Chapitre 25


Alexandra Eames était de bonne humeur, ce matin, lorsqu'elle arriva à son bureau avec un café chaud dans les mains. Elle venait d'avoir eu sa première bonne nuit de sommeil depuis des jours, mais elle avait surtout apprécié le dîner de la veille passé en compagnie de Bobby. Ils s'étaient raconté leurs derniers jours, elle dans le Delaware en compagnie de Benson et lui, ses moments passés avec Aliénor. Alex se rendait-compte que cela faisait un moment qu'elle n'avait pas vu son partenaire aussi léger et joyeux. C'était bon de le retrouver ainsi. En trouvant le conférencier grand ouvert sur le bureau, Alex ne put s'empêcher de sourire. Elle retrouvait sa routine avec Bobby. Comme à son habitude, il était déjà arrivé. Munch l'était aussi, à la vue de son chapeau accroché au porte-manteau. Eames posa ses affaires en se demandant où étaient passés ses deux coéquipiers avant de s'apercevoir que le bureau de Ross était éclairé. Elle en prit la direction et trouva les trois hommes à l'intérieur. Leur capitaine devait être à peine arrivé car il était toujours vêtu de son manteau. Ils semblaient être en grande conversation et Eames se demanda ce qu'il se passait pour une réunion aussi matinale. Elle allait frapper pour signaler sa présence quand Ross l'aperçut et lui fit signe de les rejoindre.

- Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle en fermant la porte derrière elle.

- La surveillance du domicile de Peck n'a encore rien donné, répondit Munch. Nous nous interrogions si nous devions la maintenir.

- Vous vous attendiez à un miracle alors que cela ne fait même pas vingt-quatre heures ? Lança sarcastiquement Eames.

Le capitaine se débarrassa de son manteau avant de se laisser choir dans son fauteuil pour se masser les tempes, espérant ainsi faire fuir un début de migraine.

- Peck s'est peut-être volatilisé dans la nature car il a repéré nos hommes, contesta-t-il.

- Ou alors il n'est simplement toujours pas rentré chez lui, intervint Goren.

Ross soupira.

- Qu'avez-vous trouvé en analysant la situation financière de Peck ?

- Rien de notable, répondit Bobby en balançant son poids d'une jambe à l'autre. L'argent est ailleurs et hors de notre portée.

Tranquillement assis sur une chaise, Munch se manifesta.

- Hier, Olivia et moi avons discuté avec Huang de l'affaire. Il est psychiatre et spécialiste de l'analyse des comportements criminels. Il est du FBI mais il traîne beaucoup plus souvent dans nos bureaux que dans le sien chez les fédéraux. Il est d'accord avec le profil établi par Goren. Peck n'est qu'un lieutenant. Il y a quelqu'un au-dessus de lui qui orchestre tout. Il se renseigne et nous aviseras si les fédéraux ont des enquêtes en cours ou non ayant des similitudes avec la nôtre.

- En attendant, fit Ross de mauvaise humeur, nous ne pouvons pas laisser reposer toute cette affaire sur Peck ! Que nous le trouvions ou non, vous devez trouver un autre angle d'attaque.

Il ponctua sa phrase d'un mouvement de la main pour chasser les trois détectives de son bureau. Ces derniers ne se firent pas prier pour se sauver. Munch attrapa une chaise d'un bureau adjacent à ceux de Goren et Eames.

- Est-ce que je peux jeter un coup d'œil aux données financières de Peck ? Les sollicita-t-il.

Eames fouilla dans la pile de dossiers toute droite qu'elle avait construite avec application la veille. Elle lui donna la chemise cartonnée et alluma son ordinateur. Il ne se passa pas grand-chose durant vingt minutes, chacun vaquant à ses occupations en cherchant le moyen de trouver et sauver les gamins détenus par Peck. Eames consulta les messages et rapports posés sur son bureau pendant son absence, qu'elle avait dû mettre de côté hier, afin de commencer à traiter le plus urgent pour l'évacuer. Bobby étala ses dossiers et ses notes sur son bureau et les observa pensivement tandis que Munch étudiait les feuilles qu'il avait sous les yeux.

- La plupart de nos concitoyens sont des gens d'habitude, se lança tout d'un coup le détective de l'USV à voix haute. Ils font des achats dans leurs quartiers, font les mêmes trajets de jours en jours pour aller au travail, chercher les enfants ou pour diverses activités.

Goren releva la tête, curieux, et Eames cessa de taper sur son clavier.

- Ainsi la majorité du temps dans notre métier, poursuivit Munch, nous analysons les anomalies, les éléments qui sortent du quotidien.

Le géant se laissa aller en arrière sur son dossier, le regard en l'air. Quelque chose dans les paroles de John avait mis en branle les rouages de son cerveau.

- C'est vrai, acquiesça-t-il. Nous suivons tous plus ou moins un schéma bien établi entre le travail et la famille. Un peu comme une boucle perpétuelle. Nous sommes tous ancrés dans une certaine routine, qu'elle soit réconfortante ou non.

Une ampoule dût s'éclairer soudainement dans l'esprit de Goren car il bondit de son fauteuil. Eames tellement habituée à ses frasques ne s'en émut pas plus, mais leva tout de même un sourcil interrogateur alors que Munch riait légèrement.

- J'aurais dû y penser plus tôt ! S'exclama Goren.

Il fit quelques pas comme s'il s'en allait avant de se retourner en ouvrant la bouche mais Munch lui coupa la parole.

- Vous y serez venu tôt au tard, Goren. Rien d'extraordinaire.

Eames regard tour à tour ses deux collègues se demandant sur quoi portait leur mystérieuse conversation.

- Je vais chercher une carte ! Déclara Goren surexcité.

Sans autre explication, il se rua hors de l'escouade, accentuant la désarticulation de sa démarche. Alex se tourna vers Munch pour lui demander un éclaircissement sur ce qui venait de se passer pour mettre Bobby dans cet état.

- Il est inhabituel votre partenaire mais je l'aime bien.

- Vous êtes alors l'une des rares personnes à l'apprécier à sa juste valeur, répondit Eames avec prudence.

- J'apprécie son intelligence, même s'il est difficile à suivre et qu'on ne comprend pas toujours comment il parvient à passer de A à D, sans s'aider de B et C, comme nous qui en avons besoin.

Alex sourit à cette observation.

- Et vous savez tout comme moi que là-haut, ajouta Munch en pointant un doigt vers le plafond, ils aiment peu les personnes beaucoup plus intelligentes qu'eux et qui surtout se démarquent.

John avait pointé le problème. Sans la protection bienveillante de Deakins et le peu de latitude que Ross lui laissait, Goren était pris en étau. Sa réputation de fou ne l'aidait pas non plus.

- Au moins, vous ne devez pas vous ennuyer avec lui, remarqua Munch avec douceur et sincérité.

- Pas une seule fois depuis le début de notre partenariat, répondit Alex, agréablement surprise du tournant de cette conversation.

- Toutefois je n'ai fait qu'entrevoir ses talents ces derniers jours et je me demande ce qu'il fait encore ici.

- Pourquoi ?

Une chape de plomb sembla peser soudainement sur les épaules de Eames. L'inspecteur se pencha vers elle.

- Vous connaissez certainement bien mieux que moi votre partenaire, mais quelque chose m'échappe en ce qui le concerne. Pourquoi reste-t-il ici ? A se laisser brider et à se faire maltraiter par la hiérarchie ? Alors qu'il pourrait bien mieux utiliser ses talents autre part ? Où il serait vraiment reconnu par ses pairs ?

Alex ne sut quoi répondre à Munch et celui-ci n'alla pas plus loin car il se leva. Peut-être parce que Bobby revenait l'air agité en brandissant sa trouvaille ou parce qu'il avait tout simplement terminé ce qu'il avait à dire. Les paroles résonnèrent dans la tête de Eames. Pourquoi est-ce que Goren restait au NYPD ? John avait soulevé quelque chose. Elle n'y avait jamais vraiment réfléchi. Bobby aimait son travail. Il était dévoué à celui-ci comme s'il lui avait prêté un quelconque serment d'allégeance. Bobby était intelligent, doué et un homme bon et généreux. Elle savait qu'il vivait dans l'indifférence de ses pairs. Tout comme elle, il ne faisait pas ce boulot de détective pour la reconnaissance et les récompenses mais pour les victimes et arrêter les criminels. Goren pouvait vivre dans l'indifférence tant qu'on lui laissait faire son boulot comme il l'entendait. C'était ce qui s'était passé sous l'ère Deakins. Et puis Ross était arrivé, sans doute pas au meilleur moment pour eux. Il avait voulu passer la bride à Bobby comme s'il n'était qu'un mustang sauvage qu'il fallait à tout prix dompter. Et forcément cela s'était mal passé. Par la force des choses, elle avait dû devenir un tampon entre les deux hommes.

Munch avait déchaîné en Alex une tempête de questions et soulevait des vagues d'inquiétude. Pourquoi son partenaire n'avait-il pas démissionné ou du moins demandé une mutation pour un autre service ? Vu sa carrière, Goren n'aurait aucun mal à trouver un autre boulot, parmi toutes les agences gouvernementales, tout aussi prenant, stimulant et probablement mieux payé. Eames se demanda d'un coup s'il avait pu recevoir des offres de travail et qu'on ait ainsi tenté de l'engager ailleurs ? Si oui, pourquoi les avait-il déclinées ? Qu'est-ce qui le poussait à rester ici en sachant qu'il pourrait faire ce boulot ailleurs sans bride ?

Pourquoi restait-il ?

Durant le cheminement de ses pensées, Eames observa son partenaire comme si la scène se déroulait au ralenti. Bobby qui fouillait ses tiroirs. Bobby qui rassemblait les dossiers à l'intérieur de son classeur avant de disparaître à l'intérieur de la salle de visite. Bobby qui revenait pour attraper quelque chose sur son bureau et qui lui parlait. Il semblait être tout à coup une boule d'énergie lumineuse, stimulé par l'idée que lui avait soufflé Munch quelques minutes plus tôt. Eames eut soudainement très envie de lui poser la question car le pourquoi qu'avait soulevé le détective de l'USV avait désespérément besoin d'un parce que.

Et puis, ce fut comme si tout avait été mis sur pause. Bobby s'immobilisa, un air de surprise sur le visage. Eames ne comprit pas tout de suite ce qui se passait. Elle entendit un bourdonnement dans ses oreilles et un vertige l'a pris. Elle se cramponna à son bureau. Elle vit du coin de l'œil Goren se remettre en mouvement pour venir à ses côtés. Il s'assit sur ses talons en faisant tourner le siège pour qu'il se retrouvent face à face. Il lui prit délicatement les mains, l'air troublé. Ses longs doigts posés sur les siens et la chaleur qu'ils dégageaient la fit revenir à la réalité.

- Eames, ça va ?

Elle força sa cage thoracique à respirer le maximum d'oxygène possible. Bobby resta à l'observer, immobile, sans dire un mot. Elle pouvait sentir l'inquiétude irradier de son partenaire comme un mur de chaleur.

- Je vais bien, finit-elle par dire pour le rassurer.

- Tu en es vraiment sûre ? Tu m'as posé une question et... Je... Tu... J'ai...

- Quelle question ? Demanda Alex en coupant brutalement le bégaiement de son partenaire.

Il prit une profonde respiration avant de répondre.

- Tu m'as demandé pourquoi je restais.

Eames ferma les yeux et gémit intérieurement. Dans un état de semi-conscience, elle n'avait pas pu s'en empêcher. Elle lui avait posé cette question qui la torturait. Elle ne s'était jamais autant sentie vulnérable qu'en cet instant.

- Je suis désolée Bobby, chuchota-t-elle en ouvrant les yeux pour tomber sur son regard d'un intense brun. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Tu n'as pas à répondre.

Lui offrant ainsi une porte de sortie, Alex pensait que son partenaire se saisirait de cette chance de faire comme s'il ne s'était rien passé. Il lui lâcherait les mains avant de se lever pour aller continuer l'enquête, gommant cet instant entre eux. Sauf qu'il resta sans bouger à la regarder. Son regard soucieux disparaissait pour laisser fleurir un doux sourire sur ses lèvres. Eames pensa une nouvelle fois qu'ils étaient dans une posture indécente en plein milieu de leur brigade. Les rumeurs allaient de nouveau s'emballer et raconter encore n'importe quoi sur eux. Elle aurait pu le repousser, s'éloigner de lui mais elle prenait goût à cette proximité.

- Je pense à ce que tu m'as dit hier sur le boomerang, murmura-t-il de manière à ce qu'elle soit la seule à l'entendre. J'aime l'idée. Et j'aime beaucoup travailler avec toi, Eames. En toute honnêteté, partir d'ici ne m'intéresse pas du tout, en sachant ce que je peux y perdre pour aller autre part et ne gagner finalement qu'une pâle copie de ce que j'ai actuellement.

Insinuait-il qu'il restait uniquement pour elle ? Que pour leur partenariat ? C'était une autre information qu'elle devrait analyser plus tard. A froid. Avec tout le reste qu'elle avait caché grossièrement sous un tapis sur Goren. Elle n'avait aucun doute sur ce qu'il venait de lui déclarer. Il ne lui mentirait jamais sur une telle chose.

- On est bon, Eames ? Demanda-t-il avec un éclat doré et mystérieux dans son regard.

- On est bon.

Avec un nouveau sourire, il lui pressa les mains avant de les lâcher. Alex regretta aussitôt la perte de contact qu'il avait instauré.

- Prends quelques minutes et rejoins-nous après, d'accord ? Fit-il en se levant.

Eames acquiesça et regarda son partenaire s'éloigner. Bien qu'il ait répondu à sa question avec une franchise déconcertante, un autre pourquoi s'insinuait en elle. Bobby restait à cause d'elle. Elle le rattachait à ici mais pourquoi ? Quelles autres raisons lui cachait-il pour qu'il ne veuille pas partir et avoir un nouveau partenariat ? Qu'il s'attache ainsi à elle ? Qu'est-ce qui le poussait à rester avec elle ? Alex n'aurait certainement pas une autre chance de lui poser ces questions et qu'il lui réponde aussi franchement. Il était peut-être temps d'assembler les morceaux qu'elle avait patiemment amassés ces dernières années sur son partenaire et peut-être tenter enfin de comprendre ce qu'il se passait entre eux.


Debout devant la carte qu'il avait placardée sur un tableau en liège, Goren aperçut du coin de l'œil sa coéquipière les rejoindre dans la salle de visite et s'asseoir à côté de Munch. Il fut rassuré de voir qu'elle allait mieux puisqu'elle avait repris des couleurs. Il était encore à essayer de comprendre ce qu'il venait de se passer tout à l'heure. Il n'avait pas vu tout de suite, enivré par l'idée de Munch, que quelque chose n'allait pas avec Eames. Lorsqu'il n'avait pas eu de réponse cynique et cinglante à son babillage comme à leur habitude, il s'était alors concentré sur elle. Complètement pétrifiée, le regard trouble, elle lui avait alors posé "la" question. Une question qu'il ne se serait jamais attendu de sa part. Elle voulait subitement savoir pourquoi il restait. La question était simple et subtile à la fois, Eames n'ayant pas précisé son contexte. C'était sous-entendu. Et elle savait pertinemment qu'il comprendrait parfaitement sa demande.

Au premier abord, Bobby en avait été surpris, ne comprenant pas la soudaineté de sa question. Il n'y avait rien à son sens qui aurait pu alimenter une telle confusion en Eames. Il ne lui avait jamais fait part des offres de recrutement qu'il recevait régulièrement, même encore après son coup d'éclat du mois d'août dernier. Il n'avait jamais donné à sa partenaire la moindre raison pour semer le doute en elle d'un départ. Il était même plutôt étonné qu'elle puisse lui poser une telle question. Ils n'avaient jamais évoqué un quelconque changement ou une potentielle fin pour leur partenariat qui paraissait satisfaisant pour chacun.

Brusquement, Goren avait eu un sursaut d'effroi lorsque sa partenaire était devenue pâle comme un linge. Qu'elle était pratiquement au bord de l'évanouissement. Terriblement inquiet, il s'était précipité vers elle pour lui prendre les mains afin de la faire revenir ou la recueillir s'il le fallait. Elle n'était pas du genre à se montrer faible. Même enceinte, elle avait continué le boulot comme si aucun changement notable ne se produisait en elle. Son enlèvement avait paru pour elle n'être qu'un faible soubresaut dans sa vie qui ne méritait pas que l'on s'y intéresse. Au yeux de Bobby, cette femme lui paraissait tellement incroyable et si forte, que cela lui avait été douloureux de ressentir d'un coup sa vulnérabilité lorsqu'elle s'était excusée de lui poser une telle question, comme si elle était coupable d'un crime de lèse-majesté. Cette fragilité soudaine était tellement inattendue chez elle qu'il la trouvait aussi admirable. Cette femme était si extraordinaire qu'elle lui donnait l'opportunité de laisser sa question sans réponse et de fuir. Pourtant sa question était légitime. Il ne connaîtrait probablement jamais les raisons de sa partenaire qui l'avait poussé à lui demander pourquoi il restait, mais il avait senti qu'il lui devait une réponse honnête, du moins la plus franche possible. Lui-même ne connaissait pas véritablement ce qui le poussait à se lier à elle.

Rasséréné de retrouver Eames de retour à la normale, Goren se permit enfin de se concentrer entièrement sur leur enquête.

- Alors cette idée de génie, messieurs, s'exclama Eames, vous vous décidez enfin à me la partager ?

Bobby chercha un point particulier sur la carte en suivant de son doigt un chemin qu'il était le seul à s'imaginer. Il trouva ce qu'il cherchait et le marqua d'une punaise bleue avant de se retourner vers sa partenaire.

- Munch a eu l'idée de repérer le territoire de Peck, expliqua-t-il, en le confondant avec ses habitudes de consommation notamment. S'il se déplace avec son van et qu'il va tous les jours ou presque au lieu où il retient les enfants, il doit faire à deux ou trois exceptions près faire son plein au même endroit qui est sur sa route et où il a ses habitudes. Ce sera l'occasion de vérifier qu'il s'est bien rendu dans le Delaware aux dates indiquées par Parker où il a pris les enfants.

- D'accord. Mais à quoi va nous servir d'établir le territoire de Peck ? Demanda Eames perplexe.

- Puisque Peck ne semble pas avoir de biens immobiliers à son nom, officiellement, répondit Munch, le nez plongé dans les données financières. Nous pourrons cibler plus facilement les lieux possibles où il est le plus susceptible de garder les enfants.

- Exact, accorda Goren à son homologue. Quelque chose comme une zone désaffectée où il peut faire des allers-retours sans que personne puisse se poser la question sur ses activités ou le remarquer. Un endroit où il peut maintenir les enfants avec la certitude que personne ne pourra les trouver.

- Même une zone désaffectée, leur rétorqua Eames, donne trop de terrain à couvrir. Ross ne nous donnera jamais les effectifs pour la fouiller.

Munch se leva et alla à son tour disposer sur la carte une punaise de couleur noire cette fois-ci avant de prendre la parole.

- Avec Goren, nous marquons tous les endroits où il a effectué des achats. Le bleu, c'est pour ses dépenses personnelles alors que le noir sont celles de sa société.

- Une manière de resserrer le périmètre, comprit Eames mais toujours dubitative de l'initiative de ses collègues.

- Ce qui fait leur force, fait aussi leur faiblesse, lança Goren incapable de contenir l'énergie que cette piste semblait lui procurer. Si nous parvenons à cibler une zone, nous pourrons lancer une recherche sur les propriétaires du foncier. Si l'on vise juste, nous trouverons des sociétés écrans montées dans le seul but de dissimuler le vrai propriétaire des lieux. Comme celle qui a été utilisée comme prête-nom pour les locations.

- On aura ainsi un schéma, s'éclaira Eames. Un schéma qui se répète comme une signature.

- Oui, sourit Goren. Même si on trouve Peck, il n'est pas certain qu'il nous indique où les enfants sont retenus puisque nous ne savons pas non plus où sont ses associés. Ross a raison, nous ne pouvons pas seulement compter sur la surveillance mise en place de son domicile. D'autant qu'il a peut-être repéré nos équipes et qu'il est conscient que nous voulons sauver les enfants avant tout. Il y a des risques qu'il nous mène en bateau pour nous faire perdre du temps. Nous avons là un moyen pour le précéder.

- Qu'est-ce que je peux faire pour vous aider, Bobby ? L'interrogea sa partenaire, désormais convaincue. Vous encourager ?

Les sourires furent brefs et le sérieux regagna vite les trois détectives.