Texte écrit pour l'anniversaire de Kevin Costner, qui restera pour toujours le Robin des Bois le plus adorable de toute l'histoire de l'adorabilité.


Robin de Locksley, ex-Robin des Bois, referma en sifflotant la porte du petit cabinet privé qui se trouvait près de la salle de réception. Les bruits s'en retrouvèrent assourdis et le fumet de la nourriture se fit plus discret.

Robin sourit et se tourna d'un air suprêmement satisfait vers la banquette confortable qui se trouvait au fond de la pièce. Il avait un plateau dans les mains.

« J'espère que tu as honte de toi, déclara une voix grasse entre deux quintes de toux, de te réjouir ainsi de mon malheur.

-Je ne me réjouis pas ! protesta le héros avec conviction. Que crois-tu ? Que je te prends pour un chaton ? Un animal mignon ?

-J'en viens parfois à me le demander ! »

Gilles toussa une nouvelle fois. La couverture de laine dans laquelle il était enroulé était si longue et si grande qu'elle disparaissait au-dessus du dossier de la banquette et s'enroulait sur elle-même jusque par terre. Elle était d'une belle couleur rouge et des peaux étaient posées par-dessus. Il fallait dire que cette pièce était assez humide en cette saison et que le soleil ne passait pas toujours à travers les belles fenêtres étroites à croisillons pour la réchauffer. Il y avait tout de même de belles flammes dans la cheminée, qui consumaient des bûches de la taille d'une grosse poutre.

« Je suis seulement soulagé de pouvoir prendre soin de toi, avança Robin en s'asseyant sur le tabouret à côté du lit avec son plateau.

-Soulagé ? Tu m'en diras tant, marmonna son frère en enfouissant son visage aux pommettes rougies et aux yeux pleins de croûtes dans la pile d'oreillers. Enfin, je n'ai pas vraiment de raison de… de soupçonner autre chose. Participer à ces banquets, c'est presque une raison de vivre pour toi.

-Heu… Et donc ? le relança Robin en se rendant compte que le jeune voleur s'était interrompu en pleine explication pour renifler dans le coussin.

-Donc je suppose que tu ne te sers pas de moi pour fuir un instant l'attention de tous ces gens.

-Bien sûr que non. Tu croyais vraiment que je pourrais faire ça ? »

Gilles tourna la tête et Robin eut un meilleur aperçu de ses yeux gonflés et de son nez humide. Il était malade, c'était évident… et il était heureux que les domestiques de Marianne aient obéi à la jeune femme et l'aient accueilli lorsqu'il s'était présenté à eux, conformément aux ordres que leur maîtresse leur avait donnés avant son départ en voyage de noces.

« Pour être honnête, reprit le héros plus doucement, j'aurais préféré que nous attendions quelques jours avant d'organiser cette réception.

-Elle célèbre votre retour de lune de miel et la juste restitution de tes terres, répliqua Gilles en remontant la couverture sous son nez. C'est du ragoût de bœuf ? Je peux en avoir ? J'ai la nausée, mais en même temps, je meurs de faim.

-Bien sûr, c'est pour toi que je l'ai apporté. »

Robin remonta le bol sous son nez et goûta le bouillon du bout des lèvres pour s'assurer que son frère n'allait pas s'ébouillanter.

« Tiens, dit-il en lui tendant le récipient. »

Il y avait une cuillère en bois à l'intérieur; il envisagea bien de lui donner la becquée mais se dit que Gilles n'avait probablement pas envie qu'il le traite comme un enfant.

« Merci, murmura celui-ci sans façons en attrapant un morceau de bœuf juteux au milieu de la soupe. »

Robin le regarda manger un instant puis se décida à retourner dans la salle de banquet. Il était bien obligé de paraître un minimum, puisque c'était en grande partie pour lui qu'était organisée cette fête. Mais il aurait aimé pouvoir passer un moment tranquille avec son frère. Ils s'étaient à peine vus depuis son retour, la veille au soir, à cause de la préparation du festin et que dire des jours qui avaient précédé son mariage ! Il s'était concentré sur la belle histoire qu'il partageait avec Marianne et les préparatifs, alors qu'il venait tout juste de découvrir sa filiation avec Gilles. C'était quand même bien peu digne d'un chevalier anglais et ça ne lui ressemblait pas. Il était facilement distrait et un peu orgueilleux, en effet; mais l'amitié et la famille avaient toujours été deux choses tellement importantes pour lui.

Les invités continuèrent de tourner autour de Robin, serrant sa main rendue calleuse par le tir à l'arc, lui offrant des cadeaux de mariage, lui adressant leurs félicitations et lui demandant quand ils auraient le plaisir de le visiter dans son château de Locksley. Le noble finit de moins en moins par les écouter. À la fin de la première partie de la soirée, il ne faisait littéralement plus attention à Marianne qui était suspendue à son bras.

Il pensait à son frère. Il imaginait le jeune homme recouvert par sa couverture rouge et ses fourrures, son bol de ragoût abandonné sur le dallage à côté de lui. Est-ce qu'il avait tout mangé ? Est-ce qu'il avait encore faim ? Peut-être qu'il aimerait un morceau de gâteau !

« Excusez-moi, lança-t-il en interrompant carrément son interlocuteur au milieu d'un compliment mielleux. Je vais aller voir mon frère.

-Votre frère ? répéta l'autre, médusé.

-Gilles de Locksley, répondit Robin fièrement. Je vous le présenterai à l'occasion. Mais en attendant, je vais m'empresser d'aller le retrouver. Si vous permettez… Ma dame, ajouta-t-il en baisant la main de Marianne de son air le plus charmeur. »

Il piqua, avec une pirouette gracieuse, un morceau de nougat dans un plat et attrapa une grosse part de gâteau aux fraises et aux framboises dans un autre. Et puis, il retourna s'enfermer avec son frère.

Une partie des chandelles avaient totalement brûlé, plongeant la pièce dans une semi-pénombre plutôt agréable. Gilles était encore plus entortillé dans sa couverture que quelques heures auparavant. Les peaux étaient presque toutes tombées au sol. Visiblement, le jeune voleur avait du mal à se détendre.

« Hé ! Inutile de bouger comme ça, on dirait que tu te retiens de danser la gigue, lança Robin en refermant la porte. »

Gilles se redressa, les cheveux complètement ébouriffés. Il avait encore les yeux rouges, il avait l'air de se sentir vraiment mal. Le cœur du héros se serra.

« Je vais t'aider à mieux t'installer, dit-il en rejoignant le jeune homme en deux enjambées. »

Il posa le gâteau sur le tabouret, à la place du bol de ragoût vide; il attrapa les fourrures qui traînaient au sol pour les remettre sur la banquette. Il écarta ensuite son frère, en l'attrapant dans son gros cocon rouge de couverture en laine, pour le soulever des coussins et pouvoir s'étendre à sa place. Il l'installa ensuite dans ses bras et s'assura qu'aucun pouce de sa peau ne dépassait de sa protection chaude et douce.

Gilles poussa un marmonnement incompréhensible, mi-râleur, mi-relaxé.

« Je ne suis pas un jeune enfant pour que tu me tiennes comme ça, marmotta-t-il.

-Je sais, tu es un fier voleur anglais et un adolescent autonome plein de ressources, répondit Robin en souriant. Mais je tiens à prendre soin des gens qui m'entourent et que j'aime. Tu es souffrant… laisse-moi m'occuper un peu de toi, cette nuit.

-Tu me fais mourir de chaud.

-C'est ce qu'il te faut pour bien récupérer. Je ne veux pas que tu t'enrhumes davantage.

-Quelle poule couveuse tu fais. »

Mais Robin sentait bien, à la façon dont son frère s'enfonçait contre sa poitrine, qu'il aimait bien se faire cajoler.

« C'est la première fois, avoua-t-il même, depuis plus de dix ans… que quelqu'un prend soin de moi pendant que je suis malade.

-Je suis désolé, c'est à cause de moi, souffla Robin, coupable.

-Heureusement, tu es là, maintenant. »

Gilles ne toussait plus depuis un moment. Le noble s'assura que ça continuerait comme ça en glissant l'une de ses mains dans le gros cocon de couverture pour lui caresser longuement le dos. De son autre main, il tenait son frère contre sa poitrine et le berçait de temps à autre pour l'apaiser.

« Merci, murmura le jeune homme, les yeux clos, alors que les bruits du banquet, à côté, se tarissaient pour revenir encore plus fort. Tu es vraiment… un meilleur grand frère que ce à quoi je m'attendais.

-Je fais bien ce qu'il faut ? murmura Robin sans le moindre soupçon de vantardise ou d'enthousiasme puéril. Tant mieux… J'ai parfois l'impression de ne pas savoir exactement comment m'y prendre. Je m'en veux de t'avoir abandonné pendant tous ces mois.

-Ce n'est pas grave. »

Les flammes, dans la cheminée, continuaient de crépiter. Gilles poussa un long soupir et s'enfonça un peu plus dans sa poitrine. Robin lui passa une main dans les cheveux et laissa son regard errer vers le plafond orné de grandes clartés de feu, avant de revenir irrésistiblement sur son frère. Cette tignasse blonde qui était pressée dans son cou et sous son menton l'émouvait bien plus qu'il aurait jamais pu l'imaginer. C'était les mêmes cheveux que lui… c'était des cheveux hérités de leur père alors qu'il avait cru si longtemps qu'il était le seul à être né des offices de Lord Locksley…

Robin passa encore une fois la main dans les cheveux de Gilles et lui embrassa la tête. C'est à ce moment-là qu'il perçut un léger bruit de ronflement; son frère s'était endormi. Enfin ! La prise qu'il avait autour de lui l'avait sans doute contraint à rester immobile, au lieu de se tortiller en tous sens sous le coup de la fièvre et du stress infligé à ses muscles, et lui avait permis de se détendre. L'archer sourit, très fier.

Son regard erra sur le côté et tomba sur la part de gâteau. Son sourire s'agrandit. Il avait bien fait de l'emmener, peut-être que Gilles aurait faim à son réveil.