Enfin en vacances! C'est fou comme l'emploi du temps se remplit vite, heureusement que les chapitres sont déjà écris... Profitez ce celui-ci et dès que j'aurai un moment de libre cette semaine, il y en aura un second!

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Shizuru n'était pas devenue éditrice du jour au lendemain. Si elle n'avait jamais vraiment fait d'effort pour finir là où elle était, elle avait toutefois commencé comme assistante d'une équipe de la Windbloom Company, la maison d'édition qui avait racheté celle qui publiait Natsuki.

Shizuru travaillait plus précisément dans une de leurs annexes à Kyoto pour rester proche de ses parents. Elle y supervisait alors des livres pour enfants, de ceux qui présentent plus d'images que de textes. Elle avait été excellente pour savoir comment réduire les coûts et maximiser la visibilité et les ventes mais elle avait eu un intérêt proche du néant pour les ouvrages. Elle ne comprenait rien aux enfants et comprenait encore moins ce qui pouvait les intéresser. Elle avait demandé à changer de service après un an à faire ses preuves, ce qui lui avait été accordé quelques mois plus tard. Elle avait alors atterri dans le secteur Young Adult, un terme générique qui cachait tout un ensemble de genres incroyablement différents : SF, Fantasy, Action et bien sûr Romance (voire contenu sexuel explicite).

Shizuru s'y était épanouie. Elle pouvait discuter et échanger avec les auteurs sur ce qu'elle avait aimé et sur ce qu'elle songeait nécessaire de changer afin d'améliorer leurs textes. Elle pouvait proposer des ajustements et aiguiller un auteur pour tenter de magnifier une œuvre et en augmenter les ventes sans dénaturer le style ou les objectifs de l'artiste.

Ses auteurs l'adoraient et son équipe la félicitait régulièrement pour son travail. Après plus de 3 ans de ce travail, ses supérieurs avait considéré qu'elle pourrait gérer seule ses auteurs sans autre superviseur. Une place venait de se libérer avec le rachat de Garderobe.

Shizuru avait accepté même si cela signifiait quitter Kyoto pour Tokyo. Le reste appartenait à l'histoire.

Bien sûr, des nouveaux locaux, suite à un rachat de cet ampleur, impliquait aussi une nouvelle organisation. C'était de petits locaux : deux bureaux pour les éditeurs -dont un lui revenait-, une salle de réunion et un open space composaient l'équipe éditorial de la littérature Young Adult. D'autres étages du bâtiment géraient d'autres sections littéraires avec des bureaux à l'agencement similaire.

Au rez-de-chaussée, ils avaient donc une standardiste qui aiguillait les livreurs et autres invités aux bons étages. Cette dernière avait aussi accès aux différents planning des éditeurs pour vérifier les rendez-vous ou appelez les secrétaires des services -il y en avait au moins une par étage- pour vérifier la disponibilité éventuelle en cas de visiteur imprévu.

Comme elle se le devait -ou du moins comme Shizuru s'y attendait- Nana, la standardiste, était au courant de tout : des ragots professionnels aux coucheries entre collègues.

Shizuru devait donc admettre avoir été intéressée quand elle avait invité Nana à déjeuner. C'était une manière facile et rapide d'apprendre qui était qui et comment s'articulait ce groupe dont elle était l'intruse, celle qui venait comme un régent en territoire conquis.

Ses charmes faisaient toutefois leurs offices habituels et il ne lui avait fallu que quelques semaines pour que la méfiance de ses collègues se mût en sympathie.

Surtout avec Nana.

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Shizuru se prenait la tête sur une œuvre pour laquelle elle ne parvenait pas à s'intéresser et dont les ventes étaient mauvaises -voilà pour racheter tout le catalogue de Garderobe- quand son téléphone fixe sonna.

Kazoka Nana s'affichait et Shizuru s'en empara distraitement, l'esprit ailleurs, encore préoccupée par le désastre littéraire dont elle devait s'occuper.

"Comment fais-tu? s'extasia la voix excitée de Nana.

-Quoi?"

Le ton intrigué et surexcité de Nana recentra Shizuru sur la discussion.

"Kruger arrive."

Malgré qu'elle sache à présent à qui ce nom fait référence, Shizuru mit un moment à se le rappeler. Elle n'avait pourtant pas rendez vous avec Natsuki, elle s'en serait rappelée autrement. Ce n'était pas le genre de chose qu'elle aurait pu oublier. Ce que Nana lui confirma d'ailleurs.

"Elle m'a assuré qu'elle t'avait eu au téléphone et que ça ne te dérangerait pas."

Un mensonge.

"Mais qu'elle n'était pas tout à fait sûre de l'heure et voulait s'assurer que tu n'étais pas en réunion. C'est tellement rare de la voir. Je veux dire habituellement c'est seulement une fois toutes les 3 semaines et on voit que ça la saoule. N'est-elle pas venue i jours, d'ailleurs ? Tout ça pour dire qu'elle ne devrait pas tarder. Kami-sama, j'aurai dû confirmer avec toi avant, n'est-ce pas? Cela dit, elle n'a pas vraiment demandé d'autorisation pour monter dès lors qu'elle a su que tu étais libre… enfin, "libre", tu vois ce que je veux dire…"

Shizuru, à travers cette longue diatribe, se massa l'arête du nez. Nana était adorable mais elle pouvait parler indéfiniment. On frappa deux coups rapides à sa porte pour aussitôt l'ouvrir et Shizuru interrompit la standardiste en lui annonçant que Kruger était arrivée. Elle raccrocha sans attendre de réponse.

Quand Natsuki se glissa dans son bureau, Shizuru haussa un sourcil indiquant clairement qu'elle attendait des explications. Natsuki eut la décence de paraître gênée alors qu'elle refermait la porte derrière elle.

"Hey!"

En toute honnêteté, Natsuki représentait une excellente interruption.

"Tu m'as appelée alors ?

-Ah ouais, c'était plus simple comme ça. Je côtoie votre standardiste depuis suffisamment longtemps pour m'épargner une véritable discussion, souffla Natsuki qui insinuait l'agacement que Nana suscitait chez elle.

-Nana est une gentille fille, lui indiqua toutefois sévèrement Shizuru qui s'était plutôt attachée à la gentille fille.

-Je ne dis pas le contraire, mais elle fouine et parle trop."

Shiruru n' allait pas dire le contraire non plus. Elle se laissa aller au fond de son siège de bureau.

"Bien, en quoi puis-je t'aider? J'ai heureusement du temps en cette fin de matinée."

Natsuki tira aussitôt une chaise et sortit de nouvelles pages de son manuscrit et d'anciennes qu'elle avait retravaillées. Elles passèrent l'heure suivante dessus avant d'aller déjeuner.

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Shizuru buvait parfois un verre le soir après le travail avec tout ou partie de ses collègues. Ce soir-là, elle était en compagnie de Yuna -sa collègue de Kyoto-, Nana et Adaté -une des assistantes de l'open space.

Cela faisait à présent un mois et demi qu'elle était arrivée.

"Alors Fujino-san, demanda Nana partiellement saoule. Quel est ton secret?

-On parle de quoi? se pencha aussitôt Yuna suivi d'Adaté plus timide.

-Tes auteurs t'aiment, c'est un fait, mais Kruger-san…

-L' auteur de "Viola, l'exploratrice japonaise" ! interrompit Yuna survoltée. C'est vrai que tu t'en occupes!

-Oui, poursuivit Nana souriante devant l'excitation de cette dernière. C'est, genre, la femme la plus effrayante que j'ai rencontré! Intransigeante avec ça. Elle vient habituellement une fois toutes les trois semaines, ni plus ni moins et paraît détester venir nous voir.

-Je ne l' imaginais pas comme ça, avoua Yuna. Je veux dire en lisant ses livres, je m'en faisais une image plus sympathique.

-Dingue, hein? Enfin bref, depuis que Fujno-san est là, elle vient genre… une fois par semaine.

-Plus, indiqua Adaté."

Cette dernière rougit en voyant le regard non amusé de Shizuru.

"Elle passe parfois le midi ou le soir après ton service, poursuivit-elle néanmoins en s'adressant à Nana.

-La fille s'est amourachée de toi Shizuru? sourit Yuna.

-On dirait bien! s'exclama Nana a priori heureuse d'avoir trouvé quelqu'un sur la même longueur qu'elle. Elle paraît même heureuse de venir.

-C'est pour le travail, se justifia simplement Shizuru. Pas mal de mes nouveaux auteurs n'appréciaient pas mon prédécesseur. Elle se sent probablement plus à l'aise de travailler avec moi.

-Devons-nous reparler des déjeuners et des dîners ?

-Tous professionnels, se défendit Shizuru.

-Mais tu n'en fais pas autant avec les autres auteurs, intervint Adaté.

-Ah Ah! s'exclama Nana un doigt pointé vers Shizuru comme si elle l'accusait de quelque chose.

-Kami-sama Shizuru, se moqua Yuna. Est-ce toi qui t'es amourachée de ton auteure? Je ne savais pas que tu préférais les femmes!

-C'est bon, c'est bon, les interrompit Shizuru sans se départir de son calme, assurée qu'elles ne pensaient pas à mal. En réalité, je la connais depuis le lycée. Nous avons étudié dans le même établissement. Le hasard nous a juste remis sur le même chemin. C'est une amie.

-Incroyable! s'exclama Yuna. Est-ce que tu ignorais qu'elle était auteure?

-Oui, c'est tout l'intérêt d'un nom de plume."

Shizuru jugea la conversation close, buvant une longue gorgée de sa bière avant que Yuna se penche vers elle.

"C'était un lycée à Kyoto ? Là où vous avez étudié ?

-Je te trouve bien curieuse mais non. Pourquoi penses-tu cela?

-Tu te souviens de ce que je te disais avant ? Sur ces bouquins? l'interrogea Yuna.

-Tu m'as dit tellement de choses, sourit Shizuru. Veux-tu un ouvrage dédicacé?

-Oui mais ce n'est pas la question. Cette femme est intéressée ou a été interessée par toi au lycée, non?"

Shizuru haussa les deux sourcils presque jusqu'à la racine de ses cheveux, plutôt perturbée qu'on puisse autant s'imaginer et se tromper sur la relation qu'elle entretenait avec Natsuki au lycée.

"Non, rit-elle néanmoins en essayant de masquer sa peine.

-Elle a forcément dû te le cacher, insista Yuna. Je pensais que Viola te ressemblait mais à présent que je sais que vous vous connaissez, ça me parait évident que le personnage ne fait pas que te ressembler, c'est littéralement toi! La façon dont elle te perçoit.

-Comme c'est romantique, couina Adaté.

-Vous vous trompez lourdement sur Natsuki, soupira Shizuru en faisant signe au serveur de lui ramener une autre bière bien nécessaire."

Peut-être que la vigilance de Shizuru s'était un peu trop relâchée avec ses deux premières bières car elle mit un moment à réaliser le silence de sa table et plus encore pour réaliser la raison de ce silence.

"Elle s' appelle Natsuki? C'est genre son vrai prénom? demanda Yuna. Dans ses livres, "Viola" (vu l' accent mis sur le "Viola", Yuna aurait aussi bien pu dire "Toi,Shizuru") couche avec Natsuki. Alors ok, c'est un mec mais c'est ce qui se vend encore le plus facilement, même si on sent bien que le personnage masculin est écris par une femme. Tout ça pour dire qu'elle a donné son propre prénom au personnage qui se tape l'héroïne. C'est significatif, non?"

Acquiescement général de la tablée, exceptée Shizuru qui appréciait de moins en moins cette conversation.

"A quoi ressemble-t-elle? ajouta Yuna en se tournant vers Adaté et Nana.

Les deux commères s'empressent de la lui décrire.

"C'est un foutu genderbend d'elle-même son héros! Et si ce n'est pour le prénom, tu es le personnage féminin!

-Une véritable histoire romantique. Le destin qui vous réunit alors même que vous ignoriez vos professions respectives, s'enthousiasma Nana des étoiles dans les yeux."

Au moins, elles sont ouvertes d'esprit, songea Shizuru en levant les yeux aux ciels.