ma chambre, pour prendre une longue chemise blanche, une veste crème sans manches, un legging gris au hasard, mon bustier en cuir et enfiler le tout en quelques secondes. Je serrais mes bottes, le fourreau de Laureline autour de mes hanches en tremblant d'impatience, soupira, fit mon sac en vitesse en ne prenant que le strict nécessaire et passa la porte en trombe. J'ai couru jusqu'aux écuries en mettant mes protège-poignets. Je n'avais même pas attaché mes cheveux, tant pis…
Glorfindel était déjà là, son sabre entre les omoplates brillant sous la lune. La vue m'a surprise, alors que ses cheveux luisaient d'une lumière dorée sous la lune reposant sur son armure légère qui souligne son allure athlétique. Je le trouvais beau, mais ne sentait pas mon cœur bondir comme il l'aurait fait en présence de Legolas.
Je m'approcha en posant une main sur sa hanche et échangions un regard triste. Cela faisait longtemps que Glorfindel ne faisait plus attention à des gestes comme celui-ci. Il faut dire qu'après des années à lui apprendre les danses de mon monde, la forme de mon corps et mes mains sur lui, n'avait plus de secrets pour lui et c'était la même chose pour moi. Il me tendit les rênes de Liméas avant que je ne monte.
- Je t'ai mis du Lambas et de l'eau, nous ne savons pas combien de temps ce voyage durera, dit-il en posant le paquet dans mon sac qu'il accroche ensuite à la selle.
- Bien.
Nous étions partis à vive allure, passant le pont au galop dans la nuit silencieuse.
- Une fois à la rivière, nous nous séparerons, j'irai directement à l'ancienne tour en coupant la route, Estel n'a pas dû la suivre et je pense savoir quel chemin il prendra. Enfonce toi dans les terres autour de cette zone, ils ne doivent pas passer Maliha.
- Oui.
Éclairés par la seule lumière de la Lune, nous avions galopé sans nous arrêter, le vent fouettait mon visage, réveillant mes sens. Nous étions sortis rapidement des montages pour tomber sur la rivière quelques heures plus tard. Il devait être quatre heures du matin, Glorfindel s'arrêta, il était inquiet. Nous sommes descendus pour faire une pause et laisser les chevaux boire avant le grand voyage. Il s'approcha de moi et me passa les mains dans mes cheveux. J'ai été surprise un instant, mais il faisait juste une tresse à l'aide d'un ruban.
- Fait attention. N'engage le combat qu'en cas de nécessité.
- Oui, dis-je en serrant mes protège-poignets par réflexe.
Il soupire en terminant sa tâche et pose ses mains sur mes épaules.
- Maliha… Ils sont plus forts que toi…
- Ça, c'est encore à voir.
- S'il te plaît.
Je me retournais avec un regard rassurant.
- Ne t'inquiète pas, toi aussi fais attention. Après tout, tu es plus sensible que moi.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire.
- Je sais Glorfindel. Je serais prudente et ne me laisserai pas emporter par l'obscurité, Dol Guldur est loin maintenant, je la maîtrise mieux qu'avant.
Il soupira avant de se détourner et de remonter sur Asfaloth. Je faisais de même en flattant l'encolure blanche de Liméas.
- Si je les trouve à la tour dans deux jours, il nous faudra sans doute trois jours pour revenir à pied. Je t'attends donc dans cinq jours à Imladris. Bonne chance.
- Bonne chance Glorfindel, dis-je la main sur le cœur avant de la lui tendre.
Il me rendit le geste et j'ai vu mon ami de toujours partir dans la nuit. Liméas piaffait et je me laissais entraîner le long de la rivière.
J'ai galopé encore et encore le long du cours d'eau avant de bifurquer sèchement vers l'intérieur des terres deux heures plus tard. Je m'étais suffisamment écartée maintenant, la course poursuite s'engageait. Bientôt, le soleil apparut pour illuminer les plaines qui défilaient autour de moi. Aucune trace des cavaliers noirs pour le moment, j'étais maintenant loin de la route.
J'ai fait une pause en haut de la plus haute colline pour faire le point sur mon chemin en regardant l'horizon et le plan sur mon compagnon tout en mangeant un bout de Lambas. J'ai flatté Liméas qui était maintenant en nage et l'ai laissé brouter. Rien, il n'y avait rien, tout était calme, les oiseaux chantaient comme des ignorants et mon cœur tambourinait dans ma poitrine.
Nous étions reparties, je me rapprochais de la route pour la traverser et explorer les terres de l'autre côté, mais toujours rien. En milieu d'après-midi, je m'étais de nouveau arrêtée pour manger, permettre à Liméas de s'abreuver et consulter encore la route. Connaissant Glorfindel il n'avait pas dû s'arrêter… Je remontais pour repartir. La nuit était tombée et la journée suivante fut similaire, toujours rien. Mes petites réserves commençaient à diminuer, Glorfindel n'avait mis que deux feuilles de Lambas, même si je ne prenais qu'une bouchée à chaque repas, j'allais manquer… Oui, je mangeais beaucoup… Beaucoup plus que lui… Cinq jours, je n'aurai jamais assez.
Le troisième jour, le soleil se couchait quand j'ai aperçu la tour au loin. J'ai décidé de bifurquer pour me poster à l'arrière loin dans les terres. Glorfindel ne devait pas être loin non plus, voir même les avoir trouvés à l'heure qu'il est, alors autant sécuriser la zone.
La nuit était tombée et je m'arrêtais pour regarder de nouveau l'horizon. J'avais dormi seulement quelques heures la nuit dernière et la fatigue se faisait sentir. L'air était glacial et il m'était impossible de dormir maintenant. Liméas regardait à droite puis à gauche et paraissait tendue plus que d'habitude.
- Tu sens quelque chose toi aussi… je murmure en lui caressant l'encolure.
Elle me fixa avec un air inquiet dans les yeux. J'ai tourné mon regard vers la tour et mon sang se glaça… Il y avait une lueur… Un feu ? Il n'y avait plus un seul son d'oiseau, même le vent s'était arrêté. J'ai vu la lueur s'éteindre et un cri strident, comme sorti des enfers, me perça les tympans. J'étais loin, beaucoup trop loin pour pouvoir faire quoi que ce soit, mais Glorfindel devait sans doute être là. J'ai sauté sur Liméas et partie au grand galop en lançant le drone pour les trouver, pas mes amis, mais mes ennemis…
L'elfe galopait sans relâche depuis maintenant deux jours. Il était arrivé à la tour, mais ne trouva que le reste d'un feu qui avait semble-t-il été éteint à la va vite et il avait remarqué les traces d'un combat tout autour.
Il était au bord de la panique, visiblement, ils étaient cinq et un poney, il avait repéré leurs traces. Il était allé beaucoup trop loin et cela l'avait obligé à faire demi-tour en les pistant. Il savait qu'il y avait Aragorn, mais aussi quatre hobbits, mais après la tour il n'a retrouvé que trois traces de hobbit et celle d'Estel et maintenant il était paniqué.
En revenant, il avait vu celles de Liméas suivre celle de neuf cavaliers, son cœur s'était encore assombri dans la panique. Alors, elle les avait trouvés… Il continua sa route dans la nuit, fendant l'air d'une rapidité impressionnante. Après plusieurs heures de course, les traces sont passées dans le bois environnant et mieux encore, elles semblaient du jour, il entendit le cris noir dans les air et son sang s'est glacé. Ils étaient loin et se doutaient que Maliha était sur eux. Il devait réussir à se concentrer, Maliha était devenue une guerrière intouchable et il le savait, mais même en sachant cela la peur était toujours présente, peur de la perdre, peur de la voir succomber… Il est descendu de selle pour s'enfoncer dans les bois sans bruit. Il aperçut une torche, elle s'arrêta pour se mettre à couvert en entendant de nouveau les hurlements du mal au loin. Il s'approcha doucement et le distingua sans peine.
- Estel !
L'homme s'est retourné épée dans la main avant de pousser un soupir.
- Glorfindel…
- Enfin, ça fait deux jours que l'on vous cherche. Les neufs sont à vos trousses.
- Oui, je sais et nous avons un blessé, je cherchais de l'Athelas…
- Athelas ?
- Nous avons été attaqués la nuit dernière, Frodon a été blessé par une lame de Morgule, Glorfindel, il ne tiendra pas…
- Je vois…
Aragorn entraîna l'elfe jusqu'à leur camp après avoir trouvé ce qu'il cherchait. Les trois hobbits s'étaient levés précipitamment en voyant l'inconnu arriver.
- Qui est-ce ? Demande l'un.
- C'est un elfe Pippin… Murmure le deuxième.
- Un elfe, es-tu sûr Sam ? Demande le dernier.
Les deux hommes ne leur prêtaient pas attention et Estel montra l'état de Frodon qui était à terre.
- Il est faible, je vais le prendre avec moi j'irai plus vite que vous, dit Glorfindel dans sa langue.
Aragorn mâcha grossièrement les feuilles d'Athelas avant de les appliquer sur la plaie violette de l'épaule du semi-homme.
- Glorfindel les neufs sont autour de nous, quelque part…
Un nouveau cri retenti, imposant un silence prudent.
- Ils sont proches… murmure Estel.
- Maliha surveille la route, ne t'inquiète pas, elle les suit de prêt, dit-il en posant sa main sur son épaule.
Le rôdeur se raidit.
- En es-tu certain ?
- J'ai trouvé leurs traces suivies par celles de Maliha. Elle protégera votre route et la mienne Estel. Il faut faire vite.
L'elfe prit le hobbit dans ses bras. pour le placer sur sa selle. Asfaloth henni faiblement en attendant patiemment son cavalier.
- Que faites vous ?! Lance Sam apeuré en s'avançant précipitamment vers l'elfe.
- Sam… Commence Aragorn en le retenant.
- Ne vous en faîtes pas, je l'emmène en lieu sûr. Nous nous retrouverons là-bas.
Glorfindel grimpa sur sa selle en tenant fermement le hobbit contre lui.
- À dans trois jours tout au plus, dit-il à Aragorn.
- Oui, faites vite. Que les Valar vous protègent.
- Bonne chance, murmure l'elfe.
Glorfindel murmura quelques mots à son cheval avant de partir au grand galop.
- Pensez-vous que ça ira ? demanda Sam à Aragorn.
- Il est entre les meilleures mains qui soit Sam, ne vous inquiétez pas… dit-il en posant une main sur son épaule.
- Et pour nous cela ira-t-il ? demanda Pippin.
- Ne vous inquiétez pas, nous avons le meilleur gardien qui soit.
A Fondcombe tout le monde était sur le qui vive. Gandalf marchait de long en large dans la bibliothèque et Elrond regardait le pont depuis le balcon.
- Gandalf, nous ne pourrons pas conserver l'anneau ici, vous le savez très bien.
- Pour l'instant, c'est la seule solution maître Elrond, le temps de faire un choix.
- Un choix ? Quel choix croyez-vous que nous ayons ? Le seul est de mettre un terme à tout ça et cela voudrait dire renvoyer l'anneau dans la montagne du Destin.
- Tout juste, affirma le magicien en croisant les bras.
Le seigneur elfe passa une main sur son visage.
- Vous savez très bien que c'est impossible… Nous n'avons pas les effectifs nécessaires pour mener la guerre contre le Mordor et encore faudrait-il pouvoir faire face à Saroumane en même temps.
- Une armée ne sera pas nécessaire, répond le magicien sûr de lui.
- À quoi pensez-vous donc ?!
- Il nous faut être discrets.
- Gandalf, nous ne sommes pas à Erebor…
- Je ne pensais pas à cela.
Les yeux d'Elrond devinrent sombres quand la pensée traversa son esprit.
- Vous croyez pouvoir envoyer Maliha jusqu'à la montagne du destin… Gandalf si elle venait à se tourner vers le mal…
- Non, mais j'ai vu que beaucoup de personnes étaient venues vous demander conseil et elles sont toujours entre ces murs… Quelque chose me dit que c'est une bonne chose.
Il y eut un long silence.
- Je vois, dit finalement l'elfe en s'asseyant dans son fauteuil.
- Ni Maliha, ni les elfes ne doivent affronter ça seul… L'ensemble du peuple de cette terre est concerné par le destin de cet anneau, vous le savez.
- Encore faut-il que les anciennes alliances puissent renaître Gandalf.
- J'ai confiance en ce monde, dit-il en se tournant vers l'horizon.
Un cheval blanc débarqua à vive allure dans la Cité suivit de plusieurs autres. Gandalf regarda les visiteurs descendre en vitesse avant d'esquisser un fin sourire.
- Je suis certain qu'ils répondront présent.
Glorfindel galopait à travers les arbres poursuivis par les neuf. Au loin, lame dehors, Maliha les poursuivait. Il accéléra l'allure, slalomant souplement entre les arbres, mais bientôt, les neuf l'encerclèrent. Maliha s'est rapprochée sur un côté pour les prendre d'un large mouvement horizontal et sec. L'elfe entendit l'acier fendre l'air, le premier de la marche a paré son coup en sortant une lame noire.
- Avance ! Hurla la femme passant complétement derrière lui, bloquant la route aux cavaliers maudits.
Maliha se mélangea parmi les chevaux noirs, d'un mouvement ample et rapide, elle tailla les membres du premier. La bête a hurlé avant de s'écrouler à terre, emportée par la vitesse de sa course. Elle continua, Liméas allait à grande allure, évitant d'elle-même le contact avec les autres chevaux autour d'elle, mais laissant une distance suffisante pour que sa cavalière puisse les atteindre du bout de sa lame. Elle voyait Glorfindel prendre de l'avance. Dans un fin sourire, elle les entraînait pour les pousser vers la gauche. Déviant leur trajectoire, quatre avaient réussi à passer derrière elle pour reprendre leur chasse.
Dans les bras de l'elfe, le hobbit regardait la scène les yeux mi-clos. Sentant la vie le quitter plus vite encore qu'il y a quelques heures, Glorfindel accéléra encore sa course. Asfaloth peinait, en sueur, mais il savait très bien qu'il ne tarderait pas à atteindre la rivière. Voilà deux jours que la chasse avait commencé, au début par une partie de cache-cache. L'elfe avait vu devant lui le petit objet volant de Maliha lui demandant d'augmenter son l'allure. Il avait vu les premiers cavaliers arriver le lendemain, poursuivi par la femme et Liméas en nage. Les vêtements de Maliha étaient dans un sale état et il en a déduit qu'elle les avait poursuivis sans relâche ces deux derniers jours.
Il se retourna un instant, voyant quatre cavaliers arriver derrière lui à toute vitesse, mais pas trace de Maliha, sûrement occupée avec les quatre autres.
- Plus vite ! hurla- t-il.
Asfaloth souffla et augmenta encore la cadence. Il réussit à les garder à distance et traversa la rivière en fin de journée, toujours sans vue de Maliha et les quatre restant devant lui n'osant, eux, pas toucher la moindre goutte d'eau. Leurs chevaux étaient dans un état lamentable et Glorfindel eut pitié pour ces bêtes qui devaient être sans âme depuis des années maintenant.
- Abandonne elfe et donne nous l'anneau de pouvoir, dit l'un d'eux en sortant son arme longue et noire.
- Par Elbereth et Luthien la belle, vous n'aurez ni lui, ni l'anneau, dit-il.
- L'anneau ! L'anneau ! Sifflaient-ils dans la nuit qui tombait.
Un sourire de défi se dessina sur le visage parfait de Glorfindel quand il sortit à son tour le sabre brillant de derrière son dos.
- Venez donc serviteur du mal.
Ils hurlaient devant lui, leurs chevaux se cabrant hébétés par l'eau devant eux. La rivière grossit alors qu'ils posaient leurs sabots dans l'eau glacée. Un vrombissement dur et sourd envahit la montagne derrière l'elfe. Un court laps de temps qu'il ne le faut pour le dire, les cavaliers furent happés par une crue hors du commun dirigée par des cavaliers aqueux. Asfaloth cabra en signe de victoire et un sourire rassuré passa sur le visage de Glorfindel. Frodon bougea dans ses bras, disant des mots perdus, mais il allait mieux, reprenant quelque couleur maintenant les cavaliers hors de portée.
Les yeux de l'elfe se perdaient le long de la rivière. Un instant, il pensa à Maliha quelque part avec les autres, mais il ne pouvait pas attendre de la trouver. Elle protégerait le chemin d'Estel même s'il lui demandait de le suivre. Il gravit la montagne dans la nuit, serrant le semi-homme contre lui, le réconfortant de la chaleur de son âme bénie par les Valars.
Il atteignit la cité quand la Lune était haute dans le ciel et que les insectes du soir avaient été remplacés par les être nocturnes et silencieux. Il fut accueilli par Gandalf, Arwen, ces deux frères, Elrond et un elfe qui reconnut être Legolas. Il descendit doucement en tenant Frodon contre lui.
- Par les Valars que s'est-il passé ? demande le magicien en posant sa main sur le front du hobbit.
- Ils ont été attaqués avant que nous ne le trouvions, répondit Glorfindel en tendant le corps endormi à Elrond.
- Il s'efface. Il lui faut des soins, avertit-il.
- Allons-y, vite ! pressa Gandalf.
Les deux hommes partirent en tenant le hobbit et Glorfindel reprit un souffle régulier. Il regarda un instant derrière lui, inquiet devant l'obscurité de la montagne.
- Où est Maliha ? Lance Arwen.
- Elle suit leur trace.
- Est-elle avec Estel ? elle demande encore.
- Non, Aragorn est en route avec les trois hobbits, elle est à la poursuite des spectres. Ne t'inquiète pas Étoile du Soir, elle les protégera.
- Ils sont neuf, elle ne pourra pas tenir.
Deux elfes prirent Asfaloth pour l'amener aux écuries. Il murmura à l'oreille du cheval qui se laissa caresser la tête basse avant de le laisser partir.
- Elle m'a rejoint avec les neuf avant la rivière. Elle en a mis un au sol, puis séparé le groupe en deux. Quatre sont restés derrière moi, elle a maintenu les quatre restants à l'écart.
- Lui faut-il de l'aide ? Demande Elrohir.
Glorfindel regarda l'elfe devant lui, ses paroles lui semblaient vraies et il soupira.
- Je ne saurai vous dire où elle est. Je l'ai vu pour la dernière fois avant la rivière. Elle ne se laissera pas si facilement avoir. De plus, quelque chose me dit qu'ils en avaient seulement après Frodon, maintenant qu'il est dans cette cité, ils n'ont plus aucune raison de traîner dans les parages.
- Faites qu'elle tienne… murmura Arwen.
- Glorfindel, on ne peut pas les tuer, bientôt les neufs seront de nouveau réunis et vous savez très bien qui en fait partie.
Glorfindel plissa les yeux et l'inquiétude le gagna de nouveau. Oui, il savait très bien qu'il était dans leur rang…
- Nous ne pouvons qu'espérer…
- Glorfindel.
- Je lui fais confiance Elrohir. Elle tiendra ou succombera, mais elle ne leur laissera pas son âme. Estel arrivera dans deux jours, trois tout au plus.
- Très bien…
Glorfindel essuya son visage avant de soupirer.
- Seigneur Legolas, quand êtes-vous arrivé ? demande-t-il.
- Il y a un jour maintenant.
- Je vois.
L'elfe retira l'épée entre ses omoplates et commença à suivre les autres dans la cité.
Deux jours plus tard Aragorn arriva avec les trois hobbit et Bill leur poney. Ils étaient fatigués et inquiets. Les elfes se sont rassemblés pour les aider et décharger leurs paquets.
- Aragorn où est Maliha ? demande Glorfindel en soutenant le rôdeur.
- Nous ne l'avons pas vu, mais nous n'avons rencontré aucun danger sur la route.
- Elle savait qu'il ne vous resterait que quelques jours pour arriver ici, elle ne devrait pas tarder. indique Elladan.
- Aragorn !
- Legolas.
- Je suis heureux de vous voir sauf.
- Que faites-vous ici ?
- Beaucoup sont venues prendre conseil ici, Boromir du Gondor, Gandalf et des nains sont également là. Elrond prévoit de tenir un conseil, les heures sombres couvrent le monde mon ami.
- Je sais Legolas, je suis heureux de vous voir ici.
- Elle n'est pas rentrée, n'est-ce pas ? lance un Gandalf essoufflé en arrivant vers eux.
- Comment va Frodon ? demande Aragorn.
- Bien, bien, il va bien, Elrond est confiant. Aragorn, vous êtes arrivé sain et sauf, tant mieux. Il ne manque plus que Maliha, par les Valars, faite qu'ils ne lui soit rien arrivé.
- Elle ne devrait plus tarder maintenant, je suis certain qu'elle va bien.
Le magicien le regarda en faisant bouger ses lèvres nerveusement.
- Oui, oui vous avez raison…
- Gandalf que me dites-vous pas ? demande Glorfindel.
- Et bien la dernière fois qu'elle les a rencontrés… Leur noirceur était beaucoup trop forte pour qu'elle ne le supporte.
- Elle n'est plus celle qu'elle était à Dol Guldur.
- Il ne manquerait plus qu'elle rejoigne l'ennemi… Dans ce cas, nous serions perdu.
- Seigneur Legolas, s'il vous plaît… s'agaça Glorfindel.
- Qui est cette Maliha ? demanda Sam
- Une très grande amie, elle est une sœur pour moi, dit Aragorn en posant sa main sur son épaule. C'est elle qui a surveillé notre route.
Un jour est passé sans qu'elle ne revienne, Glorfindel tournait en rond dans le grand salon ne sachant quoi faire. Aragorn essayait de le calmer, mais sa propre inquiétude grandissait.
- Si elle n'arrive pas dans la nuit, je partirais à sa recherche.
- Je viendrai avec vous, lance Legolas les bras croisés.
- Moi également, ajouta Aragorn.
- Vous avez fait un long voyage Aragorn, reprenez vos forces, avise Gandalf.
- Nous partirons à l'aube, dit Glorfindel avant de partir sans un mot de plus.
Aragorn le regarda s'éloigner. L'elfe était à cran, ils le voyaient tous.
- Il ne l'avouera sans doute jamais, mais c'est sûrement celui qui s'inquiète le plus, dit Aragorn dans un sourire.
- Depuis longtemps leur relation prête à confusion, en effet, appuya Gandalf en allumant sa pipe en regardant le soleil se coucher.
- Depuis mon enfance, je les vois collés l'un à l'autre. Pour Maliha il restera la première personne à qui elle a pu faire confiance et pour lui celle qui lui a ramené de l'espoir.
- Les titans sont des créatures spéciales, vous savez.
Ils entendirent Legolas soupirer faiblement.
- En quoi semer la mort fait d'eux des êtres spéciaux ? crache Legolas au bord de l'énervement.
- Vous devez penser qu'ils sont tout-puissants, que leur force les place au-dessus de la peur et de la mort, mais il n'en est rien. J'ai parcouru la terre du milieu avec Maliha pendant une année… C'est là que j'ai compris que les titans, plus que quiconque d'ailleurs, avaient peur… Peur pour les autres, pour ceux qui leur sont chers, peur de sombrer, peur de ce qu'ils sont, peur de ne pas tout maîtriser, de faiblir… Je n'ai jamais vu un cœur aussi sensible que celui de Maliha. Ils sont loin de l'image des brutes assoiffées de sang, d'une certaine façon, je dirais même que c'est à nous de les protéger.
Aragorn étira un sourire en revoyant les images de son enfance. Il la connaissait par cœur, elle qu'il considérait comme sa sœur. Elle l'avait soutenue parmi ce peuple si mystérieux et silencieux, lui offrant une échappatoire, une lueur de joie.
- Comment expliquez-vous le passé Gandalf ?
L'elfe ne voulait pas se battre, il avait dit cette phrase simplement et le magicien le dévisagea d'un regard calculateur … Legolas voulait simplement comprendre ce que son cœur disait au fond de lui. Il avait besoin de l'entendre de la bouche de ceux qui la connaissaient vraiment.
Pour lui, Gandalf était sage… Bien entendu Estel l'avait maintes fois persuadé que Maliha était quelqu'un de bien, digne de confiance. Mais un point de vue extérieur lui serait peut-être plus utile.
- De cette façon. Oui, c'est un geste impardonnable Legolas, mais je pense que nous avons notre part de responsabilité. Eriador était un solitaire, isolé du monde par les elfes… Legolas, si votre seule présence ici était de vous battre pour un peuple qui n'est pas le vôtre, que le monde autour de vous ne vous appartenait pas. On vous explique que vous êtes là pour protéger ce monde-là, et vous présente le contrat qui scellera votre vie à jamais. Vous acceptez les termes de ce contrat et attendez simplement la guerre, puis, une fois celle-ci terminée, la prochaine fois que l'on aura besoin de vos services. Les Valars ont fait don de l'ouverture du cœur aux Titans, pensez-vous, alors que cette situation ne leur fait rien ?
Il y eut un long silence pendant que le magicien prit une bouffée de fumée. Aragorn baissa la tête. Gandalf soupira et continua d'une voix triste.
- Maliha est restée des mois prostrée dans les souvenirs de la guerre d'Erebor, ne comprenant pas pourquoi elle n'avait pas pu les sauver. La vue du sang, la vue des corps, elle n'avait jamais été confrontée à cela dans son monde et du jour au lendemain, on lui a demandé de se battre. Maintenant, elle attend la prochaine guerre… Alors s'il vous plaît essayez de vous mettre à sa place. Qui oserait se dresser devant une armée entière, en avoir seulement le courage… Personne ne souhaiterait être à sa place, nous lui demandons pourtant de le faire sans en connaître les conséquences dans son cœur.
Ils étaient tous restés silencieux, Gandalf vida sa pipe et se leva en posant une main sur l'épaule d'Aragorn.
- Elle rentrera. Maintenant dans quel état ? Ça seuls les Valars le savent. Mais elle rentrera, car ici est sa seule maison, dit-il. Oui, elle rentrera.
Le soleil s'était couché et les paroles du magicien traversaient encore et encore l'esprit de Legolas. Il s'était refusé à essayer de comprendre les titans. Et même après le discours il ne pouvait s'y soumettre. Pourtant, il était là, devant la place du pont à attendre sans savoir pourquoi. Il perdait son regard dans les étoiles et le ciel clair, éclairé par une lune pleine et blanche.
Une ombre passa derrière les rochers. Il vit le cheval blanc qu'il attendait s'engager d'un pas lent sur le pont. Son cœur bondit, mais il vit le seigneur Glorfindel arriver en trombe sur la terrasse. Son sang se glaça, mais au fond lui il ne savait pas si l'elfe ne venait pas de le sauver. Oui, il aurait sauté sur la terrasse pour la rejoindre et il aurait eu tort de le faire.
J'ai vu la silhouette élancée de Glorfindel arriver sur la grande terrasse. De ce que je pouvais voir en arrivant finalement devant lui, c'était qu'il était inquiet.
- Où étais-tu ? lança-t-il nerveusement.
- Calme-toi Glorfindel. Je suis moi, entière et vivante.
Il prit les rênes de Liméas avant que je ne pose pied à terre et lui caressa l'encolure en lui murmurant doucement.
- Comment vont Frodon et les autres ? Estel est-il bien arrivé ?
- Frodon va bien, Elrond veille sur lui. Estel est arrivé il y a trois jours maintenant, Sam, Merry et Pippin vont bien aussi.
- Qui sont ces personnes ?
- Trois hobbits, venus avec Frodon. Maliha pourquoi avoir autant tardé, regarde-toi, tu es exténuée…
- J'ai poursuivi les quatre que j'avais réussi à séparer du groupe. Quelques heures plus tard, je me suis retrouvée avec les neufs. Je les ai rabattus en dehors de nos frontières. Mais du coup, je me suis retrouvée loin.
- Je vois.
Il commença à partir vers les écuries et je l'ai suivi en silence. Il a dessellé Liméas en la caressant doucement.
- Elle a été très courageuse.
- Elle ne te laissera jamais tomber, tu le sais Maliha. Elle est exténuée, pas de sortie avant au moins deux semaines.
J'ai retiré mes protèges-poignets pour détendre mes articulations douloureuses avant de me caler contre l'entrée en l'observant. Il murmurait toujours des mots doux à la jument qui le regardait avec respect.
- Et Gandalf ? je demande.
- Il se remet lui aussi, l'air d'Imladris lui fait le plus grand bien.
- Glorfindel… Alors Saroumane nous a réellement trahis ?
- Oui Maliha, il a toujours été quelqu'un de secret et de dangereux.
- C'est le magicien blanc…
- Gandalf soupçonne l'ennemi d'avoir empoisonné son esprit pendant de longues années.
- Mais comment ?
- Un palantir.
Nous étions sortis des écuries pour prendre la direction de mes appartements. Les rues étaient calmes dans la lumière bleutée.
- C'est quoi un Palantir au juste ? je demandais.
- Une pierre de vision. Gandalf pense que Saroumane a essayé de voir les intentions de l'ennemi, mais qu'au final, il s'est fait piéger.
- Je vois.
On était finalement arrivés devant ma chambre. J'étais exténuée et je ne sais pas si j'aurais pu faire un pas de plus de toute façon.
- Elrond à prévu un conseil demain après-midi, il veut que tu sois présente.
- Un conseil ?
- Pour sceller le destin de l'anneau.
- Très bien…
- Repose-toi Maliha.
- Oui à demain Glorfindel, dis-je en me tournant vers la porte.
J'ai été surprise, mais j'ai senti ses bras autour de moi et son buste contre mon dos. Je répondis à son étreinte en posant mes mains sur les bras qui m'entouraient.
- Je ne savais pas où tu étais Maliha.
- Et tu as imaginé tous les scénarios possibles, n'est-ce pas ?
- On peut dire ça oui.
Il se retira en affichant un sourire gêné. Je lui répondis par une tape sur l'épaule.
- N'importe quoi… Quand apprendras-tu que j'ai grandi Glorfindel ?
- Quand tu auras mon âge, petite.
- Petite ?! On rêve… dis-je en le poussant faiblement.
Il rit nerveusement et j'ai su à cet instant qu'il s'était vraiment inquiété.
- Je suis à la maison maintenant, tu peux aller méditer tranquille mon ami.
- Alors à demain, repose-toi bien, dit-il en s'éloignant.
- À demain oui.
Il ne répondit pas et se retourna simplement pour partir. Je rentrais dans ma chambre en poussant un soupir satisfait, heureuse de retrouver mon chez-moi. Retira mes vêtements rapidement, fit couler le bain avant d'entendre cogner à la porte.
J'ai passé un peignoir en soie et ouvrit.
- Arwen.
- Maliha… dit-elle en me prenant dans les bras.
- Arwen je suis sale et transpirante…
- Tu m'as fait peur. J'ai croisé Glorfindel dans la ruelle, il m'a dit que tu étais de retour.
- Oui, il m'attendait on dirait. Il s'est occupé de Liméas, dis-je en éteignant l'eau et me plongeant dedans avec un soupir d'aise.
Elle ouvrit la fenêtre avant de s'asseoir dans le fauteuil face à la baignoire.
- Il était inquiet au-delà du possible…
- Glorfindel est toujours inquiet Arwen.
- Où étais-tu donc? Estel est arrivé bien avant toi.
- Je sais, il me l'a dit. Je me suis juste assurée qu'ils soient tous hors de nos frontières, ça a pris du temps, mais il n'y avait pas de raison de s'inquiéter autant.
- Je vois. Mon père donnera un conseil demain après-midi et un bal dans deux jours.
- Glorfindel me l'a dit oui, du moins pour le conseil...
- Beaucoup sont venus et pour plusieurs raisons. L'anneau est ici maintenant et une décision doit être prise.
- J'en ai pas parlé avec Glorfindel, mais je suppose qu'il veut détruire l'anneau ?
- Oui…
- C'est la meilleure décision.
- Maliha, la plus grande question est comment.
J'avais le sentiment que le brouillard qui flottait autour de ma venue en Terre du Milieu se dissipait, jour après jour, heure après heure … A quoi dois-je m'attendre ? Fondcombe va-t-elle être attaquée ? Sauron voudra reprendre son anneau par tous les moyens. Nous n'aurons pas la force de tenir si nous devions le conserver.
- Savent-ils comment le détruire ?
- Je n'en sais pas plus que toi, tout sera révélé au conseil.
- Tsss, quelque chose me dit que ce sera encore une mission impossible…
- Nous verrons Maliha.
Je restais silencieuse un moment, mais Arwen semblait tracassée.
- Tu as retrouvé Estel ?
- Oui.
J'ai souri avant de poser ma tête sur le bord de la baignoire.
- Alors, heureuse ? dis-je avec un air mielleux à souhait.
- Maliha…
- Quoi, ça va ! soupirais-je en sortant une main molle de l'eau.
Elle ria doucement et répondit finalement d'un mouvement de tête.
- Oui heureuse.
- Tu m'étonnes…
- Je ne l'ai pas beaucoup vu, il se repose. Le voyage à été dur.
J'ai souri malicieusement.
- Mouai mouai…Ne fait pas trop la fière Maliha, tu pourrais être surprise demain.
- Surprise ?
- Tu verras bien, dit-elle en se levant. Repose-toi, nous nous verrons demain.
- Attends là, tu crois pouvoir me vendre un truc comme ça là et partir sans rien dire ?
- Oui, je le crois en effet.
Elle se pencha sur moi pour me déposer un baiser sur le haut du crâne, avant de la regarder sortir sans un bruit et de contempler les étoiles par la fenêtre. J'ai lavé mes cheveux comme je pouvais, ils étaient longs maintenant, beaucoup trop longs.
Je m'étais réveillée comme une fleur vers midi. Mon ventre criait famine, mais j'étais de très bonne humeur. J'ai ouvert les rideaux, fait ma toilette, brossé mes cheveux, pris une brassière bleue, un jean clair taille haute et une large chemise blanche très légère. Ceinture, deux bracelets au hasard, un sautoir de cristal et mes ballerines. Après une semaine à vadrouiller, couverte de poussière et de sueur, un peu de raffinement ne me ferait pas de mal.
Je m'engagea vers les cuisines en chantonnant dans les ruelles. Le soleil était haut dans le ciel, l'air était frais, mais les températures chaudes de l'été persistaient. Les arbres avaient tout juste commencé à prendre leur première lueur orange annonçant l'automne, mais pas encore… J'aimais trop l'été pour vouloir déjà l'hiver.
Une fois arrivée, le cuisinier me salua doucement. J'ai regardé dans les réserves, des œufs, du bacon, des fruits et un petit bol de fromage blanc. Il n'y avait que moi pour manger ça de bon matin, mais il avait fini par s'habituer même s'il me regardait toujours faire mon repas avec un air médusé.
- Maliha, il me semble qu'Estel te cherche.
Je me retourna pour voir Gandalf tout sourire avec une tasse de thé fumant entre les doigts.
- Gandalf !
- Oui ma chère, votre nuit a été longue, vous avez manqué le petit-déjeuner, Glorfindel vous le fera remarquer…
- Oh, et que pensez-vous qu'il puisse me faire au juste…
J'ai fini de préparer mon plateau pour le rejoindre. Il me donna un verre et le remplit d'eau.
- Vous devez être au courant pour le conseil je suppose.
- Oui, Glorfindel me l'a dit. cet après-midi alors ?
- Oui, il va de soi que nous aurons droit au banquet d'honneur par la suite, dit-il avec enthousiasme.
Je soupira en prenant une cuillère de fromage blanc.
- J'aurais dû rester aux frontières…
- Elrond vous aurait attendu…
- Misère.
- Maliha, il commence avec sérieux, prenez votre lame.
- Pour ?
Il prit une gorgée de thé avant de me regarder avec un regard dur et inquiet.
- Le conseil.
- Pourquoi devrais-je prendre ma lame pour le conseil ? C'est insensé.
- Il y aura des elfes, des nains, des hobbits, mais également des hommes et l'anneau va leur être présenté.
- Que craignez-vous ? Estel à amener Frodon en lieu sûr, pourq…
- Ce n'est pas Aragorn que je crains Maliha, mais les autres…
J'ai soupiré, je savais que l'homme portant le nom de Boromir venait du Gondor. D'après Glorfindel et les elfes en général, les hommes possédaient un cœur facilement corruptible, il suffisait de regarder les neufs pour s'en apercevoir.
- Très bien.
- Oh, regardez qui voilà ! lance Gandalf d'un ton enjoué.
Je me retournais pour voir deux hobbits, l'un aux yeux bleus avec une tignasse brune et l'autre au visage potelé au regard doux, il exaltait une douceur de ce dernier que je n'ai jamais vu chez un homme.
- Venez, que je vous présente. Frodon, Sam, je vous présente Maliha, c'est elle qui vous a protégés des cavaliers avec le seigneur Glorfindel.
- Bien que je ne les aie pas trouvés à temps, dis-je. Je suis ravie de faire votre connaissance, Bilbon m'a beaucoup parlé de vous Frodon.
- Alors c'est vous la Dame de son histoire ? il me demanda, les yeux brillants.
- Il semblerait que oui, je répondis gênée.
- Alors c'est vrai, vous êtes un titan Madame ? demande timidement Sam.
- En chair et en os oui.
- Je ne vous imaginais pas ainsi, je dois vous avouer.
- Et comment l'imaginiez-vous cher ami ? demande Gandalf.
Il sembla terriblement gêné d'un coup, mais je lui affichais un sourire pour le rassurer.
- Certainement plus… Moins… Féminine…
J'ai ri ouvertement à sa phrase.
- Vous me pensiez musclée c'est ça ?
- Je dois avouer que oui.
- Et bien non, vous voyez ? Une simple femme.
- Et vous avez de très beaux cheveux madame, Bilbon n'en fait pas référence dans ses histoires.
- J'ai blanchi bien après avoir rencontré Bilbon.
- Il est vrai que vous étiez brune à l'époque, ajoute le magicien.
Nous aivons continué à bavarder. Ils s'étaient assis avec nous et prirent aussi du thé. Frodon avait l'air en bonne santé, son visage était coloré et bien vivant. Je ne retrouvais pas vraiment les traits de Bilbon chez lui, autant dans son caractère que par ses manières. Il était beaucoup plus timide et renfermé. Sam aussi était timide, mais celle de Frodon tirait vers la méfiance.
Je ne pouvais pas imaginer ce que cela devait être de porter un des anneaux de pouvoir, mais il ne sembla pas avoir dévoré l'âme de son porteur. Du moins pour l'instant. Si Bilbon avait porté cet anneau si longtemps, peut-être les hobbits étaient-ils moins sensibles à son pouvoir.
Au bout d'une heure à discuter, nous avions finalement entendu la grande cloche de Fondcombe annoncer que le conseil devait se réunir.
- Bien, lance Gandalf. Allons y Frodon, Maliha.
- Je vous rejoins dans quelques instants.
Il me fait un signe entendu avant d'entraîner le hobbit avec lui. J'ai suivi Sam dans les ruelles pour atteindre ma chambre et récupérer Laureline.
- Vous n'êtes pas convié ? Je demande au hobbit en atteignant mes quartiers.
- Non, le seigneur Elrond ne l'a pas souhaité… dit-il, déçu.
Je m'accroupis devant lui.
- Vous tenez beaucoup à lui n'est-ce pas ?
- Gandalf m'a demandé de ne pas le perdre, sous aucun prétexte, et je le ferai.
Je lisais la détermination dans ses yeux. Il avait peut-être l'air penaud comme ça, mais j'arrivais à lire un caractère prononcé bien caché au fond de lui.
- Je suis certaine qu'il doit y avoir un ou deux buissons à proximité de la salle du conseil… dis-je me relevant.
J'ai fait un signe de main malicieux avant de rentrer dans ma chambre pour récupérer le fourreau d'une main rapide et repartir sans demander mon reste. J'étais visiblement déjà en retard…
Ils étaient déjà tous assis quand je suis arrivée, Glorfindel me lança un regard de reproche et fit la mou en voyant mes vêtements et lui répondis en arquant un sourcil. J'ai cherché des yeux un siège vite en arrivant presque à vue d'eux, mais Elladan posa une main sur mon épaule et murmura à mon oreille.
- Père souhaite que tu restes à côté de lui. Visiblement, il y a déjà des tensions et nous ne souhaitons pas que ce conseil tourne à l'esclandre. Tu dois te tenir prête à tout instant Maliha.
- Je vois, en gros je reste debout et j'intimide… dis-je d'un ton ironique, pas vraiment prête à faire la potiche.
- C'est ça… il répondit en tapant mon épaule en signe de compassion.
- Et bien allons y…
- Bon courage… Surtout avec les nains…
Ou les elfes… Je pensais tout bas. Je m'avançais pour prendre place aux côtés d'Elrond et lui ai fait un signe de tête respectueux.
- Il est bon de te voir Maliha.
- Je resterai à vos côtés, Elladan m'a transmis le message, mon Seigneur.
- Alors, je m'en remets à toi.
Je me redressais pour parcourir chaque siège des yeux. J'ai vu Boromir le poing contre sa bouche, regardant lui aussi une par une les personnes en face de lui. Il était entouré par d'autres hommes que je n'avais jamais vu, sûrement arrivés pendant mon absence. Puis Aragorn, qui me fit un signe respectueux que je lui rendis. J'aurais souhaité lui parler avant, tant pis. À côté de lui se tenait deux elfes, Bilbon murmurant à l'oreille de Frodon l'air complètement perdu… Gandalf, Glorfindel, des elfes, et…
J'ai perdu mon souffle, senti ma poitrine gonfler et mon sang bouillonner dans mes veines, alors que je plongeais dans l'océan glacé qui m'avait tant manqué. Il était là, devant moi, à me dévisager autant que je le faisais.
Legolas, vêtu d'une cape de velours gris… Sa mâchoire se serra, ses doigts blanchissaient en tenant les accoudoirs de son siège fermement. Je me repris vivement en passant une mèche de cheveux derrière mon oreille et fit une révérence discrète à laquelle il ne me répondit pas bien entendu. Gloin me fit un signe de main, ainsi que son fil, et je souris gentiment en les saluant à mon tour.
- Bien, murmura Elrond.
Il se leva, tourna son regard vers moi pour me dire discrètement.
- Soit sur le qui vive lorsque Frodon présentera l'anneau. Je ne sais pas ce qu'il se passera.
- N'ayez crainte.
Il se retourna et fit face à l'assemblée.
- Commençons.
oOo
