Chapitre six : Un scarabée dans la bergerie


Gazette du Sorcier, édition du 2 janvier 1996

« Suspicions sur Envy Serégo-Alighieri ! par Rita Skeeter.

Qui est réellement notre Serviteur suprême de la Sorcellerie ? Est-il le protecteur de la vérité et de la communauté magique sur qui nous pensions pouvoir nous reposer ? Le doute se renforce avec les dernières nouvelles provenant de sources sûres impliquées dans les enquêtes menées par le Maintien international de l'Association Magique sur le ministère de la Magie. D'après un récent rapport d'un témoin que nous nommerons Herbert par souci d'anonymat pour des raisons de sécurité évidentes, une prophétie impliquant Mr Serégo-Alighieri aurait vu le jour il y a une semaine, le liant intimement à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.

Quel est le contenu de cette prophétie ? Le mystère reste entier. Herbert affirme avoir été forcé au silence par son supérieur hiérarchique, qui agirait ainsi sous les ordres directs de Mr Serégo-Alighieri. Pour quelles sombres raisons un honnête sorcier userait-il de pression et de pots-de-vin dans une telle situation ? Car pots-de-vin y eut-il, nous confirme Herbert dans son témoignage poignant : « Ma supérieure m'a convoqué dans son bureau le lendemain matin de ma découverte de la prophétie. Elle m'a ordonné de ne parler de ce que j'avais vu à personne, ou les conséquences qui s'en suivraient seraient terribles pour ma carrière, mais pourraient également s'avérer dangereuses pour ma sécurité ainsi que celle de ma famille. Vous comprenez, j'ai une femme et une petite fille, j'ai pris peur. Pourtant, aujourd'hui je brise le silence. Ma conscience en tant que citoyen et que sorcier respectable me pousse à dire la vérité. Je sais pour les pots-de-vin, j'ai des noms, j'ai des preuves, mais je ne sais pas à qui faire confiance" »

Apeuré et faisant néanmoins preuve d'un courage sans égal, Herbert s'adressa directement à la rédaction de la Gazette du Sorcier pour clamer la vérité au plus grand nombre. Il accuse notamment sa supérieure directe, Mrs Augusta Bianpoch, directrice du Département des Mystères au ministère de la Magie d'avoir accepté un important pot-de-vin de la part de Mr Serégo-Alighieri en échange du silence sur cette prophétie incriminante.

Outre cette affaire qui fait grincer des dents par son caractère hautement malhonnête et suspicieux, elle soulève également de nombreux autres soupçons. En effet, nous ne manquerons pas de noter que l'apparition de cette prophétie n'arrive que peu de temps après la démission surprenante de l'ancien directeur de Poudlard, Albus Dumbledore, qui a récemment été vu en très mauvaise santé. Mourant, selon l'avis d'un médicomage réputé. Peut-on réellement penser à une coïncidence ? Ou est-ce là la preuve d'une supercherie nationale visant à sortir le puissant sorcier de la scène ?

Selon notre expert en arts divinatoires, la réanimation de cette prophétie ne peut qu'être un signe de mauvais augure : « Un jour le plus grand mage de tous les temps, protecteur de Poudlard, dernier obstacle contre la menace Mangemort, quitte le fort dans des circonstances suspectes. Le lendemain, Poudlard est laissé entre les mains d'Envy Serégo-Alighieri, qui n'a pas caché son ambition de contrôler l'école de sorcellerie depuis sa prise de poste en tant que Serviteur. À partir de ce fait avéré, il n'est pas compliqué de faire des liens des plus inquiétants. La démission du regretté Albus Dumbledore ne serait-elle pas orchestrée par Mr Serégo-Alighieri en personne afin de prendre le pouvoir qu'il convoite ? Il est temps que la communauté ouvre les yeux sur celui qu'elle croit être son sauveur. »

Certains pourraient ne voir que conjectures sans fondement dans ce témoignage, si ce n'est que fondement solide il y a. Outre l'absence remarquée d'Albus Dumbledore, ou son départ précipité inexpliqué, nous avons recueilli le témoignage d'un élève de Poudlard qui aurait entendu Mr Serégo-Alighieri annoncer d'un air goguenard peu avant le changement de direction, je cite : « Le vieux Dumbledore ne va pas rester longtemps sur son trône. Bientôt Poudlard sera enfin entre des mains compétentes » » Selon notre courageux témoin, il ne fait pas de doute qu'il se considère comme ces « mains compétentes » et la crainte de plusieurs de ses camarades ne fait que grimper.

Entre les murs de Poudlard, les rumeurs courent quant à l'implication d'Envy Serégo-Alighieri dans les fréquentes attaques prenant l'école pour cible. Selon un Auror sur place au moment des faits, un ami proche du sorcier suspect aurait plusieurs fois montré des signes de mauvais traitement. Selon un rapport caché du public, il aurait été à plusieurs reprises sous le sortilège Impardonnable de l'Imperium (pour lire le rapport en détail, voire photographie en page 2. Pour plus de détails sur ce sortilège interdit, voire note de l'auteur en bas de page) qui l'obligerait à mener ses basses besognes. Ce même proche a déjà prévenu le précédent directeur de l'école de la dangerosité d'Envy S.-Alighieri en disant, je cite : « Je vous avais prévenu qu'il pourrait être dangereux et vous avez accepté ce risque » » La terreur qu'il vit au quotidien l'a empêché de répondre à nos questions, de peur de représailles plus graves encore pour son intégrité physique et mentale.

Ce n'est pas la première fois qu'il est suspecté à raison d'actes violents. L'affaire de la Tour du Cauchemar laisse un cuisant souvenir d'une tentative de meurtre passée dont il s'est sorti indemne, suivie plusieurs mois plus tard par la scène de grande violence dont les élèves ont été témoins lors d'un dîner au cours duquel Mr Serégo-Alighieri tenta de tuer un suspect en fuite. Il a également failli tuer une dizaine de sorciers lors de la Coupe du Monde de Quidditch de l'an dernier.

Un fou dangereux vit parmi nos chères innocentes têtes blondes... »

Edward bondit hors de la Grande Salle, son exemplaire de la Gazette dans le poing, et espérant attraper Envy avant qu'il ne vienne prendre son petit-déjeuner en public sans savoir ce qui l'attendait. Par chance, il parvint à l'intercepter un couloir plus loin.

– On a un gros problème !

Gladpy et Envy le regardèrent sans comprendre tout en acceptant le journal qu'il leur tendit. Ils lurent l'article en blanchissant à vue d'œil.

– C'est un scandale, aboya Gladpy, le regard noir. La Gazette n'a pas le droit de diffamer un sorcier sans preuve. Ce n'est qu'un tas d'inepties.

– D'où sort Skeeter ? remarqua Envy quant à lui. Je croyais qu'Hermione l'avait sous contrôle. Elle ne prendrait jamais un si grand risque maintenant que j'ai les moyens de la faire arrêter d'un claquement de doigts.

– Justement, c'est ça notre problème, confirma Edward. Skeeter n'est plus effrayée par la divulgation de son « petit problème ». Soit parce qu'elle s'est fait des amis haut placés au ministère, donc chez les Mangemorts, soit parce qu'elle est sous la menace, et écrira tous les articles que l'Ordre Noir voudra contre toi.

– Si c'est le cas, les autorités pourront quand même la faire arrêter.

– Vous ne comprenez pas que c'est la pire chose qu'on puisse faire ? rétorqua Edward. Si Envy invoque le MIAM pour la faire arrêter, ça ne fera que donner plus de crédit à ses allégations. Elle le dépeint comme un tyran et le ministère ne fera rien pour l'arrêter puisqu'ils sont déjà tous de son côté. Et si le ministère cautionne ces articles ? La communauté va penser qu'ils sont vrais.

– C'est tellement gros, ça ne peut pas passer, dit Envy en fronçant les sourcils. Elle n'a que de faux témoignages, de faux experts, de fausses preuves.

– Tout est dans la manière de vendre son histoire. Il y a un fond de vérité. La prophétie existe et te lie à Voldemort, on a essayé de la garder secrète, même si c'était pour avoir une longueur d'avance sur l'Ordre Noir. En dénonçant Bianpoch, les Mangemorts ont une excuse pour la remplacer par l'un des leurs et prendre le contrôle des recherches de McKollughan, et d'avoir accès à la prophétie.

En même temps qu'il formulait son hypothèse à voix haute, Edward sentit un poids énorme écraser son estomac. Ce n'était vraiment pas le bon moment pour une attaque personnelle de cette envergure.

– Vous devriez annuler votre visite du Département des Mystères de tout à l'heure, conseilla Gladpy. Les rumeurs vont pleuvoir. Les gens vont croire que vous allez la récupérer pour la faire disparaître et nier les faits par la suite.

– Et si Ed a raison et que les Mangemorts en profitent pour la récupérer à notre place ? On ne peut pas se permettre d'attendre qu'il expédie Bianpoch on en sait où pour la remplacer par un de leurs sbires comme ils l'ont fait avec Bones et Yaxley. S'ils réussissent à se mettre McKollughan dans la poche, on ne peut pas le laisser approcher Ed en tête à tête pour continuer sa stupide enquête. On doit voir McKollughan aujourd'hui pour récupérer la prophétie avant qu'il change de camp et fasse tout pour nous empêcher de la prendre.

– Il faut que je contacte Xenophilius pour la contre-attaque médiatique avant que l'on parte pour le ministère, annonça Edward, déjà plongé dans ses plans alors qu'il prenait le chemin des chambres d'Envy, les deux autres sur les talons. Tu ne devrais pas donner de conférence de presse, ou ils vont te démonter et avec ton Vœu, tu ne pourras pas mentir à toutes leurs questions sensibles. Par contre, tu pourrais donner une interview à Xenophilius comme cet été avec Harry. On va démonter les arguments de Skeeter un par un.

– Il faut surtout que je répète que je suis prêt à tout pour détruire l'Ordre Noir. Un peu plus et elle me traite de Mangemort dans son torchon, grogna Envy.

Pressés d'en finir rapidement avant leur départ pour le ministère de la Magie, Envy et Edward passèrent plusieurs coups de cheminette pour discuter avec Caponsacchi, des représentants du MIAM et Xenophilius.


Quand vint l'heure de leur rendez-vous dans l'Atrium du ministère de la Magie, ils étaient confiants en leur riposte qui commencerait par un numéro spécial du Chicaneur le soir même pour réparer l'image abîmée d'Envy.

FLASH !

Edward se protégea les yeux lorsqu'un photographe prit un cliché dès leur atterrissage dans un sas de transplanage.

– C'est un cauchemar, grinça Envy entre ses dents alors qu'il prenait Edward par la cape pour le rapprocher de Gladpy. Manquait plus qu'une fuite monumentale pour couronner le tout.

Une équipe de police sorcière faisait barrage entre la horde de journalistes qui braillaient à tout va et les trois nouveaux arrivants, noyés dans une mer de flashs d'appareil photo. Quatre Aurors les escortèrent jusqu'aux ascenseurs, où ils s'enfermèrent rapidement, évitant les cris des journalistes échauffés.

En sécurité dans la cabine en direction du niveau neuf, ils se permirent de relâcher leur souffle.

– Qui est l'irresponsable qui a laissé ces journalistes envahir l'Atrium ? cracha Gladpy avec colère. Je n'ai jamais eu affaire à une brèche de sécurité pareille. Le ministère n'est pas un moulin moldu, par Merlin !

Ses collègues se concertèrent du regard, incertain quant à la réponse à donner à la sorcière. Tonks était parmi eux et se permit d'être leur porte-parole :

– Nous n'avons rien pu faire pour éviter les débordements. Il y a eu une faille dans le système et un agent de la brigade de police les a laissé entrer. Une enquête interne a été ouverte. Nous suspectons un opposant au Serviteur.

– Cette Skeeter n'a pas pu soulever autant de foule en à peine quelques heures. C'est impossible. Nous avons nous-mêmes reçu les nouvelles qu'une heure avant d'arriver ici.

– Il semblerait que toute cette mise en scène ait été orchestrée à l'avance, ajouta Tonks en lançant un regard de soutien à Envy. Ils savaient tous pour la visite d'Envy alors que nous avions gardé le plus grand secret.

– Quand le ministre compte-t-il réagir ? demanda Edward, mécontent.

– D'après son assistant personnel, le ministre est en déplacement aujourd'hui. L'Auror en chef Gurdjieff fait tout son possible pour endiguer les plaintes et les journalistes, mais nos effectifs sont tous sur le terrain pour lutter contre les attaques de Détraqueurs. Notre Département est livré à lui-même pour régler la crise.

– Où sont les agents du MIAM ? s'insurgea Envy en haussant le ton. Je leur ai donné pour mission de rester au ministère pour éviter ce genre de problèmes, il me semble !

– Ils sont partis dès la parution de l'article pour...

– Pour quoi faire ? Tonks !

La cabine s'arrêta brusquement et la voix désincarnée annonça le Département des Mystères. Ils sortirent de la cabine.

– Une réunion extraordinaire de la Confédération Internationale des Sorciers a été organisée en urgence pour débattre de votre cas.

– Je suis le Manitou suprême de la Confédération Internationale des Sorciers ! Je n'ai pas organisé cette assemblée ! Qui a donné les ordres ?

– Ce matin votre successeur a pris les rênes des équipes du MIAM et de la Confédération en tant que vice-Manitou. Il en a le droit si la situation l'exige, dans le cas de la mort du précédent Serviteur ou de la culpabilité de celui-ci dans une affaire judiciaire.

– Mon successeur au CIS ? Vous voulez dire Lucius Malefoy ?

Tonks hocha la tête. Envy perdit toute contenance.

– Tout le monde sait que Malefoy est un Mangemort ! Ils ne peuvent donc pas être si aveugles pour avaler ses mensonges au lieu de me croire moi ! Ne voient-ils pas que c'est un piège ? Du jour au lendemain, une journaliste sort cet article rempli de faux témoignages et de faux crimes, et Malefoy prend les commandes en une heure à peine ? Comme c'est pratique ! C'est tellement gros que même le plus idiot des sorciers verrait que c'est un coup monté !

– Ne paniquons pas, tenta Edward en lui attrapant le bras pour arrêter ses gesticulations. Tu ne peux rien faire pour empêcher cette assemblée, et même si tu décidais de t'y rendre pour les confronter, tu ne serais pas prêt à répondre à leurs accusations par des preuves de ton innocence. Ils ne peuvent pas te juger ni te radier sans ta présence, surtout en l'absence d'une vraie enquête.

– Il a raison, intervint Gladpy. Cet article et cette assemblée extraordinaire ne sont qu'un coup médiatique pour vous faire plonger auprès de l'opinion publique. Votre avenir dépend de votre capacité à garder la tête froide. Vous ne devez surtout pas tomber dans le piège et foncer tête baissée en disant des choses maladroites.

– Et si je ne peux pas prouver mon innocence ? Ils ont sûrement créé des preuves de toute pièce pour contrer toutes les miennes. Je ne peux pas prouver que je n'ai pas donné de pot-de-vin, je ne peux pas prouver que Dumbledore est parti de son plein gré, je ne peux même pas prouvé que cette fichue prophétie ne m'annonce pas comme le nouveau Seigneur des Ténèbres parce que pour ça, il faudrait que je divulgue son contenu au grand public et si mes théories sur ce qu'elle contient s'avéraient, le donner à l'ennemi serait le pire mouvement imaginable. Arrêtez-moi quand vous aurez compris l'idée !

Edward voyait un autre dilemme se profiler à l'horizon.

– Qui pourrait mener une enquête contre Envy ? Le MIAM est logiquement sous son influence, donc leur jugement serait forcément biaisé. C'est la même chose pour le Conseil de Sorcellerie Européenne.

– En théorie, Envy n'a qu'une vague influence sur le ministère de la Magie, informa Tonks. Le CIS va sûrement nous refiler le bébé, au Bureau des Aurors.

– En gros, mon avenir repose sur un service dans un gouvernement sous contrôle Mangemort.

Les trois Aurors — qui assistaient depuis le début à leur conversation silencieusement — ne parurent pas des plus heureux d'être traités de Mangemorts. Tonks remarqua leur inimitié flagrante pour la cause d'Envy et leur proposa de retourner aider aux étages supérieurs où une montagne de travail les attendait. Ils partirent sans un salut, disparaissant dans la cabine d'ascenseur grinçante.

– J'ai trop d'ennemis ici, siffla Envy quand ils ne furent plus que tous les quatre. Et pas assez d'alliés. Encore moins au Bureau des Aurors. Si Gurdjieff est nommé en charge de l'enquête, je donne pas cher de ma peau.

– On va trouver une solution, le rassura Tonks avec une confiance presque convaincante. Maintenant, il faut vraiment que vous rejoigniez McKollughan. Il a déjà été touché par le scandale avec l'arrestation de Bianpoch et il ne faut vraiment pas le faire attendre.

– Bianpoch a déjà été arrêtée ?

Tonks fit une grimace avant de leur faire signe d'avancer et de la laisser près de l'ascenseur. Gladpy les accompagna jusqu'à la porte noire et lisse au fond du couloir.

– Je ne peux pas vous accompagner plus loin. Faites attention à vous.

Envy entra sans toquer et Edward le suivit avant de fermer la porte. Ils s'arrêtèrent net en tombant dans une salle circulaire plongée dans l'obscurité. Des portes noires identiques s'alignaient tout autour d'eux, uniquement éclairées par des chandeliers à flamme bleue.

Un grondement sonore retentit et le mur circulaire se mit à tourner sur lui-même. Puis le silence revint tout aussi vite alors que le mur s'immobilisait. Une porte sur leur droite s'ouvrit sur le visage fatigué de McKollughan.

– Dépêchez-vous, s'il vous plaît. Nous n'avons pas de temps à perdre, les pressa le Langue de Plomb en disparaissant de l'autre côté de la porte.

Ils lui emboîtèrent le pas, longeant d'abord un couloir interminable rempli de bureaux vides puis pénétrèrent dans une vaste salle remplie d'immenses étagères sur lesquelles s'alignaient de petits globes de verre poussiéreux. McKollughan n'était plus devant eux.

Une main attrapa Edward par l'épaule et le força à avancer.

– Vous aviez raison, chuchota McKollughan d'un ton lugubre dans son oreille, juste assez fort pour qu'Envy l'entende lui aussi. Le ministère n'est plus un endroit sûr. Il est sous contrôle ennemi. Je vais vous aider à faire sortir la prophétie du Département.

Edward retint son souffle avant d'expirer sa réponse à voix tellement basse que ce fut un miracle que ces deux accompagnateurs l'entendent.

– D'où vient ce changement d'avis ?

– Herbert. Son vrai nom est Alexander. Il était mon collègue et celui qui a trouvé la prophétie. Hier soir, il m'a demandé mon aide parce qu'il a été abordé par Skeeter. Elle a posé des questions, et il a compris que des personnes mal intentionnées l'avait enrôlé pour obtenir la prophétie et vous mettre hors d'état de nuire. Il a tout de suite su que quelque chose de grave se tramait.

– Où est-il ? Il pourrait témoigner en ma faveur, murmura Envy avec espoir.

– Il a disparu cette nuit. Je crains que les Mangemorts ne l'aient fait taire avant qu'il ne m'en dise trop, ou à qui que ce soit d'autre. Ils vont vous mettre cet assassinat sur le dos, Envy. Mais je ne les laisserai pas avoir cette prophétie. Pas après le sacrifice d'Alexander.

McKollughan les fit tourner sur la gauche, vers les rangées les plus anciennes du Département. Ils dépassèrent les années 1600, puis 1400, s'enfonçant de plus en plus loin dans la salle interminable.

– Le ministre m'a demandé votre dossier la semaine dernière, Edward. Il voulait les résultats de mes tests sur votre imprégnation ou non avec de la magie noire. Je suis désolé. Je n'aurais jamais cru que notre ministre puisse...

Edward s'arrêta, de même qu'Envy et McKollughan pour ne pas lui rentrer dedans.

– Vous dites que le ministre a participé à ce coup monté ?

McKollughan hocha la tête faiblement.

– Personne ne savait pour ces résultats à part moi et Bianpoch. Pas même les Aurors qui ont mené l'enquête sur vous les premiers. La fuite ne peut venir que de lui. Il a donné la photographie de mon rapport confidentiel à Skeeter et c'est celui qu'elle a publié.

– On est foutus.

Edward soupira en ignorant la plainte d'Envy.

– Nous y sommes. Prenez-la vite et cachez-la sur vous. Je vais la remplacer par une copie.

Placée sur l'étagère la plus proche du sol brillait la sphère de la taille d'un poing sous laquelle était collée une petite étiquette jaunie dont on peinait à lire les inscriptions :

« G.O.D. à N.F.

Seigneur des Ténèbres,

Envy Alighieri

et Edward Elric »

Envy referma ses doigts sur l'orbe tiède et la fit rouler dans sa paume en l'observant avec fascination. Loin de s'en préoccuper, McKollughan chuchota une formule magique à voix basse, dupliquant efficacement la prophétie. Il prit la fausse copie et la reposa dans son socle avant de lancer divers sortilèges sur l'ensemble. Envy glissa la prophétie restante dans la poche intérieure de sa robe de sorcier et se releva en s'époussetant.

– Comment sommes-nous censés écouter ce qu'elle dit ? demanda Edward.

– Il vous faudra une Pensine, expliqua hâtivement McKollughan en les tirant vers leur point de départ. Sortons d'ici avant que les enquêteurs du MIAM reviennent pour récupérer les effets personnels de Bianpoch ou que son successeur arrive. Si quelqu'un découvre que vous avez la vraie prophétie...

– Votre nom ne sera pas cité. Vous ne serez qu'une victime collatérale d'un vol que nous aurions commis, termina Edward.

Une porte claqua dans la direction générale de l'entrée qu'ils avaient empruntée. D'après le bruit de pas résonnant contre les murs en pierre, ils allaient très bientôt avoir affaire à un groupe important. Ce fut confirmé lorsqu'ils prirent un virage pour revenir dans l'allée centrale. Pius Thickness en personne s'était déplacé, flanqué de deux Aurors à l'air patibulaire, de son assistant Percy Weasley, d'une Tonks vaguement affolée et d'une Gladpy au visage crispé.

– Monsieur le ministre ! couina McKollughan de façon fort peu virile.

– J'ai eu vent de votre débâcle médiatique, annonça Thickness de but en blanc en s'adressant directement à Envy. Votre second, Mr Malefoy, m'a contacté afin que je m'assure personnellement du déroulement dans les règles de votre visite au ministère. Je vous annonce également que vous êtes officiellement sous le coup d'une enquête dont la direction m'a été attribuée. Flukett, je vous prie d'aller vérifier que la prophétie est toujours à sa place.

L'Auror sur sa gauche se détacha du groupe et dépassa le trio avant de disparaître dans l'allée qu'ils venaient de quitter.

– La prophétie est là !

Le regard suspicieux de Thickness glissa sur Envy et Edward avant qu'il fasse signe à son Auror restant.

– Fouillez-les.

L'Auror s'approcha d'Edward qu'il scanna d'un sort avant de procéder à une fouille par palpation qui dans d'autres circonstances aurait paru humiliante pour Edward. Mais son esprit était bien loin des mains qui parcouraient ses poches et les doublures de ses vêtements à la recherche de l'objet supposément volé.

La respiration d'Edward était erratique. Il croisa le regard de McKollughan. Avait-il orchestré tout ça depuis le début ? Les avait-il manipulés pour servir la cause Mangemort ? Que se passerait-il quand la prophétie serait découverte sur Envy ?

L'Auror cessa tout mouvement et recula d'un pas en secouant la tête à l'adresse de son supérieur. Puis il se dirigea vers Envy pour effectuer le même procédé.

À sa grande stupeur, Envy leva les bras pour donner l'accès nécessaire à l'Auror chargé de sa fouille corporelle. Que pouvait-il faire d'autre ? Fuir le ministère ? Pour réussir une telle mission, il faudrait passer une armée entière d'Aurors, de policiers et de Tireurs d'Élite. Ils n'avaient aucune chance de s'en sortir.

Malgré cet état de fait, Edward remarqua du coin de l'œil que Tonks, Percy et Gladpy semblaient prêts à défendre Envy si le besoin s'en faisait sentir.

Les mains aventureuses de l'Auror passèrent sur le torse d'Envy, exactement au niveau de sa poche intérieure. Poche qui aurait dû présenter une bosse conséquente. Poche qui était pourtant parfaitement plate. Edward releva la tête en écarquillant les yeux. Envy lui sourit en coin discrètement, le front couvert de sueur et les yeux plissés par la douleur.

La fouille prit fin. Sans le moindre résultat concluant. Thickness paraissait pris au dépourvu.

– Bien. Il semblerait que tout soit en ordre. Mr Alighieri, ces messieurs vont vous escorter au Bureau des Aurors. Vous avez droit à un avocat à vos côtés lors de votre interrogatoire.

– Vous n'êtes pas sérieux. Le CIS n'a pas pu réellement faire ouvrir une enquête sur la base d'un article diffamatoire d'une simple Gazette.

Thickness plissa les paupières.

– Au contraire, il en a le droit et le devoir. De plus, Mr Malefoy a apporté des preuves accablantes lors de l'assemblée et il est présentement en train de continuer à les partager aux membres du Conseil. Ils ont pris la décision d'ouvrir cette enquête très vite après avoir eu les premières preuves entre les mains. Je vous prierai donc de bien vouloir nous suivre. Votre ami sera renvoyé à Poudlard sous escorte où il attendra d'être convoqué en tant que témoin.

Edward capta un subtil échange muet entre Percy et Envy qu'il ne comprit pas. Il fut directement suivi par un raclement de gorge d'Envy ressemblant effroyablement à ceux d'Ombrage :

– Sans vouloir vous manquer de respect, je ne crois pas que ce soit dans vos attributions.

– Excusez-moi ?

– Je vous excuse, lâcha Envy avec dédain.

Les joues pâles de Thickness frémir de colère contenue.

– Le Conseil —

– Est toujours en assemblée au moment où nous parlons. Par ce fait, leur verdict n'est pas encore définitif et ne le sera qu'après la rédaction officielle des chefs d'accusation et la répartition du travail d'investigation à un tiers indépendant qui sera choisi par vote direct de tous les représentants participant à l'assemblée. Et non pas choisi arbitrairement par Lucius Malefoy derrière le dos du CIS, bien qu'il soit mon remplaçant temporaire. Pour le moment, je suis toujours Serviteur et par là, je suis encore protégé par mon statut diplomatique qui vous empêche de me placer en détention préventive. N'ai-je pas raison ?

Thickness se savait mouché et fit son possible pour ne pas montrer sa défaite.

– Dans ces conditions, je vous prierai cordialement de ne pas quitter le pays en attendant que je reçoive les autorisations officielles. Flukett, Garbain, escortez-les jusqu'à l'Atrium. McKollughan, j'ai quelques mots à vous dire.

Sur ces directives, les deux Aurors ouvrirent la marche vers la sortie, suivis d'Envy et d'Edward, eux-même encadrés de Tonks et Gladpy. Edward se promit de ne plus jamais critiquer Percy et d'apprendre sa date de naissance pour lui offrir le plus beau cadeau d'anniversaire qu'il ait jamais reçu.


Envy poussa un juron qui aurait fait pâlir McGonagall d'indignation. Attablés dans la cuisine de Square Grimmaurd, Scrimgeour, Dumbledore, Lovegood, Mondingus et Doge sursautèrent à l'arrivée en trombe du duo par la cheminée dont ils surgirent.

Courbé en deux et une main collée à son œil, Envy poussa un cri de rage étouffé avant de s'appuyer contre le comptoir en faisant dos au groupe.

– Ils l'ont vu ?

La voix d'Edward trembla sous la pression.

– Évidemment qu'ils l'ont vu !

– Weasley nous a prévenus de l'échauffourée au ministère, dit Scrimgeour en se levant pour s'approcher d'eux. L'assemblée convoquée par Malefoy est toujours en cours et les chefs d'accusation s'accumulent. Nous sommes en pleine préparation de votre défense et d'une contre-attaque médiatique.

– On a de plus gros problèmes que Malefoy là ! s'écria Envy en carrant les épaules.

– Que se passe-t-il ? demanda Dumbledore. Vous semblez paniqué.

– Il s'est passé ça ! s'exclama Envy en se retournant brusquement pour montrer son visage.

Dodge émit un son étranglé en voyant l'œil fendu à la couleur anormale.

– Quand on est retourné à l'Atrium pour rentrer à Poudlard, les journalistes s'étaient multipliés, il y a eu un débordement, raconta Edward, les bras croisés et le nez froncé avec aigreur. Envy a perdu une lentille.

– Comme si les accusations débiles de Skeeter ne suffisaient pas ! Maintenant il faut que cette horde de chiens ait encore plus de matériel pour me couler ! Si j'avais un espoir de me défendre contre leurs fausses preuves, là c'est foutu !

– Ne soyez pas si mélodramatique, Alighieri, le rabroua Scrimgeour.

– Mélo – ?! Un Mangemort vient de prendre le contrôle du monde magique, un autre dirige le ministère de la Magie et les deux sont en train d'organiser mon lynchage public !

– Pius Thickness est un Mangemort, précisa Edward. McKollughan l'a découvert dès la parution de l'article, à cause de la partie me concernant. Il nous a prévenus.

– Le ministère est définitivement perdu, soupira Dodge avec défaitisme. Il faudra prévenir nos espions.

– Il me semble que notre stratégie pour contrer La Gazette nécessite quelques modifications, indiqua Xenophilius en prenant sa plume pour raturer une note dans la marge d'un des parchemins étalés devant lui. Si nous avions pu prévoir où elle voulait en venir dans ses prochains articles avec l'aperçu qu'elle nous a donné ce matin, c'est différent avec ce nouvel... incident.

– Il se passerait quoi si on commençait à se demander si Envy est vraiment humain ?

Personne ne répondit à la question d'Edward. Ce qui était équivoque en soi.

– Ce sujet est-il abordé dans les dossiers de McKollughan ? interrogea Scrimgeour.

– Pas que je sache. Mais ça ne signifie pas que les Mangemorts n'auront aucune info utile. Il n'y a pas grand-chose de nouveau par rapport à l'an dernier, quand il y a eu des fuites à cause de Croupton Junior, mais j'ai été obligé de donner quelques réponses. Notamment à propos de l'auteur de la prophétie...

– Vous avez volontairement donné des informations sur votre employeur à McKollughan alors que vous refusez toujours de me les communiquer ? reprocha Dumbledore pour la première fois de la conversation.

– Parce que vous vous êtes montré plus digne de confiance que lui peut-être ? rétorqua Envy d'un ton cinglant. Au moins lui n'a jamais essayé de nous tuer.

– Je n'ai jamais —

– Ne nous éloignons pas du sujet. Y a-t-il des informations compromettantes dans ces dossiers qui pourraient mettre votre sécurité en péril ?

Edward secoua la tête. Il avait pris soin de détourner la vérité ou de la distordre à chaque entretien.

– L'affaire est close. Outre cet incident, avez-vous pu écouter la prophétie ?

L'intérêt que tous les sorciers assis autour de la table avaient pour ce sujet en particulier était des plus transparent. Chacun s'était penché en avant, comme pour ne pas rater une miette de ce qui suivrait.

– Mieux que ça, grimaça Envy en déboutonnant son col pour plonger sa main dans sa robe.

Il se contorsionna, l'expression concentrée et légèrement douloureuse, avant de sortir la sphère de son vêtement et de la présenter sur sa paume ouverte. Edward remarqua des marques sombres sur l'orbe.

– C'est... du sang ? Comment... Que... Ne me dis pas que tu as...

Envy ignora son visage vert de dégoût pour venir poser la prophétie au centre du groupe après l'avoir soigneusement essuyé sur le revers de sa cape.

– Ça vous dit, de découvrir comment tuer Voldemort ? dit Envy dans un rictus en coin.