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/ … Chapitre cinquante … /
"Rapture" - Jacknife
Ils sont là, les dix-mille Uruk hai. Lance à la main, trépignant presque de hâte. Dans un élan élégant, elle grimpe sur la bordure du rempart. D'ici elle les surplombe du regard. Elle les voit râler et la colère monte en elle, sa peau frissonnant de rage et de dégoût. La jeune femme sautille doucement pour se donner du courage en enfonçant le cuire entre ses doigts.
Aragorn crie un ordre dans la nuit et les hommes bougent à l'unisson pour prendre leur position de combat. Les bras sont tendus, la main prête à prendre une flèche.
Une des deux lames sort du fourreau et s'insère parfaitement dans le deuxième pour n'en former qu'une brillante dans la main de la titan. Un éclair jaillit des nuages, éventrant le ciel noir. La pluie tombe sans prévenir dans un bruit d'acier et Laureline luise. Aragorn hurle encore un ordre, les flèches sont placées à la corde, puis tendues des bras tremblants.
"Il est temps, Maliha"
Résonne la phrase dans l'esprit de la jeune femme. Elle sert encore un peu la lame dans sa main pour se donner du courage.
Un simple regard. Un simple regard entre elle et l'elfe qui tenait fermement son arc et la panique s'est peint sur le visage parfait de celui-ci. Mais déjà l'âme s'engouffrait dans la chaleur douce de la noirceur et le vert devient brun. Elle a presque souri en le voyant bouger. Il a fini par comprendre le dernier mot qu'elle lui avait adressé : "soit". L'arc est tombé a terre pour un dernier geste de regret, mais elle s'est laissée tomber du rempart sous un éclair blanc.
Ses pieds rencontrent la boue et son genoux plonge dans celle-ci pour amortir la chute. L'humidité agrippe déjà ses vêtements, mais elle n'en a que faire. Ses yeux se lèvent pour s'accrocher à une seule chose, son objectif, les créatures devant elle. La pluie dégouline des mèches blanches, son cœur bat tellement fort dans sa poitrine, mais elle ne saurait dire si c'était de peur ou de rage. Le rythme lent et carnassier s'infiltre dans ses oreilles, envahissant d'adrénaline chaque veine et chaque muscle.
« Le danger est bien réel, mais la peur est un choix, Maliha ». Lui avait dit son ami un jour.
Elle se relève doucement, place Laureline sur son épaule et commence à marcher vers l'armée.
Elle s'arrête finalement à vingt mètres environ. La lame quitte son épaule pour être placée à côté d'elle, reposant lâchement dans la boue ; de toute manière elle sera bientôt noire de leur sang… L'Uruk hai sur la roche hurle, elle voit son visage se déformer sous la colère. Le moment est arrivé… Ses yeux se ferment, attrapent la concentration pour ralentir le rythme cardiaque délirant.
Devenir l'arme sans vie. Se transformer en une ombre de mort sans sentiments….
Elle sent son cœur se murer pour le protéger de l'horreur. Protéger le peu d'innocence qui lui restait, le peu d'humanité qui faisait d'elle ce qu'elle avait un jour été, une ignorante... Faire prendre vie à l'arme. Devenir une partie de Laureline, un prolongement d'elle et non le prolongement de son bras, ne faire qu'un avec l'acier. Toute aussi froide, toute aussi tranchante, toute aussi inanimée, sans empathie et sans conscience. Devenir le personnage qu'elle avait créé sous l'encre bleu roi de sa signature, l'arme incarné de la mort.
Elle ouvre les paupières, dévoilant l'œil rouge sang et s'élance dans une course mortelle. Le sang chauffe à chacun de ses pas, ses muscles se tendent et ses yeux s'agrandissent à mesure que la distance est avalée.
La lame tourne dans sa main et le mouvement parallèle donne le départ d'une nuit de sang. Aucune limite. Cette nuit, rien ne l'empêchera de déployer la totalité de sa monstruositée.
Le sang gicle dans la fauche presque imperceptible. La lame danse suivant le corps presque torturé. Les coups sont d'une puissance telle que les membres sont projetés. Les mouvements, si fluides, sont comme une danse macabre, la vitesse d'exécution est improbable et le résultat insolent.
Sa décision de les tuer est sans vergogne. Aucune pitié. Aucune empathie ne vient déteindre son objectif : les exterminer. Elle enchaîne les vrilles, puis lance les deux lames autour d'elle. Les chaînes se tendent et entrent dans une rotation infernale de ses bras rigides, égorgeant les créatures au passage d'un son de métal. La rotation est mortelle projetant le fluide noir au visage de ceux qui daignent rester debout.
Ils s'écartent, mais c'est peine perdue. La fauche est sans merci. Maliha sombre dans un état catastrophique. Son cœur à arrêter de battre. Submergé par l'obscurité froide, l'aveuglant de la vue meurtrière de ses mains et dilue la peur. Il n'y a plus qu'un être cherchant à tuer.
Les flèches sifflaient au-dessus d'elle se mélangeant au grondement de l'orage. Les orcs sont tombés les uns après les autres. Les volées étaient rapides, certaines flèches atteignaient la titan, mais sans aucune gêne apparente. Elle entendait les orcs hurler, brandissant leurs lances en préparant déjà leur stratégie à côté de la porte du gouffre. Elle devait aller là-bas.
C'était un véritable carnage. Aragorn serrait les dents et les orcs ne savaient pas quoi faire. La plaine hurlait et les hommes regardaient le spectacle avec effroi. Les deux armées étaient en suspens, regardant les découpes rapides et les corps tomber les uns après les autres comme si la vie n'avait plus aucune valeur.
Bientôt ce fut un trou béant autour d'elle, formé par la peur et l'agonie. Les Uruk Ai essayaient de s'enfuir, provoquant un effet de foule glaçant et les hommes ont presque eu pitié.
Les lames dansaient à une vitesse folle ne laissant rien passer d'autre que la brutalité et la mort. Elle ne s'accordait aucune pause, ni même une respiration. Le corps acceptant les trajectoires sanglantes de la lame autour d'elle. Maliha était devenue méconnaissable et les hommes avalaient leur salive en redoutant de la voir sombrer dans la folie.
L'elfe ne savait pas vraiment ce qu'il regardait. Son cœur se fendait au même rythme que les têtes tombaient et il comprit les mots de son père. Disant que les titan décidaient qui pouvait vivre ou mourir d'un claquement de doigts. C'était vrai, il paraissait tellement simple pour elle de retirer la vie.
Il vut un autre visage de celle qui faisait battre son cœur. Oui il voyait cela à cet instant, mais aussi les yeux de Maliha se poser sur lui avec son visage dégoulinant de pluie.
Il avait vu son regard rempli de peur et de chagrin. Il avait vu le vert d'eau qu'il aimait tant, commencer à s'évanouir et comprendre les mots de Gandalf. Pourquoi les titans laissaient l'obscurité les prendre. Elle s'était laissée tomber dans ce gouffre et laisser son âme partir : pour ne pas avoir peur de le faire. Affronter ça, ce n'était pas du courage, mais du sucide.
Se laissaient transformer en créature de mort pour pouvoir simplement effectuer leur tâche. Passer par ce visage de marbre et ces yeux sans vie. Sans qu'aucun sentiments ne transparaissent. Il la connaissait pourtant émotionnellement extravertie et il était facile de voir qu'elle ne gérait pas ses émotions. La voir s'enfuir dans l'ombre pour abandonner son humanité lui était maintenant insupportable.
Il poussa un soupir sous la peur de voir sombrer la jeune femme qu'il aimait. Il s'en ai voulu comme jamais. Trop orgueilleux pour avouer sa peur. Trop honorable pour lui prêter son aide ou même essayer de la comprendre. Aragorn avait essayé, Gandalf avait essayé, Gimli aussi, mais il n'avait pas su écouter.
- Valar, comment une telle chose peut-elle exister… Murmure le nain à côté de lui. "Comment une si belle enfant peut réaliser une telle tuerie".
Ils la virent traverser la masse noir en marchant si aisément qu'ils en avaient presque la nausée. Elle marchait paisiblement, son regard rouge sang vers les premières échelles. Dans des cris affligeants, ils la laissaient passer. Ce n'était pas une option et quiconque résistait finissait sans sa tête.
Bientôt les orcs commencèrent à gravir les remparts. Aragorn et les autres entament alors leur propre combat. Elle les a regardés un instant avec presque un sourire. La nuit n'était que sang et douleur. Ils étaient tout autour d'elle essayant de l'embrocher d'une lance, l'empêchant d'avancer vers les échelles, mais peu étaient ceux qui y arrivaient. Si c'était le cas, elle prenait simplement la lance pour la retirer et empaler sa vengeance.
Elle était en sueur. Une sueur froide qui lui collait à la peau se mélangeant au sang, rouge ou noir, peut importe. Combien en avait-elle tué ? Elle ne le savait pas, mais c'était toujours insuffisant et de toute manière elle ne s'arrêtera pas tant que cette plaine fourmillera.
En haut des remparts, c'était l'effervescence. Les hommes étaient déjà submergés et les archets continuaient comme ils pouvaient pour atténuer la marée noire sur la plaine. Une impression passa sur la peau de la titan. Un hurlement retentit dans la nuit, plus fort que la pluie qui martelait la boue. Plus fort que les hurlements des Uruk Hai autour d'elle. Elle vit le rôdeur brandir sa lame vers le bas des remparts. L'elfe bander son arc vivement et décocher. L'œil rouge regardait la scène sans vraiment comprendre, mais l'âme remua à la deuxième flèche, puis se fut un son qui l'a sortie de ses gonds.
Il y eut une détonation terrible. Un souffle balaya la plaine avec une violence inouïe, déstabilisant la titan et une bonne partie de l'armée. Le temps passa au ralenti. Les pierres volent, embrasant presque le ciel. L'âme a remué et elle ne put la retenir, trop affolée devant les images.
Observe Titan.
Son visage s'est décomposé.
Le mur était éventré. Les pierres commencèrent à tomber devant et autour elle, écrasant les créatures d'un bruit humide. Déjà la masse noire s'avançait pour prendre d'assaut l'intérieur du gouffre. L'Ombre vibra en elle, débordant sous la colère qui coulait déjà dans ses veines. Elle agrippa son âme dans une rage sans nom, démultipliée par la haine.
Elle s'est élancée en hurlant vers la brèche. Les orcs essayaient de s'écarter, mais c'était trop rapide, rien ne pouvait l'arrêter. Son âme était perdue, enfoui sous une couche de haine collante. Jamais elle n'avait été aussi loin.
Cède.
Son cœur s'étouffa, devenant glace.
Plonge, pour ne jamais revenir.
Elle a cédé.
Quand son regard rouge se posa sur Aragorn, essayant de repousser les orcs, elle ne ressentit rien. Il était un parmi tant d'autres. Elle voulait juste tuer. Même la raison de sa présence ici, elle l'avait oublié.
Elle n'était que l'ombre, une arme faite pour tuer chaque être vivant autour d'elle. Il l'appela, mais elle s'était placée au centre de la brèche et commença à la défendre sans raison.
- Maliha, il faut se replier ! crie le rôdeur.
Aucune réponse, la jeune femme s'occupait juste de tuer toute créature qui faisait mine de passer.
- Aragorn ! hurle le nain en constant son ami en bas.
Il a sauté des remparts pour le rejoindre et tomber à l'eau au pied de la titan. Maliha a croisé son regard, un regard rouge, mortel. Le cœur d'Aragorn à bondit en comprenant que le pire était finalement arrivé.
- Maliha… il a murmuré pour lui-même.
La pluie dégringolant comme jamais a étouffé les paroles. Il a regardé le nain commencer à se défendre, mais la titan était beaucoup trop proche de lui et elle ne semblait pas faire attention à qui passait sous sa lame.
- Gimli sortez de là, elle n'est pas elle-même ! hurle-t-il encore pour couvrir l'orage qui grondait.
- Quoi ?!
Mais le nain a compris à l'instant où il vit le sourire cadavérique et les yeux descendre au-delà des cils vers lui, il était perdu. D'un geste de dernier recours, Aragorn l'a arraché de la brèche d'un mouvement brusque. Le tirant en arrière pour ne pas rencontrer la lame qui passait déjà pour tuer un orc et peut-être même le nain par la même occasion.
Mais ça il ne voulait pas le croire. Ils étaient là, à la regarder faire sur les marches de l'escalier en reprenant tous les deux leur souffle.
- Grand dieu, commença Gimli en reprenant ses esprits. Pourquoi…
- Elle a perdu son âme… il murmure de tristesse en la regardant, perdu.
- Vous pensez vraiment ?
Il l'a regardait, elle et son sourire d'automate. Ses yeux de fer incandescent passer d'un objectif à l'autre sans s'arrêter.
- Aragorn !
L'elfe s'approcha d'eux en dévalant les escaliers. Ils eurent juste le temps de lever le nain avant qu'une marée noir de commence à sortir de la brêche. Maliha, qui la défendait, commençait à se faire submerger, mais elle semblait en rire en retirant les lances de son corps. Aragorn prit le bras de l'elfe… Il sembla comprendre sans même qu'il ne le dise.
Juste en la regardant…
- Legolas, elle a cédé… Elle a perdu son âme…
Ils ont échangé un regard rempli de terreur. Legolas respira fort, les lèvres entrouvertes pour encaisser la nouvelle. Il la regarda un instant et ce n'était plus la même femme… Douleur, tristesse et désespoir passèrent dans son esprit sans qu'il ne puisse les analyser.
- Legolas, je ne pourrais pas le faire… murmure le rôdeur.
Les gouttes dégoulinaient des cheveux blond et même les orcs semblaient maintenant sans importance. Il chercha un repère des yeux, mais ne tomba que sur la femme hors de contrôle.
Inspirant l'air glacé, il prit les lames derrière son dos… Ses mains tremblaient… Si elle avait perdu son âme, il devrait le faire et il avait juré…
- Legolas… dit Aragorn en comprenant.
- Vous ne pouvez pas faire ça ! hurle le nain en le retenant.
- On a pas le choix… murmure l'elfe en descendant les escaliers.
Devant lui ce n'était maintenant qu'un tas de cadavre qui bouchait la brèche. D'un coup immense de la lame, elle en tue cinq d'un seul coup avant de se tourner pour regarder le rôdeur de ses yeux fous. Elle le détailla sous chaque angle, avant de passer au nain et à l'elfe à ses côtés. Ces yeux étaient d'un rouge ardent, mais elle hurla de douleur et de haine en rencontrant ceux de Legolas maintenant presque devant elle.
- Maliha je t'en supplie… dit-il en faisant un pas en avant dans l'eau boueuse.
Longtemps il a soutenu son regard. Longtemps elle a hurlé pour qu'il baisse les yeux.
Une dernière carte, sa dernière chance, il l'a montré...
Comme le rayon d'un soleil, l'âme de l'elfe explosa devant elle pour la faire plier. Il y avait toute sa lumière. Éblouissante et douce. Ses pupilles se sont rétractées contre l'aveuglement d'une telle clarté. Il y avait tout ce qu'il aurait dû lui montrer, sans prononcer un seul mot. Elle était éblouie et l'Ombre presque dissoute, laissa échapper un souffle.
Après une plainte, elle ferma les yeux d'abnégation pour les ouvrir sur un œil vert. Legolas en perdit presque ses lames de soulagement.
- Merci Valars… dit-il.
Elle savait qu'elle les connaissait, son cœur se serre en croisant le regard de l'elfe paniqué en face d'elle dans la boue. Son âme a remué, hurlé pour sortir de l'obscurité, mais la noirceur était plus forte. Comment elle avait réussi à s'extraire elle ne le savait pas, mais elle ne tiendra pas longtemps.
- Remonter. dit-elle d'une voix sanglante.
Legolas fait un pas vers elle, mais Aragorn le retient d'un geste pressé.
- Non, dit-il.
Elle se retourne de nouveau pour le regarder, penche la tête sur le côté avec un petit sourire à en faire pâlir un nain, puis serre la mâchoire en grinçant des dents.
- Je vous ai dit… De remonter.
Un orc a poussé un cri, ordonnant l'assaut des plus hauts remparts. Car même avec cette brèche, une partie du gouffre leur était inaccessible.
- Maliha… murmure Legolas d'un ton suppliant.
- Remonte !
Après un dernier regard vers elle, ils sont partis… La laissant comme elle l'avait souhaité pour remonter les escaliers le cœur plein de tristesse.
- Que va-t-elle faire ? demande Gimli.
- Je n'en ai aucune idée Gimli, continuer… Jusqu'à…
- Jusqu'à se faire tuer, grogne Legolas. Ou même se perdre à nouveau.
- Nous n'avons pas le choix, elle a raison, si nous restons ici, nous sommes morts.
Ils ont couru en longeant les remparts pour regagner le cœur du gouffre. Maliha s'engouffrait encore entre les orcs, se frayant un passage dans la mare noire pour se rapprocher des grandes échelles qui étaient sur le point de prendre d'assaut le dernier mur. Legolas la vis ranger la grande lame sur ses hanches pour ensuite effectuer un saut inhumain sur l'une d'elles.
Elle s'est agrippé à un barreau, sortie une partie de sa lame pour sectionner la corde. Grimpe plus haut encore et se projette sur une autre qui émergeait déjà. Ses mouvements n'étaient pas réels. L'elfe a couru sur le rempart en voyant qu'elle laisserait cette fois-ci, l'échelle atteindre son but contre le mur.
Il voulait la voir, pour quelle raison? Il ne le savait pas. Peut-être pour essayer encore de l'arrêter. Pour lui dire qu'elle n'avait pas à faire ça. Pour lui dire ces véritables sentiments ? Même si ce n'était pas le lieu propice ?
Quand il l'avait vu grimper sur ce rempart, il avait compris l'impact de ses paroles. Il en regrettait chaque mot… La voir se laisser encore tomber et devenir cette créature lui renvoyait un goût malsain dans la bouche. C'est de sa faute et il le savait.
L'échelle percuta violemment le rempart et Maliha en est rapidement descendue pour soulever l'accroche d'acier prise dans la pierre. Elle est revenue sur l'échelle dans une pirouette élégante une fois la tâche faite, pour la pousser de toutes ses forces vers l'arrière à l'aide de ses jambes.
Elle a repris la route en sens inverse. L'elfe a regardé l'échelle atteindre le sommet de son ascension, son point de non retour et la titan a sauté vers l'avant pour revenir vers le rempart. L'échelle est tombée sur les ocs en bas et un bruit de chair écrasée a émané de la plaine. L'orage grondait encore et la pluie dégoulinait des cheveux de l'elfe, alors que ses yeux écarquillés était fixés sur la femme en plein saut.
Elle arriva très vite vers lui. Legolas s'est positionné à la réception en tendant les bras vers elle. Le choc fut rude contre son torse. Il resserra ses bras autour d'elle avant de reculer sous la violence du choc et de sentir le mur cogner son dos. Ils sont restés ainsi plusieurs secondes avant que Maliha ne lève des yeux sans âme sur son visage. Comme il y a quelques mois, il ne voulait pas la lâcher. Comme il y a quelques heures, il ne voulait que la protéger d'elle-même.
- Je suis là, murmura-t-il.
Le cœur de l'elfe c'est serré en voyant le regard sans vie et son œil rouge. Son visage était lisse et sans expression. Son odeur de sang et ses cheveux humides et glacés contre son cou. Il serra un peu plus, mais elle s'est dégagée en ne disant pas un mot. Il n'eut pas le temps de détailler plus longtemps son visage ou de prononcer une seule parole comme il se l'était promis, les Uruks étaient déjà sur eux.
La lame de la jeune femme à brillé quand elle est sortie entière de ses hanches. Legolas n'avait jamais vu son combat de prêt, il était servi... Il entendait l'acier fendre l'air d'un son sec et reçu des goutes de sang noir sur la joue. La suite n'a été qu'un enchainement de coups de pieds et de points. Elle laissait la lame porter son corps pour envelopper ses mouvements autour, lui permettant d'emmagasiner une force impressionnante.
Même ses yeux d'elfe n'arrivaient pas à tout suivre du mouvement de l'acier, parfois elle vrillait sur un côté, parfois elle s'enroulait autour du corps de l'épéiste. Parfois choquait en étincelle la pierre dans un ample mouvement horizontal.
Elle a achevé un orc en plaçant ses pieds de part et d'autre de son cou avant d'effectuer un quart de tour violent sur la droite d'un jeu d'épaules. Les os ont craqués dans un son horrible entre ses chevilles.
Il n'a pas vu la créature arriver sur lui, mais la titan oui. Il a croisé les deux yeux verts pâles et l'âme y revenir d'un seul coup, comme si elle avait émané de la surface. Il y lu une panique sans nom, une peur inimaginable.
- Legolas.
L'arme de la créature entamait déjà sa descente vers le dos de l'elfe. Maliha c'est laissé glisser derrière lui ne pouvant que lever le bras pour prendre le cou dans l'os de son avant-bras. Le sang rouge vif a coulé sur le sol noir, Legolas s'est retourné pour abattre l'orc d'un coup de lame en lui tranchant la tête.
- Maliha…
Elle s'est levée pour plonger ses yeux dans ceux de l'elfe en face d'elle, l'âme commençait déjà à repartir dans sa cage, elle l'a noyait de nouveau en elle quand il a murmuré un "merci" presque inaudible en caressant son bras. Elle allait repartir sans rien ajouter, devenant de nouveau l'être mortel et insensible, mais il l'a retenu fermement.
- Arrête… dit-il en murmurant.
Elle s'est retournée, posant son regard empoisonné dans le sien. Il eut un mouvement de recul en croisant cet air sans vie, mais il resserra sa prise de colère.
- Maliha, arrête… il répéta encore.
Elle regarde la main sur son bras sans rien répondre, reposant juste ses yeux dans le bleu maintenant gris de Legolas.
- Tu n'as pas besoin de faire ça…
- Je n'ai pas d'autre utilité, elle le coupa sèchement en retirant son bras.
Cette réponse résonnait encore dans ses tripes quand il écarquilla les yeux de stupeur. Il avait encore échoué. Le ton qu'elle avait employé montrait qu'il n'y avait aucune place à la discussion, c'était implacable. Elle s'est retournée avant de repartir d'un pas lent, Laureline sur l'épaule. Il la regardait marcher quand elle s'arrêta pour tourner son visage sur le côté.
- Reste en vie…
Il vit le regard triste quelque instant, puis elle a continué simplement, n'attendant aucune réponse. Sans le savoir, ni l'un, ni l'autre, les paroles de l'elfes avaient apaisé son âme et retiré l'ombre comme le vent balaye le brouillard.
Mes cheveux sont noirs de sang et se collent à mes joues dans les mouvements. Je saute et retombe dans la marée noire d'Uruk. Mon échange avec Legolas m'a déstabilisé, sortie de l'ombre, j'étais redevenue moi-même et le spectacle autour de moi était affreux. J'étais sortie de ma léthargie d'un seul coup, j'avais tellement eu peur de le perdre, tellement eu peur de voir cette lame s'abattre sur lui…
Ils sont par centaines sur moi, les blessures se forment, mais cicatrisent presque instantanément. Je perds du sang, je le sens, mais cela n'a pas d'importance si cette perte est utile.
- On se replie ! j'entends dans l'orage..
Aragorn fait de grands signes dans la nuit. La brèche dans le mur est beaucoup trop importante. C'est une marée d'orc maintenant qui la passe sans résistance. Je vois du coin de l'œil Aragorn et les autres rentrer dans l'enceinte principale. Je ne tiendrais pas longtemps, mais assez pour permettre à Aragorn d'envisager une autre stratégie ou d'effectuer un repli. J'ai fini par remonter à mon tour, tuant tout sur mon passage. Les pertes sont importantes. Les cadavres d'hommes jonchent le sol et ma gorge est soudain sèche.
On va perdre ?
Cette phrase tourne en boucle dans ma tête. Je sauve qui je peux et dirige les gens sur les grands remparts.
De grand cri m'interpelle, les Uruks s'avancent vers la porte en formation rapprochée, protégeant un grand bélier. S'il enfonce cette porte tout est perdu… Le bélier s'avance quand je commence à courir. Je suis beaucoup trop loin… D'un son fracassant, la porte fléchie en seulement trois coups. La panique me tord le ventre.
Je cours à en perdre haleine. Avec une stupeur sans nom, je vois Aragorn et Gimli se battre pour défendre la porte éventrée. J'y suis presque… Les muscles hurlent, mes poumons chauffent, mais dans un élan je saute par-dessus le rempart pour les rejoindre.
Empoigne Laureline et commence à découper. J'avance en détruisant tout signe de vie noir autour de moi.
- Vous êtes fou ! j'hurle.
- Il faut réparer cette porte ! rétorque Estel.
Les hommes derrière nous sont déjà au travail et petit à petit la porte est finalement barricadée. Mes mouvements sont beaucoup plus lents… Je n'est presque aucun souvenir du début de la bataille, mais j'en déduit que la perte de sang est déjà bien entamée… Quel choix nous reste-il ? Cette porte ne tiendra jamais…
- Remontez ! je hurle.
Aragorn baisse la tête en signe d'approbation. A côté de lui Gimli continue de tuer les orcs avec virulence sans s'arrêter.
- Aragorn ! crie alors Legolas en haut en lançant une corde.
Aragorn et Gimli l'attrapent, je les regarde monter et arriver en haut. Je tue un dernier orc avant de les suivre à mon tour dans un saut puissant. Aragorn parle déjà avec Théoden qui se tient là, blessé entouré des hommes qui restent.
- Il faut nous replier !
- Non ! répondit durement Théoden. Nous devons tenir !
- Nous avons perdu, ils sont partout. Lance Estel..
Aragorn s'avance vers le roi et discute encore. Après une longue seconde, il semble finalement capituler et hurle le dernier ordre de cette nuit d'enfer.
- Au Bastion ! Repliez-vous !
Tous les hommes se dirigent vers le pont qui mène à la grande salle. J'essaie de mon mieux de les protéger, mais les orcs sont partout. J'arrive à les entendre déjà essayer de nouveau de détruire la porte.
- On se replie ! crie Aragorn.
Là, se tient un jeune homme, que dis-je, un enfant… Il essaye de se frayer un chemin vers les escaliers menant au bastion, mais il est poursuivi. Mon cœur loupe un battement. Valars, je vous en supplie… Je cherche Estel du regard et le trouve arme à la main.
- Estel !
Il regarde autour de lui, sous mes yeux fous, comprend, mais c'est trop tard. Mes jambes bougent, mon bras se tend. Il me semble que je hurle, mais pour ne rien pouvoir faire de plus.
Un coup, un seul le prend dans le dos.
- Non ! J'hurle. Non, non, non !
Je cours pour le rejoindre, Aragorn est presque sur lui quand il tombe. Il s'effondre dans les bras de mon ami. J'arrive et tombe à genou à mon tour, lâchant ma lame à terre.
- Tiens bon. dis-je.
Je le prends dans mes bras et commence à me retourner pour l'amener à l'intérieur du gouffre. Une main m'arrête. Le frisson monte en moi, mais je le réprimande, serrant mes mains sur le corps frêle contre moi
- Maliha…
Tais-toi… Je t'en supplie tais-toi...
- Quoi ?! Il faut le sortir de là !
Je ne veux pas voir ça, je ne veux pas encore regarder l'échec.
- Maliha, lâche-le… murmure Aragorn en serrant son emprise.
- Il faut rentrer...
Mais ma voix est déjà faible.
- Maliha il est mort ! il crie.
Je sens la pluie frapper mon visage, les gouttes dégouliner dans mon cou. Je ne veux pas regarder. Je ne quitte pas Aragorn des yeux quand une larme chaude se mêle aux gouttes glacées sur ma joue. Mes lèvres tremblent, essayant de retenir les sanglots, quelques secondes de plus. Je fais signe à Aragorn qu'il se trompe, mais n'ose pas tourner les yeux vers l'enfant dans mes bras.
Je voudrais continuer à nier l'évidence, mais la lourdeur de l'être est de plus en plus importante. Je prends de l'air difficilement avant de baisser finalement mon visage.. Je tombe à genoux dans l'eau glacée en regardant le corps sans vie entre mes bras.
- Lâche le Maliha, il n'y a plus rien à faire.
- Non… Non, non, non
Aragorn pose une main sur mon épaule et la serre pour me ramener à la réalité.
- Il faut y aller, il murmure en secouant mon épaule.
- J'ai encore échoué…
- Ce n'est pas de ta faute, nous devons y aller. Allez !
Je me lève péniblement toujours en larme et récupère ma lame après avoir laisser le corps sur le sol glacé.
Je ne peux plus supporter ça. Legolas à raison, je laisse finalement les gens mourir. Aragorn me tire jusqu'aux portes, mais je suis dans un état second. C'est la panique autour de nous. Estel pousse les hommes à l'intérieur et je regarde la scène impuissante.
Que puis-je faire ? Que puis-je faire de plus ? « Tu es notre bouclier Maliha »
Mes yeux se posent sur les Uruk Hai qui courent partout sur les remparts et dans les ruelles de Fort le Cor.
Alors c'est la fin ?
Ma main se serre à s'en faire saigner.
Non…
Mes dents grincent et la colère parcourt de nouveau mon âme.
Non, pas encore.
Pas si je reste ici.
Pas si je reste à défendre cette dernière porte. Pas si je leur laisse le temps de s'enfuir. Oui, je peux essayer de leur donner du temps, je peux encore au moins faire ça pour ceux qui attendent mort de peur dans les cavernes. Oui, je peux encore faire mon devoir, même si cela doit me couter là vie.
Quand tout le monde fut replié, Aragorn attrapa mon bras pour me faire rentrer à mon tour en me voyant stoïque. Je me dégage et lui fait signe que « non ».
- Maliha, il faut se replier.
- Pour attendre la mort ? Aragorn rentre !
- Maliha… S'il te plait !
- Non Aragorn, rentre c'est un ordre ! je hurle.
Il me regarde perdu.
- Je protégerai cette porte. Laisse-moi au moins vous donner du temps…
- Je t'en supplie, ne fait pas ça. Nous avons déjà failli te perdre.
- Nous n'avons pas le choix. Il y a des innocents Estel…
Il secoue la tête, regarde autour de lui, semblant chercher une solution… Son visage se déforme.
- Estel ils ont besoin de toi. Rentre.
- L'aube est proche, essaie de tenir Maliha.
- J'essaierai, je te le jure.
Il soupire et grogne avant de se détourner. Je l'ai regardé courir un instant avant de reprendre la lame dans mes reins et de continuer, seule.
Les jeux sont faits, ils sont à l'abri et je les protégerai comme je peux. Bien sûr j'avais peur… Mais maintenant qu'ils sont tous à l'abri. Maintenant que je suis seule, je n'aurai peut-être besoin que de la force qu'il me reste… Ils s'approchent et je me lance dans le dernier combat, protégeant cette porte qui cache les personnes qui me sont chères, les personnes qui dessineront l'avenir de cette terre que j'ai choisie.
Legolas était déjà à l'intérieur avec Gimli. Il regardait paniqué, Maliha et Aragorn discuter devant la porte. Il vit le rôdeur protester, mais n'entendait rien avec les cris autour de lui.
- Que fait-elle ? demanda soudain Gimli à côté de lui.
Estel se retourna et rentra seul dans la grande salle en refermant derrière lui. L'elfe ne pouvait plus bouger.
- Par ma barbe, elle reste à l'extérieur ?! Mais à quoi pense-t-elle ?! Aragorn ! commence le nain en partant dans sa direction.
Lui ne pouvait pas bouger.
- Elle nous laisse le temps de nous échapper. lance l'homme en venant vers eux.
- C'est de la folie ! Elle va y rester.
Il regarda ses deux amis crier devant lui. Se battre pour une décision qui n'était même pas la leur d'ailleurs. Son regard se perdit sur la porte et marcha doucement vers elle.
- Legolas !
L'elfe s'arrêta à son nom et dévisagea l'homme d'un regard inexpressif.
- Tu l'as laissé dehors…
- C'était son choix.
- Depuis quand la penses-tu raisonnable Estel ? lance l'elfe en serrant les poings.
Les mots l'on tiraillé. Sa propre peur l'avait peut-être laissé faire et il s'en voulu de ne pas avoir insisté, car l'elfe avait raison. Maliha n'était pas raisonnable.
Un regard mortel s'est affiché sur son visage, levant de nouveau la lame dans la nuit. Elle a donné tout ce que sa force pouvait. Avancé, centimètre par centimètre, tuant chaque orcs l'un après l'autre qui osait se présenter devant elle. Petit à petit elle a réussi à atteindre la porte qui avait été de nouveau mise en charpie.
Combien de temps elle tiendrait, aucune idée. Ces muscles n'étaient que douleur et son souffle court et lui fallut un moment avant de comprendre que les orcs n'arrivaient plus sur elle.
Ils s'étaient tus.
Formant autour d'elle un cercle large. Elle les a regardés un par un en ne comprenant pas. Laureline devant ses yeux en reprenant son souffle elle a craché sa phrase.
- Auriez-vous peur ?!
Mais ce fut un ordre grossier qui lui répondit.
Elle pensa d'abord au sifflement que pouvaient faire les spectres, mais c'était beaucoup plus grave. Elle avait déjà entendu cette intonation si particulière, mais elle était incapable de s'en souvenir. Sur toute la longueur du chemin de pierre menant à la plaine noir, les orcs se sont écarté.
Elle a vu l'ombre.
Une ombre noir et imposante.
Les orcs baissaient la tête, pas par respect, mais par peur.
Elle fait un pas en arrière en voyant le home qu'elle reconnut presque immédiatement. La longue cape sombre dansait derrière lui et elle n'en cru pas ses yeux.
- C'est toi…
Les pas faisaient trembler la pierre et la peur la saisit.
- Eriador…
Arrivé devant elle, elle a pu contempler sa grandeur. Déjà dans ses rêves elle l'avait trouvé grand, mais la réalité était une horreur. Il prit la lame derrière son flanc pour la planter dans le sol d'un franchissement métallique surnaturel.
- Abandonne.
- Tu ne passeras pas cette porte.
Ses jambes tremblaient. Elle ne tiendra jamais face à lui, elle le savait, car son corps était déjà à bout de souffle. Elle sera néanmoins la lame dans sa main en prenant une posture défensive. Ses cauchemars étaient devenus réalité. Il était en vie et s'était laissé corrompre par le mal. Mais pourquoi ? Pourquoi se retourner contre ceux qu'il devait protéger ? L'avait-il fait volontairement ?
- Pourquoi es-tu du côté du mal ? Tu es un titan !
Il a simplement récupéré la lame pour la brandir et le combat était lancé. Maliha essayait tant bien que mal de tenir, mais il était d'un tout autre niveau. Au meilleure de sa forme, elle aurait peut-être pu s'en tirer, mais pas à cet instant. Le choc de la lame contre la sienne était démesurée et ses mouvements rapides. Les orcs criaient en brandissant leur arme, encourageant le titan qui perçait la garde de la jeune femme. C'était un échange hors des limites. L'acier hurlait, faisant frémir les murs et les os. Maliha était à bout de souffle et chaque coup qu'il lui portait de la grande lame la faisait fléchir.
- Rends toi et passe dans l'ombre.
- Non !
Elle hurla dans la nuit et courut vers lui sans plus aucune hésitation. Passant la lame sous la sienne, elle a cru avoir une ouverture. Serrant les dents pour pénétrer la peau de son cou dans un dernier effort, mais elle s'est stoppée. Il lui fallut un moment pour réaliser qu'il venait de la frapper d'une force incommensurable. Traversant la porte derrière elle, elle s'encastra dans le mur de la plus haute tour.
A l'instant même où ses yeux se sont ouverts sur le ciel. Où l'air est entré dans ses poumons, il était devant elle. Elle ne pouvait plus bouger en regardant simplement les deux yeux rouges en face des siens.
- Où est le bonheur maintenant ?
Elle sentit la poigne de sa main autour de son cou.
- Où sont ceux que tu dois protéger ?
Serra à lui en faire sortir les yeux.
- Où est donc ton maître ?
La sortie des décombres pour la soulever en face de lui.
- Où sont ceux qui te doivent la vie ?
Une larme dévala sur la joue de Maliha alors que ses mains essayaient désespérément de le faire lâcher.
- Où sont ceux qui disent t'aimer ?
Sa tête allait exploser… Elle voulait lui répondre, mais les mots s'engouffraient dans son esprit comme du poison…
- Le sacrifice d'une éternité de service, au prix d'une âme déchue et souillée. Où comptes-tu trouver le bonheur après tant de mort ?
Il reprit son souffle d'une respiration sifflante en desserrant légèrement les doigts.
- Quand comprendras-tu que les sentiments humains ne te conduiront jamais au bonheur ?
Elle arrêta de se débattre, encaissant les mots. Une question passa dans son esprit, une seule. Serait-elle en paix si elle abandonnait son humanité ? Elle pleura encore et encore, s'accrochant à la main d'Eriador.
- Pourquoi… Pourquoi as-tu abandonné ? demanda-t-elle difficilement.
Il serre de nouveau son emprise.
- Le bonheur n'est qu'un apa que l'on t'offre uniquement pour que tu acceptes de vivre les calamités qu'engendre les sentiments. La tristesse sera liée à chaque personne qui se tiendra à tes côtés. Mais ça, tu le sais déjà, n'est-ce pas ?
Il serre encore.
- Que t'est-il arrivé… Pour… Pour en arriver là ?
Les larmes coulent. Elle le sentit serrer de nouveau et dans un éclair de haine et de colère il la jeta hors des murs. A cet instant elle n'était que douleur. Elle regardant la pluie tomber sur la boue et un goût de terre et de sang lui envahit la bouche. Sa main bougea, puis le reste de son corps dans un tremblement d'épuisement. Elle essaya de reprendre son souffle en se mettant finalement à genoux et passa une main sur son cou. Ses yeux regardaient l'homme au loin toujours sur la tour. Les paroles tournaient en boucle dans sa tête et un instant et elle l'a presque compris… Ses sentiments étaient-ils vraiment liés à sa tristesse ? Elle le regarda encore alors qu'il marchait maintenant vers elle d'un pas lent en laissant glisser derrière lui la claymore démesurée.
Elle devait le retenir jusqu'à l'aube… L'empêcher d'atteindre l'intérieur du bâtiment principal. Elle pensa un instant à ses amis et à toutes les personnes qui devaient maintenant s'enfuir par les cavernes.
Elle aurait souhaité être avec eux… C'était mentir que de ne pas l'avouer… Elle avait fait un choix, il n'y en avait aucun autre de possible. Pourquoi ? Parce qu'elle était un titan. Si elle n'avait rien ressenti tout comme lui. Ce sentiment de regret et peut-être même de jalousie mal placée seraient-ils disparus au lieu de l'empoisonner ? Etait-ce mieux pour un titan de ne rien ressentir ?
Elle hurla contre son esprit en serrant son cou. Les pas lourds qui s'avançaient vers elle la firent trembler. Elle a regardé l'ombre de métal marcher et s'est dit que peut-être la mort serait plus douce que sa vie. D'un geste lasse, il lui envoya Laureline qui s'écrasa dans la boue devant ses pieds.
- Ne peux-tu pas continuer de les protéger ? Ou serais-tu déjà à bout de force ?
- N'as… N'as-tu rien d'autre à faire de plus utile que de parler ?
En un éclair il était sur elle et la tenant par les cheveux la releva pour capturer son regard.
- Tu as déjà perdu, fille d'Illuviné.
Il lui fallut du temps pour comprendre. Comprendre que la Claymore la traversait de toute part dans son ventre.
- Tu ne reverras jamais la lumière.
Tout s'est éteint. Il l'a fracassa contre les remparts, mais son esprit était déjà parti. Il n'y avait plus que le silence
Mes pensées s'arrêtent sur Legolas, J'aurai dû lui dire ce que je ressentais, j'aurai dû lui avouer pour ne pas avoir de regret. Quitte à me faire éconduire, ce n'était pas important… Il aurait sus que la personne la plus chère à mon cœur, c'était lui.
Frodon, Frodon pardonne moi... Pardonne moi d'avoir faillit. Estel...Une larme coule le long de ma joue. Je n'aurai pas réussi alors ? Je n'aurai pas réussi ma tâche ? Je les ai abandonnés… Plus de cent ans de vie pour ça… Pour voir les gens mourir à la guerre sans pouvoir rien faire de plus. Pour souffrir sans résultat encore et encore… Avait-il raison ? J'ai l'impression de n'avoir servi à rien. Mes forces me quitte, la douleur n'est plus là. Il n'y a rien d'autre que le froid prenant mes os. Il se répand comme du poison, engourdissant mes sens.
Alors je vais mourir comme ça ?
Je n'entend plus que mon souffle, calme, mais irrégulier, résonnant dans mes oreilles.
A quoi sert-il de vivre, si aucun bonheur ne vous attend ? Suis-je punis d'être celle que je suis ? Il y a juste l'odeur du sang et de la mort. Dois-je vivre uniquement pour cela… ? Puis-je l'accepter ? Je suis fatiguée, tellement fatiguée de me battre. J'ai senti l'obscurité m'envahir, elle a pris d'assaut mon âme et je l'ai laissé faire. Je n'ai plus la force de résister. Je veux simplement être en paix…
oOo
Alors, un ÉNORME merci pour vos commentaires ! Je n'en ai jamais eu autant sur un chapitre… *OO*
ça m'a fait tellement plaisir que j'y croyais pas… J'ai lu et relus chacun d'entre eux avec de grands sourires. Je suis vraiment contente de voir que vous suivez chapitre après chapitre ! Et d'autres qui commencent en me disant qu'ils ont dévoré l'histoire. Un grand merci… Mazette, j'ai la pression ^^'
Je risque de poster peut-être un peu moins vite pour les fêtes, quoi que, pit'être pas hahah ! Je suis remontée à bloc là en vrai ^^'
Merci encore,
La bise !
