TW : Description d'une morte violente.


Chapitre deux : Vagues contraires


–Millicent ? appella Edward en hissant le cou. Là. Tracey ? Là aussi... Où est Pansy ?

Une petite voix lui répondit sur sa droite et il cocha à côté de son nom. Pour finir, il vit Daphnée, cocha son nom, et enroula son parchemin avant de le faire léviter jusqu'au tas de fiches d'appel entreposées plus loin pour les professeurs.

L'école connut en tout et pour tout sept jours sans incident avant qu'un nouveau drame d'une tout autre ampleur secoue la sécurité du château. L'incident eut lieu dans la nuit du mercredi au jeudi, lors de laquelle toutes les alarmes se mirent à hurler à l'unisson. Les préfets furent tirés du lit par leurs directeurs de maison, entraînés dans les cachots et chargés de guider de pauvres Serpentards trempés et traumatisés à l'infirmerie en attendant que les elfes de maisons préparent de nouveaux dortoirs.

La malédiction du lac noir avait encore frappé. La salle commune des Serpentards en avait fait les frais, étant donné que leurs fenêtres donnaient sur les profondeurs du lac.

– Que s'est-il passé ? demanda Edward en frottant amicalement le dos trempé de Daphnée Greengrass avec une serviette.

Il avait été assigné au service des Serpentards de cinquième année qui étaient pelotonnés les uns contre les autres dans un coin de l'infirmerie. Elle n'avait jamais été aussi pleine que cette année. Plus loin, Pomfresh prenait soin des premières et secondes années en priorité, surtout pour faire taire leurs pleurs le plus rapidement possible. Ils étaient tous sous le choc après avoir évité la mort de peu.

–Je ne sais pas, renifla Daphnée en grelottant davantage.

–C'est allé beaucoup trop vite, renchérit Pansy, dont de la fumée sortait encore de ses oreilles après qu'elle ait bu de la Pimentine. On dormait tous tranquillement et tout à coup il y a eu... ce grand bruit. Et ces cris...

–C'était terrifiant, ajouta Tracey, le regard hanté. Le pire, c'est quand la vitre a éclaté. L'eau a tout englouti. Tout. Le courant a emporté nos lits... nos valises... nos meubles... Et les portes étaient coincées !

Daphnée éclata en sanglots contre l'épaule d'Edward. Il se tourna vers Blaise, qui paraissait en état de parler.

–On a entendu les cris de panique des filles quand on a commencé à fuir les dortoirs, ajouta le Serpentard en essuyant ses cheveux du coin de sa couverture. On a vite compris que la pression de l'eau les avait enfermés, alors on a fait exploser la porte. Ensuite c'est trop... flou. Tout le monde courait — ou plutôt nageait — vers la sortie. L'eau arrivait pratiquement jusqu'au plafond.

Ce souvenir suffit à faire craquer Tracey et Pansy à leur tour. Blaise, Théodore, Millicent, Vincent, Gregory et Draco pâlirent, comme s'ils se retenaient de les imiter. En y regardant de plus près, les garçons paraissaient verts. Cette vision accentua la culpabilité d'Edward. Tout était de sa faute. S'il n'en avait pas fait qu'à sa tête en portant le médaillon jour et nuit, il n'aurait pas eu à abandonner le Horcruxe dans le lac. L'extraire du lac était maintenant une priorité absolue avant de penser à autre chose. Il avait mis la vie de trop nombreux élèves en jeu.

–Votre attention, s'il vous plaît !

Le brouhaha mourut rapidement et toutes les têtes se tournèrent vers le milieu de l'infirmerie où Rogue était planté en chemise de nuit.

–Des chambres provisoires ont été préparées au sixième étage. Vous y serez amenés tour à tour par les préfets vous ayant été attribués. Vos affaires sont en cours de séchage et de réparation par les elfes de maison en ce moment même. Vous les récupérerez demain dans la journée.

Ensuite, il pria les préfets de le rejoindre pour discuter des instructions. Edward croisa Hermione et Ron, tous deux ayant été choisis pour s'occuper des plus jeunes. Padma lança un regard fatigué à Edward. Les préfets des autres maisons et années n'avaient pas meilleure mine et prirent leurs consignes avec soulagement lorsqu'ils comprirent que le calvaire prenait fin.

–Elric, le retint Rogue alors que les autres préfets s'en allaient rejoindre leurs groupes. Savez-vous où se trouve le professeur Dumbledore ?

–Pourquoi je le saurais ? répondit Edward, rendu agité par la mention du sorcier. Il n'est pas en train d'aider aux cachots ?

Rogue ne lui répondit pas et le fit disposer. Si le directeur faisait le mort pour ne pas avoir à révéler qu'il ne pouvait plus utiliser la magie, il était pire que ce qu'Edward avait imaginé. Une minuscule partie de lui ne pouvait s'y résoudre. Dumbledore n'était pas du genre à abandonner ses élèves dans une telle situation. Mais où était-il dans ce cas ?

Edward se reprit. Il avait plus urgent à faire que de s'interroger sur la disparition du directeur. Il guida le groupe de Serpentards à la suite des quatrièmes années dont Ernie McMillan prenait soin. Des pas précipités vinrent par-derrière et bientôt, Hannah Abbot vint se pencher à l'oreille d'Edward :

— Le professeur Rogue vient de dire qu'on va avoir besoin de notre aide pour l'inondation dès que tout le monde sera installé. Peux-tu faire passer le message, s'il te plaît ?

La Poufsouffle disparut chez les sixièmes années qui les suivaient. Edward transmit l'information et à son retour, Daphnée et Tracey se raccrochèrent à lui. Elles en profitaient peut-être un peu trop.

–Elric, héla Malefoy tout à coup sur sa gauche. Quand est-ce que l'on pourra envoyer des hiboux ?

–Pas tout de suite, indiqua Edward en essayant de garder un visage neutre malgré l'identité de son interlocuteur. Les Aurors ne peuvent pas surveiller le courrier et réparer les dégâts aux cachots en même temps.

Son ton était peut-être un peu plus sec que ce qu'il avait prévu, mais au moins avait-il retenu son sarcasme derrière ses dents. Ça ne l'empêcha pas d'entendre la remarque désobligeante que Malefoy lâcha à propos de l'incapacité de Dumbledore de tenir son école. Il aurait bien voulu défendre le directeur, mais ça aurait été hypocrite de sa part. Donc il continua à suivre les instructions sans rechigner, aidant à rassurer les rescapés, à les installer dans des draps chauffés par les bons soins des elfes de maison puis à leur donner quelques instructions pour le lendemain matin.

Une fois son groupe prêt à dormir (s'ils avaient de la chance), il rejoignit le point de rendez-vous des préfets dans un couloir proche des sept dortoirs d'appoint. Deux préfets de Poufsouffle avaient déjà terminé, et il ne leur fallut pas attendre plus de deux minutes avant que Padma et Ernie les rejoignent. Hermione et Ron furent les plus longs, ayant dû réconforter les élèves les moins âgés. Ensemble, ils prirent la route des cachots, bâillant en chœur à chaque étage descendu.

– Ils sont sacrément secoués, lâcha Ron en s'étirant. J'ai pas tout bien compris.

– C'était les sirènes et les selkies, expliqua le préfet Poufsouffle de sixième année. Ils ont foncé sur les vitres jusqu'à les briser. On a eu vraiment beaucoup de chance que la salle commune ait été vide... Sinon on aurait eu des morts sur les bras.

Edward déglutit avec peine. Il avait une sacrée chance d'être en vie après l'avoir portée tout ce temps. Ce médaillon représentait un trop grand danger.

Arrivés au rez-de-chaussée, ils pataugeaient déjà dans l'eau et la vase. C'était comme si le lac avait essayé de se vider intégralement à l'intérieur du château. Le professeur Chourave les accueillit chaleureusement, les félicitant et les remerciant pour leur aide. Elle s'excusa d'avoir à les garder éveillés plus de temps que prévu et les pressa de la suivre vers le lieu du désastre, qui était déjà surpeuplé d'Auror, de professeurs et des préfets les plus expérimentés. Dumbledore n'était pas en vue.

– Il nous faut toute l'aide disponible pour repousser les êtres de l'eau, expliqua-t-elle, le visage rougi par l'effort alors qu'elle marchait à allure soutenue.

Les escaliers menant aux cachots étaient couverts d'algues, de débris et de cadavres de poissons. L'odeur épouvantable les prit à la gorge et Edward entendit quelqu'un vomir derrière lui. L'air nauséabond était pire que tout. Même les cris stridents des sirènes à quelques salles de là n'étaient rien comparé à ça. Enfin c'était ce qu'Edward en comprit aux visages crispés de dégoût plus que d'inconfort des autres préfets, car lui n'entendait pas les cris. Ce qui n'était pas mieux.

Là où ils n'entendaient que d'horribles cris incompréhensibles, Edward entendait des hurlements d'agonie et des suppliques.

Ils pénétrèrent dans la salle commune des Serpentards où les jets de lumière fusaient pour ligoter les corps agités de spasmes des créatures. Le spectacle était immonde, quel que soit le sens utilisé. Les odeurs de poisson pourri qui pénétrait jusque dans la bouche... les cadavres et morceaux de chair et d'écailles collants sous leurs pieds... les cris bestiaux de souffrance... la vue des sirènes et selkies en souffrance... Leurs branchies s'ouvraient et se fermaient de façon erratique, à la recherche d'eau. Mais l'accès au lac avait été condamné par transfiguration de nouveau murs à la place des baies vitrées.

Chourave leur distribua des cache-oreilles. Hagrid et Gobe-Planche arrivèrent avec un brancard qui avait visiblement déjà été utilisé pour transporter des corps blessés de créatures aquatiques. Une quantité abondante de sang épais et gluant coulait des bottes du garde-chasse et de sa collègue.

– Par ici ! héla Flitwick, en proie à une grande difficulté à immobiliser un selkie. Les sortilèges glissent sur leurs écailles, il va falloir s'y mettre à plusieurs. Attention aux tridents !

Quatre préfets se joignirent à lui. Trois autres prêtèrent main-forte à Vector et Bibine. Cinq se chargèrent d'une merrow paniquée dans les escaliers menant aux dortoirs des filles. Au milieu de l'agitation, personne ne fit réellement attention à l'inaction de l'un d'entre eux. Figé sur place, Edward ne pensait plus correctement. Il voyait les selkies se débattre hargneusement dans la mort, les sirènes supplier d'être épargnées...

Alors il l'entendit.

Grand frère ! Grand frère ! À l'aide ! Quelqu'un ! Maman !

La voix d'un enfant.

Instinctivement, il suivit le son déchirant, luttant contre la vase qui ralentissait sa pénible avancée, contre les débris barrant sa route, contre le poids cuisant de la terreur. Il n'était plus à Poudlard, il était de retour dans cette cave, à Resembool, et assistait à la disparition de son petit frère dans la transmutation humaine. S'il n'arrivait pas à temps, personne ne le sauverait à sa place. Il fallait qu'il l'atteigne.

Grand frère ! Supplia la voix avant de se briser.

Edward passa par-dessus les ruines d'une bibliothèque et poussa les fauteuils qui le séparaient d'un tas de verre. Les professeurs avaient dû les entasser sans remarquer le corps qu'ils recouvraient.

Dans un dernier sursaut, Edward atteignit l'amoncellement vaseux et ensanglanté. Quelques sorts de lévitation lui permirent d'y voir plus clair. Puis apparut le visage du jeune selkie. Un éclat conséquent de verre transperçait son abdomen de part en part.

Le visage de l'enfant se crispait tant de peur que de douleur. La vue de son sauveur lui fit lâcher un râle terrifié. Il se tortilla pour s'éloigner, mais ça ne fit qu'aggraver sa blessure béante.

N'aie pas peur, tenta de le rassurer Edward en s'agenouillant près de lui. N'aie pas peur... Je veux t'aider.

Grand frère ! cria le selkie en pleurant à grands sanglots. Grand...

Son sursaut entailla davantage sa plaie. Ses yeux se révulsèrent. Un filet de sang s'écoula du coin de sa bouche ouverte dans une prière muette. Il ne bougeait plus.

– À l'aide ! s'écria Edward. Aidez-moi !

Il passa son bras libre autour des frêles épaules du petit et le serra contre son torse. Du bout des doigts, il toucha les branchies immobiles. Trop tard.

– Non, non, non, non, non... C'est pas possible... C'est pas vrai... Non... Pas ça...

Il prit le selkie par le poignet pour le passer autour de son cou, l'attrapant dans le dos pour le redresser comme il le pouvait. La tête inerte tomba dans le creux de son épaule, aspergeant une partie de sa manche du liquide froid et épais. Il serra le corps brisé pour le soulever, déversant un flot d'organes dans l'eau pourpre.

Pétrifié de révulsion, Edward cessa tout mouvement.

Tout était de sa faute. Il avait le sang d'un innocent sur les mains.

– Edward !

Les pas lourds de Hagrid se rapprochèrent alors qu'il enjambait les débris pour le rejoindre. La haute silhouette projeta bientôt son ombre gigantesque sur Edward, courbé en deux sur le cadavre auquel il s'accrochait avec la force du désespoir. Hagrid s'adressa à lui, mais sa voix était si lointaine qu'il n'en comprit pas un mot. Deux grosses mains se posèrent sur ses épaules pour le forcer à se redresser.

– Non !

Il s'agrippa aux bras fins et glacés du selkie comme si sa vie en dépendait. Hagrid tira plus fort.

– Non ! Laissez-moi ! Lâchez-moi !

– Tu ne peux plus rien pour lui, Edward. Viens, je vais te faire sortir d'ici. Edward, je t'en prie.

Un bras puissant s'enroula autour de sa taille et le hissa sur ses jambes. Le selkie tomba face contre terre, son sang se répandant à grande vitesse. Edward se débattit de toutes ses forces, frappant des poings et des pieds. Rien n'y fit. Hagrid traversa la salle commune en le portant à bout de bras. Pour plus de sûreté, il s'éloigna le plus possible du couloir menant aux cachots, jusqu'à arriver là où le sol était propre et sec. Là, il permit aux pieds d'Edward de toucher terre, sans pour autant le lâcher.

– Que lui arrive-t-il ? demanda Hermione, qui avait assisté à leur sortie et les avait suivis par inquiétude. Il est blessé ?

– Non, murmura Edward en baissant les yeux.

– On doit y retourner pour aider les professeurs —

– A...

« Allez-y sans moi » aurait-il voulu dire. Les syllabes ne franchirent jamais ses lèvres. Il désigna le chemin par lequel ils étaient arrivés d'un faible mouvement de menton. Le message passa, pourtant ils ne le quittèrent pas. Il ferma les yeux de toutes ses forces en se laissant glisser le long du mur.

« Accepter le flux », se répétait-il comme un mantra. « Accepter le cycle », ajoutait-il en appuyant ses mains contre ses paupières. « La guerre implique des victimes », pensait-il en se remémorant les discours de Roy.

Rien de tout ça ne s'appliquait cette nuit. Il y avait une différence entre prendre une vie pour en protéger une autre et ce qui venait d'avoir lieu. Cette mort était inutile et cruelle. Comment l'accepter dans de telles conditions ? Se salir les mains sur-le-champ de bataille n'avait rien à voir avec le bain de sang barbare qu'il avait provoqué. Cet enfant était mort dans la terreur en appelant sa famille pour le sauver.

« Tout est de ma faute », aurait-il dû confesser.


PAR ORDRE DU MINISTÈRE DE LA MAGIE

L'accès au lac noir est interdit à tous les élèves jusqu'à décision contraire émanant des autorités compétentes. Des barrières magiques devront clôturer le périmètre du lac avec une distance minimale de onze mètres.

Signé : Pius Thickness, ministre de la Magie


Depuis deux jours, les experts agréés par le ministère de la Magie, les associations de défense des droits des populations aquatiques et les journalistes de la Gazette du Sorcier et des revues spécialisées dans les créatures magiques se disputaient les chambres libres à Pré-au-lard. Ils désiraient tous se trouver au plus près de l'action. Toute la journée, des déferlantes d'intrus harcelaient la direction et le personnel éducatif pour obtenir des informations de premier choix.

Malgré les précautions et les contrôles des Aurors, certains élèves réussirent à envoyer leurs témoignages à la presse et l'affaire fit scandale. Un grand nombre de parents retirèrent leurs enfants de l'école — majoritairement les Serpentards, mais également des autres maisons —, la Commission d'Examen des Créatures dangereuses fit pression auprès du ministère pour engager de vrais spécialistes capables de prendre soin du problème et le comité des parents d'élèves mit un point d'honneur à persuader les familles à faire rentrer les enfants à la maison.

Autant dire que le vendredi matin, la table des Serpentards s'était vidée aux trois quarts et l'atmosphère générale était à l'épuisement et au découragement. Les cours avaient été maintenus et grâce à un travail efficace, les cachots avaient été remis en parfait état. Les dortoirs des Serpentards restaient malgré tout condamnés.

L'humeur fut d'autant plus morose en ce vendredi matin lorsque la Gazette du Sorcier arriva avec la nouvelle macabre d'une troisième attaque de Détraqueurs sur des moldus. Le nombre des victimes ne faisait qu'augmenter chaque jour. La peur secouait la communauté magique dans ses moindres recoins. Personne n'était plus en sécurité nulle part, pas même à Poudlard. Les sorties à Pré-au-lard furent annulées jusqu'à nouvel ordre et remplacées par des cours supplémentaires ouverts à tous — professeurs compris — visant à enseigner le sortilège du Patronus.

– J'ai hâte de savoir le faire, dit Ron au milieu du petit-déjeuner. Celui de Harry est très beau.

La table des Gryffondors avait perdu quelques membres, dont Seamus et Dean, que leurs parents avaient retirés de l'école après l'attaque du calmar géant.

– Ça ne sert pas à « faire beau », rétorqua Hermione avec ressentiment. Ça sert à sauver des vies. Nous avons de la chance d'assister à de tels cours.

– Plus de chance que ces gens, marmonna Harry, les yeux fixés sur l'article. Il aurait suffi d'un seul sorcier pour leur sauver... Un seul... Je me demande ce qu'ils font... chez Sirius. C'est leur travail de participer à ce genre de choses.

– Ils ne peuvent pas être partout à la fois, répondit Ron.

– Ils n'ont l'air d'être nulle part, contredit Hermione soucieusement. Les Mangemorts gagnent du terrain et ça a presque l'air trop facile. Je ne parle même pas des mesures inutiles prises par le ministère !

– J'ai essayé d'arranger ça, expliqua Envy, faisant distraitement tourner sa fourchette entre ses doigts. Le gouvernement manque d'effectif et de moyens. Tout ce qu'on peut faire, c'est chercher les Mangemorts et les poursuivre. Les Aurors interrogent Yaxley... Mais il ne dit rien. Même avec du Veritaserum. À vrai dire, son cerveau a été tellement endommagé par le sortilège de torture qu'il n'arrive même plus à se rappeler de son propre nom. Il est devenu complètement dingue.

Neville s'excusa dans une profusion de bégaiement après avoir renversé sa coupe.

– C'est pas possible qu'ils n'arrivent à arrêter aucun Mangemort ! s'exclama Ron. On dirait presque qu'ils sont de leur côté !

Envy lança un regard d'avertissement au rouquin qui baissa d'un ton.

– Ils ne sont pas de leur côté, hein ?

– Tout est possible, rétorqua sèchement Envy. Au moins le MIAM est encore du bon côté de la barrière.

– Le Conseil...

– Ne parlons plus de ça. Quelqu'un a vu Ed ?

– Pas depuis jeudi matin, répondirent Ron et Hermione.

– Pas depuis mercredi soir, ajouta Harry pour sa part. Il n'est plus venu en cours depuis ce qu'il s'est passé. Vous pensez qu'on devrait aller voir à l'infirmerie ?

– Déjà vérifié, trancha Envy. Luna dit qu'il reste assis toute la journée dans la salle commune. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé là-bas, mais ça a dû tirer sur une corde vachement sensible. Si seulement Gladpy m'avait laissé y aller...

– T'as rien raté, lâcha Ron en secouant la tête. Ils étaient vraiment dégoûtants. Dire que j'ai dû en toucher un... Beurk ! Leurs cris étaient aussi moches que ceux de l'œuf d'or de Harry !

– C'était très triste, contredit Hermione, dont les yeux clignèrent plus vite. Ils souffraient et je crois qu'ils avaient peur.

– Je vois.

Ils dévisagèrent Envy sans comprendre ce qu'il « voyait ».

– N'empêche qu'il est sensible, ce nabot.

– Ça a dû lui rappeler de mauvais souvenirs, chuchota Hermione en se mordant la lèvre. Il avait un regard... hanté. Hagrid m'a dit qu'il avait trouvé le... corps d'un enfant selki. Ça a dû être difficile.

– Faut pas se mettre dans un état pareil pour ces choses !

– Ronald !

– Bah quoi ?

– N'as-tu donc pas la moindre compassion ?

– C'est eux qui ont attaqué les premiers !

La dispute entre Hermione et Ron escalada rapidement, obligeant Harry et Envy à se décaler de quelques places pour ne pas subir des dommages collatéraux. Sous l'éclairage du récit de Hermione, Envy comprit l'isolement d'Edward. Cet imbécile devait ruminer sa culpabilité, étant à l'origine de cette folie. S'il voulait le sortir de sa grotte de dépression et de dégoût envers sa mignonne -mais très chiante- petite personne, Envy avait besoin de se retrousser les manches.

– Je vais le ramener, annonça-t-il à Harry avant de s'éclipser avec Gladpy.

– Où allons-nous ? demanda l'Auror en le suivant dans le sens inverse de son premier cours.

– Sortir Ed de son placard.

– Qu... Pardon ?

Envy haussa un sourcil face aux yeux écarquillés de Gladpy.

– Qu'est-ce que j'ai dit ?

La sorcière leva les mains en signe de paix et sourit en coin. Il ne chercha pas à comprendre et courut dans les escaliers de la tour Serdaigle, essayant de ne pas bousculer les retardataires pour le petit-déjeuner. Après un cri du cœur pour qu'une élève sortant de la salle commune retienne la porte — répondre aux énigmes de la tête d'aigle n'était pas vraiment du goût de son humeur présente —, il déboula dans l'antre des Serdaigles. La pièce était vide à l'exception d'une silhouette familière courbée dans un fauteuil.

Envy le rejoignit et vint se percher sur son accoudoir en pesant sur le flanc de son ami.

– Eh ! s'indigna Edward en relevant la tête si vite qu'elle percuta le menton d'Envy.

Ils se séparèrent brusquement, chacun de plaignant de douleur en se frottant une future bosse. Dans la panique, le carnet sur lequel Edward était penché s'était échoué plus loin avec son crayon à papier.

– Qu'est-ce qui t'a pris ? Et qu'est-ce que tu fiches ici d'abord ? Gladpy est au courant au moins ?

– Merci de vous soucier de mon assentiment, répondit-elle en s'approchant pour ramasser le carnet. En ce qui concerne votre deuxième question, Envy nous a assigné la mission de vous « sortir du placard ».

– Me quoi ?! s'exclama Edward en rougissant des pieds à la tête.

– Mais qu'est-ce que j'ai dit de bizarre ! se défendit Envy, sincèrement perdu. Vous avez vraiment un problème !

– C'est toi qui as un problème !

– Pourquoi tu t'énerves ? J'étais censé venir t'arracher à ta dépression !

– Tu es déçu de ne pas me trouver au bord du suicide ? demanda Edward avec de gros yeux.

– Oui !

– T'es malade.

– Non c'est toi qui es malade ! Où t'étais passé hier ?

– Je méditais.

Edward récupéra son carnet qu'il rouvrit à la page qu'il rédigeait.

– T'as pas mieux à faire que méditer ?

– Je m'entraîne pour notre leçon de demain, soupira Edward. Au cas où ça t'échapperait, on ne sera plus à Poudlard l'an prochain et je ne tiens pas à ce que des Détraqueurs nous volent nos âmes. Alors j'étudie la théorie à fond et je relis mes anciennes notes du temps de l'évasion de Sirius. Je lui ai même demandé des conseils, et à Remus aussi. Tu me remercieras quand tu réussiras à le lancer.

– Donc tu es sérieux quand tu dis que tu n'étais pas en train de ruminer, comprit Envy en se sentant tout à coup ridicule et inutile.

– Ce n'est pas le premier enfant que j'ai vu mourir et ça se reproduira avant que la paix revienne. Je ne vais pas m'effondrer pendant cent sept ans. Sinon je ne pourrai pas empêcher les prochaines victimes.

– Ça, c'est mon nabot ! se réjouit Envy en le tapant sur l'épaule.

– Mon poumon, s'étrangla Edward en se massant.

– Mauviette.


Le lendemain matin, après le petit-déjeuner, la Grande Salle fut débarrassée des bancs et des tables pour dégager un espace nécessaire au cours supplémentaire de défense contre les forces du Mal. Edward ne serait pas surpris d'entendre que tous les élèves avaient décidé de participer. Les première et deuxième années furent pris en charge par le professeur Flitwick, les troisième et quatrième année par le professeur McGonagall, les cinquième et sixième par le professeur Rogue et — surprise — les septième année par Dumbledore en personne. C'était à se demander comment il pourrait enseigner un sortilège qu'il ne pouvait même plus lancer.

– Ne vous faites pas d'illusions, déclara Rogue. Peu d'entre vous réussiront à produire un Patronus corporel ayant un effet réellement dévastateur sur les Détraqueurs. Cependant, au bout de quelques leçons, vous serez capables d'au moins protéger votre âme le temps de prendre la fuite ou d'attendre l'intervention des secours. Ce qui est un privilège certain dont peu de sorciers et sorcières ont l'avantage...

Après ce préambule très encourageant, le professeur leur expliqua précisément la théorie derrière le sortilège. Ensuite, il leur fit répéter la formule plusieurs fois, jusqu'à ce qu'ils puissent tous la prononcer parfaitement. Ce détail réglé, il leur laissa cinq minutes pour chercher leur souvenir le plus heureux. Certains ne mirent pas plus de dix secondes à le trouver, alors qu'Edward cherchait encore lorsque les « Spero Patronum » se mirent à pleuvoir autour de lui,

Un cerf courut entre les Gryffondors de cinquième année, attirant de nombreux regards. Il disparut aussitôt, bien que personne n'ignorait l'identité du lanceur. Les camarades de classe à qui Harry avait montré son Patronus le fixèrent avec admiration et lui posèrent des tonnes de questions sous le regard acéré de Rogue.

– Spero Patronum ! lança Envy en donnant un furieux coup de baguette.

Une étincelle grise sortit puis s'essouffla tout aussi vite.

La séance fut très intensive. Pendant une heure et demie, toute la salle ne fut remplie que de formules dites ou criées avec frustration, alors que seulement quelques rares exceptions parvenaient à créer de petits nuages argentés. Ils étaient tous des élèves des années supérieures. Le seul en dessous de sixième année à connaître du succès avec le sortilège restait Harry, qui le connaissait déjà et aidait ses amis en leur donnant des conseils puisés dans son expérience personnelle. On sentait aisément l'influence de Remus Lupin dans sa manière de s'exprimer.

Edward et Envy profitèrent évidemment de cette aide bienvenue, agrémentée des résumés théoriques d'Edward et d'Hermione. Pour pallier leur problème technique quant à leur puissance partagée, Edward et Envy durent alterner leurs essais, ce qui ne facilitait pas la réussite. Si seulement ils ne partageaient pas la même Porte ! Tout avait été bien plus simple pendant la longue période qu'Envy avait passée sans baguette. Maintenant, ce frein s'était rappelé à eux au mauvais moment. Impossible de se concentrer comme il fallait dans ces conditions.

– Oh j'en ai ma claque, abandonna Envy en passant ses mains lasses dans ses cheveux. Vas-y toi.

– Ne baissez pas les bras, l'admonesta Gladpy sans quitter son livre des yeux. Vous y êtes presque.

– J'ai même pas fait un petit nuage !

– Changez de souvenir.

– J'ai pris le meilleur souvenir que j'ai jamais eu !

– Dans ce cas, vous n'êtes pas assez puissant.

Edward et Envy échangèrent une grimace. Ça ne faisait pas partie du plan.

– Vous savez le faire ? demanda Envy.

– Bien sûr.

– Vous pouvez nous faire une démonstration ?

Gladpy jaugea son petit public puis ferma son livre pour sortir sa baguette. Elle prononça distinctement la formule et un grand faisan argenté en jaillit. Il gambada autour de leurs jambes avant de plonger dans la baguette d'où il était apparu.

– C'est quoi votre souvenir ?

– Certainement pas votre indiscrétion.

– Roh allez, soyez sympa !

– Remettez-vous au travail, commanda-t-elle avant de replonger dans sa lecture apparemment passionnante.


Il fallut deux semaines de séances journalières intensives avec Gladpy chaque soir pour qu'ils parviennent à émettre des nuages argentés de taille honorable. Jamais en même temps, cela va de soi. Décembre arriva donc sur ce petit succès personnel, et avec lui approchèrent les vacances de fin d'année. Les élèves avaient hâte de quitter l'atmosphère étouffante de Poudlard et de retrouver leur famille, surtout pour s'assurer que tout allait bien.

Il n'y eut aucun autre incident impliquant le lac. Les experts n'avaient toujours aucune idée de ce qui avait influencé ces créatures à ce point, les journalistes s'étaient lassés et les associations écologiques avaient obtenu gain de cause et déménagé les êtres civilisés de l'eau.

Envy avait fouillé le lac désormais vide de ses ennemis naturels, il avait cherché sous tous les rochers, avait creusé le sable... Pas la moindre trace du médaillon. Edward se mit donc en tête de trouver un moyen efficace de le localiser précisément. Dumbledore ne le convoqua pas une seule fois. À part ça, rien de nouveau sous le soleil. Pas davantage du côté de McKollughan, qui épluchait les dizaines d'études du lac pour en apprendre plus sur la tentative de suicide de septembre. Un nouvel entretien était prévu pour l'après-midi, dès que le cours supplémentaire de DCFM serait terminé.

Edward arriva à celui-ci plein d'espoir en sa réussite. Les superviseurs patrouillaient déjà entre les groupes d'élèves. Les trois années supérieures ainsi que les quelques professeurs apprenant le sortilège comptaient une bonne moitié de réussite d'un Patronus corporel. Évidemment, ils le pratiquaient en sécurité et sans Détraqueur à proximité, mais c'était quand même la preuve qu'il y avait un espoir.

Envy et Edward étaient les derniers de la classe. Ce n'était pas une nouveauté pour le premier. Mais pour le second, la chute n'en était que plus rude. Il en vint même à menacer Envy de lui confisquer sa baguette s'il persistait à jouer avec quand Edward voulait s'exercer.

– Attention, le génie va faire un millième raté ! le railla Envy assez fort pour attirer l'attention des Gryffondors et des Serdaigles qui les entouraient.

Edward le dédaigna et ferma les yeux pour se concentrer. Envy se moqua de son expression concentrée.

Spero Patronum ! lui hurla Edward au visage.

Envy bondit en arrière. Une masse molle tomba du bout de la baguette et s'étala sur le sol avant de partir à toute vitesse entre les jambes des Serdaigles. La forme minuscule disparut bientôt de leur champ de vision, son parcours pouvant être suivi uniquement grâce aux exclamations surprises, amusées ou attendries des troisièmes années.

– Non, mais reviens ! se vexa Edward en remuant les bras dans tous les sens.

À sa « grande » surprise, son Patronus courut en sens inverse pour retourner à son maître. Armée de ses courtes pattes surexcitées, la créature vint se planter derrière les talons d'Edward. Hermione, Ron, Harry et Luna se penchèrent sur la petite forme.

– C'est... mignon, commenta Hermione, interloquée.

– C'est quoi, surtout ? répondit Ron.

– Ça ressemble à un lézard... Je crois, intervint Harry, incertain.

– C'est aussi petit et mignon qu'Ed ! s'enthousiasma Luna avec un sourire éblouissant.

Une veine pulsa sur la tempe d'Edward.

– Luna, tu te sentais vraiment obligée de le formuler comme ça ? grogna-t-il, d'un ton saccadé, les poings crispés le long de son corps. Lâchez-moi, il est très bien ce bestiau... Sérieux... On peut vraiment faire plus petit ? C'est du foutage de gueule.

Ses amis éclatèrent de rire, se moquant affectueusement des malheurs du Serdaigle. L'un d'eux pourtant ne prit pas part aux rires. Envy s'approcha timidement, tout au contraire du comportement moqueur qu'il avait montré plus tôt. Cette forme lui était trop familière. Mal à l'aise, il osa quand même se pencher pour observer l'animal de plus près. Il le reconnut et se redressa vivement, le visage et le cou rouges de confusion.

Edward remarqua sa réaction et pencha la tête sur le côté, le regard interrogateur. Puis ses yeux s'attardèrent sur son Patronus et examinèrent son espèce avec plus d'intérêt. Quand il reconnut le petit homonculus aux huit pattes, son visage prit la même teinte que celui d'Envy et ils firent leur possible pour ne surtout pas croiser le regard de l'autre. Edward fit disparaître le Patronus — à la grande déception de Ron qui riait à s'en décrocher la mâchoire — et l'anecdote fut racontée encore et encore jusqu'à la fin du cours et même après, pendant le déjeuner.

Heureusement, l'heure de retrouver McKollughan vint sauver Edward de l'humiliation.

Envy, lui, n'en était pas au bout de ses peines. Sa confusion avait laissé place à l'embarras et ça, ses « amis » l'avaient bien remarqué. Même lorsqu'ils s'installèrent à une table dans la bibliothèque pour réviser, ils continuèrent à le taquiner et à l'asticoter pour connaître la raison de sa gêne. Même Parvati et Lavande vinrent mettre leur grain de sel en s'incrustant dans leur groupe. Mais sans la motivation nécessaire au travail scolaire, elles se mirent en tête de torturer Envy capillairement en l'utilisant comme cobaye. Padma se joignit à elles un peu plus tard. La plupart de leurs expériences n'étaient pas très concluantes. Il tint bon et n'avoua rien, pas même sous la torture.

Lassées, elles préférèrent se mettre à partager des commérages. Hermione paraissait singulièrement agacée et gribouillait activement sur ses rouleaux de parchemin vierges. Harry et Ron, eux, s'y intéressèrent uniquement parce qu'il s'agissait d'excuse pour ne pas avoir à travailler.

– Au fait, où est Edward ? demanda Parvati en ne s'adressant à personne en particulier.

– Occupé.

Sans raison, elle poussa un soupir rêveur. Lavande et Padma arboraient le même air. Ni Harry ni Ron ne semblaient vouloir écouter la suite, au vu de la direction que prenait leur bavardage. Ils peinèrent à reprendre leur devoir de potion puis abdiquèrent et croisèrent les bras sur la table pour écouter d'une oreille distraite et surtout indifférente. Contrairement à Envy qui trouva le sujet très intéressant. Elles s'échangèrent quelques anciennes rumeurs sur le préfet des Serdaigles, arguant à quel point il était sûrement le garçon le plus populaire de l'école, et surtout à quel point il restait inaccessible.

Padma — que le trio de Gryffondors soupçonnait de garder une certaine amertume pour le vent qu'Edward lui avait mis — raconta avec une certaine réjouissance comment une septième année de leur maison — Holga Pafften — s'était déclarée à Edward et-

– Et ce n'est pas vos affaires, rétorqua Hermione, au-delà de l'agacement à ce stade. Il y a des gens qui sont ici pour travailler.

Autour de la table, ils jetèrent un regard circulaire à la bibliothèque. Elle était pleine à craquer d'élèves qui chahutaient et peu avaient des livres ouverts à proximité. À vrai dire, depuis les attaques, les professeurs avaient pris l'habitude de tous les parquer dans les mêmes salles surveillées pendant les pauses ou les week-ends, pour que les élèves puissent se voir entre différentes maisons. L'ambiance n'était donc pas du tout à l'étude. Mrs Pince n'avait même plus son mot à dire sur le bruit, bien qu'elle veille sur ses ouvrages avec autant de soin qu'auparavant.

Voyant que la rabat-joie était en sous-nombre, les trois commères reprirent leur récit.

– Il s'est passé quoi ensuite ? demanda Parvati.

– Il a rougi ! Il semblait complètement pris au dépourvu.

– Trop craquant !

– Il a accepté ? demanda Envy.

Hermione, Ron et Harry lui lancèrent des regards incrédules signifiant clairement : « Tu t'intéresses vraiment à ces machins ? ». Les jumelles et Lavande furent ravies de l'intérêt qu'il portait à leurs histoires. Padma secoua la tête en précisant même que le garçon s'était excusé auprès d'Holga après avoir refusé sa demande. Un débat sur les nombreuses relations avortées avant d'avoir pu naître s'ouvrit et leurs théories partirent sur la rumeur générale : Edward avait déjà quelqu'un dans sa vie.

– Eh, mais j'y pense ! s'exclama Lavande qui reçut un regard sévère de Hermione. Envy, toi tu dois être au courant de quelque chose. Vous êtes plutôt proches, non ?

Aussitôt les filles tournèrent leurs chaises dans sa direction pour le dévisager de leurs yeux brillants de fascination. Ron chuchota à l'oreille de Harry qui rit silencieusement. Apparemment, Hermione avait entendu ce qu'il avait dit et ça ne lui avait pas plu, car elle frappa le rouquin sur le dessus de la tête avec son grimoire de runes.

Envy réfléchit intensément à la question. Il y avait la petite Rockbell. Ils avaient sûrement eu une relation plus qu'amicale.

– Eh bien, commença Envy qui eut aussitôt l'attention pleine et entière des commères. Il y avait bien cette fille.

Loin de les satisfaire, sa réponse ne fit que les captiver davantage. Même Hermione et les deux garçons avaient tout à coup tendu l'oreille. Penchées sur le bout de leur chaise, les trois filles se dandinaient en quête de détails croustillants qu'elles ne mettraient pas longtemps à faire savoir nationalement au moins, sinon plus.

– Je ne la connaissais pas si bien que ça, dit-il en fouillant dans ses souvenirs.

– Oh non, tu ne peux pas t'arrêter comme ça ! l'encouragea Lavande. Ils sont sortis ensemble ?

– Pas eu le temps, répondit Envy évasivement. Il a été obligé de couper les ponts quand il est parti avec moi pour Poudlard.

Ensuite elles partirent dans un délire d'amour impossible avec une moldue. « Tellement romantique », répétaient-elles, avant d'arriver à la théorie qu'il avait décidé de lui rester fidèle pour toujours et que c'était ça l'explication de son célibat alors que la moitié des plus belles filles de l'école lui couraient après (en sachant que l'autre moitié avait jeté son dévolu sur Envy).

La discussion dérapa lorsque son principal sujet débarqua dans la bibliothèque. Edward zigzagua entre les tables surpeuplées après avoir aperçu les signes énergiques que les filles lui faisaient pour leur indiquer où le groupe était.

Son sac fit trembler la table sous son poids lorsqu'Edward l'y laissa tomber. Il s'affala dans une chaise entre Lavande et Envy, tout en sortant le même grimoire de runes qu'Hermione.

– Envy nous a révélé ton petit secret, chantonna Padma, avec un sourire amusé.

– Qu'est-ce que tu leur as encore raconté comme connerie ? maugréa Edward en relevant la tête, un peu effrayé.

– J'ai vaguement évoqué ta mécanicienne, c'est tout ! Elles voulaient savoir si tu avais une copine.

La bouche d'Edward s'abaissa. Envy regretta d'en avoir parlé.

– Winry n'était pas ma copine. On était amis, rien de plus.

– Oh oh oh, je crois que tu étais amoureux, claironna Parvati, rêvant d'en apprendre plus. Comment elle était ? Tu penses encore à elle ? Tu la reverras un jour ?

Envy regretta vraiment d'avoir vendu la mèche. Edward n'avait pas l'air très heureux.

– Je n'ai pas envie d'en parler.

Les filles insistèrent pendant une dizaine de minutes avant qu'Edward ne reparte sans un mot. Elles eurent la décence de paraître penaudes.

Envy regretta vraiment beaucoup sa bourde.