Bien... donc je ne suis pas parvenue à publier 2 chapitres la semaine dernière... J'ai profité des vacances pour finir des travaux et voir des amis et le temps à filer à toute vitesse sans même que je m'en rende compte. Cela dit je n'ai pas oublié cette fic et mon échec de double publication de la semaine dernière donc, pour me rattraper, je publie finalement un deuxième chapitre après celui-là pour compenser!
Profitez! :)
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"Alors… je n'ai pas vraiment dis à qui que ce soit que j'écrivais. Que j'étais auteure, informa Natsuki précipitamment et pas pour la première fois."
Shizuru regarda Natsuki, intriguée en sirotant son thé glacé. C'était une information qu'elle connaissait et elle ne voyait pas bien pour quelle raison Natsuki se sentait l'envie de lui répéter ce jour-là.
"Peux-tu ne rien dire? lui demanda Natsuki sur un ton suppliant."
Shizuru cligna des yeux sans bien comprendre, jusqu'à ce qu'elle remarque que le regard, presque affolé, de Natsuki était dirigé au-dessus de son épaule. Elle n'avait qu'à légèrement se tourner pour voir Yuuki Nao s'avancer vers elles.
Ah …
De toutes les amies que Natsuki avait conservé du lycée, il fallait que ce soit celle-là. Nao les avait repérées bien sûr et son sourire avait quelque chose d'inquiétant.
Depuis 2 mois que Natsuki et Shizuru se reparlaient, pour raison professionnelle -quoique dise ses collègues elle avait des déjeuners et des dîners avec d'autres de ses auteurs- Natsuki n'avait jamais vraiment cherché à s'investir personnellement.
Alors oui, Natsuki débarquait régulièrement pour des corrections mineurs qui auraient pu attendre un rendez-vous plus à propos, mais elle était convaincue que Natsuki ressentait simplement le besoin de faire ses preuves, que pour une raison ou une autre elle craignait le jugement de Shizuru bien plus que de son prédécesseur. Et Shizuru, bêtement, n'avait pas encore le courage de lui dire qu'elle faisait du bon travail. Shizuru aurait du lui dire qu'elle n'avait pas à se sentir aussi stressée. Peut-être parce qu'elle appréciait beaucoup trop leur déjeuner et dîner pour indiquer à Natsuki qu'elles pouvaient les espacer…
Shizuru savait qu'elle allait devoir ralentir sur ce genre de rencontre si elle ne voulait pas se retrouver à nouveau le cœur brisé.
Tout ça pour dire qu'elles ne faisaient pas de rencontres personnelles et elles rencontraient encore moins leurs amis respectifs.
Shizuru se sentit donc d'autant plus perturbée de devoir mentir sur la raison de leur présence ici.
Qu'est-ce qu'elles faisaient là si ce n'était pas une rencontre professionnelle ?
Elle supposait qu'elle laisserait à Natsuki le soin de mener la conversation.
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"Fujino Shizuru, incroyable, s'exclama Nao en ôtant son manteau de fourrure tout en s'invitant à leur table.
-Bonjour Yuuki-san, répondit Shizuru tout en grinçant des dents.
-Et Kuga, sourit Nao."
Cette dernière attrapa un serveur en passant et ordonna un cocktail d'une voix qui indiquait qu'elle voulait être servi dans l'instant.
"Fujino et Kuga en rendez-vous, reprit-elle aussitôt. Quelle surprise! Je pensais que vous ne vous parliez plus ? J'ai suffisamment entendu Kuga se plaindre de toi pour savoir que tu l'avais laissé comme une malpropre. Ce qui avait été une si belle preuve, un si beau geste, romantique de ta part Fujino!"
Nao avait au moins le mérite de parvenir à leur tirer une grimace à toutes deux.
"Nao, gronda cependant Natsuki sur un ton l'avertissant de ne pas poursuivre plus longtemps dans cette direction.
-Bien, bien, je ne vais pas juger Kuga. Tu es majeure et vaccinée, tu peux bien coucher avec qui bon te semble."
Shizuru préféra boire une nouvelle gorgée de son thé glacé, en laissant son regard chercher sur la carte un cocktail ou tout autre boisson alcoolisé qui lui permettrait de passer ce dîner sans commencer un combat avec Nao. Ou sans fuir. Quoique fuir n'était pas une si mauvaise idée sur le fond…
Natsuki, sans surprise, rougit sans que Shizuru sache bien, si ce fut de honte, de gêne ou plus probablement de colère.
"Cela dit, j'en étais vraiment venu à te penser hétéro, poursuivit Nao. Tu sais après tes différents petits amis virils qui en avait une entre…
-Ne deviens pas vulgaire, grinça Natsuki."
Aie , songea simplement Shizuru en terminant son thé. C'était étonnant comment ça pouvait encore faire mal de constater qu'elle n'avait toujours aucune chance.
"Vous en êtes où dans ce repas? s'intrigua aussitôt Nao.
-Tu n'es pas venue pour dîner avec quelqu'un? se plaignit Natsuki.
-Tu penses ça parce que ce resto a tout à fait l'ambiance romantique qu'il faut pour que ça se termine par "un dernier verre" à la maison? se moqua Nao."
Au moins, Shizuru n'était pas la seule à trouver ce restaurant quelque peu intimiste. C'était Natsuki qui l'avait choisi et elle avait paru le connaître. Shizuru n'était de toutes les façons pas bien compliqué culinairement alors elle lui avait fait confiance.
A présent, Shizuru se demandait lequel des ex-copains de Natsuki avait pu l'inviter ici…
"Et bien, ouais, j'étais censée rencontrer un mec déniché sur un site de rencontre, poursuivit Nao. Mais honnêtement, je trouve que ce repas est plus intéressant que ne le serait une soirée de sexe avec inconnu."
Elle remercia avec emphase le cocktail coloré que le serveur lui apporta à ce moment-là. Shizuru en profita aussitôt pour commander un whisky. Un double.
Natsuki l'observa étrangement et elle récolta un regard amusé de Nao.
"Alors dites moi, reprit la rousse devant le silence tendu que sa présence leur avait imposé, comment vous êtes vous retrouver?"
Elle fixa Shizuru comme si c'était elle, évidemment, qui était revenue ramper aux pieds de Natsuki. Ce qu'elle n'avait pas fait. On ne parvient pas à rester près de 10 ans à l'écart de quelqu'un qu'on a aimé et désiré pour soudain décider de renouer contact sans l'assurance que la situation avait changé. Même si, spoil: elle n'avait pas évolué.
On pouvait probablement la comparer à une accro qui retombait dans ses travers après 10 ans d'abstinence. Sauf qu'on parlait là de sentiments amoureux et de désir, des sentiments qu'elle n'avait jamais que ressentis pour Natsuki.
Comme toute addiction, il y avait d'abord le plaisir de sentir ces sentiments, ces coups de chaleur, ce désir, flamboyés en elle avant de devoir subir la descente douloureuse, celle qui consistait à se rendre compte que ça ne mènerait toujours à rien, qu'elle allait perdre tout ça et souffrir à nouveau. Et puis elle reprenait le cycle: elle revoyait Natsuki et elle se sentait incroyablement bien, à pouvoir la voir et lui parler comme si tout allait bien avant de rentrer seule.
Combien de temps avait-elle mis à cesser de penser à Natsuki ? A pleurer bêtement seule dans son lit alors qu'elle avait toujours su que cela finirait ainsi?
Elle s'était sentie pathétique.
Et elle allait devoir probablement repasser par tout cela.
Elle devrait alors confier Natsuki à un autre éditeur. Ses sentiments ne devaient pas interférer avec leurs vies professionnelles, elle ne se le pardonnerait pas autrement.
Au moins, les filles -ses collègues- se tairaient vis à vis de leurs hypothèses et commérages.
"Au travail, répondit Natsuki alors que Shizuru s'effondrait intérieurement. Mai t'a peut-être dit que j'avais repris un travail au musée? C'était temporaire pour aider à la préparation d'une expo et on s'est croisé. Au musée. C'est là qu'on s'est croisé."
Shizuru cligna des yeux, surprise de cette cascade de mots et de mensonges. Sauf les premiers. Elles s'étaient bien croisées au travail, mais Shizuru réalisait qu'elle ignorait quel genre d'étude Natsuki avait réalisé pour finir par travailler dans un musée.
Nao semblait douter de la version de Natsuki, probablement parce qu'elle donnait trop d'informations pour une question à laquelle elle aurait probablement aussi bien pu répondre: "Ce n'est pas tes oignons".
Nao scruta ensuite Shizuru.
"Je te trouve étonnement silencieuse, Fujino."
Shizuru avala son whisky de travers, surprise d'être interpellée et passa la minute suivante à crachoter, la gorge en feu, Natsuki venant lui tapoter inutilement le dos sous les yeux fouineurs de Nao.
"Tout va bien Fujino ? insista Nao suspicieuse.
-J'ai avalé de travers, indiqua-t-elle malgré l'évidence."
Nao eut un reniflement, en continuant de jeter un œil par-dessus le menu qu'elle prétendait lire.
"Que fais-tu dans la vie, Fujino?"
Le regard de Shizuru glissa vers Natsuki dont la mine presque suppliante semblait lui intimer de bien réfléchir à sa réponse.
"Pourquoi? ça t'intéresse? répondit-elle avec plus d'assurance qu'elle en ressentait. Désolée de t'informer que je ne suis pas suffisamment riche pour t'attirer."
Nao ne cacha pas sa grimace de dégout.
"Je vois que Natsuki t'a parlé de mon "travail", si on peut appeler ça comme ça.
-Je ne suis pas sûr qu'on puisse appeler ça ainsi non. Se trouver un mari riche…
-Ne vous disputez pas, intervint Natsuki en sentant la discussion s'envenimer.
-On ne se dispute pas, répliqua Nao. On s'informe sur nos vies respectives. Même si je vois que tu lui en as déjà beaucoup dis. L'inverse n'est pas vrai cependant, Natsuki s'est bien cachée de dire qu'elle te revoyait. Et il y a toujours une raison à cacher ce genre de chose, sous-entendit Nao.
-Oui, pour éviter ce genre de rencontre tendue, se plaignit Natsuki.
-Tu es tellement susceptible Kuga, gronda Nao. En attendant, ta petite amie ne me dit toujours pas ce qu'elle fait dans la vie. Quand on esquive une question aussi simple, je…
-Je suis éditrice, l'interrompit Shizuru. Ce qui n'apporte pas grand chose à cette conversation, je le crains. Mais pour assouvir ta curiosité, autant t'informer que j'ai pour passe-temps de visiter les musées et les galeries d'art. Simplement pour profiter et en connaitre l'histoire et non pour tenter d'y acheter quoi que ce soit. C'est en effet durant une de ses sorties que j'ai croisé Natsuki. J'en étais plutôt surprise."
Nao les regarda suspicieusement l'une après l'autre avant de soupirer avec emphase.
"Donc vous vous êtes bien trouvées. Deux personnes chiantes qui aime les bouquins et les vieux artefacts. Je m'attendais à quelque chose d'encore plus chiant, à bien y penser. Genre serveuse dans un salon de thé."
Shizuru observa le ricanement désobligeant de Nao et la forme toujours tendue de Natsuki. Quelle meilleure façon de faire fuir Nao qu'en l'ennuyant ?
"Puisqu'elle tu le dis, j'y ai songé en fait. Il y avait un petit salon pas loin de chez mes parents qui cherchait un repreneur. Ils avaient un thé excellent. J'en parlais avec Natsuki. Je lui disais justement que j'avais un thé au-
-Oh mon dieu! s'exclama Nao en se relevant. Vous ne passez pas vraiment votre temps ensemble à parler de vieux machins archéologiques et de thé ?!"
La question s'adressait à Natsuki qui haussa les épaules avec un sourire contrit. Parce qu'elles avaient bien parler de thé une fois ou deux, mais certainement pas autant que Nao semblait le penser. D'ailleurs Nao l'avait vite interrompu, Shizuru avait commencé à réfléchir à une très longue logorrhée pour la faire fuir et elle avait à peine eu le temps d'introduire le sujet.
"Tu perds beaucoup de ce qui te rendait cool, Kuga, lorsque tu traînes avec elle, cracha Nao déçue.
-Contente d'apprendre que tu me penses cool, répondit Natsuki tout sourire.
-Si ça te plait de m'entendre te dire ça, se moqua-t-elle sarcastique avant de darder un regard d'aigle sur Shizuru. En tout cas, si elle est prête à t'entendre babiller sur le thé, c'est qu'elle doit vraiment t'aimer. Attention à ce que tu fais Fujino."
Sur ces mots menaçants, Nao attrapa son manteau, laissa son verre à moitié plein et partit a priori à la recherche de sa propre table.
Shizuru ne put s'empêcher de l'observer disparaître, considérant que l'interaction s'était passée bien mieux qu'elle n'aurait pu l'imaginer.
Elle se tourna vers Natsuki pour lui en faire part, surprise de voir Natsuki les joues rouges, et le regard concentré sur son menu.
Natsuki était-elle gênée de la protection de Nao?
Elle pouvait parfois se montrer si adorable.
