Bonjour tout le monde, voici la partie 5 !
Merci énormément pour vos commentaires qui m'ont beaucoup touchée. J'espère que la suite continuera à vous plaire, n'hésitez pas à le dire dans un cas comme dans l'autre, les commentaires nourrissent l'écrivain ;)
Merci à Dana LMM qui corrige toutes les parties, rajoute les mots que ma précipitation fait disparaitre et redresse mes phrases bancales XD Merci à Shippeusesamnjack pour ses encouragements et aux deux pour d'être de si bonnes amies !
Balises d'épisode: courant saison 5 avant Zenith
(au cas où: n'oubliez pas d'aller lire la partie 5 d'hier ;) Je vous laisse avec Selmak et Jacob, à bientôt)
Partie 6 :
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Jacob croisa ses mains sur la table et fixa George qui, comme tous les jours, posait l'invariable question :
— Où en est-on ?
Nulle part. Ils en étaient nulle part. Anise et son équipe avait passé deux semaines sur la machine, sans résultat : ce n'était pas goa'uld mais plutôt très probablement ancien, déchargé et avec une batterie bien trop complexe pour être rechargée ou modifiée, et ça ne semblait réagir qu'à O'Neill. Ils étaient bien avancés avec cela. Le Haut Conseil commençait à grincer des dents et même si Selmak avait œuvré de son mieux pour retarder ce moment, c'était la fin de la récré. Freya avouait de toute façon elle-même qu'elles étaient à court d'idées et que plus de temps n'y changerait rien. Il allait falloir se rendre à l'évidence et revivre l'adolescence de Sam, ce dont il se serait bien passé.
— Ce sera intéressant, et peut-être plus amusant que tu ne le crois, lui souffla Selmak.
— Arrête.
— Je me suis efforcé d'enseigner à nouveau tout ce que je sais des faux-dieux à Teal'c, annonça Bra'tac qui commençait à perdre le sourire, mais une partie de son savoir n'appartenait qu'à lui, j'ignore ce qui a pu être perdu. Je n'ai qu'une vision très parcellaire de ce qu'a pu être sa vie de prima au temps où il était sous les ordres d'Apophis. Pour ce qui est de l'entrainement physique, les progrès sont nets chez lui et chez O'Neill, cela est beaucoup plus compliqué pour Daniel Jackson, son corps est trop frêle, il n'est pas apte à subir un entrainement guerrier. Les jaffas commencent à son âge mais il n'est pas jaffa, je recommande d'interrompre cela avant qu'il ne soit blessé.
George eu un geste de la main et soupira :
— Je ne pense pas que cela le dérangera et il serait sans doute plus utile qu'il commence lui aussi à réviser ses propres connaissances.
— Quant au major Carter…
Bra'tac laissa planer la fin de sa phrase, les yeux tournés vers Jacob.
— Où en est ta fille ? continua George.
Jacob fixa tour à tour les hommes puis la table. Ça non plus il n'en avait aucune idée :
— Elle ne me laisse pas vraiment l'approcher. De ce que j'ai pu voir, elle ambitionne de réapprendre en quelques jours l'ensemble de ses connaissances académiques…
L'inquiétude perça dans la voix de George :
— C'est démesuré.
— C'est Sam, répondit simplement Jacob, que veux-tu que j'empêche ?
— Tu crois que c'est possible ?
Jacob se laissa tomber le front dans la main, fatigué, nerveux, et las aussi que rien ne soit jamais simple dans l'univers et surtout pas concernant sa fille :
— C'est Sam, répéta-t-il simplement et George soupira, manifestement ni rassuré, ni convaincu mais il n'insista pas.
Un silence réflectif et résigné s'installa entre les trois hommes, Jacob inspira :
— Il nous reste combien de temps ?
George se passa une main sur la tête :
— Je ne sais pas, pas beaucoup, cela fait déjà quinze jours, cacher leur état devient de plus en plus compliqué. Tôt ou tard, il y aura des fuites et dans tous les cas, on va bientôt me demander des comptes sur l'activité de SG1.
— Tu vas devoir les remplacer, explicita Jacob d'un ton neutre.
— Oui.
La sentence tombait comme un couperet. Ils savaient tous les trois que George s'y verrait contraint. C'était aussi dans la logique des choses et dans l'intérêt de la Terre et de sa protection mais cela allait être un coup dur pour les enfants, sans parler du reste.
— Il va être temps de commencer à envisager la suite, reprit George. Qu'a dit le Haut Conseil ?
Ça non plus ne constituait pas exactement un sujet dont Jacob voulait faire la conversation mais bon :
— On ne peut pas dire qu'ils soient enchantés par l'idée… le visage de George se ferma et il s'empressa d'enchainer, mais ils sont prêts à le faire au nom des services rendus par SG1 et au nom de l'Alliance.
— Et parce qu'elle est ta fille, ajouta Selmak.
— Et parce que Sam est ma fille, répéta-t-il.
— Mais ? demanda George qui restait avant tout un homme perspicace et pragmatique.
— La survie des tok'ras repose sur la discrétion, l'infiltration… L'impulsivité qui les caractérise effraie les membres du Haut Conseil, ils craignent que leur présence nous mette tous en danger.
— La rébellion jaffa les accueillera, affirma Bra'tac.
— Calme. Non, lui ordonna Selmak alors que Jacob allait laisser échapper un rire aigre.
Il prit sur lui :
— Quelle rébellion ? Vous n'en êtes qu'aux balbutiements. Vous n'êtes qu'une poignée, vous vivez dans la clandestinité. Comment allez-vous cacher quatre enfants ? Quatre enfants recherchés par tous les Grands Maîtres et connus par la moitié de la galaxie par-dessus le marché !
— Il faut les séparer, déclara Bra'tac pragmatique. Il sera plus facile de dissimuler un enfant que quatre.
George secoua la tête :
— Ce serait sans doute le plus sage…
— Et une catastrophe, s'exclama Selmak.
— Tu es trop fleur bleue, railla Jacob.
— L'âge mon ami, que veux-tu…
— Mais ce serait sans doute le meilleur moyen pour qu'ils soient incontrôlables et se fassent repérer, fit malgré tout remarquer Jacob.
Il pensait surtout à Sam en disant cela, il savait bien qu'aucune base tok'ra, fusse-t-elle fortifiée, ne serait à même de garder Sam séparée du reste de SG1.
— De Jack, précisa Selmak en ricanant.
— Tu recommences…
— Mais non.
— Et le droit à l'intimité de l'esprit de l'hôte ?
Le sourire de Selmak tinta dans son crâne :
— Boh tout de suite les grands mots, j'essaie de te détendre…
— Ben voyons !
— Il reste la solution de demander à d'autres de nos alliés, suggéra George pensif, le peuple de la lumière peut-être…
— Ils ne resteront pas tranquilles et tu le sais, réfuta Jacob, même si cela le contrariait d'avoir à le faire. Les Asgards ?
— Toujours sans nouvelle, grimaça George.
La vérité, c'était qu'aucune solution n'était satisfaisante. Les enfants ne pouvaient pas rester au SGC ou plus généralement sur Terre ou une base terrienne, Teal'c en particulier, les jaffas étaient trop peu nombreux et misérables pour les protéger efficacement et le Haut Conseil avait donné son accord du bout des lèvres mais à la condition que la moindre incartade entraine une implantation…
— Et tu ne veux pas être séparé de ta fille.
Et il ne voulait pas être séparé de sa fille, c'était vrai. Il avait déjà manqué trop de moments de sa vie, et même si clairement il n'était pas ou plus le centre de ses préoccupations depuis fort longtemps, et sans doute encore un peu moins depuis que Jack O'Neill faisait partie de ladite vie, il était hors de question d'en louper davantage. Et puis, il savait aussi pertinemment que les enfants ne resteraient pas tranquilles…
— Nous partirons avec eux, lui assura Selmak.
— Quoi ?
— Si les choses se passent mal avec les tok'ras, nous partirons avec les enfants.
Un tremblement parcourut Jacob et une vague d'amour caressa son cœur en réponse. L'affection manifeste de Selmak pour lui et les personnes qui comptaient le plus dans sa vie le prenait régulièrement par surprise. Il essaya de tempérer les ardeurs de sa compagne :
— Tu as bien conscience que cela ferait de nous des déserteurs et des ennemis des tok'ras ?
Selmak haussa métaphoriquement les épaules qu'elle n'avait pas sous son crâne :
— Oui. Je suis l'une des plus âgée Jacob, s'ils ne sont plus capables de reconnaître mon expertise et de se fier à moi, ils ne méritent plus ma présence.
— Carrément ? sourit Jacob.
— Oui parfaitement, il la sentait se redresser exagérément, autant par conviction que par auto-dérision. Un mouvement prêt à abandonner, contraindre ou sacrifier des enfants n'est pas sur le droit chemin.
— Selmak…
Elle s'ébroua :
— Je sais ce que nous avons fait, ce que j'ai fait et été amenée à faire, je ne renie aucun de mes choix, affirma-t-elle et une vague de tristesse coupable déferla sur Jacob qui serra les dents par réflexe, mais je revendique aussi le droit au changement. Ce n'était pas des erreurs, c'était nécessaire, mais je sais maintenant qu'il est possible de faire autrement. Je m'engage à ce qu'aucun mal ne leur soit fait, jamais. Quelque soit le prix.
— Merci.
L'esprit de Selmak s'enroula autour du sien dans une étreinte réconfortante. Malgré l'étrangeté que cela pouvait représenter, Jacob appréciait cette fusion, cela avait ses avantages, outre le fait d'avoir survécu à son cancer et de pouvoir en faire beaucoup plus pour la protection de la Terre, cela lui offrait l'assurance de ne plus jamais être seul, et Selmak constituait une compagnie de choix.
— Là c'est toi qui deviens sentimental…
Bien qu'un peu énervante, il devait en convenir.
— Hé ! s'écria-t-elle dans son esprit.
Il sourit et fixa George et Brat'ac qui semblaient attendre la fin de son dialogue intérieur :
— J'emmènerai les quatre. Si nécessaire, nous quitterons les tok'ras.
Le front de George se barra de rides et l'inquiétude traversa le regard de Bra'tac mais ils acquiescèrent. Jacob se sentit un peu rassénéré.
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Jack se planta à côté de Teal'c dans le cabinet de toilette face au miroir et passa une main dans sa tignasse :
— Il faut voir le bon côté des choses Teal'c, nous avons des cheveux.
— En effet, O'Neill.
— Mais ?
— Je préfère sans, déclara le jaffa d'une voix morne et décidée.
— Ah… Je te prête mon rasoir si tu veux, proposa Jack.
— Ils vous ont laissé un rasoir, mon colonel ? demanda une voix depuis la chambre.
— Oui ! Qu'est-ce que tu crois Carter, je me rasais déjà à quinze ans !
Le rire cristallin de Sam résonna en cascade dans la pièce voisine et Jack essaya d'ignorer à quel point cela faisait tressauter son cœur. Dans le miroir, Teal'c haussa un sourcil, pas dupe.
— Raser quoi ? Tes trois poils sur le menton ? gloussa-t-elle.
Un frisson délicieux et traître le parcourut de part en part, comme à chaque fois qu'elle riait comme cela, il grogna :
— On ne glousse pas Carter !
— Oui mon colonel.
Teal'c se pencha sur lui et Jack recula un peu par réflexe, les sourcils froncés :
— Je crois que le major Carter a raison et qu'il n'y a guère que du duvet sur vos joues.
Jack se sentit rougir et passa à l'attaque :
— Hé !
— Sam ! Appelle-moi Sam, Teal'c ! ordonna-t-elle la voix modifié par quelque chose, sans doute un stylo entre les dents.
Il passa la tête hors de la salle de bain :
— Carter, qu'est-ce que tu… Wow.
— Quoi ?
Sam se tourna vers lui, un marqueur dans la bouche, les mains couvertes de feutre à l'image de deux des quatre murs de la chambre. Un immense schéma couvrait le mur en face de lui mais il aurait été bien incapable de dire ce qu'il était censé représenter.
— Pas assez de place sur les feuilles, expliqua-t-elle.
— Hum hum, d'accord, articula-t-il sans parvenir à détacher son regard de son visage.
— Quoi ?
— Tu as du feutre sur euh… là, expliqua-t-il en montrant sa propre joue.
— Ah… oups ! elle suçota son pouce et frotta l'endroit indiqué, c'est mieux ?
Pas vraiment aurait été la réponse appropriée, elle n'avait fait que l'étaler un peu plus, mais Jack ne trouvait plus ses mots, il ne pouvait que fixer ses jambes fines et musclées qu'elle avait rassemblées sous elle, et ses bras blancs et fins couverts de tâches. Elle portait le short gris dans lequel elle dormait tout le temps et dont elle pouvait resserrer la taille par des cordons, et un t-shirt de l'Académie de la même couleur, beaucoup trop grand. Elle suivit son regard sur elle et baissa les yeux sur sa tenue avant de commencer à s'agiter :
— Oh ton t-shirt, j'ai fait une tache dessus, je suis désolée, je vais l'enlever et…
— Carter…
— Je suis désolée et…
— Sam.
Elle releva la tête vers lui et Jack dut employer toute sa volonté pour faire le sourire adéquat : sincère, doux, pas niais, le dernier point constituant un défi de taille :
— C'est du marqueur, ça ne s'enlève pas sur les tissus…
Il vit l'horreur traverser ses yeux et se traita d'idiot. Il enchaina en bafouillant :
— Mais ce n'est rien, on s'en fiche du t-shirt, vraiment.
Il combla la distance entre eux et s'accroupit à côté d'elle :
— Par contre, tu as du feutre là, est-ce que je peux… ?
Il s'immobilisa juste à temps, le bout de ses doigts effleurant sa peau. Le bleu des yeux de Sam s'éclaircit d'un ton et il plongea dedans. Ses lèvres s'entrouvrirent pour laisser échapper un « oui » alors qu'il ne bougeait toujours pas. Elle fit glisser sa joue dans sa paume et comme ramené à lui par ce contact, Jack, du pouce, lui essuya l'arrête du nez. Il n'eut pas un résultat beaucoup plus heureux, il restait une marque grisâtre. Retenant son souffle, elle ferma les yeux, lui coupant le sien.
La porte s'ouvrit sur un soldat et il sursauta :
— Le général Hammond veut vous voir. Tous les quatre.
L'air glaça la paume de Jack, suspendue à l'instant qui s'écrivait déjà au passé. Sam, redressée, aux aguets, n'habitait déjà plus sa main. Il traina les garçons à l'extérieur, lui offrant le temps de se changer, et ils remontèrent les couloirs jusqu'à la salle de briefing, la main de Daniel dans la sienne, le pas de Carter en écho au sien et la présence rassurante de Teal'c à ses côtés.
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Jacob les regarda entrer, des gosses maladroits et apeurés, mais il y avait toujours cette insolente ironie dans le regard de Jack, les épaules trop droites de Sam, les regards fuyants de Daniel derrière ses lunettes et la prestance naturelle de Teal'c. SG1, encore, malgré tout. Jack et Sam rapprochèrent leur siège avant de s'asseoir : ça non plus, ça ne changeait pas.
— Des aimants, commenta Selmak dans un tintement de clochette.
Jacob grogna mentalement alors que Daniel et Teal'c prenaient place de son côté de la table.
George croisa les mains sur la table, inspirant une dernière fois avant de déclencher la tempête :
— Ce n'est pas de gaieté de cœur que je fais cela, sachez le bien…
— Et c'est parti, souffla Selmak en écho à ses propres pensées.
Le stress de sa compagne se mêlait au sien, les tendant comme des arcs, Selmak devenait toujours une pipelette dans ces cas-là, enfin selon le référentiel tok'ra évidemment.
— … mais je suis dans l'obligation de vous faire remplacer au sein de SG1.
— Quoi ? cracha Jack incrédule.
La main de Sam glissa furtivement sur son bras :
— Mon général, avec tout le respect que je vous dois…
— Colonel, Major, comprenez-moi, cela fait plus de deux semaines…
— On a déjà été MIA plus longtemps que cela et on n'a pas perdu notre place pour autant ! contra Jack.
— Je sais bien, mais en l'occurrence vous n'êtes pas portés disparus colonel, vous êtes ici, vous n'êtes pas en état d'occuper ce poste et selon toute vraisemblance, vous ne le serez plus avant plusieurs années.
— Alors quoi ? On abandonne ? mordit Jack.
— Jack…
— George ?
Ce dernier se contenta de fixer son second qui enchainait déjà :
— Je peux vous appeler George, mon général ? Parce que je suppose que ça aussi va disparaitre, n'est-ce pas ? Fini les « Colonel » et les « Major » hein ?
Les traits de George retombèrent avec son soupire, il en avait gros sur le cœur, c'était manifeste, mais Jack tremblait trop sous sa colère et sa crainte pour le voir.
— Ça me rappelle quelqu'un, glissa Selmak, à peine audible.
Il ne s'opposa pas à son jugement, elle avait raison, évidemment que Sam et lui s'étaient manqués régulièrement, trop aveuglés par leurs émotions respectives pour déceler celles de l'autre.
— Fiston… la voix de George s'éraillait sur sa peine et sa lassitude, il faut que vous me compreniez. Je suis dans une position délicate…
— Qu'est-ce qu'on va devenir ?
La voix de Daniel tinta comme du cristal : vibrante, claire, tranchante, fragile. Il avait retiré ses lunettes car trop de larmes poussaient la porte de ses yeux. Jacob devina la gorge de George en train de se serrer, miroir de la sienne. Il resta muet une longue minute, suffisamment pour que l'enfant imagine le pire :
— Vous allez nous séparer, c'est ça ? Vous allez me renvoyer en foyer !
Il vola en éclats sur la dernière phrase, l'onde de choc les secoua tous et les débris de Daniel les transpercèrent. Jacob ferma les yeux une seconde alors que Selmak se repliait sur elle-même. La chaise de Daniel émit un bruit mat en heurtant le sol, qui résonna comme un séisme dans le silence de sa détresse. Jack avait tendu la main et Sam ouvert ses bras. Il escalada ses genoux et se nicha contre son épaule, entre elle et Jack. L'adolescent se referma sur eux, sa tête contre celle de Sam, sa main traçant des signes apaisant dans les cheveux de Daniel. Avec silence et maitrise, Teal'c se leva lentement de sa chaise et vint se placer debout derrière les autres.
— Ils sont une famille, s'émut Selmak encore un peu bouleversée.
— Oui.
Ce n'était pas une surprise, il l'avait toujours su, il avait deviné les liens entre Sam et Jack la première fois qu'il les avait vus ensemble à Washington, dès le premier regard qu'ils avaient échangé devant lui. Il avait aussi vite compris qu'elle s'était fait deux frères de plus avec Teal'c et Daniel. Mais en vérité, à tous être persuadés de savoir tout en cherchant à regarder ailleurs, ils avaient finalement manqué à quel point cela pouvait être vrai, tangible et puissant. Ces quatre-là n'étaient pas simplement liés, ils étaient imbriqués, intriqués. SG1 n'était pas juste une équipe, pas même juste une famille, c'était une unité indivisible. Un seul corps, un seul cœur, une seule âme. Et si Sam, sa fille, avait reconnu ces trois-là comme son sang, alors il devait logiquement en faire de même. L'éventualité le torturait depuis quinze jours, égrainant des angoisses dans son esprit, bouturant des doutes dans son âme mais aujourd'hui, il était prêt, il le faisait pour elle, pour lui et pour eux tous, pas parce qu'il leur devait, pas parce qu'il le fallait, pas même pour amour pour Sam mais parce que c'était, tout simplement. Il n'y avait pas de question à se poser, la réponse s'imposait d'elle-même, depuis longtemps, évidente, patientant dans l'ombre. Et s'il se penchait sur ses actes au cours des dernières années avec suffisamment d'honnêteté, il se voyait bien obligé d'admettre qu'il avait toujours agi en fonction de cela comme un fait établi :
— Vous viendrez avec moi.
Ils étaient ses enfants, tous les quatre, il était à l'aise avec l'idée.
— Enfin.
Et Selmak aussi.
Jack planta son regard dans le sien en plissant le nez :
— La Tok'ra ? Vraiment ?
Jacob soupira.
— Tu savais que ça n'allait pas être simple, lui rappela sa compère.
— Jack…
— Je refuse de devenir un hôte !
Jacob pinça un instant les lèvres :
— Il n'en a jamais été question.
Jack grimaça, peu convaincu :
— Et pourquoi nous accepteraient-ils alors ?
— Service rendu ? offrit Jacob d'un ton pas aussi convainquant qu'il ne l'aurait voulu.
— Rien n'est jamais gratuit avec eux.
Jacob encaissa le reproche, en partie justifié. Daniel tremblait toujours et Sam berçait son corps d'oiseau, les lèvres sur son front, épaulée par Jack, il ne voyait d'elle que ses yeux, tournés vers lui, insondables. Ce n'était pas Jack qu'il fallait convaincre, il le savait, ça n'avait même jamais été le plan d'ailleurs. Sam déciderait, ils en avaient tous bien conscience, elle était la personne à convaincre, mais face à son regard de tempête, Jacob n'était plus certain d'en avoir la force. Jack se pressa imperceptiblement contre elle, quérant silencieusement son avis et Jacob se rappela soudain pourquoi, en règle générale, il évitait de trop les regarder : trop évident pour être ignoré. Et pourtant, ils le faisaient tous. Par amitié ? Par devoir ? Par compassion ? Peut-être aussi parce qu'une chose n'est jamais aussi bien cachée qu'à la vue de tous ? Jacob se demanda un instant à quel point sa fille et Jack se berçaient d'illusion, à quel point ils se croyaient discrets, respectueux, hors d'atteinte ? À quel point ils se leurraient eux-mêmes aussi sur ce qu'ils pouvaient ressentir et montrer ?
Sam et Jack échangèrent un regard, une fraction de seconde, un discours entier, arguments et contre-arguments, en un instant. Jacob enviait cette chose entre eux autant qu'elle l'effrayait. Cela confinait presque à la magie, les unissant à un degré supérieur à tout ce que Jacob ou même Selmak avait déjà pu expérimenter, et pourtant dans ce domaine, Jacob s'estimait chanceux, mais elle les liait aussi si intimement que leurs essences en venaient à se fondre l'une en l'autre, s'imbriquant en un enchevêtrement impossible à délier.
— Ils ne sont pas faits pour se survivre. Ils le savent d'ailleurs. Ils évitent juste d'y penser mais ils ne cherchent pas de solution à cela. Ils l'ont accepté depuis longtemps, déclara Selmak qui avait suivi son cheminement.
Comme toujours, sa condisciple posait les mots justes sur ce qui hantait et terrifiait Jacob. Selmak l'effleura doucement :
— Peut-être que cela les tuera, tu as raison, mais en attendant ce jour, c'est ce qui les garde en vie tu sais, et avec eux, le monde entier d'une certaine façon.
— Tu exagères.
— Peut-être.
Pas tant que ça, ils avaient bien conscience tous les deux de ce que cette galaxie devait déjà à SG1, à Sam et Jack, mais Jacob avait besoin de s'illusionner un peu, de s'épargner la nécessité de mesurer l'ampleur de cette chose et de ses retombées. Il n'était pas le seul dans ce cas-là.
— Accordez-nous encore quelques jours mon général, Sam… Carter est sur quelque chose, elle va trouver. Donnez-nous encore quinze jours, s'il vous plait, mon général.
La raison et le cœur se disputaient chez George dans une danse impossible dont même le devoir avait oublié les pas :
— Une semaine colonel. Je ne peux vraiment pas faire plus. Le Pentagone est sur les dents et le NID aux abois. Comprenez-moi bien colonel, ce n'est pas pour ma place que je crains mais pour votre sécurité, à tous les quatre.
— Nous sommes prêts à prendre le risque mon général, affirma Jack, et Sam coopta d'un signe de tête.
— Pas moi colonel, répondit simplement George. Vous pouvez disposer, ajouta-t-il avant que Jack n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche.
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(à suivre)
