Chapitre 57
Émergeant d'un demi-sommeil, Alex tâta la place à côté d'elle dans le lit. Elle grogna lorsqu'elle la trouva vide et froide. Évidemment. Son partenaire était déjà levé. Elle ouvrit les yeux, roula sur le côté pour jeter un coup d'œil vers le lit de camps installé dans la chambre. Lui-aussi était vide. Comme d'habitude, les Goren, père et fille, s'étaient déjà levés pour ne pas la réveiller et la laisser dormir un peu plus longtemps. Alex jeta les draps à ses pieds, regrettant la chaleur douillette qu'ils lui octroyaient. Elle posa les pieds sur le sol et attrapa son téléphone posé sur la table de chevet. Il était encore tôt. C'était sans doute pour cela qu'elle n'entendait pas le boucan habituel d'un lendemain de Noël chez ses parents. Toute la famille Eames avait été réunie la veille exceptionnellement pour le réveillon. Cela avait été une joyeuse cacophonie autour de la table tout le long de la soirée. Les adultes discutaient pendant que les enfants chahutaient, impatients que le Père Noël dépose enfin leurs cadeaux au pied du sapin. Un sourire fleurit sur les lèvres d'Alex alors qu'elle passait sa robe de chambre. Elle avait tellement de beaux souvenirs de la veille. Elle revoyait un Bobby passionné discuter statistiques et performances du championnat de basket-ball universitaire avec Sean, tout en couvant du regard sa fille qui jouait sans se préoccuper de lui. En observant son partenaire si bien intégré dans sa famille, Alex s'était faite la réflexion qu'il occupait pleinement la place qu'il lui était dévolue dans sa vie. La véritable. Celle qu'il aurait dû occuper depuis un moment s'ils n'avaient pas été aveuglés l'un et l'autre sur leurs sentiments respectifs. Pourtant, il y a encore quelques semaines, cela ne semblait pas si évident.
Le premier week-end de décembre, Bobby était allé à la recherche d'un sapin en compagnie de sa fille. Il était bien déterminé à fêter convenablement le premier Noël qu'ils allaient partager tous les trois. C'est ainsi que le dimanche après-midi, le sol du salon fut jonché d'emballages et de cartons de toutes les décorations qu'Alex et Aliénor avaient ramené de leurs courses. Bobby ayant été peu intéressé les années précédentes à parer son appartement pour cette fête, elles s'étaient fait plaisir, toutes les deux, en achetant tout ce qui leur étaient passés sous leurs mains. L'ambiance avait été joyeuse grâce à un Bobby radieux et à une Aliénor euphorique de toute cette agitation. Ils avaient, tous les trois, décoré le sapin puis l'appartement avec beaucoup de soins. Coiffée d'un bonnet de lutin, Aliénor, dans les bras de son père, avait apporté la touche finale en déposant l'étoile sur la cime du sapin. Alex n'avait pas pu s'empêcher de prendre des photos à la moindre occasion pour garder des souvenirs sur papier glacé de ces beaux moments.
Au cours de la soirée, Alex observait la petite fille allongée par terre devant le sapin. Le grelot de son bonnet tintait au moindre de ses mouvements. Aliénor était occupée à faire un dessin représentant son père. Elle coloriait minutieusement en rouge la cravate qu'elle venait de tracer.
- Le dîner est presque prêt, lui avait déclaré Bobby en revenant de la cuisine, tout en lui tendant un verre de vin.
Alex lui avait souri pour le remercier de cette douce attention alors qu'il soulevait ses jambes étendues sur le canapé pour s'installer à ses côtés. Elle s'était blottie contre lui, les cuisses posées sur les siennes. Il s'était passé un moment paisible sans un mot, durant lequel Bobby caressait distraitement ses chevilles. Aliénor avait eu le temps de reposer son feutre rouge pour prendre le bleu et finir de colorier la veste de costume pour attaquer le pantalon. Et elle de boire quelques gorgées de vin.
- Alex... Avait dit tout doucement Bobby.
Si doucement qu'elle avait failli ne pas l'entendre si elle ne l'avait pas senti se crisper.
- Oui ?
Les longs doigts avaient cessé de dessiner des motifs sur sa peau.
- Dans un mois...
La voix de son partenaire s'était éteinte.
- Je sais, Bobby.
Alex avait posé son verre de vin, puis prit les mains de son partenaire dans les siennes avant de relever la tête vers lui.
- Nous pourrions prendre quelques jours et emmener Aliénor quelque part, éloigné de New-York. Juste nous trois. Qu'en dis-tu ?
Alex avait contemplé d'un air inquiet son partenaire alors qu'il observait sa fille. Elle avait compris ce qui le hantait et le préoccupait à cet instant. Dans un mois, cela ferait un an que Aliénor était rentrée dans leur vie. Pas avec ce bonheur ou cette joie d'accueillir un enfant parmi eux, mais plutôt avec une certaine violence avant que la colère et la souffrance les percute de plein fouet. Lorsque le moindre bleu apparaissait sur le corps de la fillette parce qu'elle s'était cognée quelque part, Bobby, tout comme elle, revoyait son corps d'enfant dont chaque centimètre de peau avait été meurtri par les coups subis. Alex en faisait souvent des cauchemars par la suite. Principalement de cette scène abominable où elle avait découvert tous ces gamins violentés et mis en cage comme des animaux. Les images étaient toujours là, aussi distinctives que la fois où elles s'étaient imprimées dans son esprit.
- J'aimerais bien, avait-il soufflé.
Alex s'était dit qu'elle allait devoir surveiller le père et la fille d'un peu plus près lorsque la date fatidique se rapprocherait. Si Aliénor commençait à ressentir l'agitation et la nervosité de son père ou vice-versa, ils risquaient de se fermer l'un et l'autre. Et ce, sans qu'elle puisse les atteindre. Elle devrait sans doute appeler la thérapeute de la fillette pour lui demander comment elle pouvait aider deux êtres, qui avaient une tendance à intérioriser leurs sentiments, à exprimer leur souffrance et leur désespoir. Le cap serait dur à maintenir tant la vague pourrait fracasser ces deux âmes.
- Et que veux-tu faire pour Noël ? Avait-elle demandé pour l'éloigner de ses pensées sombres.
Ils n'avaient pas encore abordé le sujet de leurs projets pour les fêtes de fin d'années. A savoir s'ils les passeraient ensemble ou non.
- Le passer avec vous deux, lui avait répliqué Bobby comme si c'était une évidence pour lui. Pourquoi ?
Alex s'était mordillée les lèvres face à l'aveu de son compagnon. Elle avait apprécié réellement la sincérité et l'instantanéité de sa réponse. Parce que Bobby n'exprimait habituellement pas ses envies ou ses sentiments si ouvertement comme il venait de le faire. Et elle avait craint de lui parler de son idée à elle, anticipant sa désillusion ou sa contrariété. Mais Bobby étant Bobby, il avait deviné tout seul ce qui lui passait par la tête. Il s'était tendu avant de soupirer.
- Tu fêtes toujours le réveillon dans ta famille, s'était-il souvenu avec une pointe de déception dans la voix.
- Bobby...
- Tu pourrais nous rejoindre le 25, Cookie et moi ? Lui avait-il proposé sans un ton de reproche.
- Ou vous pourriez, Ally et toi, venir avec moi passer le réveillon chez mes parents ?
- Vraiment ? Avait-il demandé, réellement étonné par sa proposition.
Alex voulait passer Noël avec Bobby et Aliénor. Après des années de veuvage, elle avait enfin sa propre famille. Un compagnon et une fille qu'elle pouvait gâter. Elle avait l'habitude de passer le réveillon chez ses parents en compagnie de son frère et de sa sœur. Cependant, elle était prête à briser cette tradition et passer cette fête simplement en compagnie de Aliénor et Bobby, si ce dernier n'était pas encore prêt à embrasser toutes les fêtes et traditions des Eames qu'elle ramenait par le biais de leur relation. Même s'ils n'avaient toujours pas annoncé officiellement leur couple à leurs proches, Alex suivait le rythme que Bobby décidait pour leur relation. Elle ne lui mettait pas la pression, sachant que cela ne ferait que ressortir les inquiétudes et les peurs qui l'animaient, les faisant plus reculer qu'avancer.
- Mais ta famille ? Avait ajouté Bobby en balbutiant.
- Elle serait ravie de ta présence et celle de Ally. En fait, Maman m'a déjà demandé si elle devait ajouter deux couverts de plus cette année. Mais si tu préfères passer Noël qu'avec Ally et moi, cela me conviendra tout aussi bien. Ce sera génial, même.
Bobby avait alors cherché le regard de sa partenaire.
- Tu serais prête à faire cela ? Ne pas suivre la tradition ? Juste pour Cookie et moi ?
- Je veux juste être avec Ally et toi. Peu importe où, comment et quand.
Un sourire timide avait affleuré les lèvres de Bobby avant qu'il ne cogne délicatement leurs fronts.
- J'aimerais bien... J'ai envie d'un vrai Noël pour Cookie... Alors chez tes parents, ce sera bien, Alex.
- Tu es sûr de toi, Bobby ? S'était-elle empressée de demander. Je ne veux pas que tu te sentes obligé...
Il l'avait coupé d'un baiser rapide sur les lèvres qu'elle avait regretté aussitôt de ne pas approfondir.
- Oui. Je pense qu'il est aussi temps que nous annoncions à nos familles que nous sommes...
- Amoureux ? Avait-elle souri à cette prise d'initiative de son partenaire et amant.
Alex s'était dit qu'ils n'étaient plus des adolescents, et encore moins des enfants pour parler ainsi de leur liaison.
- Je doute réellement qu'on révèle un secret explosif pour eux mais...
Ravie de cette impulsion que donnait son compagnon à leur couple, Alex avait encerclé son cou de ses bras.
- D'accord, lui avait-elle chuchoté alors qu'elle rapprochait ses lèvres des siennes, sauf si tu essayes de nous empoisonner Ally et moi avant qu'on puisse le faire...
Une lueur d'incertitude était passée dans le regard de Bobby. Puis il s'était mis à renifler. Plusieurs fois de suite. Avant de bondir du canapé pour se précipiter dans la cuisine.
- J'ai oublié le dîner !
Tandis qu'Alex riait de cette mésaventure culinaire, la fillette l'avait regardé avec une vive désapprobation, les rendant coupable, son père et elle, de la rature qu'elle venait de faire sur son dessin.
Lorsque Alex avait finalement annoncé que Bobby et elle étaient désormais plus que de simples partenaires, toute sa famille avait accueilli cette nouvelle à bras ouverts. Robert Goren ne laissait jamais personne indifférent mais tous les Eames étaient tombés sous son charme pour son intelligence, sa gentillesse et ses côtés sociable et serviable. Johnny Eames avait été le tout premier à qui elle avait avoué la vérité sur ses liens qui l'unissaient à Bobby. C'était important pour elle que son père approuve sa relation avec Bobby. Et ce malgré le fait qu'ils étaient encore coéquipiers et de ce qu'elle était en train de faire de sa vie avec lui, notamment de s'impliquer comme une mère envers Aliénor. Le tête à tête avec son père avait été un moment fort. Le poids de ses mots encore plus. Son père lui avait simplement dit que tout ce qui importait pour lui, c'était que Bobby continue de prendre soin d'elle. Comme il l'avait fait ces dernières années. C'est en croisant le regard de son père, hier soir, alors qu'il observait, silencieux, toute la tablée d'un regard doux et satisfait de ce que la vie lui avait apporté, que les larmes avaient failli déborder pour Alex. Il lui avait tout simplement souri en hochant de la tête en direction de Bobby.
Alex sortit de la chambre et descendit l'escalier. Sa mère avait tenu absolument à garder toute la famille sous son toit cette nuit. Ils étaient ainsi tous amassés dans la maison familiale. Chacun des enfants Eames s'était entassé avec partenaire et progéniture dans la pièce que leur mère avait préparée soigneusement pour eux. Elle traversa la salle à manger, déjà rangée par des mains expertes, pour se diriger vers la cuisine. La radio chantonnait joyeusement des musiques de Noël. Sa mère était déjà aux fourneaux pendant que son père sirotait son café à la table de cuisine où s'étaient installés Bobby et Aliénor. Ces derniers étaient tranquillement en train de jouer au scrabble junior que la fillette avait reçu de l'homme barbu en rouge. La partie devait toucher à sa fin car il ne restait plus aucun jeton dans le sac.
- Goren, grogna-t-elle, je sais que c'est ta fille mais elle ne peut pas faire les choses comme les autres gamins pour une fois, et aller se vautrer devant les dessins animés ?
Père et fille sourirent face à cette entrée théâtrale. La petite la gratifia d'un rapide câlin en enlaçant sa taille avant d'enfourner une cuillère de céréales dans la bouche. Une vague de chaleur à la fois familière et merveilleuse submergea Alex lorsqu'elle croisa des prunelles où s'animaient des paillettes dorées.
- Bonjour à toi aussi, Eames, la salua Bobby d'un petit rire.
Johnny Eames sermonna sa fille d'un regard sévère et à la fois amusé pour son côté dramaturge avant qu'elle ne l'embrasse sur la joue. La matriarche se contenta de lui fourrer une tasse de café dans les mains. Alex s'installa aux côtés de son partenaire, occupé à poser ses lettres sur le plateau. Aliénor plissait du nez, signe qu'elle réfléchissait.
- Alors qui gagne ? Finit par demander Alex après avoir avalé sa première gorgée de café que Bobby venait de sucrer -à la perfection- pour elle.
- Personne, répondit-il. Nous ne comptons pas les points.
Alex se demanda alors quel était le but de jouer s'il n'y avait pas de gagnant. Cependant avec son partenaire, elle se doutait qu'au-delà du simple amusement, c'était aussi une question pédagogique envers sa fille. Johnny Eames se pencha légèrement pour observer le jeu de la fillette, constatant qu'elle était bloquée avec les quelques jetons qui lui restaient. Pour l'aider, il intervertit une lettre et Aliénor s'éclaira. Elle se précipita pour poser le restant de ses lettres, mettant ainsi un terme à la partie.
- Bravo Cookie ! La complimenta Bobby en ajoutant ses derniers jetons.
Aliénor brilla de fierté aux félicitations de son père. Johannes arriva avec un panier rempli de petites brioches chaudes qui mit aussitôt l'eau à la bouche de l'inspectrice.
- Finis ton petit-déjeuner, Cookie, reprit Bobby, pendant que je range afin que l'on puisse aller t'habiller et finir de se préparer.
La fillette hocha vivement de la tête. Elle engloutit en trois cuillerées le restant de ses céréales avant de boire jusqu'à la dernière goutte de lait. Alex aimait ces moments. Il n'y avait rien d'extraordinaire qui se passait. Juste une famille qui prenait son petit-déjeuner, conciliant les humeurs grognonnes ou joyeuses de chaque membre. Bobby qui avait terminé de ranger le scrabble lui passa la main sur le genoux. Elle se tourna vers lui et réprima son envie de l'embrasser. Elle n'allait pas le faire devant ses parents. Elle avait encore sa pudeur. Il était pourtant arrivé que Aliénor interrompt un baiser volé alors qu'ils la pensaient occupée depuis qu'elle connaissait la vérité. Alex n'avait jamais été une grande adepte des démonstrations d'affections. Toutefois, lorsqu'elle regardait son partenaire, elle avait des fourmis dans les doigts de le toucher, de le sentir contre elle. Elle aimait s'enrouler autour de lui sous les draps. Elle aimait l'homme doux et tendre qu'il était, et les sensations si charnelles qu'il pouvait réveiller en elle par une simple caresse ou un baiser. Elle aimait posséder l'attention de Robert Goren. Il lui donnait toujours l'impression d'être la femme la plus précieuse et magnifique au monde. Généralement, ses excès de tendresse, elle les réservait une fois qu'ils étaient à l'abri dans l'appartement de Bobby et la fillette couchée.
Aliénor, dans son pyjama bleu, descendit de sa chaise, ramassa son bol et sa cuillère avant de les tendre à Johannes Eames postée près de l'évier. Puis elle se colla à son père qui la souleva pour la prendre dans ses bras alors qu'il se levait à son tour.
- Allons-nous débarbouiller, lança-t-il. Merci pour le petit-déjeuner.
Alex suivit des yeux les larges épaules de son partenaire jusqu'à ce qu'elles disparaissent de sa vue, tout en entendant son babillage que Aliénor devait écouter, comme toujours, religieusement. Elle soupira d'aise avant de mordre dans une brioche qu'elle venait d'attraper. Qui aurait cru, il y a un an, qu'elle fêterait Noël en famille avec son partenaire, devenu le père d'une fillette qu'il avait recueillie, et surtout, avec qui elle était officiellement en couple ? Pas elle. Elle aurait ri au nez de la voyante qui aurait osé lui prédire un tel avenir. Sa mère prit la place de Bobby avec une tasse de thé dans les mains. Élément qui indiquait qu'elle prenait une pause.
- Comment avancent vos projets ? Lui demanda-t-elle.
- Bien, répondit Alex.
Plutôt bien, même. Bobby prenait son poste d'instructeur dans quelques mois. Et Alex commençait à penser que la transition pour lui serait moins difficile qu'elle ne l'avait escompté. Il avait déjà assisté à deux réunions de programme, déjeuné longuement avec celui qui lui laissait son poste en raison de son départ en retraite, et surtout été accueilli chaleureusement par l'équipe déjà en place. Il cherchait aussi à déménager afin de se rapprocher de son nouveau lieu de travail et avoir quelque chose de plus spacieux que son appartement. En fait, Bobby et elle cherchaient un lieu pour emménager ensemble. Sans pour autant oublier Joe, elle abandonnait enfin son statut de veuve. Étant donné qu'elle ne vivait quasiment plus chez elle, car elle passait tout son temps avec Bobby et Aliénor, elle avait décidé de vendre sa maison. Il n'était pas question qu'elle y vive avec eux deux. Elle l'avait vidé pour mettre ses affaires dans un box, n'emportant que l'essentiel pour le moment chez Bobby. Avec ce dernier, ils devaient trouver un autre toit, un lieu neutre où ils pourraient façonner leurs propres souvenirs, construire leur cocon, sans que le passé de son mariage ne vienne les hanter. Certains diraient que Bobby et elle se précipitaient pour prendre de telles décisions, pourtant Alex trouvait que c'était juste l'évolution naturelle de la progression de leur relation. De plus, cela faisait déjà plusieurs mois, depuis qu'elle s'était imposée dans le quotidien de Bobby pour l'aider, qu'ils vivaient ensemble dont une partie sans l'intimité amoureuse de leur couple. Alors continuer de vivre ensemble comme une famille dans l'appartement de Bobby ou dans un lieu bien à eux, cela ne changerait pas grand-chose à la situation.
- Je suis heureuse pour toi, déclara sa mère en posant sa main sur la sienne. Je pensais qu'après toutes ces années...
- Je sais maman, souffla Alex. Bobby est totalement différent de Joe. On peut même dire qu'ils sont les deux faces opposées d'une pièce. J'ai toujours pensé que je ne tomberais plus jamais amoureuse d'un homme ou du moins d'un flic mais Bobby...
Sa mère lui serra les doigts.
- Je n'en doute pas. Je suis contente que vous vous soyez enfin trouvé grâce à Ally.
- Oui, son arrivée a bouleversé pas mal de choses. Elle a été une sorte de cupidon pour nous deux.
- C'est bien que Bobby fasse les démarches pour l'adopter... Il s'en sort bien avec la petite. Vraiment très bien.
Lorsque Alex avait annoncé à ses parents que Bobby avait pris la décision d'accueillir Aliénor, la petite fille qu'ils avaient sauvée, ils avaient été à la fois stupéfaits et dubitatifs de son geste. Malgré le rapprochement évident entre son partenaire et elle au fil des années, ils étaient restés sur une certaine incompréhension du fait de sa décision de poursuivre ce partenariat après ces six premiers mois difficiles et d'indifférences. Leur scepticisme avait rapidement disparu. L'image de ce partenaire un peu trop excentrique et torturé avait changé au fur et à mesure qu'elle leur racontait la façon dont il s'occupait de la fillette, de l'évolution et des visites régulières de celle-ci. Son père et sa mère avaient enfin vu l'homme bon et généreux qu'il pouvait être et le père incroyable qu'il était pour Aliénor. Et puis, ils avaient craqué pour cette dernière. A tel point que Alex n'était pas sûre que la voiture soit assez grande pour contenir tous les cadeaux que la fillette avait reçus.
- Tu sais, Alexandra, reprit sa mère, avec ton père, nous nous faisions du souci pour toi. Nous nous demandions ce que tu allais devenir.
- Maman...
Eames sentit quelque chose se tordre à l'intérieur d'elle.
- Tu as Bobby, maintenant. Cela me rassure qu'il soit là pour toi, même s'il l'a toujours fait, dorénavant que vous vous êtes engagés tous les deux. Tu as aussi Aliénor. Elle t'adore cette petite. Je sais bien que tu es une femme forte, Alexandra, mais tu n'est plus toute seule. Tu as deux personnes dans ta vie désormais.
- Merci, bafouilla Alex, ne sachant pas trop quoi répondre.
Ses parents ne lui avaient jamais laissé penser qu'ils s'inquiétaient de la savoir seule. A vrai dire, elle ne leur avait guère permis de s'en ouvrir à elle. Lorsque la cicatrice de la mort de Joe s'était faite un peu moins douloureuse, elle avait prolongé son célibat, ne voulant pas réellement s'engager durablement dans une autre relation. Puis il y avait eu sa mutation à la Major Case et sa rencontre avec Bobby. Une fois que le lien s'était réellement noué avec son partenaire, cela lui avait paru assez satisfaisant comme seule relation platonique avec un homme avec lequel elle passait la majeure partie de son temps.
Johnny Eames se racla la gorge.
- Tu as quelque chose à ajouter peut-être, John ? S'exprima la mère d'Alex, piquée que son mari interrompt leur conversation.
- Non. Notre fille sait déjà ce que je pense.
Et c'était vrai. Mais ce qui toucha le plus Alex à ce moment-là. C'était que ses parents la soutenaient d'avoir une relation amoureuse avec son coéquipier. Qu'ils acceptaient Bobby dans la famille sans le comparer à Joe. Qu'ils appuyaient leurs projets sans les juger sur la rapidité des évènements, de ce que son partenaire pouvait être. Même à quarante-deux ans, elle avait encore ce besoin d'être soutenue par ses parents, qu'ils acceptent les choix de vie qu'elle était en train de faire. Elle était fière de ce qu'elle construisait, de pouvoir réellement former une famille avec Bobby et Aliénor. Rien ne pouvait lui faire plus plaisir.
