Chers lectrices et lecteurs, bonjour!
Voici le premier chapitre de ce tome , où l'on replonge dans les aventures de nos cinq réunionnaises. En espérant que cette reprie vous plaise.
Nous allons tenter (mais ceux qui nous suivent depuis longtemps savent que nos promesses ne valent pas toujours grand chose) de poster un chapitre tous les mois.
Allez, sans plus de blabla, bonne lecture !
Chapitre 1 : London Eyes
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Ophélie Grint, jeune sorcière de presque quinze ans et fière Serpentard s'ennuyait. Un ennui profond que rien ne semblait troubler. Les vacances d'été avaient commencé depuis une semaine et la monotonie avait envahi le square Grimmaurd, la maison qu'elle partageait depuis près d'un an avec ses quatre meilleures amies ainsi qu'avec trois autres garçons : James Potter, Sirius Black et Remus Lupin, plus connu sous le nom des Maraudeurs. Si en temps ordinaire la supervision de ses huit adolescents n'était pas de tout repos, comme pouvait en témoigner Matyss Harris, évadé de prison, parrain du Survivant et surtout tuteur plus ou moins officiel du groupe, il régnait depuis une semaine un calme pesant sur tout le manoir.
Personne n'aurait pu deviner qu'à peine trois semaines auparavant les cinq jeunes filles essayaient d'éviter un drame, transformées en animagus lors de l'épreuve finale du Tournoi des Trois Sorciers. Les adolescentes étaient venues d'un univers parallèle, où un écrivain, J.K. Rowling, avait décrit les aventures du jeune Harry Potter dans le monde magique. Sauf qu'ici, Harry Potter n'existait pas, et c'est Neville Londubat qui semblait vivre les épreuves de ce dernier. Et malgré leurs connaissances du futur, elles n'avaient pas pu empêcher la fin tragique de l'un de leur camarade de classe, ainsi que le retour du plus grand mage noir de tous les temps. C'est peut-être ça qui avait transformé ce groupe d'adolescent aventureux en « névrosés léthargique ». Ophélie n'en savait rien, mais une chose était sûre : elle n'était pas faite pour rester à ne rien faire aussi longtemps.
Elle tourna la tête vers sa voisine de droite, mais le visage d'Estelle River, la dissuadad'engager toute forme de conversation. De tout le groupe, c'était bien la jeune Serdaigle la plus affectée par les évènements de la fin d'année. La jeune fille ne réussissait pas à accepter que, malgré tous les efforts déployés tout au long de l'année, elles n'aient pas réussi à empêcher la mort de Cédric Diggory, ni à éviter le retour du Seigneur des Ténèbres.
Ophélie continua de balayer du regard le salon où elle se trouvait. Julia How et Jessica Roots assises en face d'elle somnolaient à moitié : la première essayant de résoudre un mot fléché sorcier retrouvé dans un tiroir, et la seconde piquant du nez devant un livre de sortilège aussi gros qu'elle. Même les Maraudeurs, d'habitude si enclins à mettre de la vie partout où ils se trouvaient, paraissaient éteints. Sirius et Remus avaient entamé une partie d'échecs qui n'avait pas de fin et James, accoudé au piano, répétait inlassablement les trois mêmes notes, qui contribuaient grandement à rendre Ophélie folle. Seule Maureen Doors manquait à l'appel, elle était partie s'isoler pour répondre à la longue lettre qu'elle venait de recevoir de son amie Anicée.
BOUM !
- Par le caleçon de Merlin qui a mis ici ce… porte-parapluie ?! s'exclama une voix féminine inconnue d'Ophélie, en même temps qu'une des bruits retentissaient dans le hall d'entrée.
Quelques secondes plus tard, une touffe de cheveux rose fit son apparition dans le salon et même si elle ne l'avait jamais vu, l'adolescente reconnut immédiatement Nymphadora Tonks. L'Auror était telle que l'avait imaginé la jeune fille, excentrique et littéralement haute en couleur. Les quatre filles et les trois Maraudeurs s'étaient tous réveillés d'un coup fixant la nouvelle arrivante avec des yeux ronds. Voyant du monde, l'Auror engagea la conversation avec un grand sourire.
- Salut ! Vous êtes là pour la réunion de l'Ordre vous aussi ?
- L'Ordre ? demanda Remus qui avait arrêté le déplacement de son pion en plein milieu.
Tonks regarda le groupe d'adolescents compris enfin qui elle avait devant elle.
- Je suis idiote ! Vous devez être les élèves qui vivent avec Matyss. Tonks, se présenta-t-elle, enchantée.
Ce fut au tour de Sirius de faire un bon de surprise
- Tonks ? Ma cousine Tonks ?
- En personne. Sirius, je suppose ? Je mourrais d'envie de te rencontrer.
Matyss, finissant d'enfiler un t-shirt blanc, les cheveux encore mouillés, arriva presque en courant dans le salon mettant ainsi fin aux brèves retrouvailles familiales.
- Tonks, tu es déjà là ? La réunion a lieu dans la cuisine. C'est la deuxième à gauche quand tu sors du salon. Vas-y déjà je vais attendre les autres dans le hall.
- C'était un plaisir de vous rencontrer, lança la jeune femme au groupe d'adolescents, je sens qu'on va se revoir dans pas longtemps.
Tonks disparut derrière la porte. Matyss lança un drôle de regard au groupe d'adolescents avachis, mais déjà du bruit se faisait entendre dans le hall, l'obligeant à aller voir qui était le nouvel arrivant.
Sirius, encore sous le choc d'avoir rencontré quelqu'un de sa famille, monopolisa la conversation à peine leur tuteur disparu. Ophélie quant à elle trépignait silencieusement. Merlin semblait avoir entendu ses prières. Elle qui voulait de l'action, voilà que s'organisait devant elle la toute première réunion de l'Ordre du Phoenix. Elle tenta de lancer des signaux aux autres filles du groupe, cela lui semblait être le moment idéal pour une toute nouvelle réunion de crise. Malheureusement pour elle, bien que surprises par l'arrivée de Tonks, aucune de ses amies n'esquissait le moindre mouvement pour sortir des canapés où elles étaient installées.
Résignée, Ophélie soupira encore plus bruyamment qu'à son habitude et se contenta de fixer la porte du salon et d'observer un défilé de têtes plus ou moins connues se dirigeant vers la cuisine. Elle ne put s'empêcher de remarquer l'absence de Dumbledore, mais encore une fois personne d'autre n'y prêtait réellement attention. Une fois tout l'Ordre du Phœnix enfermé Ophélie se rendit à l'évidence : si même la formation d'une des organisations les plus mythiques que les filles n'avaient jamais connues n'arrivait pas à les booster, rien ne le ferait.
Les Maraudeurs en revanche, n'étaient pas restés léthargiques. Ils s'étaient approchés à pas feutrés de la porte de la cuisine pour tenter d'espionner la réunion. Ophélie les suivit, mais bientôt la porte s'ouvrit en grand sur une Molly Weasley révoltée.
- N'avez-vous donc rien à faire ? Je suis certaine que vous n'avez toujours pas commencé vos devoirs de cet été.
Pour l'heure, les choses s'arrêtèrent là, et les adolescents retournèrent bredouilles dans leurs chambres. Le square Grimmaurd resta en ébullition le reste de la journée, et ce bien après la fin de la réunion. Les adolescents tentèrent de glaner des informations, mais personne ne leur dit mot.
Molly les prit en pitié, mais elle devait retourner voir ses propres enfants, aussi elle prit à part leur tuteur pour une longue conversation sur la parentalité.
C'est ainsi que le lendemain, Matyss décida qu'ils allaient faire une petite activité de famille. Sans leur dévoiler ses plans, il leur dit de s'apprêter, et lui-même se déguisa – il était toujours un évadé de prison recherché après tout.
Si les adolescents étaient heureux d'enfin sortir la tête de la sombre demeure, ils ne s'attendaient pas à se retrouver devant un théâtre miteux. A l'affiche, deux pièces : Ombrages, une pièce indépendante à dix-huit heures, et une reprise de Roméo et Juliette à vingt heures. Etant donné l'heure, il était évident qu'ils allaient voir Ombrages, ce qui fit bien ricaner les réunionnaises, qui savaient ce que l'année à venir leur réservait.
En entrant dans la salle, une fois dans la pénombre, Matyss reprit son apparence initiale, ce qui surprit les huit adolescents. Qui plus est, il se plaça au deuxième rang, ce qui le rendait bien plus visible pour les acteurs.
Les adolescents interrogèrent Matyss sur le pourquoi du comment de ce choix, disons original, mais il ne voulut pas leur répondre, ou en tout cas n'en eut pas le temps. Les trois coups de bâton résonnèrent et le rideau s'ouvrit sur un homme-arbre.
- Ooouuh…, se mit à chanter l'acteur en ondulant ses branchages.
A cette vue, les adolescents s'échangèrent des regards troublés, tandis que Matyss semblait hypnotisé par cette apparition. Sirius ouvrit discrètement la brochure récupérée à l'entrée et lut « Ombrages : l'arbre qui plie mais ne rompt pas. L'histoire de l'espérance qui reste sur la vie d'un pauvre miséreux. ». Il regarda derrière lui et découvrit que la salle était étrangement pleine. Peut-être que ça valait le coup. Puis il lut sur la brochure « Une pièce originale de voyage merveilleux dans les tréfonds de l'âme humaine. », et il souffla, effaré.
- Quoi ?! C'est une blague ? On va se taper quatre heures sur la vie d'un arbre ?
- Treize. Quatre heures treize, lui répondit consternée Julia assise à côté de lui.
Avec dépit le jeune homme froissa son programme, s'enfonça au fond de son siège et poussa un long soupir avant de virer son regard sur l'homme-arbre qui sautillait sur la scène.
Une heure et sept minutes plus tard, l'homme-arbre sortit enfin de scène après plus son long monologue. Si on pouvait qualifier ces bruissements de feuilles et ses « ouuh » de monologue. Du coin de l'œil Sirius vit Matyss joindre ses applaudissements enjoués à ceux du public et c'est avec espoir qu'il le vit ensuite se lever de son siège.
- C'est l'entracte les enfants. Vous avez un petit quart-heure pour vous dégourdir les jambes et aller vous soulager.
Sur ces paroles les huit adolescents virent leur tuteur sortir une cigarette de sa poche intérieure, se la glisser derrière l'oreille et se diriger vers une porte dérobée menant certainement dans les coulisses du théâtre.
Alors que Matyss disparaissait derrière la petite porte, Maureen bondit de son siège et trottina à petits pas pressé vers les toilettes, suivie de près par Ophélie. Sirius, profitant du léger brouhaha ambiant qui envahissait le théâtre, se tourna alors vers Julia.
- Il est hors de question que je reste une minute de plus dans cet endroit de fou, s'exclama-t-il, se levant à moitié de son siège.
- Et tu comptes faire quoi ? soupira Julia, lui attrapant le poignet pour l'inciter à se rassoir.
Sirius vira alors son regard décidé dans les prunelles chocolat de la petite française.
- Je suis prêt à parier qu'on n'est pas près de revoir Matyss passer ses portes avant un bout de temps. Si je ne me trompe pas ce vieux débauché en a après ce putain de sequoia, ricana Sirius.
Les joues de Julia prirent une légère teinte rosée aux vus des allusions plutôt suggestives de Sirius.
- Mais… Tu penses qu-
- Allez Julia… Juste toi et moi, la coupa le jeune homme. On se sort de ce fichu théâtre et on va prendre l'air. Je te jure que si je vois encore un arbre ou un quelconque végétal se trémousser sur ces planches je…
- Ok. J'ai compris, le coupa Julia essayant de le calmer d'une main sur l'épaule.
La jeune fille se pencha doucement afin d'observer le reste des amis assis sur les sièges derrière lui. Ophélie et Maureen s'étant éclipsées aux toilettes il ne restait que Estelle, Remus, Jessica et James. Les quatre adolescents semblaient tous aussi consternés qu'eux deux face à cette représentation théâtrale. La petite réunionnaise prit une inspiration se confectionna un masque de compassion digne de ses plus belles interprétations et se pencha vers ses amis.
-Bon, on a encore trois heures à tirer ici… J'ai aperçu dans l'alcôve d'entrée, un stand de nourriture. Pop-corn pour tout le monde ?
- Tu lis dans mes pensées Julia, souffla un James dont on pouvait entendre les plaintes du ventre.
Les trois autres adolescents se contentèrent d'un hochement de tête affirmatif face à la proposition de la jeune fille.
Julia se leva, à l'instar de Matyss s'étirant et tendit une main vers Sirius.
- Allez Black une paire de bras en plus ne sera pas de trop pour rapporter les vivres, lève tes fesses et suis-moi.
Sans se faire prier le brun se leva d'un bond et avec un sourire espiègle pour la jeune fille la suivit en direction de la sortie.
Lorsque Ophélie quitta les toilettes, suivie de près par Maureen, son regard fut attiré par une longue chevelure brune qui disparaissait par la porte d'entrée du théâtre.
- Les salauds, grommela la Serpentard tout en se pressant de retrouver les quatre adolescents restés dans la salle.
Sans prendre la peine de s'asseoir Ophélie, les points sur les hanches, dans une vague imitation d'une Molly Weasley contrariée, lâcha de but en blanc.
- Julia et Sirius se sont barrés.
- Qu-
- Hein ?
- Comment ?!
- Mille Gorgones ! s'exclama James sautant sur ses jambes. Et mon pop-corn ?
- Ton pop-corn ? C'est tout ce qui te vient en tête à cette nouvelle ? déclara une Estelle atterrée.
- Bien sûr que non… Ces traîtres ! Filer en douce... Sans même nous proposer de les suivre. J'y crois pas, que Sirius m'ait fait un coup pareil, reprit James contrarié.
Sans prévenir, le brun à lunettes s'était rué hors de la salle, sous le regard éberlué de ses amis.
- Si je ne le surveille pas, Merlin sait dans quelle panade il peut se mettre, fit Jessica en se lançant à sa poursuite.
- On dirait sa mère, se moqua Ophélie.
Cette dernière, toujours debout, esquissa un geste pour les suive mais Estelle la rattrapa.
- Attendons que Matyss revienne et que la pièce reprenne pour nous éclipser dans le noir.
Au même moment, les lumières s'éteignirent et le rideau se rouvrit. Un peuplier fit alors son apparition sur scène, ainsi qu'un… dromadaire.
- Oh ces lumières en arc dans le ciel, que sont-elles belles ; si seulement nous pouvions les atteindre, déplora le mammifère.
Huit minutes après, Matyss n'était toujours pas revenu, et le dialogue sur l'arc-en-ciel n'en finissait plus. Tous s'impatientaient, et nul n'avait envie de rester. D'un commun accord, ils se décidèrent à partir à la recherche de leurs amis éparpillés dans Londres.
Une bourrasque de vent accueillit les quatre derniers adolescents à la sortie du théâtre. La petite troupe improvisée se regarda les bras ballants. C'était bien beau d'être sorti de la salle de torture qu'était devenue le théâtre, mais ils se retrouvaient désormais au milieu d'une vaste ville et sans aucune trace visuelle du reste de leurs amis.
- Et maintenant ? demanda Maureen.
- Ben on essaye de retrouver les autres non ? répondit Remus légèrement inquiet de savoir ses énergumènes de meilleurs amis en liberté dans une capitale moldue.
Sans vraiment de direction précise, le groupe démarra une partie de « Où est Charlie » à taille humaine, cherchant toute trace des cheveux roux de Jessica ou encore de la veste en cuir de Sirius. Après vingt faux espoirs, quinze minutes de marche et un pont traversé, le groupe d'adolescents s'arrêta, un peu désespéré.
Si Remus, Estelle et Maureen continuaient de débattre du meilleur chemin à prendre pour espérer retrouver leurs amis, Ophélie elle, ne les écoutait plus qu'à moitié. Elle était obnubilée depuis déjà plusieurs minutes par toutes les enseignes de commerces qui s'offraient à elle. Sans faire cas de la discussion de ses amis, elle les interrompit brusquement.
- Bon les gars, vous je sais pas où vous allez, vous faites ce que vous voulez, mais moi je vais ici, déclara la Serpentard en pointant du doigt une friperie de la taille de la serre numéro 3, de l'autre côté de la rue.
Sans laisser à quiconque le temps de réagir, l'adolescente traversa la rue et s'engouffra dans le magasin. Coupés dans leur vain débat Remus, Estelle et Maureen regardèrent Ophélie s'éloigner de plus en plus loin dans la foule réduisant considérablement leur chance de tous se regrouper. Le regard de Maureen balaya la ville et se posa d'un coup sur un panneau rond et rouge où était écrit Charing Cross.
- Le métro ! s'écria-t-elle
- Quoi ? répondirent en cœur Estelle et Remus
- Depuis le temps qu'ils sont partis et le temps qu'on tourne en rond dans le quartier, ce sera surement plus facile de retrouver tout le monde en prenant le métro !
- On ne sait même pas où ils auraient pu aller ! essaya de protester Estelle.
Mais à son tour Maureen n'écoutait plus tout, excitée par l'idée qu'elle venait d'avoir, la jeune fille se dirigeait d'un pas vif vers la station de métro qui se trouvait à quelques centaines de mètres d'eux.
Dans un soupir d'impuissance et bien décidé à ne pas voir leur groupe se séparer encore plus, Estelle et Remus lui emboitèrent le pas et descendirent dans les sous-sols londoniens. Mais à peine arrivèrent-ils sur les quais que Maureen s'écriait.
- Ils sont là !
Elle désignait une rousse et un brun à lunettes, mais elle ne semblait pas s'être aperçue que l'âge des protagonistes ne correspondait pas. Trop tard, elle avait déjà sauté dans la rame et portes se refermaient sur elle.
Remus et Estelle la regardèrent s'éloigner, dépités. Peu convaincu par l'idée de prendre le métro, les deux adolescents remontèrent rapidement à la surface. Toute velléité de réunir l'entièreté de leurs amis était maintenant éteintes. Décidé à ne pas trop s'éloigner du théâtre ils commencèrent à rebrousser chemin. En passant vers la friperie où Ophélie les avait abandonnés, ils aperçurent l'adolescente en plein essayage d'un haut vert assez moulant. Ils n'essayèrent même pas d'entrer en contact avec elle et poursuivirent leur chemin.
Une fois arrivée devant la salle de théâtre ni l'un ni l'autre ne semblait vouloir amorcer un pas pour retourner à l'intérieur.
- Tu sais, commença Remus.
- Oui ? l'interrogea Estelle.
- C'est pas parce qu'on a pas réussi à retrouver tout le monde qu'on est obligé de s'infliger l'hymne de la libération sexuelle de la flore équatoriale...
- T'as raison, répondit Estelle qui n'avait aucune envie de subir un autre monologue sur l'importance de laisser entrer les couleurs de l'arc-en-ciel dans sa vie.
Laissant le théâtre derrière eux les deux adolescents naviguèrent quelques instants dans Londres, avant de se poser dans un petit square qui faisait l'angle d'une rue. Entourés de mamies qui promenait leur chiens, les deux adolescents se dirigèrent vers le seul banc public encore disponible. Assis tous les deux silencieux, Remus ne put s'empêcher d'éprouver un instant de gêne. Après tout c'était l'une des premières fois où il se retrouvait entièrement seule avec la réunionnaise. Puis il se reprit rapidement, c'était son amie et il n'y avait rien de gênant à passer du temps avec une amie. Sortant de ses pensées il se reconcentra sur Estelle qui arborait de nouveau le masque de mélancolie qu'elle avait depuis la fin de la troisième tâche.
- Tu penses toujours à Cédric ? demanda-t-il sans aucun tact. Je ne savais pas que tu étais si proche de lui.
Il vit la jeune fille se figer.
- Sans être très proche de lui, c'est tout de même préoccupant. Ca, et le retour de Tu-Sais-Qui, dit-elle honnêtement.
Il ne voyait pas comment continuer sur un tel sujet, aussi en changea-t-il lorsqu'il aperçut un chat.
- Tu savais que les chats avaient vingt-sept muscles dans chacune de leurs oreilles ?
Estelle lança un regard surpris à son voisin face à un changement de sujet aussi brutal, mais bien que maladroit elle apprécia le geste de son ami.
- Euh non, je ne m'étais jamais vraiment posée la question, dit-elle avec un léger sourire. Et pour les chiens ? surenchérit l'adolescente, dont les yeux s'étaient posés sur un caniche bouclé en train de soulager sa vessie.
- Dix-huit, répondit Remus presque trop rapidement.
- T'es une vraie encyclopédie animalière en fait, continua Estelle qui ne savait pas si elle devait être impressionnée ou avoir peur.
- Curiosité liée aux animagi, tenta-t-il d'expliquer. Je n'ai jamais compris comment une transformation pouvait multiplier ou diviser des muscles et des os, juste comme ça.
- Le miracle de la magie, je suppose.
Rapidement le silence revient et Remus qui voyait qu'il n'arriverait pas dérider la jeune fille se fit une raison. Il n'était pas James et encore moins Sirius, capable de sauver toute conversation gênante grâce à une blague. Et aujourd'hui il se sentait particulièrement démuni. C'est pourquoi il fut presque surpris quand Estelle elle-même se planta devant lui.
- On bouge ?
N'ayant aucune envie de rester dans ce lourd mutisme, il sauta sur ses pas. A l'instar d'Ophélie, ils entreprirent d'explorer les rues commerçantes, mais portèrent leur attention sur autre chose que des boutiques de vêtement.
Ils se retrouvèrent ainsi dans les rayons d'une petite librairie. Remus semblait émerveillé devant les étagères remplies de fictions dont il n'avait jamais entendu parler. Il avait beau savoir que le monde moldu était plein de surprises, il n'avait jamais eu l'occasion de faire pareilles sorties. Il passait de livre en livre, lisant avec une rapidité impressionnante les quatrièmes de couverture. Arrivé dans le rayon fantasy, il stoppa net sa frénésie, complètement fasciné, détaillant chaque livre dans les moindres détails. Remarquant le manège du jeune sorcier, Estelle posa le classique de la littérature anglaise qu'elle avait dans les mains pour l'observer, un vrai sourire amusé venant se loger sur ses lèvres. Remus ressemblait à un enfant devant ses cadeaux le jour de Noël.
- Besoin de conseil ? lui demanda-t-elle en s'approchant.
- Merlin, ces moldus ont tellement d'imagination !
Il avait des étoiles dans les yeux, ce qui la fit sourire davantage.
- Dans ces deux livres, y'a des elfes, des nains, fit-il, mais on dirait que c'est complètement différent de notre monde.
Elle regarda les couvertures et découvrit qu'il avait le célèbre Seigneur des Anneaux entre les mains, élément phare de la culture fantasy chez les moldus.
- Mais pas que ! compléta-t-elle Des gobelins, des Ent, des Uruk-Hai…
- Des quoi ?
Estelle entreprit alors de lui expliquer les races introduites pas Tolkien. Bien qu'elle n'ait pas réussi à lire les livres en entier, la culture des films devrait suffire. Plus elle parlait, plus elle se réjouissait de redécouvrir un univers qu'elle appréciait tant, et plus elle avait envie de lire l'œuvre originale. Tout comme Remus, qui était emballé par les récits de sa camarade.
Ils regroupèrent le peu d'argent moldu qu'ils avaient amené, et achetèrent le premier tome. Ils reprirent la direction du théâtre, avec pour objectif de se poser au bord de la Tamise pour entamer ensemble leur lecture.
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Maureen s'était arrêtée trois arrêts plus loin. A l'évidence, James et Jessica n'étaient pas dans cette rame, rien ne servait de s'enfoncer dans les méandres de Londres sans savoir où aller. Elle se posa pour réfléchir. Elle était seule, dans une ville qu'elle ne connaissait pas bien. Cela avait de quoi effrayer, et pourtant le soleil tardif et l'infini des possibles lui soufflèrent un vent de liberté.
Elle pouvait retourner au théâtre, observer un arbre discuter avec un dromadaire, ou elle pouvait aller autre part. Oui mais où ? Elle se posa devant le plan du métro pour voir où elle se situait et oh surprise, cette ligne allait vers Ruislip ! Elle pouvait y aller, voir Anicée. Sa nouvelle amie lui manquait, aussi une petite visite pourrait leur faire à toutes les deux du bien.
Etrangement, elle n'eut pas à y réfléchir deux fois, et elle sauta dans la prochaine rame. Par chance, elle prit la ligne prenant le bon embranchement, et en peu de temps elle atterrit à Ruislip. Après orientation sur les plans affichés, et auprès des passants, elle arriva enfin à la maison d'Anicée Smith, petite mais charmante. Excitée, elle sonna, une, deux, cinq fois, en vain. Après plus de vingt minutes à patienter, elle tenta de regarder par les fenêtres, mais un voisin l'interpella. Elle expliqua sa situation, et son interlocuteur lui expliqua que la famille Smith semblait être partie en vacances le matin même.
Dépitée, mais non mécontente de son escapade, elle s'en alla. Elle reprit le métro pour faire marche arrière et décida de rentrer vers le théâtre. Elle voulut, avant de se glisser dans la salle, se promener le long de la Tamise.
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De leur côté, James et Jessica, avaient très vite renoncé à retrouver Julia et Sirius. Ils avaient donc entrepris de se diriger vers le palais de Buckingham, tous deux curieux d'observer la garde royale. Mais la traversée du parc de St-James fut pleine de surprises. Tous les deux mètres, James s'arrêtait pour commenter son environnement en criant.
- C'est quoi cette boisson bizarre ? demandait-il en désignant les canettes de Coca Cola des clients d'un stand de hot-dog. Ca a quel goût ? Fraise ? Tomate ?
Puis en désignant des personnes jouant au cricket.
- Et eux, c'est un Quidditch de moldu ? C'est quoi le but ?
Puis en voyant un skateur passer.
- Trop cool ! C'est un tapis volant, mais sur roues !
Et en voyant un businessman parler dans un téléphone portable
- Il parle tout seul ou à cette drôle de boite ?
Enfin, en croisant un groupe de jeunes commençant l'apéro en écoutant de la musique.
- Ils n'ont pas de lieu de fête pour se retrouver ? Ou bien c'est normal ? Dans ce cas on devrait faire la même chose dans le parc de Poudlard au printemps !
Et ainsi de suite. Jessica tentait tant bien que mal de répondre à James, bien que parfois elle ne soit pas certaine de la réponse qu'elle apportait. Elle avait l'impression d'être à la garde d'un enfant de trois ans, émerveillé et découvrant le monde. Et bon sang qu'il était incontrôlable ! Mais en même temps… si mignon et attachant. Elle secoua la tête pour s'empêcher de divaguer.
Et le voilà maintenant qui courait vers le jardin de jeux pour enfants. Il était maintenant déserté, étant donné l'heure qui commençait à se faire tardive. James commençait à monter sur le toboggan, et Jessica tenta de l'arrêter.
- Allez viens t'amuser avec moi. Y'a personne qui va nous en empêcher.
Il riait comme un enfant, aussi elle céda et le suivit non seulement sur le toboggan, mais aussi sur le tourniquet, le pont de singe (prudemment), et sur la balançoire. Ils finirent leur aventure sur le tape-cul, où ils restèrent discuter des différences entre monde moldu et sorcier.
- T'as l'air plus intéressé dans la réalité que pendant les cours de Burbage, rit Jessica au bout d'un temps.
- C'est que l'Etude des Moldus manque de pratique. J'aurais adoré grandir dans une famille qui me plonge dans les deux mondes.
- Tu ne te serais pas rendu compte de ta chance à ce moment-là.
- Mmh, fit-il avec une moue d'affirmation.
Puis après un moment.
- Dans tout ça, on n'aura toujours pas vu le Birmingham Palace.
- Le Buckingham Palace, rectifia Jessica. Allons-y, nous ne devrions plus être loin.
Ils coururent voir les gardes royaux, mais leur prestance ne les impressionna en rien.
- C'est tout ? fit un James déçu. Ils doivent rester là sans bouger ?
Jessica un peu gênée, tenta de défendre la profession.
- Oui, effectivement, ils s'entraînent toute leur vie pour tenir le piquet devant la porte sans se laisser distraire. Un pigeon pourrait s'oublier sur eux qu'ils ne bougeraient pas d'un pouce.
Ni d'une ni deux, James se précipita vers eux pour faire son pitre.
- Essaye si tu veux mais tu n'y arriveras pas, sourit la rousse.
- C'est un défi mon rossignol ?
Et c'est ainsi qu'il enchaîna grimaces et figures pour arracher une réaction au garde sur lequel il avait jeté son dévolu. Ce dernier ne cilla pas.
- Non mais c'est bon. Il se fait tard de toute façon on doit y aller, intervient Jessica.
Elle fit un pas en avant pour aller le chercher, mais au second, ses pieds s'entremêlèrent. L'instant d'après, elle était à terre.
- Ha ! s'écria un James victorieux.
Ce dernier n'avait absolument pas remarqué la chute de la rousse, en revanche le garde si. Il avait esquissé un sourire, et James pouvait le voir hésiter entre se moquer de la jeune fille maladroite, et aller l'aider. Mais il ne pouvait bouger de son poste. Remarquant que son attention était portée derrière lui, James se retourna et remarqua enfin Jessica qui se relevait.
- Tu as réussi, il a bougé grâce à toi ! Trop fort rossignol !
Jessica grommela puisqu'il avait l'air de s'en ficher qu'elle se soit faite mal.
- Bon on y va maintenant. La pièce va bientôt finir, et on doit être de retour au théâtre avant la fin.
James capitula et se laissa entraîner vers leur point de départ. Il lui proposa de panser ses blessures, à elle l'héroïne qui avait réussi à faire plier le garde. Cela lui redonna le sourire, et en arrivant de l'autre côté de la Tamise, elle était de nouveau de bonne humeur.
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De leur côté, Julia et Sirius avaient opté pour une activité, toujours en salle de spectacle, mais d'un tout autre ordre.
- Et donc tu me dis que les personnes que l'on voit là sur les cr-
- Sur l'écran, le reprit Julia.
- Oui sur l'écran. Tu me dis qu'ils ont été ful…filmer par une come… camera.
- Oui une caméra. C'est un peu comme nos appareils photo sorcier. Seulement ça fait des bobines et pas des photos. Et qu'ensuite ces bobines on les met dans...
Julia s'interrompit dans sa tentative d'expliquer à Sirius ce qu'était un film. Le sorcier semblait complètement perdu.
- Pour faire simple. C'est un peu comme les photos qu'on peut avoir dans le monde sorcier, mais en plus long. Et ça nous raconte une histoire. Avec le son en prime.
- Ces moldus quelle ingéniosité dit donc, souffla Sirius les yeux scotchés à l'écran de cinéma. En tout cas c'est beaucoup plus amusant que le théâtre.
- Je savais que ça te plairait, fanfaronna Julia plongeant sa main dans l'énorme paquet de pop-corn qui se trouvait entre eux.
Le duo avait fui le théâtre une heure et demi plus tôt et s'était retrouvé à déambuler sur la rive gauche de la Tamise. Tout au long de leur balade improvisée, Sirius n'avait eu cesse de partager son mécontentement au sujet du théâtre. Julia, qui commençait doucement à saturer d'entendre le brun râler contre les moldus, lui avait soudain proposer d'aller au cinéma. Cela faisait plus d'un an que l'adolescente n'avait pas mis les pieds dans ce genre de salle obscure. C'était le bon moyen de montrer à cette tête de pioche que les loisirs moldu n'étaient pas tous à l'image du spectacle qu'ils venaient de quitter. Sans chercher très loin, ils s'étaient retrouvés dans un petit cinéma de quartier qui proposait une rediffusion d'un classique unique en son genre : Barbarella.
- Hum c'est moi ou elle est en train de bien s'amuser dans ce piano ?
-...Ouais, c'est normal. Ca reste dans la... thématique du film.
- Rappelle moi, c'est quoi l'histoire déjà ?
- C'est une aventurière qui doit sauver son monde dans lequel y'a plus d'armes et où les gens font l'amour en gobant des pilules. Là c'est le savant fou et sa machine diabolique avec laquelle il veut diriger le monde. Barbarella est coincée dedans. Et disons que c'est grâce à son... plaisir qu'elle parvient à le sauver, son monde.
-…Ah oui.
Les deux adolescents partagèrent un regard mi gêné, mi amusé avant de partir dans un fou rire qu'ils tentèrent de contenir au maximum. Mais ça ne manqua pas, le quinquagénaire assis deux rangs plus bas se retourna vers eux, les sourcils froncés et un doigt sur les lèvres. Face à la réprimande silencieuse, le duo éclata totalement de rire.
Alors que sur l'écran Barbarella s'envolait dans les bras de son ange déchu, les deux adolescents décidèrent de s'éclipser de la salle sombre pour retrouver les rues de Londres. Une fois à l'extérieur, et la possibilité de s'exprimer retrouvée, ils purent laisser leur hilarité exploser pleinement.
- Franchement, merci Ju' de m'avoir fait découvrir autre chose que des putains de sapin chanter.
- Des séquoia, rectifia Julia avant d'éclater de nouveau de rire. Promis la prochaine fois on ira se voir un film sur des mecs dans l'espace qui se battent avec des sabres lasers.
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Big Ben sonnait vingt-deux heures quand Julia et Sirius arrivèrent avec une conversation animée aux abords du théâtre. Ils virent avec surprise qu'ils n'étaient pas les seuls à être sortis de là, et ils rejoignirent Maureen, James et Jessica déjà en train de papoter. À peine cinq minutes plus tard, Remus et Estelle arrivèrent en pleine discussion, un livre à la main. Les deux derniers adolescents furent surpris de voir enfin la bande d'adolescents presque au complet.
Estelle observa ses amis. Tous avaient un large sourire. Cette escapade dans le monde moldu leur avait vraiment fait du bien. Julia et Jessica se racontaient comment elles avaient réussi à gérer les Maraudeurs dans ce qui était pour eux un grand terrain de jeu. Toutes les deux avaient l'air plus détendues qu'elles ne l'étaient depuis les évènements tragiques de la fin de l'année scolaire. Elle-même avait réussi complètement à penser à autre chose, et cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu de discussion littéraire aussi intéressante. Une voix féminine la fit sortir de ses pensées.
- Alors ces rencards, c'était comment ? demanda Ophélie qui venait de revenir près du théâtre, en essayant de ranger un top vert et un jean à l'intérieur de son sac.
Une légère rougeur s'appliqua sur les joues de Jessica, mais c'est Sirius qui répondit du tac au tac.
- Il aurait fallu me payer plus qu'un vieux film pour que j'accepte un rencard avec How !
- C'est ça, fait le malin, Black y'a deux heures tu savais même ce qu'était un film…
Même si les deux adolescents se taquinaient, tout le monde avait conscience que cela n'avait rien à voir avec la guerre ouverte qu'ils entretenaient à Poudlard. Et c'est dans une bonne humeur retrouvée et collective qu'ils décidèrent de revenir à l'intérieur du théâtre avant la fin du spectacle, dans l'espoir que Matyss n'ait pas remarqué leur absence.
Mais leur tuteur ne revint à sa place qu'après que les adolescents aient repris la leur. Il ne remarqua nullement que ses pupilles étaient partis en escapade. Bien qu'il ne se souvenait pas qu'Ophélie avait un sac si chargé, ni que Remus avait emmené un livre… ni que Jessica avait mal au genou.
En tout cas, la pièce semblait leur avoir plu, puisqu'ils semblaient tous bien enjoués en sortant du théâtre. Réjouit que sa propre absence n'ait pas été relevée, il se dit qu'il pourra renouveler l'expérience. Franchement, il était quand même une bonne figure paternelle, se dit-il en pensant au discours de Molly.
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En espérant que cette petite visite de Londres vous a plu, n'hésitez pas à nous laisser des reviews, vos retours nous aident à avancer dans l'histoire. A bientôt !
