Bonjour tout le monde, voici la partie 9 !

Merci pour votre présence et vos commentaire, je suis si heureuse de voir que vous avez envie de lire cette histoire. N'hésitez pas à vous manifester, les commentaires nourrissent l'écrivaine ;)

Merci à Dana LMM et à Shippeusesamnjack pour leur soutien et leur amitié.

Toutes les erreurs sont les miennes et l'univers Stargate ne m'appartient évidemment en rien.

Balises d'épisode: courant saison 5 avant Zenith

Références aux épisodes:2x04: Le maître du jeu / The Gamekeeper. Mention de personnages présent à partir de la saison 8.

Références à mes fanfics précédentes : The Grace's conception et Le Temps du monde.


Partie 9

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Les gémissements de Daniel réveillèrent Sam au milieu de la nuit.

— Maman, papa, je vous en supplie…

La fin de sa phrase se perdit dans ses sanglots. Des larmes coulaient de ses yeux clos se mélangeant à la sueur qui ruisselaient de son front. Chaque nuit, les mêmes cauchemars. Chaque nuit le cœur de Sam se fissurait un peu plus. Il y avait tant de douleur dans le cœur de Daniel et tant d'horreurs dans sa mémoire. Elle avait vu la scène, des dizaines de fois, dans les souvenirs de Daniel, coincée dans la machine du maître du jeu : elle savait ce qu'il y avait derrière ces paupières. Certains souvenirs lui échappaient mais pas ceux-là. Ceux-là elle ne les oublierait jamais, elle en était persuadée. Peu importe qu'ils soient bien postérieurs à ses seize ans. Dans un sens c'était heureux car cela lui permettait de comprendre au mieux Daniel, mais dans un autre, égoïstement elle n'aurait pas été contre s'en délester, surtout les bruits. Le bruit de la pierre qui tombe écrasant les corps et celui des cris de Daniel. Cris dont les échos se changeaient en gémissements qui hantaient ses nuits à chaque fois qu'il fermait les yeux.

Elle se glissa hors de l'abris du duvet, prenant garde à ne pas réveiller Jack et rampa jusqu'à Daniel, maudissant l'humidité et le froid qui la transperçaient jusqu'à l'os.

— Daniel, je suis là. Chut. Je suis là.

Brutalement Daniel s'agrippa à son bras, se redressant à moitié, les yeux ouverts sans la voir, comme hantés :

— Maman !

Sa supplique traversa Sam de part en part la laissant secouée et tremblante alors que, toujours endormi, Daniel se réfugiait dans ses bras, la serrant à l'étouffer.

— Maman, répéta-t-il encore et encore, de plus en plus doucement à mesure qu'il s'apaisait dans les bras de Sam, repliée autour de lui.

Son cœur pulsait à ses oreilles et tout son être vibrait de quelque chose qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant, ou plutôt si, une fois… le sentiment explosa en elle, lui coupant presque le souffle. Daniel soupira se laissant complètement aller contre elle et Sam fut pris de vertiges, les larmes lui montèrent aux yeux, comme ce jour-là, dans le silo, avec Cassandra. Cinq ans qu'elle connaissait Daniel, cinq ans qu'elle l'aimait fraternellement : elle l'avait adopté dès le premier regard. Il était tout à la fois le petit frère qu'elle prenait plaisir à embêter et le jumeau à qui elle se confiait. Mais désormais c'était autre chose. Comme une voix, un besoin qui hurlait en elle, la nécessité de le protéger, de s'occuper de lui, mais pas comme l'aurait fait une amie, ou une sœur, plus comme l'aurait fait…une mère. La réalisation la plongea dans une sorte de joie irrationnelle teintée de malaise. Daniel était son ami, il y a trois semaines encore il était un homme adulte et maintenant…mais maintenant il avait huit ans et il était perdu, il avait besoin de parent et elle était là. Ils lui avaient promis d'être toujours là. Elle et Jack.

Jack.

Jack saurait être un père pour Daniel, il l'avait déjà montré, il savait faire, quoi qu'il soit persuadé du contraire. Elle n'avait jamais réfléchi à ça avant, ou plutôt si, mais elle en était arrivée à la conclusion que, faute d'avoir pu finir de grandir avec sa mère, et vu son travail et son tempérament, elle ferait une mère médiocre et elle refusait de prendre le risque de faire souffrir un enfant par égoïsme. Cela l'avit déjà pousser à renoncer à Cassandra, mais Daniel… Daniel l'avait choisi non ? C'était différent, non ? Elle le lui devait, elle avait promis. Et puis il y avait Jack. Avec Jack elle se sentait prête à être une mère, elle s'en sentait la force. La force de cette certitude la troubla mais réchauffa aussi son cœur.

— Ça va ?

Elle frémit et se maudit de ne pas l'avoir entendu arriver. Il faudrait rapidement remédier à ce problème d'une façon ou d'une autre, c'était Jack donc elle n'avait rien à craindre, mais si cela avait été un ennemi ? Une menace ?

— Tu vas geler, lui chuchota-t-il à l'oreille en l'entourant de ses bras.

Elle ne réfléchit même pas avant de s'appuyer dans la tiédeur de son étreinte. Il lui embrassa la tempe :

— Il s'est rendormi ?

Elle secoua la tête, affirmative.

— Alors qu'est-ce qui te chagrine Carter ?

La version adolescente de Jack O'Neill était étonnamment plus bavarde et beaucoup moins gauche qu'elle s'y en serait attendu. Mais il la connaissait toujours aussi bien ce qui faisait apparaitre de plus en plus souvent ce genre de conversations. Sam ne savait pas si elle aimait ça. Ou plutôt si, elle devait convenir qu'elle appréciait cette nouvelle donne mais elle savait aussi que cela représentait un danger certain. Parler d'eux, parler de ce qu'ils ressentaient chacun en leur for intérieur, les conduiraient forcément tôt ou tard à parler d'EUX, de ce qu'ils ressentaient, l'un pour l'autre. Et elle n'était pas sûre d'être en mesure d'avoir cette conversation. De toute façon il leur était interdit d'avoir cette conversation.

— Sam, insista-t-il la tête posée sur son épaule.

Il se tenait si proche de son cou que ses lèvres en effleurèrent la peau et une tension délicieuse remonta le long de son dos, elle eut le plus grand mal du monde à l'ignorer. Heureusement Daniel bougea légèrement la reconnectant à la réalité. Elle désigna le petit garçon du menton :

— Il va avoir besoin de parents.

Elle ne savait pas si de son côté Jack avait réfléchit à la question, elle ne voulait pas non plus le brusquer avec ses soudains rêves de famille et …

— Il en a déjà.

Elle déglutit, pas tout avait sûre de comprendre. Ou plutôt si, à vrai dire elle espérait avoir compris, mais elle avait besoin d'en être certaine. Elle tourna sa tête autant qu'elle put pour chercher le regard de Jack dans la lumière lunaire filtrant à travers les futaies :

— Tu veux dire…

— Toi et moi. Et oncle Teal'c !

Elle laissa échapper un rire doux et Jack enchaina :

— Je crois que c'est ce qu'il veut. On ne remplacera jamais ses parents mais je pense qu'on pourrait faire des substituts corrects, si tu es d'accord avec ça… avec moi, malgré…

Charlie.

Maintenant Daniel d'une seule main, elle laissa glisser l'autre à tâtons sur la joue de Jack :

— Ça me parait être un bon plan.

— Tu vois parfois ça m'arrive d'en avoir ! En équipe pour toujours Carter !

Les doigts de Sam se crispèrent malgré elle. Elle fit de son mieux pour détendre au maximum ceux qui était posés sur la joue de Jack, mais elle capta malgré tout son froncement de sourcils à la lumière de la lune. A son grand soulagement il s'abstient de commentaires.

Une équipe. Est-ce que c'était ça ? Le devoir, l'honneur ? Est-ce qu'ils n'étaient que ça ? Une équipe ? Là où elle voulait voir une famille ? Est-ce qu'elle se berçait d'illusion sur eux ? Et sur elle et Jack…

Daniel s'agita subitement et éternua les faisant tous les deux sursauter.

— Est-ce que c'est déjà le matin, Sam ?

Machinalement elle caressa ses cheveux :

— Pas encore. Tu peux dormir.

— D'accord, je crois que je vais aller me recoucher alors.

Jack la libéra de son étreinte et ils réinstallèrent Daniel confortablement dans son sac de couchage, un peu plus proche des leurs cette fois.

— Je pense qu'on devrait essayer de dormir un peu nous aussi, souffla Jack quelques minutes plus tard alors que Daniel ronflait déjà doucement.

Sam acquiesça mais, tout en réajustant les duvets, elle ne pouvait se départir de la sensation que quelque chose clochait. Alors qu'elle se rallongeait l'évidence la frappa soudain :

— Teal'c.

Jack, qui commençait déjà à s'endormir, se tendit à côté d'elle :

— Quoi Teal'c ?

Mais Sam avait déjà bondi sur ses pieds.

— Qu'est-ce qui se passe avec Teal'c ? entendit-elle Jack répéter alors qu'elle contournait le feu.

Comme elle l'avait craint Teal'c ne réagit pas alors qu'elle s'approcha. En s'accroupissant elle constata la sueur qui inondait son front et les vilaines cernes qui striaient le dessous de ses yeux. Elle posa les mains sur lui : brulant. Aucune réaction.

— Qu'est-ce qui se passe ? souffla Jack brutalement alarmé alors qu'il parcourait la distance les séparant.

— Il fait de la fièvre et je n'arrive pas à le réveiller. Passe-moi le sac, celui-là, vers mon oreiller. On a fait trop de bruit, ce n'était pas normal que Teal'c ne se réveille pas tout à l'heure, expliqua-t-elle pendant que Jack s'exécutait.

Elle fouilla dans le sac, trouva ce qu'elle cherchait et injecta l'antipyrétique. Elle hésita ensuite, la main sur un deuxième flacon.

— Quoi ?

Elle chercha le regard de Jack :

— J'ai des antibiotiques mais je ne sais pas si c'est une bonne idée. Si c'est une infection il lui en faut mais je n'ai aucune idée de comment être certaine que ce soit bien ça.

— Ton instinct te dit quoi Carter ?

Son instinct lui disait surtout qu'elle avait fait une erreur en les entrainant là-dedans. Elle mettait Daniel et Teal'c en danger. Ils n'étaient que des enfants et Jack et elle à peine mieux. A la base Teal'c aurait pu recevoir tous les soins dont il aurait pu avoir besoin. Jack posa une main sur son épaule mais n'ajouta rien de plus.

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L'aube traversa enfin, timidement, la forêt dense qui leur avait servi d'abris. Dans les dernières heures de la nuit, la fièvre de Teal'c était tombée et il avait enfin reprit connaissance mais Jack voyait bien à la mine soucieuse de Sam que tout n'était pas réglé. Les rêves de Daniel ne s'étaient changés qu'une seule fois en cauchemar, qu'il avait pu gérer assez facilement pendant que Sam veillait Teal'c. Dire que l'ambiance était morose au petit déjeuné aurait été un euphémisme. Il hésita à faire un café à tout le monde histoire de leur redonner un peu de baume au cœur, mais après ce qui s'était passé au SGC avec Daniel il jugea plus opportun de s'abstenir. Non pas qu'il craignit une quelconque rechute avec ce jus de chaussette instantané, mais il doutait que Sam accepterait de prendre le moindre risque à ce sujet. Elle était déjà suffisamment inquiète et épuisée, il ne voulait pas se disputer avec elle.

— On va faire du stop, énonça-t-elle soudain sans préambule.

Il avala sa barre de céréale de travers :

— Pardon ?

Elle expliqua sans le regarder :

— On va rebrousser un peu chemin, en passant par là on devrait pouvoir regagner la route et trouver une voiture pour nous déposer dans la ville la plus proche.

— Sam…

— La ville n'est pas très grande, il y a un motel miteux, un peu à l'écart, on prendra une chambre. Personne ne pose de question dans ce genre d'hôtel…

— Sam.

Elle tourna brutalement la tête dans sa direction et son regard le percuta :

— Quoi ?

Il hésita un instant, conscient qu'il devait marcher sur des œufs :

— Je croyais qu'on avait convenu d'éviter les villes …

— Daniel et Teal'c sont épuisés, mordit-elle presque. On a tous besoin d'une douche et de repos. Ils doivent dormir au chaud la nuit prochaine.

La culpabilité s'enroulait autour d'elle, il pouvait la voir ramper en elle, comme un poison.

— Sam…

— Non.

Fin de la discussion. Il inspira et tout en cherchant à conserver lui-même le contrôle de son énervement, il commença à ranger les affaires. Elle fit de même dans son coin. Daniel ne quittait pas des yeux le fond de son bol de chocolat. Teal'c voulu aider mais Sam lui intima de rester tranquille, il ne discuta pas.

Il leur fallut deux bonnes heures pour retrouver la route. Sam avait d'autorité décidé de porter deux sacs, elle refusait que Teal'c porte quoi que ce soit. Jack n'avait pas cherché à l'en dissuader, se doutant que, premièrement, discuter avec elle dans cet état serait inutile et deuxième car il se doutait qu'à un moment ou à un autre il faudrait porter Daniel. Ce qui arriva au bout d'une grosse heure après que ce dernier se soit pris les pieds dans une racine et écorché les genoux. L'inquiétude de Sam gagna un degré supplémentaire dans la manœuvre.

— Je vais me charger du stop, restez dans le couvert du bois.

— Sam…

— Je suis la plus âgée de nous quatre, surveille les garçons.

Un vieux reste du colonel en lui fut piqué par le ton de Sam mais il s'efforça de passer outre :

— Physiquement tu es une ado de seize ans Sam. Tu penses vraiment que les gens qui vont s'arrêter en te voyant au bord de la route vont avoir de bonnes intentions ?

Ses yeux lançaient des éclairs mais, pour la première fois depuis longtemps, elle se rangea à son argument. Jack essaya de savourer le point gagné avec autant de retenue que possible mais aux vues de la manière dont le nez de Sam se retroussa il devina qu'il devait malgré tout afficher un petit sourire satisfait. Il se hâta de descendre le talus et se mis en position. Deux voitures passèrent sans un regard. La route n'était pas très fréquentée, ils en auraient pour un moment. Il repensa à la dernière fois qu'ils avaient fait ça. En 1969. Il envisagea un instant la « technique Teal'c » sur la prochaine voiture qui viendrait à passer, mais s'il ne faisait pas écraser, il n'était pas certain de survivre au savon que lui passerait Sam ensuite. 1969. C'était une bonne année et une bonne mission. Il se rappela qu'à l'époque aussi, au coin du feu, il avait songé, comme il l'avait fait dans la nuit, à une autre vie possible, loin de l'armée, avec Carter, dans l'éventualité où ils seraient restés coincés dans le temps. Il avait même un peu souhaité ne pas trouver de solution pour donner une chance à ce rêve. Mais Sam trouvait toujours des solutions, elle en avait trouvé à l'époque. Et maintenant ?

— On vous dépose quelque part ?

Jack, arraché à sa rêverie, contempla le van noir qui s'était arrêté au bord de la route. Il n'avait rien d'engageant mais il était discret et surtout conduit par un équipage étrange : une femme brune enjouée et une fillette d'une dizaine d'année aux long cheveux blonds et aux yeux noisette.

— Il va pleuvoir, vous devriez monter, insista la petite fille en le fixant.

Le cœur de Jack rata un battement, à la fois heureux, même s'il ne savait pas du tout pourquoi, et mal à l'aise. Derrière lui, Sam, Teal'c et Daniel sortaient de la forêt. Reprenant le contrôle de son corps, il fit glisser la porte arrière sur son rail et s'engouffra à la suite des autres. Il n'y avait pas de siège à l'arrière mais un tapis couvrait le sol et divers sacs occupaient l'espace, ils s'installèrent entre.

— Vous allez où ? demanda la femme en les regardant dans le rétroviseur.

— La prochaine ville, s'il vous plait, annonça Sam d'une voix qu'elle voulait neutre, mais Jack pouvait aussi dire qu'elle était troublée.

— Y en a pour une bonne heure de route, vous devriez vous reposer, vous avez l'air crevés. Il y a des couvertures et de la nourriture si vous voulez, servez-vous. N'hésitez pas à fouiller.

Comme l'avait annoncé la gamine, la pluie commença à ruisseler sur les vitres teintées

— Il était moins une ! commenta d'ailleurs cette dernière.

La conductrice éclata de rire et ses cheveux rassemblés en deux couettes de chaque côté de sa tête s'agitèrent en cadence :

— Je t'avais dit que c'était la bonne route.

La petite lui tapa sur le bras en fronçant les sourcils. Cette moue de reproche… Jack la connaissait, il en était persuadé. La femme ne lui disait rien mais l'enfant… l'enfant avait quelque chose de familier même s'il était persuadé de la rencontrer pour la première fois de sa vie. Il jeta un coup d'œil dans la direction de Sam mais elle était trop occupée à vérifier les constantes de Teal'c.

— Il est malade ? demanda la petite en se retournant dans leur direction.

— Ce n'est rien, éluda Sam, la mine fermée.

Cela confirmait les impressions de Jack, il y avait quelque chose de dérangeant chez cette enfant. Cette dernière fourra les mains dans la poche de son sweat et en tira un injecteur assez volumineux dont le réservoir était rempli d'un liquide ambré.

— Attrape ! lança-t-elle avec le flacon dans la direction de Sam qui rattrapa l'engin in extremis. Pour si le rien devient vraiment grave, ajouta-t-elle alors que le front de Sam se barrait d'une ride soucieuse.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Ça l'aidera. Mais avant tu devrais commencer par les antibiotiques.

Au ton employé, il était clair qu'il était inutile d'attendre plus d'explication. Jack n'aimait pas cela. Son instinct lui disait tout à la fois qu'il n'y avait pas danger et qu'il se jouait ici bien plus qu'un trajet en auto-stop.

— Qui êtes-vous ?

Dans le rétroviseur la femme au volant haussa un sourcil, un peu à la manière de Teal'c mais sa bouche riait jusque dans ses yeux. Elle regarda un instant l'enfant qui fit très discrètement « non » de la tête :

— Des amies. Considérez que nous sommes des amies.

— Nous ne vous ferons pas de mal, ajouta l'enfant, si c'est ce qui vous préoccupe.

— Vous n'êtes pas passées là au hasard n'est-ce pas ?

Cette fois la petite fille se retourna complètement sur son siège. Elle avait rabattu la capuche de son pull sur ses cheveux et les mèches qui dépassait encadrait son visage comme un soleil, à nouveau son cœur rata un battement :

— A ton avis ?

Il y avait des flammes, du défi et de la fougue dans ce regard, il l'avait déjà vu ailleurs. Carter. Le regard de Carter, dans des yeux noisette, mais c'était le regard de Sam. son cœur accéléra brutalement. Il se tourna vers cette dernière mais elle paraissait surtout perdue, faisant rouler suspicieusement le flacon dans ses mains. Il se retourna à nouveau vers l'enfant mais elle avait déjà repris sa place et fixait la route.

Le silence les accompagna vingt bonnes minutes avant de finalement être interrompu par la petite voix de Daniel :

— Faudrait que j'aille faire pipi !

— Encore !

Jack regretta sa réponse dans la minute. Daniel le regarda avec une petite moue triste derrière ses lunettes beaucoup trop grandes.

— Mooh laissa échapper la femme à l'avant alors qu'elle commençait déjà se garer.

La petite grogna entre ses dents.

— Mais quoi ? Qu'est-ce que tu veux que je fasse, reprit la femme, mini Daniel est beaucoup trop mignon !

— Arrête ! insista la petite, un peu plus sèchement mais toujours en essayant de chuchoter.

Elles prenaient un minimum de précaution pour ne pas être entendu mais c'était peine perdue.

Sam ouvrit la porte et Daniel sauta, s'éloignant en direction de la forêt. Jack ouvrit la bouche pour confronter le duo qui les avait pris en stop mais Sam le devança, posant une main sur son bras :

— Vous nous connaissez n'est-ce pas ?

La petite grimaça :

— En quelque sorte.

— Mais qui êtes…

Une fois encore Sam ne le laissa pas finir :

— Elles ne peuvent pas nous le dire, n'est-ce pas ?

L'enfant acquiesça.

— Répondez à une seule question alors, poursuivit Sam.

L'enfant la regarda avec une telle intensité que Jack en eut des frissons.

— Est-ce que ça va aller ?

Un sourire étira tendrement le visage de l'enfant soudain nostalgique :

— Oui. Maintenant oui, ça devrait. Vous devez juste encore comprendre certaines choses. Tous.

Daniel remonta à ce moment-là dans la camionnette, rompant l'instant.

— Vous devriez dormir, on vous déposera à l'hôtel, précisa la petite fille.

— La nourriture dans les sacs est pour vous, précisa la femme avec un clin d'œil.

Elle regarda dans ses rétros, enclencha le clignotant et s'engagea à nouveau sur la route.

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L'hôtel avait en effet connu des jours meilleurs. A l'extérieur de la ville, il donnait plus envie de fuir qu'autre chose. Jack se demanda un instant si c'était vraiment préférable à la forêt mais puisque leurs mystérieuses conductrices et Sam avaient l'air de le penser, il accepta de se ranger à leur idée. Il accompagna la femme à l'accueil où elle avait visiblement déjà réservé deux chambres communicantes sous un faux nom : Dorothy Murrey. Jack aurait volontiers éclaté de rire si ce choix n'indiquait pas clairement que, d'une façon ou d'une autre, leurs mystérieuses bienfaitrices les connaissaient vraiment bien.

Impression qui ne fit que croitre à mesure qu'ils prenait conscience du contenu des sacs qu'ils déchargeait de la voiture : frutloops, gelée, café, chocolat, leur marque préféré à chaque fois…plusieurs fois il avait surpris le regard de Sam allant de lui à la fillette et il se demanda à quelles conclusions elle était arrivée de son côté. La femme semblait de son côté avoir un attachement particulier à Daniel et s'extasiait de ses moindres paroles, soulignant à plusieurs reprise la beauté du dessin qu'il était en train de faire sur la petite table de la chambre pendant que Jack rangeait les provisions avec Sam. A plusieurs reprises elle caressa les cheveux de Daniel, d'un geste doux, et la tristesse que Jack vit dans ses yeux à ce moment-là lui serra le cœur. Cela ne le rassurait pas vraiment mais surtout il avait l'impression d'assister à quelque chose qui ne le regardait pas, comme un intru. La fillette elle, parlait avec Teal'c mais ils étaient trop loin pour que Sam ou lui entende quoi que ce soit.

La femme inspira brutalement en se redressant, mordant sa lèvre inférieure, elle essuya d'un geste rapide une larme au coin de ses yeux avant de frapper dans ses mains :

— Bon, je crois qu'il est temps d'y aller. Je pense que vous avez tout ce qu'il vous faut. La chambre est payée pour huit jours, on ne devrait pas vous poser de questions.

Huit jours. Cela laissait supposer que tout serait fini d'ici là. D'une façon ou d'une autre.

La fillette releva la tête en direction de Vala, acquiesça, attrapa le bras de Teal'c et s'inclina dans un salut à la manière Jaffa, avant de rejoindre l'entrée d'un pas léger :

— Les enfants, à plus tard ! lança-t-elle avant de fermer la porte.

Jack déglutit durement et fixa Sam, visiblement tout aussi déstabilisée que lui.

— Est-ce que la gentille dame va revenir ? demanda Daniel en relevant la tête de son dessin.

Jack remonta doucement les lunettes du petit garçon sur le haut de son nez :

— Je ne crois pas.

— C'est dommage, je l'aimais bien. Elle est gentille.

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Vala démarra le camion et s'enfonça dans le trafique, fort fluide, sans un mot. Elle avait le cœur gros, plus qu'elle n'était prête à l'avouer, même à elle-même. Machinalement elle fit glisser son pouce vers son annulaire à la recherche d'une alliance qu'elle ne trouva évidemment pas.

— On a été trop loin cette fois pas vrai ? demanda-t-elle finalement à sa compagne de voyage vu que cette dernière ne semblait pas tellement décidée à parler la première de ce fiasco.

— Je ne sais pas, concéda enfin la fillette après un moment.

— Ils vont forcément s'en souvenir cette fois non ?

— Pas nécessairement. Les paradoxes se règlent essentiellement d'eux-mêmes. Le plus souvent parce que le cerveau à tendance à occulter ce qu'il ne comprend pas ou du moins ce qui contrevient de façon trop importante avec ce qu'il conçoit comme des règles établies.

Vala lui lança un regard en coin tout en triturant d'une main la chaine qu'elle avait autour du cou :

— En gros ce que tu es en train de me dire c'est que « plus c'est gros, plus ça passe »

— Pas forcément, mais là en l'occurrence y a des chances. Rah je t'ai déjà dit de ne pas faire ça en conduisant ! Passe-moi ça !

Vala fit passer sa chaine par-dessus sa tête et la fillette lui arracha des mains, libérant d'un geste l'anneau que Vala s'empressa de repasser à son doigt. Elle se sentit immédiatement un peu mieux.

— Au pire, même s'ils comprennent…ça les aidera peut-être …pour le reste.

Grace paraissait vraiment soucieuse, Vala détestait ça, elle tenta, peut-être plus pour se convaincre elle-même qu'autre chose :

— Je suis sûre que ça va aller.

Grace releva les sourcils à la O'Neill, pas convaincue du tout :

— Ouai. On verra bien de toute façon.

Le doigt de Vala glissa sur son alliance :

— Il m'a fait tellement de peine.

— Je sais, répondit doucement Grace en regardant la route.

— J'aurais aimé pouvoir être là pour lui… pour le reste.

La main de Grace frôla la sienne sur le volant :

— Tu le seras. Plus tard.

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( à suivre)