Bonjour tout le monde, voici la partie 8 !

Merci d'être de retour par ici pour lire la suite et merci pour vos commentaires qui me font toujours chaud au coeur. J'espère que ce nouveau petit morceau d'histoire vous plaira. N'hésitez pas à me dire ce que vous en penser.

Merci à Dana LMM et à Shippeusesamnjack pour leur soutien et leur amitié.

Toutes les erreurs sont les miennes et l'univers Stargate ne m'appartient évidemment en rien.

Balises d'épisode: courant saison 5 avant Zenith

Références aux épisodes: 1x12: Retour sur Chulak / Bloodlines; 2x10: Le Fléau/Bane; 3x14: Invasion / Foothold


Partie 8 :

.

Teal'c ne poussa la porte qu'au cœur de la nuit, trempé de sueur et le visage fermé, plus que d'habitude. Jack fit rouler Daniel, endormi, contre Sam pour libérer son bras. Cette dernière fronça le nez avant d'ouvrir un œil. D'un regard il l'informa du retour du quatrième membre de l'équipe.

— Teal'c, tout va bien ? s'inquiéta-t-elle immédiatement en allongeant Daniel dans son lit.

— Bien Samantha.

Une ride soucieuse barra son front :

— Sam.

— Sam, répéta le jaffa mais le cœur n'y était pas.

Jack se décala pour l'inviter à s'assoir près d'eux :

— Allez mon pote, raconte-moi ce qui se passe.

— Tout va bien Jack, j'ai seulement éprouvé le besoin d'aller m'entrainer quelques temps.

Jack n'achetait pas l'histoire :

— C'est bon Teal'c, crache le morceau.

Le jeune homme baissa très légèrement les épaules :

— Le colonel Reynolds est revenu de mission. Lui et son équipe ont réussi. Pas de pertes à signaler.

— Mais c'est génial ça mon vieux !

Jack n'avait même pas fini sa phrase que le regard de Teal'c doucha son bel enthousiasme. Ok ce n'était pas génial visiblement.

— Comme l'a dit Daniel, notre situation me donne la possibilité de me passer de la domination goa'uld, commença Teal'c, je ne peux pas accepter la prim'ta.

— Mais sans symbiote tu vas mourir.

La voix de Sam montait légèrement dans les aigus signalant son inquiétude.

— Vous aviez dit à l'époque qu'il était possible de soigner Ry'ac avec des médicaments ? hasarda Teal'c.

— Des antibiotiques oui, précisa Sam.

— Mais Selmak a dit que ce ne serait pas suffisant, fit remarquer Jack.

Teal'c baissa la tête :

— Si je dois mourir je mourais libre, je vous demande de comprendre cela.

Il releva le menton vers eux et dans son regard de nuit brillaient des étoiles. Jack sentit son cœur se serrer. Son ami avait fait son choix, cela ne le ravissait pas, mais il se devait de le respecter et d'aider à ce qu'il soit respecté.

— Hammond ne t'obligera pas à accepter, énonça-t-il simplement.

— Je ne sais pas Jack.

Il fronça les sourcils, Jack ne voyait pas George contraindre Teal'c à accepter une larve de force.

— Brat'ak lui-même m'invite à reconsidérer mon choix.

Cette fois Jack leva les deux sourcils :

— Tu as combien de temps pour te décider ?

— Le docteur Frasier pense que cela peut être quelques jours comme quelques semaines.

Jack hocha la tête :

— Et Junior bis ?

— Le docteur Fraisier et Sam - l'effort pour ne pas dire son prénom en entier était manifeste - ont réussi à développer un protocole afin de le maintenir en vie lors de ma transformation à cause de l'insecte de BP6-3Q1.

Jack grimaça à l'évocation de la bestiole, il ne se souvenait peut-être plus de toute la mission mais l'image de l'insecte restait encore très nette dans son esprit, de même que l'état de Teal'c lorsqu'ils l'avaient retrouvé. La mort l'avait frôlée de très près ce jour-là.

— Hammond m'a donné deux jours, annonça finalement le jaffa en baissant les yeux.

— Deux jours ? s'étrangla Sam, assez fort pour que Daniel ouvre un œil. Pourquoi si peu ?

— Les Tok'ras estiment notre nouvelle situation permanente…

— C'est n'importe quoi ! s'emporta Sam. Qui a décidé ça ? Encore Anise c'est ça ?

— Votre père semble d'accord avec ses conclusions, précisa Teal'c.

Sam se mordit la lèvre inférieure, rongeant son frein, Teal'c reprit :

— En conséquence le général Hammond juge que nous ne serons bientôt plus en sécurité au SGC, nous serons confiés à Jacob Carter dans quarante-huit heures.

Jack grimaça, vivre au milieu des tête de serpent fussent-ils Tok'ras ne l'enchantait pas du tout et c'était peu dire.

Sam soupira :

— Bien, il est temps de passer au plan D.

— Au plan D ? releva Jack incrédule. Carrément ? Et on peut savoir où sont passés les autres ?

Un sourire en coin étira les lèvres de Sam et ses yeux brillaient lorsqu'elle lui expliqua son raisonnement :

— Le plan A ne marche jamais comme prévu, le plan B est celui prévu dans la hâte en réaction…

— C'est souvent le mien, nota Jack.

Elle éclata de rire :

— En effet et il consiste essentiellement à foncer dans le tas. En général il donne des résultats…peu concluants.

— Merci, souffla Jack d'un ton faussement irrité.

Elle lui offrit un sourire éclatant dans un clin d'œil avant de continuer :

— Le plan C est en général celui de Daniel : parlementer.

Jack leva un sourcil :

— Donc personne ne l'écoute.

— Hé ! s'exclama l'intéressé, maintenant bien réveillé.

Les trois autres éclatèrent de rire et Jack attrapa le regard de Sam :

— Le plan D donc, le tien ?

Elle releva le menton, fière, presque vantarde :

— Tout à fait mon colonel. Celui qui marche !

Jack secoua la tête en riant :

— Très bien « major j'ai toujours les plans qui marchent », quel est-il cette fois ce fameux plan D ?

Elle bondit sur ses pieds et les éclats que Jack capta dans son regard ne lui dirent rien qui vaille.

— On va prendre l'air ! annonça-t-elle ravie et convaincue.

— Pardon ? s'étrangla Jack.

— Quoi ? A l'exception d'un certain colonel nous n'avons pas mis le nez hors de cette base depuis presque trois semaines. Un peu d'air frais nous fera du bien ! elle planta ses yeux dans les siens : J'ai besoin de sortir d'ici Jack.

Il soutint son regard une longue minute et capitula. Résister à Carter et à ses besoins dépassait de loin ses forces :

— Ok. Qu'est-ce que tu proposes ?

.

% % %

.

E, premier lieu, il avait fallu faire un détour par une réserve où visiblement Sam avait pour habitude d'entreposer « des trucs ». Jack ne savait pas ce qu'étaient les trucs en question mais ils pesaient un âne mort dans le sac que Sam lui avait tendu. Elle en avait confié un plus petit à Teal'c et avait chargé un troisième sur son dos après avoir fourré des trucs dans ses poches.

Déjouer la surveillance des gardes avait été étonnamment facile de nuit. Sam n'improvisait rien ici, il en était maintenant persuadé alors qu'elle les trainait vers un puit, le puit qui menait à la surface :

— Sam…

Elle tourna la tête pour le regarder par-dessus son épaule :

— Quoi ?

— Tu es sûre de ce que tu fais ?

— C'est parfaitement sûr.

— Et tu le sais parce que…

— Parce que je l'ai déjà fait, quand vous étiez tous changés en aliens explosifs, enfin tous sauf Teal'c et moi. Cette base est surtout conçue pour empêcher les gens d'entrer pas de sortir colonel.

Le doute taraudait malgré tout Jack :

— Je croyais que depuis cet incident, la sécurité de cet accès avait été revu…

Un sourire éclatant transcenda son visage et elle lui adressa un clin d'œil :

— C'est moi qui me suis chargée de ça Jack, et j'ai en fait en sorte de pouvoir sortir si c'était nécessaire, crois-moi.

Jack cacha assez mal sa surprise :

— Tu t'es mis en place un accès privé à cette base.

Son éclat de rire tinta comme des clochettes :

— En quelque sorte.

Les sourcils de Jack s'agitèrent sur son front :

— On ne se refuse rien Major !

Elle plissa le nez dans une sorte de grimace amusée :

— C'est le privilège d'être celle qui comprend tout et qu'on appelle pour tout régler : c'est toujours moi qui fais le boulot mais au moins je sais comme c'est fait.

Jack secoua la tête, elle avait raison évidemment, et cela représentait aussi une sacrée faille de sécurité. Tout le programme reposait beaucoup trop sur SG1 et en particulier sur Carter. Ils s'en étaient tous bien accommodés de Cheyenne Moutain au Pentagone, qu'une femme seule effectue le travail de douze, mais c'était injuste pour Carter. Trop de travail, trop de pression, trop de responsabilités. Sans même parler de tous les problèmes que cela aurait pu poser si elle avait été compromise. Comme cette fois avec l'entité… Cette fois où il l'avait tuée. Il secoua la tête et lui attrapa l'épaule :

— Passe devant, on te suit.

Jack plaça également Daniel devant lui, il voulait pouvoir garder un œil dessus pendant la montée. L'enfant rata un barreau à trois reprises, il avait eu raison de prendre des précautions.

Ils émergèrent sous le quart de lune, en marge de la base. L'air doux vibrait sous la brise humide, le ciel, légèrement couvert permettait quand même l'observation des étoiles. Sam renversa sa tête en arrière, les yeux clos offrant son visage à l'univers au-dessus d'eux. Un sourire calme étira lentement ses traits et le cœur de Jack chavira, encore. La lumière lunaire la rendait presque irréelle, puissante et magnifique, il se trouva brutalement petit et insignifiant en comparaison. On tira sur sa manche : Daniel. Le petit garçon le fixait, la bouche silencieuse et les yeux compatissant. Il le serra brièvement contre lui avant de lui ébouriffer les cheveux. Sam se tourna vers eux, pétillante :

— Gâteau ?

Jack sauta sur l'occasion :

— Et comment ! C'est ça qu'il y a dans les sacs ? Un gouter ?

— Pas que… répondit-elle énigmatique et l'éclat de son rire tinta comme de la poussière d'étoile.

Elle tira deux couvertures de son sac, étalant la première dans l'herbe pour qu'ils puissent s'assoir et roulant Daniel et Teal'c dans la seconde avant d'y piocher du moelleux au chocolat.

— Comment tu as fait pour en avoir ? demanda Daniel la bouche moitié pleine. On m'a dit qu'il n'y en avait plus quand j'ai demandé aux gardes.

— Janet, répondit Sam avant de fermer les yeux pour savourer sa pâtisserie.

Teal'c leva un sourcil :

— Le docteur Frasier nous en a fait mettre de côté ?

— Elle les a surtout volés !

Sam pouffa et une miette de chocolat atterrit sur son nez, Jack essaya de l'ignorer mais il ne voyait plus que ça : les yeux brillant de Sam, le sourire éclatant de Sam et le chocolat sur son nez. Il enfourna la fin de son gâteau dans sa bouche et glissa ses mains sous ses cuisses pour éviter un geste malheureux.

— Elle est au courant pour ce pique-nique nocturne ?

Voilà, changer de sujet, c'était bien.

Elle se tourna vers lui et plissa le nez, la lune se reflétait dans ses yeux et son sourire, et c'était pire, bien pire. Le cœur de Jack se cabrait dans tous les sens comme un jeune cheval rétif au débourrage. Un poulain mal dégrossi, un gosse, un ado, voilà ce qu'il devenait et devant Sam il n'avait plus la force de rien. La pièce, la porte, la serrure, la clef, envolées. Il ne fallait pas qu'il bouge où les digues lâcheraient et le flot de tout ce qu'il pouvait ressentir entrainerait tout l'édifice à la ruine et eux deux avec.

— Non ! gloussa-t-elle avant de renverser sa tête légèrement en arrière. Tu penses bien qu'elle ne nous aurait jamais laisser faire un truc pareil ! Sam cesse de faire n'importe quoi ! singea-t-elle dans une imitation assez convaincante du doc. Je lui ai juste demandée de les déposer dans une réserve et j'ai fait le transfert dans les sacs plus tard dans la journée.

— Mais quand ? grimaça Daniel et Jack avait envie de le remercier de poser la question car il avait beau se repasser la journée dans la tête il ne voyait pas bien quand Sam avait pu agir, ni même quand au cours de ces dernières semaines elle avait réussi à se faire un nid dans cette fichue réserve.

Elle ébouriffa les cheveux de Daniel et croqua dans un nouveau morceau de gâteau ce qui en langage Carter voulait dire qu'ils n'auraient pas de réponse.

La sortie s'étira en longueur, le ciel se dégageait et ils pouvaient voir les étoiles, Jack commença à un cours à l'attention de Daniel, Teal'c écoutait aussi. Carter se rapprocha de lui, jusqu'à se coller à son dos. Il haussa un sourcil par-dessus son épaule :

— Froid, souffla-t-elle dans son oreille mais il savait bien que ce n'était qu'en partie vrai.

Il essaya d'ignorer combien lui avait chaud soudain, beaucoup trop chaud. Les yeux de Daniel commençaient à papillonner et il s'effondrait sur Teal'c.

— Il faudrait peut-être rentrer, suggéra-t-il.

— Je ne crois pas non, murmura-t-elle, le front posé contre son dos.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Ils vont nous envoyer chez les Tok'ras et tu ne veux pas y aller, déclara-t-elle doucement.

C'était le moins qu'on puisse dire mais ce n'était pas comme s'il avait vraiment le choix et puis c'était surtout à Jacob qu'ils étaient confiés, le choses ne pouvaient pas être si terrible avec Jacob et Selmak, si ?

— C'est ton père Sam…

Elle laissa échapper un petit rire et il sentit sa tête se frotter contre son dos :

— Justement. Et Teal'c, ils vont contraindre Teal'c…

— On ne les laissera pas faire ! affirma-t-il tout à fait certain mais pas assez pour la convaincre.

— Jack O'Neill, l'aventureux, seul contre les Tok'ras.

— Je ne serais pas seul, tu seras là.

Elle se serra un peu plus contre lui, passant une jambe de chaque côté de ses côtes, se reposant complètement contre dos :

— Ouai. Et si ce n'est pas suffisant ? Et s'ils nous séparent ?

Machinalement il attrapa ses genoux et les serra doucement :

— Je ne les laisserais pas faire, tu te rappelles ?

— Toujours ?

— Toujours.

— Je crois que Sam a raison et qu'il ne faut pas nous illusionner Jack, déclara Teal'c.

Jack sentit Sam se raidir contre son dos, il commença à tracer de petits cercles du bout des doigts contre ses rotules.

— Teal'c a raison, on ne peut pas juste compter sur la chance, pas cette fois.

— Qu'est-ce que tu suggères ?

Il regrettait déjà d'avoir posé la question, il se doutait de la réponse, il savait aussi que ça ne lui plairait pas, mais qu'il le ferait quand même car il la suivrait au bout du monde.

Elle nicha son nez entre ses omoplates :

— On ne rentre pas.

Il se mordit la lèvre et ferma les yeux :

— Où est-ce que tu veux aller ?

Sa voix n'était qu'un murmure et il l'entendait autant par ses oreilles que par le son qui résonnait dans son torse :

— N'importe où ailleurs qu'ici. Là où on ne nous retrouvera pas. Un endroit où on pourra vivre tous les quatre, ensemble.

L'idée éclata en lui bien plus qu'il ne l'aurait voulu. Sa raison lui affirmait que c'était une mauvais idée mais son cœur traçait déjà des chemins rêvés menant à une maison au milieu de nulle part où ils pêcheraient et cultiveraient des légumes et où, pourquoi pas, dans quelques années ils donneraient une petite sœur à Daniel et une nièce à Teal'c.

— D'accord, souffla-t-il finalement, qu'il soit damné de ne jamais pouvoir dire non à Sam. Qu'est-ce que tu proposes ?

Elle se décala un peu de son dos pour fouiller dans sa poche :

— Voiture et passe de sortie, ajouta-t-elle en agitant les deux sous son nez.

Jack n'eut aucun mal à reconnaitre la photo sur le badge :

— Tu as volé Siler ? la gronda-t-il à moitié.

Son lui de quinze ans n'avait aucune autorité sur la Sam de seize, si tant est qu'il est vraiment eu un jour de l'autorité sur elle, autre que celle qu'elle voulait bien lui concéder. Elle rigola et son rire se propagea dans la poitrine et le corps de Jack comme des vagues. Il en eut un instant le tournis.

— J'ai réparé sa voiture tellement de fois qu'on peut considérer qu'elle est en partie à moi.

— Carter…

— Quoi ? demanda-t-elle faussement ingénument alors qu'elle se relevait et lui tendait le bras.

— Il faut que les garçons soient d'accord, précisa-t-il toutefois en acceptant sa main.

— D'accord pour quoi ? émergea Daniel.

— Sam veut partir.

— Où ?

— Loin d'ici.

— Sam et Jack souhaiteraient que nous partions et allions construire un nouveau foyer ailleurs, expliqua Teal'c.

Jack regarda son ami :

— Et tu es d'accord avec ça ?

Le jeune jaffa inclina la tête :

— Je vous suivrais.

Jack lui offrit un sourire doux, il savait que cette décision signifiait pour Teal'c renoncer à l'accès à la porte et donc abandonner son peuple, son fils, ses rêves de liberté pour tous les jaffas.

— Et toi Daniel ? demanda-t-il pour la forme, se doutant de la réponse.

Le petit garçon remonta ses montures trop grandes sur le haut de son nez :

— Oui !

— Super ! s'exclama Sam en écho à son enthousiasme.

Quelque chose grogna en Jack, il l'ignora priant silencieusement pour que Sam ait raison et que l'utopie à laquelle ils aspiraient puissent effectivement se réaliser :

— Alors allons-y les enfants on décolle !

Il tendit la main vers Sam qui plissa le nez :

— Tu conduisais à quinze ans ?

— Non.

— Moi à seize si, je conduis.

— Bien madame, à vos ordres madame !

Il la poussa de l'épaules et attrapa les sacs au sol pendant que Teal'c ramassait la couverture. Le rire de Sam tinta jusqu'aux étoiles et Daniel vint se blottir contre elle. Ils se firent beaucoup plus discrets et silencieux pour le reste du parcours.

— Tu avais tout prévu, n'est-ce pas ? souffla-t-il malgré tout à Sam alors qu'elle rampait à côté de lui. Les sacs c'était pour ça.

— Oui.

— Quand ?

Elle s'immobilisa un instant et planta son regard dans le sien sous la lumière de la lune :

— Longtemps, avant tout ça.

Affreusement sérieuse tout à coup, à tel point que Jack se demanda pourquoi et tout ce qu'elle avait mis derrière cette possibilité de fuite. Elle se racla la gorge :

— Toujours prêt pas vrai, c'est toi qui m'as appris ça.

— Non, ça ce sont les scouts Carter, plaisanta-t-il pour détendre l'atmosphère.

Elle secoua la tête avant d'heurter son épaule :

— Allez, avance.

.

% % %

.

— Saloperie !

Jack passa la tête par la vitre conducteur pour essayer de voir Sam derrière le capot relevé de la voiture de Siler.

— Tu as besoin d'aide ? tenta-t-il, presque timidement.

— Non, grogna-t-elle.

— Bien…Tu es sûre parce que….

— Contente-toi d'être prêt à accélérer quand je te le demanderais, ce sera déjà pas mal, cracha-t-elle.

Jack soupira et se laissa retomber contre l'appui-tête, quand Carter s'énervait comme ça, la raisonner ne servait à rien. Il la laissa s'énerver encore une bonne vingtaine de minutes puis elle claqua le capot. Daniel sursauta sur la banquette arrière et Teal'c leva un sourcil à son reflet dans le rétroviseur. Sam boule de nerf s'accouda, exaspérée à la portière :

— Elle est foutue, rien à faire.

Jack haussa les épaules :

— De toute façon on n'aurait pas pu rester dans cette voiture jusqu'au bout, notre disparition doit déjà avoir été remarquée, et tôt ou tard Siler comprendra pour la voiture. On va continuer à pied.

— Jusque dans le Minessota ? ironisa Sam.

— On a déjà fait la moitié du chemin, nota Jack.

— On va au chalet ? demanda soudain Daniel perplexe.

— Non. C'est le premier endroit où ils nous chercheront, grimaça Jack, mais je connais bien la région et à une centaine de miles il y a une ferme abandonnée, avec une rivière, de la forêt, ça pourrait convenir je pense.

Sam ouvrit le coffre et attrapa les sacs :

— Bon, et bien en route alors.

Jack aimait la marche en forêt, globalement du moins, le hasard galactique en avait par ailleurs fait les deux tiers de son job ces cinq dernières années. C'était vivifiant, au début, puis beaucoup moins au bout de six heures. Daniel chouinait depuis deux heures, il avait tantôt faim, tantôt soif, tantôt mal aux pieds mais la fatigue surtout le harcelait. Grâce aux sacs magiques de Sam, il avait dégainé gourdes et barres énergétiques, il avait même porté, un temps, le petit garçon sur son dos, mais il arrivait à bout de solution, le soleil commençait à décliner et même Teal'c avait nettement ralentit l'allure. Il accéléra un peu pour attraper le bras de Sam qui filait devant, concentrée sur la carte afin de leur faire éviter stratégiquement les villes et les grands axes. Elle avait tellement bien réussi qu'ils étaient au milieu de nulle part.

— Carter… implora-t-il.

Elle souffla :

— Je sais. On va monter un camp là pour la nuit et dormir un peu.

Elle avait à peine fini sa phrase qu'elle s'activait déjà à déballer le nécessaire. Jack grogna d'approbation mais aussi de fatigue. La voir ainsi s'agiter le fatiguait encore plus. Elle déroula en premier le sac de couchage de Daniel et Jack le glissa dedans, ils en était à dérouler celui de Teal'c que le gamin dormait déjà, glissant à l'intérieur comme une enveloppe d'étrennes dans une chaussette de Noel. Jack secoua la tête, remonta Daniel plus haut et replia le bas du sac. Il échangea un regard avec Sam qui grimaça :

— L'air force n'a pas vraiment de model enfant.

La précision était inutile mais Jack n'arrivait pas à être sûr de si elle avait voulu faire une blague ou non. Elle alluma un feu et mit de l'eau à chauffer. Le repas fut frugal, le sommeil les appelait beaucoup trop violemment. Le bon sens aurait voulu qu'on désigne des tours de garde mais Teal'c avait suivi Daniel dans les bras de Morphée et Jack se sentait bien faire de-même.

— Je vais surveiller, annonça Sam comme si elle avait lu dans ses pensées.

— Tu dois dormir.

— Ouai, plus tard, grogna-t-elle. Dors et tu prendras le quart suivant.

— Tu me réveilleras ?

— Ouai, ouai, éluda-t-elle et il n'en cru pas un traitre mot.

— On n'est pas en terrain hostile Sam, tenta-t-il.

— Quatre gosses au milieu de nulle part dans une forêt ? railla-t-elle. On est en milieu hostile.

Il grimaça c'était difficile de lui donner tort et il en était soudain très peiné pour la première fois depuis qu'il était partie Sam semblait fermée, énervée, il n'aimait pas ça.

— On fait l'inverse, décida-t-il.

Elle se tourna vers lui en fronçant les sourcils :

— Comment ça ?

— Tu dors une heure et on inverse.

— Une heure ? grinça-t-elle. Autant resté éveillée.

— OK, deux heures et on inverse.

Elle pinça les lèvres et retroussa le nez, considérant l'option, il ne lui donna pas la chance de refuser :

— C'est un ordre Carter.

Les yeux de Sam roulèrent dans leurs orbites :

— Sérieusement ? Arrête avec ça.

Il y avait tellement de lassitude dans sa voix qu'il s'excusa immédiatement, se sentant brutalement infiniment stupide :

— Je suis désolé Sam.

Elle balayait ses mots d'un revers de main :

— C'est rien.

Il n'y cru pas une seconde :

— Si. Pour ce que ça vaut, je n'ai jamais pensé que je te commandais.

Elle se tourna encore dans sa direction, pencha légèrement la tête :

— Pourtant c'est ce que tu faisais, et c'était normal.

— Mais je n'ai jamais eu envie de le faire.

Un éclair de panique passa dans ses yeux et Jack compris que ses mots portaient à confusion :

— Non ! Non, insista-t-il. Pas dans ce sens-là, mon dieu. Pour l'amour du ciel Carter tu es le meilleur second que j'ai jamais eu et je n'aurai jamais pu rêver meilleure équipe. Ça a été un honneur de t'avoir à côté de moi.

— Pour moi aussi, Monsieur.

Réflexe.

— Mais Sam, tu es tellement meilleure que moi, je n'ai aucune légitimité à te commander, j'ai toujours essayé d'éviter.

Un fin sourire étira ses lèvres.

— Je sais, reconnu-t-elle, et vraiment je te remercie de ça. Tu aurais pu juste ordonner et hurler et j'aurais obéi et tu le sais, mais tu as toujours fait en sorte de me laisser le choix, de me laisser adhérer, c'est toi qui m'as aidée à être celle que je suis, tu sais ?

— Tu me donne trop de mérite, souffla-t-il alors que les braises rougeoyaient doucement, il agita un peu le feu. Ce que tu es tu ne le dois qu'à toi.

Son sourire se fit plus triste et elle secoua un peu la tête, regardant toujours au loin, entre les arbres. Il attendit qu'elle réponde mais elle n'ajouta rien. Elle respirait la tristesse et la mélancholie et il détestait ça :

— Pour ce que ça vaut, je suis désolé pour ta carrière, vraiment.

Elle baissa la tête et le cœur de Jack se serra un peu plus, il tendit le bras pour effleurer le sien. Elle tourna légèrement la tête pour le regarder en coin, par en dessous.

— Tu es le meilleur élément de ce fichu programme…

— Etais, souffla-t-elle doucement.

— Non. Es. La meilleure de toute l'armée de l'air, de toutes les armées même et de cette connerie de galaxie Carter ! ajouta-t-il, tant pis pour la vulgarité, les mots trébuchaient de son cœur maladroitement.

Cela lui arracha un sourire un peu plus franc.

— On peut y retourner si tu veux…

Elle secoua violement la tête :

— Non.

— Plus tard, dans quelques années, adultes, on pourra revenir, tu referas l'académie en moins de deux et …

Elle s'était retournée passant sur les genoux et elle avait posé un doigt sur ses lèvres.

— Chut… S'il te plait, chut. Tu sais qu'ils ne nous laisseront jamais faire ça…

Il résista à l'envie de gouter à pulpe de son doigt et parla contre :

— Tu peux faire tout ce que tu veux Sam. Toujours. Et je me battrais toute ma vie pour que tu puisses toujours faire ce que tu veux, pour que personne ne t'en empêche.

Lentement un autre sourire étira ses traits et il y avait tellement de tristesse mais aussi d'amour dans ses yeux qu'il eut l'impression qu'on le foudroyait sur place, elle effleura doucement sa joue avec son autre main et son cœur rua dans sa poitrine lui rappelant que si, il était toujours en vie.

— Je sais, souffla-t-elle, doucement, comme un murmure et la brise de sa voix vola jusqu'à son visage, il frissonna.

Elle effleura son sourcil du bout des doigts et il retint son souffle pour éviter de bouger, il avait peur de rompre le charme, de l'effrayer et qu'elle fuit encore.

— Je ne mérite pas une telle dévotion, ajouta-t-elle encore.

— Conneries.

C'était sorti tout seul. Tant pis pour l'instant suspendu, Sam laissa ses mains en place mais écarquilla les yeux, manifestement amusée sous la surprise. Au point où il en était, il cracha le reste :

— Tu mérites tout Sam, l'univers entier et tout ce que je peux t'offrir pour l'avoir avec.

Toujours ce même sourire triste :

— Pas ton sacrifice. Promets-moi que jamais tu ne te sacrifieras pour moi. Que jamais plus tu ne te mettras en danger pour ça.

— Je ne peux pas faire ça.

Il l'avait déjà fait, il le ferait encore et il savait qu'elle comprenait même si ça lui brisait le cœur parce qu'elle ferait exactement la même chose pour lui et que penser à cette simple éventualité donnait à Jack envie de pleurer.

— Je voudrais que tu le fasses, insista-t-elle.

— Non. Parce que tu ne peux pas me promettre la même chose, n'est-ce pas ?

Elle baissa les yeux puis la tête. Il releva doucement son menton :

— Alors ne me demande pas ça.

Il hocha la tête :

— On a assez donné à l'armée, renifla-t-elle. Je ne veux plus être en position de te perdre, ajouta-t-elle finalement en tremblant et Jack su qu'elle avait enfin déversé ce qui la préoccupait.

— Viens-là.

Elle glissa ses deux mains derrière sa nuque et se laissa tomber contre lui, dans ses bras ouverts. Les lèvres de Sam effleurèrent sa joue, très proche de sa bouche, puis elle cala son nez dans son cou. Il inspira doucement et commença à lui caresser le dos avant d'embrasser ses cheveux. Il n'avait plus envie de dormir mais elle tombait maintenant de fatigue. Doucement il les allongea sur son sac de couchage en prenant garde à la garder dans ses bras. Sam tendit le bras en arrière, attrapant ses affaires à tâtons et les couvrit avec son propre sac de couchage, avant de recaler sa tête sur sa poitrine, le nez à la base de son cou, juste au-dessus de sa clavicule. Installés comme ça il voyait mal les alentours mais il pouvait toujours surveiller en écoutant. Seules leurs respirations, quelques hululements et des froufroutements de souris dans les fourrés perturbaient la nuit. Il respira encore l'odeur de Sam et la serra un peu plus contre lui.

.

A suivre