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/ … Chapitre quarante-quatre … /

"Sleepwalking" - Chiiild


Nous avons ramé tranquillement, enfin plutôt, Legolas ramait silencieusement derrière les autres, pour être honnête. Tout était calme autour de nous et j'entendis Gimli renifler quelques secondes.

- Gimli ? je demandais en posant une main sur son épaule.

- Oh ce n'est rien…

-C'est bien la première fois que je vous vois dans un tel état mon ami, lance Legolas en ramant.

Je me retournais pour demander à l'elfe du regard, ce qu'il pouvait bien lui arriver. Il me répondit d'un fin sourire en m'indiquant d'insister. Je ne pensais pas la tristesse de Gimli si grande.

- Il va falloir l'accepter Gimli, mais je vous l'ai déjà dit, vous vivrez toujours avec votre souvenir.

- Je ne serais pas venu ici si on m'avait dit que je souffrirais autant. Croiser son regard pour la dernière fois m'a anéanti, ce sera ma plus grande blessure, je le jure.

Je me tournais de nouveau vers Legolas qui retenait un rire en voyant mon visage rouge de surprise et me fit signe de continuer encore en ramant.

- Mais oui ! Vous avez raison Maliha, je jure d'enfermer son cadeau dans le plus beau cristal du monde.

Nous continuons doucement, l'eau était calme et cristalline. Seules les petites vagues des deux autres bateaux devant perturbaient le reflet des arbres et des nuages. Les heures avançaient vite et bientôt, le ciel prit la teinte rougeâtre du crépuscule pour laisser place à la nuit. Une nuit sans lune, révélant des millions d'étoiles dans le ciel et je me suis rendu compte qu'elles m'avaient manquée.

Regardez…, je murmurais.

Legolas ramait vite en suivant le courant alors que je plongeais ma main dans le miroir d'encre pour faire danser les étoiles qui s'y reflétaient. C'était enfantin, mais je trouvais le spectacle merveilleux. Il n'y avait pas un bruit, le temps semblait s'être arrêté et le ciel s'être mélangé au fleuve. Je m'accoudais sur le flanc de la barque pour regarder mes doigts glisser lentement sur l'eau, en pensant que c'était une des plus belles choses qu'il m'eut été donné de voir. Ces ténèbres étaient tellement belles et même rassurantes, alors que celles vers lesquelles nous nous dirigeons seraient probablement d'une toute autre nature. Je soupirais en pensant que nous ne devrions pas aller si vite…

Bientôt, la brume s'est levée et le froid me prirent. Les dernières chaleurs du soleil depuis longtemps éteint s'évaporaient s'élevaient en fumée.

- Nous allons nous arrêter là pour la nuit, lança Estel en ralentissant sa barque. Il y a une rive dégagée ici.

Je contemplais encore les étoiles dans l'eau, j'aurais plutôt souhaité dormir dans cette barque, protégée par les eaux, plutôt que de mettre pied à terre ou n'importe quoi pourrait nous sauter dessus.

Nous étions repartis le lendemain aux aurores, le trajet fut encore calme, mais mon cœur bondit devant changement de paysage qu'offrait le sud. Les Terres Brunes étaient sur la rive Est, une étendue de rocailles et de broussailles sèches à perte de vue et aux bourrasques glaçantes. J'étais allée plus loin que jamais je ne l'avais été jusqu'à présent et la découverte me laissait un arrière-gout amer dans la bouche. Je lâchais le drone, caressant l'espoir de voir au-delà de ces plaines arides, mais il n'y avait que ça à perte de vue.

- Que faites-vous donc encore avec cette chose ? demanda Gimli en le pointant de sa rame.

- J'explore Gimli, j'agrandis ma carte, voyez plutôt.

Je lui montrais l'écran lumineux du compagnon, il fronça les sourcils, dubitatif.

- Comment dites-vous déjà ?

- La technologie.

- Ah oui, la technologie. Eh bien, cela me semble intéressant, vous pouvez voir partout avec ça ?

- Non, il y a une distance maximale à ne pas dépasser.

Je lui avais expliqué longtemps, jusqu'à finalement lui donner la petite plaquette en verre et lui indiquait comment diriger le drone avec délicatesse du bout de ses larges doigts. C'était rude, mais après une farandole de rire et d'exclamation, il avait finalement réussi à maîtriser parfaitement l'objet entre les rochers. Aragorn et Boromir nous avaient rejoints, collant leurs bateaux au nôtre pour regarder le spectacle, septique. Cette parenthèse nous permis d'oublier un peu le choix qui serait le nôtre dans quelques jours. Les hobbits regardaient l'objet voler au-dessus de l'eau, frôlant les vaguelettes provoquées par les barques avec admiration, comme si c'était un enchantement de Gandalf. L'idée me tordais le ventre, mais elle fut effacée par le sourire de Frodon, car celui-ci était de plus en plus rare à mesure que l'on avançait. La journée se termina comme la précédente et je fus de corvée de surveillance avec Legolas.

- Je vais me laver et ramasser du bois, dis-je en me détournant.

- Ne t'éloigne pas.

- Que pourrait-il bien m'arriver ?

- Il est vrai que rien ne peut te tuer.

Je me tournais vers lui pour voir son visage rempli de reproches quelques secondes, avant qu'il ne se retourne en croisant les bras. J'aurais souhaité répondre, mais je crois que nous avions passé ce stade… Ou peut-être pas, je n'en avais aucune idée en fait.

Je trouvais un petit endroit loin pour me plonger dans l'eau glaciale du fleuve. Ma peau aurait pris une teinte bleue que cela ne m'aurait pas étonnée. Je me savonnais rapidement avant de remonter pour me rhabiller et chercher du petit bois. Je revins une heure plus tard, tous dormaient déjà profondément et les ronflements de Gimli envahissent l'air calme comme d'habitude.

Legolas me rejoignit en silence pour s'asseoir au coin du feu sur le point de s'étendre pendant que je l'alimentais. Un silence plus que gênant s'ensuivit, mais je ne savais vraiment pas quoi dire. Je le regardais du coin de l'œil, lui et son air impénétrable, impassible et pourtant si beau dans la faible lueur des flammes contre sa joue. Je soupirais sans m'en apercevoir en perdant mon regard sur le fleuve.

Il se leva doucement, aux aguets, avant de prendre son arc sans bruit. Je le suivis, ignorant où regarder, alors que de légères vaguelettes arrivaient sur notre rive.

- Qu'est-ce ? je demandais discrètement en serrant une arme sans la sortir.

Il plissa les yeux.

- Gollum, sur la rive Ouest.

- S'il nous a suivis jusqu'ici, c'est qu'il a dû contourner la Lórien.

- Il ne s'approchera pas tant que nous serons tous ensemble, il nous craint.

- Et il a bien raison, je réponds durement. Ne pouvez-vous pas l'abattre, il n'est pas si loin.

Il se tourna vers moi en affichant un air sombre.

- N'as-tu donc aucune pitié ? dit-il finalement en me dévisageant.

- Pardon ?

- Tu ne sais rien de sa souffrance Maliha.

- Parce que tu le sais peut-être ?

- Longtemps Gollum est resté chez nous. Il n'est plus lui-même, rongé par l'anneau année après année. Celui-ci a prolongé sa vie en le transformant en une créature sans cœur. Nous avons cru qu'il pourrait guérir et certains signes nous l'ont confirmé. Il aimait monter aux arbres, contempler la faune et respirer la flore, il a, j'en suis sûr, plus de respect pour elle que toi.

J'entrouvris les lèvres à la réflexion glaçante. Son regard était tellement dur, mais avait-il tort ? Je ne savais pas, il était vrai qu'avant de voir la nature s'étendre à mes pieds ici, je n'y prêtais aucune attention. Pire encore, je l'ignorais, enfermé dans mon bocal… Alors je baissais les yeux avant de me détourner de lui et de reprendre ma place au coin du feu. Après plusieurs minutes, il me rejoint. J'avalais ma salive en regardant les flammes danser devant moi.

- Tu as raison, j'ai murmuré.

Son visage se tourna vers le mien, mais je ne lui accorderai pas de croiser mes yeux pleins de remords.

- Je n'ai rien fait. Toute ma vie là-bas, je n'ai rien fait et j'ai vu ma Terre, la terre qui m'a nourrie, mourir. J'étais enfermée dans un système déplorable et sans fin… L'époque ou l'on utilisait les épées et l'arc tout comme vous était bien loin et la technologie a évoluée à une vitesse folle sans que nous nous nous en rendions compte. Abandonnant en chemin les valeurs de la nature, oubliant que nous appartenions à un tout, reniant le fait que nous n'étions que UN parmi tant d'autres…

Je fis une pause, ne sachant pas pourquoi je lui parlais de ça, mais j'avais le sentiment que de mettre les choses au clair était utile, car il ne bougea as, attendant la suite en ne me quittant pas des yeux.

- Quand on m'a dit que je serais immortelle, j'ai décidé d'accepter le contrat. Pas pour vaincre la mort, ni le pouvoir, comme tu le penses, mais pour veiller à ce que la race des hommes ici ne devienne jamais comme nous. Legolas, je n'avais jamais vu la neige, je n'avais jamais vu un ciel vide, des forêts qui s'étendent à perte de vue, de l'eau couler par torrent entre les roches, des lacs aussi vastes que l'on n'en aperçoit à peine les berges. Respirer de l'air pur d'Arda m'a fait mal au début, j'ai mis plusieurs jours à m'y faire et je me suis rendu compte de ce que l'on avait fait…

Je plongeais mes yeux dans les siens déterminés.

- J'ai juré de me racheter et de protéger les peuples libres ainsi que cette nouvelle terre qui est la mienne. La protéger sous toutes ses formes et dans tous les sens du terme.

Son regard semblait s'adoucir, il m'observait intensément et je dus détourner les yeux pour reprendre ma contemplation de l'eau noire.

- Chaque elfe que j'ai croisé disait que ta tâche était noble, dit-il finalement. Je crois que je commence à comprendre ce qu'ils voulaient dire…

Il y eut un silence alors que je me replongeais dans ses yeux de glace.

- Mais Maliha, pour moi, rien ne pourra changer ton nom.

J'avalais ma salive, en sentant soudain ma gorge sèche.

- Je sais…

Nous étions restés comme ça, car il n'y avait plus rien à dire. J'avais du mal à ne pas trembler et à ne pas fondre en larmes. Chaque minute me paraissait une heure et j'ai béni la main chaude d'Estel qui atterrie sur mon épaule aux premières lueurs du jour. Notre relation était vouée à être comme ça, des paroles inutiles, des mots sans importance, car incapables de franchir le mur dressé entre nous… Mon espoir mourut par ces quelques mots et pendant un instant, je détestais Holorïn pour m'avoir encouragée à l'espoir.

- Nous avons aperçu Gollum cette nuit, dit l'elfe en se levant.

- Je vois, il serait peut-être plus prudent de voyager de nuit alors.

- Restons plus longtemps sur cette rive avant de repartir. Laissons les dormir encore pour prendre des forces, dis-je faiblement.

- Il faut alimenter le feu dans ce cas.

- J'y vais, je répondais en me détournant.

- Je viens avec toi. lança Estel.

Nous avions repris la route alors que le ciel s'était assombri et que la brume avait repris ses droits. Durant cinq jours, nous avions ramé vite, caché par la nuit ou par les nuages gris et menaçant. Les journées étaient longues et silencieuses. Je ne voyais que rarement la Lune dans l'eau brumeuse et je me demandais si je ne me changerais pas bientôt en vampire, vivant la nuit, d'un voyage nocturne encore plus long que notre traversée de la Moria.

Durant la cinquième nuit, le paysage sembla encore plus sombre et la végétation se transforma en une forêt de ronces épineuses et menaçantes. Gimli prit sa hache sans raison apparente.

- Avez-vous vu quelque chose Gimli ? je demandais.

- Non, mais je n'aime pas cet endroit, dit-il de sa voix grave.

L'air était lourd et je ne savais pas bien où regarder.

- C'est juste un aigle qui chasse, lança Legolas en ramant.

- Oh un aigle, ici, voyez-vous ça !

- Il est bien loin de son pays c'est certain, murmura l'elfe pour lui-même.

Il ne se passa rien cette nuit-là et nous avions pu dormir un peu sur une rive. Deux jours encore passèrent, cela fit un total de huit jours à ne voir que ce Fleuve. Nous avions fini de manger et je regardais l'eau avec méfiance. Le vent s'était arrêté et tout était silencieux.

- Vous avez l'air inquiète Maliha, dit Boromir en se plaçant à côté de moi.

- Oui, cette portion de route ne me dit rien qui vaille.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas… Vous savez mes émotions me jouent souvent des tours.

- Je sais de quoi vous voulez parler…

Je me retournais pour le dévisager longuement. Il était pâle sous la lumière de la lune, son état empirait, je le voyais bien. Frodon se méfiait et passait peu de temps à lui parler, voir l'évitait ouvertement.

- L'anneau vous pèse Boromir, je murmure faiblement.

Il me dévisagea comme si j'avais dit un blasphème, mais se résigna en croisant les bras. Il soupira un instant en cherchant ses mots et je le laissais faire, attendant simplement qu'il s'ouvre à moi.

- Je… Je ne me reconnais plus. Parfois, je ne me souviens plus, ou alors mes souvenirs me font peur.

- Il nous affecte tous Boromir, vous n'êtes pas seul dans cette épreuve.

- Vous le sentez aussi ?

- Mes cauchemars sont de plus en plus noirs, en effet.

- Jamais je ne toucherai à Frodon Maliha.

- Je le sais Boromir, vous êtes un homme d'honneur.

Il me sourit faiblement en regardant au loin, déstabilisé.

- Il nous faut partir, lance Aragorn en arrivant vers nous.

-Eh bien allons-y, dis-je en faisant signe à Boromir.

J'ai rejoint mon embarcation et Gimli qui m'aida à monter.

- Nous devrions être encore loin des rapides de Sarn Gebir, dit Estel en poussant doucement sa barque vers le centre du fleuve. Soyons prudents, je ne connais pas bien les parages.

- Estel, d'après ma carte, nous sommes tout proches des rapides, je lance en regardant l'écran.

- Es-tu certaine ?

- C'est une partie retranscrite à partir des plans d'Elrond, alors je ne suis pas certaine de l'échelle.

- Restons prudents, dit-il enfin avant de ramer.

L'air était frais et j'ai ramené la cape autour de moi. Comme tous les tissus elfiques, elle tenait chaud même si elle était fine. Je me recroquevillais sur moi-même, m'enfonçant doucement dans la barque en regardant l'eau défiler doucement sous les étoiles glaciales. Legolas ne ramait presque pas, nous laissant transporter par le courant fort et lisse.

J'entendais les doux murmures des hobbits fredonner des airs pour se réchauffer dans leur embarcation. D'un coup Sam s'exclama, je n'ai pas compris sa phrase, mais je le voyais pointer du doigt des masses blanchâtres et bruyantes devant nous. Le son puissant des remous me parvient et Legolas planta la rame dans l'eau pour nous ralentir.

- Par Durin les rapides ! dit soudain Gimli.

- Estel ! Boromir ! je lançais vers l'avant.

Il y eut un choc de bois et les hobbits ont crié d'effroi.

- En arrière, en arrière ! ajouta alors Aragorn.

Je me levais d'un bond, faisant tanguer le bateau manquant de me faire passer par dessus bord, mais Legolas me retient de tomber dans l'eau noire.

- Maliha, tu avais raison, nous y sommes ! il hurla vers nous en ramant rapidement. Il faut regagner la rive, le courant est trop puissant !

- Ramez ! pesta Gimli.

Après maints efforts la barque d'Estel et de Boromir remonta le courant, mais un bruit sifflant de flèche passa au-dessus de moi, suivi de plusieurs autres.

- Orcs ! lança Legolas.

- C'est bien ! Enfin un peu d'action ! encouragea le nain en sortant sa hache.

- Pagayez au lieu de parler pour ne rien dire, dis-je en ramant de toutes mes forces.

Nous avions finalement réussi à nous tirer du courant pour nous retrouver au centre du fleuve. Les flèches passaient de tous les côtés, transperçant l'eau dans un bruit de clapotis aigüe. J'avais beau regarder en arrière, je ne voyais rien d'autre que l'obscurité.

- Où sont-ils ? je demandais à l'elfe.

- Derrière les rochers.

- Ne peux-tu rien faire ? Je peux ramer avec Gimli.

- Les buissons sur la rive ouest ! Allons-y ! lança Estel au loin.

- Continuez, je nous couvre, dit alors Legolas en prenant son arc.

Je ramais encore et encore avec le nain pour atteindre les buissons en rejoignant Boromir déjà en dessous. Estel était encore quelques mètres derrière nous et Legolas tirait déjà ses flèches d'un son strident pour les couvrir, mais ils étaient beaucoup trop lents.

- On a pied ici ! dit le Gondorien.

Je sautais dans l'eau glaciale en entendant Boromir, marchais difficilement pour atteindre le bateau et le poussais rapidement par la force de mes bras. Une flèche atteint mon épaule me poussant à tomber dans l'eau de tout mon long.

- Maliha ! je crus entendre en revenant à la surface.

J'étais gelée en arrachant la flèche, mais elles tombaient toutes de nouveau autour de moi. Après quelques pas difficiles, je rejoins le bateau retardataire et le place derrière le nôtre.

- Je suis sûr que c'est Gollum qui les a attirés ici… murmura Sam en prenant Frodon contre lui.

- Allez-vous bien ? me demanda Frodon.

- Oui ça va, ne vous inquiétez pas, mais restez bien au fond de cette barque, dis-je pressée.

Je remontais dans la barque aidée par Aragorn d'un bras et le nain qui pestait sous l'humidité. Legolas passa devant nous, bandant son arc d'un mouvement souple. J'ai trouvé le son majestueux, des cris retentirent de l'autre côté, mais il prenait déjà une nouvelle flèche. Élargissant son buste, sa posture était droite et élancée, son geste parfait dans l'étirement de son coude vers l'arrière. Je le regardais sous la lumière faible de la lune et me sentie petite face à sa grâce.

Il resta comme ça pendant de longues secondes, puis le ciel s'assombrit et il arrêta son mouvement.

- Elbereth Gilthoniel ! il s'écria.

Je me levais pour regarder le nuage prendre la forme d'une créature immense et ailée, entrouvrant les lèvres par la vue. Un cri strident et violent fendit le ciel me procurant le plus lourd frisson de ma vie. Je posais ma main sur le bras de Legolas qui tenait son arc vers le bas.

- Legolas c'est quoi ? je demandais d'un murmure de terreur.

Il ne répondit pas alors que son arc s'élevait de nouveau vers le ciel. J'ai entendu la flèche chanter au creux de mon oreille sans lâcher la créature des yeux. Elle fit un virage serré, hurla un instant avec les orcs, avant de l'éloigner d'un battement d'ailes noires. J'ai retenu mon souffle jusqu'à ne plus la voir, disparaissant rapidement derrière les arbres. Et ce fut le silence total… Je retenais ma respiration en attendant la suite.

- Tu es trempée, me lança soudain Legolas.

Il me dévisageait d'un air agité quand j'ai baissé les yeux vers lui.

- C'était quoi ? je demande en sortant de ma transe.

Je le vis regarder de nouveau la rive voisine en soupirant.

- Je ne sais pas… dit-il en laissant l'arc reposer contre sa cuisse.

- Vous l'avez eu ! cria Gimli de victoire en venant vers nous.

- Peut-être, mais je ne sais pas ce que j'ai touché mon ami.

- Quand bien même, vous avez vu cette chose ?! lança Pippin en frissonnant.

- C'était beaucoup plus gros qu'un aigle en tout cas, enchérie Merry.

- Presque comme un Balrog, murmurait Frodon.

- Les nuages se seraient embrasés dans ce cas, impossible ! rétorqua Pippin.

- Ne restons pas là, il y a un bras plus calme ici, lança Estel en montrant le chemin, nous resterons dans les barques cette nuit, la rive est abrupte et impraticable.

Les bras croisés, je cherchais dans l'obscurité n'importe quel signe me disant que l'ennemie était là.

- Nous veillerons tous à tour de rôle et repartirons demain, dit lentement Estel en soupirant.

- Je prends le premier quart, je ne risque pas de m'endormir, je murmurais mal à l'aise.

- Très bien.

- Je prendrai la suite, dit l'elfe en rangeant son arc.

Et ce fut le silence de nouveau, je restais accoudée à la barque, grelottant légèrement dans mes vêtements humides. Ils ne tarderaient pas à sécher, je le sentais déjà, ils sont elfiques après tout, mais le brouillard se levait et avec lui une chaleur lourde remplie de rosée. Je tournais mon regard vers Gimli, qui dormait avec sa hache à la main et Legolas qui méditait les yeux ouverts.

Deux heures plus tard, je me redressais pour prendre doucement le bras de l'elfe à côté de moi.

- Pardonne-moi, Legolas il faut te réveiller.

Je vis son âme reprendre lentement ses yeux et les plisser légèrement en me voyant.

- As-tu vu des choses anormales ? demanda-t-il en bougeant légèrement.

- Non rien, tout est calme, mais je ne vois rien avec ce brouillard.

- Il nous cache, c'est plutôt bon signe.

- Oui et la Lune est fine cette nuit. Bonne nuit Legolas.

Je me détournais pour enrouler la cape autour de moi et me recroqueviller au fond de la barque, la tête sur mon sac. Il me fallut un bon moment pour trouver une position suffisamment confortable et oublier un tant soit peu le froid qui me mordait, mais je me rendis à l'évidence, c'était impossible..

Après plusieurs minutes à comater entre un rêve et deux tremblements, je sentis une douce chaleur et une couverture se poser sur moi. Je l'ai prise dans un mirage rêveur pour m'enrouler encore et tomber dans un rêve profond en soupirant d'aise.


J'entendais les voix chuchoter et sentais le bateau tanguer légèrement en ouvrant un œil. Une masse verte et brune floue se dessinait devant mes yeux et j'ai râlé en bougeant mes membres endolories par une mauvaise position. Posais une main sur une surface tendre et chaude pour me redresser et tomber nez à nez avec le profil de Legolas qui me dévisageait avec méfiance.

- J'espère que votre nuit fut douce, dit-il d'une voix ouvertement ironique.

Je rougissais en constatant que j'avais dormi presque entièrement sur sa cuisse. Sur lui, assis en tailleur au fond de la barque.

- Je suis désolée… balbutiais-je en m'écartant d'un geste pressé.

- Vous pouvez l'être en effet, continua-t-il.

J'étais très embarrassée, ne sachant pas où me mettre et préférais garder les yeux baissés.

- Baliverne ! Vous ne l'auriez pas entourée de votre bras si cela vous avait réellement dérangé l'ami ! ria le nain.

Je relevais les yeux vers Legolas qui évitait mon regard en fronçant les sourcils. Il prit sa position dans la barque et commença à regarder le fleuve froidement sans un mot. Je ne comprenais rien à la situation, encore moins en croisant le doux sourire d'Estel et ses yeux malicieux, passant silencieusement sur l'eau à côté de nous. J'ai préféré faire comme si je n'avais rien remarqué, réfréner l'espoir qui me gagnait et ainsi me préserver d'une déception de plus. Je retirais la couverture chaude de mes épaules, mes vêtements maintenant secs et observais les alentours.

- Quelle purée… je lançais timidement pour détendre l'ambiance dans la barque.

- Oui, le brouillard n'a pas quitté le fleuve de la nuit et je crains qu'il ne se lève pas, lança Aragorn.

- Nous ne serons pas vus au moins, rétorqua Sam.

- Sam a raison, évitons de faire de mauvaises rencontres, je n'ai pas du tout aimé la dernière, dit Pippin.

- C'est vrai, mais je crains de ne pas trouver le chemin s'il ne se lève pas un peu.

- Par où veux-tu passer Estel ? je demandais.

- Je connais un passage pour aller vers Sarn Gebir et arriver à l'Emyn Muil.

- Nous pourrions plutôt débarquer, abandonner les bateaux ici et aller vers l'ouest.

- Nous n'avons pas encore décidé de notre itinéraire Boromir…

J'ouvris la carte sur le compagnon pour me repérer. Si nous suivions le chemin de Boromir nous devrions passer par la vallée de l'Entallure.

- L'Entallure peut être mortelle par temps de brouillard et je préfère continuer à ramer tant que nous le pouvons, ce chemin est plus sûr.

- Vous savez aussi bien que moi que la rive ouest est prise. Et puis quoi ? Pensez vous que nous pourrons trainer les barques pour passer les rapides ? Puis sauter les chutes une fois passé les Portes d'Argonath ? Et les marais, avez-vous pensé aux marais ?

- Boromir… dis-je pour moi-même.

- Non, Boromir, lance soudain Aragorn froidement. Mais n'oubliez pas le chemin de l'Escalier du Nord et le haut siège d'Amon Hen ! Avez-vous vraiment oublié le passage des grands rois ? Moi pas, et peut-être qu'une fois arrivé nous aurons un signe pour la suite.

Il y eut un grand silence, Gimli se retourna vers moi pour partager un regard sombre. Legolas posa une main sur mon épaule et j'ai légèrement tourné le visage en arrière en ne lâchant pas l'homme des yeux.

- Il n'est plus le même depuis que nous avons quitté la Lórien, il murmura à mon oreille dans un souffle.

- Je sais… Et ça empire…

- Je pense que le plan de Grand Pas est le meilleur pour ne pas croiser les orcs. lance Frodon en prenant son courage à deux mains.

Frodon venait de couper court la discussion, si Boromir était soumis à l'anneau comme je le pensais, alors il le suivra sans résistance… Merry et Pippin regardaient le Gondorien avec une légère frayeur dans les yeux, attendant la sentence de ses mots.

- Alors qu'il en soit ainsi… dit-il. Même si le chemin me déplait, je ne peux abandonner mes amis. Vous aurez besoin de moi pour déplacer ses barques, je vous quitterais une fois chose faite.

- Bien, je vais aller explorer les environs avec Legolas, pour trouver un passage qui nous permettrait de passer les rapides avec les barques.

Après avoir regagné le bas-côté, j'ai regardé les deux hommes sur la berge. Legolas semblait inquiet en accrochant son arc derrière son dos. Je lui tendis un lot de flèches neuves qu'il plaça dans son carquois sans un mot. Ils s'engouffrèrent dans les buissons jusqu'à remonter totalement le talus de la rive et passer hors de notre champ de vision. Gimli a soupiré, soucieux.

- J'aurais dû les accompagner, dit-il d'un ton dur.

- Ils reviendront bientôt Gimli.

- Je n'aime pas ça du tout…

Ils partirent pendant de longues heures, je regardais l'écran de mon compagnon, mais il n'y avait aucune trace d'eux. Vers midi, nous les avions enfin vu revenir sain et sauf, dévalant jusqu'à la rive au pas de course.

- Le passage est sûr et nous avons trouvé le chemin vers les eaux plus calmes, par contre, je crois que nous n'avons pas le choix, nous devons porter les barques à partir d'ici.

- Le chemin sera long Aragorn, même si nous étions tous des hommes, lança Boromir.

- Les nains iront toujours là où les hommes ne le pourront, même avec une charge deux fois plus lourdes qu'eux, n'oubliez jamais ça seigneur Boromir, rétorqua Gimli.

- Ça suffit, nous ferons comme nous pourrons, rapprochons-nous déjà de la rive, dis-je d'un coup de rame.

Legolas maintenait notre bateau nous permettant de descendre. Une fois la chose faite, je tirais l'embarcation hors de l'eau d'une main.

- Allez aider les autres, je m'occuperais de celui-ci avec Gimli, lui dis-je.

- Non Gimli, vous irez avec les hobbits, Aragorn prendra le dernier avec Boromir, nous remplirons celui-ci avec les bagages, nous sommes les plus forts de cette communauté, lance Legolas en posant son arc et son carquois dans la barque.

Je l'ai regardé un instant, surprise.

- Bonne idée l'ami, je ne peux nier que les hobbits et moi-même faisons la même taille et puis je pourrais porter le bateau à moi seul, dit-il en partant fièrement.

Aragorn déposa les bagages dans notre barque, son visage était fermé et soucieux.

- Estel, le chemin est-il sûr ? je demandais en posant une main sur son bras.

- Il l'est, nous n'avons rien rencontré d'anormal. Mais je crains que cette communauté ne tienne pas jusqu'au Mordor Maliha.

- Nous verrons Estel, ne te préoccupe pas de ça maintenant, un problème à la fois.

Sur le papier, cela semblait tellement simple, mais au final, ce fût un véritable enfer. Pas que les barques soient vraiment lourdes, non, bien au contraire, elles étaient incroyablement légères et Legolas s'en étonnait à chaque mètre. Non, le plus dur, c'était le chemin en lui-même, rocheux et parsemé des ronces les plus tranchantes que je n'avais jamais traversé. J'ai maudit Legolas, les ronces ne paraissaient aimer que mes bras et mes mollets, alors que lui les évitait sans aucun effort.

Sam aidait Gimli avec la barque de Boromir, alors que les trois autres portaient une partie des bagages que nous n'avions pas pu mettre dans la nôtre. J'entendais parfois Merry pester contre les cailloux et Pippin contre les ronces. Après une heure de calvaire, nous avions rejoint le tracé normal, puis la nouvelle berge après les rapides. Le soleil déclinait déjà et nous n'avions pas atteint l'escalier que souhaitait Aragorn, il fallait dire que nous avions progressé très lentement sur la première partie.

- On va devoir camper ici, dit-il. Nous atteindrons l'Argonath demain en longeant la rive occidentale.

- Il serait peut-être bien de faire des tours de garde ce soir, dit Gimli, nous sommes tous fatigués.

- Je vous pensais plus robuste, clama Boromir en reprenant son souffle.

Il ne répondit pas, mais grogna dans sa barbe tandis que je rigolais intérieurement. Je riais beaucoup moins en sentant la bruine qui commençait à tomber sur nous. Nous avions été épargnés par la pluie pendant plusieurs jours, mais visiblement, elle finissait par nous rattraper. Nous avions recouvert les braques des couvertures de peau pour éviter un remplissage désagréable et nous étions abrités sous un amas rocheux en faisant un petit feu pour nous protéger de l'humidité ambiante. J'ai pris le second tour de garde avec Gimli qui fumait tranquillement sa pipe en regardant les gouttes tomber des rochers. Estel dormait profondément, comme tous les autres, exténués par l'effort de la journée et Legolas était en méditation depuis trois bonnes heures maintenant.

- Je vous aime bien, vous savez ? lança Gimli en soufflant une épaisse fumée.

- Vous m'aimez bien ? dis-je surprise.

- Eh bien, mon père m'a conté vos exploits à Erebor, vous êtes connue parmi les nains et les éloges ne manquent pas, mais je voulais me faire ma propre idée. Vous êtes sans aucun doute une guerrière redoutable, c'est certain, mais j'avais peur du côté sombre qui plane sur votre race. Navré ma fille, mais vous êtes ce que vous êtes…

- Je ne le prends pas mal, ne vous inquiétez pas Gimli.

- Bien, fort bien… Tout ça pour dire que vous me plaisez, une fois cette histoire terminée, je vous invite à visiter mes mines, vous pourrez y rester le temps que vous souhaitez.

- C'est très gentil de votre part Gimli, merci beaucoup. J'adorerai, je dois dire. Je ne suis passée à Erebor que peu de temps et ce fut pendant un moment de deuil… Alors j'adorerais marcher dans les grandes salles des nains et découvrir votre culture plus en détail.

Il y eut un silence, mais un silence calme et loin d'être pesant. J'entendais la pluie légère clapoter dans l'eau et la Lune auréolait le ciel de sa lueur douce..

- Ne vous en faites pas pour Legolas, dit-il d'un coup en bougeant légèrement. Il a l'air dur comme ça, mais je suis certain qu'il tient à vous beaucoup plus qu'il ne vous le montre Maliha.

- Vous savez, je ne m'occupe pas de ce que pense Legolas. Du moins j'ai arrêté d'y penser.

- Peut-être, mais ces mots sont rudes à votre égard et je voulais vous le dire au cas où vous en seriez attristée.

Je ne répondis pas, cherchant à comprendre le sens de ses paroles. Les personnes proches de moi semblaient étranges sur le sujet et il m'arrivait même de trouver le comportement de Legolas était beaucoup plus… doux ?

- Quoi qu'il en soit, il vous faudra lui parler à un moment.

- De quoi voudriez-vous que je lui parle ? demandais-je en riant discrètement.

Il gigota encore en fumant, paraissant embarrassé par ce qu'il allait dire.

- De vous deux ! Vous passez votre temps à vous chamailler, alors que… maugréa-t-il de sa grosse voix.

- Alors que quoi ?

- Je ne sais pas, mais il va falloir le faire ma fille.

J'ai maintenu mon corps en arrière sur mes mains en essayant de comprendre ces mots. Il était vrai que j'avais tenté de lui parler en Lórien, insisté même, et le résultat avait été clair.

Plusieurs heures plus tard, je réveillais doucement Boromir avant de me coucher pour me replonger dans mes cauchemars préférés. Toujours aussi sombres et angoissants. Remplis des images d'anciennes batailles et d'autres que je ne connaissais pas…


Le lendemain fut un véritable enfer… Il pleuvait à verse et je remerciais les Valars de posséder cette cape pour m'abriter. Mais il y eut pire que ça, les rives avaient disparu pour laisser place à de hautes falaises de chaque côté de la rivière. Je me sentais prise au piège et regardais le sommet avec inquiétude. C'était l'endroit idéal pour une embuscade. Puis finalement, la pluie cessa et un ciel bleu apparut au-dessus de nous entre les deux parois de roches.

- Je n'aime pas ça… je murmurais en regardant encore leurs sommets. C'est de plus en plus étroit.

- Pensez-vous, lança Gimli, vous croyez vraiment que les orcs peuvent viser de cette hauteur ? Poh, cela m'étonnerait beaucoup !

- Les falaises sont identiques du côté de la plaine, personne ne pourra les franchir pour nous prendre par les hauteurs Maliha.

- Eh bien, me voilà rassurée…

Le courant était de plus en plus rapide à mesure que les murs rocheux se resserraient sur nous, laissant le ciel dans une fine ligne d'où s'engouffrait la faible lumière du soleil.

- Passons en file indienne, indiqua Estel en prenant la tête de la compagnie.

Nous nous étions retrouvés à l'arrière, puis d'un coup, la barque accéléra pour s'engouffrer dans une baie immense. Mes yeux eurent du mal à s'habituer à la lumière si vive devant nous.

- Voilà L'Argonath, Les Piliers des Rois, lança Aragorn. Restons bien en file indienne, espacez-vous ! cria-t-il pour couvrir le bruit assourdissant du courant.

Elles étaient deux, deux colosses de pierres de chaque côté de la rive. Deux gardiens immenses d'une prestance écrasante. Mains tendues semblant arrêter le mal lui-même sous le soleil. Je n'ai pu détacher mes yeux, la bouche certainement grande ouverte en passant à côté.

- Voyez Isildur et Anarion, mes pères du temps de jadis.

- Et à leur pied passe Elessar, le fils Elfstone d'Arathorn de la maison de Valandil fils d'Isildur, héritier d'Elendil, ici tu n'as rien à craindre Aragorn, dis-je en le regardant dans la lumière.

Je crus le voir me regarder un instant avant de se retourner, alors que le soleil était englouti par les roches. Il n'avait pas encore accepté sa lignée, même si les mots qu'il avait prononcés me laissaient entrevoir un changement. Je savais qu'un jour, il serait celui qu'il doit être.

Nous étions maintenant sur un vaste lac, entourés de falaises grises et escarpées parmi les arbres. Estel nous indiqua un pic en tendant son bras, le Tol Brandir et bien d'autres choses, à cet instant, je mesurais l'étendue de ses voyages. Il avait vu tant de choses, alors que moi, je restais là à attendre les prochaines guerres, attendre que l'on ait besoin de mes services… Je soupirais à cette pensée, écoutant à moitié ses phrases. Les hobbits étaient émerveillés, tournant la tête à droite puis à gauche, sans savoir où arrêter leur regard en poussant de vives exclamations.

Il fut décidé que nous dormirions un peu dans les barques avant de reprendre la route de nuit. L'ombre planait dans mon esprit, car bientôt, il faudrait prendre une décision. La nuit avait été calme et nous avons atteint les collines au petit matin.

- Prenons le côté droit, nous devrions trouver le calme des collines ce soir.

Nous longions en silence le bras de la rivière, jusqu'à trouver une rive plate et verdoyante. Le silence régnait dans la communauté, je pouvais sentir la tension de chacun d'entre eux. Tous savaient qu'ils devraient faire face à une décision importante qui influencerait le reste du voyage. Je ramenais les bateaux un à un pendant qu'Aragorn allait chercher du bois avec Frodon et Pippin, Gimli discutait avec Sam en préparant le repas du soir. Pour une fois, nous allions manger chaud, après plusieurs jours passés en barque, même de l'eau chaude me ferait du bien. Je me suis retournée vers Legolas qui surveillait le lac avec Boromir.

- Je m'éloigne dix minutes, dis-je rapidement.

- Pas trop Maliha, dit-il, inquiet.

- Je ne crains rien Legolas…

- J'ai un mauvais pressentiment, insista-t-il en prenant mon bras.

Sa main serra mon pull, et je sentais la surprise peindre mon visage. "Et de deux…" me dis-je.

- Que dites-vous donc tous les deux ? un peu de respect pour ceux qui ne parlent pas votre langue sifflante mes amis, lança Boromir les bras croisés.

- Rien, Boromir, Legolas est simplement inquiet que j'aille me rafraîchir, dis-je en arrachant mon bras de sa poigne.

- Ben voyons… répondit le Gondorien.

J'eu droit à un regard particulièrement noir de la part de l'elfe et un soupire de Boromir.

- Je ferai attention et explorerais les environs par la même occasion, j'indiquais à Legolas d'un ton rassurant.

Je trouvais un espace suffisamment isolé et calme loin des autres en chassant cette troublante scène de mon esprit . Je fis au plus vite avant de me changer pour partir en exploration autour du camp. C'était relativement bizarre, je ne ressentais rien de particulier, mais si Legolas était inquiet, c'était certainement pour une raison. Je revenais bredouille au camp, Aragorn et les autres étaient de retour et tous avaient déjà entamé le repas.

- Eh bien, vous êtes bien une femme pour mettre autant de temps. lança le nain cuillère en main.

- J'ai fait le tour des environs, je n'ai rien vu de particulier, dis-je en regardant Legolas qui évita dignement mon regard.

- Viens donc manger, l'eau du fleuve est glaciale à cette époque de l'année, m'indiqua Estel en me tendant un bol.

Je m'effondrais de sommeil, certainement réchauffée par la soupe de Sam, quelques heures plus tard.


Le lendemain tout le monde était agité et Aragorn qui me réveilla d'un geste vif.

- Debout Maliha, le moment est venu, dit-il avant de se relever.

Il les réveilla les uns après les autres. Legolas était encore debout, au même endroit qu'hier, les bras croisés en observant la rive. J'ai fait une toilette rapide avant de me mettre en tailleur, le dos contre la roche, attendant les autres autour de feu que Gimli alimentait en fredonnant des airs joyeux. Une fois tous réunis, Estel prit la parole.

- J'ai bien réfléchi et je ne crois pas que ce soit à moi de prendre une décision… Gandalf n'est plus là et il me semble que c'est à vous Frodon de faire ce choix. Vous êtes le porteur de l'anneau après tout.

Il y eut un long silence, Frodon paraissait complètement perdu par les paroles d'Estel. Longtemps, il nous dévisagea un par un sans rien dire, mais je pouvais entendre son cœur battre comme si c'était le mien.

- Je ne sais pas… Vous ne pouvez pas me demander de prendre une telle décision, comme ça… Vous ne faites que rajouter à mon fardeau déjà si lourd…

- Je le sais Frodon, mais mon cœur n'est pas capable de faire ce choix à votre place.

- Très bien… il soupira en regardant les flammes. J'ai besoin de réfléchir, seul, donnez-moi une heure.

- Si vous le souhaitez mon ami.

Il partit sans rien dire de plus, le visage de Sam se plissa semblant se résigner un instant en le regardant s'éloigner dans les bois.

- Je ne peux rien pour lui, n'est-ce pas ? demanda t-il.

- Non Sam, c'est à lui de prendre sa décision, dis-je.

- Qu'importe celle qu'il prendra, je le suivrai !

C'était long, beaucoup trop long… Une heure passa, je me levais et commençais à marcher en long et en large sur la rive et Aragorn me regardait faire.

- Cessez de gigoter ainsi Maliha ! pesta Gimli en mangeant un bout de viande séchée.

- Quelque chose ne va pas, c'est trop long… dis-je en posant les mains sur mes hanches.

Deux heures… Cela faisait maintenant deux heures que je regardais l'eau assise entre Gimli et Estel.

- Je crois que nous ne devrions pas tous aller avec Frodon, annonça d'un coup Estel. Nous risquerions d'être vite repéré dans les marais.

- Je ne l'abandonnerai pas, dis-je dans ma barbe en serrant mes genoux contre moi.

- Je le sais Maliha et moi non plus, je pense que seuls trois ou quatre devrais y aller.

- Vous pensez ? lance Gimli.

- Merry et Pippin devraient suivre Boromir à Minas Tirith, et vous aussi Legolas, votre peuple a besoin de vous.

- Je serais bien lâche de l'abandonner maintenant, je reste, répondit-il les bras croisés devant le fleuve.

- Ne comptez pas sur moi pour rentrer, lâcha Sam.

- Je m'en serais douté Sam, ne vous inquiétez pas.

- Boromir que pensez-vous…

Je me tournais pour voir pourquoi Estel mettre sa phrase en suspens. La couverture de Boromir était vide. Je me suis levée d'un bond, paniquée.

- Il a dû se passer quelque chose ! lança Sam épouvanté.

- Du calme Sam, il est peut-être parti faire autre chose, dit Estel en se levant à son tour.

- Vous l'avez remarqué autant que moi, non ? Il n'est plus le même…

- Estel, il a peut-être raison, il est au pied du mur… je lui murmure en prenant son bras.

- Frodon est en danger et pire, encore le connaissant il a sûrement mis l'anneau pour s'enfuir, continua Sam.

Le temps qu'il termine sa tirade, il s'était déjà enfoncé dans les bois, seul... Je restais figée sur place, sonnée, ne sachant quoi faire.

- Quoi ? je murmurais à moi-même.

- Nous devons le retrouver, dit vivement Pippin.

- Allons-y ! hurla Merry en passant à côté de moi.

- Non, non, nous ne pouvons pas partir seul ! lança Estel. Maliha avec moi, on va suivre Sam, Legolas, Gimli à la suite des deux autres !

D'un geste rapide, je récupérais Laureline avant de suivre Estel dans les bois à flanc de colline. Sam n'avait pas dû aller loin, il ne courait pas si vite. La pente était ardue et les arbres serrés…

- Sam ! hurla Aragorn devant moi.

Je n'apercevais déjà plus Legolas, ni Gimli, déjà bien enfoncés, eux aussi, dans la forêt. Mon cœur battait fort en courant à en perdre haleine entre les arbres.

- Maliha attention ! lança soudainement Estel en se retournant.

J'entendis le sifflement, mais la flèche me percuta la jambe de plein fouet. Je me retenais sur un arbre en sortant Laureline et l'arrache d'un geste pressé.

- Continue Estel ! Je m'en occupe, trouve Frodon et Sam !

Il me lança un regard paniqué en s'immobilisant.

- Vas y ! j'hurlais encore.

Et il partit… Les orcs passaient déjà entre les arbres en ne craignant aucune lumière… Mes yeux s'écarquillèrent, ils étaient grands, beaucoup trop grands pour des orcs. Uruk Hai… Je plissais les yeux en arrivant de front contre le premier et lui trancha le ventre d'un geste sûr, mais il se releva en titubant, hurlant de colère en affichant son masque orné d'une marque de main blanche.

- Saroumane…

La preuve était désormais irréfutable.

- Où est le semi-homme ? cracha-t-il dans un grognement immonde.

Je lui rendis un sourire.

- Si je te le dis, tu n'vas pas aimer.

Il perdit sa tête dans la seconde, mais il en arrivait de tous les côtés. Un par un, avec force, ils passèrent sous la lame. Ils étaient beaucoup plus résistants. Il s'agissait des mêmes que cette fois-là en Lórien. Alors c'était lui… Saroumane appelait les orcs à le rejoindre, mais dans quel but ? Pour pouvoir les créer, eux ? Former une armée ? Mes dents grincèrent en imaginant le pire après avoir tué le dernier dans mon champ de vision. Repris ma respiration et partis en courant dans la direction qu'avait prise Estel plus tôt.

Et je le trouvais quelques minutes après avoir rejoint un second régiment en route. Il était là, sur la colline, à l'intérieur de ruines, à se battre seul face à une dizaine de ces monstres.

- Estel !

Je le rejoins, créant une ouverture sûre pour le libérer.

- Où est Frodon ?! je demandais en coupant une tête.

Dans un dernier coup d'épée, il abattit le dernier avant de me rejoindre en reprenant son souffle.

- Je l'ai laissé partir…

- Quoi ? dis-je d'un air paniqué.

- Il doit accomplir cette tâche seul, nous sombrerons les uns après les autres, tu le sais très bien.

Il avait dit ça en prenant mon bras et en me lançant un regard déterminé et juste. Je fouillais dans ses yeux,cherchant la véracité de ses mots, mais il pensait vraiment ce qu'il venait de dire. Avait-il fait le bon choix ? Je ne sais pas… Mais qui le protégera ? Lui, seul face au Mordor…

- Sam est avec lui.

Une lueur d'espoir raviva mon esprit.

- Bien…

Avant que nous puissions continuer, une nouvelle horde arriva derrière nous.

- Il faut retrouver les autres, me dit-il en brandissant son épée.

- Oui, mais…

- Aragorn !

Legolas… J'entendis la corde de son arc chanter à côté de mon oreille, puis l'Uruk hai derrière moi s'effondra à mes pieds. Je tuais ceux qui étaient autour de moi, créant une première brèche dans leur rang.

- Merry, Pippin ?! demanda Estel, en coupant un bras.

- Pas vu ! lança Gimli en tranchant un pied.

C'est à cet instant que nous l'avions entendue… La plainte vibrante dans le vent, le cor de Boromir.

- Boromir… murmura Estel.

- Cours, nous nous occupons de tes arrières ! je criais en tentant de couvrir le bruit incessant de la bataille.

Il s'éloigna de nouveau. Qu'allions-nous devenir ? J'échangeais un regard incertain vers Legolas qui me le rendit en encochant une nouvelle flèche. Chaque chose en son temps, nous devions tout d'abord assurer ses arrières, Estel saura quoi faire.


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