Coucou ! Les fêtes de fin d'années approchent et j'espère que vous allez bien.

Voici la partie 10 ;)

Merci beaucoup pour votre implication autour de cette histoire, merci de venir lire, merci pour vos commentaires. Je suis contente que le petit passage de Grace ici aussi, vous ait plus.

Merci à Dana LMM et à Shippeusesamnjack pour leur soutien et leur amitié.

La vie étant mouvementée pour chacune d'entre nous et étant par ailleurs très à la bourre avec la publication de cette histoire (mille pardon), cette partie est publiée directement sans le retour de mes précieuses correctrices. Donc comme d'habitude toutes les erreurs sont les miennes et désolée si répétitions et imprécision de virgules il y a.

PS: l'univers Stargate ne m'appartient évidemment en rien. Ceci est écrit pour la passion et le divertissement ;)

Balises d'épisode: courant saison 5 avant Zenith

Références aux épisodes : 4x01: Small Victories / Victoires illusoires; 4x02: The Other Side / L'autre côté.

Autres références : Je mentionne une idée développée par Polrobine dans sa fanfic: Campfire Stories, Season Four concernant l'épisode 4x02. Si vous n'avez pas lu les séries Campfire de Polrobine et que vous pouvez lire en anglais, je ne saurais que trop vous conseiller de lire ces merveilles (et tout Polrobine d'ailleurs )

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Partie 10 :

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Jack aurait bien voulu avoir une conversation avec son second, ou plutôt avec Sam mais cette dernière s'éclipsa rapidement après le départ des inconnues sans même prendre la peine de prétexter quoi que ce soit, le laissant désœuvré dans la chambre miteuse. Elle semblait de plus en plus soucieuse, renfermée en elle-même. Ils avaient passé les cinq dernières années à pouvoir communiquer sans un mot. Mais à présent, là où avant un seul regard aurait suffi, il avait l'impression qu'une litanie entière ne suffirait pas. La Sam de seize ans était torturée, sauvage, apeurée aussi. Il n'eut pas vraiment le loisir de s'appesantir sur la situation car rapidement occuper Daniel s'avéra nécessaire. On n'enferme pas si facilement un enfant de huit ans dans une chambre d'hôtel.

— Je m'ennuie.

— Je sais Daniel, j'avais compris au bout de la troisième fois.

— Mais je m'ennuie.

Jack se passa une main sur le visage, glissant un regard vers Teal'c qui haussa un sourcil. Il n'y avait même pas de télé dans cette chambre.

— Lis un livre, proposa-t-il finalement.

Daniel soupira beaucoup trop fort pour un si petit gabarit :

— Mais ils sont tous ennuyeux !

Jack se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire. Si on lui avait dit qu'un jour il entendrait, de la bouche de Daniel, que les ouvrages de références que l'archéologue vénérait plus que n'importe quoi sur Terre, pouvaient être ennuyeux il n'y aurait jamais cru. Il regretta de ne pas avoir de quoi enregistrer l'enfant pour pouvoir la repasser à loisir à Daniel quand ils…. Jack déglutit durement. Une part de lui comptait encore sur le fait qu'ils allaient « redevenir comme avant » pourtant leur fuite signifiait à elle seule l'abandon de cette solution. Daniel ne serait peut-être plus jamais le Daniel qui avait été son meilleur ami mais ils allaient construire autre chose, n'est-ce pas ? Quelque chose de bien, quelque chose de mieux, ensemble. Tous les quatre. A supposer que Sam finisse un jour par rentrer. Il soupira, plus fort qu'il ne l'aurait voulu, les yeux de Daniel s'agrandirent derrière ses lunettes et se voilèrent :

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Jack s'empressa d'ébouriffer ses cheveux.

— Hé ! se plaignit le gamin. Je n'aime pas quand tu fais ça !

— Ah bon ? fit mine de s'étonner Jack.

— Elle rentre quand Sam ?

Si seulement je le savais…

Il éluda :

— Bientôt.

— D'accord.

L'enfant fit quelques pas dans la chambre, la traversant une première fois, puis une deuxième, en marche arrière puis en marche avant, puis en manipulant ses lunettes de façon potentiellement dangereuse pour la monture. Jack se passa une nouvelle fois la main sur le visage quand le petit garçon se planta encore devant lui, le visage à quelques centimètres du sien.

— Oui Daniel ?

— Je m'ennuie.

Un éclat de rire rauque s'éleva du deuxième lit individuel. Il se décala pour croiser le regard de Teal'c qui avait déjà repris son sérieux :

— Un commentaire Teal'c ?

— Pas du tout Jack.

— Tu ne m'aides pas beaucoup là !

Le jeune jaffa leva un sourcil :

— Il me semble que Sam a parlé de la nécessité pour chacun de nous de prendre une douche.

— Ah en voilà une bonne idée Teal'c !

Les yeux de Daniel étrécirent derrière ses verres :

— Je n'aime pas la douche ! hurla-t-il en se carapatant à l'autre bout de la chambre.

— Evidemment, soupira Jack.

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Jack se laissa tomber sur une chaise, la tête entre les mains. Il essayait de faire taire l'inquiétude qui grandissait en lui quant à l'absence de Carter en se concentrant sur son épuisement. Les enfants dormaient enfin. Il avait réussi à laver, nourrir et coucher Daniel, et aussi à rassasier Teal'c ce qui s'était avéré plus compliqué qu'il ne l'aurait pensé. Le Teal'c de dix ans n'avait rien à envier au Teal'c adulte quand aux quantités de nourriture dont il avait besoin. Alors certes, Jack les avait nourris majoritairement de lait et de céréales mais il avait fait avec les moyens du bord. Il se releva pour jeter les trois paquets vides à la poubelle et ranger le lait dans le mini frigo crasseux. Il hésita un instant à le nettoyer, mais avec quoi ? Daniel s'agita faisant tomber sa couverture. Jack le reborda machinalement. S'occuper de la version miniature de son meilleur ami n'était pas une mince à faire. « Mini Daniel » ne tenait pas en place et son exaltation n'avait d'égal que l'immense angoisse qui bouillait en lui en permanence. Il lui caressa affectueusement les cheveux, sans même y réfléchir et éloigna ses lunettes du rebord de la table de nuit où l'enfant les avait posées. Teal'c avait enfin trouvé comment « dormir comme un humain » ce qui, Jack l'espérait, constituait une bonne nouvelle. Un doute le saisit brutalement et il attrapa le flacon qui trainait sur la table pour en vérifier le niveau avant de constater soulagé que si, il avait bien fait prendre ses antibiotiques au jeune jaffa.

Il décala une nouvelle fois le rideau de la fenêtre pour fixer le parking désespérément vide. La lune, pourtant haute, peinait à traverser les nuages. Et toujours pas de Carter. Il se résigna à verrouiller la porte d'entrée et se traina dans la salle de bain.

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Jack s'enroula rapidement dans une serviette et traversa la chambre double pour retrouver celle où dormait les garçons. Le bruit ne venait pas de Daniel…

— Sam !

Assise sur une chaise, la tête basse et les bras ballant, une substance inidentifiable tâchait ses vêtements. De l'huile ? A ses pieds un sac en toile semblait contenir une variété de choses de formes diverses. Il ouvrit la bouche près à dissimuler son inquiétude sous une remontrance quand il aperçut son bras droit.

— Bon sang Carter, qu'est-ce que tu as fait ?

Elle leva vers lui un visage navré, ses yeux rouges ne pleuraient plus mais les larmes avaient tracé des sillon claires dans la poussière sur ses joues. Elle ouvrit la bouche à son tour mais aucun mot ne franchit ses lèvres. Il attrapa d'autorité sa main et la traina vers la salle de bain. En chemin elle trébucha sur le sac qui laissa échapper un bruit de casserole. Jack grimaça mais décida de s'occuper de ça plus tard. Le plus urgent pour l'instant restait de passer le bras de Carter sous l'eau froide même si vu les cloques qui le parsemaient déjà il était sans doute un peu trop tard.

— Mécanique ou chimique ? demanda-t-il quand même en ouvrant le robinet.

— Chaleur, hoqueta Carter.

— Bien.

Sans lâcher sa main il glissa son bras sous le filet d'eau et l'y maintient en place d'autorité même si Carter ne semblait pas vouloir y opposer de résistance.

— Reste comme ça, je vais chercher une serviette propre.

Elle acquiesça doucement et il se glissa dans la chambre inoccupée, enfilant un caleçon et un t-shirt par la même occasion. Avec mille précautions il sécha et emballa le bras de Carter. Une fois nettoyée la brulure semblait finalement moins moche qu'à première vue, enfin une bonne nouvelle. Il guida Carter, toujours muette et tremblante jusqu'au lit et c'est quand il l'assit dessus que l'évidence le frappa comme une mauvaise balle au baseball : il avait installé les garçons dans les lits simples, il ne restait plus que le lit double… pour eux deux…

Cliché et malaise. Par sainte Anna.

Il aurait pu installer les garçons ensemble dans le lit double ! Où même y dormir avec Daniel et laisser un lit simple à Sam, ou lui laisser le double avec Daniel… Ils avaient déjà tous dormi les uns avec les autres, et il avait dormi avec Sam pas plus tard que la nuit précédente mais dans un lit…cette simple idée lui retournait les entrailles et il préférait éviter de se demander pourquoi. Tant pis il dormirait par terre, dans l'autre chambre, sur la carpette entre les lits simples. Oui voilà ! Fixant son bras enroulé dans une serviette à peu près blanche mais visiblement propre, Sam ne bougeait toujours pas et semblait bien ignorante des préoccupations nouvelles que la nuit et ces histoires de lits avaient suscitées chez Jack. Pour penser à autre chose il alla récupérer le sac en tentant de faire le moins de bruit possible. Heureusement Daniel avait malgré tout le sommeil lourd. La respiration de Teal'c se modifia légèrement, indiquant à Jack tout ce qu'il avait besoin de savoir, mais le jeune jaffa feignit de continuer à dormir et Jack l'en remercia mentalement : un problème à la fois. Il ferma la porte de séparation.

— Qu'est-ce que c'est que ça ?

— Des pièces de voitures, renifla Sam.

Jack aurait voulu se frapper le front et se traiter d'idiot :

— Je le vois bien, ce que je veux savoir c'est ce que ça fait là Carter ?

Elle tressaillit sous son nom et lui-même grimaça. Ce ton c'était le ton du colonel O'Neill. Celui qu'il utilisait avec Carter, Carter son second, Carter adulte. Pas avec Sam. Ils n'en étaient plus là maintenant, Jack le savait, même si, pour être honnête, il ne savait pas où ils en étaient du coup.

— Je suis désolé, murmura-t-il en s'asseyant à côté d'elle . Je…

Elle secoua la tête :

— Non ce n'est rien. Vous avez raison mon colonel, je n'aurai…

Giflé par le titre, le cœur de Jack se contracta violement avant d'éclater en millier d'éclats tranchants. Il attrapa Sam par les épaules et la tourna vers lui :

— Ne fais pas ça Sam, s'il te plait.

Des larmes perlèrent aux coins des yeux de Sam qui agita ses cils pour les chasser. Jack déglutit. Il avait compris dès le premier jour que l'océan dans les yeux de Carter signerait un jour sa perdition. Mais il avait quand même pris la mer sur les eaux déchainées et le referait encore. Il força les mots à quitter ses lèvres :

— Plus jamais de « mon colonel » d'accord Carter ?

Elle renifla et un léger sourire étira ses lèvres :

— Plus de Carter alors.

Il grimaça :

— Ne me demandes pas d'entrée de jeu l'impossible.

Elle se détourna et pouffa. Jack se sentit un peu plus léger de voir que les vieilles ficelles marchaient toujours. Ou plutôt que les ficelles qui marchaient sur la Carter adulte fonctionnait aussi sur l'ado. Est-ce que ça en faisait de vielles ficelles ou de futures ficelles ? Sam le fixait maintenant les yeux écarquillés.

— J'ai encore une tête d'idiot, c'est ça ?

Elle piqua un phare et gloussa et Jack se rappela simultanément pourquoi ne pas avoir remis un pantalon et partager le lit de Carter étaient une mauvaise idée.

— Bon tu me racontes ? demanda-t-il en désignant le sac pour changer de sujet.

Le visage de Sam se referma immédiatement :

— Je n'ai pas réussi à réparer la voiture.

Sa voix se brisa sur la fin de la phrase et par réflexe, Jack passa son bras autour de ses épaules et la tira contre lui.

— Quelle voiture ?

— Celle de Siler.

Il se redressa sans pouvoir s'en empêcher et chercha son regard :

— Tu rigoles ? Elle est au moins à une journée de marche !

Elle mordit sa lèvre inférieure et l'éclat dans ses yeux sembla hésiter entre la contrition et le défis :

— Cinq heures à vélo.

La fatigue de la journée retomba sur les épaules de Jack :

— Sam…

— Je suis désolée.

— Et les pièces ?

— Pour réparer la voiture.

Il secoua la tête :

— Tu les a trouvées où ?

Elle laissa échapper un petit sifflement :

— J'ai fait des courses ? hésita-t-elle.

— Et tu as trouvé le vélo au même endroit ?

Elle grimaça. Son nez plissa et les sourcils s'arquèrent donnant à l'ensemble un air bien trop mignon pour que Jack y résiste longtemps. Un sourire étira ses lèvres et Sam se laissa tomber contre lui, nichant son nez contre sa clavicule avant de rire.

— D'ailleurs comment est-ce que tu es rentrée ? J'avais fermé à clef.

Sans relever son visage elle sortit ses outils de crochetage de sa poche gauche.

— J'aurais dû m'en douter, s'amusa Jack.

— Ça je sais encore faire…

Cette fois elle ne riait plus du tout. Elle avait parlé si bas que Jack doutait d'avoir réellement entendu et non deviné la fin de la phrase. La tristesse s'accumula dans le corps de Sam qui s'enfonça contre lui. On approchait du cœur du problème. Il attendit un instant et finalement posa la question qui lui brulait les lèvres depuis qu'il l'avait vu sur cette chaise :

— Comme tu t'ais fait ça Sam ?

Elle se serra un peu plus contre lui et les mèches blondes chatouillèrent son nez. Il déposa un baiser dessus et elle se détendit un peu.

— J'ai voulu réparer la voiture mais…

Elle trembla et s'écarta, il relâcha son étreinte. Des larmes trop longtemps contenues coulaient de nouveau sur ses joues :

— Non seulement j'ai échoué mais j'ai commis une erreur stupide !

— Et tu t'es brulée ?

Elle secoua vivement la tête.

D'une main il effleura sa joue et essuya une larme :

— Sam, ça arrive à tout le monde de…

— Pas à moi !

— Sam…

Elle enfouit son visage dans ses mains et sa voix lui parvint étouffée :

— Pas à celle que j'étais avant.

— Sam tu peux réapprendre la mécanique, comme le reste…

— Comme le reste hein !

Elle planta son regard d'acier dans le sien, le visage ravagé maintenant par la rage et par la terreur :

— Parlons-en du reste, et si j'oublie tout ? Si on oublie tout ?

Jack fronça les sourcils, il pensait qu'ils avaient déjà contourné ce problème :

— Tu as réappris la plus part de tes connaissances académiques Sam…

— Je ne parle pas de ça !

Sa voix accrocha dans les aigues comme un tissu qui se déchire contre un clou, déclenchant une douleur presque physique chez Jack.

— De quoi est-ce que tu parles alors ?

Les lèvres de Sam tremblaient sous ses yeux flous :

— Quasi tout ce qui fait ce que je suis, je l'ai vécu après mes seize ans Jack ! Regarde Daniel, il a déjà presque tout oublié ! Tu crois qu'il se souvient encore de la porte ? De qui il a été ? De qui nous avons été ? Et si oui, pour encore combien de temps à ton avis ? Demain quand il va se lever, est-ce que tu crois qu'il se souviendra encore du visage que tu avais il y un mois et demi ?

L'angoisse rattrapa Jack, glissant doucement en lui comme une berceuse glaciale mais il sentait bien que ce qui paniquait Sam ne tournait pas qu'autour de Daniel. Sa voix se brisa un peu plus alors qu'elle continuait :

— Est-ce qu'il se souviendra de Catherine ? Est-ce qu'il se souviendra de Sha're ? Et nous, de quoi on se souviendra ?

Plus encore que ses mots, les yeux de Carter frappèrent Jack comme un uppercut. Elle n'avait pas fini :

— Je ne veux pas oublier la porte, je ne veux pas oublier nos missions, je ne veux pas oublier les gens que nous avons rencontrés, ce que nous avons vécu …

Un nœud se forma au fond de la gorge de Jack et les yeux de Sam devenaient si clairs et miroitant qu'il s'attendait à y voir apparaitre son reflet d'une seconde à l'autre.

— Daniel, Teal'c…

Elle s'interrompit encore, sa poitrine se soulevait en bonds erratiques :

— Toi. Je ne veux pas oublier ce qu'on a vécu. Ce que j'ai ressenti….

Jack avait l'impression que l'air s'était brutalement raréfié. Sam n'était plus qu'une paire d'yeux et une voix qui le broyaient d'angoisse mais aussi le gardaient en vie.

— Nous.

A peine audible, elle répéta :

— Je ne veux pas nous oublier.

Elle pencha sa tête sur le côté, la lèvre inférieure coincée entre ses dents et ses larmes redoublèrent. Comme ce jour-là. L'image de Sam, imminemment morte, coincée derrière le bouclier, flasha dans l'esprit de Jack et son cœur se serra si violement qu'il aurait eu peur d'une attaque s'il n'avait pas eu un corps de quinze ans. Elle le fixait avec les yeux du désespoir. C'était dit. Elle déposait à ses pieds son fardeau, ses angoisses et son cœur avec. Elle avait décidé de libérer ce qu'ils avaient soigneusement gardé enfermé jusque-là. Il ne pouvait pas l'obliger à revenir en arrière, il ne le voulait pas.

— Je ne veux pas non plus.

L'émotion et l'adolescence ne laissèrent aucune chance à sa voix de sonner correctement et le gargouillis qui sortis de sa bouche amena un peu de légèreté dans toute la tension accumulée.

— Je vais être obligé de muer à nouveau, c'est malin, grogna-t-il pour pousser l'avantage et agrandir le sourire naissant sur les lèvres de Carter.

Elle se laissa tomber dans ses bras et ses larmes se mêlèrent à ses rires contre son t-shirt. Il embrassa à nouveau ses cheveux et la serra aussi fort qu'il put. Rien ne pouvait être simple, jamais, visiblement. Ils avaient déjà tant donné, tant renoncé, tant perdu, ils avaient mérité cette autre vie ! Ils ne pouvaient pas perdre leurs souvenirs, pas ça en plus. Sam passa une jambe par-dessus les siennes et croisa ses bras derrière son dos pour se coller à lui et le serrer à son tour, malgré son bras. Il s'enroula autour d'elle et nicha son nez dans le creux de son cou. Cette odeur il la connaissait par cœur, il la captait toujours un peu par accident, un peu illicitement aussi en mission ou en briefing, quand il se tenait un tout petit peu plus près d'elle qu'il n'était censé le faire. Il refusait de l'oublier. Tout comme il refusait d'oublier le grain de sa peau quand il effleurait son poignet ou son visage d'une main. Ou le gout de sa peau contre ses lèvres là, en cet instant. Son sanglot les secoua tous les deux et il réalisa qu'il pleurait. Sam le serra plus fort encore. Il voulait que cet instant dure leur vie entière. Il voulait tout graver dans sa mémoire, pour qu'aucune machine ne puisse jamais le priver de ce souvenir. Il voulait rendre ce moment inaltérable, éternel… l'évidence le frappa soudain, Sam se tendit et s'écarta en fronçant les sourcils :

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Nous n'oublions rien de ce qui se passe après la machine n'est-ce pas ? Donc tout ce qu'on vit là…

Elle plissa le nez, puis ses yeux s'illuminèrent :

— Oui ! Et si l'on repense consciemment à tout ce que l'on a vécu avant…

— On devrait s'en souvenir, compléta Jack.

Elle le serra à nouveau, brièvement, de joie cette fois :

— Merci Jack !

Quand elle se recula, son visage passa à quelques centimètres du sien. La joie qu'il lu dessus fit bondir le cœur de Jack et il lui fallut toute sa volonté pour ne pas l'attraper et planter un baiser sur ses lèvres. Elle bondit sur ses pieds :

— Je prends une douche et on se raconte tout !

Il trébucha mentalement :

— Attends ! Quoi ? Qu'est-ce que tu entends par « on se raconte tout ? ».

Elle passa sa tête par l'embrasure de la porte de la salle de bain jusqu'à laquelle elle avait déjà sautillé :

— Ce sera plus efficace si on se raconte tous nos souvenirs ! Ça évitera d'en oublier certains !

Merveilleux…

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Jack frissonna et passa ses bras autour de ses jambes, le menton posé sur les genoux. Déjà quatre heures qu'ils repassaient par le menu toutes les missions qu'ils avaient vécues ensemble. Quand elle était sortie de la douche, Sam s'était d'autorité installée dans le lit et enfouit sous les couvertures. Jack avait essayé d'ignorer qu'elle portait seulement ses sous-vêtements et un de ses t-shirt de l'académie. Pas à elle, mais à lui, le t-shirt. Il en avait bien remarqué la disparition il y a presque un an, mais, même si l'idée lui avait traversé l'esprit il n'était pas allé jusqu'à y accorder du crédit, à tort visiblement : mystère résolu : Sam était une chapardeuse.

— Tu devrais venir sous les couvertures. Je crois qu'ils coupent le chauffage au cœur de la nuit.

Elle avait raison, évidemment, comme toujours…

Il secoua la tête. Elle grimaça :

— Il y a un problème ?

Un problème ? Ah, ah, un problème …

Elle haussa les épaules faisant onduler les couvertures :

— On a déjà été couchés l'un à coté de l'autre, plus d'une fois, insista-t-elle.

Là-dessus aussi elle avait raison. Mais là ils n'étaient pas hors monde, ils n'étaient pas sous une tente, pas au travail, pas habillés, pas adultes…

Elle fronça les sourcils, plissa les lèvres et souffla brutalement par le nez en ouvrant en grand les couvertures avant de s'assoir dans la même position que lui, le défiant du regard :

— Très bien, alors nous aurons froids tous les deux.

— Tu es impossible Carter.

— Merci !

Jack essaya, vainement, de fixer son regard à un endroit approprié, mais le sourire éclatant de Carter lui retournait le ventre, ses yeux accéléraient son cœur et ses jambes…seigneur, ses jambes ! Alors qu'elle détaillait avec une quantité invraisemblable de grimaces le gout de la nourriture asgarde que Thor lui avait proposée avant qu'elle en vienne à suggérer de sacrifier le O'Neill, ses lèvres devinrent progressivement de plus en plus claires, côtoyant bientôt le bleu et sa peau, perlée de chair de poule frissonna violement.

— Retourne sous cette fichue couette Carter !

Elle claqua des dents :

— Pas question.

— Sam…

Elle serra ses bras contre sa poitrine, frottant ses mains sur ses avant-bras et le feu brula dans ses yeux même si sa mâchoire tremblait toujours :

— Pas toute seule.

Il était perdu. Déjà vaincu. Il l'était depuis le début de toute façon. Samantha Carter était plus têtue qu'une mule, et à seize ans encore plus peut-être. Et elle obtenait toujours ce qu'elle voulait. De lui encore plus peut-être. Il céda :

— D'accord, pousse-toi.

Sur le côté, face à elle, son corps beaucoup trop près du sien, quasiment recouvert par les couvertures douces et moelleuses, enivré par la chaleur et l'odeur de Sam, Jack essaya d'ignorer comment le souffle de Carter caressait sa peau à chaque fois qu'elle lui parlait :

— J'ai eu tellement peur qu'on arrive trop tard, murmura-t-elle la gorge un peu serrée. Quand j'en ai parlé à Daniel il m'a dit que ça ne s'était joué qu'à une fraction de seconde.

La langue de Sam effleura ses lèvres et elle en mordilla le coin. Elle avait replié son bras sous son oreiller, ignorant visiblement la douleur de sa brulure, et le fixait intensément.

— Qu'est-ce que tu as ressenti ? insista-t-elle.

Jack eut un instant de flottement, il n'était pas certain de parler la même langue que Carter, elle parlait oui, des mots sortaient de ses lèvres dont il ne pouvait détacher le regard, mais plus rien ne s'assemblait correctement dans son esprit. Il se força à se reconcentrer : le sous-marin, les réplicateurs, les torpilles.

— J'ai vraiment cru qu'on allait y passer cette fois…

Elle lui sourit doucement et il hésita…il se souvenait parfaitement de ce moment, s'en souvenir maintenant serait sans doute suffisant pour ne pas l'oublier, Carter n'avait pas besoin de le savoir …mais en même temps en commençant ils s'étaient promis de tout se dire, il inspira un grand coup :

— Toi. Quand la torpille a frappé la coque, j'ai pensé à toi. J'étais rassuré de te savoir avec Thor, je me suis dit que lui au moins pourrait te protéger, même si on échouait, même si ces trucs infestaient la Terre, même si je mourrais, là, dans ce cercueil, sous la flotte, cerné de crabes, tu étais sans doute dans les d'un endroit le plus sûr de cette galaxie. J'ai pensé à toi. Je voulais mourir en pensant à toi.

Sam déglutit de façon audible et Jack se dit qu'il avait sans doute été trop loin. Il gigota un peu :

— Bon, mission suivante.

Une expression qu'il ne sut pas comment déchiffrer traversa le visage de Sam et le mit mal à l'aise. Leur nouvelle condition lui faisait perdre tous ses repères. C'était sans doute ce qu'il lui faisait le plus mal et le plus peur dans cette histoire : perdre ce lien invisible, cette communication silencieuse quasi magique qu'ils avaient mis en place instinctivement.

— Euronda, articula-t-elle doucement.

Et merde. Ça expliquait facilement la tête de Carter. Un dégout physique des Eurondiens et de leur politique mais aussi de lui-même, de ce qu'ils avaient failli faire, de ce qu'il avait fait lui, secoua le corps de Jack et l'amertume emplit sa bouche.

— Carter…Pour Alar…

— Vous avez eu raison.

Vous.

— Mais à l'époque vous…

— C'était un monstre.

— Ce n'était pas à moi d'en juger.

Elle accrocha son regard :

— Non, mais vous avez fait ce qui devait être fait.

— Ce n'est pas ce que tu as pensé à l'époque.

— Non, concéda-t-elle. J'ai eu peur.

Jack détourna les yeux :

— De moi… J'ai longtemps regretté de t'avoir montré cette partie noire de moi…

— Je ne l'ai jamais ignorée, tout comme tu n'ignores pas la mienne.

— Sam…

— Aucune des facettes de toi ne m'a jamais effrayée.

Le ton qu'elle employa sonna comme un serment.

— Je n'ai pas eu peur de toi, ni là, ni jamais, insista-t-elle.

Il releva les yeux vers elle, complètement perdu :

— Mais…

— J'ai eu peur d'avoir un jour à être à ta place, dans la même situation, j'ai surtout eu peur de ne pas être capable de ce que tu as fait ce jour-là.

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— Comment ça, « on a absolument aucune idée d'où ils sont » ?

Le poing de Jacob heurta si violement la table que cette dernière bascula, Hammond sursauta et Selmak vérifia pour le principe l'intégrité des os de la main de son hôte.

Calme-toi, souffla-t-elle, vainement dans son esprit, pour la cinquième fois.

— Jacob…

— Je croyais qu'il y avait des gardes en permanence pour les surveiller !

Le pauvre Georges eut un geste las de la main :

— Ils ont déjoué les surveillances.

— Déjoué les surveillances ! Déjoué les surveillances ! répéta Jacob plus acide que jamais. On est sur une base militaire Georges bon sang ! Pire on est censé être sur la base la plus secrète et la plus sécurisée de ce fichu pays, si ce n'est de cette fichue planète, et tu vas me dire qu'une bande de gamins peut s'en enfuir comme ça !

Jacob arpentait la salle, il leva le bras à l'approche du mur, cette fois Selmak bloqua le geste et son hôte hurla dans son esprit, redoublant de virulence.

N'y songe même pas, conseilla le plus posément qu'elle put Selmak.

Ce n'est pas le moment d'interférer.

Ou sinon quoi ? tempêta Selmak. J'estime que je te laisse déjà très largement exprimer librement ta colère là…

Elle avait rarement ressenti Jacob aussi en colère :

Oh madame estime faire preuve de bonté en me laisser ma liberté d'agir ? Pourquoi, au fond de toi qu'est-ce que tu veux faire ?

Jacob…

Reprendre le dessus ? Ne plus me laisser le contrôle de mon propre corps ? Comme un goa'uld ?

Jacob !

Il allait trop loin, beaucoup trois loin, mais elle avait plus de mille ans, elle était la plus veille des deux, c'était à elle de se maitriser, de refuser de participer à cette escalade. Elle y employa toute sa volonté et relâcha complètement toute son implication dans la gestion du corps. Jacob flancha légèrement, assez pour inquiéter Hammond qui décidément le connaissait très bien.

— Jacob, est-ce que ça va ? demanda le brave général.

— Oui ! grogna hargneusement Jacob, en prenant brièvement appui sur le mur avant de reprendre sa marche rageuse. Explique-moi plutôt comment ils ont pu quitter cette fichue base !

— Jacob, tenta une nouvelle fois Georges, tu sais comment est Sam…

— Justement on parle de ma fille là, Georges ! Ça aurait dû être anticipé, bon sang !

Arrivée à l'autre bout de la pièce il leva le poing et Selmak prit sur elle de ne pas intervenir :

Tu veux te faire du mal ? Eh bien vas-y, allez ! Comment appelez-vous ça sur Terre déjà ? Ah oui je sais ! La fracture du con ! Je te préviens ne compte pas sur moi pour réparer tes os, ils le feront tout seul à l'ancienne ! Je ne voudrais surtout pas prendre le risque d'agir comme un goa'uld !

Un peu de culpabilité suinta de l'esprit de Jacob et Selmak essaya de ne pas savourer trop ouvertement ce point gagné.

— Je suis vraiment désolée Jacob, reprit Hammond. Je suis tout aussi inquiet que toi pour les enfants. Tout le monde est à leur recherche on va les retrouver.

Enfin la colère reflua dans le corps de Jacob et la peur prit le dessus, Selmak laissa faire mais vint se lover très lentement, hésitante, autour de l'esprit de son hôte, compatissante. Il tira une chaise et se laissa tomber dessus, soudain très las :

— Comme tu l'as dit c'est Sam. Et Jack. S'ils ne veulent pas qu'on les retrouve, on ne le retrouvera pas.

Georges tendit le bras et serra la main de son ami :

— Si les choses tournent mal ils nous contacteront. Ils savent qu'ils peuvent compter sur nous.

Jacob baissa la tête :

— Pas Sam. Pas à seize ans.

Un éclair les aveugla brièvement. Thor se tenait à présent dans un coin de la pièce :

— Général Hammond, vous avez sollicité l'assistance des Asgard ?

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(A suivre)